- Speaker #0
Plus je me donne le droit d'avoir mal, et moins j'ai mal. Parce que j'ai l'impression qu'à un moment, j'étais aussi rendue au fait de... L'objectif, c'était d'avoir zéro douleur, et donc du coup, dès que j'avais de la douleur, je me culpabilisais. Ça faisait tout un grand n'importe quoi dans ma tête. Là, j'ai décidé maintenant de me foutre la paix, et puis c'est tout, je fais rien. J'ai le droit d'avoir mal, et j'ai le droit de rien faire. Et plus je me fous la paix, plus c'est doux.
- Speaker #1
Non seulement ce n'est pas normal d'avoir mal pendant ses règles, mais ce n'est pas non plus normal... de ne pas trouver de solution. Bienvenue dans Transgresser les règles, le premier podcast français entièrement dédié aux douleurs menstruelles qui va te permettre de sortir du flou et de ne plus te sentir seule face à tes douleurs. Et sur ce podcast, en solo, avec d'autres professionnels ou grâce à des témoignages de personnes concernées, je vais te parler des douleurs menstruelles. Tu vas mieux comprendre ce qui se passe dans ton corps, découvrir de nouvelles solutions et entendre que d'autres s'en ont sorti en trouvant leur propre chemin. Je suis Maud Renard, j'ai créé la méthode Ginémotion pour te permettre de diminuer tes douleurs gynécologiques et parce que la douleur n'est pas une fatalité individuelle mais une question collective, il est grand temps de transgresser les règles. Est-ce qu'il faut que j'accepte mes douleurs menstruelles pour aller mieux ? C'est une question controversée et le témoignage que tu vas écouter va l'être aussi. En effet, tu t'apprêtes à écouter le témoignage de Marine que j'ai accompagné il y a maintenant 5 ans. Pourquoi je parle d'épisodes controversés ? Eh bien d'abord parce que Marine ne souhaite pas de diagnostic sur ses douleurs de règles et n'a pas de suivi gynécologique. Chose que je ne cautionne pas et je t'invite vraiment à te faire accompagner par des professionnels de santé bienveillants et de confiance, bien sûr, pour tes douleurs. Et pour Marine, eh bien, elle explique pudiquement dans l'épisode pourquoi elle ne souhaite pas de suivi et c'est son choix. Et ensuite, controversé parce que Marine a toujours des douleurs mensoielles et elle accepte de vivre avec. Donc on est loin de l'épisode 4 avec Bertie qui nous raconte qu'elle a zéro douleur depuis des années et fait un check imagerie tous les ans. Non, ici on est plutôt sur l'acceptation de la douleur. Je sais que c'est un point discutable, l'acceptation de la douleur, car il peut d'abord cacher de gros problèmes de santé qui pourraient s'aggraver si rien n'est fait. Donc vraiment, je réinsiste, mais va consulter. Mais aussi parce que tenter d'accepter ces douleurs menstruelles peut mettre énormément de pression et peut être très culpabilisant si on n'y arrive pas. Et puis surtout, en fait, je vois beaucoup de personnes qui se forcent à accepter leur douleur, qui s'épuisent à se forcer et qui dérivent très souvent dans l'hyper contrôle. Marine, ce qu'elle nous dit, c'est qu'elle ne contrôle plus, elle ne subit plus. Elle laisse la douleur là où elle est et je trouve qu'elle a une très belle manière d'en parler. Et c'est vraiment ça la force des témoignages parce que le but de mon podcast, c'est qu'en écoutant de multiples chemins d'apaisement face aux douleurs de règles, tu vas pouvoir réaliser qu'il y a plein de nouveaux possibles qui s'offrent à toi. dont accepter la douleur. Ah, et j'ai besoin de préciser ici, car on ne l'explique pas vraiment dans l'interview, et c'est important pour une meilleure compréhension. Marine a été orthophoniste, c'est pour cela qu'elle parle de séances avec ses patients, et aujourd'hui elle est vigneronne, et c'est pour cela qu'on parle de planter des piquets. Je ne t'en dis pas plus, mais peut-être que tu as déjà une première piste pour accepter tes douleurs. Est-ce que ça serait planter des piquets ? Peut-être pas. Je te laisse découvrir le chemin de Marine, comme elle le dit elle-même. Et n'oublie pas de mettre 5 étoiles au podcast si l'épisode t'a plu. Merci d'avance et bonne écoute. Salut Marine !
