- Speaker #0
Je m'écroule au 25e kilomètre, j'ai été complètement déshydraté, j'ai failli laisser un organe, j'ai été rapatrié en France. Je repars du mauvais sens du parcours. Il y a des gens qui me remettent dans le bon sens.
- Speaker #1
À quel moment est-ce que tu te dis stop, ça y est j'arrête, c'est le moment ?
- Speaker #0
Je suis champion du monde, qu'est-ce que je peux encore aller chercher derrière ?
- Speaker #1
Salut Johan !
- Speaker #0
Salut Raph !
- Speaker #1
Alors je suis très contente de te recevoir dans cette première émission Décathlon. Déjà, ça va ? T'es bien installé ?
- Speaker #0
Bah écoute, pour l'instant tout va bien, donc hâte de participer à cet nouvel exercice.
- Speaker #1
Tu es champion d'Europe, champion du monde et recordman du monde du 50 km marche, j'ai rien oublié ?
- Speaker #0
Non, non, ça va et puis je le vis bien, ça va, tout va bien.
- Speaker #1
Alors on parle de marche, alors ça fait débat souvent, mais est-ce que c'est un vrai sport ?
- Speaker #0
Ah bien sûr que c'est un vrai sport. Moi, quand je marchais, je pouvais marcher entre... Ça pouvait être entre 12 km heure de l'échauffement jusqu'à... Mon record du monde sur le 50 km, c'est du 14 km heure. Et sur le 20 km, le record d'Europe, j'ai marché pratiquement à 16 km heure. Donc oui, on peut considérer ça un peu comme un petit sport.
- Speaker #1
T'as 48 ans, t'es champenois puisque t'es né à Épernay.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Alors sur les sites que j'ai consultés, on parle de toi comme étant une légende.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que t'en penses ?
- Speaker #0
Comme une légende, après mes courses n'ont jamais été dans la demi-mesure. Il fallait que j'aille me mêler à la bagarre, que j'aille devant, que j'aille montrer ce que j'ai dans les tripes. Pour moi, c'était important de montrer qu'on faisait un sport comme les autres, qu'on était un sport à part entière dans l'athlétisme et que ça requerait aussi des qualités. Ce n'est pas un mauvais coureur qui peut être un très bon marcheur. C'était plutôt ce que je voulais dire. Il faut avoir des grandes qualités cardiovasculaires. Par exemple, j'avais un cœur quand j'étais vraiment à très haut niveau. Je battais aux alentours de 28 battements par minute et je pouvais monter jusqu'à 205 pulsations à mon max. Après, également une capacité à accepter des charges d'entraînement monstrueuses, c'est-à-dire faire des semaines des fois pratiquement à 300 km par semaine. Donc, ça aussi, c'est beaucoup d'entraînement. Donc, s'entraîner plus de 35-40 heures par semaine d'entraînement. Et puis surtout, le point le plus difficile, on va dire, à travailler, mais pas le plus difficile, et la qualité pour moi majeure, c'est aller là-haut. Ça se passe dans le cerveau, ça se passe dans la tête. Et c'est la capacité, en fait, à enchaîner des kilomètres souvent seul, s'entraîner seul. et puis être sur un sport qui est quand même relativement difficile. Mais après, j'aimais cette façon de me retrouver seul face à l'effort. En tout cas, ça demandait une endurance mentale. Je veux dire, il faut être capable de tenir pendant entre 3h30 et 4h sans laisser rentrer, on va dire, d'ondes négatives, etc. Et être vraiment focus sur son objectif qui est la course, tout simplement.
- Speaker #1
Comment on en vient à marcher ? Et toi, tu as commencé à quel âge ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai commencé très tard. J'ai commencé, pour ne pas dire de bêtises, je crois que j'ai commencé en 2000. J'ai fait un premier test en 2002. Donc en 2002, j'avais 24 ans.
- Speaker #1
24 ans, oui.
