- Speaker #0
Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui, on s'attaque à une question qui plane un peu partout en ce moment. Avec l'intelligence artificielle qui débarque dans tous les métiers, comment vont vraiment les salariés ?
- Speaker #1
Est-ce qu'ils sont optimistes, prêts à prendre la vague ? Ou au contraire, est-ce qu'ils commencent à paniquer un peu ?
- Speaker #0
C'est la grande question, oui. Et pour y voir plus clair, on a une source assez exceptionnelle, le baromètre des talents 2026 de Manpower Group. Oui, c'est une enquête colossale. près de 14 000 salariés, 19 pays, dont la France bien sûr.
- Speaker #1
Notre mission, c'est donc de décrypter un peu tout ça, de passer ces chiffres au crible pour comprendre l'état d'esprit général.
- Speaker #0
Et ce qui est vraiment intéressant avec ce baromètre, c'est qu'il ne se contente pas de poser la question simple, êtes-vous heureux ? Non, il va plus loin.
- Speaker #1
Oui, il décompose le ressenti en trois grands axes. Le bien-être, la satisfaction pro et surtout, le point crucial cette année, la confiance en l'avenir.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et d'entrée de jeu, le score global, il donne le ton. Il a baissé cette année. Il est à 67%.
- Speaker #0
Ce n'est pas un effondrement, mais c'est une baisse notable.
- Speaker #1
Exactement. Et la raison de cette baisse, elle est très, très révélatrice. Le bien-être et la satisfaction, ça, ça reste stable.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
La chute vient quasi exclusivement de l'indice de confiance.
- Speaker #0
Ah d'accord, je vois. En clair, les gens sont plutôt contents de leur job au quotidien.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Aujourd'hui, ça va.
- Speaker #1
Mais ils sont de plus en plus inquiets pour leur job de demain.
- Speaker #0
C'est exactement ça. C'est le grand paradoxe de départ.
- Speaker #1
Et cette tension, elle se manifeste par un comportement que le rapport a baptisé le job hugging.
- Speaker #0
Le job hugging, oui.
- Speaker #1
On pourrait traduire ça par « serre un câlin à son poste » . L'idée, c'est qu'on est très très loin de la grande démission qu'on a connue, le fameux job hopping.
- Speaker #0
Ah oui, c'est fini ça. On est passé de la grande démission à ce qu'on pourrait appeler la grande hésitation.
- Speaker #1
Les gens s'accrochent. Ils s'accrochent, oui. Le chiffre est très clair. 64% des salariés prévoient de rester chez leur employeur actuel. C'est une majorité écrasante. On pourrait se dire, super, la loyauté est de retour.
- Speaker #0
On pourrait. Mais le rapport gratte un peu cette surface. Et ce qu'il trouve en dessous est assez fou.
- Speaker #1
Alors attendez. Parce que dans le même temps, parmi ces mêmes personnes qui prévoient de rester, 60% recherchent activement un autre emploi.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Mais c'est une contradiction totale. Comment on peut vouloir rester tout en cherchant à partir ? Ça n'a aucun sens.
- Speaker #0
Bah si, ça a du sens. Si on voit ça non pas comme de la loyauté, mais comme de la prudence. En fait, c'est une stratégie de survie.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On ne démissionne plus sur un coup de tâte. L'incertitude économique, ça freine. Le CDJ actuel, même s'il n'est pas parfait, c'est une sécurité.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais en même temps, 31% de ces mêmes salariés craignaient de perdre leur emploi. Donc ils restent. Mais ils gardent un œil sur le marché. C'est une sorte de plan B permanent.
- Speaker #1
C'est une fidélité par défaut, en quelque sorte. Une fidélité anxieuse.
- Speaker #0
Anxieuse, c'est le mot.
- Speaker #1
Et j'imagine que l'argent joue un rôle énorme là-dedans. C'est le nerf de la guerre. Et le rapport le montre très bien. La moitié des salariés interrogés disent compléter leurs revenus. La moitié.
- Speaker #0
Oui. Que ce soit par des investissements, un deuxième job à temps partiel, des missions en freelance, c'est la généralisation du side hustle, comme on dit.
- Speaker #1
Et chez les jeunes, c'est encore plus marqué, non ?
- Speaker #0
Ah oui, chez la génération Z, ça monte à 68%. Le job hugging, en fait, c'est moins un acte de foi envers l'entreprise qu'une gestion de risque personnel, tout simplement.
- Speaker #1
Et cette anxiété, elle doit être décuplée par l'autre grand sujet du moment, l'intelligence artificielle.
- Speaker #0
Effectivement.
- Speaker #1
Le rapport en parle, et là aussi, c'est assez surprenant. L'adoption de l'IA au travail a explosé.
- Speaker #0
Oui, littéralement. 45% des salariés l'utilisent régulièrement.
- Speaker #1
C'est 13 points de plus. en seulement un an. C'est une diffusion à une vitesse folle.