- Speaker #0
Salut !
- Speaker #1
Merci beaucoup d'avoir accepté de témoigner dans le podcast Transgresser les règles. L'idée c'est que tu nous racontes un peu ton histoire avec tes douleurs menstruelles. Et donc ça commence par le début, c'est-à-dire est-ce que tu te souviens de tes premières menstruations et si c'est ok pour toi, est-ce que tu aurais envie de nous... partagé comment ça s'est passé, si les douleurs sont arrivées à ce moment-là ou pas ?
- Speaker #0
Je pense que les douleurs sont arrivées très très vite. Mais surtout mes premières menstruations, ce que je me rappelle, c'est que je les ai cachées. Je ne savais pas du tout comment le partager avec ma maman. Et les deux, trois premiers mois, je faisais tout pour les cacher.
- Speaker #1
Donc, comment tu as fait pour te protéger ? Eh bien,
- Speaker #0
je me débrouillais. Oui, je me débrouillais avec du papier toilette, avec... Oui.
- Speaker #1
Tu te souviens pour quelles raisons tu ne voulais pas en parler ? C'était quelque chose qui était très tabou dans ta famille ?
- Speaker #0
En fait, je pense que je ne savais pas du tout comment faire. Je ne savais pas du tout comment aborder le sujet, comment... Oui.
- Speaker #1
Tu n'avais pas été prévenue, préparée ? Non,
- Speaker #0
je n'en ai pas. Non, je n'en ai pas le souvenir.
- Speaker #1
Ok, d'accord.
- Speaker #0
Je ne sais pas ce que c'était, tu vois, mais par contre, comment je dirais ? Ah, maman, ça y est, c'est le moment.
- Speaker #1
Tu te souviens peut-être de la première fois où sont apparues tes douleurs ?
- Speaker #0
Non, je ne saurais pas dire, mais je pense que j'ai toujours plus ou moins eu mal parce que dès le collège, j'allais à l'infirmerie, je passais la matinée à dormir avec une bouillotte. Ou alors, on appelait ma maman qui venait me chercher, je rentrais à la maison pour la journée.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a eu des premières solutions qui ont été proposées à ce moment-là ou comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Non, non, c'était vraiment... Ah si, ma maman allait à la pharmacie chercher des... Alors je ne sais pas ce que c'était, des médicaments, des antidouleurs ou je ne sais pas, qui étaient censés être sur ordonnance et qu'elle allait dealer avec la pharmacienne pour... Et ça me soulageait. En fait, ce qui était vraiment étrange au début, c'est que j'avais mal. pendant deux heures, trois heures. Mais vraiment très mal, à vomir, à pleurer. Et au bout d'un moment, en fait, c'est comme si toute mon énergie était vidée et j'allais dormir. Je dormais une heure. Et après, c'était reparti comme si j'avais jamais rien eu, quoi.
- Speaker #1
Ah ouais, c'était vraiment une demi-journée, une journée, Max ?
- Speaker #0
Ouais, ouais. Je m'envoie même au collège, tu vois, aller à l'infirmerie vraiment tordue de douleur, aller vomir trois fois. puis dormir et revenir au self, rejoindre les copines, comme si c'était vraiment rien passé, et pouvoir continuer ma journée totalement normalement.
- Speaker #1
Ah ouais, ok. Et c'était les premières heures de tes menstruations ? Oui. C'était vraiment le tout début qui te faisait ça ? Oui. Comment ça a évolué dans le temps, ensuite, collège, lycée ?
- Speaker #0
Ça a toujours été comme ça jusqu'au moment où j'ai pris la pilule.
- Speaker #1
Ah ok. La pilule était un choix contraceptif ou c'était justement un choix...
- Speaker #0
Oui, c'était un choix contraceptif, ouais. À 16-17 ans.
- Speaker #1
À quel moment les douleurs sont réapparues, sont revenues ?
- Speaker #0
Et quand j'ai réarrêté la pilule ? C'était il y a 10 ans. Donc 7-8 ans après ?
- Speaker #1
Est-ce que tu peux te souvenir si c'était pareil, que c'était la même intensité de douleur les premières heures ou est-ce que ça avait changé, ça s'était modifié un peu ?
