- Caroline
Bonjour Thomas Piet, vous arrivez à Rouen au Théâtre à l'Ouest le 24 juin prochain avec Koala, un spectacle en tournée dans presque toute la France. Pourquoi l'avoir baptisé Koala ?
- Thomas Piet
Bonjour, merci beaucoup de me recevoir d'abord. Si je l'ai appelé Koala, c'est parce que, je l'explique dans le spectacle, mais en gros ça raconte l'histoire d'une personne qui a envie d'être un koala, d'être un bébé koala qui dort, mange et caline. mais à qui on demande plutôt d'être un loup, un peu de correspondre à stéréotypes de genre viril, masculin, et à se trahir un peu.
- Caroline
Effectivement, il ne faut pas trop en dire, même si c'est les stéréotypes de genre, on va en parler ce soir. Je me suis posé la question, c'est comment est-ce que vous en êtes arrivé à l'idée qu'il fallait faire un spectacle ?
- Thomas Piet
Alors, je n'en suis pas arrivé à cette idée-là, c'était très étonnant en fait. Quand j'étais enfant, depuis tout petit, je rêvais d'être chanteur ou comédien. C'était vraiment mon rêve, mais très vite, on m'a fait comprendre que ce n'était pas possible, que ce n'était pas pour moi. Avec plein d'injonctions, justement, dont je parle dans le spectacle. Peut-être que des gens se retrouveront dans « Si tu chantes, il va pleuvoir » . Moi, j'avais eu « Le chant, c'est un don, et dans la famille, on ne l'a pas » . Et donc, je m'étais interdit pendant des années, des années et des années. À la fin, je suis devenu auteur. J'écrivais des livres, j'avais l'impression que je pouvais vivre ce côté artistique, pouvoir créer des choses, raconter des histoires, mais tout en restant un petit peu caché. J'ai fait ça pendant des années, ce que je fais encore d'ailleurs et que j'adore encore faire. Et puis un soir, alors que j'étais au théâtre justement en train de regarder une pièce, ça m'a frappé vraiment en une seconde, je me suis dit « ok, je vais faire ça » . Et je suis rentré chez moi, j'ai écrit sept pages, qui étaient la V1 du spectacle. Et puis ensuite, je n'ai pas arrêté de travailler dessus. Je me suis fait accompagner de metteurs en scène, de producteurs, etc. Et maintenant, ça commence à tourner.
- Caroline
Et alors, vous me dites que c'était à l'occasion d'une pièce. Est-ce que justement, vous avez des sources d'inspiration en particulier ?
- Thomas Piet
Oui, je m'inspire de plein de pièces, inévitablement, de pièces, de films, de livres, de séries que j'ai vues, que j'adore regarder. La pièce, justement... où j'ai eu ce déclic-là, c'était l'harmonie des genres de Noémie Delattre, que j'ai trouvé vraiment très chouette. Je consomme pas mal de spectacles en tout genre, de films, de séries. Je crois que, justement, c'est pas du stand-up du tout, c'est vraiment un seul en scène, ce que je propose. Il y avait cette idée de m'autoriser à faire plein de choses. Dans le spectacle, il y a des chansons, il y a des faux reportages, il y a des moments un petit peu plus cinématographiques, il y a des moments... très théâtre, il y a des moments où on frôle avec le stand-up. Je crois que j'avais envie de m'autoriser justement à être complètement libre dans cette créativité que je me suis interdit pendant longtemps.
- Caroline
Vous avez été auditionné au Sénat à l'occasion d'une commission d'enquête et vous y avez évoqué le masculinisme. Et à cette occasion, vous aviez dit ça. Vous aviez dit non seulement les hommes doivent agir pour les femmes, première victime de très loin du masculinisme, mais aussi pour eux. Oui, nous allons perdre des privilèges, mais nous allons aussi nous libérer de la cage enfermante et dangereuse que sont les stéréotypes de vérilité et de masculinité qui tuent chaque jour par milliers. Et ça fait un petit peu penser aux œuvres de mystique dont l'une disait « L'homme est un loup pour l'homme » et en plus vous en parlez du loup, et « un relou pour les femmes » . Est-ce que c'est un message aussi que vous souhaitez faire passer à votre public ?
