- Speaker #0
de ce mélange de cultures qui fait la richesse de votre famille. On va évoquer les différences culturelles autour de la famille, de la manière d'éduquer les enfants, mais aussi de la place de chacun dans le couple et la façon dont votre foi se vit et se transmet à travers tout ça. Ça te va ?
- Speaker #1
Ça me va.
- Speaker #0
Déjà, est-ce que tu peux te présenter, nous présenter un peu ton parcours, ta famille, d'où tu viens, ce qui t'a amenée en France ?
- Speaker #1
Bonjour Alicia, merci de m'avoir invitée ici. Alors, je suis Mireille, j'ai fêté mes 44 ans, oui, il y a quelques... jours. Je suis Camerounaise de père et de mère, mariée à Nicolas, Sénégalais. Nous sommes mariés depuis 15 ans. Nous avons cinq enfants, Emile 13 ans, Michel 11 ans, Marguerite 5 ans, André 3 ans et Anna Noémie 1 an. J'ai étudié essentiellement au Cameroun. Nous sommes rencontrés au Cameroun, Nicolas et moi. Il était en mission au Cameroun. Et nous avons commencé à nous fréquenter. Puis, pour des raisons professionnelles, j'ai dû me déplacer pour la Tunisie. Et c'est lorsque j'étais en Tunisie que nous avons décidé de nous marier. Et donc, il m'a rejoint en Tunisie. Nous y avons vécu quelques années, jusqu'à la naissance d'Emile. Et ensuite, il a fallu que je retourne au Cameroun pour des raisons professionnelles, une fois de plus. Par la suite, Nicolas nous a rejoints. Et puis, il a dû. repartir en Tunisie, et c'est de la Tunisie qu'il est venu en France.
- Speaker #0
Il était tout seul à ce moment-là ?
- Speaker #1
Il était tout seul cette fois-là. Donc moi j'avais Émile et Michel au Cameroun. Une fois qu'il est arrivé en France, il a été question que la famille se soit regroupée. Et cette fois-là, en France. C'est comme ça que Émile, Michel et moi, nous l'avons rejoint en France, en 2019. Déjà d'abord les tout-petits et puis moi par la suite. Parce qu'il fallait que je règle les questions professionnelles avant de pouvoir partir. Donc septembre 2019, nous étions tous réunis en région parisienne. Et moi, je commençais ma vie de femme au foyer. Parce que dans un premier temps, à peine arrivé, l'environnement m'a semblé très nouveau, très différent. Et j'ai ressenti le besoin de stabiliser d'abord la vie familiale, l'installation de chacun, avant de voir si je voulais me relancer dans le travail tout de suite.
- Speaker #0
Ok, d'accord. Vous étiez en région parisienne et comment vous vous êtes retrouvée là, dans l'Est lyonnais où on est actuellement ?
- Speaker #1
Eh bien, Nicolas a été débauché par un de ses clients et donc il a eu un travail à Lyon. Et en quittant la région parisienne, après avoir vécu le confinement en appartement, on s'était juste dit, il n'est plus question du tout qu'on soit déjà en appartement. On voulait avoir de l'espace. Parce que la famille, en quittant la région parisienne, il y avait Marguerite déjà. On était cinq dans l'appart. C'était un peu étroit, donc il a fallu chercher un espace un peu plus grand. En périphérie, nous ne voulions pas être en ville. Le juste milieu que nous avons trouvé entre la ville et la campagne, c'était là où on est.
- Speaker #0
Donc toi, tu viens du Cameroun, ton mari est Sénégalais, on l'a dit. Vous avez vécu en Tunisie. Est-ce que tu as perçu des différences notables entre ces cultures dans la manière de concevoir la famille et aussi l'éducation des enfants ?
- Speaker #1
Alors, il y a de grandes différences que je note, moi, dans la façon d'éduquer les enfants, dans la façon de vivre la vie familiale. Au Cameroun, c'est vrai qu'on ne vit pas forcément plusieurs générations regroupées. Au même endroit, c'est plutôt le père, la mère, les enfants. En Tunisie, plusieurs générations cohabitent. Ça, nous avons vu chez nos voisins, les personnes que nous fréquentions. Au Sénégal aussi, c'est plutôt similaire. Plusieurs générations peuvent cohabiter.
- Speaker #0
Aussi bien en ville qu'en campagne ?
- Speaker #1
Aussi bien en ville qu'en campagne. Le chef de famille, le père de famille, quand il va... aménager ces espaces. Il tient compte du fait que voilà, il doit donner de l'espace après à ses enfants qui ramèneront leur conjointe. Je parle de ses enfants garçons. Et donc il est prêt à accueillir en fait ces nouvelles familles qui vont se créer de part, de suite et de suite de sa descendance. Au Cameroun, ce n'est pas prévu du tout. Au Cameroun, le père vit avec sa femme, ses enfants et ses enfants quand ils sont grands. Ils doivent partir. Ils vont fonder leur famille, ils vont s'installer chez eux.
- Speaker #0
Un peu à la française finalement.
- Speaker #1
Voilà, on se fréquente, mais chacun s'organise chez lui. Et donc, l'éducation des enfants. Par contre, pour la façon d'éduquer les enfants au Cameroun, malgré le fait qu'on ne vive pas forcément plusieurs générations ensemble, la responsabilité incombe toujours au reste de la famille, et même d'ailleurs aux passants, d'éduquer les enfants. Un enfant que je croise dans la rue, qui se comporte mal, j'ai le devoir de lui rappeler la règle, j'ai le devoir, même à la limite, de le punir.
- Speaker #0
Ok. Oui,
- Speaker #1
mais je dois le reprendre.
- Speaker #0
Oui, ça peut aller jusque-là.
- Speaker #1
Ça peut aller jusque-là, s'il le faut, parce que s'il n'entend pas raison, il faut que j'agisse. Mais je ne peux pas non plus, je ne peux pas juste le laisser continuer de faire n'importe quoi. Je dis n'importe quoi et il lance des pierres sur les voitures. J'ai pas juste à lui dire arrête et s'il n'arrête pas, je continue mon chemin, non, non. Il doit arrêter. Il doit arrêter au point où je dois pouvoir le ramener à sa famille, à ses parents, pour qu'ils continuent de lui rappeler la règle. Mais je ne le laisse pas faire, non. Parce que c'est se mettre en danger, c'est pas bien, quoi. Et je ne l'aiderai pas en le laissant décider, lui, de continuer de faire des bêtises. Donc voilà, au Cameroun, c'est ça la règle. C'est que tout le monde participe à l'éducation des enfants. Au Sénégal, alors, j'ai vu ça aussi. Oui, je ne dirais pas que ça aussi j'ai vu. Mais en Tunisie, par contre, non, je ne l'ai pas vraiment vu. C'est les parents qui doivent gérer un peu ce que leurs enfants font. Peut-être que je ne me suis pas sentie aussi légitime pour intervenir. Même si j'ai des réflexes d'intrusion. Mais non, je n'ai pas trop vu ça. Et pour moi, je trouve que c'est une des principales différences.
- Speaker #0
Et avec la France aussi. Parce qu'en France, si tu reprends l'enfant de quelqu'un d'autre, ça peut très mal se passer.
- Speaker #1
J'ai appris que je ne devrais pas. Bon, j'essaie de m'y conformer.
- Speaker #0
Tu l'as appris à tes dépens ? Ou tu t'en es vite rendue compte ?
- Speaker #1
Je n'ai pas eu à... Je crois que la façon de regarder, le regard que j'ai reçu des premiers enfants que j'ai dû interpeller m'a quand même fait me poser deux, trois questions. Et les parents étaient dans les parages. Heureusement, ici en France, quand même, les parents ne sont pas très loin. Donc voilà, on le voit vite aussi à la tête que les autres font. Du coup, je me suis dit, bon, peut-être qu'il n'y a pas vraiment besoin aussi d'intervenir, puisqu'il y a toujours les parents dans les parages. Mais après, on m'a vite rappelé que voilà, ici, ça ne se faisait pas. Donc du coup J'essaie de m'y conformer, même si moi, pour ceux que je fréquente, ceux qui sont autour de moi, même mes voisines, je leur dis n'hésitez pas. Si vous les voyez, s'il vous plaît, aidez-moi, parce que pour moi, c'est de l'aide que je recevrai que de voir mes enfants recevoir des rappels à l'autre.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de frapper un enfant. Ça, c'est complètement différent.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Il s'agit de reprendre un enfant ou de le faire cesser. Comme c'était le cas en France, nous, quand nos parents étaient petits, dans la rue, tu pouvais te faire reprendre par un passant.
- Speaker #1
Par un passant, oui.
- Speaker #0
Si tu faisais n'importe quoi, oui.
- Speaker #1
Donc, à un moment, on ne va pas frapper l'enfant, non. Tu n'oserais pas aller jusque-là parce que, bon, voilà. Généralement, qu'est-ce qui se passe ? L'enfant n'a pas la même attitude avec quelqu'un d'autre que ses parents. On m'a déjà dit ça. Donc, théoriquement, on n'a pas besoin d'arriver jusque-là et ce n'est pas souvent ce qui arrive. d'ailleurs, mais se faire tenir par le bras pour être ramené quand on résiste et tout ça, oui, ça arrive et pour nous ça c'est pas de la violence si vous le ramenez, il n'y a pas autant de raisons, mais il faut pouvoir le ramener à ses parents pour que ça s'arrête on utilise les moyens de bord, mais pour moi c'est recevoir de l'aide que de voir mes enfants être repris s'ils sont en train de faire des conneries Ils ne feront pas toute leur connerie devant moi, donc je ne saurais jamais tout. Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont parfaits. Donc pour moi, je crois fermement que c'est de l'aide que je reçois.
- Speaker #0
Comme dit le proverbe africain, il faut tout un village pour élever un enfant. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que ça veut dire concrètement au Cameroun ? Donc là, tu as commencé à en parler avec les passants. Par exemple, le rôle de la famille élargie. Par exemple, toi, tu as encore ta maman de souvenir. Tu as encore ta maman. de ton papa. Quand vous rentrez avec les enfants, je ne sais pas comment ça peut se traduire cette part active de la famille un peu élargie dans l'éducation des enfants.
- Speaker #1
Ils doivent intervenir autant que nous les parents et même, j'ai envie de dire, parfois un peu plus. Parce qu'ils vont voir peut-être des détails que nous, parents, à la longue, on ne considère plus comme importants. Mais pour eux, par exemple, ça va être pas sacrilège, mais tout comme, c'est vraiment à corriger. Donc, lui, mon père, ma mère, après, ils sont grands-parents, donc c'est pas... Ils n'ont plus l'énergie, ils ont la position de grands-parents qui est plutôt de chouchouter les enfants, mais bon, s'il le faut, ils vont le refaire, ils vont le faire, ils vont les reprendre. Par contre, c'est les tontons, les tatas qui ont encore de l'énergie et qui, eux, vraiment, généralement, ne vont pas laisser passer. Comme je dis une fois de plus, eux, ils seront plus attentifs à ce que nous, les parents, nous ne considérons plus comme important. Donc, du coup, ils vont quand même pas mal nous aider en les reprenant. Et c'est pas qu'on soit présent ou pas. S'il le faut, qu'on soit là ou pas, ils interviennent, tout comme si c'était leurs propres enfants.
- Speaker #0
Ça peut donner lieu à des choses un peu rocambolesques, parce que toi, tes enfants, ils sont élevés un peu à la française, quand même. Moi, quand je vois tes enfants, il n'y a pas trop de différence avec les miens. Est-ce qu'il y a des choses, par exemple, où tes frères, ou je ne sais pas si tu as des sœurs, tes frères, tes sœurs, eux, ils peuvent trouver un peu bizarre, tu vois, ou un peu... Ou ils peuvent penser que ça ne se fait pas. Et où toi, tu te dis, en fait, si ça se fait... Ou toi, des choses que tu vois chez tes neveux et tes nièces qui peuvent te paraître un petit peu déplacées. Je ne sais pas si on peut aller jusqu'à déplacées, mais tu vois. Où tu aurais repris tes enfants et où là, eux se disent...
- Speaker #1
Alors... pas du tout quoi je vois ce que tu veux dire Alicia effectivement parce que j'étais cap l'été dernier même c'est pas si loin que ça vous étiez au Sénégal on était au Sénégal l'été dernier et je dis n'importe quoi ma belle-sœur va dire à ma fille par exemple voilà quand tu te lèves il faut faire ton lit alors à la maison sincèrement je lui prends plus la tête dessus ouais c'est déjà gagné si une fois par semaine elle fait sa chambre je dis déjà gloire à Dieu donc honnêtement j'ai un peu lâché dessus mais du coup quand elle le fait Quand elle lui dit, moi je dis juste dans mon cœur, sauver, ben si on retourne d'ici, si en partant d'ici, elle a acquis le lit et que ça peut rester un peu dans elle, ce serait plutôt... C'est de tout bénéfice pour moi en fait. Dans ce cas-là,
- Speaker #0
c'est génial.
