- Speaker #0
Mon dernier rempart, c'était vraiment la cigarette. Continuer à fumer en étant abstinente de drogue.
- Speaker #1
Tout le monde fume au narcotique améli.
- Speaker #0
Clairement pas.
- Speaker #1
C'est la projection de l'aide, donc déconstruis mon préjugé s'il te plaît.
- Speaker #0
Pas du tout, non, non. Il y a des fumeurs et des non-fumeurs comme partout. Je dirais que les personnes qui ont un certain nombre d'années de clean font cette démarche. Et c'est la démarche que j'ai faite moi quelques années plus tard.
- Speaker #1
Le dernier rempart.
- Speaker #0
Le dernier rempart.
- Speaker #1
Bonjour, bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va se focaliser sur la partie qui a précédé le sevrage tabagique de mon invité et comprendre les étapes qui l'ont amené à faire tomber ce dernier rempart au bon moment. Vous verrez comment se passe son sevrage tabagique. Mon invité s'est beaucoup livré et je le remercie infiniment. C'est un exercice courageux d'oser verbaliser tout ça, ce qui fait qu'on s'est autorisé à censurer quelques passages, mais à la fin de l'écoute, vous comprendrez qu'elle n'a rien à cacher et qu'elle est authentique du début à la fin. C'est un vrai sujet l'authenticité dans ce sevrage, entre soi et les autres, mais surtout entre soi et soi-même. Et vous, comment ça se passe ? Allez, bisous à votre authenticité, bonne écoute !
- Speaker #0
Salut ! Ça va ?
- Speaker #1
Très bien et toi ?
- Speaker #0
Super !
- Speaker #1
Tu connais le concept ?
- Speaker #0
Non, pas exactement. Enfin, à peu près.
- Speaker #1
C'est-à-dire que là, je te fais monter les escaliers et je veux voir si tu arrives à respirer en parlant. Ok, d'accord. Bon, on arrive au cinquième, t'es comment là ? Je te fais parler tous les étages. En vrai ?
- Speaker #0
Je sais que je suis un petit peu essoufflée là. Quand même.
- Speaker #1
Viens reprendre ton souffle ici. On est lundi ? Oui.
- Speaker #0
On est absolument lundi. Oui, je me suis libérée un lundi. Et puis, en fait, finalement, moi, je me rends compte que j'ai plus trop de notions du jour de la semaine. Parce que... En fait, je suis intermittente du spectacle, donc je ne travaille pas tous les jours. Quand je travaille, je fais des journées assez denses, assez intenses, mais je ne travaille pas non plus tous les jours. Donc, je n'ai pas non plus d'enfants, donc je n'ai pas la notion des vacances scolaires ou des jours de la semaine. Je peux travailler tous les jours.
- Speaker #1
Et tu me disais là, tu ne manques pas d'air, mais quand même.
- Speaker #0
Oui, je ne manque pas d'air, mais quand même les 5 étages, là, je les sens un petit peu. Je manque un peu de cardio. J'ai une mauvaise récupération cardiaque, là, je le sens. Non,
- Speaker #1
mais j'avoue que je t'ai fait parler exprès pendant les 5 étages, ce qui est un peu sadique. Du coup, parler plus, monter les étages, ça intensifie. Et puis, je pense que c'est aussi le stress du podcast ou de l'appréhension. Il y a un petit peu de bâtiment par minute qui augmente.
- Speaker #0
Oui, complètement, complètement. C'est vrai qu'autant je suis super contente d'être ici et de pouvoir donner mon expérience. Mais d'un côté, c'est vrai que je n'ai jamais participé à ce type d'expérience et j'appréhendais un petit peu, forcément. Je comprends. Mais je trouve ça super chouette en tout cas.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu appréhendes le plus ?
- Speaker #0
De ne pas trouver les mots exacts par rapport à ce que je souhaiterais. transmettre ou partager tout simplement.
- Speaker #1
Donc, bonjour Sandy. Bonjour officiellement. Je suis très heureuse de te recevoir dans ce podcast. En plus, je l'attends avec impatience ce moment parce que Jacques m'avait parlé de toi dans l'épisode 4. Jacques m'avait parlé de toi parce qu'à l'époque, donc ça fait quelques mois maintenant, vous aviez arrêté ensemble de fumer. Donc Jacques est ton mari.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et il nous a raconté son expérience et son rapport aux addictions, son rapport au sevrage, qui est très riche et plein d'enseignements et plein d'épreuves incroyables. Et il m'a bien fait comprendre que toi aussi, tu avais pas mal de choses à nous raconter, en drôle et en moins drôle.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est vrai. On a eu des expériences riches tous les deux. C'est un peu aussi ce qui fait qu'on se comprend bien et qu'on peut aussi... bien se comprendre et se soutenir aujourd'hui. C'était vraiment important pour nous de faire cette démarche ensemble d'arrêt du tabac. Être en couple et avoir un non-fumeur et un fumeur, c'est compliqué. On ne va pas se mentir, quand on arrête le tabac, on reste quand même fumeur, je pense, à vie. Et on en reparlera, je pense, plus tard, mais je pense qu'effectivement, le plus difficile, c'est pas d'arrêter. C'est de ne pas reprendre.
- Speaker #1
Bien dit.
- Speaker #0
Et quand on est avec un fumeur ou entouré de fumeurs, on est toujours attiré. Donc même si on a une bonne volonté d'arrêter le tabac, c'est vrai que d'être toujours tenté, il peut y avoir un jour de faiblesse. Et c'est vrai que c'est difficile. justement d'avoir un fumeur à côté de soi quand on est en démarche d'arrêt. Donc pour ça, c'est vrai que je le remercie et je suis vraiment contente qu'on fasse cette démarche ensemble. En tout cas, merci de m'avoir conviée. Je pense que tout partage est bon à prendre, mais ce que j'aime beaucoup dans cette démarche, c'est pour moi le pouvoir de l'identification, qui est vraiment très fort. C'est vrai que de parler d'arrêt de tabac... D'un ex-fumeur à un ex-fumeur, c'est peut-être plus simple parfois que d'un ex-fumeur à un non-fumeur. On n'a pas les mêmes ressentis, on ne se comprend pas de la même façon, on ne se dirait pas les choses de la même façon.
- Speaker #1
Alors avant que tu nous racontes ton histoire, si tu as un peu l'épisode de Jacques en tête, est-ce qu'on peut dire qu'il a été authentique ou pas ?
- Speaker #0
Il a été, complètement, complètement et très authentique et j'ai même été surprise par certaines révélations. Il était vraiment à l'aise finalement et il y a des choses qu'il ne m'avait même pas dites, jamais dites et qui m'ont fait très plaisir.
- Speaker #1
Finial. Bon, bisous Jacques. Alors maintenant, moi j'aimerais connaître ton historique avec le tabac.
- Speaker #0
Alors, mon historique avec le tabac. Je dirais que je commencerais par la famille parce que j'ai un père non fumeur et une mère qui était fumeuse, que j'avais toujours. connue fumeuse et je crois que ma première cigarette, je l'ai fumée, c'était un... Je me souviens très bien. C'était un samedi, un mercredi, après l'école. Je rentrais à la maison et il n'y avait personne à la maison. Ma maman avait laissé ses cigarettes sur la table et j'ai voulu essayer comme ça.
- Speaker #1
T'avais quel âge ?
- Speaker #0
Je devais avoir 14 ans.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
13-14 ans. Je ne l'ai même pas finie, cette cigarette, parce qu'elle n'était pas bonne du tout. Vraiment, elle avait très mauvais goût. Donc la première, c'était comme ça. Assez rapidement, je me souviens, j'avais même pas encore fini le collège, je me cachais pas vraiment de fumer vis-à-vis de mes parents, et je me suis imposée fumeuse.
- Speaker #1
C'est pas commun.
- Speaker #0
C'est pas commun, c'est pas commun. Et c'est vrai que ma mère s'est rendue compte que je lui prenais des skirettes, et au bout d'un moment, elle a accepté. C'était le fait que je sois devenue fumeuse et je partageais des cigarettes avec elle. Et après, je n'ai jamais arrêté la cigarette. J'ai plutôt augmenté d'année en année jusqu'à ne plus pouvoir m'en passer. En fait, c'était devenu mon identité. J'étais fumeuse et je n'imaginais pas les choses autrement. Ça faisait partie de mon quotidien. De la même façon que je me brossais les dents, je fumais ma cigarette avec mon café. Enfin, c'était comme ça en fait. Ça faisait partie vraiment de mon quotidien et je pense que je me cachais derrière ce filtre.
- Speaker #1
Tu cachais quoi ? Tu cachais quelle partie de toi ?
