Speaker #0Nouvelle saison, mes amis. Et une nouvelle saison, ça mérite une annonce. Une seule, promis, ensuite on parle de musique. Ce podcast a désormais un Patreon. Patreon.com slash un dernier disque, le chiffre 1, puis dernier disque en toutes lettres, je sais, c'est raffiné. Pourquoi un Patreon ? parce que derrière chaque épisode, il y a des choses que vous n'entendez pas. Les notes de recherche, mes sources, les fausses pistes, les anecdotes que j'ai vérifiées trois fois et celles que j'ai dû jeter la mort dans l'âme. La playlist annotée où je vous dis pourquoi chaque morceau est là, les coulisses, ce que j'ai coupé, ce que je regrette, et le titre que cet épisode a failli porter. Et pour les plus fidèles, le script complet, celui que j'ai sous les yeux en ce moment même, avec toutes les hésitations dedans. 4 paliers, mais si vous n'avez pas les moyens et que vous ne voulez pas monter à bord ou que vous ne pouvez pas monter à bord, aucun problème, l'épisode lui reste gratuit sur toutes les plateformes comme d'habitude. Voilà c'est dit, maintenant c'est parti ! Tom Petty, Tom Petty je l'ai raté pendant 2 années, je vais vous dire pourquoi, c'est complètement idiot. On me le vendait à chaque fois qu'on m'en parlait comme le cousin de Springsteen, ce qui était à peu près la pire façon de vendre quoi que ce soit. Et puis, il y avait cette tête, cette tête de lapin qu'aurait choisi la perruque de Patrick Juvet. Je sais, c'est injuste, mais on ne choisit pas ses blocages. Mon ami Julien Bittoun, dont vous avez déjà entendu parler dans certains épisodes et dont je l'espère vous vous achetez la musique, lui, vous, a un culte, et a un culte depuis toujours. Et moi, chaque fois qu'il m'en parlait, je Ausha la tête poliment, comme on fait avec les amis qui insistent. Et puis un jour, la chanson « Refugee » passe à la radio, dans la voiture. Et là, je me dis, peut-être que je devrais y consacrer un peu de temps. Mieux au retard que jamais, j'ai failli rater quelque chose d'énorme. Cet épisode, c'est l'histoire de ce que j'ai failli rater. Merci Julien. Pour commencer, parlons d'abord de Gainesville, Florida. Parce que si vous voulez comprendre Tom Petty, et je veux dire vraiment comprendre, pas juste connaître les chansons, il faut commencer par là. C'est un endroit qui, sur le papier, n'a aucune raison de produire ce type de musicien. Gainesville, c'est une ville universitaire en Floride centrale. C'est pas Miami avec les palmiers glamour, c'est pas Jacksonville avec des prétentions sudistes. Gainesville, des palmiers, une université, des bars pour étudiants, des moustiques, beaucoup. Des alligators, dans les Bayous, pas loin. Voilà le décor.
Speaker #0sah-ha-ha-ha-ha-ha-ha Mené par le capitaine d'Illigaf, un mélomane de mauvaise foi qui partage sa vie avec le sergeant Pepper, une femelle bulldog, français, pétomane, le podcast Un Dernier Disque Avant La Fin Du Monde s'applique à remettre en perspective des disques, des chansons, des artistes. la capitaine d'illigaf n'hésite pas à mélanger classique rock et succès pop en évitant de répondre aux questions trop impliquantes telles que danny brillant l'est il vraiment johnny mitchell est elle la fille cachée de johnny hallyday et eddie mitchell le blues est-il vraiment la fille cachée de johnny hallyday été inventé par les blancs les ramones ont-ils nettoyé des cheminées à tismes habiter elle mauritie et qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école bonne écoute et pourtant de cette ville entre la fin des années 60 et le début des années 70 vont sortir dan felder et bernie lyden les deux futurs et girls ainsi que tom pétille et la plupart des futurs heartbreakers. C'est-à-dire, pour faire court, une bonne partie du rock américain les 10 années suivantes. Tout le monde se connaît, tout le monde joue dans les mêmes bars, tout le monde traîne chez Lee Fans Music, le seul vrai magasin de la ville qui vend des disques, et c'est Don Felder, le futi guitariste du solo de Hotel California, qui apprend à petit à jouer du piano dans l'arrière-boutique pendant les heures creuses. Je précise pour ceux qui se demanderaient si c'est possible, Stephen Seals. cofondateur de Buffalo Springfield et de Crosby, Stills, Nash & Young, elle eut aussi passé par la Floride. La Floride a visiblement décidé à un moment de produire du rock californien en série industrielle. Phénomène non expliqué par la science jusqu'à ce jour. Pour comprendre pourquoi la compétition était si rude à Gainesville, il faut comprendre que cette ville universitaire avait un appétit insatiable pour la musique live. Les groupes qui n'étaient pas vraiment bons ne survivaient pas. Tom Petty apprendra à jouer 5 sets par nuit, 6 nuits par semaine, au Dubs, le bar universitaire de référence. 