- Speaker #1
C'est génial. Donc, quelle que soit l'intervention de mon frère, de ma soeur, de ma belle-soeur, de mon beau-frère, je n'interviendrai pas. Ça, c'est une règle d'or. Ce qu'il a dit, il ne le dit que pour son bien. C'est mon postulat de base. Il le dit pour son bien. Si moi, ça ne semble pas important, je pense que si elle acquiert, si mon enfant acquiert cette notion-là, ce ne sera qu'un plus pour elle, pour lui, pour cet enfant. Donc, je n'ai pas à m'opposer à cela. Déjà, je ne vais pas contredire mon frère ou ma soeur ou mon belsoir, mon beau-frère. Non. On ne se contredit pas entre adultes.
- Speaker #0
Même si tu n'es pas d'accord ?
- Speaker #1
Même si je ne suis pas d'accord, je ne contredit pas. Ça ne va pas le tuer. Ça ne va faire que le former. Ce ne sera pas... Alors, on ne va pas aller dans des extrêmes. Il ne va pas dire dimanche, tu ne vas pas à la messe et moi, je ne suis pas d'accord et je laisse faire. Non, par contre, on est d'accord. Mais pour tout ce qui est éducation...
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas un drame. Si sur des petites choses, tu n'es pas forcément d'accord, au pire, tu ne le feras pas chez toi.
- Speaker #1
C'est tout simplement ça. Mais par contre, je ne le contredirais pas. Ça, par contre, c'est une règle d'or de l'éducation de la communauté. Si on veut que ça marche... Il vaut mieux ne pas du tout mettre les enfants dans le... les embrouiller en fait. Sinon ils ne s'en sortent pas, sinon il faut qu'ils aient un visage quand ils sont devant tantantel, une attitude quand ils sont devant tatatel. Non, je ne veux pas, moi je ne veux pas du tout élever mes enfants dans ces conditions-là.
- Speaker #0
Et tu arrives à le faire avec Nicolas ? Avec Nicolas c'est pareil, quand Nicolas dit quelque chose aux enfants ou quand toi tu dis quelque chose aux enfants ?
- Speaker #1
Avec Nicolas, règle d'or, je ne le contredit pas. Je ne suis pas d'accord mais je ne le contredit pas.
- Speaker #0
Et lui, à l'inverse ? S'il n'est pas d'accord avec...
- Speaker #1
Il ne me contredit pas. Il ne me contredit pas. On ne se contredit pas. Sinon, mais on est grillé. Sinon, on n'a pas d'autorité devant ses enfants.
- Speaker #0
Je trouve tellement dur, mais... C'est très dur. Oui.
- Speaker #1
Mais je te dis que c'est très dur. Je me souviens, il y a des sanctions parfois. Parce que là encore, on parle d'un acte à faire. Ça, c'est simple. Je dis, fais ton livre. Ça ne va pas la tuer, franchement. On rentre à la maison, elle ne le fait pas. Je ne vais pas crier sur elle, non. ça peut être une sanction parce que le tonton peut être amené à sanctionner si l'enfant a été têtu je suis d'accord avec le tonton si je te dis fais ton lit tu l'as pas fait il faut sanctionner sinon ça n'a pas d'intérêt à il n'y a pas d'intérêt à le dire donc la sanction on pourrait aller sur des sanctions qui sont une fois de plus on ne parle pas de de violence non physique il n'est pas question de violence physique parce que non mais on va parler d'une sanction je dis n'importe quoi t'es privé de dessert ou tu es privé de sortie ou bien tu es privé de jeu vidéo ou bien n'importe quoi, quelle que soit la sanction qu'il va juger utile à donner, je n'ai pas à intervenir. Ça me fait de la peine qu'elle soit sanctionnée. Je dis n'importe quoi sur le dessert. Oh punaise, ça tombe mal. Je voulais faire un gâteau aujourd'hui et son gâteau préféré. Ça me fait de la peine qu'elle ne puisse pas manger. Mais je dois... M'y tenir. Sinon, l'action du tonton ou de la tata ou de Nicolas n'aura pas eu raison d'être. Elle n'aura pas de poids. Donc oui, je suis désolé, tu n'auras pas de cadeau. Oui, mais maman, c'est injuste. Écoute, ce qui est juste, c'est le fait d'obéir, tout simplement. Parce qu'après, derrière, il faut voir, l'enjeu n'est pas le lit qu'on dresse, c'est l'autorité. Il faut pouvoir respecter l'autorité. Si tu ne reconnais pas une autorité, tu vas penser que c'est possible de faire n'importe quoi, n'importe où, devant n'importe qui. Et pour moi, je ne veux pas transmettre ça. Moi, les valeurs que j'ai reçues et auxquelles je suis attachée, c'est déjà le respect, le respect de l'autre, le respect de l'autorité, le respect de l'aîné. Pour moi, c'est très important.
- Speaker #0
En arrivant en France, qu'est-ce qui t'a le plus surprise ou marqué dans la manière dont on éduque les enfants ici ?
- Speaker #1
L'une des choses qui m'a le plus frappée, avec laquelle j'ai eu du mal, c'est la solitude des parents dans l'éducation des enfants. Je trouve que ça pèse vraiment lourd. Je me suis rendue compte que le fait que la communauté intervienne, la famille et l'ARGI interviennent, mine de rien, ça soulage un peu la charge que portent les parents dans le cadre de l'éducation de leurs enfants. Je ne dis pas qu'on a fait des enfants pour que ce soit les autres qui s'en occupent, non, je ne dis pas ça. Je les aime de tout cœur, mes enfants. Je veux m'en occuper du mieux que je peux, mais j'ai le droit d'être fatiguée. J'ai le droit d'être de repos. Par contre, quand je suis fatiguée ou que j'ai besoin d'une petite pause, ça ne doit pas s'arrêter. Ce n'est pas pour autant qu'ils doivent être laissés abandonner à eux-mêmes. Ils ne sont que des enfants. Ils ont encore besoin d'être tenus. Donc, pour moi, être se retrouver seule, apporter toute cette charge. C'était pas facile, c'était pas évident.
- Speaker #0
Oui, parce que t'avais Nicolas, mais Nicolas était beaucoup en détail.
- Speaker #1
Nicolas travaille, mais même quand il... Mais non, il est là, mais on n'est pas partout où se trouvent nos enfants. On ne peut pas être partout. On ne peut pas... Je ne peux pas avoir une caméra derrière eux à tous les endroits, dans tous les endroits qu'ils fréquentent. À l'école, je vais dormir, je serai sereine parce que, voilà, il y a les enseignants, tout le personnel qui est là pour s'occuper de leur... Enfin, qui veille. sur leur bon comportement. Et donc, quand ils se comportent mal, on a ce retour. Quand ils vont être au cathé, ça va. Je dis ou à la paroisse, quand on organise des activités, parce que je sais qu'une fois qu'ils sont avec le cathéciste et tout ça, la personne veille sur le comportement. Maintenant, quand ils sont dans la rue et qu'ils sont simplement allés jouer avec des copains au parc, ou alors aller faire du vélo, tout simplement, je ne veux pas mettre une caméra sur eux.
- Speaker #0
Oui, toi tu serais rassurée de savoir que quelqu'un jette un oeil et que demain je croise Emile, je ne suis pas en train de faire n'importe quoi, que je prenne mon téléphone pour te le dire.
- Speaker #1
Mais là où on vit déjà, on est dans un tout petit village, heureusement, je reçois parfois des appels, quelqu'un m'appelle, ah oui j'ai aperçu Michel qui rentrait avec Marguerite, j'ai proposé de les prendre mais ils m'ont dit non, c'était tout bon, qu'il n'y avait pas de soucis. Et tout ça, ok, je voulais m'assurer que c'est tout bon. Oui, oui, je confirme, oui, c'est tout bon. J'ai vu Emile sur le chemin qui rentrait de l'école. Je me suis permise de le prendre et tout ça. Ah, mais c'est super parce que je prenais aussi mon fils qui était sorti avant le bus. Oui, super, génial, merci. C'est pas que je demande d'aller chercher mon fils, mais je me dis, si j'ai ces coups de fil là, s'ils sont aussi en train de jeter des pierres sur des voitures, j'espère bien que...
- Speaker #0
Il t'appellera.
- Speaker #1
Si on ne m'appelle pas, qu'on les arrête au moins déjà. qu'ils arrêtent de casser, mais que quelqu'un va les arrêter. Je prends des exemples extrêmes pour exprimer un peu ce que je pense.
- Speaker #0
C'est vrai qu'en France, c'est mal perçu. Tu vois, quand tu parlais tout à l'heure, je pensais au rôle de la belle-mère, par exemple. En France, vraiment, c'est mal perçu les commentaires que fait ta belle-mère, par exemple, sur la façon dont t'éduques tes enfants. Tu vois, si elle te dit, tu ne devrais pas le laisser faire ça, c'est très mal perçu. C'est très, très mal perçu. Et dans les villages... Par exemple, puisque toi, tu marques bien la différence entre les villes et les villages, parce qu'en banlieue parisienne, vous n'avez pas eu la même expérience. Il y a ce côté aussi, on va dire, depuis la génération de nos parents, en gros. Le village, c'est aussi là où on surveille sa voisine. Tu vois, c'est souvent perçu comme ça. C'est rarement perçu positivement, le fait de pouvoir dire, ton gamin est rentré à vélo, tu sais, même à des trucs bêtes. Une fois, je remontais dans mon village, et en fait, il y avait un gamin qui faisait du vélo. Et chez nous, tu vois comme c'est fait pour monter chez moi, tu passes par la forêt et tout, et le gamin était tout en noir. Et moi je l'ai vu au dernier moment, arrivé dans le village, je sais pas, j'ai dû m'arrêter à un moment, et puis il est arrivé à ma hauteur, et je me suis même demandé si je devais lui dire que c'était dangereux. Tu vois, la peur de s'immiscer, et tu vois, de savoir ce que le gamin va te dire, alors que la plupart du temps il va rien te dire, ou que ses parents vont percevoir, tu sais, mais alors que là il se met en danger. Bien sûr que ça paraît ton rôle d'intervenir, de lui dire, quand tu montes comme ça à vélo, sans lumière... Tu risques quand même de te faire renverser et j'aimerais qu'on le dise à mes enfants. C'est quelque chose qui a été éradiqué de notre culture, le fait d'intervenir.
- Speaker #1
D'accord. Alors ma belle-mère ne me dira pas tes enfants ils se comportent mal. Elle leur dira vous arrêtez de vous comporter comme ça.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Pareil que ma mère.
- Speaker #0
Elle ne remettra pas en cause.
- Speaker #1
C'est un commentaire qu'elle peut me faire si elle veut mais pour nous le commentaire il est inutile. Je dis enfin il sert à quoi ? Si c'est pour me demander de le reprendre, reprends-le il est là. et je t'interdis pas de le faire. Pareil, ma belle-sœur, c'est Michel qui me dit « Ah, mais oui, j'ai dû faire... Aujourd'hui, j'ai fait la cuisine. » Et je dis « Ah, mais c'est chouette, ça ! Tu fais la cuisine. » Et donc, je dis à ma belle-sœur « Ah, mais c'est chouette, c'est super. Comment t'as fait pour la convaincre de faire... » Parce qu'en fait, Michel aime bien faire la cuisine, mais là, il fallait faire un tas d'oignons. Il fallait faire, je crois, deux ou trois kilos d'oignons. Donc, je me disais « Punaise, elle a dû pleurer parce qu'à la maison, les oignons et elle, bon. Je lui dis, mais comment tu as réussi à faire faire les oignons à Michel ? Elle me dit, mais elle ne voulait pas. Mais je lui ai dit, mais il faut, c'est ça qu'on va faire pour le déjeuner, donc elle a intérêt à s'y mettre. Voilà, j'ai dit chouette. Elle ne m'a pas dit, non mais ta fille, elle refuse de faire. Non. Et elle n'a pas laissé ne pas le faire. Pour moi, j'ai trouvé ça super génial. Et puis donc, Michel m'a dit par contre, parce que grâce à ça, Michel m'a dit, maman, j'ai trouvé la technique pour les oignons. Ah ben, c'est super bon. Du coup, à la maison, on va plus le galérer. En fait, voilà comment nous, bon, peut-être que c'est moi qui suis naïve. Moi, je préfère le prendre... Enfin, moi, je l'ai toujours pris comme ça.
- Speaker #0
Toi déjà, t'as un super mot mental. T'es toujours positive.