- Speaker #0
Je pense que c'est une image que je me donnais finalement parce que je pense qu'au-delà de l'image que je pouvais renvoyer de fumeuse, non, je pense que je me cachais de moi-même en fait, de ce que je pouvais ressentir tout simplement. Et c'est vrai qu'à toute occasion, une cigarette... C'était plus simple que peut-être de ressentir certaines choses.
- Speaker #1
Ça t'aidait à gérer l'émotion ?
- Speaker #0
Ça me donnait l'illusion que je gérais l'émotion.
- Speaker #1
Tu t'es rendue compte qu'en fait, ça n'aidait pas à gérer l'émotion ?
- Speaker #0
Oui, clairement, parce que j'étais... Alors, je parle au passé parce que finalement, aujourd'hui, c'est plus la même chose. J'étais très, très nerveuse et anxieuse. Et je pense... Non, je pensais même pas... Enfin, si, je pensais qu'effectivement, quand j'étais stressée ou angoissée, cette cigarette allait pouvoir peut-être m'aider, me soulager. Mais pas du tout. Au contraire. Au contraire, finalement.
- Speaker #1
Comment tu t'es rendue compte que pas du tout et au contraire ?
- Speaker #0
Des années plus tard. Des années plus tard, je pense, j'ai eu des expériences de vie... De la dépendance à la cigarette, j'ai eu d'autres dépendances par la suite, de drogue.
- Speaker #1
Il faudra qu'on développe ou pas spécialement ?
- Speaker #0
Oui, on peut, tout à fait. Je n'ai pas de tabou par rapport à ça. J'ai fait la paix avec moi-même. plus honte. Et c'est vrai que de cigarettes, je suis passée à la drogue, différentes drogues. Et je pense que j'avais la dépendance en moi, en fait, clairement. Je n'avais pas besoin de grand-chose pour me faire attraper, en fait, par la dépendance et par les substances, et m'y accrocher. Je pense que, voilà, j'étais très instable à ce moment-là. La cigarette, la drogue, beaucoup de fêtes. la vie parisienne, je changeais souvent de travail.
- Speaker #1
Pardon, je te couvre, tu peux nous donner un ordre de l'âge que tu avais ou les produits que tu pouvais prendre ?
- Speaker #0
Bien sûr, oui.
- Speaker #1
La drogue, tu sais, la cigarette est une drogue, l'alcool est une drogue,
- Speaker #0
donc c'est pas fortement... Tout produit de dépendance est une drogue, effectivement, je suis d'accord. Je pense que tout simplement, quand j'ai pris mon indépendance, que j'ai commencé à vivre seule, je devais avoir peut-être... 18-19 ans, je travaillais déjà, je commençais à travailler tout dans la restauration, après dans le commerce. Et je sortais beaucoup à Paris. J'avais une vie parisienne très festive. Festive et finalement aussi assez solitaire. Finalement, je sortais beaucoup, je voyais beaucoup de monde, mais je me sentais très seule.
- Speaker #1
Le classique.
- Speaker #0
C'est ça, exactement. Exactement, on a l'impression qu'il se passe beaucoup de choses. Finalement, il y a beaucoup de solitude derrière.
- Speaker #1
De solitude subie aussi.
- Speaker #0
De solitude subie complètement. Complètement, oui. Donc c'est vrai que dans l'univers de la fête, je fumais, je prenais des drogues, que ce soit cocaïne, beaucoup. Et puis j'avais beaucoup de... il y avait peu de stabilité finalement. J'avais beaucoup de relations amoureuses différentes, ça changeait régulièrement. Je changeais de travail régulièrement. Il n'y avait plus de stabilité. Et au bout d'un moment, j'ai eu envie de tout balayer et de commencer d'avoir un nouveau départ. Et je suis partie à Londres. J'aimais beaucoup parler anglais. Je suis partie à Londres, j'ai commencé à travailler là-bas. J'étais très contente, mais finalement... L'ironie, c'est que je pensais qu'en changeant de pays, en recommençant à zéro, tout allait recommencer. Sauf qu'en fait, ce que j'ai appris malgré moi, c'est que les soucis, on les amène avec nous, peu importe où on va. Et j'ai continué de la même façon à travailler, à faire la fête, à me droguer et à être seule. En étant entourée, en ayant beaucoup de collègues, en ayant des amis, etc. Mais j'étais très seule et je me suis beaucoup isolée finalement plus parce que je n'étais pas entourée de... De mon noyau d'amis, de mon noyau de famille, je me suis retrouvée vraiment isolée, je me suis mis dans des situations très compliquées. Jusqu'à perdre pied finalement, où je me suis fait vraiment happer par la drogue. Et j'en ai eu toutes les conséquences derrière.
- Speaker #1
Nous donner un exemple pour illustrer la situation ?
- Speaker #0
Bien sûr. En fait, tout simplement, quand je travaillais à Londres, j'ai eu tous les débordements. De sortir avec des collègues, faire la fête avec les collègues et puis prendre de la drogue assez rapidement. Mais de me sentir très seule et de continuer la fête seule chez moi. Et de m'isoler comme ça et de là ne plus aller au travail à répétition. Avoir des avertissements, perdre son travail, perdre beaucoup de poids, perdre sa santé, s'isoler. Et finalement, c'est devenu un enfer complètement. Je m'étais mise dans une relation qui était assez toxique. Donc j'ai enchaîné en fait. Je me suis vraiment isolée, j'ai enchaîné les conséquences.
- Speaker #1
Tu le cachais ça ?
- Speaker #0
Ah oui, oui, oui, je le cachais. Bien sûr, je me suis isolée, je cachais. C'est vrai que quand ma famille m'appelait, tout allait bien. Et finalement, quand on s'expatrie, on se dit que les amis... À Paris, ils vont venir nous voir et finalement, non. Il y a peu de gens qui viennent, qui font les allers-retours. On se reconstruit une vie comme on peut. Mais je me suis vraiment isolée de la vie que j'avais à Londres et de mon ancienne vie à Paris. Donc j'ai vraiment perdu mon travail. Je m'étais mise dans une relation compliquée. Et finalement, j'ai dû quitter cette relation. J'ai dû quitter cet appartement que j'avais à Londres, que je partageais avec cette personne. Et finalement, je me suis retrouvée avec mes deux valises à Londres sans rien, au bout de trois ans. Donc, assez rapide. Et là, en fait, j'ai eu une chance, c'est que cette personne avec qui j'avais partagé, j'étais en relation, m'a parlé de dépendance. Il avait ses problèmes de dépendance, mais en fait, ça faisait plusieurs années qu'il était en rétablissement, qu'il essayait d'arrêter les drogues, la consommation et qu'il allait au narcotique anonyme. Donc, c'est des réunions de partage de dépendants.
- Speaker #1
Alors ça, tu le savais quand t'étais en relation avec lui ? Il était abstinent ?
- Speaker #0
Non, il n'était pas abstinent, il était en rechute. D'accord. Sauf que moi, je ne connaissais pas son histoire finalement, et que la chute s'est faite très très rapidement. On consommait ensemble ? On consommait ensemble, et ça va d'autant plus vite quand on est à deux.
- Speaker #1
Et toi, la démarche de... L'abstinence, du sevrage, de la rechute, tout ça, ça ne t'était pas encore familier du coup ?
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Tu vivais ta vie ?
- Speaker #0
Moi, j'étais à mille lieux. J'avais compris que j'avais perdu pied complètement dans ma vie. Mais j'étais à mille lieux de me dire, je suis dépendante, j'ai un souci. Ce n'est pas moi le problème, c'est les autres.
- Speaker #1
Oui, tu étais encore dans la dynamique, il y a quelque chose de grisant à consommer.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
C'est presque encore joyeux.
- Speaker #0
Alors non, c'était plus joyeux.
- Speaker #1
Là, tu le savais que c'était plus joyeux, à ce moment-là ?
- Speaker #0
À ce moment-là...
- Speaker #1
Il y avait encore un peu de déni, il y avait un voile d'illusion ?
- Speaker #0
Il n'y avait pas de voile d'illusion, mais je pensais que je pouvais encore maîtriser. Le contrôle. Le contrôle, cette personne m'a dit, non, je pense que tu n'as pas de contrôle, tu te fais croire que tu as eu le contrôle. Et il m'a amenée à ma première réunion narcotique anonyme.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
On a arrêté de consommer ensemble. Ça n'a pas marché.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui fait que ça n'a pas marché, tu crois ?
- Speaker #0
Parce que tout simplement, l'huile était en rechute et que moi, j'avais pas encore assez de recul et que je me sentais pas... Je sentais que ça allait mal. Je me sentais très mal. J'avais honte, je me cachais. Mais j'étais dans un déni, en fait, clairement. Pourtant, j'avais des conséquences graves dans ma vie. Mais j'étais dans un déni du lien. de la dépendance. Et puis je me disais toujours, ça arrive aux autres et pas à moi. Et surtout, je me faisais une idée du dépendant. Je me faisais une idée du junkie, en fait.