- Thomas Piet
Complètement. Il y a vraiment un truc avec l'authenticité. et je me pose vraiment la question de... comment est-ce qu'on peut avoir accès à la joie et au bonheur si on s'interdit en permanence l'authentité, si on s'oblige tout le temps, chaque jour, chaque minute, à être dans une hyper-vigilance de est-ce que je suis bien en train de porter les masques qui font que je vais être accepté par mes pairs, des masques de virilité, de masculinité, je vais faire croire que je suis quelqu'un d'autre pour être validé. Et c'est ça aussi, c'est un des trucs qu'on perd en suivant ces stéréotypes, c'est que... perd toute forme d'authenticité, on est obligé en permanence de porter ses masques, de dire non, non, regardez, je suis viril, je suis un vrai garçon, je fais tout comme on m'a dit. Et en fait, on perd beaucoup à ça, on s'interdit aussi des relations saines, que ce soit avec des amis ou avec des amoureux ou des amoureuses. On s'interdit de parler de ce qu'on ressent, on s'interdit de pleurer devant un film, d'ailleurs on s'interdit de regarder plein de films, d'écouter plein de chansons qui sont considérées comme étant des chansons pour les vies. Et en plus, il y a des dynamiques de domination qui se créent presque inévitablement, où l'histoire qui nous est racontée souvent par ces masculinistes et par les injonctions sexistes en général, c'est que la place de l'homme naturel, ça serait d'être dans une position de domination, presque de violence, souvent. Et comme si c'était souhaitable, alors qu'en vrai, c'est souhaitable pour personne. Alors évidemment, les personnes qui souffrent infiniment plus dans ces situations-là, ce sont les femmes qui vivent la violence. Mais se priver de cette légèreté-là, de cet amour, de cette authenticité, eh bien, ils y perdent aussi. Ils ont l'impression d'y gagner beaucoup, alors qu'ils y perdent aussi.
- Caroline
Et sur les réseaux, est-ce que vous trouvez que les jeunes garçons sont réceptifs à ce message ?
- Thomas Piet
Par voie, oui, en général. C'est toujours difficile de savoir parce que c'est possible de... Pardon, quand vous dites ce message, c'est le message des masculins ?
- Caroline
Non, le vôtre. On va pouvoir parler aussi du masculinisme parce que je pense que vous en suivez pas mal. Moi, j'avoue que j'évite un peu, mais quand je les vois passer au travers de vos postes, je me dis, mon Dieu. Mais moi, je le vois aussi en tant que... Je suis professeure d'histoire-géographie EMC, donc forcément, je le porte aussi, ce message, à mes élèves. C'est vrai que vous, vous montrez aussi autre chose et d'une autre façon. Et je me demande justement, ce qu'ils reçoivent. Le message, ces jeunes garçons, enfin en tout cas ces hommes ?
- Thomas Piet
Ouais, ok c'est intéressant. Effectivement, en fait c'est toujours dur de savoir parce que j'ai l'impression qu'on est vite dans notre bulle. Donc on peut vite avoir l'impression que les gens autour de nous pensent comme nous. Et en fait les réseaux reproduisent parfois cette bulle où on va surtout aller parler à des gens qui potentiellement ont déjà les mêmes pensées que nous. Alors on va recevoir des messages, soit des messages d'insultes et de menaces, de gens qui ne sont profondément pas d'accord. et qui ne sont pas là pour changer d'avis mais vraiment pour attaquer ou de gens qui sont déjà d'accord mais rarement de gens qui changent d'avis. Moi j'ai de plus en plus ça mais ça reste un surreale. J'ai aussi des mamans qui me disent un des seuls moyens que j'ai trouvé de parler de ces sujets-là avec mon fils c'est à travers vos vidéos. Donc on les regarde ensemble, on discute et c'est des moments chouettes. Et j'ai des adolescents qui sont venus voir le spectacle et vu que je parle pas mal de mon adolescence. et de choses que j'ai vécues, que plein de gens ont vécues et vivent encore, mais qui sont très tabous, comme les injonctions à la sexualité, se forcer à faire l'amour, mentir sur le fait qu'on a fait l'amour, être parfois un peu dans des interrogations sur sa propre sexualité et tout ça. Et bien en fait, il y a des jeunes qui viennent me voir après ou qui m'envoient un message après pour me dire
- Caroline
« Ah, c'est chouette parce que je me sens vraiment moins seul, j'ai l'impression de... »
- Thomas Piet
On se sent parfois très seul quand on est adolescent. Et il y a ce truc-là de... J'avais vraiment l'impression d'être tout seul, à ne pas avoir envie de faire l'amour et à me forcer. Parce que les garçons, c'est sans savoir envie ou d'autres choses comme ça. Et ça m'a fait vachement bien de voir que je n'étais pas seul, de voir que c'était presque normal. Pas que ça existe, parce que dans une société complètement saine, ça n'existerait pas. Mais dans une société que c'était assez commun. Et c'est un peu soulageant, en fait. de juste se sentir appartenir à un groupe.
- Caroline
Donc justement, vous répondez peut-être un petit peu à une de mes questions. Je me demandais à qui est-ce qu'on pouvait conseiller d'aller voir votre spectacle. Mais j'ai l'impression que vous répondez déjà un petit peu.
- Thomas Piet
Oui, à tous. Je pense qu'on se dit, pour l'instant c'est un début, donc on ne sait pas encore à partir de quel âge c'est OK. Pour l'instant, on s'est dit à partir de 13-14 ans plutôt, parce que ça parle quand même de deuil, ça parle de sexualité, ça parle de différents sujets. où on ne sait pas à quel endroit en sont les enfants à cet âge-là. Nous, il y a des enfants plus jeunes que ça qui sont venus et qui étaient hyper ok, hyper joyeux. Et en même temps, il y a un papa, la semaine dernière, qui m'a dit « ma fille a 12 ans » et je suis content de ne pas l'avoir emmenée parce que peut-être que la partie sur le deuil, ça l'aurait rendu triste parce qu'elle aurait pu projeter ça sur moi et s'imaginer que ce soit moi qui meurs. donc en fait On aime bien se dire que les parents qui ont des enfants en dessous de 13-14 ans peuvent venir voir la pièce une première fois et voir si leur enfant peut venir la voir. Mais sinon, à part ça, on a vraiment des gens de tout âge, plein d'origines sociales différentes.
