- Speaker #0
Bienvenue dans ce nouvel épisode de notre podcast dédié à celles et ceux que nous accompagnons, mais également à celles et ceux qui accompagnent. Et je pense donc là précisément aux professionnels, mais aussi aux familles, aux aidants en particulier. et à tous ceux qui, un jour, peuvent changer une trajectoire. Aujourd'hui, on parle d'un mot qu'on entend de plus en plus dans le secteur médico-social et social. Je pense à l'autodétermination. Un mot un peu technique, mais qui cache une idée simple, simple et puissante. Le droit et la capacité de faire ses propres choix, de décider pour soi-même, d'avoir du pouvoir sur sa vie. À l'adage, on croit profondément que chaque personne, quels que soient ses besoins ou ses fragilités, a en elle une force unique qui est le pouvoir d'agir. Pas seule, bien sûr, pas sans soutien, bien sûr, mais avec des accompagnements qui respectent les rythmes, qui respectent les envies et les rêves. Dans cet épisode, on zoome sur la participation des usagers. On insiste depuis quelques années à un changement de paradigme majeur dans nos institutions. La posture traditionnelle s'efface progressivement pour laisser place à une logique de partenariat au cœur de cette transformation. L'autodétermination et la participation des usines, plus qu'une obligation légale, c'est un levier de qualité indispensable. Comment passer d'une participation alliée à une véritable co-construction des projets personnalisés ? Comment les professionnels peuvent-ils ajuster leur posture pour devenir des facilitateurs, des médiateurs des vecteurs de soi, plutôt que des prescripteurs de solutions ? C'est tout l'enjeu de cet épisode. Comprendre comment l'expertise d'usage devient la clé de voûte d'un accompagnement éthique et performant. Alors, bonne écoute ! Pour commencer cette émission aujourd'hui... On accueille Clotilde Delforge, chef de service au CPH Astrolab, qui se situe à l'ODEV. Bonjour Clotilde. Bonjour. J'ai envie de te laisser te présenter ton rôle au sein du CPH. Qu'est-ce que le CPH et quel type de public est concerné par votre accompagnement ?
- Speaker #1
Bonjour, je suis Clotilde Delforge, je suis chef de service sur le CPH, un centre provisoire d'hébergement qui accueille des personnes réfugiées, c'est-à-dire des personnes étrangères qui ont obtenu la protection internationale du fait de persécutions qu'elles ont subies dans leur pays. et qui donc à ce titre ont un titre de séjour en France, relèvent du droit commun. Elles viennent d'obtenir leur titre de séjour et elles sont identifiées par les équipes qui les ont accompagnées comme vulnérables. Donc le centre provisoire d'hébergement des personnes réfugiées, le CPH, accueille ce public en difficulté, étranger et en difficulté, on va dire. empêcher ou bloquer dans ces premiers pas d'insertion en France pour différentes raisons. Et le travail de l'équipe, c'est justement d'identifier avec les personnes qu'est-ce qui pose problème, qu'est-ce qui bloque, et de définir avec ces personnes les moyens de lever les obstacles pour qu'elles puissent s'installer en France dans les meilleures conditions.
- Speaker #0
Combien d'usagers ?
- Speaker #1
On accueille donc 60 personnes, surtout des familles. des plutôt jeunes, des jeunes parents avec des jeunes enfants, quelques personnes seules, hommes ou femmes entre 18 et 25 ans, et à la marge, quelques personnes plus âgées, de toute nationalité, mais principalement en provenance de pays qui subissent des conflits, donc les nationalités des personnes qu'on a. Les recueils varient en fonction de la géopolitique.
- Speaker #0
Donc tu parlais de personnes empêchées, effectivement dans le processus d'intégration sur le territoire national, quelles sont ces vulnérabilités, ces empêchements justement ?