- Speaker #0
24 ans. Et donc, c'est offert à moi, en fait, un poste dans un club d'athlétisme. Ils cherchaient un service civil. donc pour développer On ne va pas dire l'athlétisme au sein du quartier, parce qu'ils étaient au sein d'un quartier prioritaire à Reims, mais plutôt développer, tisser du lien avec les acteurs sociaux, les habitants du quartier, etc. Et faire des actions avec eux. Et donc, j'ai travaillé au sein du quartier, avec mon club. J'ai développé plein de choses. Et puis, il y avait une section de marche athlétique. Et un jour, je suis allé les voir. J'ai dit, tiens, j'aimerais bien essayer. En fait, c'est l'occasion d'essayer. Ils m'ont dit, tu viendras faire une séance, on va t'apprendre, on va te donner 2-3 rudiments. Ils m'ont donné un exercice, ils m'ont dit, non mais c'est pas possible, t'as déjà marché. Je fais, ben non, jamais, je vous jure, etc. Ils m'ont dit, ben écoute, dimanche, est-ce que ça te dit d'aller faire une compétition ? Franchement, techniquement, ouais, ouais. Donc je suis allé faire une compétition directement interrégionale, c'était un championnat de France interclub jeune, en espoir, et j'ai gagné la course. Et puis là, je me suis dit, écoute... Pourquoi pas tenter le risque ? Le jeu en vaut peut-être la chandelle. Ça va être des sacrifices parce que la marche athlétique, ce n'est pas le running ou le foot ou les autres sports. Donc, c'est très compliqué.
- Speaker #1
Quel type de sacrifice ?
- Speaker #0
Sacrifice financier déjà. Sacrifice financier parce que je travaillais, j'étais en emploi jeune. Donc, je ne gagnais pas grand-chose. Je me suis mis un petit peu à mi-temps. Mon club, ils ont continué à... à me garder et à m'aider, à me donner un peu plus d'argent, à me payer mon salaire, à m'absenter un peu plus, ou à arriver un peu plus tard au travail, repartir un peu plus tard pour me permettre de m'entraîner deux fois dans la journée. Et donc après, le sacrifice aussi, c'était de devoir partir en stage, de devoir commencer à prendre des produits de nutrition, des boissons de ravitaillement, etc. C'est un budget monstre. à sécher les chaussures. C'était un budget monstre. Avoir un kiné, c'était aussi un budget, etc. Donc, je ne sais pas, à l'époque, on devait peut-être gagner 800-900 euros par mois. Donc, plus de la moitié du budget partait dans ma pratique, quoi, avec aucune aide de la fédération. Et je me souviens, je bats le record, j'arrive comme ça de nulle part, je bats un record de France, je reçois un courrier, ils me disent « bravo » . On t'aidera à la fin de l'année, d'accord ? Et puis à la fin de l'année, je crois qu'ils m'ont envoyé un chèque, je me souviens, de 200 euros, je crois. Donc je n'aurais pas rendu tout de suite, mais j'aurais pu. Mais bon, enfin voilà, ça demande au départ, en tout cas, ça demande de l'investissement. Forcément, il y a tout le temps de l'investissement. Ça ne tombe pas comme ça tout seul. Ça demande beaucoup de travail. Et puis après, forcément, on arrive à...
- Speaker #1
On fait un rapport ?
- Speaker #0
à un p... peu en vivre, mais il n'y a pas que la performance qui fait vivre. Je pense qu'il y a aussi des histoires, des rencontres.
- Speaker #1
Et toi, à quel moment est-ce que tu as réussi à...
- Speaker #0
À partir de mon titre de champion d'Europe en 2006.
- Speaker #1
Alors, tu parles beaucoup de concessions, en tout cas de sacrifices financiers, mais socialement parlant, à 24 ans. On ne pense pas forcément à se mettre dans une bulle et à se consacrer à la marche. Ils en disent quoi tes potes ou ton entourage ? Ils en pensaient quoi ?
