- Voix off
Être entrepreneur, c'est être confronté aux sentiments de solitude. Est-ce un frein, une liberté, une angoisse ou un challenge ? Tout seul. Tout seul. Tout seul, oui. Tout seul.
- Speaker
Tout seul. Tout seul. Tout seul, oui.
- Voix off
Avec Tout seul, un des podcasts d'Orange pour les pros, nous rencontrons partout en France des entrepreneurs qui vous partagent leurs expériences et leurs histoires.
- Patricia Lagache
Moi je connaissais un agent immobilier ici, comme ça au cours d'une conversation je lui avais dit moi j'aimerais bien reprendre un petit hôtel, enfin avec mon mari. 6-7 mois après cette conversation, il m'a dit j'ai l'hôtel qu'il vous faut, c'est un petit hôtel, ça peut être géré à deux, tout est à refaire, c'est au cœur de la cité historique et donc voilà, ça a démarré de ce coup de fil et après toutes les pièces se sont mises en place petit à petit et on a décidé de changer de vie.
- Voix off
Pour réussir dans l'hôtellerie de tourisme. Choisir un port réputé, chargé d'histoire, aux longues plages ouvrant sur le grand large, est un début engageant. Ainsi, bienvenue à Saint-Malo, étape de la célèbre course atlantique de la route du Rhum, point d'ancrage du festival. étonnant voyageur et patrie de Châteaubriand, qui repose sur l'île du Grand-B à deux pas de l'hôtel des Habers. C'est ici, il y a dix ans, que Patricia et Philippe Lagache ont décidé de jeter l'encre, après avoir quitté la région parisienne et leur job respectif, pour reprendre cet hôtel familial, au charme inimitable, entre Bretagne et Extrême-Orient.
- Agnès Séverin
Quel a été votre parcours avant de créer l'hôtel des Abers, Philippe et Patricia ?
- Patricia Lagache
Moi j'étais assistante de direction dans une entreprise de gestion d'abonnement des titres de presse.
- Philippe Lagache
J'étais conducteur de travaux dans le bâtiment pendant 30 ans. On vivait en région parisienne.
- Patricia Lagache
Et moi j'avais le souhait de revenir à Saint-Malo d'où je suis originaire. Et lorsqu'on nous a proposé de reprendre l'hôtel, moi tout de suite ça m'a plu.
- Agnès Séverin
Vous pensiez créer une entreprise à ce moment-là ?
- Patricia Lagache
Oui, c'était plus mon envie à moi.
- Philippe Lagache
C'était aussi ton domaine, par tes parents qui tenaient un restaurant, c'était ton milieu aussi. Oui,
- Patricia Lagache
moi c'était le métier de l'accueil, tout ça, moi ça me plaisait. Et le plus dur en fait au début de cette aventure, c'était aussi d'en parler à Philippe. Parce que lui, il était salarié dans une entreprise, avec un certain ras-le-bol certainement, mais bon, quelquefois quand on a la sûreté de l'emploi, tout lâcher pour commencer quelque chose, c'est effrayant. Surtout que dans notre cas, on vendait notre maison, on vendait tout ce qu'on avait pour repartir de zéro pratiquement.
- Agnès Séverin
Quel a été l'argument que vous a donné votre épouse qui vous a décidé à sauter le pas de l'entreprenariat ?
- Philippe Lagache
C'était surtout pour lui faire plaisir aussi. Et puis l'âge aussi peut-être, la cinquantaine. Et puis ne pas avoir de regrets dans sa vie. Et pour l'instant, on n'en a aucun.
- Patricia Lagache
On s'est dit, si on ne le fait pas maintenant... On ne le fera jamais. J'avais eu beaucoup d'admiration pour Gérard Daboville qui a traversé l'Atlantique à la rame il y a plusieurs années et qui avait écrit un livre et en préface de son livre il avait mis « Je dédie ce livre à tous ceux qui auraient bien voulu, ceux qui auraient peut-être pu, mais que la vie a enchaîné » . Et je me suis dit finalement c'est vrai, si on ne tente pas les choses, on ne sait pas si on peut y arriver ou pas et parfois il vaut mieux avoir des regrets que des remords. Comme Philippe, lui, il était dans le bâtiment et qu'ici, il y avait quand même beaucoup de travaux à faire. Et puis, de toute façon, pour reprendre un hôtel, il faut quand même savoir manier le tournevis et le marteau.
- Philippe Lagache
Il fallait refaire toutes les chambres. Les chambres étaient un peu vieillottes. Elles n'avaient pas été refaites depuis une quinzaine d'années. Donc, on l'a fait par étapes. On a pris le premier étage par une entreprise qui nous a aidés. Et ensuite, niveau par niveau.