- Speaker #1
Alors, principalement, on va dire qu'une minorité des personnes ont des problématiques qui sont assez simples et qui relèvent de l'administratif, avec des personnes qui évidemment arrivent en France et donc n'ont pas d'historique administratif. C'est relativement simple, relativement, parce que l'administration en France étant ce qu'elle est, relativement simple à traiter avec eux. Ces personnes repartent assez rapidement avec leurs droits ouverts, leur titre de séjour, leur accès aux différentes administrations, impôts, CAF, santé, car vital, etc. Bon, mais ça, c'est une minorité des personnes. Globalement, la problématique, il y en a deux principales. Une part importante des personnes n'ont pas été... scolarisés dans leur pays d'origine. Donc c'est des personnes qui ne savent pas lire ni écrire dans leur langue d'origine et donc leur problématique c'est pas tant d'apprendre le français, c'est pas tant d'apprendre une langue étrangère, c'est d'apprendre à lire et à écrire. Et donc la question de l'alphabétisation est une grande thématique chez nous, sachant qu'en France il n'y a pas grand chose de prévu. pour des personnes analphabètes, vu qu'en France, la scolarisation est obligatoire. Et donc, il y a tout un travail autour de l'alphabétisation. Ça, c'est une première partie des personnes. Et puis, la deuxième problématique majeure, c'est la santé mentale. C'est des personnes qui ont subi des persécutions, et dans leur pays d'origine, et sur le chemin d'exil, et qui ont du mal à s'en remettre. Et puis, on a remarqué que le moment d'obtention de la protection du statut de réfugié est un moment clé. Pour certaines personnes, ça va libérer certaines personnes qui vont pouvoir s'installer, refaire leur vie. Et puis, il y en a d'autres qui, à ce moment-là, vivent un phénomène de décompensation psychique. En fait, le moment où elles obtiennent, elles arrivent à s'en sortir, en fait. tout le chemin parcouru et les obstacles franchis arrivent à cette réalisation de la reconnaissance de leur statut s'effondre. Et donc, on a des personnes qui sont dans un état psychique de stupeur. Des personnes sont perdues, elles ne sont plus chez elles, elles sont parties, mais elles ne sont pas encore arrivées, elles flottent. C'est une problématique de santé mentale qu'on appelle le psychotrauma dû à l'exil. et d'aucun autre. tout un travail d'accompagnement de ces personnes autour de la santé mentale.
- Speaker #0
Et on regarde ce que tu dis, on sent que le chemin jusqu'au pouvoir d'agir est long et compliqué. Comment est-ce que ça se passe avec ce public-là ? Comment on le conduit à un moment donné à pouvoir agir pour sa vie, enfin faire des choix pour sa vie ?
- Speaker #1
Ça a été de longues années de réflexion pour nous. De se demander comment recueillir la parole, comment échanger avec ces personnes, bien au-delà de la question de la langue. Effectivement, on a 80% de personnes qui sont allophones, donc on travaille avec des interprètes pour les moments clés des échanges, mais ça va au-delà de ça. Dans notre mission, il nous est demandé d'expliquer aux personnes comment ça se passe en France, à tous les niveaux, au niveau de l'accès à la santé, à l'emploi, le monde de l'entreprise, la scolarité, la parentalité, tous les codes culturels. Donc on a organisé des ateliers, ce qu'on appelait des ateliers d'information par thématique. Et puis on s'est aperçu que l'information pouvait passer au-dessus des personnes. On ne savait pas très bien ce qu'ils en comprenaient. Et on a travaillé sur nos propres projections avec des experts qui sont venus travailler avec nous sur nos représentations de ce qui se passait pour ces personnes. Et puis sur cette thématique de santé mentale. dont je vous parlais pour essayer de comprendre ce phénomène de décompensation psychique et de psychotrauma du Alexil. On a changé un peu notre façon de travailler au lieu d'avoir une information un peu descendante. Pour expliquer aux personnes ce qui se passait, on a commencé à demander aux personnes comment elles voyaient les choses, et non seulement comment elles voyaient les choses, que ce soit pour le travail, l'habiter, le logement, la scolarité, tous les thèmes de la vie quotidienne. On leur a demandé comment ça se passait dans leur pays. Avec cette intention de travailler