- Speaker #0
Alors socialement parlant, on va dire qu'à cet âge-là, j'étais un petit fou. C'est-à-dire ? J'avais... J'ai eu une période un peu entre 18 et 22, 23 ans, ou 18 et 21, qui a été assez compliquée, où je faisais un peu n'importe quoi et je faisais vraiment beaucoup trop la fête. N'importe qui ? Ouais, mais je la faisais vraiment, vraiment, vraiment trop. vraiment trop et vraiment trop border et donc je sentais que j'avais besoin en fait de me raccrocher à quelque chose qui était sain et là j'étais dans un milieu qui était pas très sain en fait et pour moi en fait la première des choses ça a été de de revenir à mes amours c'est à dire au sport Le meilleur des échappatoires et puis de re-sociabilisation, je pense que c'est d'aller dans une association, aller toquer à la porte d'un club. Il y a tout le temps une personne pour t'accueillir, il y a des éducateurs qui sont là et puis tu peux repartager des moments avec un groupe, il n'y a pas de clivage, etc. Donc c'est quelque chose que je suis allé rechercher en fait, ce besoin social de changer d'univers en fait et puis de retrouver un environnement plutôt sain. Sinon, je pense que clairement, je ne serais pas aujourd'hui en face de toi en train de te parler. Aujourd'hui, si j'avais continué le chemin que je prenais entre mes 18 et mes 21 ans.
- Speaker #1
Donc finalement, la marche, qu'est-ce que ça t'a... Tu dirais que ça t'apporte...
- Speaker #0
Ça m'a permis de me connaître. Déjà, me connaître moi en tant qu'homme. de savoir ce que j'avais aussi à l'intérieur de moi, peut-être aussi de... De vider tout ce que j'avais besoin de vider aussi, tant mentalement que physiquement. Et puis après, ça m'a aussi permis de faire des rencontres, de pouvoir aussi apporter des... des valeurs à mes enfants, qui étaient hyper importantes, à mon entourage aussi, faire découvrir à mon entourage ce que je pouvais faire. Et puis moi, le mot que j'aime, ça a tout le temps été le partage et la transmission. Donc en fait, j'ai tout le temps été généreux également dans l'effort, et j'étais aussi généreux dans ma pratique, et généreux aussi dans tout ce que je pouvais faire grâce à la marche athlétique. Et je remercie à tout le temps. Toutes les personnes qui m'ont tendu la main et qui m'ont aidé tout au long de ma carrière. Du début, quand je suis venu toquer dans ce club d'athlétisme, encore avec mes dreads et je ressemble à rien. Un président de club me fait confiance et me dit qu'il me tend la main. Deux ou trois ans plus tard, je commence à faire du sport de haut niveau. Il voit que j'ai un potentiel, il me tend toujours la main. Tous les bénévoles du club derrière sont derrière moi avec mes amis. Et puis après... J'ai fait plein de rencontres durant mes 17-18 années de carrière qui m'ont permis de franchir des échelons pour moi et en termes de niveau aussi de marche athlétique, mais aussi en tant qu'homme et en tant que... J'ai aussi appris beaucoup de valeurs et puis connaître beaucoup de cultures, etc. Donc ça, c'est très riche en fait.
- Speaker #1
Alors, on t'a demandé de nous envoyer quelques photos et là, je te propose qu'on les regarde ensemble. et que tu nous les commentes.
- Speaker #0
Pas de problème.
- Speaker #1
Cette photo, est-ce que tu peux me la décrire ? Qu'est-ce que ça représente pour toi ?
- Speaker #0
Cette photo, alors il y a plein de choses. On voit ces Buckingham Palace derrière. La note artistique quand même pour le saut, qui est magnifique. Non, mais en fait, très élégant. Londres 2017, donc mon titre de champion du monde.
- Speaker #1
Là, on voit la photo. À ce moment-là... Qu'est-ce que tu ressens ?