5 sets par nuit. Ce qui correspond, si vous faites le calcul, à quelque chose comme un doctorat en rock'n'roll. Mais avant tout ça... Il y a eu le début de l'histoire. Et le début de l'histoire, c'est une rencontre avec Elvis Presley en 1961 sur un tournage de film. naît le 20 octobre 1950 à Gainesville, Floride. Donc, son père s'appelle Earl, oui, le fils comme le père. C'est la Floride des années 50, pas un roman scandinave. Earl Petty Senior est assureur le jour, buveur compulsif et joueur invétéré le reste du temps, un homme d'une dualité déconcertante. Tom Petty racontera un jour, avec ce regard qu'il a à la fois tendre et légèrement hébété par ce qu'il décrit, que son père lui a un jour refusé une guitare silver tone. à 55 dollars en catalogue Sears jugeant que c'était un instrument trop minable pour qu'il avance la somme et que quelques jours plus tard ce même père est rentré à la maison avec une Gibson EB2 et un ampli Fender Trimolux flambant neuf, acheté à quelqu'un qui vendait l'ensemble. Il les a posés dans le salon, sans un mot d'explication. Je n'avais jamais ressenti ce genre d'amour de sa part de ma vie entière a dit Tom Petty. Et le lendemain, le même homme repartait dans un fossé avec sa voiture. C'était comme ça. La mère travaille au bureau des impôts. Elle est là. Elle supporte. Elle tient la famille. Elle sera fière de la musique sans jamais vraiment comprendre comment son fils peut en jouer sans avoir vraiment pris de leçons. Elle mourra en 1981 avant d'avoir pu profiter des caléliacs que son fils lui aura achetés. Petit dira que c'est l'un des grands regrets de sa vie. La grand-mère maternelle est chez Rocky. ce qu'elle n'ira toute sa vie vivant dans une époque et une région où ce n'était pas vraiment une identité dont on se vantait. C'est d'elle que Patty tient ses cheveux raides et ses pommettes hautes. C'est elle aussi qui bâtit sa confiance en lui dans cette maison turbulente. Patty se souvient qu'elle ne prononçait jamais le prénom Earl, parce que son ex-mari s'appelait Earl aussi et que ça ne lui avait pas vraiment porté chance. Elle appelait le père de Tom, Patty, comme par exemple dans la phrase Petty est encore rentré ivre hier soir. Tim Petty a 11 ans quand son oncle, Earl Jenigan, technicien sur des tournages, lui propose d'aller voir Elvis Presley sur un plateau à Ocala, 50 kilomètres de chez lui. Le film s'appelle Follow That Dream. « J'ai toujours trouvé que c'était un titre cosmique » , dira Petty plus tard. Ce qu'il voit ce jour-là, il le racontera jusqu'à la fin de sa vie avec une précision photographique. Elvis qui sort d'une rangée de cadillacs blanches, toutes blanches, entouré de sa Memphis Mafia, en costume Moher, une foule qui charge les barrières à chaque prise, et Elvis lui-même qui marche dans la direction du gamin et dans les cheveux noirs brillent un peu en bleu quand le soleil les frappe. Il semblait briller, il semblait marcher au-dessus du sol, je n'avais jamais rien vu de pareil. Petit rentre à Gainesville avec la conviction d'avoir vu quelque chose qui relevait d'un autre ordre du réel. Il troquera son vence-pierre contre une boîte de 45 tours d'Elvis. Il enverra un dollar en Angleterre pour commander The Elvis Presley Handbook, un livre qui répertorie tous ses enregistrements au grand scandale de sa famille qui trouve que c'est gaspillé en dollars. Le livre met des mois à arriver, mais le jour où il arrive, c'est Noël. Pour la petite histoire, l'oncle... Earl Jernigan, qui travaillait sur le tournage en Floride, avait également participé au film Creatures from