- Speaker #1
Il ressemble à quoi ? Il ressemble à quoi dans ton...
- Speaker #0
Ah, pour moi, le junkie, il était... Il consommait dans la rue et il était prêt à tout. En fait, non. Je crois que ma première réunion en narcotique anonyme, quand bien même j'étais encore dans le déni, J'ai eu l'impression de tomber de haut, vraiment. C'est-à-dire que j'ai rencontré des gens comme monsieur et madame tout le monde en fait. De toute profession, de toute catégorie sociale. Des gens qui viennent de partout, des gens intelligents. Et qui... Je me souviens qu'à ma première réunion, j'ai pas parlé du tout, j'ai écouté. Et j'ai entendu des gens parler de moi en fait. Je me suis clairement identifiée. Et ces personnes n'avaient même pas besoin de parler de drogue pour parler de moi. Parler d'émotions finalement, des émotions que moi je cachais, toujours, que j'avais cachées derrière la drogue, que j'avais cachées derrière mes cigarettes, derrière tous ces filtres. Et sans honte, sans peur, en me disant, en m'expliquant qu'il y avait une autre vie qui était possible.
- Speaker #1
À cette période-là, avec tout ce qui se mélange dans les consommations, les comportements, les émotions qui débordent, je te ramène au thème de la cigarette. Quel chasse prend la cigarette à ce moment-là ? Parce que souvent, on se dit, il y a les drogues, il y a l'alcool, et il faut se sevrer tout ça s'il y a un excès, et la cigarette, on verra après. Comment c'est filé à cette période-là ?
- Speaker #0
C'est vrai que je te raconte un peu l'exploit long, parce qu'en fait, finalement, la cigarette, pour moi, c'était le dernier rempart. Effectivement, j'ai eu un travail long. Alors aujourd'hui, je peux dire, j'ai huit ans d'abstinence de toutes drogues confondues. Je suis revenue en France, je me suis reconstruite, j'ai continué à aller en réunion Narcotique Anonyme en France, à Paris.
- Speaker #1
Tu en as fait à Londres ?
- Speaker #0
Alors j'en ai fait à Londres, j'ai eu beaucoup de rechutes à Londres, j'ai essayé de m'accrocher comme je pouvais.
- Speaker #1
Alors attends, parce que moi je m'en suis arrêtée à, t'es avec tes valises au bout de trois ans devant l'appart que tu quittes,
- Speaker #0
et les mecs que tu quittes. Exactement.
- Speaker #1
Et là tu restes combien de temps à Londres après ?
- Speaker #0
Alors ça va durer huit mois à peu près. En fait, j'ai mes deux valises et je ne sais pas quoi faire de moi, clairement, à ce moment-là. Et je vais aller en réunion narcotique anonyme.
- Speaker #1
Tous les...
- Speaker #0
En fait, c'est surtout que je vais y aller et je vais être accueillie là-bas. C'est-à-dire que les gens m'ont dit ne t'inquiète pour rien, on va te loger, on va t'aider, on va t'aider à retrouver du travail quand tu pourras. Ils m'ont clairement sauvé la vie. Je ne pensais pas que déjà un être humain puisse se donner autant gratuitement. Je n'ai jamais vu ça. Et j'ai eu des mois où je n'avais pas le choix. Je savais que c'était là où j'en étais à ce moment-là de ma vie. Je savais que c'était marche ou crève un peu. Je n'avais pas le choix. Ce n'était plus un choix. Je n'avais pas envie d'arrêter au début. Je n'avais pas du tout envie d'arrêter les drogues. J'avais juste envie d'arrêter d'avoir les conséquences de tout ça. Mais j'ai bien compris que non, je ne pouvais pas me raconter cette histoire, que ça ne fonctionnait pas. Donc pendant des mois, tous les jours, j'allais en réunion, j'ai été aidée. Mais au bout d'un moment, ça a eu ses limites parce que je n'étais plus en capacité, je n'étais pas en capacité de retravailler, de me reprendre un logement seule. Ça m'avait... J'avais eu trop de conséquences, j'avais besoin de me reconstruire. J'avais besoin de stabilité, de sérénité.
- Speaker #1
À ce moment-là, tu fumes encore clope sur clope ? Tu fumes de temps en temps ? L'alcool, c'est comment ?
- Speaker #0
L'alcool, non. Mon dernier rempart, c'était vraiment la cigarette. Je continuais à fumer en étant abstinente de d'autres drogues.
- Speaker #1
Tout le monde fume aux narcotiques anonymes ?
- Speaker #0
Clairement pas.
- Speaker #1
C'est la projection que j'ai, donc déconstruis mon préjugé s'il te plaît.
- Speaker #0
Pas du tout. Non, non. Non, il y a des fumeurs et des non fumeurs comme partout. Je dirais que les personnes qui ont un certain nombre d'années de clean font cette démarche. Et c'est la démarche que j'ai fait moi quelques années plus tard.
- Speaker #1
Le dernier rempart ?
- Speaker #0
Le dernier rempart, clairement. Donc je suis revenue à Paris, j'ai continué à aller en réunion narcotique anonyme à Paris.
- Speaker #1
Alors comment tu fais ? Tu débarques à Paris, tu te renseignes. Comment on fait ? On regarde sur Internet, il y en a dans chaque arrondissement de Paris.
- Speaker #0
Je savais du coup qu'il y en avait beaucoup à Londres, on m'avait dit qu'il y en avait à Paris. Alors je ne connaissais personne à Paris qui était dans cette démarche-là. Et c'est vrai que j'avais un petit peu, je n'assumais pas encore complètement, enfin j'étais ok avec ma démarche, mais... À chaque fois que j'avais essayé d'en parler à des personnes pas dépendantes, je me heurtais un petit peu à une vision que moi, je m'étais faite auparavant de la dépendance. Et j'ai vraiment compris que c'était une démarche personnelle, individuelle, que je devais le faire pour moi et pas pour les autres.
- Speaker #1
Parce qu'en plus, c'est dur de devoir se justifier ou d'avoir le regard atterré des gens qui amplifient cette situation et qui disent Oh mon Dieu ! Parce que... Effectivement, comme ce n'est pas suffisamment démocratisé, encore que ces dernières années, ça évolue beaucoup, beaucoup et assez rapidement. Mais effectivement, inconsciemment, on a un regard très négatif de ce genre d'endroit.
- Speaker #0
On se fait des a priori et c'est assez naturel finalement. Je suis revenue à Paris, je suis revenue chez mes parents et c'est vrai que ça a été même tout de suite la réaction de mes parents. Moi, je leur ai dit effectivement, il faut que je continue cette thérapie, cette démarche. Je vais me renseigner, je vais aller en réunion à Paris. Et c'est vrai que ma mère me disait Mais t'as encore besoin de ça, de voir ces personnes ? T'en es encore là ? Et c'est vrai que c'est là que je me suis dit J'ai besoin de quitter le noyau familial, faire mon propre chemin. Je suis allée en réunion à Paris et j'ai eu la même démarche qu'à Londres. C'est-à-dire que je suis allée en réunion Narcotic Anonyme. Je leur ai expliqué mon parcours jusque-là, au sein de l'association. Et c'est vrai que j'ai été aidée tout de suite, pareil. J'ai trouvé un logement et j'ai commencé à y aller tous les jours, à faire partie de l'association, parce que c'est une association du coup qui est tenue par des dépendants en rétablissement, qui ouvre différentes réunions à Paris. Alors il y en a à Paris, il y en a en banlieue, il y en a en province aussi. Il y en a tous les jours. Et c'est vrai que moi au début, effectivement, j'ai regardé sur le site Narcotique Anonyme et j'ai été en réunion. C'est vrai que ma première réunion à Paris, il fallait que je rencontre les gens, que je me rapproche des gens, que je trouve une nouvelle marraine. On est soutenu par un parrain ou une marraine, une personne qui est en rétablissement comme nous depuis quelques années et qui va nous guider, qui va nous soutenir dans notre travail de rétablissement.
- Speaker #1
Le lien humain, c'est essentiel.
- Speaker #0
C'est obligatoire. Oui, oui, c'est obligatoire. On sort de cet isolement pour aller se confronter directement, être en lien directement. On a besoin d'être en lien les uns les autres.
- Speaker #1
J'avais envie de participer, tu vas me dire, il me semble qu'au Narcotique Anonyme, il y a même des gens qui ne consomment pas ou qui ne sont pas dans cette démarche-là, mais qui sont en contact, plus ou moins proches, avec des gens qui sont... soit sous l'emprise de la drogue, soit en sevrage ou en rechute, etc. Et parce que moi, ça m'intéressait, j'étais en lien intime avec plusieurs personnes qui étaient dépendantes et j'aurais voulu mieux comprendre et je me suis dit, est-ce qu'on peut facilement venir ?