- Speaker #1
Il y a du bien. Je pense qu'au fond de nous, on est bon. Je pense aussi que si on cherche des poux, on en trouvera toujours. Toujours. Donc, ce qui m'arrange, moi, c'est de voir ce qu'il y a de positif. Parce que c'est ça qui va m'aider à avancer. Si je regarde le négatif, je vais être trop motivée, je vais me renfermer. Ça, je ne veux pas. Donc, je dois faire un tri sélectif là, c'est vrai, mais ça m'arrange de prendre ce qu'il y a de bon. Donc, ma belle-soeur, quand elle m'a fait, ça remarque honnêtement. Je te promets, si elle voulait me dire autre chose, ce que j'ai rien compris, et jusqu'aujourd'hui, j'aurais toujours rien compris. Je préfère rester là à ne rien comprendre pour juste me dire, maintenant, Michèle n'a plus peur de faire des oignons. C'est tout simplement ça.
- Speaker #0
C'est génial, parce que finalement,
- Speaker #1
tout le monde a bénéficié de ça. Ben oui. On parle quand même de nos familles. on parle de nos frères, soeurs, belles soeurs, nos frères, normalement, qui ne nous veulent pas du mal. Ces enfants-là, pour moi, sont aussi des enfants. Ce n'est pas parce qu'ils sont sortis de mon ventre qu'ils ne sont que les miens, non. Ils sont nos enfants. Je dis, mon neveu, s'il tourne mal, je ne me sens pas bien. Je ne me sens pas bien que mon neveu tourne mal, même si je n'étais pas dans les parages quand ça s'est passé. Je veux que mon neveu s'en sorte dans la vie. Je veux qu'il soit outillé. Je veux qu'il puisse être la lumière quand il arrive quelque part. c'est ce que je veux pour lui, je prie pour lui pour ça, et donc du coup si je le vois mal se comporter, si je vois qu'il tourne mal je pense même pas à sa mère ni à son père, c'est d'abord là j'essaie de régler ce que je peux régler moi parce que le commentaire que je vais faire à sa mère c'est pour lui dire quoi qu'est-ce que ça va donner de plus, ils ont fait du mieux qu'ils ont pu,
- Speaker #0
moi c'est ce que je me dis je repense à cette pendant les émeutes, les dernières émeutes je sais pas si tu as vu cette image d'un père qui arrive et en fait qui... attrape son fils et qu'il le jette dans la voiture. Je ne sais même pas s'il ne le jette pas dans le coffre de la voiture parce que le gamin est parti pour casser. Il l'a attrapé et en fait, on a dit oui, mais en fait, le fait d'incriminer les parents, moi qui me parait être un peu logique, je ne dis pas que... Comme tu disais, on ne peut pas être omnipotent, on ne peut pas être partout. Ceci dit, on doit quand même savoir où sont nos enfants et voilà, si tu sens qu'en plus, c'est dans des périodes où ça craint. On n'a pas eu de problème là où on était. Et en fait, moi je me suis dit, mais ce père, il est dans son rôle de père.
- Speaker #1
Mais tout à fait.
- Speaker #0
Il a fait cesser l'enfant. Il lui a fait comprendre qu'on ne pouvait pas aller tout casser, peu importe sa colère, peu importe...
- Speaker #1
Je suis totalement d'accord.
- Speaker #0
Ce n'est pas une violence. Pour moi, non.
- Speaker #1
Il est dans son rôle, il agit comme il peut dans cette situation-là.
- Speaker #0
Qu'on espère tous ne pas vivre.
- Speaker #1
Mais oui, il est... Mais attendez, élever un enfant, c'est pas évident, c'est pas facile. Nous ne sommes pas des ordinateurs, nous ne sommes pas des robots. Nous sommes des êtres humains aussi. Nous avons nos faiblesses, nous avons nos mauvais moments aussi. C'est-à-dire, nous ne sommes pas toujours au top. On peut avoir un travers, on peut dériver. Derrière chaque acte d'un parent, je ne pense pas... Moi, je ne veux pas rester sur l'acte et l'acte, mais derrière, il y a une volonté. Pour moi, il y a une bonne volonté. Il n'y a pas un parent qui déteste son enfant. Il n'y a pas un parent qui fait quelque chose pour nuire à son enfant. De façon générale, normalement.
- Speaker #0
De façon générale, oui.
- Speaker #1
De façon générale, normalement.
- Speaker #0
Pour des parents normaux.
- Speaker #1
Normaux, normalement, voilà. On peut avoir exagéré, on peut ne pas avoir trop fait. Le culseur, ce n'est pas toujours évident à situer. Ça dépend de beaucoup de choses. Je rentre d'une journée de travail, je dis n'importe quoi. Je ne sais pas. Ça se perd.
- Speaker #0
Il avait peut-être fait sa journée de travail. Il est rentré. Il a dit, il est où mon fils ? Il repart. Il le revoit avec une bande. La soupape, elle lui saute. Et en fait, peut-être que ce qu'il veut dire à son fils derrière, c'est ça. En fait, j'espère mieux pour toi. J'espère mieux pour toi que d'être un délinquant.
- Speaker #1
C'est le quantième rappel à l'autre. On n'en sait rien. Je veux dire, il y a beaucoup de choses qui peuvent... L'enfant c'est un récidiviste notoire.
- Speaker #0
Aimer les enfants, c'est aussi à un moment leur placer la limite.
- Speaker #1
Tu sais quoi, il m'est arrivé de punir mes enfants. Je me souviens de ma fille, il y a une fois en particulier, je l'ai punie. Je pleurais autant qu'elle. Sincèrement, je pleurais autant qu'elle. Ça me faisait de la peine de la punir. Mais je devais la punir. C'est aussi ça. Je me serais entendue, je me serais écoutée, en principe. Parce que ça me ferait de la peine, je ne l'aurais pas punie. Mais je ne l'aurais pas aidée. pour autant.
- Speaker #0
C'est vrai que des fois, on le fait aussi pour éviter la crise. Moi, je vois, mon fils, il rentre dans des colères noires. Donc, des fois, tu te dis, non, je n'ai pas envie d'aller mener ce combat-là et c'est bête. C'est bête, même s'il ne faut pas aller au clash à chaque fois. Et c'est mon mari qui me disait ça. Il me disait, mais en fait, là, tu viens de lâcher là-dessus, mais dans deux minutes, il va te reprendre sur d'autres choses parce qu'il a besoin en fait que... Il a besoin du combat. Que tu lui places la limite, là. Donc, en fait, tu as lâché là-dessus, mais dans deux minutes, tu seras sur un autre combat. Et c'est vrai. Et en fait, on n'a pas envie parce qu'on n'a pas envie d'une crise ou ça nous fait de la peine, comme tu disais tout à l'heure.
- Speaker #1
On est fatigué. Voilà, on se dit juste, mais bon, Dieu merci, il ne lâche pas. Et donc, à un moment ou à un autre, on rentre dans notre rôle et on fait ce qu'il y a à faire. Parce que voilà, à chacun de faire son devoir. A chacun de faire son devoir.
- Speaker #0
Un sujet inépuisable. Est-ce qu'il y a des choses que tu trouves plus faciles en France par rapport au pays où tu as vécu ou au Cameroun ? Après, si tu veux parler de la Tunisie, ok, mais déjà par rapport au Cameroun, est-ce qu'il y a des choses que tu trouves plus faciles dans ta vie familiale ici ou dans ta façon d'exprimer certaines choses ?
- Speaker #1
Une chose que je trouve très facile ici par rapport au Cameroun ou même au Sénégal et que j'ai découvert, témoigner son affection, les marques d'affection. Mes enfants m'apprennent à montrer mon affection. Et ça se fait ici naturellement, facilement. Alors par contre, je ne sais pas où ils ont appris, parce que ce sont quand même mes enfants, ils appellent un peu de moi. Mais ça, je reçois et j'accueille avec grand plaisir.
- Speaker #0
Peut-être que ce n'est pas pareil avec les grands, justement, qui ont vécu ailleurs.
- Speaker #1
Non, ils se sont collés. Très vite. Je te le dis, je ne sais toujours pas où ils ont appris. Parce qu'en plus, Michel et Emile, eux en particulier, que j'ai eus au Cameroun, qui ont vécu plusieurs années au Cameroun avec moi, on ne faisait pas ça. Un câlin, un bisou, ça c'est le truc à la maison. Un câlin, un bisou, jamais il n'avait sorti ça. C'était autre chose là-bas. Je ne peux même pas te dire quand ça date, mais c'est depuis Michel et Emile. Donc, eux, ils nous ont apporté ça. Et donc, voilà.
- Speaker #0
Et Nicolas, c'est pareil, ça l'a surpris ? Alors déjà en plus il faut dire quand même Que Nicolas a un tempérament assez réservé Même s'il était français Je pense que peut-être qu'il se serait pas Il tape pas dans le dos quoi
- Speaker #1
Non mais il est très câlin par contre
- Speaker #0
Ok Donc ça l'a moins
- Speaker #1
Lui je crois qu'il a du mieux se retrouver dedans que moi C'est trop marrant Oui lui il est très câlin
- Speaker #0
Étant donné vos caractères j'aurais jamais cru Ah il est très câlin Toi avec tes parents ça se faisait pas comme ça Au Cameroun il y a moins de marques d'affection
- Speaker #1
Elles sont différentes
- Speaker #0
Elles sont différentes. Il y a des marques d'affection, par exemple, mon père et moi, on est très amis. Alors ici, vous dites fusionnel. On est fusionnel, mon père et moi, mais on ne se tient pas la main. On ne marche pas main dans la main, non. C'est pas que c'est interdit, mais je crois aussi que c'est parce que lui, il n'a pas connu ça non plus. Donc, on ne connaît pas ça.
- Speaker #1
Il y a un espace. Il y a un espace.
- Speaker #0
Mais vraiment pas qui n'est pas calculé, parce que mon père et moi, on est vraiment fusionnels. On est comme vous appelez ici, fusionnels. On est très, très proches. Bon, maintenant que je suis loin, quand on se voit, oui, je lui fais la bise, je lui fais une accolade. Mais voilà, c'est parce que maintenant, on est loin. Sinon, quand je suis au Cameroun et qu'on est juste lui chez moi, moi chez moi, enfin lui chez lui et moi chez moi, quand on se voit, oui, salut, ça va, c'est même pas la poignée de main, non, non, non. C'est ça va, ça va, oui, ça va. Et les enfants, ouais, ouais. On discute de ce dont on parle pendant des heures. On course des heures, mais on n'exprime pas notre affection comme ça. On passe du temps ensemble, on aime bien, on discute beaucoup ensemble. Nos échanges sont très bienveillants. Je sais qu'il m'aime inconditionnellement. C'est le meilleur papa du monde, celui que je souhaite à toutes les filles. aux garçons aussi, s'ils veulent bien en profiter. On est le complexe de deep. On est vraiment... Non, mais je l'aime de tout mon cœur. Je sais qu'il m'aime de tout son cœur. Et comme je dis encore une fois, plus inconditionnellement, on ne se tenait pas la main.
- Speaker #1
Ça ne se traduit pas par une proximité physique.
- Speaker #0
Pas tout, pas tactile.
- Speaker #1
Toi, c'est quelque chose que tu aimes avec tes enfants, dans ta relation avec tes enfants ?
- Speaker #0
Alors, j'ai découvert. Tout à l'heure, je te disais quand je suis entrée que les Ausha, je n'ai pas peur, mais je n'aime pas. J'aime pas les Ausha parce qu'ils frottent tout le temps là, ils sont tout le temps là. En fait c'est ça que j'aime pas. Donc au début j'ai eu un peu de mal. Mais quand ça vient de mes enfants, qu'ils l'expriment comme besoin, je ne peux que l'adresser. Et donc j'ai appris. J'ai appris à aimer ça, à savourer ça, voilà. Et maintenant je leur propose, s'ils oublient ou bien si je pense qu'ils en ont besoin, je vais leur proposer.
- Speaker #1
Et la fameuse bise française, comment ça t'a fait ?
- Speaker #0
Oh, la bise, ça va. Ça va ? Au Cameroun, on se fait la bise.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Au Sénégal, non. Mais au Cameroun, oui, on se fait la bise quand on se salue, on se fait la bise. Oui. Non, ça, ça ne m'a pas gêné. Non,
- Speaker #1
ça, ça ne t'a pas gêné.
- Speaker #0
Le nombre, par contre, à chaque fois, je m'y perds. Et de deux, et de trois. Bon, je connaissais deux.
- Speaker #1
Par rapport à vous.
- Speaker #0
On m'en sort parfois trois. Oui,
- Speaker #1
nous aussi.
- Speaker #0
Je m'adapte.