- Patricia Lagache
On avait tous les deux le bon profil, en fait. Pour reprendre ce petit hôtel, peut-être une petite dose d'inconscience aussi. Quand on opère ce genre de changement dans sa vie, c'est de mettre le plus de chance de son côté. Donc nous, on partait quand même pour une ville ultra touristique, Saint-Malo, au cœur de la cité historique, avec un petit hôtel de 14 chambres. Ce n'était pas ultra risqué, si ce n'est que c'était un énorme investissement personnel.
- Agnès Séverin
Est-ce que vous avez des... Des exemples de moments où vous vous êtes sentie seule, même si évidemment vous travaillez à deux ?
- Patricia Lagache
Je dirais que les moments difficiles, c'était entre la prise de décision, donc de changer de vie, et l'arrivée à l'hôtel, donc tout le montage du dossier, avec le comptable, monter une société, et puis démarcher les banques, espérer obtenir un prêt, avoir des refus. Et c'est vrai qu'on a démarché trois établissements bancaires. Et on a eu la chance de tomber sur une directrice de banque qui connaissait à fond les commerçants et qui a cru en notre projet et qui était enthousiaste et qui nous a suivi parce que notre propre banque ne nous a pas suivi. Et une autre banque qu'on avait démarché a refusé de nous suivre aussi mais a mis un temps fou à nous le dire et n'osait pas nous le dire. Donc ça c'est des moments qui sont difficiles à vivre quand on est encore chez soi, à espérer changer de vie. porté par le projet, qu'on a beaucoup d'enthousiasme par rapport à ça et puis qu'on se dit, on ne va pas y arriver. Aujourd'hui, neuf ans après, quand je repense à ces quelques mois où on a préparé le truc, c'est des moments qui restent douloureux. Il faut vraiment être soudé, avoir envie de le faire pour continuer d'avancer. Et puis donc, du coup, après on a la banque qui dit oui et il y a tout le déménagement à prévoir et puis l'arrivée à l'hôtel, c'est juste mettre tous nos meubles, toute notre vie. dans un garde-meubles et puis s'installer dans deux petites chambres de l'hôtel qui étaient inoccupées, essayer de se faire un petit cocon là-dedans et vivre pendant deux ans de cette façon-là jusqu'à ce qu'on ait l'opportunité de s'installer dans l'immeuble mitoyen de l'hôtel. Après, c'est vrai qu'on sent que les étoiles étaient de notre côté. C'est un hôtel qui fonctionnait à l'ancienne, pas de site internet, réservation par téléphone ou par courrier. Donc on a ouvert le 1er août en pleine saison avec zéro chambre réservée. Au début on n'était que tous les deux, on faisait les chambres à deux. Enfin notre fille était là pendant les vacances d'été. Puis après on a trouvé une bonne petite équipe, un frère et une sœur qui sont venus plusieurs saisons. C'est la partie la plus difficile en fait, trouver du personnel qui revienne, qui soit fiable et qui travaille bien. Parfois quand on n'a personne pour faire les chambres. La chance que l'on a, nous, c'est d'avoir un petit hôtel et d'avoir fait ça pendant deux ans, donc les chambres, on s'est allé faire. Mais c'est vrai que c'est un métier qui n'est pas facile. Chaque étape franchie, c'est du positif. On se dit ça y est, on y est arrivé. Et puis finalement, après, il y a un autre obstacle qui se présente et ainsi de suite. C'est un peu une succession d'obstacles. On a des ressources insoupçonnées. Même quand on a l'impression qu'on est au bout du rouleau, qu'on n'en peut plus, qu'on est fatigué. On arrive encore à monter une marche, deux marches, trois marches, parce qu'il faut encore avancer. Parce que ce jour-là, on a eu beaucoup de petits-déjeuners, on a toute la vaisselle à faire, et puis il y a toutes les chambres à faire après. Et puis après, il faut refaire des gâteaux pour le lendemain, il faut faire la mise en place, et puis il faut aller au ravitaillement, et voilà. Et on sait, et puis à côté, il y a aussi la vie de famille, il faut pouvoir voir ses proches, il ne faut pas négliger. Donc c'est une succession de petites choses comme ça. puis ben... On raye une ligne à chaque fois sur la liste et puis on y arrive. C'est vrai que c'est revigorant aussi de voir qu'on peut puiser en nous encore autant de force. On est quand même bien épaulé par le cabinet comptable, on sait où prendre les informations. Et là, le chambre de commerce aussi nous a beaucoup accompagné au début. Donc voilà, c'est des aides indispensables quand on se lance dans une aventure comme la nôtre. parce que c'est des gens qui n'hésitent pas non plus à nous dire attention, là il faut border le truc parce que sinon ça ne passera pas alors que nous on aurait peut-être tendance à foncer. On a un petit réseau d'hôteliers, on a la chance de très bien s'entendre. Tous les hôteliers à Intramuros, donc on a un petit réseau, on communique par message, par téléphone. Quand on a besoin d'une chambre, qu'on a un surbooking, si on est en panne de linge, qui peut me dépanner de serviettes éponges. Ou alors, ma femme de ménage vient de me lâcher, est-ce que quelqu'un aurait un CV ? Et on a la chance, on est une dizaine d'hôteliers sur ce petit groupe. On est quand même dans un pays où on essaye de nous aider aussi. On avait le soutien de la BPI aussi, la Banque publique d'investissement. En fait, il y a un bout de ficelle qui dépasse, il faut tirer sur le bout de ficelle. Il ne faut pas hésiter. Et c'est vrai qu'il faut en vouloir derrière, il ne faut pas se laisser porter non plus. Il faut reconnaître que, heureusement, qu'on a des aides.
