Speaker #0Bienvenue dans Tous Traumatisés ! La dernière fois, je t'ai expliqué pourquoi j'avais appelé cette émission « Tous traumatisés » . Et j'ai dit un truc qui en a fait réagir certains. Nous sommes tous un peu cabossés, tous un peu traumatisés. Je le pense toujours. Mais j'avais aussi promis d'aller plus loin, de regarder ensemble ce que c'est vraiment un traumatisme. Alors aujourd'hui, je change un peu de casquette, je mets celle de la psychopraticienne et on va parler définition, science et critères. Et tu vas voir que bizarrement, ça ne contredit pas du tout ce que je te disais la dernière fois. Ça le complète. Alors, commençons par le commencement. Si tu tapes... Traumatisme psychique sur internet, tu vas tomber sur ce genre de définition. Une réaction émotionnelle qui dure après un événement de vie extrêmement éprouvant. Tu remarques un truc dans cette définition ? Le traumatisme, ce n'est pas l'événement, c'est la réaction. C'est ce qui reste après. Et ça, c'est fondamental. Gabor Maté, le médecin canadien dont je te lisais un passage la dernière fois, le dit un peu à sa façon. Pour lui, la blessure n'est pas dans ce qui t'est arrivé, elle est dans la trace que ça a laissé à l'intérieur de toi. Ça porte à réfléchir ce qu'est réellement un traumatisme. Maintenant, la vision du trauma selon la psychiatrie. Le grand manuel diagnostique appelé le DSM-5 a une définition beaucoup plus serrée. Pour parler d'événements traumatiques au sens strict, il faut avoir été confronté à la mort ou à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles, directement, comme témoin ou parce que c'est arrivé à quelqu'un de proche. C'est ce cadre-là qui permet de diagnostiquer un stress post-traumatique. Et ce cadre... Il est utile, il est précis, il permet de reconnaître et d'engager un processus de soins lorsque c'est nécessaire. Mais alors tu vas me dire, et moi ? Moi qui n'ai pas frôlé la mort ? Moi qui ai juste grandi avec un père qui criait ? Ou une mère qui ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait ? Est-ce que je suis en train de m'inventer une souffrance ? Non. C'est là que ça devient intéressant. Francine Chapirot, la femme qui a créé le MDR, faisait une distinction que je trouve très parlante. D'un côté, les traumatismes avec un grand T, c'est-à-dire une agression, un accident, une guerre, l'inceste. De l'autre, les traumatismes avec un petit T. Les moqueries répétées à l'école, les phrases qui rabaissent, entendues cent fois, les parents présents physiquement, mais absents partout ailleurs, le silence qu'on t'impose. Pris un à un, ça paraît rien. accumuler, surtout quand tu es enfant, surtout quand personne ne vient te consoler, ça creuse. Et parfois, ça creuse aussi profond qu'un grand T. Tu te souviens la dernière fois ? Je te parlais de ces phrases qu'on m'a répétées pendant des années, de ce silence imposé jusqu'à mes 30 ans. C'était des petits T, et pourtant. Et puis, enfin, il y a les chiffres. Une grande enquête de l'OMS menée dans 24 pays estime qu'environ 70% des adultes ont vécu au moins un événement traumatique dans leur vie. Au sens strict, c'est-à-dire les grands T. 7 personnes sur 10 ? Et ça, c'est sans compter les petits T. Alors, on ne serait pas tous traumatisés ? Mais attention, ces mêmes recherches montrent que la plupart de ces personnes ne développeront jamais de stress post-traumatique. Vivre quelque chose de terrible, ce n'est pas une condamnation. Ce qui fait la différence, bien souvent, c'est ce qui s'est passé autour. Est-ce que quelqu'un était là ? Est-ce que tu as pu en parler ? Est-ce qu'on t'a cru ? Il y a une image que j'adore pour parler de tout ça. Au Canada, on parle du