- Voix off
Être entrepreneur, c'est être confronté aux sentiments de solitude. Est-ce un frein, une liberté, une angoisse ou un challenge ? Avec Tout Seul, un des podcasts d'Orange pour les pros, nous rencontrons partout en France des entrepreneurs qui vous partagent leurs expériences et leurs histoires.
- Christelle Charteau
Il fallait que je fasse quelque chose et je sentais que c'était le moment, que j'aille au bout de mes projets professionnels. J'ai déjà connu plusieurs vies professionnelles, mais ce n'était pas fini. Je savais que j'allais pouvoir faire quelque chose qui me ressemble complètement.
- Voix off
C'est au milieu des marais, à deux pas de l'île d'Olonne, que nous rencontrons Christelle Charteau. À la suite de maladies professionnelles, cette ancienne graphiste est retournée dans sa maison d'enfance pour créer un salon de thé atypique appelé "Bonne Arrivée!". Elle y partage son goût pour les bonnes choses, héritage de son père pâtissier et de son histoire, notamment liée à l'Afrique. Le secret de sa reconversion professionnelle réussie ? De la passion et une forte empathie envers les autres qui le lui rendent bien.
- Agnès Séverin
Bonjour Christelle, quel a été votre parcours avant la création du salon de thé "Bonne Arrivée!" ?
- Christelle Charteau
Bonjour Agnès. Alors moi, j'étais dans un premier temps graphiste. J'ai fait des études de graphiste. Je suis devenue infographiste et webdesigner. Et suite à des soucis avec mes yeux, j'ai dû renoncer à travailler sur écran. Donc j'ai transposé mes compétences en choisissant le métier de peintre-décorateur. Je faisais tout ce qui est fresque, trompe-l'œil, relooking de meubles, mais aussi des chantiers classiques parce qu'il fallait rentrer de l'argent puisque j'avais créé mon entreprise. Suite à ça, j'ai développé cette fois des pathologies par rapport à mes épaules, avec une opération et des complications derrière. Donc là, on m'a recommandé d'arrêter à nouveau mon métier. Et cette fois, c'était plus difficile puisqu'il a fallu renoncer à mon entreprise. J'ai travaillé tout de suite, puisque quand on est à son compte, on n'a pas le droit au chômage, dans des lieux où j'accueillais du public, puisque j'aime les gens. Mais il me manquait ce côté création, créativité et surtout cette partie de travail manuel, puisque je suis une manuelle à la base. D'où est né mon projet de salon de thé à la Burelière, à l'île d'Olonne. J'ai eu l'idée de créer un lieu plutôt insolite, puisqu'on n'est pas dans le centre-bourg de l'île d'Olonne. On est dans mon village, le village où je suis née, près des marais. Surtout, c'est dans la maison où j'ai grandi. C'était la maison de mes parents, qui est chargée de bonnes ondes, chargée d'une belle histoire. Je voulais pouvoir accueillir les gens, leur faire connaître ce lieu et surtout leur faire aimer l'environnement. Je voulais quelque chose pour les attirer. Je me suis dit que la pâtisserie était pas mal. Ça me permet de développer tout cet aspect d'improvisation, de création. Même si, en pâtisserie, on dit bien que les choses sont bien calées. Pas pour moi. J'aime manger, j'aime... Quand on aime manger, on aime la vie, donc pour moi ça va de pair. Surtout j'aime les bons produits. Il faut savoir que mon père était pâtissier de métier, même s'il ne m'a rien appris, je précise. J'ai beaucoup léché les casseroles, et voilà d'où vient le goût des bonnes choses. J'allais très souvent chez ma grand-mère qui était à 500 mètres d'ici, et je participais à la fabrication des gâteaux, vraiment des recettes typiques, des recettes traditionnelles françaises. et relativement simple, mais les choses qu'on retrouvait à chaque repas de famille. C'est un salon de thé qui s'appelle "Bonne Arrivé!" Petite précision, je mets toujours en dessous "salon décontracté", parce que je ne voulais pas l'image du salon de thé guindé, comme on peut voir souvent, puisque ça n'allait pas avec le lieu et on est proche des sentiers de randonnée. J'ai affaire aussi à beaucoup de gens qui sont en basket. Parfois même, ils arrivent, ils enlèvent leurs chaussures pour se mettre à l'aise. Et « bonne arrivée » est une expression qu'on utilise en Afrique de l'Ouest, qui veut dire « bienvenue » . Il y a une autre expression, mais ça, je vous la dirai à la fin. Parce que je suis particulièrement attachée à l'Afrique de l'Ouest, en particulier au Burkina Faso.