- Speaker #0
Là, tu franchis la ligne d'arrivée et c'est le sentiment du travail accompli. Mais il faut remonter un petit peu en arrière. Pour moi, Londres, il y a une grosse histoire. Il y a deux histoires. Londres, ça a été les Jeux Olympiques en 2012, déjà, où j'ai été disqualifié après la ligne d'arrivée. J'avais fait 50 kilomètres. Le staff de l'équipe de France savait que j'allais être disqualifié pour une faute, pour un ravitaillement. hors zone, j'avais pris une bouteille à la sortie de la zone, à la limite de la sortie et ça c'est disqualifiant ils ont été très tatillons donc on pouvait faire après un process, un appel comme on appelle ça, et ils l'ont pas fait et malheureusement j'aurais eu une médaille, donc c'est la seule médaille qui me manque aux Jeux Olympiques donc faire un 50 km se faire disqualifier après, alors que j'adorais le parcours et ça avait été une de mes courses les plus abuties aux Jeux Olympiques, je me suis dit que un jour s'il y avait à nouveau une course à Londres elle serait pour moi Et je venais de vivre l'année d'avant en 2016 des Jeux Olympiques très compliqués à Rio, où j'avais terminé 7e d'une course dantesque, où j'avais été malade, j'ai fait le tour du monde en Mondovisio, enfin en tout cas j'ai montré tout mon courage ce jour-là à terminer cette course en 2016. Et je me suis dit qu'il ne fallait pas que je reste sur cette course, et donc 2017 pour moi c'était la renaissance, pas la renaissance mais en tout cas montrer tout le potentiel que j'avais. Et donc, on le voit sur la photo, on voit le chrono qui est 3h33, 13h. Donc c'est le record des championnats, le record des championnats du monde. Je gagne les championnats du monde en 3h33, 13h. C'est le deuxième chrono de l'histoire. Le premier, c'est moi qui l'ai avec le record du monde, 3h32, 33h. Ce jour-là, j'aurais pu battre le record du monde, mais j'avais un carton rouge ennemi. Donc je me suis dit, ça ne sert à rien de prendre des risques. Il faut être champion du monde, il faut gagner. Et je le fais avec la manière, je gagne avec plus de 8 minutes et demie d'avance sur le deuxième, je prends un tour sur tout le monde hormis sur le deuxième, je suis le plus vieux champion du monde en activité à 38 ans et quelques jours, et je gagne avec le plus grand écart jamais réalisé dans une course, donc en fait je fais une course parfaite ce jour-là, et d'autre côté il y avait mon fils Antoine et ma fille Louise. qui étaient en face et ouais j'avais envie de partager avec eux et puis là il y avait tous mes proches il y avait tout mon club qui était venu la ville de Reims avait un jumelage avec la ville de Canterbury qui est pas très loin de mon donc ils étaient tous hébergés à Canterbury et donc ils étaient venus me voir sur ces championnats du monde et il y avait tout le public qui était là et je pense que tout le monde était heureux de me voir champion du monde après la galère que j'avais vécue à Rio Et tous les pays, tous mes adversaires, enfin pratiquement tous mes adversaires, en tout cas tous les spectateurs qui étaient autour, j'ai vraiment eu une ovation par tout le monde. Et ouais, ça a été un grand moment. Et puis ce lieu, pour moi, il est magnifique. Il est magnifique. Donc voilà pourquoi j'ai choisi cette photo.
- Speaker #1
Cette photo, elle est magnifique. À ce moment-là, tu penses à qui en premier ?
- Speaker #0
Tu penses déjà à ce que tu viens d'accomplir. Et puis après, tu te dis, j'arrête là-dessus ou je continue encore ? Mais tu penses tout de suite déjà à l'après. Mais après, là, tu es quand même dans l'explosion. Je veux dire, tu es dans l'euphorie. Donc, c'est une explosion d'adrénaline, d'euphorie. Et tu as envie de partager avec tout le monde. avec tous tes proches.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que c'est ta plus grande fierté sportive ?
- Speaker #0
Peut-être la plus grande consécration. Et je remets les pendules à l'heure.