the Black Lagoon. Il avait ramené chez lui un des costumes en caoutchouc du monstre et Tom Petty, gamin, trouvait ça vraiment cool. Je le cite. Trois ans plus tard, un dimanche soir de février 1964, les Petty sont devant leur poste de télévision et les Beatles jouent à l'Ed Sullivan Show. Tom a 13 ans. Le monde a changé du noir au blanc à la couleur. Tant qu'on est en technicolore. Et surtout, c'est ça qui change tout, il comprend les modes d'emploi. Les Beatles ne sont pas un seul homme avec un orchestre, ce sont quatre mecs, quatre garçons avec leurs instruments. Tu prends tes potes du quartier, tu peux former un groupe, vous faites de la musique vous-même. Et là, j'ai su que je pouvais le faire. Ici, on devrait normalement écouter un extrait de I Saw Her Standing There par les Beatles, mais je ne vais pas le passer. parce que sinon l'épisode va se faire striker. Ce qui suit, c'est 50 formations accélérées. Les Sandowners, premier groupe à 14 ans, uniforme bleu, bottes Beatles achetées dans le seul magasin de la ville qui en avait. La mère de Dennis Lee, le batteur, conduit tout le monde dans sa station wagon et attend la fin du concert pour ramener les gamins à la maison. Katie gagne 100 dollars par vendredi soir au Moose Club. Sa mère pense qu'il a volé l'argent. Elle appelle le Moose Club pour vérifier. Puis viennent les Epics, puis Mud Crutch. On joue tout ce que le public demande. Beatles, Stone, Kings, Animals, Dylan. Bien sûr, depuis que Like a Rolling Stone est sorti, on s'améliore par la compétition. On apprend en passant des heures chez les femmes à regarder les autres jouer. Pendant tout ce temps, la guerre avec le père sur la question de la longueur des cheveux. Betty laisse pousser ses cheveux. Les cheveux Beatles, longs sur les oreilles. Le père déteste ça. C'était bizarre. C'était vraiment bizarre. Je peux comprendre pourquoi ça le rendait fou. Se promener avec des cheveux en 1964 dans le Deep South, c'était comme avoir 50 piercings et une crête verte aujourd'hui. Les restaurants refusaient de vous servir. On pouvait vous casser la gueule dans la mauvaise rue. Le collège oblige les élèves à couper leurs cheveux. Petty et ses amis se les lissent avec de la vaseline pour passer la journée. Plaqués sur la tête, on dirait qu'ils sont courts. Puis il se les relave le soir, afin qu'on voit qu'ils soient longs. Père et fils se battent physiquement sur la question. Et puis en rentrant d'un concert, le père passe devant le Dubs, le grand bar universitaire où Mud Crutch joue 5-7 par nuit. Il entre discrètement par le fond de la salle, il regarde. Il repart sans se montrer. Deux jours plus tard, il dira à Tom, « Vous êtes vraiment bon, c'est un vraiment bon groupe que tu as là. » Et c'est la seule chose qui ressemblait à un compliment. que Petty se souvient avoir entendu dans la bouche de son père. C'est dans ces années-là que Petty rencontre les deux personnes qui compteront le plus pour lui. Mike Campbell, guitariste. En fait, Petty recherche un batteur pour notre crutch. Il répond à une annonce, tombe sur Randall March. Randall March a Campbell comme colocataire. Quand Petty arrive, il est en train de jouer Johnny B. Goode sur une petite guitare japonaise. Il refuse d'emprunter l'Hurrican Baker que Petty lui propose. À la fin du morceau, sans délibération, Petty dit « Toi, t'es dans le groupe » . Campbell n'avait même pas demandé. Petty se souviendra des années plus tard avoir vu Campbell assis dans un champ derrière la maison, seul, avec la guitare acoustique, en train de jouer pour personne. Il jouait tout le temps, il pouvait jouer n'importe quoi, tout ce qui avait des cordes, sauf un violon. On a même essayé une fois, mais c'était assez douloureux à entendre. Ben Mond Tenge, clavier. Petit le voit pour la première fois à l'âge de 12 ans chez Lee Ferns Music, à côté des orgues. Un gamin s'assoit et joue tout Sgt. Pepper intégralement, de mémoire, avec les bonnes sonorités, y compris le glafcin de Lucy in the Sky. Une petite foule se forme autour de lui, sans qu'il s'en aperçoive. Petty, de l'autre côté du magasin, ne peut pas croire que ce soit un gamin. Benman Tench est le fils d'un juge