- Speaker #0
Je sais plus. Parce que du coup, ces dix dernières années, depuis que j'ai arrêté la pilule, les douleurs ont évolué et je ne sais plus exactement comment c'était quand j'ai repris la pilule.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que tu peux nous raconter cette évolution ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé ? Ça a été... En fait, c'est un chemin. Du coup, j'ai cherché à trouver des solutions. En fait, je pense que j'ai cherché à trouver des causes. Mais des causes psychosomatiques ou psychologiques. Et tout de suite, j'ai mis le doigt sur ma relation avec ma maman. Et du coup, de là, j'ai commencé à faire des soins, des séances, un peu de kinésiologie, de l'ostéopathie, etc. Et en fait, de fil en aiguille, ma... Plus ma relation avec ma maman s'apaisait, et plus mes douleurs s'apaisaient.
- Speaker #1
Ok, t'as très vite mis le doigt sur le fait que tes douleurs menstruelles, elles n'étaient pas uniquement physiques, quoi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que t'as mis en place, en fait, pour aller apaiser ta relation à ta mère, pour apaiser justement ses douleurs mensuelles ?
- Speaker #0
Alors... J'ai un doute, du coup, mais non, pour moi, j'ai l'impression que c'est avec toi que j'ai réussi à faire envoler le dragon qu'il y avait entre ma mère et moi.
- Speaker #1
Ah oui, oui, c'était avec moi. Oui, oui, je me souviens.
- Speaker #0
Et en fait, on utilisait des objets pour représenter notre relation et en fait, il y avait un énorme dragon noir entre elle et moi. Et donc, du coup, en allant creuser dans mon histoire, dans son histoire, j'ai réussi à... à passer, enfin, à éloigner ce dragon. Enfin, oui, à le laisser partir. Pour moi, ça a été le début de ma prise d'indépendance vis-à-vis de ma mère et de l'amour que je pouvais me donner à moi en tout premier lieu avant d'être au service des autres, quoi.
- Speaker #1
OK. Donc, en fait, tu sentais que ton lien était beaucoup plus vers autrui, vers les autres ? que vers toi-même, quoi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et que ça, de te libérer de ça, ça a permis d'apaiser, en fait, quelque chose en toi. Il y avait comme un stress.
- Speaker #0
Oui, oui, de pouvoir... Oui, en fait, de pouvoir me foutre la paix.
- Speaker #1
Il y avait une pression familiale, parentale.
- Speaker #0
Ouais, ouais, je pense que je me mettais la pression, en fait.
- Speaker #1
Depuis ce truc-là, tu sens que t'as beaucoup moins de pression par rapport à tout ça. Aujourd'hui, t'en es où de tes douleurs menstruelles ?
- Speaker #0
C'est beaucoup plus doux. On a décidé que quand j'ai mes douleurs menstruelles, enfin, quand j'ai mes menstruations, pendant trois jours, c'est mes jours grottes.
- Speaker #1
Alors attends, parce que quand tu dis « on a décidé » , il y a du monde derrière.
- Speaker #0
Avec Vincent, mon mari, on a décidé que c'était jour grotte. Et donc je ne fais rien. En tous les cas, je fais ce que j'ai envie et suivant mes envies et mon énergie du moment.
- Speaker #1
Ok. Parce que tu travailles avec ton mari aussi, il faut préciser ça.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est que du coup, tes jours grottes, c'est aussi tes jours de... C'est comme des congés menstruels que tu décides de prendre.
- Speaker #0
Voilà. On s'autorise à mettre en place.
- Speaker #1
À mettre en place, ça. Et du coup, ça t'a permis ces jours grottes ? Parce qu'avant, tu faisais un autre métier. Tu ne travaillais pas à ton compte. Donc, du coup, tu ne pouvais pas t'autoriser ça. Qu'est-ce qui a changé à partir du moment où tu as pu t'autoriser à ne pas travailler ?
- Speaker #0
Oui, en fait, c'est beaucoup plus doux. Je ne sais pas comment dire, c'est là, mais en fait, c'est comme si maintenant, je peux m'en détacher. Avant, j'avais mal et c'est comme si je m'y accrochais, je m'accrochais à la douleur ou je ne sais pas, je ne pouvais pas penser à autre chose. Et là, maintenant, j'arrive à vivre avec, elles sont là, mais je ne suis pas que mes douleurs à ce moment-là. Aujourd'hui, le fait de me mettre dans ma grotte, ça m'empêche aussi de faire des choses, mais... J'ai plus l'impression d'être empêchée. C'est que je m'autorise à ne pas faire ces choses-là.