- Speaker #0
Alors, il y a des réunions qui sont ouvertes aux personnes extérieures, c'est-à-dire non-dépendantes, d'autres non. Mais on peut absolument venir en réunion Narcotic Anonyme, écouter tout simplement. sans prendre la parole, comprendre comment ça se passe, discuter après la réunion avec différents dépendants en rétablissement et se renseigner. C'est vrai que ce n'est pas toujours facile, je pense, pour les personnes qui soutiennent des gens qui sont dans la dépendance, qui ont du mal à s'en sortir et qui, effectivement, il faut comprendre aussi un peu dédiaboliser l'image qu'on se fait des choses.
- Speaker #1
C'est ce que j'essaye de faire aussi à travers mon podcast, dédiaboliser et rendre ça plus fun, plus accessible, plus normal. Et d'une part pour ouvrir les yeux à ceux qui ne sont pas du tout en contact avec ça, parce qu'il y en a qui n'ont jamais fumé, ou ceux que j'appelle les faux fumeurs qui ne traversent pas le sevrage que moi j'ai traversé à mon échelle, et qui trouvent ça complètement lunaire. Ceux qui sont encore dans le conseil de mec, un peu de volonté, c'est bon quoi
- Speaker #0
Oui, oui, un peu de volonté.
- Speaker #1
Du coup, tu sais avec ceux-là que tu ne peux pas discuter, et qu'ils sont plein de bonnes volontés, eux, pour t'aider, alors que ça va être les pires soutiens. dans les démarches.
- Speaker #0
La bonne volonté, c'est bien, mais ça ne suffit pas. Pour moi, le fait d'aller en réunion et d'y aller régulièrement, j'étais en douceur et je n'étais jamais seule. C'est vraiment ce qui m'a permis d'y arriver. C'est l'entraide d'un dépendant à un autre, la compréhension qu'on a. J'ai appris à parler de mes émotions, à parler de moi. Ne plus en avoir honte. C'est OK, chacun son rythme, chacun ressent ce qu'il ressent. Au bout de quelques années, j'ai commencé une thérapie en parallèle. Je suis restée quatre ans en thérapie. Alors, pendant toutes ces années, toutes les semaines, et puis après, toutes les deux semaines à peu près. Et je continuais en réunion Narcotic Anonyme. Après réunion Narcotic Anonyme, j'y allais au départ quelque part juste pour moi. Et après, j'y allais un peu dans une démarche de retransmettre ce qu'on m'avait donné gratuitement. Et de garder le lien, de continuer, moi aussi, de me rétablir comme ça. Ça donne du sens aux démarches, à son rétablissement.
- Speaker #1
Comme des piqûres de rappel aussi.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Se rappeler qu'il faut avoir l'humilité de se dire que c'est jamais vraiment derrière soi.
- Speaker #0
Complètement, en fait. Parce qu'on a beau reconstruire, on a beau être client, reconstruire, renouer des liens, créer de nouvelles choses dans sa vie, la dépendance, elle est toujours là. Elle sera toujours là. On a besoin de se rappeler, en fait, d'où on vient. On oublie vite ce qui s'est passé. Et pourtant, ça nous a fait mal, ça nous a torturés. Mais on oublie. On oublie que... De la même façon, quand on arrête de fumer à cigarette, on se dit, bon, c'est juste une, ça fait longtemps. J'ai les narcotiques anonymes. On dit, une, c'est trop, une mille, jamais suffisant.
- Speaker #1
Jacques, dans son épisode, il voulait te citer... disant cette phrase, c'était pas clair la manière dont il l'avait formulée. Il dit, ah, il faut demander à Sandy.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous la redire ?
- Speaker #0
Effectivement. Alors, chez les narcotiques anonymes, on dit, une fois c'est trop et mille fois jamais suffisant. Et ce qui veut dire qu'on reste dépendant, on ne maîtrise pas. Même si on se dit, bon, je le fais une fois, c'est pas grave, je suis dans un environnement particulier, je fais la fête, je profite, je m'autorise une fois. Sauf qu'en fait, non, on est dépendant. Donc une fois, c'est déjà trop. On sait qu'une fois, c'est le début de mille fois qui suivent. Et on ne peut plus se mentir, on le sait. À partir du moment où on commence à être clean, en rétablissement, à travailler sur soi, on ne peut plus se mentir. Ça devient difficile.
- Speaker #1
J'ai quand même la projection que ce genre d'endroit n'est pas dénué d'humour.
- Speaker #0
Au contraire.
- Speaker #1
Je vois bien, l'humour ça peut tellement être libérateur et ça peut tacler dans tous les sens.
- Speaker #0
Ah oui, complètement, complètement. C'est vrai qu'une personne non-dépendante qui vient en réunion pourrait être assez choquée pour puisse avoir un humour parfois très noir. effectivement mais il faut y mettre aussi tout ça en fait il faut y mettre de l'humour il faut y mettre parce que c'est vrai en fait il se passe des choses improbables et après la reconstruction j'étais dans cette phase où ça y est maintenant je peux m'autoriser vraiment être qui je suis sans filtre et à vraiment me faire du bien dans tous les aspects de ma vie c'est vrai que je m'étais remis j'avais une autre approche de mon corps de l'esprit mais aussi du corps, je faisais plus de sport. Et en fait je pense que dans cette démarche de me faire du bien, ce dernier rempart... De me dire, je suis bien, je fais du sport, je mange sainement, je continue à fumer. C'est quoi le sens ? C'est quoi le sens derrière ? Je fais tout ça pour finalement continuer à remplir mes poumons de toutes ces mauvaises choses. Ça n'avait pas de sens.
- Speaker #1
Alors comment tu justifiais de continuer de fumer malgré ça ? Parce que rationnellement, intellectuellement, tu le sais. Mais qu'est-ce que tu te racontais comme histoire pour dire, oui non mais ça va ?
- Speaker #0
Je pense que c'était juste une habitude, en fait.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Je pense que c'était juste une habitude. Et puis, un des derniers remparts de la dépendance, c'est quand même de la nicotine. C'est pas rien, en fait. Ça modifie quand même le corps. Ça modifie quand même ce qu'on ressent. Même si on a l'impression que c'est juste une cigarette. Non, c'est pas juste une cigarette. Je pense que j'avais beaucoup avancé, mais que j'étais peut-être pas encore prête. Je pense que ça a fait son chemin un peu tout seul. Vraiment cette démarche, comme je te disais, de prendre soin de soi. Qu'au bout d'un moment, ce dernier rempart qui ne me faisait pas du bien n'avait plus de sens. J'étais dans un moment de ma vie où il fallait que les choses aient du sens, en fait. J'avais besoin d'être honnête vis-à-vis de moi-même. Quelle version de moi-même j'ai envie d'être ? Je ne suis pas obligée d'être fumeuse, je n'en ai pas besoin finalement. Parce que j'en ai besoin. Pourquoi je fume ? Je fume parce que, par habitude, je peux en créer d'autres. Puis, est-ce que j'ai envie d'être cette identité de fumeuse ? Finalement, je regardais un peu les fumeurs autour de moi et je me disais, ça n'a plus d'attrait, en fait. De la même façon que je voyais les gens consommer de l'alcool ou d'autres drogues, tout ça n'avait plus d'attrait, vraiment. Et alors, je ne vais pas dire que ça s'est fait du jour au lendemain. Je mettais des patchs au début, c'était il y a quatre ans. Et donc, j'ai commencé par les... patchs.
- Speaker #1
Tu recommandes ?
- Speaker #0
Ça aide. Après, je pense que l'arrêt de la cigarette, il n'y a pas une façon de faire. Je pense qu'il faut trouver celle qui nous convient. Moi, au début, j'ai mis des patchs. C'est ce qui me semblait le plus simple. En fait, je mettais de moins en moins de patchs. Et un jour, je n'en ai pas mis. J'ai eu une journée très stressante. J'ai couru à la pharmacie pour demander des nicorettes. Je me suis dit, il me faut quelque chose de rapide qui me... qui me détendent ou je sais pas ce que je m'étais raconté. J'ai pris une icorette et je pense qu'elle était très très forte. J'ai eu une impression de m'étouffer. Je me sentais mal, ça me donnait la nausée. Et je me suis dit, ah non, pas du tout, une icorette, je n'en veux pas. Et bizarrement, après cette icorette, dès que je sentais quelqu'un fumer, ça me dégoûtait. Même je voyais quelqu'un sur le même trottoir que moi qui fumait. J'étais obligée de changer de trottoir, ça me dégoûtait vraiment, j'avais ce dégoût. Et je me suis dit, ça y est, c'est fini.
- Speaker #1
Trop bien, hyper pratique d'avoir cette sensation-là.
