- Vladimir
Bienvenue dans le podcast Tita Libris, nous y accueillons des auteurs pour nous parler de leurs pratiques professionnelles et d'écriture. Pour ce premier épisode, nous recevons Antoine Dixneuf, ostéopathe depuis 1999. Depuis plus de 20 ans, Antoine anime des formations professionnelles en France et en Europe. En 2014, il publie une étude dans le journal de l'Académie américaine d'ostéopathie. Elle tente à prouver le principe de globalité dans le traitement ostéopathique, ce qui est une première pour cette médecine qui se dit... holistique depuis ses débuts. Antoine est donc un spécialiste des techniques de strain contre strain, aussi appelé technique de Jones. On peut dire qu'il est carrément pointu sur cette approche qui consiste à tester plus de 200 points anatomiques. C'est en 2021 que paraît son livre « Point de Jones » aux éditions TITA. Cet ouvrage est un long cheminement et un travail de maturité. Aujourd'hui, Antoine nous raconte son parcours d'ostéopathe, sa pratique, et son écriture. Allez, on fait le point avec Antoine 19. Bonjour Antoine, merci d'être avec nous aujourd'hui.
- Antoine
Bonjour Vladimir.
- Vladimir
Alors on t'accueille parce que tu as sorti un ouvrage chez Tita Editions qui s'intitule Les points de Jones, dont on va parler tout à l'heure. En introduction, pour mieux te connaître et te découvrir, j'ai envie de te demander quelle a été ta première rencontre avec l'ostéopathie ?
- Antoine
Ça fait quelques années, ça fait plus de 35 ans, je pratiquais l'Aïkido et au cours d'une séance, je me suis fait une entance acromioclaviculaire.
- Vladimir
Voilà, c'est où ça ?
- Antoine
C'est un petit peu en aut à gauche, un petit peu en dessous de la tête. Donc c'était le côté gauche, je me rappelle très bien. J'ai consulté un ostéopathe pour la première fois et en sortant de chez lui, je me suis dit mais oh... C'est ça que je veux faire. Ostéo. Et il ne me restait plus qu'à passer le bac. Parce qu'à l'époque, je travaillais, mais je n'avais pas le bac. Je n'ai pas ni l'équivalence, ni le bac.
- Vladimir
C'était la révélation.
- Antoine
La révélation, on n'ira peut-être pas jusque là.
- Vladimir
Un accident de vie qui amène à une révélation.
- Antoine
Concours de circonstances. Et donc, c'est tombé à l'époque où je tombais. C'est le terme exact, oui. Puisque j'étais tombé pour me la faire, c'est encore de cette entorse. Mais j'étais en train de me questionner pas mal sur une reconversion, justement. Et c'était dans le domaine médical, en tout cas.
- Vladimir
Et trouver un ostéopathe à l'époque, facile, pas facile ? C'était avant la loi, donc... Ah ben oui,
- Antoine
c'était il y a 35 ans, donc il y a très longtemps. Il y en avait quand même beaucoup moins que maintenant. Mais le prof d'aïkido en connaissait un, et donc du coup, je n'ai pas beaucoup cherché pour en trouver un.
- Vladimir
D'accord. Et du coup, comment es-tu devenu ostéopathe ?
- Antoine
Je suis devenu ostéopathe en suivant les cours dans une école. C'est-à-dire qu'après cet événement-là, de cette entente sacromyo-claviculaire, je me suis mis en tête d'obtenir mon bac ou mon équivalence bac, de trouver une école. Donc à l'époque, depuis toujours. Et actuellement, j'habite dans le sud de la France, à côté d'Aix-en-Provence. Et donc, il y avait une école à côté, à Méreuil, Isoex. Et donc, j'ai fait mes études dans cette école.
- Vladimir
Très bien. Cinq ans.
- Antoine
Cinq ans.
- Vladimir
Cinq ans d'études.
- Antoine
Cinq ans, hors la loi.
- Vladimir
Plus le bac.
- Antoine
Plus le bac, avant. Voilà. Mais hors la loi. C'est-à-dire que, pour la petite anecdote, j'étais donc militaire. Avant, j'étais électronicien. L'officier conseil, la personne qui s'occupait de la reconversion des militaires, avait permis d'obtenir une année de financement. Et quand j'ai commencé mes études, 3-4 mois après, l'école a été audité par je ne sais plus quel service, et moi en même temps j'ai reçu un courrier ou un coup de téléphone comme quoi j'entamais des études illégales. Donc ça avait... Ça avait eu quelques conséquences, mais en tout cas, je ne regrette pas.
- Vladimir
Tu as pu aller au bout. Très bien. Comment tu définirais l'ostéopathie ?
- Antoine
Grande question. L'ostéopathie, pour moi, c'est avant tout une technique manuelle, globale. Et si je pouvais donner une formule, je dirais une technique qui tend à... à permettre à l'organisme de retrouver son équilibre. physique, psychique et chimique. Après, pour compléter, c'est avant tout une approche non symptomatique. C'est-à-dire que ce n'est pas le symptôme qui va diriger la séance, mais la recherche des dysfonctions qui peuvent être, elles, très à distance de la plainte du patient.
- Vladimir
Globalité.
- Antoine
Globalité, bien sûr, toujours.
- Vladimir
Dans ta pratique, si je comprends bien, tu utilises spécifiquement les points de Jones. Comment est-ce que tu es arrivé au point de Jones ? au cours du développement de ta pratique, à te spécialiser ?
- Antoine
Alors, il s'agit quand même d'un long processus. Mais à l'origine de ce processus de spécialisation dans ma technique, il y a eu un événement intéressant qui a influencé toute ma pratique. J'étais en deuxième année d'études ostéo, et mon épouse a eu un problème d'épaule, encore une épaule. Avec une limitation de mouvement, un petit problème qui la gênait pas mal.
- Vladimir
Pas le prof d'aïkido ?
- Antoine
Non, pas le prof d'aïkido. Mais par contre, après deux séances chez l'ostéo, c'est-à-dire le même qui m'avait donné envie de faire l'ostéo, donc quelqu'un de confiance, il n'y avait toujours pas de résultat. Et là, j'ai dit à mon épouse, écoute, moi je peux essayer de regarder. Alors ce qui s'est passé, c'est qu'en fin de deuxième année, on n'a quand même pas beaucoup d'outils pour... pour pouvoir travailler une épaule, et surtout pour faire de la globalité. J'avais eu le seul cours qu'on avait eu, et par chance, c'était le cours de Jones, des Canadiens qui étaient venus nous faire ce cours sur trois jours. Et donc à la fin de l'année scolaire, à l'été, j'ai pris mon poli, on a passé deux heures, peut-être un peu plus, à s'occuper de cette épaule, et puis tout ce qu'il y avait autour, en faisant vraiment un travail assez complet, de la tête aux pieds quelque part. et il s'est trouvé que la chance du débutant, certainement, mon épouse n'a plus eu mal à son épaule. Donc du coup, ce n'est pas rentré dans l'oreille d'un sourd, comme on dit, et ces techniques de Jones sont toujours restées ancrées dans mes objectifs et dans ma pratique. Et donc, pour dire comment je suis arrivé à me spécialiser, c'est-à-dire que au début, dans ma pratique en cabinet, je commençais aussi. Je savais que si j'avais un problème d'épaule, j'allais la traiter, la travailler, en plus de tout le traitement qui était autour fait avec les points de Jones. Petit à petit, j'ai étendu ça à d'autres articulations, donc des membres, c'est-à-dire cheville, genou, hanche, des zones où finalement il n'y a pas toujours beaucoup de techniques, entre guillemets, classiques en ostéo. Et puis à chaque fois que j'avais un... Une difficulté, je me disais, pourquoi pas essayer les techniques de Jones, que ce soit au niveau dorsal ou ailleurs. Et quand je me rendais compte que les techniques de Jones, j'arrivais à lier les directement, j'ai conservé ces techniques de Jones. Petit à petit, le Jones a pris la place des autres techniques.