- Agnès Séverin
Quelles sont vos attaches avec l'Afrique ?
- Christelle Charteau
Tout ça, c'est lié justement à l'histoire du lieu. puisque avant la véranda dans laquelle est le salon de thé, il y avait une autre véranda. Et dans cette véranda est née une association humanitaire pour un village au Burkina, qui s'appelle Mako. C'est ma maman, lors de son séjour, elle a visité le village de Mako où il n'y avait pas d'école. Et les enfants faisaient 15 kilomètres à pied pour pouvoir fréquenter l'école la plus proche. En rentrant, elle s'est dit, il y a peut-être moyen de faire quelque chose. On était trois ados, tous nos copains étaient toujours fourrés ici, et maman nous a dit, voilà, le week-end vous êtes là, vous tournez en rond, et si vous organisiez des fêtes pour ramasser de l'argent, pour construire une école à Mako. Comme ça est née l'association en 1986, donc il y a 38 ans, et les réunions avaient lieu dans la véranda précédente. C'est pour ça que je tenais à ce qu'il y ait un parallèle, sans que ce soit omniprésent, mais il y a quand même des petites touches d'Afrique forcément dans le lieu. Il faut savoir que c'est une maison qui ne désemplissait pas. Il y avait tout le temps, tout le temps du monde, tous les week-ends. Et donc j'étais habituée à partager et à rencontrer des gens de tous horizons, de toutes nationalités. Je veux retrouver cet état d'esprit à "Bonne-Arrivée!". Pour cela, je voulais que le lieu vive aussi en dehors de la période estivale. Donc de novembre à avril, j'organise plusieurs rencontres, deux fois par mois. Il y a une première qui s'appelle les gourmands de livres. Les gens viennent avec un livre qu'ils ont lu et qu'ils ont aimé pour donner envie aux autres de le lire. Et c'est un chouette moment. Et bien sûr, tout le monde guette le moment aussi du goûter, puisque maintenant c'est devenu automatique, en rentrant, de tout de suite regarder ce qu'il y a dans la vitrine. Il y a un autre rendez-vous qui s'appelle les palabres gourmandes. C'est aussi le petit clin d'œil avec l'Afrique, puisque les palabres, c'est un moment de discussion au pied du Baobab. J'annonce un sujet pour ce rendez-vous-là, et puis je fais venir un intervenant ou une intervenante. Là, le prochain rendez-vous sera sur l'amour, sur le couple, les couples insolites ou classiques, des expériences, et puis surtout, ce qu'on peut en ressortir, et toujours du positif. On a, l'année dernière, abordé l'hypersensibilité. Ça a été un moment incroyable. Le lieu est assez petit et je limite à 12 personnes, puisque je veux garder le côté intimiste, je veux que les gens soient suffisamment à l'aise pour parler. Et là, on était 13 plus l'intervenante. On était 11 hypersensibles et deux personnes qui venaient pour connaître un peu mieux leur enfant, qui était hypersensible. Et c'était drôle parce qu'en fait, il y avait un espèce de... un peu un soulagement. Les gens se disaient mais... Ah, mais je ne suis pas toute seule comme ça. Ah, mais vous aussi, ça vous fait ça. Ah, mais vous aussi. Et finalement, l'idée, c'était justement de montrer qu'on peut être hypersensible et en fait, être comme beaucoup de gens. Surtout, en faire un plus. Moi, c'est comme ça qu'on me l'avait présenté, parce que je suis une hypersensible. Puis, il y a eu d'autres sujets d'aborder. Et il y en aura d'autres, bien sûr, pour la nouvelle saison. Je suis retournée à l'école il y a trois ans, j'étais sur les bancs de l'école pour pouvoir ouvrir ce salon de thé. Donc j'étais la plus vieille de la classe et je me suis acharnée. J'avais ma liste de goûteurs dans le secteur, mes amis, ma famille, et tous les week-ends je les appelais en disant il faut venir goûter ce que j'ai fait. Et puis je suis allée jusqu'à l'examen que j'ai passé avec des bons résultats, malgré un Covid sévère où je n'étais même pas capable de conduire pour aller passer l'épreuve.
- Agnès Séverin
Le fait de revenir à l'école, effectivement, en étant le... La plus âgée de la classe, ça vous a demandé beaucoup de persévérance. En même temps, ça doit avoir aussi un petit côté rafraîchissant.