- Speaker #1
Ouais, c'est pas du tout la même démarche, quoi. Effectivement, tu vas pas planter des piquets. Mais oui, c'est pas empêché, c'est un choix, quoi.
- Speaker #0
Ouais. De me prioriser et de prioriser mon moment, en fait. En plus, surtout que je me suis rendue compte que plus je prends... Plus je reste dans ma grotte, comme suivant mes envies et tout. Et plus après, j'ai le feu. J'ai l'impression que c'est l'été. Et je suis pleine d'énergie. Et j'ai l'impression que dans les 15 jours de mon milieu de cycle, je peux faire plein de choses. Donc ça vaut le coup de rester 3-4 jours dans ma grotte et de ne pas me culpabiliser de ne pas faire des choses. Parce qu'après, j'ai presque l'impression de prendre la potion d'Astérix et d'être décuplée.
- Speaker #1
Bah oui, je pense que tu récupères plein d'énergie. Enfin, tu vois, il y a un mode... Surtout qu'en plus, vous, j'imagine que c'est tous les jours. Que ce soit les animaux ou la vigne, c'est aussi non-stop.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
Si on met une échelle de 0 à 10, au niveau de la douleur, si 10 sur 10, c'est la douleur, ça voudrait dire que c'est toujours 6 sur 10, avant et maintenant, mais que tu t'en détaches. Ou est-ce que le fait de ce détachement t'a permis de réduire ça ? Ça réduit.
- Speaker #0
Avant, je dirais que ça pouvait aller jusqu'à 8. Moi, je dirais 8.
- Speaker #1
Je parle vraiment de ces dernières années. Je ne te parle pas quand tu étais à l'adolescente. Mais du coup, c'était quoi ? C'était un jour, deux jours, trois jours à 8 sur 10 ?
- Speaker #0
La première demi-journée à 8 sur 10. Puis après, je dirais que ça oscillait 7, 6, 5 peut-être. Mais voilà, pendant deux jours, il y avait vraiment des pics. J'avais vraiment l'impression d'avoir le feu à l'intérieur.
- Speaker #1
Et là, aujourd'hui, tu pourrais donner une échelle de douleur ?
- Speaker #0
Je dirais 3. Il y a des petits pics. De temps en temps, mais c'est quand même de mieux en mieux. Et j'ai l'impression qu'aussi, plus je me donne le droit d'avoir mal, et moins j'ai mal. Parce que j'ai l'impression qu'à un moment, j'étais aussi rendue au fait de... L'objectif, c'était d'avoir zéro douleur. Et donc, du coup, dès que j'avais de la douleur, je me culpabilisais. Ça faisait tout un... Un grand n'importe quoi dans ma tête. Et plus je me dis, en fait, elles font partie de ma vie. C'est comme ça. En fait, ce qui m'a... Il y a trois mois, on devait faire une journée avec les voisins et je n'ai pas pu aller. Et il y avait une des voisines qui a 85 ans. Vincent a dit que je ne venais pas parce que j'avais des douleurs. Et elle a dit qu'elle, elle avait eu ça toute sa vie de femme. Et en fait, ça m'a fait prendre conscience que pareil. En fait, c'est comme si je cherchais tout le temps une solution pour ne plus avoir mal. Et ce jour-là, je me suis dit, mais en fait, pareil, je vais avoir mal toute ma vie. donc en fait ça sert à rien de vouloir ne plus avoir mal Je ne sais pas si c'est clair, mais...
- Speaker #1
Oui, c'est si, de désaxer la douleur. En fait, c'est comme s'il y avait une lutte pour ne plus avoir mal et que là, tu arrêtais de lutter sur cette douleur en l'acceptant, ce qui fait que cette douleur s'atténue.
- Speaker #0
Et oui, d'être moins focalisée dessus. Mais oui, en me focalisant dessus et en me culpabilisant. Alors que là, j'ai décidé maintenant de me foutre la paix et puis c'est tout, je ne fais rien et j'ai le droit d'avoir mal et j'ai le droit de rien faire. Et plus je me fous la paix, plus c'est doux.
- Speaker #1
T'as un petit rituel pendant ces trois jours-là de grotte ? Déjà, ça s'appelle grotte, donc je trouve ça déjà très ritualisé.