- Vladimir
Du coup, ça m'amène à une autre question qui était prévue pour plus tard, mais il y a une belle transition. Est-ce que tu pratiques encore les techniques dites classiques, structurelles, viscérales, crâniennes ?
- Antoine
Alors, je dirais que... Pour répondre un petit peu dans la provocation, qu'est-ce que c'est qu'une technique classique ? Parce que le Jones date depuis, ça existe depuis, enfin Jones a commencé à faire son approche et à mettre au point cette technique en 1954. Il a mis 20 ans pour le faire, mais c'était très peu de temps quand même à l'histoire de l'ostéopathie, des premiers écrits sur l'ostéopathie. Mais non, je n'utilise plus que le Jones, c'est-à-dire que du crâne, le viscéral. je ne fais que du Jones. Et qu'on peut expliquer, et d'ailleurs, j'en parle dans le livre, mais on y viendra peut-être plus tard, comment on peut expliquer cette action.
- Vladimir
Du coup, tu me provoques, je renvoie la balle. Si tu ne pratiques que les techniques de Jones, et que ça te convient bien, parce que ça convient bien à tes patients, comment tu expliques cette technique-là qui est classique pour toi ? en tout cas qui n'est pas nouvelle, ne soit pas enseignée partout.
- Antoine
Ça, il faudrait peut-être plus le demander au directeur d'école, directeur de programme, et pourquoi ce n'est pas enseigné. On me pose souvent la question, j'ai beaucoup de patients qui me posent la question, mais on ne va jamais travailler comme ça, comment ça se fait ? De façon déontologique, je ne peux pas trop dire ce que je pense. Je pense que c'est une technique hyper efficace, mais qui demande beaucoup de rigueur. et qui peut être très déstabilisante, c'est-à-dire dans la phase d'apprentissage. Une fois qu'on l'a appris, il n'y a pas de souci. Mais dans la phase d'apprentissage, si on pense l'apprendre directement au cabinet, c'est compliqué et il faut s'attendre à quelques déconvenues, surtout quand on fait un essai sur un point, donc un point et une correction. Mais si on n'est pas au bon endroit, mais de quelques millimètres, on n'est pas forcément au bon point. Et donc du coup, la correction qu'on va appliquer sera différente. Et donc, au final, il n'y aura pas de résultat. Et donc, au bout d'une, deux fois, trois fois, quatre fois, on va dire, ben non, cette technique, ça ne marche pas. Ou ça ne marche pas dans tel cas, alors que ça marche tout le temps. Enfin, ça marche tout le temps quand on peut faire l'ostéo.
- Vladimir
Donc, du coup, il ne faut pas l'apprendre trop tôt parce que ça demande une précision palpatoire, une précision anatomique. Et donc, il faut un peu de maturité pour l'apprendre. Et d'un autre côté, ce que j'entends de ce que tu me dis, c'est qu'on ne peut pas l'apprendre et la pratiquer au fur et à mesure. En tout cas, c'est assez compliqué, comme pour d'autres techniques, parce qu'il y a un effet de globalité. Donc, il faudrait presque, dans l'idéal, connaître tous les points théoriquement avant de pouvoir... Du coup, c'est compliqué à apprendre.
- Antoine
Voilà, c'est cette complexité. Mais je dirais non et non par rapport aux deux indications qu'elle m'a données. C'est-à-dire que ça peut s'apprendre... Ça dépend du temps qu'on lui donne. C'est-à-dire que j'ai enseigné dans une école, donc l'IFOGA à Avignon. le directeur des programmes que je connais bien. Donc ce directeur de programme m'a programmé, donc a programmé le Jones dès la deuxième année. Et petit à petit, on a mis l'apprentissage de ces techniques et qui a suivi l'apprentissage de l'anatomie et des autres techniques. Donc c'était inclus dans le programme. Et donc les élèves avaient le temps de maturer cette... cette technique tout au long de leur cursus. Après, en pratique, un professionnel qui veut l'apprendre, s'il fait un stage, en faisant des formations continues, des formations professionnelles, en général, en six jours, c'est-à-dire deux fois trois jours ou trois fois deux jours, on fait la totalité. Mais on ne peut pas apprendre tout. On ne le sait pas par cœur, on a la base. Et après, on peut très bien se dire, j'inclus dans mes cours. Dans mes séances, chaque cheville, je vais commencer par la cheville. Je vais bien programmer la cheville, tester tous les points, corriger s'il y a des points, mais je l'inclus dans mon protocole de traitement que j'ai l'habitude de faire. Et puis après, petit à petit, on progresse. Grosso modo, je pense qu'il faut deux ans pour arriver à tout intégrer.
- Vladimir
Du coup, on en vient au protocole de traitement. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce protocole de traitement ?
- Antoine
Le protocole de traitement, je dirais qu'il est assez simple. En compte tenu de ce que je viens de dire, que ce soit une personne experte ou qui a l'habitude de travailler et qui travaille de la tête au pied comme je peux faire, ou une personne qui ne connaît que le pied par exemple, on teste les points. Donc si c'est tout le corps, je vais tester tout le corps et puis après je vais faire mon bilan en faisant une graduation de la sensibilité des différents points. Si c'est la cheville, je teste tous les points de la cheville ou du pied, et je vais noter le point le plus sensible, par exemple. Et donc, du coup, dans les deux cas, je vais commencer par le point le plus sensible. Si j'ai travaillé que sur la cheville, en Jones, mais avant, si je dois faire avec d'autres techniques le bassin ou le genou, je vais faire le bassin et le genou, et après, je fais les points qui restent sur la cheville. Moi, pour un traitement tout en Jones, je vais commencer par le point le plus sensible. qui va se situer au niveau du tronc, enfin tête et tronc, donc entre la tête et le bassin. Sauf cas particulier, en torse ou autre, où là je vais commencer directement par l'entorse. Oui, je crois que j'ai répondu.