- Speaker #0
On pourrait s'attendre à ce que cette familiarisation, ben, ça rassure, quoi. L'intuition, c'est que plus on utilise un outil, plus on se sent à l'aise avec.
- Speaker #1
Oui, plus on a confiance. Sauf que là, c'est tout l'inverse. Et c'est vraiment le point qui m'a le plus interpellé.
- Speaker #0
Ah, c'est le point clé.
- Speaker #1
La confiance des salariés dans leur capacité à utiliser les nouvelles technologies a chuté de 18%. 18% !
- Speaker #0
C'est énorme !
- Speaker #1
Mais alors, comment on explique ça ? C'est complètement contre-intuitif. Plus les gens utilisent l'IA, moins ils se sentent compétents.
- Speaker #0
En fait, ça révèle une faille immense. Et la faille n'est pas technologique, elle est managériale.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Le problème, ce n'est pas l'outil. Les salariés, ils sont lucides. 89% se sentent très compétents pour faire leur travail d'aujourd'hui.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Le problème, c'est qu'ils ne se sentent absolument pas préparés pour le travail de demain. L'IA débarque sur leur bureau, mais...
- Speaker #1
Sans le mode d'emploi.
- Speaker #0
Sans la vision.
- Speaker #1
Sans l'accompagnement.
- Speaker #0
C'est un peu comme si on leur avait donné une Formule 1, mais sans leur apprendre à la piloter et sans leur dire sur quel circuit ils allaient courir. C'est une excellente image. Et le rapport chiffre ce vide de manière assez brutale. 56% des salariés n'ont eu aucune formation récente.
- Speaker #1
Plus de la moitié.
- Speaker #0
Et 57% aucun mentorat. Les entreprises déploient la technologie, mais elles oublient l'humain. Et ce vide, ça crée une anxiété terrible.
- Speaker #1
Donc ce n'est pas une méfiance envers l'IA, mais une... peur de ne pas être à la hauteur ?
- Speaker #0
Exactement, une peur de ne plus être pertinent. D'ailleurs, 43% craignent que l'automatisation ne les remplace d'ici deux ans. C'est une peur préconcrète.
- Speaker #1
Et du coup, ça a quel impact sur l'entreprise ? On risque d'avoir des gens qui n'utilisent l'IA que pour des tâches basiques, de peur de se tromper ?
- Speaker #0
C'est exactement le risque. On appelle ça la productivité de surface. On coche la case IA, mais son potentiel est à peine effleuré. C'est un gaspillage de ressources et ça ancre l'idée que l'IA est une contrainte de plus une source de stress.
- Speaker #1
Ce stress. D'ailleurs, parlons-en, le rapport se penche sur le bien-être et même si l'indice global est stable, quand on regarde les détails, c'est assez alarmant.
- Speaker #0
Oui, le stress au travail reste à un niveau très très élevé. 49%, donc quasiment un salarié sur deux, déclarent subir un stress quotidien important.
- Speaker #1
C'est devenu la norme en fait.
- Speaker #0
On dirait, oui. On s'est presque habitués à ce chiffre, mais ce n'est pas soutenable à long terme.
- Speaker #1
Et ça mêle à des situations extrêmes. Le chiffre qui m'a vraiment choqué, c'est que 2 salariés sur 3 disent avoir récemment souffert d'épuisement professionnel, de burn-out.
- Speaker #0
2 sur 3, oui.
- Speaker #1
C'est effrayant. On a l'impression d'une main-d'œuvre qui tient, mais sur un fil.
- Speaker #0
Et si on zoome sur la France, le tableau n'est pas beaucoup plus rose. L'indice de bien-être est à 63%, un peu sous la moyenne mondiale.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et seulement 41% des salariés français se sentent peu ou pas du tout stressés. Mais ce qui est le plus frappant, ce sont les disparités.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Qui sont les plus touchées. Le rapport identifie une population particulièrement vulnérable en France, les femmes de la génération Z.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
Leur niveau de stress est en forte hausse et leur sentiment d'alignement avec les valeurs de l'entreprise, lui, est en baisse. C'est un signal d'alarme très puissant.
- Speaker #1
C'est la main-d'œuvre de demain qui montre déjà des signaux de fatigue.
- Speaker #0
De désengagement, oui. A l'inverse, on trouve les plus... haut niveau de bien-être dans des secteurs comme l'énergie ou la finance ?
- Speaker #1
La finance ? C'est surprenant, on a souvent l'image d'un secteur ultra stressant.
- Speaker #0
C'est vrai. Le rapport ne l'explique pas en détail, mais on peut faire des hypothèses. Les salaires plus élevés, des perspectives de carrière plus claires.
- Speaker #1
Ça montre en tout cas que les réalités sont très différentes, d'un secteur à l'autre. Restons sur la France, justement. Le rapport pointe une autre baisse inquiétante pour le pays, celle de l'équilibre entre la vie pro et la vie perso.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est devenu un critère essentiel pour beaucoup de gens.