local. Tom Petty devra aller plaider sa cause dans le bureau du juge Tench pour obtenir l'autorisation de laisser son fils abandonner ses études à la Nouvelle-Orléans. et partir à Los Angeles dans un van. Le juge Tench, à son crédit fini par céder, Petty était vraiment effrayé à l'idée d'entrer dans son bureau. Mudcratch devient le groupe le plus populaire de Gainesville. Les Mudcratch Farm Festivals, des concerts en plein air dans les champs derrière la maison que le groupe partage, attirent des milliers de personnes dans un espace qui n'a pas de toilettes, pas de services de sécurité, pas d'organisation d'aucune sorte. Les flics arrivent, évaluent la situation et disent... de ne pas vous arrêter parce qu'il y a trop de monde dans votre champ, vous pouvez continuer encore une heure. Et ça repart pour un tour. À la troisième édition, les propriétaires du terrain expulsent le groupe. Le groupe décide de faire un dernier festival avant de partir, puisqu'on est expulsé, de toute façon, on s'en fout. Et c'est là que ça devient vraiment grand. Mais Gainesville a un plafond de verre. Vous avez joué dans tous les bars de la ville, dix fois chacun, vous êtes le groupe le plus célèbre du patelin, et vous ne pouvez pas vraiment devenir célèbre au niveau national. Et partout autour de vous, Les gens qui étaient là avant vous, Bernie Lydon chez les Flying Burritos Brothers, Tom Lydon qui tourne avec Linda Ronstadt à LA, ils reviennent de temps en temps en visite et racontent la Californie. Le Sud avait été complètement inondé par les Allman Brothers. Chaque groupe en était une imitation. On adorait les Allman Brothers, mais on détestait les imitations, on trouvait ça stupide. On était un groupe à chansons de 3 minutes, et là, on ne s'y retrouvait plus. La décision était prise, il fallait partir à Los Angeles. Mudcratch charge un van et prend la route vers l'ouest. Tom Petty, sa femme Jen qu'il vient d'épouser la semaine d'avant, et quelques compagnons. une boîte de démo en reel-to-reel dans le salon des Tench à Gainsville et une liste d'adresses de maisons de disques découpées dans une page de Rolling Stone. Avant de partir, ils ont essayé Capricorn Records à Macon, Chergy, le label des Holmen. Réponse, ce que vous faites est trop anglais pour nous. Ce qui, dans le contexte du Deep South de 1973, était une façon de dire, ce n'est pas ce qu'on cherche. Petty dit, on a décidé qu'on allait en Californie, la Floride c'était fini. On y avait tout fait, on y avait un grand public, on pouvait remplir des salles de 1000 personnes, mais ça n'allait nulle part niveau carrière. A traverser du continent, elle est de la veuille de pétit, le plus grand voyage de ma vie. Il n'a jamais été à l'ouest du Mississippi, il s'arrête pour regarder les cactus au bord des routes, ils sont abasourdis. Quand ils arrivent sur Sunset Boulevard, ils voient des enseignes de maisons de disques partout, MGM Record, Pat Capitol, A&M. J'ai pensé, tout ce qu'on a à faire, c'est entrer dans chacune d'elles et on finira par avoir un contrat. Et ils tombent amoureux de Los Angeles en une heure. Partout, des gens qui gagnent leur vie en faisant de la musique. C'est vraiment the place to be. Ils entrent dans toutes les maisons de disques avec leurs démos. La plupart les mettent dehors en 30 secondes. MGM leur propose un single. London Records leur propose un album entier, mais avec obligation de jouer des reprises pour se financer. Pas idéal. Et puis dans une cabine téléphonique sur Sunset Boulevard, Petit cherchait d'autres adresses dans l'annuaire. Il trouve par terre une feuille de papier. Une liste de 20 maisons de disques avec numéro et adresse. Il réalise... Il y a beaucoup d'autres personnes qui font exactement la même chose que nous. Sur la liste, il y a Shelter Records, petite maison délabrée sur Hollywood Boulevard, décrite par un journaliste de l'époque comme ressemblant à la planque de l'armée du salut où les flics du SWAT avaient grillé leurs camarades quelques années plus tôt. Ce n'était pas un compliment d'architecture, mais plutôt de contre-culture. Le label appartient à Leon Russell et un projecteur. à la fois argentin et anglais nommé Danny