- Vladimir
Je crois.
- Antoine
Tu m'as perdu.
- Vladimir
Il y a une phase de test où tu vas chercher des points qui sont bien définis dans la vue anatomique. Tu mets en balance les points qui sont sensibles pour aller trouver le sens. Ah, je connais. Oui,
- Antoine
j'ai lu. Tu as lu, très bien. Non, en fait, voilà, c'est ça. Je corrige le point le plus sensible de celui que j'ai trouvé dans la zone étendue ou la zone restreinte. Et une fois qu'il est corrigé, que ça a fonctionné, je recommence le processus jusqu'à ce qu'il y ait extinction des points.
- Vladimir
D'accord. Et pour le traitement, si j'ai bien lu ton ouvrage, c'est un positionnement passif du patient.
- Antoine
Exactement.
- Vladimir
Sur 90 secondes.
- Antoine
Exactement. Pourquoi ? Alors, le positionnement passif... Les 90 secondes ont deux raisons à cela. La première phase, le premier temps de la correction, c'est le positionnement. Le positionnement permet d'amener un muscle ou un groupe musculaire, avec tout ce qui l'entoure, des fascias, dans une position de raccourcissement. On vient chanter une information partant du fuseau neuromusculaire et donc toute la boucle d'informations qui remonte jusqu'au cerveau. Ça, c'est en lâchant le temps, on permet au fuseau neuromusculaire d'inhiber toutes les informations qui étaient parasitées. Deuxième temps de la correction, c'est les 90 secondes. Et les 90 secondes, même si quelques particiens aiment bien essayer de raccourcir ces 90 secondes, et à mon sens, c'est une erreur, parce que c'est un temps vasculaire. Et ce temps vasculaire permet de reperméabiliser, de remettre en... en circulation les micro-vaisseux, les micro-vaisseaux, et donc d'évacuer des toxines à l'origine du déséquilibre neurofusale.
- Vladimir
Donc si je comprends bien, en fait, il y a un temps neurologique, proprioceptif, et un temps vasculaire, de rééquilibrage.
- Antoine
Oui.
- Vladimir
Ok.
- Antoine
C'est-à-dire que le... A priori, la dysfonction au niveau des muscles qui sont diagnostiqués par ces points de Jones est maintenue par un taux d'acidité qui est augmenté, mais donc une acidité qui est forte au niveau local et qui vient perturber la boucle d'information et qui maintient le muscle en hypertonus.
- Vladimir
Donc le temps vasculaire, c'est un temps de nettoyage.
- Antoine
C'est ça.
- Vladimir
Ok, chers amis, nous sommes là sur du haut niveau d'ostéopathie. Bon, concrètement, Antoine, tu mets un patient, quand on regarde de l'extérieur, tu mets un patient dans une position et tu regardes ta montre pendant 90 secondes. C'est ça qui se passe ?
- Antoine
Ben, quelque part, exactement. C'est-à-dire que si on aime le silence, on fait silence. Si on n'aime pas le silence, on discute avec son patient.
- Vladimir
Il n'y a pas des patients qui pensent que tu glandes pendant 90 secondes et c'est ça qui paye au niveau de la séance ?
- Antoine
Qui paye parce qu'ils pensent que je glande ? Oui. Ah ben ça ne paye pas dans ce cas-là.
- Vladimir
Il n'y en a pas qui font la réflexion en disant vous n'avez rien fait, vous ne m'avez pas fait craquer.
- Antoine
Tous ceux qui viennent parce qu'ils ont entendu parler de moi et puis ils sont persuadés qu'on va les faire craquer dans tous les sens. Je n'ai rien contre les techniques qui font craquer, les techniques structurelles. Mais oui, il y en a pas mal. Et puis surtout quand ils se lèvent, ce que je vois dans leurs yeux, ils me disent lui, il souffle, il va me soulager, mais pas de ma douleur. Et quand il se lève, il me regarde. J'ai plus rien, vous avez rien fait, mais j'ai plus rien. Voilà, non, mais bien sûr.
- Vladimir
Tu traites combien de points par séance ?
- Antoine
Environ, après, statistiquement, c'est 5-6. Sur 1000 patients, il y a un chiffre qui était ressorti, c'était 6 points, 6-7 points.
- Vladimir
6 points en moyenne.
- Antoine
6 points en moyenne, c'est ça, dans l'étude, dans l'essai qu'on a sorti. Mais globalement, oui, c'est entre 5 et 10 points.
- Vladimir
Voire plus en fonction des cas.
- Antoine
Mais très paradoxalement, ce ne sont pas les cas les plus aigus qui demandent le plus de points.
- Vladimir
Soit un cas aigu, c'est peut-être une concentration. Oui, il y a des équilibres. Du coup, des points peut-être plus douloureux. Oui,
- Antoine
des points plus douloureux qui diffusent et qui demandent beaucoup de compensation. Et donc, du coup, quand on enlève le point qui commande tout, les compensations lâchent. Et donc, du coup, peu de points.
- Vladimir
Effet de chaîne ? Ou effet en étoile.
- Antoine
Donc je vois que tu as retenu la leçon. Les deux, mais surtout étoile. Mais ça, on peut en parler une autre fois quand on parlera de la dysfonction ostéo. Mais c'est vrai que c'est très intéressant.
- Vladimir
Alors, c'est quoi le point le plus difficile à traiter ?
- Antoine
Il n'y a pas de point difficile, je pense qu'ils sont... Il y a des points qui sont plus difficiles physiquement pour le thérapeute, parce qu'il y a une position à tenir. Je vois quand je fais des formations, globalement, avec l'expérience, en fin de journée, je ne suis pas plus fatigué physiquement, je suis plutôt fatigué intellectuellement, mais pas physiquement. Mais quand je fais des formations et que je vois des jeunes ou des gens qui n'ont pas l'habitude de faire cette pratique, mais à la fin de trois séances, ils sont... Ils sont cuits, parce qu'il y a une position à tenir. Et il y a des positions, c'est vrai, qui sont plus difficiles à tenir que d'autres. Mais bon, après, ce qui est important, c'est un bon positionnement. Bon positionnement du thérapeute, ce qu'on appelle des fulcrums, des bons appuis, pour permettre, parce que la condition importante, pour que le traitement fonctionne, il faut que le patient soit détendu, ne soit pas contracté. Donc, il faut lui donner la possibilité de se relâcher dans vos bras. Donc, détente tissulaire avant tout. Maximum, oui. Les professionnalisations du geste professionnel. Formation. Et le point qui revient le plus souvent ?
- Vladimir
Là, c'est statistique.
- Antoine
Oui, statistique. Il y a deux zones très importantes. C'est le crâne, avec la base du crâne et les premières cervicales, et le bassin. Ça, c'est assez net. Ça s'explique aussi au niveau des impératifs proprioceptifs.
- Vladimir
Et du coup, de façon séparée, on base du crâne bassin chez le même patient ?