- Speaker #0
Non, ça dépend. Si j'ai envie de lire, je lis. J'aime beaucoup cuisiner, donc je fais des desserts. Je cuisine, je vais à mon rythme. Je vais voir mes animaux tranquillou.
- Speaker #1
Oui, donc tu peux te déplacer, tu peux bouger, tu sens que ça ne te paralyse plus du tout. En fait, ton rythme, c'est juste d'être chez toi et de faire à ton rythme les choses que tu as envie de faire.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quand on s'est rencontré, tu te souviens, ça fait cinq ans que je t'ai accompagnée. Oui. Tu es venue me voir justement parce que ces douleurs-là, elles te pesaient émotionnellement. On a énormément travaillé sur les émotions. Et ça a énormément tourné autour de ton métier. Je ne sais pas si tu te souviens de ça. Énormément de remise en question à ce moment-là de comment s'est passé ton métier. Est-ce que tu fais le lien, toi, entre tes douleurs menstruelles et cet ancien métier, ce nouveau métier ?
- Speaker #0
Tu vois, j'avais oublié que ça avait tant que ça tournait autour de mon métier. Mais oui, il faut vraiment que ça ait un lien. Parce que maintenant, je suis tellement... En fait, je n'ai même plus l'impression d'avoir un métier. C'est mon quotidien et dans mon quotidien, je ne me sens plus obligée de quoi que ce soit. Du coup, je me sens beaucoup plus libre et je me rappelle que mes douleurs menstruelles, j'avais l'impression de ne pas être libre et de ne pas pouvoir faire ce que je voulais, quand je voulais. Vous avez cette épée de Damoclès au-dessus de la tête en permanence. Et donc oui, forcément que d'être beaucoup plus libre dans mon quotidien me permet aussi d'être beaucoup plus libre avec mes menstruations. C'est toujours comment tu choisis de faire les choses aussi, parce qu'on a des copains vignerons qui n'arrêtent jamais, qui sont tout le temps à la bourre, qui courent partout. Au final, je pense que la manière dont tu fais une chose est la manière dont tu fais toute chose. C'est vraiment ton chemin intérieur qui se reflète dans tous les sphères de la vie.
- Speaker #1
Pour toi, c'est un rythme de vie qui a complètement changé. C'est le rythme et ton lien au travail qui a changé.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a d'autres choses que tu t'as mises en place pendant ces dernières années ? Alimentation, sommeil ? Est-ce que tu as pu voir qu'il y avait un impact par rapport à tout ça ?
- Speaker #0
Non. Non, parce qu'en fait, il y a un moment où, justement, je me prenais trop la tête, où si j'allais avoir mes menstruations, j'arrêtais le café, j'essayais de manger, de prendre du curcuma, ou ceci ou cela, et en fait, du coup, à nouveau, je ne me foutais plus la paix. Et du coup, j'ai complètement arrêté de mettre en place quoi que ce soit, et juste à chaque instant, si j'ai envie de boire un café, je le bois. Mais en fait, plus je m'autorise à ne plus... à faire ce que je veux et dans ces moments-là, peut-être j'ai moins envie de me boire de café.
- Speaker #1
Ah oui, en fait, c'est la restriction cognitive, c'est comme ça qu'on appelle ça, ça te restreignait du coup tu avais envie d'en boire alors que là, finalement, de te laisser passer ça,
- Speaker #0
ça t'a permis d'apaiser ses liens. Il y a des fois où je vais boire, je prends l'exemple du café, mais où je vais boire un café et ça va avoir aucun effet, même en pleine menstruation. Et il y a d'autres fois où j'en ai moyen envie et je me dis bon, allez, un petit café. Et là, je vais avoir plus mal. Alors,
- Speaker #1
ouais. Ouais, donc en fait, c'est vraiment t'écouter de l'intérieur, quoi.
- Speaker #0
Voilà, ouais. Je crois que c'est ça le travail, le chemin que j'ai parcouru ces dernières années.
- Speaker #1
Comme si ce n'était plus un sujet ou comme si tu avais... Tu te souviens de la détresse que tu as pu vivre pendant... Pendant ces périodes d'anticipation, de démenstruation, comment tu vivais ça ?