Cawdell, l'homme qui avait produit A Wadai Shot of Pearl pour Procolorum et les grands disques de Joe Cooker. Il dépose la démo, trois semaines plus tard, de retour à Gainesville, le téléphone sonne, Petty croit que c'est quelqu'un qui appelle pour la voiture qu'ils avaient mise en vente. C'était Cawdell. Danny Cawdell sera, avec Mike Campbell, la personne la plus importante de la carrière de Tom Petty. Pas parce qu'il a signé le contrat, ça n'a pas de quel A&R aurait pu le faire. mais parce qu'il a décidé dès le premier jour de former Petty avant de l'enregistrer. Chaque soir, à 18h, quand le bureau fermait, Cordell sortait ses disques. Ils s'assaillaient ensemble et écoutaient pendant des heures. Lloyd Price, du reggae, les Stones, Dale Shannon, Chuck Berry, tout ce qu'il avait excité depuis 20 ans de métier. « Il était mon gourou » , dit Petty. « Je n'avais pas les moyens d'avoir beaucoup de disques. À Gainesville, on pouvait seulement entendre ce qu'on possédait. Et là, soudain, quelqu'un qui avait accès à... » tout, voulait me faire tout entendre. C'était une fortune d'informations. Il emmène Petit à des expositions d'art. Petit ne comprend pas le rapport avec la musique. Cordel lui dit « Prends en note, il y a un lien. Le mec était cryptique. Il vous faisait travailler pour comprendre ce qu'il voulait dire. Il a vraiment façonné toute ma personnalité, je pense. » Pendant ce temps, Matt Crutch essayait d'enregistrer un album et il n'y arrivait pas. Ils étaient d'excellents musiciens sur scène, au studio. une autre histoire. Comme le dira Mike Campbell des années plus tard avec une franchise désarmante, on ne savait pas enregistrer. Quand on est arrivé en Californie et qu'on a vraiment essayé, soit la conscience de soi, soit l'incompétence s'est installée, mais ça sonnait vraiment comme de la merde. Cordell les envoie passer deux semaines à Tulsa, en Oklahoma, dans les studios de Leon Russell avec un ingénieur du son qui leur apprend les bases. Comment on pose le micro devant une batterie, comment on utilise l'espace dans un arrangement, comment on laisse le silence travailler. Jouer live, c'est un art différent. En studio, il faut apprendre à tromper les micros pour leur faire restituer le son qu'on veut. On avait à apprendre comment les choses passent de ce côté-là, de ce côté-là de la vitre. Un single saw, Deepwood Street, il ne fait rien. Cordell coupe les ponts avec Mud Crutch, mais garde Petty comme artiste solo. Par une négociation que Petty réussit à imposer, il réussit à garder Campbell. Tom Petty se retrouve seul dans une chambre du Winona Motel sur Hollywood Boulevard. Ce que la littérature spécialisée décrit comme un endroit pour prostituer. Sa femme Jane et leur bébé Adria sont rentrés en Floride faute d'argent. Petty mettait sa fille dans le tiroir de la commode, faute de berceau, avant qu'elle ne reparte. Il reste seul à LA. Mais Leon Russell vit dans une grande maison à Encino. Il demande à Petty de la garder pendant ses tournées. Et autour des sessions d'un album expérimental que Russell prépare, chaque morceau, avec un producteur différent, Petit va croiser dans le même salon George Harrison, Ringo Starr, Brian Wilson, Terry Melcher, le producteur des Birds. C'est Leon qui dit « Qu'est-ce que tu penses de Brian Wilson ? » J'ai dit « Ouais, ce serait sympa » . Il me regarde et me dit « Ok, on va le voir » . Et on monte dans sa Rolls Royce et on y va. Un gamin de Gainesville, assis dans le salon de Brian Wilson. Je ne savais vraiment pas quoi faire de ça. George Harrison devient pendant cette période l'une des rencontres les plus importantes de la vie de Petty. Mais ça, ce sera dans l'histoire du deuxième épisode. C'est par hasard que les Heartbreaker naissent. Un après-midi de 1976, Petty passe au Village Recorder, un studio de Santa Monica. Ben Montage a organisé une session avec des amis, des musiciens de Gainesville qui s'étaient retrouvés à LA. Ron Blair à la basse, Stan Leach à la batterie, Jeff Gerard à la guitare, Petty entend. Il entre, il les entend jouer. Ça m'a instantanément frappé. J'étais chez moi. C'est là que je devais être. Son pitch est simple. J'ai un contrat de