- Antoine
Chez tous les patients. Alors, pas forcément... Oui, on peut avoir les deux chez le même patient. On peut avoir... Donc, en général, chez tous les patients, on a des points importants. Les deux zones. Les deux zones. Et après, il y a des points de crâne qu'on peut... Alors, des points qui reviennent très souvent, c'est des points de crâne rétro-auriculaire, par exemple. qu'on ne va pas retrouver chez 83% des patients, mais plutôt à gauche, par rapport à la droite. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va travailler ce point chez 83% des patients. On est bien d'accord. Tous les points qu'on trouve ne sont pas... C'est un diagnostic,
- Vladimir
mais ce n'est pas forcément un point traité.
- Antoine
Voilà. Ce sont des points sensibles.
- Vladimir
Du coup, tout à l'heure, on parlait de, et tu le disais toi-même, les techniques parfois demandent aux patients de tenir des positions assez... Acrobatique, est-ce que ce n'est pas trop difficile chez certains patients ? Est-ce que cette technique s'adapte vraiment à tout le monde, à tous les âges, à tout type de patient ?
- Antoine
Je dirais qu'acrobatique, il ne faut pas exagérer non plus. Mais comme toute technique utilisée en ostéo, il faut qu'on s'adapte aux patients. C'est-à-dire que quelqu'un qu'on ne peut pas mettre sur le ventre, une grossesse par exemple, la future maman à partir de... De quelques mois, on ne pourra pas la mettre sur le ventre. Donc il va falloir qu'on la travaille sur le côté, pour faire les points qui sont au niveau du dos, qu'on doit travailler en étant sur le ventre. Une personne âgée qui ne peut pas se mettre sur le ventre, on fera autrement, on la mettra sur le côté aussi. Voilà, quelqu'un qui a un traumatisme, donc on va s'adapter. Et si, par rapport à des positions, par exemple si on doit faire une abduction de hanche à 80 ou 60 degrés, Une personne qui a une orange arthrosique, qui ne peut pas aller à plus de 30, eh bien, ça sera 30 parce qu'on travaille sur l'amplitude musculaire, et pas sur la théorie de l'amplitude musculaire.
- Vladimir
D'accord. Donc, du coup, il y a des variantes, il y a une adaptation. Et d'un autre côté, de 7 à 77 ans ?
- Antoine
De zéro à max. De zéro à max. Par contre, s'il y a des adaptations au niveau... Peut-être une précision, mais s'il y a des adaptations au niveau de l'amplitude, de la position qui tient compte, on doit tenir compte du patient, de ce qu'il est capable de faire, la localisation des points, elle est toujours la même. Elle ne varie pas.
- Vladimir
Très bien. Il y a combien d'ostéopathes qui pratiquent les points de Jones en France ?
- Antoine
Aucune idée. Vraiment aucune idée.
- Vladimir
Petit challenge pour toi. Pour te tester un peu, c'est une question un peu piège. exercice de rapidité. Tu as deux secondes pour donner le nom des points, enfin de l'acronyme des points que je te donne. OPN.
- Antoine
Os propre du nez. LISI. Helium sacroiliac. HFOSI. Eiffler out sacroiliac.
- Vladimir
LAN.
- Antoine
Lateral ankle.
- Vladimir
LSE.
- Antoine
C'est sésamoïde, latéral sésamoïde. Bravo. À ta faute. Oui, mais j'ai mis plus de secondes. Je suis désolé. Tu ne la mettra pas, celle-là.
- Vladimir
Dernière question. Est-ce qu'il y a eu une séance dont le résultat t'a particulièrement marqué ?
- Antoine
Aïe. Non, pas aïe. Oui, mais pas une, deux séances.
- Vladimir
Deux séances.
- Antoine
Oui. Tu as le droit à deux séances. J'ai le droit à deux séances. Oui. En fait...
- Vladimir
Commence par la première.
- Antoine
La première, j'ai souvenir, je pense que c'était au tout début de mon exercice d'ostéopathe. Je reçois une patiente, une trentaine d'années, qui avait eu un an avant un accident de moto, avec fracture dorsale, avec des broches, avec fracture d'épaule également, de côte, enfin bref. Et depuis son accident, elle avait toujours des séquelles, des séquelles douloureuses. exactement où, je ne me rappelle plus. Et donc, après l'interrogatoire, au moment de passer sur la table, cette patiente me dit, juste avant de se déshabiller, « Ah oui, mais j'oubliais de vous dire, depuis mon accident, je suis subi pour des problèmes psychologiques suite à l'accident, d'oclophobie, d'agoraphobie, de vertige, et je ne pouvais plus aller faire des courses dans un magasin, pour elle, c'était un enfer. » Donc, suivi par un psychiatre depuis cette période-là. Je la revois. Un mois, trois semaines après, parce qu'il restait quelques douleurs au niveau de douleurs physiques. Et quand on commence à faire le bilan, elle m'a dit, en fait, il faut que je vous dise, depuis que je suis sorti de chez vous, je n'ai plus aucun problème de vertige, de clophobie, de claustrophobie. Tout est redevenu normal. Je me suis dit, wow, qu'est-ce que j'ai fait ?
- Vladimir
Qu'est-ce que tu as fait ?
- Antoine
Oui, qu'est-ce que j'ai fait ? Et pour conclure sur cette patiente, qui a quand même bien marqué ma façon de travailler. Je la revois quelques mois plus tard, et elle revient et me dit « Les problèmes de vertige ont recommencé. » Je dis « Ah bon, mais qu'est-ce qui s'est passé ? » « Rien, pas de chute, rien. » Dans l'interrogatoire, elle me dit qu'elle est enceinte de trois mois. Et là encore, je dis « Ah, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui fait qu'elle se retrouve avec ces problèmes-là ? » Simplement. Et donc, du coup, ça a été le début de recherche dans la littérature. Pas forcément ostéo, parce qu'on n'avait pas trop la réponse. mais dans tout ce qui pouvait être au niveau recherche, proprioception, et c'est vrai que c'est assez intéressant par rapport à ça. Et mon deuxième patient, lui, c'est une dizaine d'années plus tard, c'est un jeune pré-ado qui se retrouve avec les mêmes symptômes, avec des conséquences un peu plus graves puisqu'il était déscolarisé, et ces mêmes symptômes sont apparus pas par rapport ni suite à un accident, c'est suite au décès de ses grands-parents. Et donc, pareil, là, du coup, j'avais déjà eu cette première expérience avec ma patiente, donc dix ans avant. Donc, j'ai travaillé en ayant un peu conscience qu'on pouvait faire quelque chose. Et en deux, trois séances, c'était terminé. Et là, je le vois, là, maintenant, il a 25 ans. Il a une vie sociale. Oui, tout à fait. Ce qui a été super, c'est quand un jour, il est venu avec sa mère. Enfin, c'était sa mère qui l'a amené à l'époque, de toute façon, quand il était pré-ado. Et ils étaient tout contents parce qu'il avait été à la fête foraine.