- Speaker #1
Moi aussi, quand on en sort trois, je suis perdue. Et à l'inverse, est-ce qu'il y a des valeurs ou des façons de faire africaines que tu aimerais voir davantage en France ?
- Speaker #0
Je ne vais pas entrer dans le jugement parce que ça me fait sourire, parce que je ne veux pas juger non plus.
- Speaker #1
Oui, tu n'as pas de volonté d'imposer des éléments d'une autre culture dans la culture française. Mais est-ce qu'il y a quand même des choses qui, toi, te semblent que ça tournerait mieux s'il y avait certaines choses ?
- Speaker #0
Oui, je plains un peu la jeune génération parce que je me dis si le respect, le respect de l'aîné... Ils étaient un peu plus ancrés. Je pense quand même que pour les jeunes, ça les aiderait. Je plains vraiment cette génération parce que je trouve que j'ai l'impression qu'il n'y a pas de limite. Ils ont le champ libre, mais du coup, à leur âge, je ne sais pas s'ils savent déjà qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal, quelle est la limite, quelles sont les règles. Bon, les règles de politesse, oui, ça on apprend, ça tout le monde connaît. Pas tout le monde. On n'arrive même pas à être tous d'accord là-dessus.
- Speaker #1
Donc voilà, autant pour moi.
- Speaker #0
Mais je pense que le respect de l'aîné serait intéressant à avoir. Pour moi, c'est noir, blanc, jaune, qu'on soit sur la lune ou sur le soleil. Pour moi, si on ne peut pas faire confiance à celui qui est plus âgé, qui est censé avoir un peu plus d'expérience et qui est censé nous montrer le chemin, se trouver son chemin, on va finir par le trouver. Mais à quel prix ? Est-ce qu'on va peut-être le trouver ? Je ne sais pas. C'est vraiment lâcher des enfants dans l'inconnu. J'ai un peu peur des dérives qu'il pourrait y avoir. Ce matin, je décide que je veux être...
- Speaker #1
Une flaque arc-en-ciel ?
- Speaker #0
J'ai le droit ? Oui.
- Speaker #1
Oui, mais en fait, même sans dire d'être forcément dans un jugement de la personne, c'est en fait, est-ce que je suis capable de savoir ce qui est bon pour moi ? Ce qui est bon. Et ce dont je ne reviendrai peut-être pas, ou voilà. Est-ce que je suis capable de l'évaluer ?
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Quand je suis ado, quand je suis...
- Speaker #0
Pour moi, jusqu'à 18 ans, puisque c'est l'âge de la majorité ici, au cas où on est 21, donc on a l'an plus simple. Mais pour moi, jusqu'à l'âge où il assume. Les conséquences, tout au moins du point de vue légal, devraient être tenues par la main. À la maison, il l'est peut-être, peut-être pas, mais...
- Speaker #1
Le cerveau humain est adulte à 25 ans.
- Speaker #0
Alors, au Cameroun, je vais te dire, pour ma mère... Je suis toujours un enfant. J'ai 44 ans. J'ai des enfants. Mais je suis toujours sans enfant.
- Speaker #1
Non mais c'est sûr. Mais quand j'entends des fois, il y a des pays où tu peux prendre des décisions qui sont quand même très très graves comme prendre des bloqueurs de puberté, te faire vacciner ou non. À 16 ans, quelle est la probabilité, Mireille, que tu prennes une décision intelligente ?
- Speaker #0
Les hormones sont déjà dans tous les sens.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. En fait, il faut que tu puisses, à 16 ans, te projeter des conséquences sur ta vie adulte. Donc déjà, quand tu as dit ça, normalement, tu as plié le sujet. En fait, on ne laisse pas les enfants être des enfants parfois. Et dans leur rôle d'enfant.
- Speaker #0
C'est ça. Cet encadrement, vraiment, le permettrait, je suis tout à fait d'accord avec toi, de rester des enfants, totalement naïfs, innocents, comme ils doivent l'être. Et donc, sachant qu'il y a des personnes adultes qui, eux, vont... Voilà, mettre le cadre dans lequel ils seront en sécurité, bien sûr, et ne pas les laisser déborder dans tous les sens. Ce n'est pas toujours facile, une fois de plus, comme je dis, quand on commence à voter sa dos. Ça devient une autre paix de mens, c'est un concours de patience et d'endurance.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et quand on en a plusieurs,
- Speaker #1
c'est vraiment l'endurance.
- Speaker #0
Ben oui, dont j'entends aussi, mais pour moi, ce n'est pas une raison. et c'est peut-être pour ça que cette communauté ou cette... Ce devoir de tous de veiller sur cet enfant-là me rassure plus parce que, comme je dis, c'est une épreuve d'endurance, donc parfois même de relais. À la maison, je me vois avec Nicolas, on fait souvent le relais. Il gère un bout quand je vois qu'il est OK, d'accord, je prends le relais. Parfois pareil, quand il me voit, moi je suis déjà... J'en rends un autre, il prend le relais et je pense que la société gagnera.
- Speaker #1
Vous êtes une famille catholique. Même Nicolas qui est sénégalais est catholique. Ça a son importance parce que le Sénégal, je ne le savais pas, mais il y a 90% de musulmans au Sénégal.
- Speaker #0
4% seulement de catholiques,
- Speaker #1
oui. Oui, parce que le reste, ça doit être j'imagine... Des protestants ou d'autres... Non,
- Speaker #0
à tes dents, les 4% vont avoir tous les chrétiens. Et donc il y aura un autre 7% de tous ceux qui ne sont pas qui ne croient pas du tout.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que tu perçois des différences entre la façon de pratiquer et de vivre sa foi ici en France et celle que tu as connue au Cameroun ou que ton mari a connue au Sénégal ?
- Speaker #0
Oui, il y a une très grande différence. Alors déjà, au Cameroun, ce n'est pas que c'est une obligation. Déjà, seulement dans ma famille, j'ai dit mon père, lui n'est pas catholique. Donc quand on va à la messe, quand il faut aller à la messe, il n'est pas catholique, il est polygame. Parmi ces femmes, il y en a de catholiques.
- Speaker #1
Pratique,
- Speaker #0
pratiquante.
- Speaker #1
Il y a combien de femmes, ton père ?
- Speaker #0
Il y a cinq femmes. Quatre qui vivent auprès de lui. Ma mère ne vit pas là-bas. Elles ne sont pas divorcées. Elle demeure son épouse.
- Speaker #1
Ils se séparent ? Ou ils se retrouvent ? Non, ils ne se retrouvent pas. Ils sont séparés.
- Speaker #0
Mais légalement parlant,
- Speaker #1
ils sont encore maris.
- Speaker #0
C'est pour ça que je l'accompagne. Et lui d'ailleurs, il l'accompagne aussi. Légalement parlant, elle a tous les droits qu'ont ses autres épouses. Donc, il a des épouses pratiquantes. Donc, voilà. Un exemple pratique, le 24 décembre, quand on doit aller à la veillée de Noël, avant le repas, parce que nous, on prend le repas plutôt le 24 dans la nuit, la veillée de Noël, en fait. Mais ceux qui vont à l'église vont à l'église, et ceux qui n'y vont pas attendent, simplement ceux qui reviennent de l'église pour qu'on entame la veillée à la maison. Donc, voilà, c'est le respect, en fait. de ce que les uns et les autres veulent faire ou pas faire. Au Sénégal, on y va. Dans ma belle famille, mon beau-papa était catéchiste. Donc systématiquement, comme dit Nicolas, ils sont tombés dans la religion comorbilis à la naissance. Donc ça baigne dans eux, dans leurs veines. Donc systématiquement, ils y vont. Et la question ne se pose pas. On y va. Ça se pose pas comme question.
- Speaker #1
Lui, il n'y a pas de polygamie dans sa famille. Non,
- Speaker #0
dans sa famille. Sa famille est catholique, son père et sa mère. Catholique. J'ai une belle soeur qui est mariée à un musulman. Son mari est musulman, mais elle est bien catholique, pratiquante. Elle va à sa messe, normalement. Tous les matins, elle est à la messe. Donc, voilà, ça se respecte aussi. Beaucoup. C'est une très belle société qui vit vraiment la tolérance de religion.
- Speaker #1
C'est ce que me disait Nicolas, c'est que ça se passe très bien.
- Speaker #0
Ça se passe très très bien, je dis à l'homme. Ma belle-sœur est mariée à un musulman, il sort son tapis cinq fois dans la journée, elle, le matin, elle commence sa journée par la messe. Voilà quoi, donc c'est respectueux, c'est un couple qui... Ils sont grands-parents maintenant. Ils ont fêté 40 ans de mariage presque, je ne sais plus. Mais bon, bref, ils vivent bien ça et chacun dans sa religion, en se respectant l'un et l'autre. Alors ici en France, la différence pour moi, ça rejoint la notion de liberté que nous avons au Cameroun. Mais j'ai l'impression qu'en plus, ici, on rame à contre-courant quand on doit aller à la messe. C'est un peu ça qui est un peu... un peu délicat parfois quand il faut expliquer aux enfants pourquoi dimanche, il faut se lever tôt, alors que c'est dimanche, et qu'ils pourraient se coucher, faire la grâce matinée. Pourquoi ils sont obligés d'aller à l'église ? Au Sénégal, la question ne se poserait pas parce que tout le monde se lève et y va. Tout le monde se prépare. Donc, c'est plutôt celui qui traîne au lit qui se demande lui-même, qu'est-ce que je fais là ? Il faut que je m'active comme tout le monde.
- Speaker #1
Dans une même famille, tu veux dire ? Dans la même famille, oui, oui.
- Speaker #0
Dans la même famille, bien sûr. Dans la même famille. au Cameroun Bon, on aurait posé la question, alors ce sont les qui qui y vont, et puis ceux-là se préparent, et puis voilà, naturellement. Bon, moi je ne leur pose pas la question là-bas, parce que pour moi, nous, on y va.
- Speaker #1
Parce que ça peut être, si tes enfants sont, en fait, si toi tu es catholique, par exemple dans les femmes catholiques de ton père, ils ont des enfants ensemble ? Oui. Ils ont d'autres enfants ? Oui. Est-ce que ces enfants ont le choix ? Ou est-ce que c'est la mère qui dit, ben on va tous à l'église parce qu'on est catholique ?
- Speaker #0
Ça dépend de l'âge des enfants. La mère décide quand les enfants sont encore jeunes. Quand ils sont déjà ados, elle laisse le choix. Est-ce que vous voulez ou pas ? S'ils veulent, ils y vont. S'ils ne veulent pas, ils restent. Mais quand ils sont encore avant l'âge d'adolescence, avant le collège, la maman ne pose pas la question. Elle embarque. Quand elle dit oui, c'est avec toute sa progéniture.
- Speaker #1
Et toi, tu vis comment ? Tu disais que tu considères que vous, vous y allez. et il a 13 ans, je ne sais pas, dans 3 ans, il te dit, je ne veux pas aller à la messe.
- Speaker #0
Alors, il a souvent commencé à dire ça et jusque-là, j'ai réussi à le convaincre. Parce que moi, j'essaie plutôt de le convaincre. Il y a eu des moments aussi où j'ai dit, OK, pas de souci, reste donc. Ça me fait de la peine. Mais je me dis, OK, j'espère qu'il va pouvoir se ressaisir. Et puis, d'autres fois, c'est Nicolas qui prend le relais. Non, tu vas devoir y aller. Tu te lèves et tu te prépares. C'est la règle. Mais oui, dans quelques années, je ne sais pas. Pour l'instant, l'objectif est toujours de rallier tout le monde. Voilà pourquoi, par exemple, quand ils trouvent un service à faire à l'église, parce qu'en fait, il faut leur poser, quand je leur pose la question, c'est savoir c'est quoi, quel est le problème. Je dois me lever tôt, ok, on va chercher une autre messe qui te permet de dormir normalement. C'est adresser le problème. Non, je m'ennuie. Ah ben, tu veux faire quoi ? Alors, Émile est intéressé par le service d'hôtel, donc. C'est à chaque fois demander, est-ce que tu veux faire ton service aujourd'hui ? S'il veut le faire, ok, je sais que c'est à qui ? Michel, voilà, tu veux faire le service ? Non, je ne veux pas faire le service. Est-ce que tu veux occuper les enfants derrière, faire un coloriage sur le texte du... Ok, oui, je veux bien. Ok, bon voilà. Comment elle va servir ? Ça, ça va faire en sorte peut-être d'adresser son problème d'ennui, par exemple. À leur âge, j'essaie plutôt de comprendre quel est le problème pour essayer de l'adresser. Maintenant, jusqu'ici, personne ne m'a juste... personne ne m'a juste dit je ne veux pas aller parce que je ne veux pas aller ou bien parce que je ne crois pas. Non. On n'est pas encore dans ça. J'espère qu'on n'y sera pas du tout. On ne connaissera pas du tout, d'ailleurs. Donc, voilà. Mais après, par contre, je m'ouvre à accepter des divergences de point de vue. Il y aura bien un moment ou un autre, ils vont devoir prendre le relais. Je ne vais pas tout le temps décider pour eux. Voilà. Donc il y a des moments où il faudra que je lâche aussi un peu et qu'ils décident pour eux-mêmes et qu'ils vivent leurs propres expériences. Parce que la foi, pour ma vie de foi, pareil, il y a des hauts, il y a des bas. Et parfois, ça ne sert à rien de forcer quand on est en bas, il faut juste patienter.