- Christelle Charteau
Ah oui, mais moi, de toute façon, j'aime être entourée de personnes et surtout d'être dans un groupe. Et ce qui était plutôt drôle, c'est qu'il y en avait pas mal qui avaient l'âge d'être mes enfants. J'étais un petit peu la maman de tout le monde. Voilà, on venait de tous horizons et c'est ce que j'aime en fait. C'est toujours enrichissant.
- Agnès Séverin
Vous travaillez en même temps à l'époque ou vous étiez juste de nouveau étudiante ?
- Christelle Charteau
C'était à temps complet, c'est une année scolaire en fait, une formation d'un an pour adultes avec au minimum 14 semaines en entreprise. J'en ai fait 21, j'avais fait le choix d'aller dans deux endroits différents pour connaître deux types de pâtisserie. Donc la pâtisserie de restauration et la pâtisserie classique. C'était vraiment un choix, j'étais la seule d'ailleurs à faire ça et puis toujours élargir les horizons et élargir le réseau. Je pense à une rencontre en particulier, mais il y en a plein, puisque c'est l'idée qu'à chaque fois, le matin, je me lève et je me dis « Qui je vais rencontrer aujourd'hui ? Quelle belle rencontre je vais faire ? » Et le soir, je me couche et je me dis « Oh, c'était chouette, j'ai rencontré un tel, on a parlé de ça, de ça, de ça. » Puisqu'il faut savoir que je m'installe beaucoup avec les gens pour discuter. Là, en particulier, c'est Valérie. Et Valérie était venue prendre un goûter, mais surtout, en fait, elle ne m'avait pas dit. Elle voulait goûter mes pâtisseries. pouvoir me commander son gâteau de mariage. En fait, elle est venue je ne sais pas combien de fois après parce qu'elle voulait goûter. Presque tous les gâteaux que je faisais pour pouvoir choisir.
- Agnès Séverin
C'est une bonne excuse.
- Christelle Charteau
Oui, elle est très gourmande Valérie. Petit à petit, on est devenus copines. Et elle m'a fait confiance pour son mariage et ça c'était incroyable pour moi. J'ai beaucoup stressé ce jour-là, bien plus qu'elle. Elle était confiante. Surtout, j'ai voulu lui faire un gâteau qui leur ressemble à tous les deux. Que de compliments, que de compliments. Et ça, ça a été incroyable. Ça a été très valorisant pour moi. Mais ce n'est pas fini. En fait, le mariage était au début juin. Et j'ai eu un gros problème de vitrine juste avant le 14 juillet. Donc vous imaginez, en pleine saison, week-end du 14 juillet. Et là, je me suis retrouvée sans rien. Valérie passe. Je lui explique, mais juste comme ça. Voilà, on parle de choses et d'autres. Il fallait tout le temps que j'improvise. Les gens ne pouvaient pas voir. Et c'est la première chose, c'est le visuel. Mais je m'en suis débrouillée. Le lendemain, Valérie vient me voir. Et elle me dit, on ne peut pas te laisser comme ça. Ce n'est pas possible. Moi, je ne peux pas renoncer à mes gâteaux. On va créer une cagnotte litchi pour toi. pour t'aider à réparer ta vitrine et ça a été incroyable. J'ai eu des réactions et des gens qui sont venus me voir directement en me disant « Non, on veut aider, on veut participer, on ne peut pas se passer de tes gâteaux. » Et je leur ai dit « Mais merci, ça me touche. » Ils me disaient « Mais non, mais non, mais on fait ça parce qu'on t'aime. » Mais moi aussi, je vous aime. J'étais loin de penser quand j'ai créé ce lieu. que je pouvais vivre aussi des relations pareilles en fait. J'ai eu des amis comme ça, c'est incroyable. Pour moi, c'est... mais c'est tout ce que je voulais.
- Agnès Séverin
Vous avez beaucoup de commandes finalement comme une pâtisserie traditionnelle et pas seulement comme un salon de thé ?