- Speaker #1
À plusieurs reprises, tu as parlé de défaillance et tu fais une allusion à Rio. C'est une image qui a fait le tour du monde. Après une dizaine d'années, c'était il y a un moment déjà, quel recul ou quel regard ? T'as sur ce moment-là, aujourd'hui ?
- Speaker #0
Le recul que j'ai, bah écoute, déjà, pendant la cour, j'en avais pas beaucoup. J'étais plus qu'un zombie, quoi.
- Speaker #1
Tu nous expliques un peu ?
- Speaker #0
Après, j'ai été en... Après, je me suis mis en danger, quoi. Je me suis mis vraiment en danger. J'ai mis ma vie en danger. Parce que, en gros, j'étais complètement déshydraté. J'ai eu des gros problèmes intestinaux. J'ai failli laisser un organe, j'ai été rapatrié en France. J'ai fini la course, je m'écroule au 25e kilomètre où je suis complètement déshydraté, j'ai des pertes de sang énormes. Je m'écroule une première fois, je me relève, je repars. Après, je m'évanouis même au 35e ou au 40e kilomètre, je crois. On me relève, c'est des médecins espagnols qui viennent me relever. Et je repars du mauvais sens du parcours. Il y a des gens qui me remettent dans le bon sens. J'étais un robot, en fait. Et je termine septième de cette course, donc finaliste quand même des Jeux Olympiques, dans un état complètement critique. Et à trois minutes de la victoire. Donc, en fait, victoire, il n'y avait plus. Mais la victoire, c'était de franchir la ligne. Et puis de montrer également qu'il fallait être grand dans la défaite. Et même avec une défaillance, il fallait aller au bout de ce qu'on pouvait faire. Mais malheureusement, ce jour-là, j'ai poussé mon curseur, mon corps et mon cerveau. Et ça, après, c'est ce qu'on m'a expliqué. On l'a analysé avec des médecins et psychiatres, etc. Ils m'ont dit, en fait, tu as emmené ton cerveau. tellement loin que la prochaine fois, en fait, il va peut-être se mettre en sécurité parce que peut-être que derrière, on n'arrivera peut-être pas à aller te rechercher. J'étais vraiment allé vraiment, vraiment loin. Donc, après, ça te fait un peu des frissons dans le dos, mais après, ça m'a permis au moins de me relancer parce que en fait, derrière, il y a eu quelques moqueries quand même. Bon, alors, les réseaux, je m'en fous dans les réseaux sociaux, les gens, c'est un... C'est un déversoir de frustré, mais c'était plutôt de la part de mes pères, de certains athlètes. Surtout qu'on sait qu'un sportif sur deux peut être victime de problèmes intestinaux, surtout sur des efforts très longs. Et là, je n'ai pas compris. Et donc, je me suis dit, OK, les gars, l'année prochaine, on va remettre les pendules à l'heure. Et là, j'étais en mode warrior. Et c'est pourquoi j'ai aussi... Et remporter les championnats du monde avec cette marge, en fait, et cette hargne qui m'habitait aussi. En fait, pas prouver parce que je savais, mais montrer la bêtise des autres, en fait. Et là, leur montrer jusqu'au bout que j'allais les écraser jusqu'au bout ce jour-là.
- Speaker #1
Et tu l'as fait.
- Speaker #0
Et je l'ai fait. Voilà.
- Speaker #1
Donc, satisfaction.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Alors, c'est qui ?
- Speaker #0
Alors, ça, c'est mon... Petit chat.
- Speaker #1
Qui s'appelle ?
- Speaker #0
Romanée. Alors Romanée, c'est une fille. Romanée, pourquoi ? Parce que j'aime le vin. Et donc, pour ceux qui connaissent le clos de la Romanée Conti, c'est plutôt du bon pinard, du bon Bourgogne. C'est un vin fort en caractère. Et ce petit chat qui est un sacré de Birmanie, a un sacré caractère. Donc voilà, c'est ma compagnon. Donc là, je m'occupe beaucoup d'elle. C'est un chat. Un chat, ça a son caractère, ça a son territoire. Mais ça t'apaise aussi. Ça te fait du bien. Ça t'apaise. Des fois, elle est là aussi pour t'apporter du réconfort quand elle sent que ça ne va pas, etc. Donc, il y a pas mal de complicité entre elle et moi.
