Speaker #0Hello, bonjour et bienvenue dans cet épisode estival de Travail et moi. C'est le dernier épisode original avant septembre, mais je te proposerai des playlists thématiques pour tes vacances. D'ailleurs, je ne sais pas si tu es déjà en vacances et ce que tu aimes faire pendant tes vacances, mais moi, j'aime lire. Pas seulement pendant les vacances d'ailleurs. Je lis beaucoup et de tout, fiction et documentaire. Je puise beaucoup d'inspiration dans mes lectures, mais aussi auprès des personnes que je rencontre. C'est pour ça que j'ai créé Travail et moi, pour te permettre d'être inspiré par des récits de vie professionnelle. Dans Travail et moi, je pense que tu l'as remarqué, je n'invite pas de stars, c'est-à-dire des personnalités plus ou moins connues. J'invite des personnes avec qui tu as sans doute des points communs, auxquels j'imagine que tu peux t'identifier. Pourquoi ? Parce que les réussites extraordinaires sont tellement éloignées de nous, et tellement pas réplicables que je n'en vois pas trop l'intérêt en fait. C'est cool de citer Beyoncé ou Oprah, mais en quoi ça t'aide, toi, à imaginer ta vie ? En vrai, je n'apprécie ni l'une ni l'autre, mais bon, en gros, t'as l'idée. Pareil pour les récits du type « Je suis partie de rien et j'ai réussi, tu peux le faire aussi » . Parce que le rien dont on parle souvent, c'est une école de commerce financée par les parents. C'est assez relatif comme rien, finalement. Ça sert surtout à faire culpabiliser de ne pas y être arrivé. Et arriver à quoi, d'ailleurs ? On ne sait pas trop en fait. Globalement, ces exemples correspondent à un modèle bien précis de réussite et de personnalité. Même si Oprah et Beyoncé sont des femmes, le modèle est plutôt celui du héros solitaire qui arrive à vaincre le destin pour réussir dans la vie. On ne sait pas raconter les histoires des personnes ordinaires, qui elles aussi font des trucs, surmontent des obstacles, et globalement, n'en font pas toute une histoire. En vrai, pas besoin d'être une star pour avoir une histoire à raconter. Quand une de mes invitées devient artiste peintre à 50 ans, ou une autre écrit un livre sur les femmes et le TDAH, ou quand d'autres créent leur business ou partent travailler en ONG, ce sont des parcours dont on peut s'inspirer. Pas pour les répliquer ou les reproduire, mais parce qu'ils te permettent d'imaginer une autre histoire pour toi-même. Parce que ta vie pro, avant de la vivre, tu l'imagines, tu t'y vois. Et encore plus quand tu entreprends une transition de carrière. Tu as la vision de là où tu veux arriver, ou en tout cas, cette vision se développe au fur et à mesure que tu avances et se nourrit des histoires que tu te racontes sur ton parcours et sur toi-même. Mais j'y reviendrai. Mais avant, je voudrais parler d'inspiration. L'inspiration, c'est un concept super galvaudé qui sert à dire tout et n'importe quoi. On s'en sert pour faire du trauma porn. Tu sais, exposer des situations difficiles, violentes, d'accidents, de maladies, de maltraitances. Pour en faire une histoire inspirante, si cette personne s'en est sortie, de quoi tu te plains ? Fais un effort ! Sauf que, ben, le trauma, ça peut aussi détruire. Ce n'est pas juste une étape à surmonter pour être invincible et être donné en exemple. Bref, ce n'est pas de cette inspiration que je veux te parler, c'est du fait que l'histoire d'autres personnes peut t'aider à imaginer une autre histoire pour toi-même. Tu peux trouver l'inspiration de différentes façons. Par identification. Quand tu te reconnais dans le discours d'une personne, dans son parcours, ça rend une possibilité plus concrète et plus atteignable. Le parcours de cette personne peut aussi te faire gagner du temps ou t'éviter des écueils. Par dépassement, quand tu es impressionné par un parcours et que ça te donne l'envie, la motivation de voir plus grand pour toi-même, cela te permet de rêver en dehors de ce que tu connais déjà. Par accessibilité, l'exemple te semble suffisamment proche de toi pour que tu te dises que toi aussi, tu peux le faire et ça te motive. À travers les valeurs, tu t'identifies aux valeurs d'une personne plus qu'à ce qu'elle a réussi, et ça te donne envie à toi aussi d'incarner ces valeurs. L'inspiration, ce n'est pas un modèle à reproduire, c'est l'autorisation d'imaginer une réalité différente pour toi-même. Je vais te donner un exemple qui m'est proche. Jusqu'en cinquième, ma fille voulait être dessinatrice, illustratrice. Et puis, lors d'une journée conçue pour inciter les filles à aller vers les métiers scientifiques, elle a rencontré une chercheuse sur le cancer. Elle est rentrée en me disant qu'elle voulait faire de la recherche médicale et 15 ans plus tard, c'est ce qu'elle fait. Elle savait que ce métier existait. Ce qui a tout changé, c'est de le voir incarné dans la vraie vie par une vraie personne. Et ça marche aussi à l'âge adulte. C'est beaucoup plus facile d'imaginer ta vie pro, surtout en phase de transition, quand tu as des exemples de ce que cela représente. Les rôles modèles sont importants. Une reconversion, une transition de carrière. C'est un acte d'imagination. C'est être capable de se voir dans une vie différente. C'est cette vision qui va te guider, qui va te permettre d'établir un plan d'action, certes, mais aussi d'entamer le processus de remaniement