- Christelle Charteau
Alors, sachant que je dois limiter puisque je n'ai que deux mains et je suis toute seule et surtout il faut savoir que... tout est fait maison, mais du début jusqu'à la fin. Sur la pâte feuilletée, par exemple, qui plaît énormément parce qu'on revient à nos goûts d'enfance. Par exemple, le nappage. Moi, je n'achète pas de seau, je fais tout. Et ça prend du temps. C'est le problème, entre autres, mais au moins, il y a du résultat. Et c'est pour ça que les gens, après, me commandent des gâteaux pour les événements ou pas, d'ailleurs, pour se faire plaisir. Et je dois souvent en refuser. Là, on va arriver à la période des fêtes. L'année dernière, trois semaines avant, j'ai arrêté de prendre des commandes pour les bûches de Noël et de 1er de l'an, alors que c'était ma première année. Les gens n'avaient pas goûté. Là, j'ai commencé, ça va faire presque un mois, j'ai commencé à prendre des commandes pour les bûches. J'étais même pas, moi, j'avais pas la tête dans Noël. Et déjà, il fallait, j'avais pas arrêté mes choix d'ailleurs de bûches. Mais les gens ont passé commande. Maintenant, je les rappelle pour leur dire ce que je leur propose comme choix.
- Agnès Séverin
C'est ce que vous aviez prévu au début dans votre business model ?
- Christelle Charteau
Oui, oui, c'était prévu. Les commandes étaient prévues, peut-être moins quand même. C'est sur le terrain qu'on se rend compte entre ce qu'on a idéalisé et la réalité. Mais c'est bien puisque de toute façon, des gens qui passent une commande sans connaître le lieu finissent par le découvrir puisqu'ils viennent chercher leur commande. Et après, ils sont plutôt satisfaits d'ailleurs. Ils amènent du monde. Et dans l'autre sens aussi, les gens qui viennent juste pour le salon de thé à la base. Dans la discussion, on parle de commandes et finalement, ils passent commandes pour des événements et ça fidélise aussi.
- Agnès Séverin
Comment vous avez fait pour trouver vos premiers clients ?
- Christelle Charteau
Je suis originaire de l'île d'Olonne, je suis une fille du pays, je suis plutôt connue, mais pas que. Je suis impliquée dans plusieurs associations et les membres des associations sont venus, c'est les premiers en général, c'est l'entourage. Et puis, ils viennent et ils reviennent. Ils amènent du monde, ils amènent de la famille, des amis. J'ai aussi mes anciens collègues. J'ai travaillé dans plusieurs lieux. Donc, mes anciens collègues ont su que j'avais ouvert et viennent. J'ai eu des belles surprises comme ça. Des gens que j'ai revus au bout de je ne sais pas combien d'années. Et eux en parlent aussi autour d'eux. Ça fait boule de neige. Il y a aussi d'autres biais. Par exemple, des groupes sur Facebook, parce que j'utilise beaucoup Facebook et Instagram. Les gens commentent, recommandent aux gens. Moi, je ne fais rien, mais il paraît que j'apparais souvent dans les commentaires de groupes. Et c'est comme ça que les gens viennent après découvrir. En fait, les gens qui cherchent un endroit où se poser me découvrent, puisque j'apparais sur la carte ou quand ils font leur randonnée, qu'ils cherchent un endroit où s'arrêter. Les gens arrivent et la première chose qu'ils me disent, c'est « On a regardé sur Google et quand on a vu vos avis, on s'est dit, on ne se pose pas de questions, on y va. » Et eux-mêmes... souvent mettre des avis aussi.
- Agnès Séverin
Vous avez une activité toute l'année alors qu'on est dans une zone très touristique. C'était une volonté pour vous d'être ouverte à l'année ?
- Christelle Charteau
Oui, je voulais ouvrir à l'année parce que étant d'ici, je sais ce que c'est. Quand on a envie d'aller dans un endroit et que tout est fermé, puisque on est dans une station balnéaire, les sables d'Olonne sont à 10 km d'ici, majoritairement les commerces sont fermés. Et donc des lieux comme ça, il n'y en a pas tant que ça. Et moi, je voulais que les gens d'ici puissent profiter d'un lieu pareil. Et en plus, ce n'est pas du tout la même ambiance. C'est un période hivernale, puisque les gens viennent justement se réconforter. C'est vrai que le chocolat chaud, entre autres, fait fureur, puisque c'est un chocolat entièrement avec du vrai chocolat, que je fais fondre dans du lait entier, à l'ancienne, à la casserole. Il commence à y avoir de plus en plus d'adeptes, c'est un exemple. C'est vraiment le côté réconfortant du lieu. Et si bien qu'on a des après-midi, c'est génial, parce que les gens discutent d'une table à l'autre, s'installent et ça plaisante. Et je voulais que ce soit un lieu comme ça. J'ai une table ici, celle qui est la plus près de mon plan de travail, que j'ai appelée le confessionnel. Parce que souvent, une personne qui est seule va avoir tendance à s'installer là, puisque je ne suis pas loin. Et même si on ne se connaît pas, au bout d'un moment, je finis par m'installer avec. Et beaucoup de choses ressortent. J'aime les gens et les écouter. Et moi, je dis les choses telles que je les ressens. Ils en font ce qu'ils veulent. Mais surtout, il en ressort un lien qui se crée. Ça me fait un bien fou, en fait. Tous ces sourires quand les gens repartent avec la banane, parce qu'ils se sont régalés gussativement, ils se sont régalés dans le contact humain. Les gens sont heureux et moi ça me rend heureuse.