- Speaker #1
Et raconte-nous un peu ton histoire, pourquoi t'aimes tant l'onologie ?
- Speaker #0
Déjà, je suis natif d'Épernay, donc déjà ça veut dire beaucoup de choses. À Épernay, quand tu nais, l'eau du robinet, en Champagne ou dans la Marne, c'est pas de l'eau, c'est du Champagne qui coule à flot. Ça va, c'est sympa ! Donc après, j'ai travaillé dans la restauration pour me payer mes études. À l'intérieur de ça, j'ai connu un peu la sommellerie. où j'ai appris à connaître un peu tous les vins et les différents lieux viticoles et vinicoles. J'avais plutôt un très bon palais, donc j'ai participé à des concours également, le trophée Ruinard, le trophée des vins de Bordeaux, etc. On le brouillait plutôt bien. Et donc après, j'ai poursuivi, j'ai fait des études de sommellerie, puis après j'ai poursuivi sur de l'onologie à Côté de Reims, dans une école spécialisée à Avize, qui est en plein cœur de la Côte des Blancs. où là je me suis plutôt spécialisé sur la commercialisation et l'élaboration des vins effervescents donc du champagne c'est une passion après qui m'a tout le temps animé on est dans la convivialité et puis dans la générosité parce que quand on a un bon vin on aime bien le partager et le faire découvrir et souvent après j'aime bien aussi accorder des fois des vins pas forcément avec des mets mais aussi des fois avec la... personnalité aussi des personnes des fois c'est important aussi, des fois tu peux toucher juste une personne par rapport au vin que tu peux avoir donc ouais c'est quelque chose que j'aime beaucoup, que j'aime beaucoup mais que j'avais mis un petit peu en stand-by quand j'étais quand j'étais athlète parce que c'était avant que t'entames ta carrière c'était avant que j'entame ma carrière mais après j'ai tout le temps gardé on va dire un petit pied dedans à la fin de chaque grand championnat j'allais faire les vendanges le... chez un ami à moi. On a même fait une cuvée Johan Diniz en 2011, quand j'ai battu le record du monde du 50 km sur piste. Donc le 50 000 m sur piste. 125 tours de piste, pour préciser. 125 tours de 400 m. Tu l'as toujours,
- Speaker #1
cette bouteille ?
- Speaker #0
J'ai toujours la bouteille et j'ai toujours le record du monde. Et on avait fait également une capsule spéciale pendant la course. Et si je battais le record du monde, une autre capsule. Et donc, la capsule, elle s'arrachait par les collectionneurs parce que tu as plein de collectionneurs. Et tu vas l'ouvrir quand, cette bouteille ? La capsule, elle coûtait plus cher que la bouteille. La capsule du record du monde. Donc, c'était assez drôle.
- Speaker #1
Mais tu vas l'ouvrir quand ? J'en ai encore.
- Speaker #0
J'en ai encore à la maison. On pourra un jour en déguster une.
- Speaker #1
Écoute, avec grand plaisir. Si on revient sur la fin de ta carrière, justement, à quel moment, tu en as un peu parlé déjà, mais à quel moment ? Est-ce que tu te dis, stop, ça y est, j'arrête, c'est le moment ? À quel moment tu as eu ce déclic ?