- Speaker #0
Oui, je me rappelle l'angoisse de me dire s'il faut que j'annule, s'il faut... Ouais, de me forcer en fait et de... Ce côté de pas m'écouter et de me mettre au service de mes patients. Quand j'étais le matin et que j'avais toute ma matinée de séance de prévue, je me disais si je vais au bureau, bah oui, mais lui il vient en taxi, alors j'ai pas le numéro du taxi, donc je peux pas annuler, allez faut que j'y aille. Et finalement, d'attendre cette séance, de la faire et de rentrer à demi comateuse dans la voiture jusque la maison pour pouvoir aller me coucher. Enfin oui, je trouve ça fou aujourd'hui. Du coup, je suis d'autant plus fière de moi, du chemin parcouru et de là où j'en suis aujourd'hui et de la vie que je me construis. C'est chouette. C'est ça que me permet aujourd'hui mon quotidien. C'est qu'en fait, en plus, c'est une création. On fait vraiment ce qu'on veut. On fait ce qu'on veut comme on veut. Et en plus, on se rend compte qu'on ne fait pas du tout comme les autres. Mais ça nous va. Je suis fière de ce qu'on fait et de l'assumer. Il y a quelque chose qui s'est adouci en moi à partir du moment où j'ai accepté de faire équipe avec Vincent. Et de ne plus être... Une femme forte, indépendante, qui doit subvenir à ses besoins, qui doit... Les injonctions de la femme moderne, presque. Et qu'en fait, je me suis rendue compte que j'adorais travailler avec lui, mais parce qu'on apporte chacun notre... Mais dans le sens que... Enfin, oui. Aujourd'hui, j'adore passer une demi-journée à lui faire des desserts parce que je sais qu'il adore ça. Et je pourrais me dire, mais non, mais c'est pas le rôle de la femme. Enfin, voilà, pourquoi moi, la femme, à la ferme, faire à manger pour tout le monde ? Mais en fait, ça me va très bien de pas aller soulever des piquets pendant trois heures et de rester à faire un gâteau pour lui faire plaisir quand il rentrera. Enfin, oui, je sais pas, c'est... Et de... J'ai presque l'impression de me dire que depuis que j'ai accepté de... prendre ma pleine place de femme, et plus je me sens épanouie, en fait. Et plus tu peux être douce avec moi, et de ne pas me forcer à faire des choses dont je n'ai pas spécialement envie, mais pour lesquelles, aujourd'hui, il faut faire.
- Speaker #1
Et c'est intéressant, parce qu'en fait, là, tu es en train de dire, OK, en fait, parfois, je suis bourrée de clichés, c'est-à-dire faire des desserts à la ferme pour son mari, quoi. Mais, en fait... quand c'est assumé et que c'est vécu comme ça, c'est OK. Et puis parce qu'en fait, il y a aussi plein d'autres choses que tu fais qui ne sont pas du tout des clichés de la femme dans le sens genré, avec tout le stéréotype du patriarcat qu'on a derrière. Oui,
- Speaker #0
et puis d'accepter qu'il y a des jours, je suis heureuse de me maquiller, mettre des talons et aller faire les boutiques. Et puis d'autres, d'être en botte à sentir la brebis parce que je leur ai fait trop de câlins. C'est ça qu'on veut. Et de vivre toutes ces parts de moi, je pense que c'est ça qui me permet aussi de me sentir libre. Parce que je peux à la fois être féminine et à la fois sentir la brebis. Et l'un n'empêche pas l'autre en plus.
- Speaker #1
Ça peut être une bonne conclusion. Il y a vraiment ce truc de l'un n'empêche pas l'autre et tu peux vivre toutes les facettes de toi. et celle qui a ses menstruations et celle qui a mal et celle qui va faire des câlins aux brebis et celle qui met des talons oui je veux dire je serais curieuse mais d'avoir un épisode de podcast avec quelqu'un qui n'a pas de douleur menstruelle
- Speaker #0
Parce que moi, j'ai toujours du mal à m'imaginer qu'il y a des femmes qui peuvent vivre sans douleur. Bah oui, et puis quelqu'un qui n'a pas mal, quel est son rapport à ses menstruations ? Oui, je sais pas, quelqu'un qui n'a pas son quotidien impacté par ses menstruations, comment ça se passe à l'intérieur de lui ?
- Speaker #1
Je pense que ça serait un épisode un peu court, parce que voilà, j'ai pas de menstruation. Non, bah non, j'ai pas de douleur.