- Speaker #0
Ouais, c'est fini. Et j'ai arrêté de fumer pendant deux ans. Sauf que...
- Speaker #1
Oh merde !
- Speaker #0
Eh oui ! Ah putain de merde ! Et c'est là où vraiment je dis, on reste dépendant et attaché à tout ça. Et c'est ancré, c'est fou comme c'est ancré dans la tête. On oublie très très vite, en fait, qu'est-ce qui s'est passé, comment j'ai repris au travail, tout simplement. Une journée un peu fatigante, une journée un peu longue, des moments longs, des collègues qui fument beaucoup. Et puis un jour, je ne sais pas, je me suis dit, bon, je vais juste en prendre une. Oh,
- Speaker #1
tu t'es fait happer par le juste une ?
- Speaker #0
Ouais, alors que ça faisait deux ans.
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
Et... Nul, hein. Je me suis sentie nulle.
- Speaker #1
Tu le savais au fond de toi que le juste une s'était risqué ?
- Speaker #0
Alors je le savais, mais je pense que j'étais complètement dans le déni parce que j'étais dans une période où j'avais repris un quotidien, j'avais repris le travail, j'avais construit une nouvelle vie et j'avais oublié. En fait, à ce moment-là, je n'allais plus aux narcotiques anonymes. J'avais fini ma thérapie, j'avais repris une vie entre guillemets normale. Tout se passait bien. Et quand tout se passe bien, l'incompte, si on peut se dire, c'est OK, en fait, c'est bon, je suis guérie.
- Speaker #1
Est-ce qu'il n'y a pas de l'autosabotage ? Une manière de se tester ou de créer de l'intensité dans cette économité qu'on peut trouver ennuyeuse ?
- Speaker #0
Je me sabotais complètement, de toute façon, parce que je voyais que je travaillais beaucoup, mais je ne m'écoutais plus, je prenais moins soin de moi. Je faisais moins de sport, je travaillais plus, je prenais moins le temps de prendre soin de moi. de prendre soin de mon corps, de voir les gens autour de moi. Donc en fait, je pense que clairement, l'environnement est important pour moi. Le fait de prendre soin de moi est important. Et que je me suis fait l'illusion qu'en fait, j'allais reconstruire des choses et que tout allait bien. Et que j'avais tellement travaillé sur moi que...
- Speaker #1
Est-ce que quand tu en es arrivée à je vais en prendre juste une en disant c'était une journée un peu fatigante, un peu longue est-ce que ça ne faisait pas plusieurs jours que tu y pensais ? Clairement. Est-ce que tu es vraiment arrivée sans qu'on s'y attende, sans qu'il y ait un truc qui se trame ?
- Speaker #0
En fait, le truc qui se trame, c'est que tout simplement, je prenais de moins en moins soin de moi. Je mangeais de plus en plus mal, je travaillais de plus en plus, j'étais fatiguée. En fait, c'est des petits signaux qui donnent des alertes, tout simplement. Moins bien dormir, moins bien se nourrir, être fatiguée, être plus stressée.
- Speaker #1
Alors avec le recul, qu'est-ce que tu pourrais conseiller à cette Sandi qui a recréqué au bout de deux ans ? Si t'avais su, comment t'aurais fait autrement ?
- Speaker #0
En fait, je pense que j'avais besoin d'un petit rappel, en fait. C'est difficile comme question. Qu'est-ce que j'aurais pu faire ? En fait, rester en lien, vraiment. Rester en lien parce que les gens autour de nous, les gens qui nous veulent du bien autour de nous, je pense, que ce soit la famille, les amis proches ou les réunions narcotiques anonymes, clairement, c'est des rappels, en fait. À partir du moment où on s'isole, On peut avoir la bonne volonté, mais on peut la perdre aussi rapidement. On peut être très motivé pour commencer quelque chose, mais pour tenir sur la longueur, il faut avoir des rappels.
- Speaker #1
C'est quoi concrètement qui aurait pu t'aider ?
- Speaker #0
Confronter mon déni. Moi, j'aurais pu, à ce moment-là, je me disais sûrement, Juste une cigarette, c'est OK. Mais j'aurais été encore en lien à ce moment-là, on m'aurait dit, Mais une, c'est trop, et jamais suffisant.
- Speaker #1
peux raconter une histoire mais tu sais comment ça se passe la dépendance donc l'option tu avais dit ça si tu avais été entouré avec les gens qui te connaissent et qui te veulent du bien il aurait dit ça au bon moment tu aurais su l'entendre clairement en fait c'est pas que j'aurais su l'entendre si je le savais je le savais mais c'est
- Speaker #0
juste que à un moment donné je me suis pas vu je me suis laissé à paix en fait je me suis laissé à paix et c'est vrai que J'ai été moins dans cette démarche de travailler sur moi, de prendre soin de moi. Tout simplement, c'est vraiment une question d'environnement. Pour moi, finalement, je me rends compte que mon environnement est primordial. Me sentir bien dans mon travail, me sentir bien entourée, me sentir bien aussi à l'endroit où je vis. Tout ça, c'est très important. Parce que sinon, effectivement, je peux me faire happer. On est fumeur à vie, pour moi. On est dépendant aussi à vie. C'est juste qu'on apprend à vivre autrement.
- Speaker #1
Et tu as juste une. Elle a été seule combien de temps ? C'est-à-dire qu'elle est arrivée au bout de combien de temps, la deuxième ? La troisième ? Et le rythme habituel ?
- Speaker #0
Alors, là où je vois que je... Je me mentais, mais j'étais consciente. C'est-à-dire qu'après cette cigarette que j'avais prise au travail, pas refumé tout de suite. Mais à un moment donné, j'ai eu envie de refumer. Et je suis allée dans un tabac. Je me souviens très bien. Et je suis arrivée au tabac et là, j'ai pris un paquet de chewing-gum à la place d'un paquet de cigarette. Je suis arrivée au comptoir et là, je me suis dit Mais non, mais qu'est-ce que tu fais ? Non, prends un paquet de chewing-gum. J'ai pris un paquet de chewing-gum et quelques jours plus tard, j'ai craqué. J'ai acheté le paquet de cigarettes. Mais je savais, finalement. Sauf que, bah... Une fois que j'avais acheté le paquet, bah... Je suis repartie dedans.
- Speaker #1
C'est ouf, ce truc de sentir qu'une fois qu'on a racheté un paquet, il y a le foutu pour foutu. C'est très, très rare, les gens qui témoignent de... J'ai acheté un paquet, et puis après, j'ai re-arrêté. Enfin, ce genre de dérapage... Non, une fois qu'on achète le paquet, on signe. On est OK pour signer de... Bon, allez, on reprend. Bah,
- Speaker #0
rien ne nous en rend... enfin je veux dire ça ne nous empêche de m'a pourtant si l'addiction qui reprend le pouvoir ou alors quoi il aurait fallu non je veux dire personne ne nous empêche de d'en racheter ah oui on n'est pas confronté on devrait tu sais comme dans les casinos où on peut interdire à d'entrer à l'entrée est ce que vous êtes humeur est ce que vous êtes non plus mais est-ce que vous essayez d'arrêter bon alors vous ne rentrez pas mais ce serait bien
- Speaker #1
Même si on peut se faire acheter des clubs par d'autres gens, mais c'est quand même une démarche supplémentaire.
- Speaker #0
Non, on sait très bien que si on a envie, de toute façon, on trouvera toujours un moyen. Moi, pendant un moment, j'étais dans ce déni de me dire, j'en rachète pas, mais bon, j'en prends une à droite, une à gauche. Mais j'en rachète pas. Mais j'essaye d'arrêter. Je suis non fumeuse.
- Speaker #1
Alors attends, j'en suis à... Tu rechutes au bout de deux ans. Ça, c'était il y a combien de temps ?
- Speaker #0
C'était il y a deux ans à peu près.
- Speaker #1
Ok. Tu rechutes et donc tu refumes comme en 40 ?
- Speaker #0
Oui. Peut-être moins quand même. Peut-être moins. Mais je fumais toujours, mais un peu moins. Mais c'est pas une question de quantité finalement. Non.
- Speaker #1
J'imagine que... aux narcotiques anonymes, on ne parle pas forcément de quantité. En tout cas, dans tous les livres que j'ai lus sur les addictions, sur l'analyse de ça, c'est pas la quantité qui compte, c'est ton rapport au produit, au comportement. Alors bien sûr, la quantité peut jouer, évidemment. Mais c'est pas ça le sujet.
- Speaker #0
Non, pas du tout. En fait, c'est même pas une question de produit, c'est pas une question de quantité, c'est même pas une question de fréquence. Et c'est vrai que ça m'avait rassurée quand j'ai commencé les réunions, parce que euh... On va justifier notre statut dépendant à la quantité ou aux produits qu'on va consommer, alors que non, ça a des conséquences dans nos vies. Et c'est tout, en fait. Et alors,
- Speaker #1
du coup, il y a deux ans, tu refumes comme en 40. Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #0
Je savais inconsciemment que je ne voulais plus être fumeuse. En fait, je le savais même inconsciemment. Je ne souhaitais plus être fumeuse. Je le savais.
