Speaker #0Que vous passiez l'été au bout du monde, chez vous ou au travail, bienvenue dans Traceurs de Voix. Je suis Koumba, la créatrice de ce podcast. Avec ces carnets de vacances, j'ai eu envie de vous accompagner tout l'été. Vous offrir une bulle, un espace pour souffler, ralentir, interroger vos priorités, réapprendre à rêver et peut-être à redessiner quelques-unes de vos propres règles. Alors prenez une profonde inspiration, gardez près de vous de quoi écrire, de quoi vous hydrater et laissez-vous porter par la veille. Notre voyage commence maintenant. Je vous l'avais promis et on y est, le premier épisode de nos carnets de vacances. Et pour commencer ce voyage, j'aimerais vous poser une question toute simple. Quand est-ce que, pour la dernière fois, vous vous êtes senti complètement invisible ? Pas invisible au sens triste du terme, non. Invisible au sens délicieux. Ce moment où personne ne sait exactement où vous êtes, ce que vous faites, ce que vous pensez et ce que vous allez manger ce soir. Ce moment où le téléphone ne vibre pas, où aucune notification ne vient réclamer un morceau de votre attention. Parce qu'on le sait, l'envie ressemble parfois à une gare de triage en heure de pointe. On est sans cesse repérable, joignable, géolocalisable, disponible. On répond à un message en marchant. On jette un coup d'œil dans nos mails professionnels en cuisinant, on scrolle sur les réseaux sociaux en attendant un café. Un nom a même été donné à cette agitation intérieure. Je suis sûre que vous avez déjà entendu parler du faux mot. C'est un anglicisme qui veut dire Fear of missing out. Pardon pour l'accent. La peur de rater quelque chose. Une info, une opportunité, une conversation, une story. Une preuve que les autres sont en train de vivre quelque chose de bien plus intéressant que nous. Ce que ça produit comme résultat, c'est qu'on est partout, tout le temps, sauf là où on se trouve vraiment. J'ai déjà vu deux personnes au restaurant passer tout leur repas à scroller sur leur téléphone sans se regarder ni même se parler. Que vous m'écoutiez depuis votre bureau en plein mois de juillet, depuis un train, une cuisine ou allongé sur une serviette à la plage, le piège est le même. Le piège, c'est de croire que le monde va s'effondrer si on s'absente de la boucle. Parce que le faux mot nous murmure à l'oreille, regarde ce que font les autres. Ils s'amusent, eux. Ils avancent, eux. Ils réussissent, eux. Et ce mail-là, tu devrais peut-être y répondre maintenant. Juste pour montrer que tu es là. C'est épuisant, n'est-ce pas ? Cette sensation d'être à la fois spectateur permanent de la vie des autres et gestionnaire stressé de la sienne. On s'inflige une disponibilité totale. On devient le standard téléphonique, le service après-vente et le community manager de notre propre existence. Mais cet été, je vous propose de saboter doucement ce système. Et je vous dis bienvenue dans l'ère de la Jomo. C'est quoi la Jomo ? Joy of missing out. La joie de rater des choses. Oui, oui, rater. Rater une story, rater une polémique, rater une notification, le dernier mail arrivé à 22h13 et découvrir que rien ne s'écroule. Goûter à la Jomon, c'est s'apercevoir que le monde continue à tourner sans nous et que c'est peut-être la meilleure nouvelle de la journée. C'est réaliser que ne pas être au courant de la dernière agitation numérique ne retire rien à la saveur de notre propre vie. Être invisible, ce n'est pas disparaître, c'est revenir à soi. Quand vous coupez les réseaux, les mails, les notifications et autres alertes, il se passe quelque chose de très simple, presque radical. Le bruit baisse et le signal revient. Vous commencez à réentendre vos propres pensées. Et cette fois-ci, il n'est pas question des pensées dictées par un algorithme, pas celles imposées par l'urgence d'un client, Pas celle provoquée par la comparaison avec la vie très bien cadrée des autres. Vos pensées à vous. Vous commencez