- Vladimir
Pour quelqu'un qui est agoraphobique, c'est un vrai challenge.
- Antoine
Alors ce qui a été fabuleux, c'est qu'il m'a décrit, il a fait la fête foraine, et puis au bout d'une heure ou deux, il m'a décrit exactement ce qui venait étayer les écrits d'un universitaire, Jean-Pierre Roll, qui a écrit sur la proprioception, et un article, la proprioception à un sens premier, si je me souviens bien. Et donc il a décrit cette sensation de malaise qui est apparue au bout d'un certain temps, où il avait l'impression que les gens, à une certaine distance, lui rentraient dedans. Et donc, par rapport à l'explication de la proprioception et des sens qui permettent de se situer dans l'espace, ça prenait un sens.
- Vladimir
Donc, on a deux histoires, une avec une porte d'entrée physique,
- Antoine
un trauma physique et du coup,
- Vladimir
des conséquences psychologiques. Et de l'autre, une porte d'entrée psychologique avec des incidences physiques.
- Antoine
Voilà, et là, c'est un peu... mais C'est ça la globalité. C'est ça la globalité de l'ostéopathie.
- Vladimir
C'est ça le départ de ton travail d'auteur, quelque part, si on fait la transition un peu après avec tes livres. Et du coup, le départ de tes recherches, donc du questionnement, en fait.
- Antoine
Avant d'écrire, j'ai épluché pas mal d'articles, j'ai essayé de comprendre, etc. Il y a des tas d'articles d'écrits qui viennent nous expliquer tout ça. Et donc, à partir de là, je me dis, mais c'est... Il faut que j'aille un petit peu plus loin, il faut que je donne un peu de ma personne, mais que j'avais envie de comprendre l'issue du geste, de ce qu'on fait.
- Vladimir
Pendant ma scolarité, et puis je l'entends avec les jeunes étudiants, on entend souvent, on se pose plein de questions quand on est étudiant. On n'a pas toujours les réponses. Et il y avait des questions qui étaient à propos des liens qu'on nous donnait. On nous disait, si tu as ça, il faut que tu ailles voir à tel endroit. Si tu as celui-là, cette zone, si tu as une dysfonction là, il faut que tu ailles ici. Et donc, on prenait ça comme une recette. Et j'avais envie de montrer ça. Pour revenir au Jones, puisque c'est le Jones qui m'a permis de faire mes études, enfin l'étude que j'ai faite, il faut une technique qui soit randomisable, qui soit, qu'on puisse quantifier et transcrire en matière, ou un matériel analysable statistiquement. Et comme à un moment donné, j'y suis arrivé, mais par la force des choses, ce n'était pas une volonté au départ, mais j'y suis arrivé par la force des choses, de façon pragmatique, au niveau de ma pratique. Je travaillais de la tête aux pieds au niveau de Jones, donc je pouvais quantifier toutes mes dysfonctions, tout mon travail pouvait être analysé par rapport au point de Jones. Donc j'ai commencé à entreprendre une étude sur, il y a eu 1000 patients, 1007 exactement, où j'ai analysé tout ce qui s'est passé. Donc cette analyse statistique qui avait été faite par un chercheur du CNRS, on a eu... C'était le début d'un long processus d'écriture entre la globalité et la dysfonction. Et puis là, aujourd'hui, mon livre sur les points de Jones, qui est un peu la finalité de tout ce qui a été fait avant, et regroupe dans ce livre-là, les 10 points de Jones, il y a vraiment le fruit de toute cette recherche.
- Antoine
Pour dire, suite à ce questionnement professionnel, les recherches que tu as faites, Tu as déjà publié trois ouvrages, plus une étude, avant d'aboutir à ce livre sur les points de Jones. Donc, les trois ouvrages pour les citer, donc les techniques de Jones, aux éditions Sully.
- Vladimir
C'est le guide pratique. Guide pratique, oui.
- Antoine
Les techniques de Jones, pardon. Ostéopathie et globalité.
- Vladimir
Oui.
- Antoine
Donc, aux éditions TITA.
- Vladimir
Ça, c'est l'extension de l'étude qui a été publiée aux États-Unis.
- Antoine
D'accord, dont on reviendra juste après.
- Vladimir
Oui.
- Antoine
sur laquelle on reviendra juste après, la dysfonction ostéopathique, toujours aux éditions TITA, qui était dans une collection essai, des petits ouvrages très spécifiques. Et enfin, tu arrives à ce livre, Les points de Jones, dans lequel il y a une reprise de l'étude Ostéopathie et globalité. Ostéopathie et globalité, qui est un livre qui est épuisé, mais qu'on retrouve dans Les points de Jones. Voilà,
- Vladimir
on l'a intégré dedans, oui.
- Antoine
Qu'est-ce que tu retiens de cette expérience ? d'auteur, puisque ce n'est pas ton métier, tu es ostéopathe, tu es en cabinet libéral, c'est un exercice très spécifique, et là, se mettre à écrire et à sortir non pas un, mais du coup quatre livres. Comment est-ce que tu t'es organisé concrètement pour écrire tes livres, et notamment ce dernier livre ?
- Vladimir
En fait, ce n'est pas du tout une vocation, mais je vais juste remonter au premier livre. Pour moi, c'était une aventure, c'était un livre qui parle bien du... Parce qu'il n'en existait pas, il n'y en avait pas en français, un livre, d'autres choses. Et quand je l'ai fini, je me suis dit, bon, c'est bon, j'en fais plus. Macaque. Voilà, et puis non, non, non, comme un virus, il a fallu... C'est-à-dire, quand j'ai fait l'étude, l'étude, quand je l'ai faite, cette étude avec le statisticien, Baddi, Gattaz Baddi, statisticien du CNRS, moi, l'étude, après, une fois que j'avais eu des résultats, je voulais m'en contenter. Et lui, qui a l'habitude de publier, que ce soit à l'étranger, en France, il me dit « tu ne peux pas t'arrêter là » . Je dis « mais attends, je ne sais pas, moi, écrire un article » . Il me dit « bon, on le fait ensemble » . Donc on a écrit l'étude ensemble. Donc du coup, une fois que ça a été fait, c'était un engrenage. Et l'engrenage était là. Puis une fois que j'avais fait l'étude, j'ai dit « mais il faut que je comprenne pourquoi ça s'est passé comme ça » . Parce que les résultats posaient d'autres questions. Et donc du coup, là, je me suis dit « non, il ne faut pas m'arrêter là » . J'ai cherché, j'ai trouvé des réponses. J'ai dit, ces réponses, il faut que je les mette quelque part. Et donc, du coup, là, j'ai fait le petit bouquin sur la dysfonction. Et en final, après, j'avais tellement de choses. J'avais envie de dire ce que j'avais trouvé, ce que j'avais écrit. Cette expérience, de donner cette expérience, de la partager. C'est surtout la partager. J'ai fini par faire ce livre sur les points de Jones. Ce dernier livre. Mais ce sera le dernier. Non, non, on ne m'y reprendra plus. parce que justement c'est beaucoup de temps j'ai déjà entendu ça mais c'est beaucoup de temps parce que il ne s'agit pas de s'arrêter de travailler pour faire le bouquin c'est pas une seconde profession mais c'est très enrichissant Je le souhaite à tout le monde de pouvoir faire, en tout cas, faire une étude, de faire des choses, parce que ça enrichit sa pratique.