- Speaker #0
Ça serait peut-être un peu vite. Bah tout,
- Speaker #1
mais je sais pas. Mais c'est intéressant que tu dis ça, en fait, parce que du coup, il y a quand même un truc de se dire, ok, en fait, c'est tellement ancré en moi que je ne peux pas concevoir de voir autre chose, quoi.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu es capable de t'imaginer un jour avec un 0 sur 10, tu vois, vraiment ?
- Speaker #0
Eh bien, pour l'instant, non. Pour l'instant, non. Je ne pense pas.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ou alors, tu vois, je me dis, parce que par exemple, ma soeur n'a pas de douleur menstruelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Par contre... Elle a des règles très abondantes. Donc elle a un autre type de gêne. Et donc du coup, je ne peux pas m'empêcher de me dire que si je n'ai plus de douleur, j'aurai forcément une autre emmerde.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Enfin, oui, ouais, ouais.
- Speaker #1
Ah ouais, donc tu préfères, Ausha, tu préfères les douleurs que les menstruations hémorragiques, quoi. Ah oui, la conception de zéro douleur, enfin, zéro problème, genre trois jours de menstruation sans rien, tout va bien, c'est inconcevable dans ta tête pour le moment.
- Speaker #0
Ouais, pour le moment, ouais. Et j'y pense souvent, mais en toute autentité, pour moi, pour l'instant, c'est pas envisageable, ouais.
- Speaker #1
Oui, bah, c'est effectivement une question que je pose maintenant. assez rapidement dans les premières séances en mode est-ce que tu es capable de te voir sans douleur ? Et c'est un truc que je pose comme question parce que du coup ça donne quand même énormément d'indices sur le fait que le cerveau en fait il est plus programmé à ne pas avoir mal quoi. Et donc ça m'arrive justement de un peu reprogrammer entre guillemets cette notion d'être capable d'avoir ces menstruations sans douleur. Mais c'est normal, tu vois, c'est tout à fait normal. Vu que tu as toujours eu des douleurs, il y a un moment donné où le cerveau est tellement habitué à ça que... Enfin, ton utérus, le lien cerveau-utérus, quoi. Que, en fait, l'information qu'il y ait des contractions utérines, ça donne de la douleur. Si tu avais une solution... pistes pour les personnes qui ont des douleurs et qui se demandent par où commencer ? Quelle est, toi, la meilleure décision que t'as prise pour tes douleurs menstruelles ? Qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #0
Accepter que j'ai mal et me foutre la paix avec ça. En fait, je trouve que c'est un concept qui est très dur à mentaliser, mais en fait, dans mon corps, ça a tout changé.
- Speaker #1
Et là, j'entends déjà les gens qui disent « Ouais, mais t'es mignonne, mais comment on fait ? » Ça s'est traduit par quoi ? Enfin, chez toi ?
- Speaker #0
Mais que... Si j'ai envie d'aller dormir une heure, je vais dormir une heure. C'est tellement intérieur, en fait. Et puis, oui, c'est un cheminement. Je pense que ce n'est pas fini encore. C'est pareil, c'est hyper abstrait. Mais en fait, c'est juste de m'apporter de l'amour.
- Speaker #1
Et ça,
- Speaker #0
c'est comme si je me faisais un câlin en permanence.
- Speaker #1
c'est beau oui donc en fait la conclusion c'est s'auto faire un câlin en permanence quoi c'est très beau, merci beaucoup Marine, c'était très très très très doux et en même temps avec des intentions hyper fortes quoi donc merci beaucoup pour ça merci à toi Vous venez de terminer le podcast Transgresser les règles. Merci d'avoir écouté jusqu'au bout. Si ce que vous venez d'entendre vous a parlé, et si vous avez envie que ce podcast devienne une vraie constellation, vous pouvez lui laisser 5 étoiles et vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. C'est un geste simple mais qui permet au podcast d'être plus visible et d'atteindre d'autres personnes qui vivent avec des douleurs en soi. Vous pouvez aussi partager cet épisode autour de vous. Parfois, une écoute partagée peut déjà faire une différence. Alors... Merci pour votre soutien, il compte vraiment. Et si vous sentez que vous avez besoin d'être accompagné pour apaiser vos douleurs menstruelles et que mon approche résonne pour vous, évidemment, vous pouvez retrouver toutes les informations sur maudrenard.com. Vous y découvrirez les différentes manières dont je propose d'accompagner les personnes concernées, à leur rythme et selon leurs besoins. Merci pour votre écoute et à très bientôt pour continuer ensemble à transgresser les règles.