- Speaker #1
J'aimerais aussi qu'on parle du couple. Est-ce que tu trouves qu'il y a des différences culturelles fortes dans la manière de concevoir le rôle de l'homme et de la femme dans le couple ? entre vos pays respectifs chacun et la France. Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont surpris au niveau de la conception du couple ? Et entre vous deux déjà, est-ce qu'il y avait des choses qui, culturellement parlant, étaient un peu surprenantes ?
- Speaker #0
Alors oui, déjà entre nos deux et nos deux cultures, ce n'était pas gagné. D'où je viens au Cameroun, on s'exprime plutôt librement. Sangant. Parfois un peu bruyamment. D'où Nicolas vient, une femme ne s'accrite pas.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Ça ne crie pas. On ne doit pas entendre la voix de la femme. Mais ça, ce n'est pas écrit dans un livre. Ce n'est pas non plus dans la feuille de route qu'il m'a donnée quand j'ai souscrit. Je l'ai découvert par la suite parce que j'ai discuté un peu ici et là avec mes belles sœurs. C'est comme ça que j'ai appris. J'ai découvert cette culture-là. Et donc, avec le temps, j'ai appris, comme dit ma belle-sœur, j'aime bien son expression, à masser mon cœur.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Quand c'est trop chaud, parce que moi, c'est plutôt... Je suis très impulsive de nature, je bavade beaucoup. Et quand je suis en colère, encore plus. Et vraiment, avec des mots, vraiment, c'est... Au Cameroun, on dit, ça sort comme ça sort. C'est vraiment... Tout ce qui ne me vient pas à la tête, ça sort. OK. Il n'y a pas de filtre, il n'y a pas de tri, il n'y a rien. Ça sort de façon brute. Et nous, en fait, quand on a fini de vider notre sac, on est léger et c'est bon.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà. Vous voyez deux Camerounais qui se disputent. Mon mari disait toujours, il se disait à chaque fois, mais à quand est-ce qu'ils vont en venir aux mains ? Mais non ! Ils vont après dans le bar, le bar le plus proche, ils se payent, ils s'offrent des bières. C'est comme ça que ça finit. Mais on s'engueule bien, copieusement, correctement.
- Speaker #1
On exprime ce qu'on a à dire.
- Speaker #0
On exprime. Tout ce qu'on a à dire, mais de façon aussi crue que possible. On ne fait pas exprès à ce moment-là. Tu sais, on ne maîtrise pas grand-chose. C'est la colère qui parle. Une fois que c'est sorti, on va prendre un pot. Et puis, on fait la paix. C'est réglé. Au Sénégal, ce n'est pas ça. On ne doit pas se crier de ça. Comme moi, une femme. Donc, j'ai appris à masser mon cœur. Comme je disais, ça monte, ça monte dans moi. Voilà. S'il faut que j'aille faire un tour, je vais faire un tour. S'il faut que je fasse autre chose, s'il faut que j'appelle pour décompresser, j'appelle une copine, voilà. Mais ce n'est que quand je suis calme que là, je peux avoir les bons mots pour toucher du doigt ce qui a posé souci.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Ça, ce n'est pas ce qui est le plus simple non plus.
- Speaker #1
Et pourtant, quand vous vous êtes fréquenté avant de vous marier, il avait... Pas vu ce côté-là ou il considérait qu'il y avait peut-être d'autres côtés qui étaient plus positifs ?
- Speaker #0
C'est lui qui sera nous dit.
- Speaker #1
Il en a pris son parti en tout cas.
- Speaker #0
Je ne sais pas pour lui, mais en tout cas, j'aurais eu du mal à cacher ça.
- Speaker #1
Mais oui, dans la gestion des disputes, au départ, c'était un petit peu ce qui a pu poser problème.
- Speaker #0
C'était assez problématique. Je ne parlerai pas de la culture camerounaise parce que moi, je ne trouve que ça ne correspond pas à ma logique. Ma logique, c'est qu'un couple, c'est une équipe. Et dans une équipe, chacun des membres de l'équipe a ses points forts et ses points faibles. Et donc, s'il y a un point qui est faible pour un des membres de l'équipe, peut-être que c'est à ce moment que l'autre membre prend le relais et ça peut être un de ses points forts également. Donc, pour moi, il n'y a pas... je ne conçois pas le couple comme la femme fait ci et l'homme fait ça d'accord pour prendre un exemple je me souviens on est arrivé ici on a un jardin, notre premier printemps je tends la pelouse et j'avais une copine au téléphone mais Mireille pourquoi tu tends la pelouse c'est à Nicolas de le faire pas forcément, si lui il ne ressent pas le besoin de jardin tendu je ne sais pas moi je ne vais pas lui imposer ça mais par contre si moi j'en ai envie Je prends une tendance et je tombe. Pour moi, ce n'est pas écrit, ce n'est pas catégorisé comme ça. Donc c'est comme ça que moi, j'ai toujours pensé que le couple devrait pouvoir, qu'on devrait s'exprimer librement dans ce qui nous convient ou dans ce qu'on veut faire, sans être en train de mettre l'étiquette sur quelqu'un. Alors au Sénégal, je crois que les rôles sont bien répartis.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comme ma belle-sœur, j'ai une belle-sœur qui a dit à ma fille l'autre jour, pendant les vacances, « Michel, c'est à toi de débarrasser. » Elle n'était pas la dernière à avoir fini de manger. Elle n'était pas la dernière à quitter la table. Donc elle avait quitté la table et donc son frère était resté jusqu'au bout. Et enfin il était encore sur la table. Et quand il a fini, ma belle-sœur qui lui dit, c'est à elle de débarrasser. Et elle lui dit, mais non, pas possible, c'est lui le dernier. C'est lui qui débarrasse, comme nous on fait à la maison. Et moi je lui ai demandé, ma belle-sœur, parce que je n'ai pas trop bien compris non plus. parce que comme tu disais tout à l'heure, elle l'a repris et même quand on se trouve quand ça ne correspond pas à ce que moi je veux, comment je réagis. Donc moi, j'ai juste posé la question de savoir si l'habitude, c'est différent. Elle a dit oui, si l'habitude, c'est que c'est la fille qui débarrasse, qui s'occupe de tout ce qui est les assiettes, le couvert. Oui, et Michel a posé la question qui suivait, que je me posais aussi, mais je ne voulais pas trop non plus être en contradiction devant la petite. Mais Michel lui a demandé, et donc lui, il fait quoi ? C'est exactement ce que je me demandais. Mais lui, il fait quoi ? Elle dit, ah non, non, lui par contre, il va faire le sol, puisqu'il y a eu des niaites par terre, c'est lui qui va nettoyer le sol. Et moi, c'était révélateur, j'ai dit, ah ben, donc c'est quand même, il y a une structure. C'est pas juste que la fille n'est bonne à faire les couverts et lui, il ne fait rien. Et donc, en fait, pour moi, ça semble logique. C'est une bonne répartition des tâches. Et quand elle a expliqué ça, il n'y a pas eu de souci à ce que Michel prenne les pouvets et qu'elle aille les ranger, les nettoyer et tout ça, parce que lui aussi, il s'est levé pour prendre le balai et nettoyer. C'est assez réparti là-bas. Maintenant, comment Nicolas voit les répartitions ? Ça, une fois de plus, c'est lui qui pourrait nous dire.
- Speaker #1
Au début, est-ce qu'il y a eu des trucs qui t'ont surpris, justement ? Est-ce qu'il s'attendait à ce que toi, tu fasses des choses, plus de choses ? Est-ce que toi, tu te disais, il ne se lève pas ? Est-ce qu'il y a eu ce cas-là ? Qui peut y arriver aussi partout en France ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr que ça arrive. Je me souviens encore d'une époque où je travaillais et il était en train d'y rechercher un emploi. Et donc, je sortais le matin, j'allais au boulot et quand je revenais, il n'y avait pas de repas. OK. Bon. Et je me pose la question, alors, tu n'as pas eu faim aujourd'hui ? Parce que pour moi, je ne le comprends pas comme... Enfin, je n'avais rien compris. Je m'étais juste dit, mais moi je m'inquiétais. Qu'est-ce que tu as mangé la journée ? Il m'a dit, mais non, il m'attendait. Ok, pour manger ? Oui, mais on va manger quoi ? En fait, je n'avais pas compris.
- Speaker #1
Il t'attendait pour faire le repas. C'est ça.
- Speaker #0
Et donc, c'est comme ça que je comprends ça. Il dit, ah d'accord. Ah ben, on dirait que tu n'as pas eu trop faim. Il va falloir faire des ajustements. Bon Ça, ça va. Ça, ça a été réglé depuis le temps. Il n'y a pas de souci parce qu'avant, quand on se fréquentait, lui, il fait mieux à manger que moi d'ailleurs. Et lui, il le faisait bien parce que la culture sénégale, elle est assez différente de la culture du Cameroun en termes de repas. Les trois repas de la journée au Sénégal sont différents. Le petit déjeuner est déjà différent du déjeuner même ici. Mais au Cameroun, par exemple, le déjeuner, c'est le même qu'on continue au dîner. parce qu'on en fait plus. On en fait plus, mais on ne prépare pas pour la journée ou parfois même pour deux jours. Donc, on va mettre une partie, on va garder une partie pour le lendemain. Comme ça, on n'a pas à rentrer en cuisine tous les jours. Donc, en Cameroun, ça s'entend facilement. C'est une organisation, surtout pour les femmes qui travaillent, qui ne peuvent pas être là toute la journée à ne faire que ça. Au Sénégal, par exemple, la femme, plutôt qu'elle ne travaille pas, le repas du midi, il est différent. Il n'a rien à voir avec celui du soir.
- Speaker #1
À la française,
- Speaker #0
un peu. Donc, pour moi, c'était déjà une grosse nouveauté. Ah oui,
- Speaker #1
non seulement il attendait que tu fasses le repas, mais en plus, il fallait que tu le surprennes. Ah ouais !
- Speaker #0
Je pensais déjà faire le repas pour la semaine, tu te casses le crâne, mais deux fois par jour, différent. Bon, bref. Mais bon, tout ça, après, c'est des ajustements. Comme toute vie en communauté, après, c'est... Voilà.
- Speaker #1
C'est ça, comme toute vie en communauté, comme toute vie en couple, il y a des choses. Et puis on peut très bien, comme tu disais, on peut très bien se retrouver aussi dans cette répartition un peu genrée. Tu vois, moi, très naturellement, je m'occupe plus de tout ce qui touche à l'intérieur du foyer, enfin de la maison, et on m'arrive plus facilement de l'extérieur. Me demande pas quand est-ce que la pelouse a été tendue, j'en sais rien, tu vois. Je m'en fous, elle est tendue, c'est chouette. Et à l'inverse, je le dis souvent, mais ne lui demande pas par quelle sorcellerie les habits des enfants s'ajustent à leur taille. Mais ce n'est pas grave parce qu'en fait, on s'y retrouve. Il n'y a pas comme Émile et Michel. Il y en a un qui ne fait rien et l'autre, il fait tout. Je pense que c'est là-dedans qu'on ne se retrouve pas.
- Speaker #0
Non, là-dedans, ce serait compliqué. Même si la culture sénégalaise a quand même pas mal de choses qui incombent à la femme. Mais c'est ce qu'on voit. Parce qu'après l'homme va gérer ce qui est censé être le gros œuvre. Rapporter de quoi nourrir, assurer la sécurité de la maison, la sécurité matérielle, la sécurité de la famille, fournir de quoi faire à manger, de quoi faire le marché. Il va gérer le toit, les choses comme ça, le logis. Après, ce n'est pas non plus écrit.
- Speaker #1
C'est dans les usages.