l'identité, puisqu'il y a des questions d'identité, dans l'exil d'un passage, d'une transition entre avant, après, là-bas, ici. Et avec l'aide de psychologues un peu spécialisés, on a établi que pour travailler l'enracinement en France, il fallait reconnaître la part de la personne, la vie avant, la vie d'avant, comment les personnes existaient aussi, avaient un passé et avaient un avenir, et qu'il fallait mettre en lien ces deux parties de leur vie. Et donc en fait, on appelle ça maintenant des groupes de parole. Et par thématique, on commence par demander, par exemple, si on prend l'alimentation, on commence par demander aux personnes comment ça se passe chez elles, qu'est-ce qu'elles mangent, comment ça se passe un repas. Et ensuite, les travailleurs sociaux décrivent comment ça se passe pour eux en France et on compare, on compare en fait ce qui est similaire, ce qui est différent. Et on demande aux personnes de comparer qu'est-ce qui les frappe. qu'est-ce qu'elle trouve intéressant en France et qu'est-ce qu'elle trouve gênant, décalé. Donc déjà dans un premier temps, ça permet quand même de libérer la parole. On s'est rendu compte que la parole était plus facile et pour les personnes et pour les équipes de travailleurs sociaux et qu'on est plus dans une situation d'échange en fait que de cours de formation ou d'information. Pour aller plus loin, on réfléchit à comment prendre trace de ce qui est échangé pendant ces ateliers, parce que c'est à l'oral, et on pourrait formaliser la parole des personnes pendant ces groupes. On pourrait en faire des outils et les retravailler, enfin, voir en quoi ça pourrait impacter nos pratiques d'accompagnement. C'est un peu ce décalage qu'on a pu faire sur... plutôt que d'avoir une posture un peu descendante,
- Speaker #0
comment se décailler. Voilà, c'est les échanges en fait.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, c'est plus intéressant pour tout le monde.
- Speaker #0
Évidemment. Évidemment. Leur rapport est égal à égal. Voilà, tout simplement. La paire est dense, c'est-à-dire avec des personnes qui sont sorties d'accompagnement du CPH, peut-être depuis quelques années. Pour venir en apport peut-être, est-ce que c'est quelque chose qui existe ? Est-ce que c'est possible ?
- Speaker #1
On y réfléchit et à la fois ça nous parle et ça nous attire et à la fois on est un peu méfiant de cette approche. On aime faire appel aux anciens et on essaye de le faire le plus possible. On peut appeler ces personnes à venir nous rejoindre à certaines occasions, plutôt dans des temps festifs. Et c'est toujours intéressant et très agréable. Sur la paix et l'aidance, on est prudent, on va dire. C'est sur l'effet communautaire et les enjeux de pouvoir qu'il peut y avoir au sein d'une communauté qui s'installe et qui nous échappe. Et on ne sait pas très bien ce qui se passe au sein d'une communauté qui s'installe, mais on se doute. qu'il s'y passe des choses, que certains sont dans des positions plus importantes et d'autres moins. Et on fait attention en tout cas à ne pas jouer de ça. Et comme on ne connaît pas, on y va avec prudence. On a travaillé un atelier, un groupe de paroles hommes, autour de la santé sexuelle et des relations hommes-femmes, on va dire. Plus globalement, on a mis six mois à le préparer. Et ça s'est, on a vraiment pris le temps, parce que c'est une thématique sensible et compliquée, et ça s'est extrêmement bien passé. On a notamment, on a travaillé par groupe culturel, donc on a accueilli pas mal de jeunes hommes afghans, de nationalité afghane aujourd'hui. Et donc on a pris attache avec la Maison de l'Afghanistan, à Montpellier, pour avoir des personnes ressources qui avaient accès. à la différence culturelle, on a préparé des ateliers avec eux. Ça s'est extrêmement bien passé, l'atelier a été vraiment un succès. Les jeunes hommes, jeunes et moins jeunes, mais il y a quand même pas mal de jeunes, nous ont redemandé, nous ont dit qu'ils étaient... Ils ont témoigné vraiment de leur intérêt, de leurs besoins, d'avoir ces espaces d'échange. Et notre partenaire de la Maison d'Afghanistan veut continuer à travailler avec nous, et emballer, à créer des supports et nous relancer. La Maison d'Afghanistan nous a confirmé que c'était fondamental de travailler, de créer ces espaces de parole pour ces nouveaux arrivants.