- Agnès Séverin
Et aujourd'hui, comment vous vous répartissez les rôles ?
- Patricia Lagache
Je m'occupe beaucoup de l'administratif. Philippe, lui, il s'est mis à la cuisine. Il fait des gâteaux pour le buffet du petit-déjeuner. Il n'avait jamais cuisiné avant, donc il s'est lancé.
- Philippe Lagache
Sans oublier la vaisselle.
- Patricia Lagache
Oui, il fait la vaisselle aussi, ça on en entend assez parler. On a beaucoup d'habitués. Ils aiment beaucoup les gâteaux de Philippe. Le petit-déjeuner qui nous apporte une bonne réputation. Et puis après, moi, je donne un petit coup de main au service des petits déjeuners. Il y a une réceptionniste, on a une équipe pour les chambres. C'est important de ne pas empiéter sur le domaine de l'autre, en fait. De temps en temps, il y a des petites discussions un peu chaudes. Il faut être présent 24 heures sur 24. Nous, on n'a pas de veilleur de nuit, donc il faut pouvoir le soir, même quand l'hôtel est fermé, intervenir si l'alarme se déclenche, s'il y a un problème dans l'ascenseur.
- Agnès Séverin
Et comment vous faites pour justement garder un équilibre vie professionnelle, vie privée ? Parce qu'il y a beaucoup de choses à faire et trouver un peu de temps libre, je ne sais pas, peut-être pour aller se promener un peu au bord de la mer, c'est faisable ?
- Patricia Lagache
Donc comme c'est un établissement saisonnier, l'hiver s'est fermé, donc on a trois mois de fermeture, qui ne sont pas trois mois de vacances, toujours un peu de tapisserie à changer, de peinture à faire, des salles de bain rénovées. Donc il y a toujours au moins la moitié du temps de travaux. Et puis après, c'est notre temps de repos aussi, on profite, on se balade. On va voir la famille qui est dans le nord, notre fille qui est au Canada. Mais même l'été, on arrive aussi à se mêler aux vacanciers, boire un verre en terrasse, aller à la plage, c'est ce qu'on voulait. Profiter du bord de mer tout en y travaillant. Allier les deux, c'est une grande chance.
- Agnès Séverin
Votre fille travaille dans le marketing digital donc elle vous aide pour la communication.
- Patricia Lagache
Oui c'est elle qui gère tout ça, tout ce qui est référencement sur les réseaux sociaux. Avec son compagnon c'est eux aussi qui ont fait le site internet de l'hôtel, lui il est webmaster. Donc ils font toutes les mises à jour, elle fait tous les postes. Alors, c'est moi qui... qui fait les photos et les vidéos puisqu'ils sont à l'étranger. Je prends la photo, je lui envoie, 5 minutes après ça y est c'est publié. On voit quelquefois les clients qui sont devant l'hôtel en train de regarder sur leur téléphone, on sait qu'ils sont en train de regarder les commentaires, est-ce qu'on y va, est-ce qu'on y va pas, voilà.
- Philippe Lagache
On a une bonne cote sur les réseaux sociaux actuellement donc ça fonctionne bien.
- Agnès Séverin
Saint-Malo c'est un port, c'est une ville qui se prête à la rencontre aussi, il y a des temps forts comme le festival Étonnants Voyageurs où vous avez justement des voyageurs un peu étonnants qui viennent vous voir.
