Speaker #1L'économie. Je crois qu'on est au cœur du sujet d'ores et déjà avec l'IA. Pour nous, auteurs tout court, c'est avant tout économique. On est des producteurs de textes. Et tout à coup, et là c'est vraiment la générative à tout changer, on est passé dans un autre monde où il va falloir redéfinir l'économie du texte qui ne soit plus basée sur la masse de textes qu'on va fournir. Tout le monde attendait l'IA, mais pas du tout. à ce niveau-là. C'est ça qui a été... Je pense qu'on est tout à fait dans une sidération, mais on est encore dans la traînée de la sidération initiale, qui est que quelque chose qui n'est pas intelligent, qui n'est même pas conscient ni intelligent, produit des textes intelligents et qu'on pourrait croire générer par un être conscient. Ça va faire évoluer la littérature elle-même. Donc, je pense que c'est illusoire d'essayer de conserver des choses. parce qu'on ne les conservera pas. Mais en revanche, la littérature, elle, elle va trouver son chemin de la même manière que la vie trouve son chemin. Quand l'écosystème devient toxique, la vie évolue, et la littérature, elle va évoluer avec la toxicité du milieu, puisque l'IA a rendu l'écosystème économique tel qu'il est actuellement, et même artistique, toxique. l'écologie. J'imaginerais un citoyen qui soit comptable de l'énergie qu'il dépense, y compris et sans doute surtout sur l'IA qu'il dépense, entre guillemets, qu'il va utiliser. Je le vois comme ça, mais à un niveau positif. Maintenant, en tant qu'espèce, je suis assez pessimiste naturellement et je pense que autant on est brillant individuellement, autant l'espèce humaine collectivement. Elle ne brille pas en ce moment et je ne la vois pas briller dans le futur. Je trouve par exemple qu'une œuvre comme « Idiocratie » , le film « Idiocratie » , le trouve des fois un peu condescendant, mais le fait est qu'à peu près tout ce qu'il a prédit se réalise. Alors c'est un fait terrible pour moi, je suis un optimiste, mais je suis un optimiste contrarié. Je pense que je suis fondamentalement optimiste, mais... Mais tous les indicateurs étant au rouge, à un moment, il faut être réaliste. Ah, innovation, ça c'est un terme intéressant, le mot innovation, parce que c'est le mot qui a remplacé le mot progrès, innovation. À un moment, ça fait plus de 20 ans, on a arrêté de parler de progrès. Et dans les statistiques mondiales... de l'utilisation du mot dans les articles, etc. Le mot progrès, en fait, c'est effondré. Profit de innovation. L'innovation, c'est la création de technologies sans l'exigence de progrès humain, d'amélioration de la condition humaine. L'innovation fait remplacer l'humain par le consommateur. L'humain est un consommateur, mais pas seulement. Et quand on dit progrès humain... C'est justement ce qui échappe à la consommation. Et c'est ce qui est autre chose que de la consommation. La santé. Alors là, la santé, au niveau de l'IA, moi, je suis absolument pour. Alors, pas l'IA générative, parce que ça n'a rien à voir avec. Mais quoique, d'ailleurs, puisqu'on peut avoir justement des diagnostics en langage naturel, etc. Mais je le vois surtout du plus. Et d'une manière générale, la machinisation. Moi, personnellement, ne me gêne pas, et c'est une question tout simplement de statistiques. Personnellement, si on me dit « est-ce que je veux être opéré par un humain ou une machine ? » , je regarde les statistiques. Si un chirurgien humain, sur tel type d'opération que je dois subir, je vais avoir 87% de réussite et d'opération favorable. Et avec un bloc opératoire piloté par une IA, je vais avoir 95%. Je vais plutôt avoir tendance à... Je vais être bête, je vais être animalement bête. Je vais plutôt avoir tendance à faire confiance à la machine. Sur la carte réalité, c'est intéressant ça. Parce que l'IA rajoute une couche entre... là je parle en tant qu'auteur, entre la réalité et nous. C'est-à-dire que l'auteur, il a sa propre main, son propre cerveau. L'auteur, il représente le réel, en fait, dans le processus de production d'un texte. Passer par l'IA, c'est renoncer à mettre la main dans le cambouis, le cambouis étant les sensations, encore une fois, la recherche. Et en fait, faire de la recherche, c'est se confronter au réel. On croit que parce qu'on va compulser des textes, on s'éloigne du réel. En