- Speaker #1
Tu voulais te reconnecter à la Sandi qui a arrêté de fumer pendant deux ans, qui avait l'air en paix avec ça.
- Speaker #0
Je ne voulais plus être esclave, je voulais être libre, être moi-même, ne plus avoir ce filtre, ne plus avoir cette démarche de fumeuse. Ça ne me convenait plus en fait, ça me collait à la peau, mais c'était un mauvais costume, ça ne me convenait pas, ce n'était pas moi.
- Speaker #1
Tu avais retrouvé ta vraie identité.
- Speaker #0
En fait, c'est surtout que je l'avais trouvée quand je suis devenue abstinente de tout, de drogue, etc., de cigarettes. Je m'étais trouvée vraiment moi-même. Et à partir du moment où je m'étais connectée à ça, même si j'avais par la suite repris la cigarette, je savais que cette sandile-là, elle existe. Je n'avais pas envie de me gâcher, en fait. Je n'avais plus envie de me mentir. Je savais que ce n'était pas possible, que ce n'était pas moi.
- Speaker #1
Et en plus, tu as connu pendant deux ans ce qu'était être non-fumeuse. Et donc ça te donnait envie, tu savais que tu avais pu expérimenter la vraie liberté.
- Speaker #0
La vraie liberté, ne plus me poser de questions, de savoir est-ce que j'ai une cigarette ou pas, quand je pars à droite ou à gauche, est-ce qu'il me reste suffisamment de monnaie quand je veux faire mes courses pour aller me prendre un paquet en même temps. J'étais libre, oui une charge mentale complètement, mais j'étais libre. Et puis même si j'étais fumeuse... Quand j'ai repris la cigarette, je continuais quand même à prendre soin de moi. Je fume encore, mais je prends soin de moi. Je fume, mais je vais quand même courir trois fois par semaine. Sauf que je respire moins bien que quand j'étais non fumeuse. Donc à un moment donné, je ne peux pas me mentir. Je vais face à moi-même et je sais que ça ne me convient pas. Je sais que ce n'est pas moi, je sais que ce n'est pas ce que j'ai envie d'être.
- Speaker #1
Alors, qu'est-ce que tu mets en place ?
- Speaker #0
J'essaie de moins fumer. En fait, j'essaie de me raconter encore une histoire. C'est difficile d'arrêter du jour au lendemain. Les personnes qui me disent moi, j'ai arrêté du jour au lendemain alors je ne dis pas que ça n'existe pas, pour certains, ça va peut-être fonctionner, ce n'est pas mon histoire. Et d'un côté, je me dis que je me racontais des histoires et que j'étais encore dans le déni, que... J'ai arrêté, mais par intermittence. D'un côté, je me dis, c'est OK, en fait. Je peux amener un peu de douceur, en fait, à tout ça. J'ai vraiment cette volonté au fond de moi. J'ai vraiment envie de m'en débarrasser. C'est pas facile. C'est OK. Faut que je continue à faire ce qu'il faut, et au bout d'un moment, ça va fonctionner. Il faut que je nourrisse, en fait, cette envie d'arrêter. En prenant soin de moi, de nouveau. En fait, j'ai appris beaucoup de choses au sein de Narcotique Anonyme. Je savais que pour arrêter de fumer aussi, il fallait que je m'éloigne des fumeurs.
- Speaker #1
Au moins un temps ?
- Speaker #0
Au moins un temps. Au moins un temps parce qu'aujourd'hui, quand je sens quelqu'un fumer à côté de moi, ça me dérangeait. Quand j'ai commencé à arrêter de fumer, ça ne me dérangeait pas. Et c'est ce truc justement de ça ne me dérange pas, donc c'est encore assez près de moi. Trop près. Un peu dangereux encore. Donc j'avais besoin de me couper de ça. Jusqu'à ce que ça ne me convienne vraiment plus. Et puis c'est facile de rechuter, d'en reprendre une. Tellement facile. Quelques secondes. Donc il fallait que je m'éloigne de tout. Donc vraiment changer. Et c'est vraiment ça, c'est changer d'environnement. s'entourer de personnes qui nous font du bien, de gens qui nous amènent vers des bonnes choses, qui nous tirent vers le haut, qui sont dans une démarche de prendre soin d'eux aussi. C'était vraiment ça. Après, malgré ça, il y a des jours où je fumais, des jours où je fumais pas. Et il y a un peu moins de deux ans, j'ai rencontré Jacques et des amis en commun. On est partis en Corse, on s'est rencontrés comme ça. Et lui, il fumait. Moi, je fumais un jour sur deux. Et on a commencé notre relation et j'ai refumé complètement. Ce truc, comme je disais au début, que soit il y a deux non-fumeurs, soit il y a deux ex-fumeurs. Mais il n'y a pas un fumeur et un ex-fumeur. C'est compliqué. Et puis, à un moment donné, je lui ai dit, moi, je vais arrêter de fumer, en fait. Et puis... Je veux arrêter de fumer, puis Jacques avait des problèmes de respiration, d'asthme, de souffle. Et je crois que je voyais aussi la gravité, les conséquences aussi directes. Parce que autant, moi j'ai pas eu, j'ai de la chance, trop de conséquences au niveau de ma respiration, mais lui je l'ai vu directement, je voyais les conséquences directement, et je me disais mais en fait non, j'ai rencontré l'homme de ma vie. J'ai reconnu des choses dans ma vie. J'ai pas envie de continuer à me détruire, j'ai envie qu'on profite en fait, j'ai envie de vivre, j'ai envie qu'on vive à deux, bien, le mieux possible en tout cas. Donc on a décidé d'arrêter tous les deux, on s'est acheté des cigarettes électroniques, et c'est vrai qu'avec de la nicotine toujours, moi je me disais que c'était mieux, la cigarette électronique, la cigarette, mais après on garde des habitudes, on garde des habitudes de... Toujours l'avoir en main, toujours avoir un peu de nicotine. Il y a un peu ce truc d'avoir un petit doudou, toujours avec soi, d'être rassurée. Et puis on prenait un peu la cigarette de temps en temps, et puis de nouveau la cigarette électronique, etc. Et puis depuis quelques temps, là, moi j'ai arrêté complètement tout. Ça va faire un mois à peu près. Comment ça s'est passé ? Tout simplement, je devais me faire opérer. Je devais avoir une opération et on m'avait dit pour l'opération il faut que... Il ne faut plus que tu fumes. Il ne faut plus que tu fumes du tout, pas de nicotine, rien du tout. Cette opération, elle était importante pour moi, donc je voulais faire correctement les choses. Et du coup, je n'ai même pas eu de difficulté à arrêter à ce moment-là. Parce que je voulais me faire du bien et j'avais envie de faire les choses correctement, je n'avais pas envie de me gâcher. Donc j'ai arrêté complètement et on m'a dit après l'opération il faudra encore être non fumeuse pendant un certain temps.
- Speaker #1
Tu aurais pu le dire pour toute la vie, te faire la suggestion.
- Speaker #0
Et non mais en fait je me suis dit mais effectivement là j'ai tenu déjà depuis deux semaines et puis là je suis dans la troisième semaine, j'en ressens plus le besoin finalement. Donc profitons-en, ne reprenons pas.
- Speaker #1
En janvier, moi, j'avais eu l'information qu'autour de janvier, vous aviez décidé d'arrêter ensemble.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, il y a eu des dérapages, des rechutes, des reprises, des arrêts.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
On fume un paquet par jour ou c'était juste une par-ci, une par-là ?
- Speaker #0
Alors, c'était une par-ci, une par-là. Ça a été aussi, on n'en achète pas, mais à chaque fois qu'on sort, on en prend une à droite, à gauche. Je vais même aller jusqu'à avouer de... J'en garde une sur le... coudes et je la mets dans un coin à la maison au cas où un jour on sait pas elle a été fumée elle a été fumée bien évidemment bien évidemment mais non c'est fini ça c'est inutile et non là je suis plus du tout dans cette démarche là pour moi du coup ça fait quasiment un mois j'en ressens pas du tout besoin j'ai pas repris non plus la cigarette électronique
- Speaker #1
Waouh, génial ! Tu n'en sens pas le besoin, mais toi-même, tu sais que ça peut revenir, que ça va revenir. Ça fait partie des cycles. Donc, tu sais comment tu vas gérer ça quand l'envie va revenir ?
- Speaker #0
Je sais ce qu'il faut mettre en place.
- Speaker #1
Et tu l'as mis en place ?