- Speaker #0
C'est dans les usages. Donc, si tu demandes même, il faut vraiment que quelqu'un prenne du recul pour pouvoir te faire même une liste non exhaustive. Profite-moi. Après, une fois de plus, je ne rentre pas trop là-dedans parce que, comme je dis, après c'est comment on le vit. Si je le vis bien d'attendre que la pelouse soit tendue quand Nicolas voudra, il n'y a pas de souci avec ça. Comme je dis, deux ans plus tard, j'étais enceinte, la pelouse m'atteignait déjà aux genoux et ça ne me grattait pas du tout. Je n'ai pas tendu. parce que j'avais autre chose moi j'étais enceinte je me mets juste à coucher c'était plus mon peuple mais je ne me disais pas Nicolas quand tu vas tomber non je n'y pense pas comme ça mon mari va vouloir que je fasse une cure avec toi je ne suis pas sûre que ce soit non plus trop bien parce que parfois on dit il y a des choses avant que je faisais mais Je me rends compte, je crois que c'est une des questions que tu vas poser, parce que tu m'as dit comment la vie de foi a impacté sur mon couple.
- Speaker #1
Oui, on y vient après.
- Speaker #0
Je te laisse y aller alors.
- Speaker #1
Et alors, allons-y. Est-ce que la foi vous aide à faire du lien dans votre vie de couple ?
- Speaker #0
Personnellement, je me suis pas mal posé la question de savoir si quelque part, dans cette liberté de... penser ou de vivre ma vie conjugale que j'avais, est-ce que je n'empêchais pas sur les plates-bandes de Nicolas ? Premier point vraiment sur l'autorité. Et c'est là où c'est carré maintenant chez moi, grâce à la foi, c'est que l'autorité pour moi, c'est le père. Il faut un ménage dans le bateau. Je ne peux pas prétendre mener moi dans le bateau quand Nicolas est là. Je ne peux pas.
- Speaker #1
Oui, et où tu ne veux pas en accepter aussi les implications, c'est-à-dire en fait tu ne veux pas devenir l'homme de la famille.
- Speaker #0
C'est ça, et je me suis rendu compte qu'avant que je ne creuse dans cette question-là, inconsciemment, j'empiétais sur ces plateformes. Je prenais le rôle, je m'octroyais le rôle d'homme, parce qu'une fois de plus, je ne sais pas pour vous, mais nous on ne s'est pas assis pour faire la liste de « ok, toi tu fais ci, moi je fais ça » . Non, c'est un vécu. C'est avec notre communication, elle est très pratique, pragmatique. C'est ce qu'on vit. Alors, nous avons une très grande liberté de penser. Nous nous sentons très libres dans nos conceptions. Et nous défendons cette liberté, cette liberté-là. Nicolas n'aura pas envie de tomber de la pelouse, mais jamais, au grand jamais, il ne la tondra.
- Speaker #1
Si tu lui dis, j'en ai marre de voir cette pelouse comme ça. J'ai vraiment besoin que tu tombes la pelouse. Il va te dire, tombe-la toi-même.
- Speaker #0
Alors, déjà, d'où ça me sortira ? Je n'arrive pas à penser là, à penser comme ça. Maintenant, si j'y arrivais même, je suppose juste, parce que je n'y suis pas arrivée, mais je suppose qu'il me répondra, mais tu ne sais pas comment, elle est là, elle te donne un temps de tendue, si tu veux. Je me dis, parce qu'en tout cas, moi, c'est ce que je lui répondrai. Et s'il me sort un truc de... Je lui dis, mais tu ne sais pas le faire, toi ? Aussi simple que ça, parce que si je voulais le faire, il y a des moments où j'ai pensé parfois dans mes jours un peu noirs que c'était dur, mais je trouve que c'est plutôt honnête et sincère. Je trouve ça plutôt, ça nous aide à être, enfin moi ça m'aide à être vraie, j'ai pas besoin de prétendre, j'ai envie de l'attendre, je lui demande pas son avis. Je cherche une tondeuse et je tonds. Point barre. Je ne suis pas en train de tondre pour lui montrer que je peux le faire. Je ne suis pas en train de tondre parce que je veux lui faire de la peine. Non. J'ai juste envie d'avoir une pelouse tendue. C'est tout. Aussi simple que ça. C'est vraiment basique. Mais non, c'est là où je me dis parfois, j'ai usupé le titre de chauve de famille à un moment, parce que je me dis parfois sur d'autres aspects. Quelle que soit la bonne volonté derrière, ça pouvait peut-être causer, troubler, par exemple, les enfants, dans l'éducation des enfants. Je dis n'importe quoi, je leur ai dit, il leur a dit, par exemple, vous ne sortirez pas, vous êtes privés de sortie. Et moi, j'arrive derrière et je dis, non, je l'entends dire ça, donc je sais. Et je dis, mais non, non, non, allez-y, sortez, allez vous défouler.
- Speaker #1
Ah, donc tu le faisais quand même des fois de contredire.
- Speaker #0
Non, non, non. Ok. Ce que je faisais avant, c'était, et ils savaient, les enfants, ils jouaient dessus, « Maman, est-ce qu'on peut sortir ? » Maman est très pro-sortie. Parce que voilà, exprimez-vous, libérez-vous, défoulez-vous, voilà. Et donc, il savait à qui demander. Et donc, moi, qu'il soit là ou pas, allez-y, naturellement. Mais c'est ça, me poser la question. Par contre, s'il est là, maintenant, je dis non. Il est là, il faut lui demander. Papa est là, vous lui demandez, c'est lui qui décide. Et donc, ils vont aller demander à papa. Si papa a dit non, ben non. Il revient de maman, papa a dit non. C'est non. C'est tout simplement ça. Il n'y a pas débat. Mais avant, je ne me posais pas la question dans ce sens. Je ne me demandais pas si je le faisais ou pas. Je décidais. Et c'est là où je trouve que j'empiétais probablement sur ces plates-bandes.
- Speaker #1
Et tu penses que tu n'aurais pas eu la foi, ça te serait moins venu naturellement de te dire, il faut que je lui laisse son rôle.
- Speaker #0
Je ne pense pas que je me serais questionnée. Parce qu'une fois de plus, comme je ne faisais pas pour lui démontrer, je ne faisais pas pour mal faire, je ne faisais pas contre lui. C'était l'impulsion. Comme je dis, je suis très impulsive, moi. Moi, c'est action réelle. Enfin, tic-tac. Je ne me pose pas trop de questions, mais si c'est un chose, je pense qu'il est important de se poser la question. Et c'est parce que j'ai vu les enfants, justement, tout le temps venir vers moi que j'ai commencé à me poser la question, en fait. Ça a commencé par là. Et que je me dis, mais en fait, est-ce qu'il n'y a pas un bug, là ?
- Speaker #1
Est-ce qu'il n'y a pas une faille dans laquelle ils s'engouffrent ? Non mais c'est vrai Et en fait c'est intéressant ce que tu dis Parce que parfois on se dit Ah ouais mais il y a des pères qui ne prennent pas leurs responsabilités Et il y en a qui ne prennent pas leurs responsabilités Ça c'est clair, il y a des hommes qui vivent en périphérie de leur famille Mais aussi s'interroger sur la place qu'on leur laisse C'est ça C'est-à-dire qu'en fait si tu les relègues À faire acte de présence Ou à valider ce que toi tu as déjà décidé Bon ben en fait tu ne peux pas t'étonner qu'ils ne prennent pas sa place Ben c'est clair
- Speaker #0
Et là, c'est vraiment lui faire obstruction. C'est vraiment... Ça va au-delà. Une fois de plus, c'est les enfants derrière que je vois. Je ne pense pas que ce soit très structurant pour mon fils de voir que c'est moi qui décide. Parce qu'à la fin de la journée, c'est ce qu'on va retenir. Ce n'est pas tant que je voulais qu'ils aillent se défouler. Ce n'est pas tant que, je ne sais pas moi, je voulais qu'ils soient avec leurs copains. Mais ce sera ces moments qui décident. Tu vois, ça prend rapidement la tournure. Je ne pense pas que ce soit indiqué pour Michel de voir que c'est maman qui décide ici. Ça veut dire qu'on ne lui impose pas des choses, oui. Mais qu'elle n'empêche pas sur les plates-bandes de l'autre. Je veux que mon mari s'exprime à la maison. Je veux qu'il ait l'autorité qu'il doit avoir. Parce que je le vois très bien. Quand il faut cogner du poing sur la table, c'est son poing à lui qu'on entend bien. Ce n'est pas le mien. Ils savent déjà avec moi. Ils savent comment me manipuler. Et puis de toute façon, je cogne... Doucement à la table, et puis après, quelques minutes après, c'est passé. Mais quand papa compte sur la table, tout le monde se redresse bien, bien. Je le vois, je vois la réaction et je comprends bien qu'il est bien plus efficace que moi. Donc, il y a intérêt à soutenir bien cette efficacité-là, à lui donner tout le poids qu'elle devrait avoir, que ce ne soit pas le refuge pour lui, pour l'avoir à dos, savoir que moi, je vais venir derrière compenser. Non, non. Vous assumez vos responsabilités, vous avez été puni, ben vous avez été puni, je suis désolé. La punition aussi extrême soit-elle, n'importe quoi, il y a des punitions de privé pendant trois mois. Punaise, trois mois ! Punaise, trois mois !
- Speaker #1
Non mais ça, les papas, des fois on peut pas en vriller. Des fois on est là, mais pourquoi t'as déclenché ça ?
- Speaker #0
Mais je rentre pas dedans !
- Speaker #1
Je suis admirative, mais je sais que c'est ce qu'il faut faire. Peut-être parce que je suis plus jeune. Je le fais de mieux en mieux.
- Speaker #0
Moi aussi, c'est avec l'âge. Je te promets, c'est avec l'âge. Je n'étais pas comme ça à nos débuts. Ah non ! Quand il sortait son décret là, mais là, là, là, je te l'avais cassé. Je dis, mais ce n'est pas possible. C'est moi qui étais l'avocat des forçats. Je la ferme. Comme dit ma belle-sœur, je masse mon cœur. Je la ferme dans mon cœur. Je la ferme.
- Speaker #1
Tu lui en parles après ?
- Speaker #0
Non, je n'en parle même pas. C'est vrai ?
- Speaker #1
pas devant les enfants, mais de lui dire écoute là, j'ai trouvé que tu as été un petit peu excessive, tu vois excessive d'ailleurs non, pour que la prochaine fois peut-être ajuster un peu mieux, non ?
- Speaker #0
non, ok je n'en parle pas Lui comme moi, s'il vient me dire, par exemple, je prendrais la décision trois mois de privation, et s'il viennait me dire après, tu ne trouves pas que j'aurais tendance, moi, je te dis moi parce que je sais ce que moi je vais faire, j'aurais tendance à me mettre sur la défensive, à justifier que j'ai raison d'avoir dit trois mois. Tu vois ce que je veux dire ? Du coup, sa bonne volonté peut être frustrée de ne pas entendre, de ne pas avoir l'écoute. attendu de moi parce qu'en fait le point n'est pas de me dire j'ai tort ou j'ai raison, le point est de dire ajuste peut-être parce que, mais moi je l'entendrai comme t'as abusé, t'as tort, tu as flagellé tu vois,
- Speaker #1
je le prendrais pas bien tu vois je pense que ça, ça dépend vraiment des personnes et des couples et c'est aussi ce qui est intéressant d'entendre des fois des gens, tout à l'heure tu disais c'est mon histoire c'est moi comme je, ça veut pas dire que ça s'applique à tout le monde ... Effectivement, rien ne s'applique à tout le monde. Mais des fois, tu prends des idées. Parce que moi, à contrario, des fois, je suis partie trop loin dans mes paroles. Et je lui ai dit, pourquoi tu ne m'as pas arrêtée ? Et il m'a dit, mais tu es libre de dire ce que tu veux. Je lui ai dit, mais en fait, quand tu me vois partir en roue libre, arrête-moi, s'il te plaît. Et en fait, je pense que ça fait... Oui, chaque famille a aussi son... Ou chaque couple a aussi sa façon de faire. Mais par contre, je pense que le message à retenir, c'est essayer de comprendre comment l'autre fonctionne. Et tout en lui laissant sa place et tout, de dire est-ce que des fois il a besoin d'être arrêté ? Est-ce qu'il va bien le prendre, comme tu disais ? Est-ce que ça a de l'intérêt de lui dire ça ? Et comment il va le vivre derrière et comment on peut le vivre à deux ?