- Speaker #0
En 2017 déjà, quand j'ai gagné les championnats du monde, ça a été un gros effort. Et je me suis dit, moi allez, je suis champion du monde, qu'est-ce que je peux encore aller chercher derrière ? 2019, je suis avec les championnats du monde au Qatar. Déjà, je n'acceptais pas les championnats du monde au Qatar. Pour moi, c'était une ineptie d'aller là-bas. donc je ne les ai pas joués du tout je gagne la coupe du monde en 2019 donc je suis encore vraiment en forme et donc je me dis allez je peux encore pousser 3 ans et 2020 ça sera la dernière et bon ben voilà ça a été en 2021 malheureusement et donc arrivant en 2020 donc fin 2016 début 2017 donc j'arrive chez Decathlon je suis appelé par Christophe Faliras Philippe Nicolini à l'époque qui était patron de la marque Newfield Merci. qui cherchait à développer la marche et toute forme de marche. J'ai adoré la démarche de Décathlon, de venir te voir et de te dire qu'est-ce que tu attends d'une chaussure, qu'est-ce que fait le pied du marcheur, etc. Jamais une marque n'était venue me voir par ce prisme, s'intéresser à ce que faisait mon pied. On me disait « Tiens, tu as une chaussure de marathon, ça fera le taf pour la marche. » Non, en fait, non. Notre pied, ce n'est pas celui d'un marathonien, d'un coureur. Notre pied, il marche, il ne court pas. Le pied, il fait d'autres choses. Donc, ça a été une découverte, une découverte d'un écosystème, d'une marque, de plein de personnes qui travaillent autour de la marque. Puis, je m'éclate. Je m'éclate dans ce que je fais. Je m'éclate dans mon travail et je m'éclate dans ce que je fais. Donc, c'est plutôt une belle reconversion. Je n'ai pas eu le temps de vraiment me dire quelle reconversion j'allais prendre puisqu'elle s'est… Elle est venue à moi, elle s'est présentée naturellement. Et c'est souvent le gros problème qu'on peut avoir quand on est athlète de haut niveau. Parce qu'il y a quand même une petite mort. Donc ça a été difficile après ma carrière quand même d'arriver dans le milieu de l'entreprise et se dire tiens, tu vas prendre un Mac, on va te dire ton ordi, on te parle de KPI, on te parle de KPI, qu'est-ce qu'il me raconte là ? On te parle de plein de choses, tu ne sais pas ce que c'est en fait. Tu n'as pas les codes du milieu de l'entreprise, mais tu apprends. Et puis après, l'intégration, c'est plutôt bien fait.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qui a été le plus dur selon toi en passant de sportif de haut niveau à employé dans une entreprise ?
- Speaker #0
Après, en fait, c'est tout le temps la quête de sens. Pour moi, le sens, il faut que ça ait du sens et il faut que ça aille avec mes valeurs.
- Speaker #1
Tu es entré chez Decathlon et tu as aidé les équipes Marche à développer des produits pour la pratique de la marche. Tu as aussi été référent du Team Athlete Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024. Et là aujourd'hui ? Concrètement, tu fais quoi ?
- Speaker #0
Concrètement, maintenant, je travaille au sein de la Communication Corporate France.
- Speaker #1
Ah bon ? Alors,
- Speaker #0
ça veut dire quoi ? Où j'ai pas mal de missions, notamment des gros sujets avec les différents ministères sur des futures manifestations également organisées où Décathlon a toute sa place à prendre, tant sur la santé, sur le bien-être. quotidien des français dans les familles etc donc là je suis en train de travailler sur ce projet j'accompagne également un projet RH on en parlait sur nos collaborateurs athlètes de haut niveau donc on a créé un cadre qui permet à nos collaborateurs qui sont athlètes de haut niveau sur liste ou pas forcément sur liste mais qui ont un projet en lien avec une pratique de haut niveau de pouvoir leur dégager du temps pour qu'ils puissent pratiquer. Donc, on a créé un cadre de jeu pour qu'ils puissent pratiquer de manière légale leur activité et leur métier dans les meilleures dispositions.
- Speaker #1
Yoann, je te propose qu'on reprenne la tablette parce que j'ai une vidéo à te montrer. Alors, sans surprise, c'est une vidéo que tu m'as envoyée. C'est un entraînement de marche. Alors, elle est plutôt marrante, ta façon de marcher. Tu m'expliques pourquoi tu marches comme ça.