disque. Vous n'avez pas besoin de chercher, venez avec moi. » Ils acceptent. Et le groupe qui allait s'appeler Tom Petty and the Heartbreakers, non suggéré par Cordell, qui avait refusé Tom Petty and the King Bees, la première idée de Petty, se ferme. Petty insiste sur un point, son nom dans le titre. « Je ne voulais pas refaire l'expérience de Mud Crutch. Avoir mis toute cette énergie toutes ces années et que personne ne sache qui je suis. » Roger McGuinn de Bird lui dira des années plus tard « J'aurais dû faire pareil. » J'aurais dû m'appeler Roger McQueen and the Birds. Stanley de Chalabata. Personnalité énorme selon Petty, ce qui est une façon diplomatique de dire que les séances en studio avec lui pouvaient être des véritables épreuves. Il avait une cinquième vitesse sur scène, il pouvait faire exploser n'importe quoi. En studio, c'était un peu plus compliqué. Mais je ne changeais rien parce que c'est ça qui crée un son, et c'est ça qui fait que le son est uniquement le nôtre. La plupart des titres du premier album sont enregistrés en 15 jours dans le studio Meet de Shelter, une ancienne boîte de nuit arménienne sur Hollywood Boulevard, avec vue par le hublot sur un cinéma porno gay. L'ambiance est ce qu'elle est. Quelqu'un sonnait à l'entrée du studio chaque jour. à la même heure et poussait des cris étranges en passant. Il l'appelait « La femme gibon » . C'est lui par moi qui invente. Un seul titre de l'album mérite un arrêt complet. « American Girl » a été enregistré le 4 juillet 1976, le jour du bicentenaire américain. Ce n'est pas une coïncidence cherchée, c'est juste le jour où ils l'ont enregistré. Mais il y a quelque chose de parfaitement logique là-dedans. Petty vivait dans un appartement à Encino, près de l'autoroute. La nuit, le bruit des bagnoles sur l'autoroute lui... semblait être celui de l'océan. C'était mon Malibu à moi, là où j'entendais les vagues se briser. En fait, c'était juste les bagnoles qui passaient. C'est avec cette image dans la tête qu'il écrit la chanson. Une fille debout sur un toit qui entend le monde entier, qui n'a peut-être jamais existé, ou peut-être qu'il est partout. Quand Roger McQueen des Birds entend American Girl la première fois, il convoque Petty. Petty est terrifié, il croit qu'il va se faire rapprocher d'avoir copié quelque chose, le son des Birds. Il m'a regardé et il a dit, quand j'ai entendu cette chanson, j'ai cru que c'était moi. Et puis j'y réfléchis, mais je ne me souviens pas l'avoir enregistrée. Résultat, McGuinne reprend la chanson sur son album suivant, et il emmène les Heartbreaker en tournée avec lui pour les présenter au public américain, au moment précis où ils en ont besoin. C'est ce genre de coup de pouce qui change une carrière. En Angleterre, leur premier album sort avant de vraiment percer aux Etats-Unis. Ils font le top of the pops, les journalistes les attendent à l'aéroport, En quelques semaines, ils passent d'ouvrants pour Nislov Grun à Headliner de leur propre salle. Quand ils rentrent en Amérique, ils ne sont rien du tout. On venait de quitter l'Angleterre où on était Headliner, tête d'affiche. On descend de l'avion et on n'est rien. C'est à cette époque qu'arrive une scène que Petty rangera plus tard parmi les plus étranges de sa vie. 16 août 1977, Elvis Presley meurt. Une radio de Los Angeles en plein travaux de rénovation n'arrive pas à mettre la main sur les disques d'Elvis. rangé quelque part dans les cartons, puisque plus grand monde n'écoutait Elvis à ce moment-là. Le DJ décide alors de passer par des artistes qui, selon lui, puisaient leur énergie dans les mêmes sources qu'Elvis, avec la même vitalité et la même intensité. Et le set comprend deux chansons de Tom Petty. Tout devenait de plus en plus surréaliste. J'allume la télé et il est encore là. Melody Maker m'appelle pour savoir ce que j'en pense. Je ne savais même pas quoi répondre. C'était l'une des choses les plus étranges qui me soient arrivées. Breakdown. Elle finit par atteindre la quatrième place du Big Board. Début 1978, portée par la rumeur anglaise qui avait fini par traverser l'Atlantique, plus d'un an après sa sortie, ça ne se déroule jamais comme prévu.