à ressentir le vent sur votre peau, la chaleur aussi. À apprécier le silence. À entendre les bruits de la maison, de la rue, de la mer, du soir. ou simplement à savourer la musique qui se joue là, en fond. Je voudrais vous proposer une expérience pour aujourd'hui ou pour ce week-end. Un petit acte de résistance invisible. Vous allez décréter une zone blanche volontaire. Je vous explique. Pendant deux heures, 4 heures ou même, pour les plus téméraires, une journée entière. Si vous sentez d'humeur un peu punk, vous passez votre téléphone en mode avion et vous le glissez dans un tiroir. Pas dans votre poche, non, loin des yeux. Au début, vous allez voir, vous allez peut-être ressentir une petite démangeaison antérieure. Le réflexe de tendre la main vers la table pour vérifier s'il y a du nouveau, c'est normal. Votre cerveau a pris l'habitude de recevoir sa petite récompense. Le message, le like, l'alerte, le signe que quelque chose se passe. Je vous suggère de laisser passer la vague. Regardez cette petite envie, sans y céder. Et puis, au bout de 20 ou 30 minutes, Quelque chose va s'ouvrir. Une sensation d'espace. Vous êtes enfin là. Seul avec vous-même. Ou pleinement avec les personnes qui partagent votre vie, votre table, votre trajet. Vous n'avez plus rien à prouver. Plus rien à photographier pour montrer que vous existez. Vous existez. Un point c'est tout. Et ça, ça se passe hors écran. Puisque ce podcast est votre carnet de vacances, c'est le moment pour vous de sortir votre stylo ou simplement de graver ça dans un coin de votre tête. À la fin de chaque épisode, nous poserons une pierre pour tracer notre voix. Aujourd'hui, j'aimerais que vous écriviez votre propre protocole d'invisibilité en répondant à trois questions simples. Première question, quelles notifications allez-vous couper dès aujourd'hui ? Pas toutes, une seule pour commencer, celle qui vous hape le plus souvent. Deuxième question, à quel moment précis de la journée allez-vous mettre votre téléphone à distance ? Ne commencez pas avec des phrases du style « plus tard, quand j'aurai le temps, quand j'aurai fait tout ce qu'il y aura à faire » . Il faut une heure précise, un créneau. Et ce sera votre rendez-vous avec vous-même. Troisième question. Qu'aimeriez-vous retrouver dans cet espace libéré ? Du silence ? Une conversation ? Une sieste ? Un livre, une promenade, une idée qui n'avait plus la place d'arriver ? Notez ce qui vient. Ce n'est pas une contrainte, c'est un cadeau que vous vous faites. Un droit d'asile chez soi. Et rappelez-vous... Se connecter au monde digital, c'est parfois se déconnecter à soi. Choisir la jomo, ce n'est pas se couper des autres par égoïsme. C'est se rassembler pour être de meilleure qualité quand on reviendra vers eux. Vous venez de tracer la première ligne de votre carnet de vacances. Aujourd'hui, savourez le luxe d'être invisible, ne serait-ce que quelques heures. Le monde peut attendre un peu. Alors on se retrouve très vite pour le prochain épisode où l'on explorera ensemble un art mystérieux, précieux et assez mal vu dans nos vies pressées. Il s'agit de l'art de l'ennui fertile. Tout un programme. D'ici là, prenez soin de votre précieux temps libre. Et pour fermer cette parenthèse, Je vous laisse avec une citation de Christian Bobin. Je cite « Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles. » Je répète « Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles. » Fin de citation. Et surtout, gardez cette question avec vous. Qu'est-ce que je pourrais retrouver de moi ? Si j'acceptais de disparaître un peu du bruit, qu'est-ce que je pourrais retrouver de moi ? Si j'acceptais de disparaître un peu du bruit, ne cherchez pas une réponse parfaite. Juste la laisser faire son chemin et infuser en vous. Ah oui, une dernière chose. Prenez soin de la voie que vous tracez. Elle non plus n'a pas besoin d'être parfaite. seulement d'être la vôtre. A très bientôt sur Traceur de Voix !