- Speaker #0
Eh bien, regarde, là, tu vois, le relâchement, la fluidité. Là, tu vois que c'est très relâché, c'est très délié. Il y a tout, en fait. Donc, tu attaques talon, tu déroules juste à la pointe, tu as la jambe tendue. Donc là, on a vraiment la marche réglementaire, quoi. Voilà. Et puis, avec des super chaussures qui étaient les Newfield. Puis, j'étais au Portugal, à Myra. Donc, vraiment, un de mes spots d'entraînement, j'ai dû y aller. Pendant 15 ans. Donc, je connais plutôt très, très bien. On voit que ce geste qui est très délié et qui demande un...
- Speaker #1
Un déhanché.
- Speaker #0
Un déhanché, ce n'est pas vraiment un déhanché, en fait. Quand on voit, c'est parce que le bassin... Et en fait, on lance sa jambe devant avec la jambe tendue. Et ça revient très vite, en fait. Et donc, on est tout le temps obligé d'avoir un pied en contact avec le sol. Qu'on voit là, en fait. Et donc, si je n'ai pas les deux pieds au sol, je suis décollé. Et donc, c'est une suspension. et donc en fait Pour que le pied revienne vite au sol, on est obligé de mettre un mouvement très rapide dans les jambes et au niveau des bras. Et donc forcément, tu as le bassin qui avance aussi très vite avec. Mais c'est un geste qui se fait naturellement finalement.
- Speaker #1
Si moi, je veux commencer là aujourd'hui, je commence par où ? Parce que toi, tu parlais de quand tu dis que tu as commencé, tu étais à 12 km heure. Mais est-ce que moi, je peux commencer là maintenant et puis être à 12 ?
- Speaker #0
Tu ne peux pas commencer à 12 maintenant. Il y en a beaucoup qui, déjà, 12, c'est très vite. Mais après, oui, ça peut, en un quart d'heure, 20 minutes, je peux faire de toi une marcheuse sans aucun problème.
- Speaker #1
Ah ouais, chiche.
- Speaker #0
Pas de problème. Écoute, on fera ça la prochaine fois.
- Speaker #1
Très bien. Et alors, qu'est-ce qu'il faut comme équipement principal ? Un indispensable pour commencer à marcher ?
- Speaker #0
Alors, si c'est réglementaire, parce que la marche athlétique, en fait... La marche athlétique, c'est un sport. Donc un sport, c'est légiféré, il y a un règlement, etc. Donc je disais qu'il fallait attaquer la jambe tendue. Donc il faut tout le temps qu'on voit la jambe. Donc il faut avoir forcément un short ou un col en cours pour qu'on puisse voir le genou, en fait. On va juger et on veut voir le genou, tout simplement. Donc il faut avoir quelque chose de court. Mais quand on marche tout le temps, etc., on peut mettre un pantalon, un jogging, enfin quelque chose de ample. où on sent bien une paire de chaussures assez souple, pour bien sentir, en fait. Il ne faut pas une paire de chaussures rigides, une paire de chaussures en carbone, ça ne sert à rien du tout. Il faut vraiment avoir une chaussure très souple, qui permette d'avoir un très bon déroulé de pied, en fait. Voilà. Et puis après, un t-shirt assez ample. Et respirant. Et respirant. Et puis, c'est parti. Et puis, c'est parti.
- Speaker #1
Eh bien, écoute... Ça y est, tu loulou tu tues, l'émission des 4 longs, c'est terminé et c'est passé hyper vite. Je n'ai pas vu le temps passer avec toi. Tu as trouvé ça comment ?
- Speaker #0
Écoute, j'ai trouvé ça super. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avant de se quitter vraiment, est-ce que tu peux me chanter le jingle des 4 longs ?
- Speaker #0
Tu loulou tu tues, tu loulou tu tues.
- Speaker #1
C'est pas mal. Merci Johan.