- Caroline
Oui, donc après, c'est vraiment toutes les personnes. C'est ça. À partir de 12-13 ans, en fonction des profils, c'est compatible. Et puis après, bien sûr, les hommes, les femmes, tout le monde est concerné.
- Thomas Piet
Complètement.
- Caroline
Et effectivement, vous le dites surtout, beaucoup les hommes, malgré ce que les discours masculinistes veulent bien faire croire, en fait, ils sont assez trompeurs parce que justement, s'émanciper de ce masculinisme, c'est aussi gagner en liberté. paradoxalement. C'est ce qu'on veut bien faire croire. Oui, c'est clair,
- Thomas Piet
parce qu'en fait, ils ont plein de règles. Ils font croire que c'est une sorte de libération. D'ailleurs, ils parlent de Red Pill, qui veut dire pilule rouge. C'est une référence à Matrix, où les gens se libèrent en prenant la pilule rouge. Donc, il y a vraiment cette espèce de croyance de vous allez être libéré avec ça. Alors qu'en fait, c'est vraiment tout un tas de règles en permanence, où il faut être vigilant de chaque chose. Parce que je vois des vidéos défilées de comment tu te tiens, comment tu te lèves, comment tu dis bonjour, comment tu t'habilles, comment tu es tout seul dans ta chambre, comment tu es avec tes amis, comment tu es avec ta femme, comment tu es avec tout le temps. C'est censé être passé à la loupe et correspondre vraiment à des normes de virilité, des normes de virilité qui sont en plus complètement arbitraires, qui n'étaient pas les mêmes il y a 50 ans, qui n'étaient pas les mêmes il y a 200 ans et qui ne seront pas les mêmes dans 50 ans. complètement arbitraires et culturelles.
- Caroline
Et tout à l'heure, on parlait justement de l'algorithme et c'est un petit peu comme ça que je vous ai connu, donc c'est bien, il est positif des fois l'algorithme. Mais moi, je me demande si quand même le vôtre d'algorithme, il ne vous fait pas trop peur, parce qu'à force d'aller chercher des contenus masculinistes à déconstruire, est-ce que ça vous angoisse pas un peu quand même ?
- Thomas Piet
C'est ça qui est drôle, c'est qu'on parle souvent de... de mon algorithme et du feed que j'aurai sur Instagram qui serait sûrement, qui me proposerait beaucoup de ça. Et en fait, quand je tape, quand je clique sur la loupe dans Instagram pour voir les recherches que j'ai souvent, qui me proposent des trucs, c'est que des bébés animaux mignons. Parce qu'en fait, ce que je consomme par choix, c'est uniquement des contenus militants, des contenus drôles ou des bébés animaux mignons. Et c'est quand même beaucoup, beaucoup de bébés animaux mignons. Et en fait, non, les contenus masculinistes, beaucoup, on me les envoie pas mal en me disant « bon, j'ai vu ça et j'ai vraiment hyper envie que tu répondes parce que ça me terrorise » . Soit je me fais des journées veilles où je sais que j'ai quelques comptes en tête que je connais bien et je vais voir leurs nouvelles vidéos et je vais voir si ça m'emmène à d'autres endroits. Et je le fais sur certains réseaux en particulier. Mais ça n'a pas du tout corrompu mon feed Instagram. Tant mieux alors.
- Caroline
Une dernière petite question. J'avais vu que vous aviez fait partie d'une campagne de communication pour la Fondation des Femmes. Est-ce que vous auriez un petit quelque chose à nous dire à ce sujet, votre rôle pour la Fondation des Femmes ?
- Thomas Piet
Dans la Fondation des Femmes, je peux parler de ce qu'elles font. C'est vraiment fantastique. Elles sont incroyables. Mais moi, je réponds présent quand elle m'appelle et que je peux contribuer d'une manière ou d'une autre. Mais c'est vraiment rien du tout par rapport à...
- Caroline
Oui, bien sûr. Mais bon, c'est chouette. Dans ce cas-là, c'est chouette aussi. Je sais que vous n'êtes pas le premier des humoristes à être associé à cette Fondation des Femmes et à prêter votre image aussi. Je trouve que c'est intéressant aussi d'être un peu sur tous les fronts pour cette fondation. Très bien, je rappelle les dates. Vous êtes le 23 mai à Caen au Théâtre à l'Ouest. Et vous serez de nouveau le 24 juin à Rouen aussi au Théâtre à l'Ouest. Thomas Appié, je vous dis un grand merci d'avoir été avec nous aujourd'hui. C'était un plaisir de vous avoir. et puis à très bientôt sur scène pour Koala
- Thomas Piet
Merci beaucoup, à bientôt