- Antoine
En fait, il y a deux étapes. Il y a cette partie très enrichissante de faire de la recherche, d'aller lire les autres, d'aller comprendre, de se poser pour comprendre. Et ensuite, il y a cette étape de retranscrire et de synthétiser ça dans un écrit qui est ce que tu laisses derrière toi. Donc il y a ces deux étapes-là qui sont très prenantes, très chronologiques et très enrichissantes l'une comme l'autre.
- Vladimir
Oui, et puis c'est du tâtonnement, parce que ce dernier livre, j'ai écrit plusieurs fois toute la partie. Alors, ce qui a pris beaucoup plus de temps que dans le bouquin, c'est la première partie, la partie théorique, entre guillemets, avec les liens qu'il peut y avoir avec ce qu'on peut faire en ostéo. par rapport à l'analyse au niveau du crâne, par exemple, ou du Jones et le crâne, qui n'est pas fait habituellement. Donc c'est tout cet apport. Après, faire les fiches de points, c'est redonner ce qu'on fait tous les jours. Donc ça, c'est assez facile. Ça a été enrichi avec les statistiques, mais c'est vrai que ça a été réécrit plusieurs fois. Donc ça a pris du temps.
- Antoine
Ton éditeur t'a embêté ?
- Vladimir
Je le remercie. Il a su me canaliser.
- Antoine
Dans ce livre, il y a quelques particularités. Tu l'as évoqué là. Il y a la partie en effet de relations entre les points de Jones et les approches classiques de l'ostéopathie. Tu parlais du crânien, mais aussi du viscéral, viscéral sur les dysfonctions. Donc ça, ça n'a jamais été écrit. C'est quelque chose d'important parce que quelque part, ça recrée du dialogue entre cette technique de strain, counter strain et les... le vocabulaire ou la sémantique habituelle des ostéopathes.
- Vladimir
Et puis ça amène du concret aussi. C'est un moment où on se retrouve en ostéopathie, à avoir beaucoup de pratiques entre guillemets ésotériques. Je ne suis pas fan,
- Antoine
mais là ça amène du concret. Et puis surtout ça amène du physique dans le physique. L'autre caractéristique de ce livre, ce sont les fiches. Donc au lieu d'avoir les techniques au kilomètre, le parti pris de ce livre, c'est d'avoir... une fiche par point et de vraiment identifier, donner de la place pour chaque point avec photos, explications sur la partie diagnostique, le traitement, etc. Mais surtout un petit encart sur les statistiques, justement. En fait, tu récupères le travail que tu as fait avec le biostatisticien Bati Gattaz. Et donc là, on voit concrètement, point par point, la fréquence des points, la fréquence en termes de diagnostic, la fréquence en termes de traitement, droite-gauche. Ça, c'est super intéressant. Et du coup, concrètement, tu parlais tout à l'heure du point RA, donc rétro-auriculaire. Et là, sur ce point-là, et tu l'as dit toi-même tout à l'heure, on voit qu'il y a un gros déséquilibre parce que d'un point de vue diagnostique, on le retrouve 83% à gauche chez les patients et 2% à droite. Comment tu expliques ça ?
- Vladimir
Je ne peux donner qu'une hypothèse. Parce que, justement, j'ai retrouvé dans beaucoup d'endroits, enfin, tout le corps, il y a des préférences entre la droite et la gauche, à certains points. La question, c'est, est-ce que ça devient de la latéralité ? Droite et Ausha. Là, le statisticien, il a joué tout son rôle, il a dit non. Puis, en plus, la latéralité, le problème de la latéralité, il y a la latéralité des mains, des yeux, des pieds. Donc, c'est... On ne peut pas établir de lien avec une latéralité quelconque. Après, on peut retrouver des positionnements qui sont induits par notre posture. Et a priori, ça vient aussi peut-être de là, sachant qu'on est 73% des gens, quand on est debout, on se met en appui, verrouillé sur la jambe droite et semi-fléchi au niveau du genou. Je reprends. C'est l'inverse. C'est verrouillé à gauche et semi-fléchis à droite. C'est-à-dire qu'on est un peu comme les oiseaux, on a une jambe piliée et une jambe fléchie. Et par contre, l'hypothèse, et encore, ce n'est pas tout à fait ça, puisqu'on est qu'à 73%, donc l'hypothèse qui pourrait nous dire que plus d'un côté que de l'autre, c'est l'asymétrie interne. Je pense que c'est plus vers là qu'il faudrait rechercher.
- Antoine
Quand tu parles de symétrie interne ?
- Vladimir
La symétrie, donc le cœur un peu plus à gauche, le foie d'un côté, l'estomac de l'autre côté, etc. Donc qui crée un ensemble de tensions asymétriques. mais qui sont globalisées et qui ne ressortent pas après visuellement. Mais à l'intérieur, on a quand même des lignes de force qui sont...
- Antoine
Est-ce que ça veut dire, sur un point sur lequel il y a un tel déséquilibre, 83% à gauche, qu'au final, en tant que praticien, je vais aller systématiquement tester le point ras à gauche ?
- Vladimir
Alors...
- Antoine
Et pas à droite ?
- Vladimir
Surtout pas. Mais de toute façon... systématiquement, je vais tester tous les points, à droite et à gauche. Et pour faire un bilan, pour faire un test diagnostique sur un point, il faut le comparer à son contrôle latéral.
- Antoine
Oui, mais là, comme dans le livre, tu donnes les statistiques, finalement, on gagne du temps. Bien sûr. On pourrait gagner du temps.
- Vladimir
Oui, bien sûr. À la limite, ça peut être l'ostéopathie en 10 points. puisqu'on fait 10 points globalement. Donc voilà, avis aux amateurs. Bon, le résultat ne sera pas là.
- Antoine
Ok, donc les statistiques dans le livre, c'est intéressant, mais ce n'est pas un raccourci pour raccourcir la séance ?
- Vladimir
Non, surtout pas. Non, ça montre, c'est par exemple quelqu'un qui va se dire, c'est vrai, je trouve toujours la même chose. Ben oui, mais c'est corrélé par, en fait, finalement, c'est normal que je trouve toujours de ce côté-là, ou plus souvent de ce côté-là. Après, la question, oui, pourquoi c'est comme ça ? mais surtout c'est qu'à un moment donné ça peut être à droite aussi et donc il ne faut pas le louper parce qu'il y a des choses qu'on va trouver très souvent mais le résultat d'une séance le 100% de la séance va se faire sur ce qui n'est pas souvent j'entends bien
- Antoine
Il y a une propension, tu vois, de l'être humain à trouver des raccourcis pour en faire moins.