- Agnès Séverin
Au moment de la création, il y a aussi beaucoup de choses administratives à régler.
- Christelle Charteau
Oh là là, c'est très lourd. Beaucoup de dossiers à monter aussi, puisque j'ai sollicité des organismes pour des prêts d'honneur. Donc là, il faut monter les dossiers, il faut défendre devant une commission son projet. Sachant que mon projet était atypique, j'avais en gros deux points de vue. J'avais les personnes qui se déroutaient, le fait que je ne sois pas dans le centre-bourg, et les gens qui connaissaient l'environnement, les marais, qui se disent « mais des randonneurs, on en voit plein, évidemment qu'ils vont s'arrêter, ils auront besoin de s'arrêter, de faire une pause » . Puis il y a les gens qui aimaient aussi mon côté spontané, un peu idéaliste aussi, forcément. Ça pouvait plaire. tout comme ça pouvait déranger. Donc il a fallu à chaque fois défendre. J'ai obtenu comme ça trois prêts d'honneur. J'ai aussi le statut de travailleur handicapé dû à ma pathologie. Donc j'ai fait aussi une demande auprès de la GEPHIP pour une subvention à la création d'entreprise, mais aussi pour adapter mon poste de travail. par rapport à ma pathologie. Donc là, il a fallu aussi monter tout un dossier. Il y a des choses que je ne pourrais pas faire sans ça. Donc j'ai pu m'équiper de cette façon. J'ai un plan de travail électrique, par exemple. Donc en fonction de ce que je fais, je monte ou je descends mon plan. Donc c'est un peu mon joujou. Je fais la fière quand les gens viennent et que je leur montre. Mais ça, c'est un très gros budget. J'ai un laminoir aussi pour me permettre d'étaler ma patte, puisque comme toutes mes pattes sont maison. Je me suis équipée d'un robot. qui me permet aussi de me soulager. Par exemple, la crème pâtissière, l'action de fouetter et de lever le bras sans arrêter comme ça, ce n'était plus possible. Ce robot, vraiment, je ne regrette pas de l'avoir acheté. J'ai un diable aussi qui me permet de déplacer mon mobilier de terrasse quand il y a besoin, puisque je ne peux plus soulever, je ne peux plus lever le bras et forcer en même temps. Donc voilà, j'ai essayé d'adapter. Ceci dit, ça ne m'empêche pas de souffrir énormément. quand même, même si j'ai essayé de faciliter les choses. Voilà, c'est comme ça, je l'ai voulu.
- Agnès Séverin
Est-ce qu'il y a des moments qui vous ont paru plus difficiles que ce que vous auriez pu imaginer ?
- Christelle Charteau
Je pense que je ne l'avais pas réalisé à quel point ça allait me prendre beaucoup de temps de faire tout maison. Je travaille jusqu'à 90 heures par semaine, surtout en été. En hiver, on est à peu près à 75 heures par semaine. L'été, c'est... Je me lève à 3h30 et puis je termine parfois à 22h, 22h30. Et puis je vis sur mon lieu de travail, donc ce n'est pas facile de décrocher. Après, il faut réussir à retomber et puis se coucher et faire une courte nuit réparatrice pour continuer le lendemain. Donc forcément, je n'ai plus beaucoup de temps à côté. Il y a aussi la fatigue qui s'installe.
- Agnès Séverin
Est-ce qu'il y a eu des moments où vous vous êtes sentie découragée ?
- Christelle Charteau
En fait... Presque tous les jours. Le matin, je me lève et je me dis « mais quelle idée j'ai eue ! » Et finalement, je me laisse embarquer après par ma journée et surtout par les rencontres. Et le soir, à nouveau, je suis satisfaite et je me dis « j'ai réussi ! »
- Voix off
Bonne continuation à Christelle Chartaud. Merci d'avoir écouté « Tout seul » . Un podcast d'Orange pour les pros.