- Speaker #0
Alors, pour l'instant, je n'ai pas eu le besoin de mettre les choses en place. Honnêtement, je pense qu'il ne faut pas attendre d'avoir besoin pour mettre les choses en place.
- Speaker #1
Ok, donc, c'est quoi la prochaine étape ?
- Speaker #0
Remettre de bonnes choses, de meilleures choses dans mon environnement. C'est vrai que je te disais en arrivant que... Je faisais moins de sport qu'avant, alors que c'est quelque chose que j'aime. Il faut que je remette des habitudes dans ce sens-là, parce que ça me fait du bien. Et plus on se fait du bien, et moins on a envie de se faire de mal. tout simplement. C'est la logique des choses pour moi et alors ça peut être ça, ça peut être aussi le fait de partager ma démarche. Ne pas faut pas que ce soit un secret. Même si je le fais pour moi, le fait de le déclarer c'est lacté. C'est à dire que si je dis à ma famille ou à mes amis c'est non je suis non fumeuse, si à un moment donné j'ai Une petite faiblesse, entre guillemets. Autour de moi, on me dit, Mais dis donc, tu faisais pas la démarche d'arrêter ?
- Speaker #1
Ça, qu'on te fasse ce genre de remarques, ça t'aide ?
- Speaker #0
Bien sûr que ça aide. Être confrontée, bien sûr. Ça aide. Et puis, rester en lien, en fait. Rester en lien, rester, se faire du bien. Toutes ces choses, pour moi, c'est vraiment important. Et avouer, en fait, être honnête. Chez les narcotiques anonymes, ils ont ces... C'est valeur d'honnêteté, ouverture d'esprit, bonne volonté. C'est ce qu'on dit. L'honnêteté de ma démarche. D'être honnête que si j'ai envie d'une cigarette, je le dis. J'ai envie d'une cigarette. C'est OK. Je ne suis pas obligée d'agir par la suite. Juste j'ai envie, ça va passer.
- Speaker #1
Le nommer, c'est montrer à soi-même qu'on n'est pas dans le déni.
- Speaker #0
Complètement. C'est ne plus se mentir. C'est vraiment être honnête et d'avouer ce qu'on ressent. C'est ça, l'honnêteté, l'ouverture d'esprit. Effectivement, je peux faire autrement. Je peux faire autrement. La première fois que j'avais arrêté la cigarette, j'avais mis en place toutes ces choses-là. Le fait de rester en lien, de faire du sport, de bien manger. Et puis aussi tous ces petits moments où j'ai envie d'une cigarette. Souvent dans les moments où j'étais dans l'attente. Ou alors... Quand je suis seule, en tout cas, j'étais dans la tente, j'avais envie d'une cigarette pour passer le temps. Souvent, j'avais cette cigarette. Finalement, assez rapidement, je me disais, en fait, appelle quelqu'un. Le pouvoir du téléphone, incroyable. J'appelais quelqu'un et quelqu'un qui savait que j'étais dans cette démarche d'arrêter, je l'appelais juste cette personne et je lui disais, j'ai envie d'une cigarette. Et de j'ai envie d'une cigarette, finalement... On part dans une vraie conversation. Avant de la conversation, j'ai oublié que j'avais eu envie d'une cigarette. Je n'en ai plus envie. Et c'est passé, je n'ai pas fumé, je suis fière de moi en plus. Le pouvoir du téléphone. Donc ça, c'est un outil parmi d'autres. Mais il y a vraiment ce truc d'honnêteté, d'être honnête avec soi-même, d'être honnête avec les autres, avec sa démarche, ne pas cacher les choses. Pour moi, c'était ok de me dire finalement... Vaut mieux à un moment donné, dans ma démarche d'arrêt, de rejeter une fois et de me dire après mais qu'est-ce que t'as fait ? Non, non, non. Tu sais que tu veux être en fumeuse, reprendre les choses dans le bon ordre. Plutôt que de cacher les choses en fait, de me dire non, non, j'ai envie mais j'ai pas envie. Et pas utiliser tous ces outils, ne pas être dans la solution, d'être dans ce truc de surpuissance, de je maîtrise. Ça va aller, je peux me débrouiller toute seule. C'est ok. C'est ok de dire j'ai envie de fumer, c'est ok de dire j'ai besoin d'être soutenue, j'ai besoin d'en parler. Aujourd'hui, effectivement, tu me disais qu'est-ce que tu vas mettre en place aujourd'hui, je sens que j'ai besoin de travailler sur moi. Je me rends compte que c'est quelque chose qui me fait du bien et il y a différentes façons de le faire. Alors je te parlais de reprendre plus le sport, mais je pense aussi que je vais peut-être avoir des démarches de l'acupuncture. essayer des démarches comme ça, j'y crois, je pense que ça peut me faire du bien. En tout cas, ça se tente. Qu'il tente rien à rien, et puis au pire, qu'est-ce que je risque ? C'est un peu ça aussi. C'est au pire, qu'est-ce que je risque ? Que ça marche.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu voudrais dire à Sandy dans quelques temps qui écouterait le podcast ? Tu peux choisir le moment où ça peut être le mois prochain ou dans un an. Ce podcast existera toujours. Peut-être que des gens autour de toi vont t'en parler, ou toi tu vas retomber dessus. Envoie-lui un message.
- Speaker #0
Je me remercierai. Je me remercierai d'avoir eu le courage, d'avoir été honnête, de faire tout ce travail. Difficile. Parce que c'est vrai que quand on le raconte comme ça, ça a l'air simple. Mais c'est un combat d'un jour à la fois.
- Speaker #1
Oui, ça c'est un peu le slogan des alcooliques anonymes.
- Speaker #0
Alcooliques anonymes, narcotiques anonymes.
- Speaker #1
On le dit aussi chez les narcotiques anonymes ?
- Speaker #0
C'est un jour à la fois.
- Speaker #1
Et même au début,
- Speaker #0
ça va être une heure à la fois. C'est vraiment une heure à la fois, parfois, oui. Mais petit à petit, tous ces efforts, quand même c'est difficile, ce petit effort supplémentaire que j'ai pu faire, qui a tout changé finalement.
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais ouvrir mon livre au hasard pour voir si tu tombes sur quelque chose qui serait un perdoil pour toi ?
- Speaker #0
Alors, alors, alors... Une autre explication de beaucoup de rechutes est le choc émotionnel. Et à écouter les témoignages, la rechute apparaît comme évidente et salvatrice pour soulager l'émotion. Je me vois parfaitement négocier une clope dans l'urgence émotionnelle d'une terrible nouvelle. Ce ne sera même pas une excuse, mais un foutu pour foutu. Oui, oui, oui, j'identifie bien avec ça. Aujourd'hui, je sais que j'ai assez de recul. J'ai assez de recul et je sais que ça ne marche pas, en fait. Je sais que ça ne marche plus.
- Speaker #1
Oui, c'est ça dont on n'a pas encore conscience. Qui m'a dit ça ? Ah oui, j'en parle dans le podcast de... J'en discute avec Sacha dans un épisode, parce que je connais quelqu'un qui a refumé suite à un choc émotionnel très fort, à prendre la mort de quelqu'un, avec ce foutu pour foutu. Et quand je lui ai posé la question, la personne m'a dit en fait, j'aurais pu ne pas la prendre cette clope Et Sacha disait ah bah oui, ça je vois très bien comment je pourrais fumer, je vois très bien comment je pourrais utiliser cette excuse Et donc je lui dis bah tu sais quoi, il paraît qu'en fait, elle est nulle cette excuse Du coup, il m'a répondu ah ouais, bon bah... Je ne refumerais vraiment pas alors. Oui,
- Speaker #0
oui, oui. Bien sûr, en fait, on se dit toujours dans cette situation-là ou dans cette situation-là, je pourrais refumer. C'est presque, c'est comme si on le prévoyait presque. Mais finalement, plus le temps passe et plus on se rend compte que non, en fait, on n'en a pas besoin. On a appris à faire autrement. Et que ça n'apportera rien.
- Speaker #1
Je pense qu'il faut faire la démarche de se projeter. J'ai imaginé quelques situations où justement il y aurait un choc émotionnel. Et je me suis mise en situation pour me dire non, la clope ne sera pas une bonne idée. Mais c'est pas facile. Je vois bien qu'il y a des petits diablotins à l'intérieur de moi qui négocient.
- Speaker #0
Toujours. Toujours. C'est effectivement, mais de toute façon, ce sera toujours le cas. Je suis non fumeuse, mais... Je reste fumeuse. En arrêt.
- Speaker #1
Tu restes ancienne fumeuse. C'est ça. Ça fera toujours partie de ton identité.
- Speaker #0
Ça fera toujours partie... Mon identité, je ne dirais pas non. Parce que justement, j'ai voulu me séparer de... Oui,
- Speaker #1
l'identité, ce n'est pas le bon terme. Peut-être que c'est engrammé dans l'ADN à un certain niveau. Oui,
- Speaker #0
voilà, c'est ça. C'est ça.