- Speaker #0
Si tu m'entends, si tu me dis après, si tu me dis que tu as besoin d'être arrêté quand tu vas trop loin, là, ça c'est entendu. Et là, je crois que ça peut être... Je sais que tu l'accueilleras bien, tu accueilleras bien une remarque que je ferai, parce que toi-même, tu as demandé à être... Alors par contre, moi, je n'ai pas demandé à ce que... Je n'ai pas demandé à ce qu'il m'aille. Parce que parfois, quand on est parti, quand tu démarres, c'est parfois la goutte d'eau, tu vois. Il faut... Enfin, je veux dire... Tu es inarrêtable, t'es parti, t'es parti. Ouais, ouais, ouais. Il y a un truc, ça peut être juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase. C'est pas ça qui était peut-être le plus gros de toutes les gaffes qui ont pu être faites ou de toutes les conneries qui ont pu se passer. Mais malheureusement, c'est sur ça que ça tombe. Parce que c'est peut-être la goutte d'eau. Donc, après une fois de plus, tout ce que je me dis quand j'entends l'évêque dit de trois mois, bon ben écoute, c'est formateur. Voilà. Quel que soit l'âme d'arbre, ils seront formés à tenir trois mois. Ils retiennent bien le sang.
- Speaker #1
Avec vos enfants qui grandissent entre plusieurs cultures, comment vous faites pour leur transmettre vos racines, votre foi, vos traditions ? Est-ce que vous avez mis des choses en place ? Est-ce que c'est simplement dans le naturel de votre façon de vivre ?
- Speaker #0
Alors, nous, on n'est pas très fort en choses à mettre en place, en rituels, on va dire ça comme ça. On n'est pas très fort en rituel. Nous, c'est vraiment, c'est plus comment on le sent et ce qu'on a envie de faire. Alors, généralement, ce que Nicolas et moi, et on ne se concentre pas pour ça. Lui, il fait ce qu'il a envie de faire quand il le fait. Moi, pareil, je fais ce que j'ai envie de faire quand je le fais. On est parfois en contact avec nos familles. Donc, on va leur faire parler à leur oncle, tante, cousin, cousine. Ils vont discuter avec eux, ils vont échanger avec eux. Nous allons aussi échanger, ils vont voir l'exemple sur nous. Que ce soit pour le contact que j'ai avec ma famille, mes parents, mes frères et sœurs, mes neveux et nièces. Ils voient déjà comment je me comporte envers eux. Donc je ne me cache pas en appelant mon père ou ma mère. Je ne me cache pas en parlant à mon neveu ou en souhaitant un anniversaire à ma nièce. Donc ça, ils voient déjà. Et généralement, quand il voit ça, on n'a même pas besoin de faire de rétabli, il copie simplement. Pareil Nicolas. Il va le faire parler au tonton et au tata, à la mamie.
- Speaker #1
On n'a pas parlé de la langue au Cameroun et au Sénégal. Tout le monde parle la même langue, parce que c'est vrai qu'on n'en a pas parlé, mais c'est quand même un sujet.
- Speaker #0
La langue universelle chez nous, c'est le français.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Dans ma famille, à moi, du Cameroun, nous parlions français aussi à la maison.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc, moi, ce n'est pas déconnant. Même si on a une langue maternelle, mes parents, mes deux parents, parlent la même langue maternelle. Moi, je l'ai apprise. Ma grand-mère me l'a apprise.
- Speaker #1
C'est quoi ?
- Speaker #0
Le Bamileke. Non. Plus précisément, le Tonga. Parce que dans Bamileke, il y a 400 langues maternelles dans le Bamileke. Donc, plus précisément, le Tonga, c'est ma langue maternelle. Donc, moi, je parle parce que ma grand-mère me l'a apprise. Je parle avec ma mère, avec mon père parfois. Moi, je lui parle en langue, il me répond en français. Donc, à la maison, on parlait du français.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Nicolas... est serrère. La langue la plus parlée au Sénégal, c'est le Wolof. Donc, il y a cette langue qui est communément parlée, mais locale. Et puis, il a une langue donc maternelle,
- Speaker #1
serrère.
- Speaker #0
Il parle, il évoque des mots de ces langues-là à la maison. Donc, les enfants connaissent, voilà, bonjour, bonsoir, voilà. Assieds-toi, lève-toi, voilà, les mots communément, les mots de base, en fait, des basiques. De mon côté, non, pas grand-chose, parce que moi, je ne parle pas vraiment ça. J'ai quelques expressions, mais expressions comme ça, que je sens sans réfléchir. Ce n'est pas parce que je leur apprends ça, mais j'ai cette tendance à poser certaines questions dans ma langue.
- Speaker #1
De la langue que tu as appris avec... Avec ma grand-mère, ma langue maternelle,
- Speaker #0
oui. Donc, ils savent déjà ce que ça signifie. Et quand je leur dis, mais c'est quoi, c'est trois, quatre mots, ce n'est pas non plus un dictionnaire. Et donc, ce sont ces mots-là qu'ils connaissent.
- Speaker #1
OK. D'accord. Mais avec les familles, ils peuvent parler en français ?
- Speaker #0
Français.
- Speaker #1
Que ce soit avec la famille du Sénégal ou avec la famille du Cameroun ?
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Nos deux pays ont le français comme langue nationale. Ah ok. Donc on parle en français, on étudie en français.
- Speaker #1
Ok, d'accord.
- Speaker #0
Au Cameroun c'est français et anglais, donc nous c'est français et anglais, mais au Sénégal c'est français. Donc ils étudient en français, ils ont le diplôme en français, voilà.
- Speaker #1
Et en termes de coutumes, tout à l'heure on a parlé d'une histoire de plats. Est-ce que vous avez à cœur de leur transmettre certains éléments de vos cultures ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. À la maison, déjà, on ne cuisine pas trop français. C'est plutôt camerounais, sénégalais. Bon, un peu français quand même, mais c'est plutôt camerounais, sénégalais. Donc déjà, les habitudes alimentaires de chez nous, on leur transmet cela.
- Speaker #1
Ça se ressemble ? la cuisine camerounaise et la cuisine sénégalaise ? Non,
- Speaker #0
du tout.
- Speaker #1
Parle-moi de cuisine. Moi, j'adore qu'on me parle de cuisine.
- Speaker #0
Du tout,
- Speaker #1
du tout. Qu'est-ce qui est différent ? Qu'est-ce que c'est ? Il y en a un qui est en sauce, pas en sauce. C'est un peu ces histoires-là ? Ou c'est en termes d'épices ?
- Speaker #0
Tout en sauce, mais il y a du sucré salé d'un côté et que du salé de l'autre. Au Cameroun, on mange sucré salé. On mange salé, mais sucré salé aussi. Et au Sénégal, c'est plutôt salé. Au Sénégal, c'est du riz tous les jours. tous les midis 7 juillet. Au Cameroun, non, c'est un complément comme un autre. On a une variété de compléments, de... comment vous appelez ? Pommes de terre et... Féculents ? De féculents. On a une variété, on a une très grande variété de féculents au Cameroun.
- Speaker #1
Qui vient des productions agricoles ? Oui. Du fait qu'il y ait plus de propositions dans les productions ?
- Speaker #0
Nos terres le permettent. Notre climat permet qu'on ait un climat tempéré. Il est parfait pour beaucoup de cultures. Donc chez nous, on cultive beaucoup, on a une large variété de... légumes de féculents. Par exemple, la patate douce et les dérivés de patates. C'est la pomme de terre, peut-être qu'on fait moins au Cameroun, mais on fait quand même un peu aussi. On a une vaste gamme de féculents, par exemple. Au Sénégal, par contre, non, parce que le climat ne le permet pas. Donc, ils ont des variétés plutôt très restreintes. Le riz n'est pas fait, enfin, il est fait localement, mais pas assez pour la consommation locale. Mais les habitudes alimentaires au Sénégal, c'est le riz tous les midis. Avec une sauce différente. La sauce varie. Mais le riz tous les midis comme féculent. Et le soir, c'est autre chose. C'est là où on change des pâtes, des pommes de terre. On va changer avec autre chose.
- Speaker #1
Et la viande ? Toujours. Tu viens tous les jours ?
- Speaker #0
Alors, viande et poisson. Plus viande que poisson au Sénégal. Au Cameroun, moitié-moitié viande comme poisson.
- Speaker #1
Ok, mais il n'y a pas de repas sans viande ? Si,
- Speaker #0
on en a. Au Sénégal, je n'en connais pas. Je ne connais pas de repas végétarien. Au Cameroun, si, on en a par contre. On en a pas mal. Autant, j'allais dire, oui, dans une semaine, on peut avoir 2-3 repas sans viande ou poisson végétarien. Équivalent d'épinards. On fait sans viande, sans poisson. C'est comme ça. Ce ne sont pas des choix de ne pas en mettre. Mais c'est comme ça qu'on les prépare.
- Speaker #1
Culturellement,
- Speaker #0
c'est comme ça. Nous, on mange au Cameroun, chacun dans son assiette, comme ici. On sert à table, chacun se sert et mange dans son assiette. Au Sénégal, l'habitude, c'est de manger autour d'un grand plat, un grand bol, un grand plateau. Alors, ça pourrait être dans des très grandes familles où on va faire le plateau des hommes, le plateau des enfants, le plateau des femmes. Ça, c'est s'il y a vraiment beaucoup de gens, c'est-à-dire, on parle de, je ne sais pas, 15 ou 20 personnes où on a des célébrations. Mais quand on a affaire à une famille de, je ne sais pas, 5, 6, 7, même 10, c'est le grand plateau qu'on met. À table et chacun avec sa cuillère, si on le veut, mais sinon c'est à la main, qu'on va manger autour de...
- Speaker #1
Même pour les plats en sauce, quelque chose comme ça ?
- Speaker #0
Oui. Donc au Sénégal, la maîtresse de maison, quand elle a fini de faire le repas, c'est elle qui sert le grand plateau où elle met du riz au fond du plateau, de la sauce au-dessus, elle sauce tout le riz et la viande au milieu, au centre, avec les légumes au centre. Elle ne participe, elle ne mange pas pendant le repas. Elle est là, mais elle ne mange pas. Parce que c'est elle qui fournit chacun devant lui. Parce qu'il y a des règles. On ne va pas puiser au centre du plateau. On ne mange que devant soi.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
On ne mange que devant soi. Donc, vous mangez au fur et à mesure et ça finit. Et c'est elle qui vient vous recharger. OK. Qui vient recharger l'espace devant vous. Pour que vous n'en manquiez pas. Et quand vous êtes répu, vous quittez le plateau. Vous quittez la table. Et à la fin, elle... Elle va récupérer ce qui va rester du plateau. Et c'est là-dedans qu'elle va manger, elle. Mais après que tout le monde ait mangé.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Parce que son travail, pendant que vous mangez, c'est de servir chacun.
- Speaker #1
Mais elle mange toute seule ou elle mange avec d'autres femmes, par exemple ?
- Speaker #0
Peut-être avec d'autres avec qui elle a préparé le repas.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Oui, elle pourrait manger avec. Sinon, ce serait seul. OK. Si elle a préparé seule, elle mangerait seule.
- Speaker #1
Très bien. Donc, c'est comme ça qu'on fait.
- Speaker #0
Voilà. C'est comme ça.
- Speaker #1
Et tu me disais tout à l'heure que, par exemple, Toi tes enfants ils sont pas forcément habitués à manger comme ça
- Speaker #0
Alors, ils ne sont pas habitués ici à la maison. On ne mange pas comme ça. On mange chacun un autre assiette. Mais les grands, ils se retrouvent très bien. Ils s'adaptent. Ils se sont bien ajustés. Cet été, ils se sont très bien ajustés.
- Speaker #1
Ils avaient l'habitude ? Vous étiez rentrés souvent au Sénégal avec les enfants ?
- Speaker #0
Il y a deux ans, les grands avaient déjà été et ils avaient vécu ça. C'est vrai. Quelquefois, en région parisienne, Nicolas nous a fait faire le plateau à la maison. Deux ou trois fois. Donc, ils avaient déjà vu. Mais ce n'est pas systématique chez nous. Mais eux, ils se sont bien ajustés. Et puis, ils sont grands. Donc, ils suivent un peu. Il y a les cousins et les cousines. Donc, ils suivent le mouvement. Par contre, les tout-petits, eux, ils ont eu quelques soucis. Parce que déjà, même manger dans leurs assiettes seules, ce n'est pas toujours gagné.
- Speaker #1
Il y avait autant de règles. Parce que j'imagine qu'il y a des règles d'hygiène. Quand on mange dans un plateau commun, comme tu disais, on ne va pas piocher partout. Déjà, il faut que tes enfants... Ton fils, il est à l'âge du mien. en trois ans, il faut qu'ils comprennent que... On n'a pas collé ses doigts qu'on a collés au fond de sa bouche partout.