fait, c'est l'inverse. Parce que les textes, ils ont été produits par des humains, et des humains qui ont passé des années, quand on fait justement de la recherche technique, sur telle problématique. Quand on passe par une IA qui va agréger des connaissances, qui va faire sa propre tambouille, en plus de ça, l'IA, on sait bien que c'est une boîte noire à ce niveau-là, donc on ne sait pas comment elle l'a faite. Je pense que en plus de ça, c'est assez vicieux, parce qu'on ne sait pas comment ça se passe à un moment. Il n'y a pas de raison. De toute façon, le but, c'est de gagner du temps. On ne va pas chercher derrière comment a fait Léa, parce qu'à ce moment-là, il vaut mieux le faire soi-même. Cette façon de gagner du temps nous isole l'auteur du réel. humanisation de l'IA ah ça j'adore ce thème là parce que finalement c'est peut-être le truc le plus SF justement et là on s'éloigne justement de la, là on raccorde avec toute la tradition de la science-fiction classique que j'adore donc l'humanisation de l'IA pour moi c'est rapprocher l'IA de l'IA forte, c'est-à-dire de l'IA telle qu'on on l'imagine classiquement c'est-à-dire où on passe le test de Turing de simulation de conscience Alors moi, j'avoue que intellectuellement, j'adore ça. Et j'allais dire, quand on parle de humanisation de l'IA, je dirais que quand on humanise une IA, on la divinise en même temps. Parce que, d'abord, on est dans une société humaniste, humaniste au sens étymologique, c'est-à-dire qui met l'humain au centre de la société, des besoins de la société. L'humain est au centre, et ses besoins sont au centre. Quand on humanise l'IA, on la met au centre aussi. Donc on n'est plus tout seul. D'autant plus qu'elle est capable de se faire passer pour une personne, donc pour un sujet alors que c'est un objet. Et en fait, cette confusion-là est paralysante pour l'esprit. Mais elle est paralysante pour nous, pour notre génération. Je pense qu'elle ne le sera pas pour les générations qui viennent et qui, elles, auront bien compris que ce n'est qu'un outil. et je pense qu'il n'y aura probablement rien de mieux qu'une IA pour combattre une IA, une IA dressée à conserver le distinguo entre réel et illusion, pour combattre les IA qui, elles, dissolvent la frontière. On va vers un monde d'Ikiens, un monde où justement se pose la question de la réalité, des mondes truqués. Et l'IA est un générateur de mondes truqués et d'humains truqués, puisque Dick c'était à la fois les mondes truqués et les humains truqués. Et là on a les deux. On est dans l'IA, c'est vraiment l'impression que Dick a été vraiment, alors qu'il ignorait tout de l'IA, j'ai l'impression qu'on est dans un monde, le monde de l'IA est un monde d'Ikien. L'évolution de l'homme. L'évolution de l'homme avec l'IA. J'allais presque renvoyer à un cycle de Gregory Benford, qui est celui de la Grande Rivière du Ciel, où l'homme n'est plus vraiment l'homme. En fait, c'est déjà le successeur de l'homme. Et c'est un homme totalement hybridé avec la machine. En fait, c'est déjà un cyborg. Alors, avec l'IA, c'est un cyborg cognitif. Mais ce qui est aussi le cas dans la Grande Rivière du Ciel est le cycle, il faut lire tout le cycle, de Gregory Benford. où les hommes vivent avec les fantômes de leurs ancêtres, reconstitués numériquement, etc. Je n'ai pas de vision globale de la réalité de demain. D'abord, quand je travaille, je travaille à partir d'un thème, qui est une sorte de porte d'entrée vers un futur. Et en fait, à partir de ce thème, je vais colorer le monde entier. le monde que je vais décrire va être coloré par la thématique elle-même. Et donc, je serais bien en peine d'imaginer ça. En plus de ça, je pense que ça va aussi un peu contre presque ma nature de comment je pense la société, même d'aujourd'hui. C'est-à-dire que je pense qu'on est de toute façon dans une société multiple et fragmentée. Et donc, je ne pense pas qu'on peut penser une société... Ça suppose une certaine uniformisation. Et je pense que la société n'est pas uniforme du tout. Du tout, du tout. Donc, je serais bien en peine d'imaginer une société du futur. Je pense qu'il y en aura plein, plein de différentes. Il y aura plein de réponses différentes à l'IA, par exemple. Et pour le reste des problématiques de demain, l'écologie, etc., ce sera la même chose.