- Speaker #0
C'est un facteur clé de bien-être et de rétention. Voir ce chiffre baisser est un très mauvais signal pour l'attractivité des entreprises françaises. Et on en revient au job-bugging. On reste, mais on est moins satisfait, donc on regarde ailleurs. C'est un cercle vicieux.
- Speaker #1
Et au niveau sectoriel, c'est là que les tensions sont les plus visibles. Vous parliez de la finance qui va bien. mais d'autres sont en pleine crise de confiance. L'exemple le plus frappant, c'est celui de l'informatique.
- Speaker #0
Ah oui, on imagine que c'est le secteur d'avenir par excellence, que tout le monde y est serein. Eh bien, pas du tout. La confiance dans la sécurité de l'emploi dans le secteur de l'IT, en France, a plongé. De 23% en un an.
- Speaker #1
Attendez, une chute de 23% dans la confiance des salariés de l'informatique, c'est sismique. Comment c'est possible ?
- Speaker #0
Alors... Le rapport ne le dit pas explicitement, mais on peut imaginer que les vagues de licenciements massifs chez les géants de la tech américains ont envoyé une onde de choc.
- Speaker #1
Ça a brisé le mythe du secteur intouchable.
- Speaker #0
Voilà. Et puis, ces salariés, ils sont en première ligne face à l'IA. Ils voient mieux que quiconque à quel point l'IA peut automatiser des tâches de code, de gestion de projet. Paradoxalement, ceux qui construisent la technologie sont les premiers à en ressentir l'anxiété.
- Speaker #1
Et il y a un autre secteur qui souffre. particulièrement, il me semble, c'est celui du transport et de la logistique.
- Speaker #0
Oui, et là, la problématique est encore différente. C'est ce secteur qui enregistre la plus forte baisse de confiance dans l'utilisation des technologies, avec un score de moins 27%. C'est vertigineux.
- Speaker #1
Là, on voit concrètement l'impact de l'automatisation des entrepôts, j'imagine.
- Speaker #0
Exactement. L'optimisation des tournées par l'IA, ce sont des métiers où la technologie arrive massivement. Et ça se couple avec une autre fracture que le rapport met en lumière. Pour la deuxième année consécutive, les salariés de première ligne, ceux qui sont sur le terrain, dans les entrepôts, sur la route, sont ceux qui estiment avoir le moins d'opportunités d'évolution. Il y a un vrai risque de créer une économie à deux vitesses au sein même des entreprises.
- Speaker #1
Si on fait le bilan, l'image qui se dessine est celle d'une main d'arbre vraiment sur le qui-vive.
- Speaker #0
Oui, sur la défensive.
- Speaker #1
Les salariés s'accrochent à leur poste par prudence, tout en regardant ailleurs. Ils adoptent l'IA, mais ça nourrit leur anxiété. Et pendant ce temps, le bien-être est en équilibre très précaire.
- Speaker #0
C'est un tableau complexe. Mais le message final du rapport, lui, est d'une clarté limpide.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
La balle est dans le camp des dirigeants et des managers. Cette transition technologique, elle ne pourra pas réussir si on laisse l'humain sur le bord de la route.
- Speaker #1
Et le rapport donne des pistes concrètes ?
- Speaker #0
Oui, trois recommandations très pragmatiques. La première et la plus évidente, former. Former massivement à l'IA, pour transformer la peur en compétence.
- Speaker #1
C'est ça. La deuxième, c'est d'accompagner l'évolution professionnelle au sens large. Tout le monde ne veut pas être promu, mais tout le monde a besoin de sentir qu'il apprend, qu'il ne stagne pas.
- Speaker #0
Et la troisième touche sans doute au bien-être.
- Speaker #1
Oui, et c'est la base de tout. Il faut adresser frontalement la question de la santé mentale au travail. Le niveau de burn-out n'est tout simplement pas soutenable à long terme. C'est une bombe à retardement.
- Speaker #0
Donc l'enjeu, ce n'est pas de choisir entre l'humain et la technologie ?
- Speaker #1
Non, c'est de construire un pont solide entre les deux. Sans ce pont, la technologie avancera toute seule et son potentiel ne sera jamais vraiment atteint. Voilà qui conclut notre analyse du baromètre des talents 2026. Un document... incroyablement riche, qui nous dépeigne une main-d'œuvre vraiment à la croisée des chemins. Oui, consciente des défis, mais qui envoie un signal très clair. On a besoin d'aide, un besoin d'accompagnement.
- Speaker #0
Et ça nous laisse peut-être avec une dernière réflexion, une question un peu provocatrice.
- Speaker #1
Je vous écoute.
- Speaker #0
Le rapport se concentre sur la responsabilité des employeurs et c'est logique. Mais si cet accompagnement tarde à venir ou s'il est insuffisant, quelle est la part de responsabilité individuelle ? Dans ce nouveau monde du travail où tout change tout le temps, la stratégie la plus sûre, est-ce que c'est vraiment d'attendre que son entreprise agisse ? Ou est-ce que ce n'est pas plutôt de prendre soi-même en main son adaptation, sa montée en compétences ? La question reste ouverte.