- Speaker #1
Et après, c'est activé ou en pause.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. C'est ça.
- Speaker #1
Et alors, du coup... On parlait de dernier rempart. Là, tu es non fumeuse. Enfin, tu es ancienne fumeuse. Tout à fait. Donc, le dernier rempart a sauté.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et comment tu te sens ? Tu n'as pas l'impression de sauter dans le grand vide ? Tu as un plan B ? Tu as compensé par une passion qui te nourrit ?
- Speaker #0
Jusque-là, tout ce que j'ai pensé, c'est honnêtement, j'ai eu une opération et je ne veux pas tout gâcher. Je veux faire les choses bien. Ça n'a pas été tellement je veux arrêter de fumer, mais c'est plutôt j'ai envie de faire les choses bien. En fait, le sens qu'on y met a beaucoup d'importance. Est-ce que... Je veux arrêter pour éviter quelque chose ou est-ce que je veux arrêter pour créer autre chose ? Je ne sais pas comment dire.
- Speaker #1
C'est un état d'esprit.
- Speaker #0
C'est ça, c'est un état d'esprit. Et je me dis, en fait, je suis trop contente. Cette excuse d'opération, finalement, elle m'a rendu service. J'ai passé cette étape comme ça, un peu malgré moi, finalement. Mais je n'ai pas envie d'y retourner, je n'ai plus d'attrait. Je savais que de toute façon... Voilà, ça fait un moment que je voulais ne plus être fumeuse. Donc l'occasion s'est présentée, je l'ai pris à bras le corps en fait. Je ne me suis pas posée de questions. Je ne me suis pas posée de questions. Après, est-ce que j'ai des petits moments où j'ai envie ? Oui, mais je dirais que ça me passe comme une pensée passerait dans mon esprit. Ça passe d'un côté et puis je laisse passer. J'accepte en fait de ressentir ce que je ressens. C'est OK. Je sais que ça va passer.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut participer aux narcotiques anonymes si on veut se sevrer du tabac ? Il y en a déjà eu ? Tu sens que ce n'est pas vraiment cette... Il n'y a pas de... Ce serait quoi ? Les fumeurs anonymes ? Les fumeurs de tabac anonymes ? Les nicotines...
- Speaker #0
Ça existe ça ? Peut-être que ça existe. Je ne sais pas du tout. J'avoue que je ne sais pas. Je pense que de toute façon, n'importe quelle réunion de dépendance, peu importe le produit, fonctionne. En tout cas, pour moi, ça a fonctionné. Je ne dis pas que ça fonctionne pour tout le monde. Je pense que ce n'est pas l'unique façon d'arrêter une dépendance. Moi, ça m'a aidée. Après, c'est tout un programme. Mais je pense que de toute façon, Narcotic Anonyme, moi, j'ai appris à parler de mes émotions aussi. La parole étant libérée, j'avais moins besoin aussi de compenser. Donc, je pense que l'aide d'un indépendant à apporter à un autre, de toute façon... C'est extraordinaire. Après, est-ce qu'une personne qui veut arrêter de fumer peut aller en réunion narcotique anonyme ? Oui, si on veut. Après, est-ce que c'est complètement adapté ? Oui, on parle de dépendance.
- Speaker #1
On peut faire la démarche de demander.
- Speaker #0
On peut faire la démarche de demander. De toute façon, on n'a rien à y perdre, c'est sûr. Une dépendance reste une dépendance, peu importe le produit. Les conséquences ne sont pas forcément les mêmes, effectivement, en fonction de... des personnes, des produits, etc. Même si on essaie de ne pas faire de comparaison parce que la dépendance est une dépendance quelle qu'elle soit. En fait, chacun fait son parcours.
- Speaker #1
Quand est-ce que tu y es allée pour la dernière fois ?
- Speaker #0
En Réunion ? Oui. Je pense que ça fait... Il y a un an. Il y a un an. Et c'est vrai que... Non, un peu plus d'un an. En fait, je pense qu'à peu près au moment où j'ai... Un peu avant que je rencontre Jacques. Et puis, c'est vrai qu'il s'est passé beaucoup de choses. Et c'est vrai, là, quand je te disais, effectivement, on peut se faire râper par le fait de reprendre une vie, entre guillemets, normale. Où tout se passe bien, une vie rend bien remplie. C'est vrai que j'ai rencontré Jacques, on a emménagé ensemble. Je continue à travailler, on s'est mariés. On met des choses en place. La vie normale prend son cours, en fait. Mais je sais qu'un de mes piliers a été Narcotic Anonyme et le restera pour toujours. Je sais que peu importe où j'en suis dans ma vie, je peux aller à une réunion à n'importe quel moment et j'ai ma place. Je ne me sentirai jamais mal à l'aise. C'est un endroit où on ne sera jamais jugé. Je ne me sentirai jamais jugé. C'est une famille. Clairement, pour moi, c'est une famille. Même de gens que je ne connais pas. Mais c'est une famille.
- Speaker #1
Là, tu pourrais y retourner ? Tu y penses ? Ouais. Tiens, je me ferais bien...
- Speaker #0
C'est vrai que ça irait complètement dans ma démarche d'abstinence du tabac, complètement. Dans Narcotique Anonyme, il y a des personnes qui sont clean, on arrête de toute substance, drogue, etc. depuis des années, qui ont effectivement ce dernier filtre de la cigarette et qui vont partager en réunion. Moi, j'ai décidé d'arrêter aussi le tabac, mon dernier rempart, et qui partagent leur démarche, effectivement. qui partagent leurs difficultés parce que finalement déjà on trouve du soutien d'un dépendant à un autre de personnes qui ont eu la même expérience, qui vont nous soutenir, nous donner des outils c'est assez naturel finalement ça se fait assez naturellement et le fait d'être soutenu comme ça, d'avoir toujours quelqu'un derrière et puis quelqu'un qui va vraiment soutenir dans cette démarche, c'est-à-dire que je sais que si je vais à Narcotic Anonyme, je rencontre des gens que je n'ai pas vus depuis longtemps et je dis voilà... En ce moment, j'essaie d'arrêter de fumer. Ça va être génial, etc. Et puis peut-être que peu de temps après, on va me rappeler, on va me dire alors comment ça se passe pour toi. Si t'as besoin, que t'as envie d'une cigarette ou quoi, t'hésites pas à m'appeler. Voilà. Je suis ton outil, finalement.
- Speaker #1
Et c'est vrai que ce genre de lieu est très propice à se sentir vraiment compris, se sentir vraiment...
- Speaker #0
Y'a plus de honte. Ouais. Y'a plus de honte, y'a plus de jugement.
- Speaker #1
Y'a plus... Ouais, tu te justifies de rien. Non. On sait, et on sait ce que tu traverses, on sait tout ce qui se passe à l'intérieur à des degrés différents, et c'est plus ou moins intense.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Il y a des effets miroirs.
- Speaker #0
C'est ça la puissance du partage, de l'identification d'une personne à une autre. Il n'y a pas besoin d'expliquer beaucoup, juste on parle de ce qu'on ressent. Et ce n'est pas juste, on déverse finalement ce qu'on ressent. Si on va partager aussi ce qui fonctionne pour nous, c'est ça le pouvoir aussi. Moi, c'est ce qui m'a vraiment aussi fait tenir, c'est que très rapidement, quand j'ai commencé les réunions, on m'a donné un rôle. C'est-à-dire que très rapidement, comme toute association en fait, une réunion est tenue par différentes personnes, où il y a un trésorier, il y a un président, etc. Ce sont tous des dépendants en rétablissement. Donc chaque semaine... il y a des dépendants qui vont ouvrir ces réunions, les faire fonctionner, partager le message. Et c'est ce qui fait que ça tient. Et ça donne un vrai rôle, c'est-à-dire que non seulement je viens pour moi, mais je viens aussi pour que l'association fonctionne, pour redonner ce qu'on m'a offert gratuitement. Et ça donne vraiment son sens. Et ça nourrit cette démarche de rétablissement, tout simplement.
- Speaker #1
Merci, merci pour ce témoignage incroyable.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Bon, cette fois, c'est vraiment la fin. Mon monteur va péter un câble,
- Speaker #0
c'est beaucoup trop long. On était encore enregistrés.
- Speaker #1
J'espère que cette interview vous a plu. Vous trouverez toutes les informations complémentaires dans la description de l'épisode et tout ce qu'il faut pour s'abonner, liker, commenter, nous retrouver sur les réseaux et même prendre contact si vous voulez nous partager votre témoignage. Bisous à vos horribles cravings et autres impérieuses envies de fumer. Rendez-vous la semaine prochaine et d'ici là, bon sevrage.