- Vladimir
Oui, mais comme il y a beaucoup de... J'entends des gens dire, ouais, mais ce qui est intéressant, c'est qu'on peut raccourcir les 90 secondes en faisant une aspiration, par exemple. En faisant respirer.
- Antoine
Mais non,
- Vladimir
ça ne permet pas de drainer et d'enlever les toxines qui sont l'origine du verrouillage.
- Antoine
Dans ce livre, il y a une étude que tu as publiée, donc on en a parlé tout à l'heure, qui est à la fin de l'ouvrage. C'est un peu le... La partie cachée, le bonus, la cerise sur le gâteau. Donc, c'est l'étude que tu as publiée en 2014 dans l'American Journal of Osteopathy. Je te laisse dire le titre de l'étude.
- Vladimir
Non. Je te laisse faire. C'est la mise en évidence de la globalité à l'aide des techniques de Jones, en français.
- Antoine
Voilà,
- Vladimir
je te la laisse. Super, merci. Comme tu l'as devant les yeux.
- Antoine
Je vais très mal le dire, mais ce n'est pas grave, j'assume. Using the strain and counter-strain approach. to highlight the body unity within osteopathic treatment. Donc, chapeau. Déjà, rien pour le titre.
- Vladimir
Oui, gros effort. J'ai eu un peu d'aide quand même. Mais quand j'ai voulu travailler sur ces liens qu'on nous donnait et que j'ai voulu les mettre en évidence, j'ai quand même été assez surpris quand le résultat était de dire le contraire. Qu'il n'y en avait pas. Donc, qu'il y avait effectivement... des implications quand on travaille une zone. Il y a des réactions un peu partout, mais ce n'était jamais les mêmes. Pour un même point, ce n'était jamais les mêmes réactions. Ça veut dire que le lien n'est pas systématique. Il est là, mais pas systématique.
- Antoine
Ce n'est pas l'effet de chaîne. On entend souvent en ostéopathie pour dire fibula à droite, celiac à gauche, etc.
- Vladimir
C'est la réaction en étoile. Et le tout après ce qu'on... En recherchant et en essayant de verbaliser, c'est tout le travail de l'écriture, c'est qu'il faut verbaliser ce qu'on ressent. Et on se rend compte que les écrits nous disent là déjà que ce n'est pas un lien tissulaire. Enfin, ça existe le lien tissulaire, bien sûr. Si on tire sur un endroit en droit, ça va tirer ailleurs. Mais ce n'est pas le principal. En tout cas, oui, ça peut être le principal sur un traumatisme dans l'instant. C'est-à-dire tout de suite, il y a cette chaîne tissulaire qui se met en place. Mais après, c'est tout de suite compensé. est gérée par un lien neurologique. C'est-à-dire que c'est le cerveau qui va percevoir tous les déséquilibres dans le corps et qui va les compenser. Parce qu'une tension, un déséquilibre, une dysfonction, elle n'est pas perçue comme telle, elle est perçue par des capteurs qui vont donner un déséquilibre. Le cerveau gère le déséquilibre et pas la dysfonction.
- Antoine
Parfait.
- Vladimir
Merci.
- Antoine
Je n'ai plus à ajouter. Comment tu t'y es pris pour cette étude ? Comment tu as fait ? Est-ce que tu peux expliquer comment tu as fait, en partant de cette idée de dire « je veux étudier la globalité, mieux comprendre la relation qu'il peut y avoir entre les points » , en partant de cette idée de mettre en place une étude sur 1 700 patients, de publier un article en anglais, et ensuite d'être publié sur le journal de l'Académie américaine d'ostéopathie, qui n'est pas rien, ce qui est quand même un journal de référence.
- Vladimir
Oui, je ne sais pas. Il y a au-dessus encore, aux États-Unis, puisque c'est le second, comme le second château. Mais c'est un concours de circonstances. Au départ, ce que je disais tout à l'heure, il a fallu que je maîtrise parfaitement le Jones pour pouvoir faire cette étude. Je ne me voyais pas faire une zone avec telle technique. pour recueillir des données, et puis après, on recommençait à mélanger des données différentes, parce qu'après, c'était mettre des carottes et des choux, et statistiquement, ça ne pouvait pas passer. Et quand j'ai été prêt, je me suis dit, ça y est, là, je vais pouvoir faire. J'ai élaboré un protocole, un protocole de traitement, qui me permettait de travailler, toujours, parce que je n'allais pas séparer cette activité du cabinet. Ce protocole me permettait d'élaborer de la façon suivante. C'est chaque patient, avant, après, il y avait tout l'interrogatoire, et donc il y avait toute une extraction de données, d'informations qui étaient issues de l'interrogatoire et des données sociologiques par rapport aux patients. Et donc dans le protocole, j'y reviens, ce protocole c'est un test complet de tous les points du corps, de la tête au pied. Je les note. Je commence par le point le plus sensible, comme je disais tout à l'heure, mais ça fait partie des explications plus détaillées dans le protocole et au niveau du bouquin, des protocoles de Jones qu'on peut utiliser. Et une fois que j'avais corrigé mon premier point, je reteste tous les points. Et là, j'avais une évolution entre avant, après une correction, et ainsi de suite. Donc ça m'a permis d'avoir par rapport à un symptôme donné, les points présents au départ, les points étant ayant disparu après la première correction, et puis après tout ce qui en découlait, ainsi de suite, c'est-à-dire jusqu'à extinction des points dans la séance. La difficulté, ce n'était pas tant de faire ça, parce que ça, à la limite, c'était intégré dans mon travail, ça ne dépassait pas mes créneaux de rendez-vous, c'était de trouver quelqu'un qui puisse analyser ça, parce qu'au début, j'ai commencé à vouloir le faire moi-même, mais j'avais des données. Mais à l'appel, c'était trop compliqué. Et puis, c'est un jour avec un patient, un jeune que je connaissais, qui était docteur en maths. Je lui dis, vous ne connaîtriez pas quelqu'un pour les statistiques ? Il me dit, ah si, je connais quelqu'un. Il va me donner le nom d'une personne. J'ai envoyé un mail. La personne m'a répondu, il était 1h du matin. Et puis, il m'a dit, non, ça ne sera pas moi. Mais par contre, je peux vous conseiller une autre personne. Et puis, voilà, on se retrouvait avec Baddi, que j'ai cité tout à l'heure. et puis après l'étude c'est lui qui m'a dit il faut trouver Il faut le publier, ça, il ne faut pas le garder pour toi. Il faut aller jusqu'au bout de l'expérience. Et donc, du coup, j'ai cherché le canal de publication. Et c'était donc, on a contacté d'abord l'American Osteopathic Journal, qui a dit non, on ne prendra pas, mais par contre, on peut aller sur le Jawa. qui, lui, nous a accepté. Mais c'est le second journal. Et on m'a refusé parce que... C'est là, par contre. C'est parce que j'étais tout seul dans mon cabinet, que je n'étais pas à une institution, parce que je n'ai pas assez d'écrits des techniques de Jones. Alors qu'on peut lire n'importe quel article de technique ostéo. On parle de technique ostéo, mais on ne dit pas ce que c'est. Alors que là, comme je citais les techniques de Jones, il aurait fallu que je les décrives un peu plus. plus. C'est pas grave.