identitaire qui accompagne une transition de carrière. Et cette évolution de ton identité va passer par les récits que tu te racontes à toi-même, sur qui tu es, sur ce dont tu es capable. On pense souvent qu'une transition de carrière se fonde sur une passion ou une vocation, genre « je vais découvrir ce pour quoi je suis faite » . Perso, Je trouve cette approche hyper réductrice. Par exemple, je n'ai pas de vocation et encore moins de passion. Ce qui m'intéresse évolue sans cesse. C'est sans doute pour ça que j'ai eu et que j'aurai encore plusieurs métiers. Je pense qu'une transition de carrière, c'est surtout s'autoriser à explorer ce que l'on a envie d'essayer. Ça ne durera pas forcément toute la vie. Peut-être que oui, mais ce n'est pas une certitude. On construit finalement sa transition brique par brique et l'histoire que l'on se raconte s'écrit en même temps. Quand tu te dis que tu n'es pas capable de faire telle ou telle chose ou d'obtenir tel poste et que tu y arrives, tu changes ton histoire. Une de mes clientes a passé 20 ans avec le même type de métier. C'était un métier très prenant, ayant un impact fort sur sa vie, potentiellement dangereux pour elle et sa famille. Son métier était son identité. Quand elle a quitté son entreprise, parce qu'aucune évolution ne lui était proposée, Elle a souhaité se reconvertir mais se sentait illégitime à investir un autre secteur d'activité. Alors oui, on a travaillé sur ses compétences transférables et sur comment se présenter pour être une candidate crédible dans ce nouveau secteur. Mais surtout, on a fait évoluer l'histoire qu'elle se racontait de cette personne qui n'était bonne que sur le terrain et qui n'avait rien d'autre à proposer. Elle a commencé à fréquenter des personnes de son secteur cible et à comprendre tout ce qu'elle pouvait leur apporter. Ce qu'elle voyait comme un problème est devenu un atout. Ça a pris un peu de temps, mais elle a décroché le poste qu'elle visait. Encore une fois, ce n'est pas juste une question de lister les compétences, les atouts, de faire des listes de pour et de contre. C'est un processus de changement identitaire qui permet de passer de « je suis cette varoudeuse qui négocie avec les éleveurs nomades en Afrique » , le cas de ma cliente, à « je gère des programmes d'investissement pour le développement international » , ce qui semblait inaccessible. est progressivement incorporée à son récit et le fait évoluer. Personne ne se sent légitime du jour au lendemain. C'est en faisant, en posant des actions que l'on se sent peu à peu légitime, mais aussi en se racontant une histoire de réussite, en s'imaginant avoir déjà réussi. Et ces histoires peuvent venir d'exemples rencontrés ou entendus. C'est difficile de devenir ce que l'on ne peut pas d'abord imaginer. Dans une transition pro, on élargit son imaginaire avant d'affiner sa vision et de dérouler un plan d'action. L'histoire que l'on se raconte quand on entreprend une transition de carrière est le moteur qui va aider à avancer dans ce changement. Demande-toi, quelle histoire raconte ta vie pro ? Une histoire que tu as choisie et que tu écris ? Ou l'histoire qui a été racontée par d'autres pour toi ou pour les personnes comme toi ? Et tous les récits que tu rencontres peuvent t'aider dans la construction de cette histoire. C'est pour ça que je te propose des lectures dans cet épisode comme source d'inspiration. Encore une fois, pas pour imiter ce qui est raconté dans ces livres. D'ailleurs, globalement, ces livres ne racontent pas des parcours de vie professionnels, mais pour nourrir ton imaginaire. Je lis pas mal de biographies, d'autobiographies, mais les fictions sont aussi des sources d'inspiration intéressantes. Je ne vais pas tous te les présenter là, parce qu'à l'oral, c'est un peu ardu. Tu peux les retrouver dans la description de cet épisode. Je vais t'en présenter trois qui me semblent particulièrement intéressants et que j'ai moi particulièrement appréciés. J'ai trouvé par exemple l'autobiographie de Jacinda Ardern, ancienne première ministre de Nouvelle-Zélande, un autre art du pouvoir, super intéressant parce qu'elle est devenue première ministre quasiment par accident quand la personne à la tête de son parti s'est retirée. Comme quoi, on ne prévoit jamais tout. Bon, je te préviens... il y a des passages sur le système poétique néo-zélandais qui ne vont pas vraiment te parler, j'imagine. La trilogie de Gabrielle Filoto-Shiba, autrice québécoise qui raconte de façon romancée son parcours de militante écologiste. Le premier volume, En cabané, n'est pas le meilleur à mon sens, mais le second, Sauvagine, se lit comme un polar. Le dernier livre de la trilogie, Bivouac, est vraiment centré sur l'action militante et ses dangers. Et enfin... Un roman que j'ai beaucoup aimé, Femmes portant un fusil de Sophie Pointurier, que tu peux lire comme un thriller et qui raconte l'histoire d'une communauté de femmes à partir de sa création et à travers tous les écueils rencontrés, dont la violence des hommes. Je te donne d'autres titres en description. Voilà, j'espère que cet épisode pourra nourrir ta réflexion, mais aussi ton imagination. Et n'oublie pas, tu as tous les épisodes de Travail et moi pour t'accompagner dans ta rêverie. Pense à liker, commenter, partager pour soutenir Travail et moi. A bientôt !