- Patricia Lagache
Oui, oui, c'est vrai qu'on a tous les ans, on héberge des auteurs régulièrement. On a Alain Borère qui vient chez nous. Alors nous, ça fait neuf ans qu'on est là, donc ça fait neuf ans qu'il est chez nous. Mais il venait déjà depuis 20 ans, donc ça fait presque 30 ans qu'il descend à l'Hôtel des Abers. Et on avait Patrick Rambaud aussi avant qu'il venait. Maintenant, il ne se déplace plus au festival. Et lui, c'était pareil. Ça faisait 20 ans aussi qu'il venait. Donc ça fait 3-4 ans qu'on ne l'a pas vu depuis le Covid. Et toujours la même chambre, ils voulaient toujours la même chambre.
- Agnès Séverin
La route du Rhum est aussi une occasion de rencontre importante.
- Patricia Lagache
Ah oui, la route du Rhum c'est un événement incroyable qui se passe tous les 4 ans. Et sur le mois de novembre, qui est une période traditionnellement quand même calme à Saint-Malo, on rentre dans la saison morte. Et là tous les 4 ans c'est l'euphorie, il y a un monde fou, il y a des marins partout. Nous on a la chance d'héberger des équipages. La dernière route du Rhum on avait Yves Le Blevec. qui naviguait sur l'Ultime Actual, qu'on a eu la chance de visiter un soir, et ça c'était incroyable. On avait aussi Roland Jourdain et les équipes qui lui naviguaient sur un bateau en fibre de lin, We Explore. Tous les deux ils ont fait une course superbe.
- Agnès Séverin
Les habitués j'imagine qu'ils apprécient aussi le côté familial, l'accueil très chaleureux.
- Patricia Lagache
Et c'est vrai qu'hier soir on avait encore des clients de Hong Kong, on avait un client d'Australie. On a des Américains, on a des habitués de Saint-Pierre-et-Miquelon qui viennent tous les ans passer plusieurs semaines, c'est incroyable. Donc non, c'est très sympa, très sympa d'avoir cette clientèle d'habitués. Moi, je ne pensais pas qu'on aurait cette clientèle d'habitués en reprenant l'hôtel. On est content aussi, nous, de revoir nos habitués. C'est un petit peu comme si on revoyait des membres de la famille qu'on n'a pas vus depuis longtemps. Et ils viennent avec des cadeaux. Donc c'est vrai que nos clients de Saint-Pierre-et-Miquelon, ils nous apportent du homard sous vide, dans une pochette isotherme, avec un pain de glace et tout, c'est super sympa. On a des clients qui viennent d'endroits où il y a des vignobles, on a des bouteilles de vin. Des clients d'Alsace, en novembre, qui viennent avec des petits biscuits des marchés de Noël et tout, beaucoup sont devenus des amis. Et nous, le fait d'être à Saint-Malo, c'est super sympa de pouvoir recevoir aussi maintenant la famille, de leur proposer. Un petit week-end au bord de la mer. Tout le monde adore Saint-Malo.
- Agnès Séverin
Votre fille, comment a-t-elle pris sa décision de prendre la succession plus tard ?
- Patricia Lagache
Nous, on leur a dit que là, ça allait faire en 2025, 10 ans qu'on avait repris l'hôtel déjà. Ça passe très, très vite. et qu'on allait sans doute quitter l'hôtel. Et c'est vrai que nous, quand on a repris l'hôtel, ses copines lui disaient « Ah bah c'est bien, toi plus tard tu pourras reprendre l'hôtel. » Et elle, elle insistait bien sur le fait que c'était le projet des parents, mais pas le sien. Et on trouvait ça super parce que c'est vrai que nous on l'a fait pour nous, mais pas pour elle, elle choisissait une autre voie. Et puis là finalement, maintenant il y a un petit bébé qui est arrivé, un petit malot qui aura deux ans en juin. Et la famille leur manque. Donc ils ont envie que le petit connaisse ses cousins. Donc c'est ce qui les motive aussi à revenir en France. D'ailleurs ils reviennent l'année prochaine, s'installer en France. Et on va travailler tous les quatre dans un premier temps avec l'idée de leur transmettre l'affaire après. C'est une autre génération, donc ils vont peut-être moderniser aussi l'affaire. Peut-être aussi s'en servir comme d'un piédestal pour autre chose. Ils sont jeunes, ils peuvent voir plus grand aussi. On est contents.
- Voix off
Bonne continuation à Patricia et Philippe Lagache. Merci d'avoir écouté tout seul un podcast d'Orange pour les pros.