tea bag factor. Le facteur sachet de thé. Tu ne sais jamais exactement ce que donne un sachet de thé tant que tu ne l'as pas plongé dans l'eau bouillante. Eh bien nous, c'est pareil. On ne sait pas comment on va réagir à une épreuve avant de la traverser. Ça dépend de ton histoire, de ta famille, de ta culture, du soutien que tu avais ou non. Ça ne dépend pas de ton courage, pas de ta volonté. Donc si ton système a lâché à un moment, ce n'est pas de ta faute. Entends-le bien, ce n'est pas de ta faute. Maintenant, comment ça se manifeste un traumatisme ? Il y a ce qu'on connaît, les flashs, les cauchemars. Une odeur, un bruit étaient directement ramenés là-bas. Il y a l'évitement. Ce chemin que tu prends plus, ce sujet que tu esquives, et ta vie qui rétrécit petit à petit. Il y a l'hypervigilance, tu sursautes quand une porte claque, tu dors d'un oeil, tu surveilles tout le monde. Et puis, il y a ces symptômes qu'on ne voit pas, ceux qu'on ne relie presque jamais au trauma. La honte, sans savoir de quoi. La culpabilité qui te colle à la peau. Le oui qui sort alors que tout ton... Tout en toi crie non, ou l'inverse, quand plus personne n'a le droit de t'approcher. La fatigue que le sommeil ne répare pas. Cette impression de vivre derrière une vitre, des années entières de ton enfance dont tu ne te souviens pas. Et puis il y a le dos bloqué, le ventre noué, les douleurs que les examens n'expliquent pas. Parce que le corps, lui, il garde la trace. Bessel a écrit tout un livre là-dessus. Je t'en reparlerai bientôt. Tout ça, ce ne sont pas des défauts. Ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des stratégies de survie. Ton système nerveux a fait ce qu'il pouvait avec ce qu'il avait à un moment où c'était trop. Ces stratégies, elles t'ont protégé. Le problème, c'est qu'elles continuent de tourner alors que le danger, lui, il est parti. Alors... Est-ce que tout le monde a un stress de post-traumatique ? Non. Est-ce que toutes les souffrances se valent ? Non plus. Je ne vais pas dire qu'une moquerie à l'arrêt éclairé, c'est la même chose qu'un viol. Ce serait faux et ce serait insultant pour ceux qui ont vécu ça. Mais est-ce qu'il existe une hiérarchie qui t'interdirait de prendre soin de tes blessures ? Absolument pas. La science donne une définition du trauma qui trace des lignes, un cadre. Et c'est nécessaire. Mais nous, on est tous quelque part sur ce spectre, un peu cabossés, tous un peu traumatisés. Alors je ne veux pas faire une jolie conclusion bien rangée aujourd'hui, parce que comprendre ce qu'est un trauma, ça ne répare rien tout seul. Mais ça peut changer une chose, la façon dont tu te regardes. Au lieu de te demander « qu'est-ce qui cloche chez moi ? » , peut-être que tu ne peux essayer pas « qu'est-ce qui m'est arrivé ? » . Ce n'est pas grand-chose. Mais c'est déjà une autre approche, un autre regard, un autre chemin. Si tu veux aller plus loin, j'ai écrit un article complet sur le traumatisme psychique, sa définition, ses symptômes visibles et invisibles. J'ai également créé un petit guide gratuit pour savoir quelle direction prendre quand on a compris tout ça. Les liens vers l'article et vers le guide gratuit sont en description de cet épisode. Dans le prochain, on abordera un symptôme dont on ne parle presque jamais. quand tout va bien et que ça fait peur. Tu sais, ce bonheur qui paraît inaccessible quand on a connu l'indicible. Abonne-toi à ce podcast si tu veux être prévenu de sa sortie. D'ici là, si cet épisode t'a parlé, pense à le liker, partage-le sur tes réseaux. C'est ce qui me permet de continuer à creuser ces sujets pour toi et pour tous ceux qui en ont besoin. Prends soin de toi et à très vite.