- Speaker #0
Alors, il ne nous a même pas laissé arriver jusque là. C'est juste que lui, il regardait tout le monde bizarrement. Qu'est-ce que vous faites là, vous ? Il passait son temps à regarder tous les autres qui mangeaient. Je ne sais pas s'il s'attendait à avoir son assiette, mais il ne pensait pas à manger. Il regardait les gens, il jouait. Et comme les gens étaient concentrés, on est concentrés tous à manger. Donc honnêtement, on ne le gère pas, on ne le calcule pas. deux, trois fois comme ça, je me suis rendue compte qu'il n'a pas mangé grand-chose, sa grande-sœur et lui. Je dis non, on ne va pas continuer comme ça. Donc, j'ai demandé à la maîtresse de maison, est-ce que c'est gênant si on mange dans nos assiettes ? Parce que là, les petits, apparemment, ils ne comprennent pas très bien. Et donc, elle a dit non, il n'y avait pas de souci. Et du coup, les repas qui ont suivi...
- Speaker #1
Mais du coup, vous avez mangé toute la famille dans l'assiette ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
tous dans l'assiette. Ça aurait été moins bien perçu si ça n'avait été que André et Marguerite
- Speaker #0
C'est ça, si eux, ils mangeaient de côté. Enfin, je trouvais ça gênant quand même par rapport à tout le monde qui mange ensemble. Comme si eux, ils sont en aparté, comme s'ils sont mis à l'écart. Elle a trouvé que ça ne gênait pas. Donc, du coup, le repas qui suivait, chacun de nous, on a mangé dans nos assiettes. Il faut dire aussi qu'on était quand même assez représentatifs. On était quand même un bon nombre. Donc, sur... Alors, on est... Six, parce que je ne vais pas compter Anna et Noémie qui ne mangeaient pas à table avec nous. Ils étaient deux à la maison, donc voilà. Si six personnes sont dans cette assiette, je crois que les deux autres vont avoir du mal à rester dans le plateau. Finalement, on n'est pas assez...
- Speaker #1
Mais les gens ont quand même des assiettes et tout. C'est-à-dire que quand ils font des grands repas, ils mangent ensemble dans le plateau. Et quand ils sont tous les deux, ces gens, ils mangent... Ah ! Est-ce qu'il mange dans le plateau ou quand Nicolas ne mangeait qu'avec ses parents ?
- Speaker #0
Je n'ai pas vu l'époque de Nicolas, mais ce que j'ai vu chez mon beau-frère, c'est que sa femme et lui ne mangent pas au même moment. Donc, elle, le soir, ne mange pas vraiment. Donc, c'est lui qu'elle sert. Elle le sert à lui. Du coup, lui se retrouve dans son assiette. Ce qui est vrai aussi, c'est que lui ne mangeait pas avec nous. Même quand on était dans le plateau, dans le grand plateau. Donc maintenant, ça m'interpelle sur la règle. Il faudrait que je demande c'est quoi la règle.
- Speaker #1
Je trouve ça super intéressant.
- Speaker #0
Mais il y a des règles comme ça. Mais c'est vrai que tous les deux, non, je ne les ai pas vus manger ensemble. Parce qu'ils vivent... Enfin, pendant les vacances, ils n'étaient que tous les deux. Et non, je ne les ai pas vus manger ensemble, c'est vrai. Lui, il passe la journée au travail déjà. Donc ce n'est que le soir qu'il mange à la maison. Et le soir, elle, elle ne mange pas vraiment. Donc c'est lui qu'elle sert.
- Speaker #1
OK. La prochaine fois que je mange avec Nicolas, je lui poserai la question. Quelle est la règle, Nicolas ?
- Speaker #0
Quelle est la règle ? Mais nos enfants s'adaptent, en fait. Ce que je retiens, c'est que nos enfants s'adaptent quand même facilement aux habitudes, mais déjà même seulement par mimétisme. Ils vont voir comment les autres vont faire, ou bien ce que nous allons faire, nous, leurs parents, et ils vont faire comme nous. Ils ne sont pas perdus.
- Speaker #1
Si tu devais donner un conseil à une maman africaine qui s'installe en France avec sa famille, quel serait-il ? Pour conclure, je pense qu'on va s'arrêter.
- Speaker #0
Une maman africaine qui s'installe en France, je lui donnerais comme conseil de se créer une communauté. C'est le repère que nous avons. Nous avons pour repère de vivre en communauté, enfin la vie seule. Ce que j'appelle ici vivre seule, c'est vraiment vivre juste que ce noyau familial-là. Pour moi, je me suis retrouvée très solitaire au tout début. À ne vivre que... Ma famille est nucléaire. J'ai vécu une grande solitude. Ce n'est pas que Nicolas était là, les enfants étaient là, mais parce que je venais d'un endroit où on vit au-delà de ça, comme je l'ai dit, pour toutes les raisons que j'ai évoquées tout à l'heure, le fait de se sentir soutenu dans l'éducation des enfants. Qu'ils ne soient pas abandonnés quand je suis fatiguée ou que je ne suis pas là, tout simplement. Un autre exemple, à l'accouchement. J'ai vécu trois accouchements ici et ça n'a pas grand chose à voir avec ce que j'ai vécu au Cameroun pour mes précédents accouchements. Autant au Cameroun, je me plaignais d'être envahie parce qu'une femme qui accouche au Cameroun, elle a du mal à trouver du temps pour se reposer en journée parce que ça défile. Ah non, plus finir. On n'appelle pas, on ne prévient pas, on débarque et c'est comme ça. Les gens qui débarquent rapportent des places, ceux qui ne rapportent pas viennent cuisiner là pour elles parce que ce n'est pas le moment pour qu'elles fassent ça. Moi, je me souviens, ma fille est née, je lui ai donné le bain peut-être quand elle avait un mois pour la première fois parce que la femme qui vient d'accoucher, elle est tout aussi prise en charge que le bébé. Elle ne va s'occuper de son bébé que pour l'allaiter, si elle allaite. Le bébé est porté par ailleurs, lavé par ailleurs, nettoyé par ailleurs, changé par ailleurs, ses repas sont faits. Moi je me souviens, quand j'ai accouché ma fille aînée, on m'a donné à manger dans la bouche. On m'a nourrie. On t'a donné une béquille. On m'a donné de la béquille. Il y a un repas...
- Speaker #1
Ça t'a choqué ? Ou tu trouves ça normal ?
- Speaker #0
Ma grand-mère qui était là et qui disait comment ça devait se passer et qui était... Donc, j'étais très proche. Je l'écoutais, je suivais ce qu'elle me disait de faire. C'est pour ça que je me suis laissée faire. On va dire ça comme ça. Parce que, déjà, ce repas, ce mets-là, c'est un mets spécial pour femmes qui viennent d'accoucher. C'est censé aider à la lactation et tout le reste. Bref, à remettre tout en ordre dans l'organisme de la femme. Bref, c'est un repas qui est un mets particulier. Il est très gluant. Donc, déjà, on ne peut pas le tenir avec la bouche. Je ne connais le nom que dans ma langue maternelle, ça s'appelle le nkwi. Le nkwi. C'est un truc très gluant et on ne peut pas manger ça à la cuillère ou à la fourchette, c'est à la main. Et il se mange avec un couscous, mais pas un couscous algérien comme... Comment vous appelez ça ? Comme un pâté, mais je ne sais pas. Tu vois la polenta ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà, la texture de la polenta.
- Speaker #1
Oui, un peu, oui.
- Speaker #0
Très compacte. Très compacte, très chaud. Donc, il faudrait que ce soit une espèce d'équivalent de polenta, très chaud, avec ce truc gruyant-là. C'est les deux ensemble qu'il faut mettre dans la bouche rapidement. Mais chaud, c'est brûlant. Enfin, chaud, brûlant. Ça ne brûle pas, mais c'est très chaud. Donc, du coup, la personne même qui doit le faire là, elle doit avoir des mains assez... Bon, bref. Mais j'ai eu la béquille. Pour dire, ça va au-delà des repas qu'on a pu m'apporter pendant les premiers mois de... après mes accouchements. Et ici, quand je suis sortie d'hôpital la première fois, après ma guérite, et que Nicolas m'a proposé le KFC de bon cœur, de bon cœur, parce qu'effectivement, toute cette grossesse-là, j'avais mangé KFC deux, trois fois par semaine. C'était le besoin de grossesse, je vous apprends bien. Mais seulement le jour où je suis sortie d'hôpital, je ne voulais plus entendre parler de KFC, par contre. Donc, voilà.
- Speaker #1
Tu avais envie de retrouver des plats que tu connaissais ? Voilà.
- Speaker #0
Donc, je suis allée me débrouiller au frigo. Et ça, c'était que le premier jour du retour, pour dire que la suite, voilà un peu à quoi ça ressemblait. Le lendemain matin, c'est tout. Ils me tombaient tous dessus. On a faim, maman ? Qu'est-ce qu'on mange ? OK, c'était différent. Moi, en Cameroun, quand je vivais ça, je me sentais super envahie. Il y a eu des fois, j'ai eu envie d'écouter mes congés de maternité. Je vais aller me reposer parce que j'en pouvais plus. Le bébé dort dans la nuit, il faut aller l'été, on ne dort pas vraiment. Et dans la journée, le bébé dort tranquille. C'est le moment où je pourrais récupérer. Mais non, ça défile, ça ne s'arrête pas. Et les gens vont pas venir te voir et tu te dis, gérez-vous, moi je dors. Ce n'est pas possible, ça ne se fait pas. Même si je ne suis pas en train de l'aider à l'accueillir ou de m'occuper de lui, parce que son taux de vie vient de s'occuper de moi. Je dois quand même être là pour recevoir le service. Donc, autant je me plaignais, mais quand je suis arrivée, quand j'ai vécu mon premier accouchement ici, je me suis juste dit, Seigneur, merci, merci pour le fouet, parce que ça m'apprendra à me plaindre quand je suis bénie. C'était totalement l'opposé. C'est autant de choses. C'est pour juste donner des exemples de ce que j'appelle solitude, en fait, ici.
- Speaker #1
Et du coup, toi, tu dirais à une maman de se refaire une communauté. Toi, tu as cherché à avoir d'autres Camerounais, d'autres Africains un peu autour de toi ?
- Speaker #0
Alors, je n'ai pas cherché des Camerounais, je n'ai pas cherché des Africains. J'ai cherché des catholiques. Les Africains, enfin, moi, le repas... qui, pour moi, ne change pas. Et c'est la beauté. Pour moi, c'est la beauté de l'Église catholique. C'est universel. C'est la même partout. Je n'aime même pas comprendre la langue. Je n'aime même pas si cette personne fréquente l'Église. On a des valeurs communes. Et ça, ça me rassure. En fait, c'est le cadre dans lequel je n'ai pas à être sous mes gardes. Je n'ai pas à épier. Je n'ai pas à m'inquiéter. Même si on est chacun comme on est, on a nos faiblesses. Mais c'est le cadre qui me rassure. Donc, voilà pourquoi, première chose, quand j'arrive, c'est à l'église, m'ouvrir à la communauté. M'ouvrir, parce que l'idée n'est pas d'y aller sans s'ouvrir. Je trouve que c'est passer à côté d'autre, de quelque chose. On va y aller, on va... Enfin, pour moi, c'est un peu rester un peu de passif. J'ai besoin d'aller dans la communauté et de m'activer dans la communauté. Parce que je ne vais pas aller... que pour recevoir, je vais aussi apporter. Si je veux appartenir à une communauté, il faudrait que j'apporte ce que je peux apporter, ce que j'ai. Et on a chacun quelque chose à apporter. Donc comment je mets ma petite pierre à l'édifice ? Mais pour montrer mon appartenance à cette communauté. Une fois que je l'ai, pour moi, cet sentiment de solitude, c'est comme ça que j'arrive à y échapper. C'est comme ça que je me retrouve un peu, un peu comme au Cameroun, un peu comme au Sénégal. On n'a pas besoin de se connaître depuis 100 ans, on n'a pas besoin de se fréquenter chaque jour, mais on a le même repère. Et pour moi, c'est ça qui va au-delà de la couleur, qui va au-delà de l'origine.
- Speaker #1
Je crois qu'on va se quitter là-dessus parce que je trouve ça tellement beau, tellement vrai. On ne pourra rien dire de plus. Merci Mireille d'être venue nous partager tant de choses. C'était vraiment... Je suis tellement heureuse d'avoir cette interview-là. Merci pour ton ouverture d'esprit. Merci pour ton attachement à beaucoup de belles valeurs. Parfois, c'est bien de remettre l'église au milieu du village, comme on dit.
- Speaker #0
Tout à fait. Merci Alicia, en tout cas merci pour cette belle opportunité que tu nous donnes de pouvoir mettre des mots même sur ce que nous vivons et que nous ne nous rendons pas compte. Moi franchement, je mets juste un pied devant l'autre. Et là, mettre des mots sur des concepts comme ce concept-là, tout ce que le monde nous apporte, à ma famille et moi, c'est assez intéressant. ça va continuer de cheminer en moi et merci pour cette opportunité merci beaucoup Mireille