- Speaker #0
et qu'il était emballé.
- Speaker #1
On a programmé une action autour de l'approche systémique, c'est-à-dire notamment pour les personnes seules qu'on accueille, qui sont entre guillemets seules, qui arrivent seules en tout cas. On s'est aperçu qu'elles n'étaient pas si seules que ça, enfin qu'elles étaient en lien avec leur communauté. Que ce soit des gens qui soient restés au pays, leur famille, ou des amis ou la communauté en France. et que les décisions ne les prenaient pas toutes seules. Et donc, elles s'en débattaient avec leurs proches, surtout maintenant avec les réseaux sociaux. En fait, les gens ne sont rien. Et donc, on va essayer, dans le projet personnalisé, c'est expérimental, on a cinq ans pour le tester, de recueillir la parole de la personne. Aujourd'hui, on recueille la parole de la personne sur ce qu'elle veut faire de sa... parcours d'insertion. On recueille la parole des deux référents sociaux qui donnent leur avis sur les choix de la personne et on aimerait peut-être mettre une case sur la vision, la vie des proches parce qu'elle existe en fait et que surtout les jeunes ils ne décident pas tout seuls de ce qu'ils vont faire et plutôt que ce soit caché On s'est dit peut-être qu'il faudrait mieux en fait, vous écarouillement vous mettre sur la table en disant, ben nous d'un autre, on s'en va vous. Par exemple, on vous propose de faire telle formation d'électricien puisque vous voulez être électricien. Et puis le lendemain, il est d'accord. Et le lendemain, il arrive, il dit non, non, mais moi, je ne veux pas faire de formation. Il faut que je travaille tout de suite. Parce que la famille a besoin d'argent et demande à ce que la personne ne peut pas se permettre les deux ans de formation. Donc autant, enfin, c'est la réalité en fait. Donc autant peut-être dans le projet, qu'on appellerait plus personnalisé, je ne sais pas bien, c'est expérimental, mais peut-être qu'il faudrait faire apparaître l'avis des proches et de dire, voilà, en fait, votre situation, elle est là et vous faites au mieux avec vos contraintes. Donner la parole aux personnes et essayer d'avoir un regard sur la façon dont on travaille, les outils qu'on met en place, qui pour nous sont évidents et qui pour nous... permettre de garantir la liberté des personnes, en fait, c'est facile. C'est toujours beaucoup plus complexe que ça. Voilà.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Nous arrivons au terme de cet échange passionnant avec Clotilde Delforge, chef de service au CPH Astrolab. Et si l'on devait retenir une idée forte de cet épisode, c'est que l'autodétermination ne se décrète pas. Elle se construit, se bâtit patiemment, en particulier avec des publics fragilisés par l'exil et le psychotrôme. Nous avons vu qu'accompagner vers l'autonomie, ce n'est pas seulement informer de manière descendante, mais c'est avant tout reconnaître l'identité de l'autre,
- Speaker #1
valider sa vie d'avant pour mieux construire celle d'après.
- Speaker #0
Ce changement de paradigme nous invite à beaucoup d'humilité. Il nous pousse à transformer nos pratiques, passer d'une posture de prescripteur à un échange d'égal à égal. Comme l'a souligné Clotilde Delforge avec la paire Edens, il faut savoir à avancer avec prudence pour éviter de nouveaux enjeux de pouvoir. Au final, permettre à l'usager d'agir, c'est accepter que son chemin soit parfois différent de celui que nous avions imaginé pour lui, mais que c'est le seul qui ait du sens à ses yeux. Merci à tous pour votre écoute, et à très bientôt pour continuer à explorer ensemble le pouvoir d'agir.