- Antoine
Et du coup, qu'est-ce que tu en retires de cette expérience ?
- Vladimir
Mais tout. Toute la façon de travailler aujourd'hui.
- Antoine
Est-ce que ça a modifié ta façon de travailler ?
- Vladimir
Complètement. J'avais quelques... Dans ma pratique, inévitablement, j'avais des... J'allais dire comportement, ce n'est pas tellement le terme, mais j'avais un déroulé dogmatique.
- Antoine
Une routine ?
- Vladimir
Mais dogmatique dans le sens où il faut d'abord faire le crâne, d'abord faire le bassin. Et finalement, je me suis rendu compte qu'en travaillant sur le point, en faisant confiance à la technique, parce qu'à la limite, il fallait y faire confiance aussi, donc de faire ce déroulé de protocole, en travaillant le plus sensible, Entre la tête et le bassin,
- Antoine
des fois, je commençais au niveau dorsal, des fois au niveau bassin, des fois au niveau crâne. Quel que soit le symptôme. Finalement, tu dis faire confiance à la technique, mais c'est faire confiance au corps du patient. Oui, il y a un échange. Dans mon étude, je n'ai pas mis les nouveaux-nés. Parce que demander un nouveau-né, si ça fait mal...
- Vladimir
Ce n'est pas judicieux, parce que si je commence à pleurer dès le début, ça ne va pas aller. Mais ça ne m'empêche pas quand même de travailler les nourrissons, les nouveaux-nés. Mais je ne leur demande pas, je fais confiance à ma main. Au ressenti. Au ressenti. Et comme une position, c'est une position de confort, quand je mets le bébé, le nourrisson, dans sa position de correction par rapport à ce que j'ai ressenti, ce que je vois qu'il s'agit, c'est que ce n'est pas là qu'il faut aller. Par contre, si c'est au bon endroit, très souvent, il s'endort sur place.
- Antoine
L'expression n'est pas verbale, mais c'est ce qu'on appelle l'expression non-verbale. Exactement. Parfait. Dernier point sur ton livre. On a vu la première partie, on a vu les fiches, on a vu l'étude sur la globalité. Et ton livre a une particularité qui est assez inédite dans les ouvrages d'ostéopathie, dans les ouvrages techniques, c'est d'avoir... toute une séquence de vidéos accessibles via QR code. C'est-à-dire qu'on retrouve tous les gestes techniques. Il y a plus d'une centaine de vidéos associées au livre, qui enrichissent ce livre. Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu as eu des retours de l'écran là-dessus ? C'est un énorme travail que tu as fourni là-dessus.
- Vladimir
Très gros travail. J'ai fait en collaboration. Mais j'en suis fier. C'est un beau... Plus de pouvoir le partager, c'est chouette. Et par contre, le retour, le retour, il est pratique. Tous ceux qui ont acheté le livre, qui l'ont, et puis même, me disent que c'est génial. Ça leur permet de, après avoir lu, d'avoir compris, d'avoir un petit oubli, hop, on fait le QR code, on regarde la vidéo, ça y est, ça revient. Donc ça permet d'avoir un accès assez rapide. C'est-à-dire que ce livre peut se lire en trois temps. Il peut se lire en trois temps. Premier temps, c'est le temps d'apprentissage, de lecture, de découverte d'un point, avec tout ce qu'il y a. Donc ça prend du temps de lire une fiche, d'essayer de l'expérimenter. C'est tout le détail qui peut être inscrit dessus. Deuxième temps, avec la vidéo si on veut. Deuxième temps, on a déjà lu, on a déjà un peu en mémoire. Et là, il y a tout ce qui est écrit en gras dans la fiche de points qui permet de redonner juste les mots-clés qui sont là. C'est le deuxième temps de lecture. Puis le troisième temps de lecture qu'on peut intégrer, donc les vidéos, ça s'intègre donc aux deux temps. Mais on peut les faire n'importe où, ça peut être intéressant. Et puis ces vidéos, quelquefois c'est un plus avec mes patients, parce qu'il y a des patients qui se retrouvent... Il y a un point, il y a Cus, par exemple, qui est super intéressant pour détendre les lombaires, pour les... pour les grossesses, je leur montre, je leur dis, ben là, parce que je le, en cabinet, je leur dis, voilà, vous pouvez faire ça. Et puis, les gens qui ont un peu de mal à retenir, je leur dis, attendez, vous avez Internet, ben là, regardez, vous tapez ça, et ils ont la vidéo, et ils peuvent le refaire à la maison.
- Antoine
Quelle star.
- Vladimir
Ah ben,
- Antoine
t'es dans tous les foyers, du coup.
- Vladimir
On n'arrête pas le progrès.
- Antoine
Sauf ceux qui lisent le français peuvent accéder au livre, mais la vidéo, je suppose que ça va être plus. Bien sûr,
- Vladimir
ça va beaucoup plus. Mais les Roumains sont très forts en langue aussi. Ils parlent pas mal français.
- Antoine
J'ai cru que c'était une contre-pétrolie. Non, non. Au final, les points de Jones, est-ce que ça marche ?
- Vladimir
Ça marche. Tu prêches inconvaincu. Oui, bien sûr, mais c'est pas que ça marche, c'est que c'est efficace. C'est très efficace. Je m'étonne toujours que ce soit si peu utilisé.
- Antoine
Une question pour conclure cet entretien, Antoine. Quelle est ta relation à tes mains ? C'est une question qu'on a décidé de poser à tous les praticiens, thérapeutes, ostéopathes qu'on interview. Vous êtes sur un métier manuel. C'est quoi la relation à tes mains ?
- Vladimir
Je dirais que mes mains, c'est mes yeux.
- Antoine
Tu en as deux, c'est ça que tu veux dire.
- Vladimir
je n'ai pas de main droite ni de main gauche je travaille de la même façon des deux côtés c'est un bel outil pour moi parfait,
- Antoine
merci Antoine d'avoir été avec nous merci Vladimir, avec plaisir on vous remercie d'avoir écouté cet épisode on se retrouve bientôt pour une prochaine édition de ce podcast avec les éditions TITA pour découvrir un nouvel auteur et un nouvel ouvrage. En attendant, vous pouvez retrouver le livre d'Antoine Dixneuf, Les points de Jones, dans toutes les bonnes librairies et sur titashop.fr. A très vite ! Ce podcast a été réalisé avec les moyens techniques de KawaLearn. Je remercie Betsabéé Maire, éditrice, pour la préparation de cet épisode.