Speaker #0Le plaisir solitaire est sûrement un des sujets le plus tabou dans notre société. Et il n'y a pas de hasard à cela. En effet, depuis le XVIIIe siècle, ce que l'on appelle plus communément masturbation, a été désigné comme une pratique perverse, source de problématiques qui sont liées à la psychologie, à la santé même, et que finalement, le fait de pratiquer cela amenait parfois même à la mort. Alors bon... Aujourd'hui, on a bien avancé sur le sujet, et cela grâce au XXe siècle, qui a commencé à améliorer notre rapport à la masturbation. Mais pour autant, est-ce que nous gardons une partie de cette accusation honteuse ? Très certainement. Avons-nous besoin aujourd'hui de mieux évoquer ce sujet sans y placer une forme de perversion ? Assurément. Le mot d'ailleurs en soi, masturbation, est porteur de honte, puisque son étymologie amène à cela. C'est aussi ce qui peut expliquer que parfois, on a du mal à nommer cet acte, et on préfère parler de caresse, de plaisir solitaire ou autre. Et dans ce podcast, je vais évoquer avec vous ce qui nous a été transmis de cette pratique, et ensuite ce qu'aujourd'hui nous pouvons comprendre, déconstruire, et quel pouvoir nous pouvons donner à la masturbation. Je dis bien pouvoir, car c'est un acte où l'on s'appartient, où l'on apprend à se connaître, et avec lequel on peut faire circuler notre énergie sexuelle. pour nous sentir mieux dans notre quotidien. Par contre, mon propos va être aussi de vous faire réfléchir à votre manière de vous masturber, sans jugement, mais simplement dans l'idée de tirer meilleure partie de cette pratique. Alors, cela va concerner chacun, que vous ne pratiquez pas la masturbation car vous ne voyez pas l'intérêt, ou celles et ceux qui se droguent au porno pour se satisfaire, ou qui ont l'impression d'être dans une sorte de masturbation plus pour finalement délivrer des tensions. On va aborder tout ça aujourd'hui. Avant d'aller plus loin, je vous incite à vous abonner, à mettre un like, des étoiles, à partager. Tout simplement parce que je vais vous partager davantage de contenus prochainement qui vont sûrement vous intéresser sur le couple, sur l'amour et bien sûr sur la sexualité. Donc n'hésitez pas à encourager ce podcast. C'est ce qui me donne particulièrement envie de partager davantage et régulièrement. Alors je suis, pour ceux qui ne me connaissent pas, Aurélie Loiseau, sexothérapeute coach de l'intime et autrice, et depuis 2018 j'oeuvre pour le bien-être intime de chacun et chacune. Ce podcast, c'est un espace de paroles libres, bienveillants, sans tabou, pour vous donner des clés et vous aider à vous épanouir, seul ou avec un ou une partenaire. C'est sous le signe du féminin et de l'amour, mais c'est dédié à tous. Et maintenant... Plongeons dans le vif du sujet. Cet épisode, je l'ai voulu complet, parce que la masturbation, c'est un sujet qui mérite qu'on la regarde sous tous les angles. On va tout d'abord remonter un peu dans l'histoire, parce que si le plaisir solitaire est aussi tabou aujourd'hui, comme je vous l'ai dit, ce n'est pas un hasard. Il y a des racines à ça, des siècles de peur médicalisées et moralisées. On va comprendre d'où vient ce conditionnement. Ensuite, on va parler de ce que ça coûte de ne pas se masturber. Et là, je m'adresse particulièrement aux femmes. Parce que les chiffres sont là, l'écart entre hommes et femmes sur cette pratique reste immense. Et cet écart a des conséquences très concrètes sur le désir, le plaisir et la relation à l'autre, et la relation à soi. Alors même si au fur et à mesure du temps, beaucoup plus de femmes pratiquent elles aussi le plaisir solitaire, je découvre très régulièrement dans mes consultations que le fait de ne pas se faire plaisir à soi amène à ne pas se connaître. Et lorsque l'on sort de cette rencontre où en fait on a des papillons dans le ventre, où on est excité parce qu'on a envie de séduire l'autre et que là l'excitation sexuelle est au rendez-vous, et au fur et à mesure de la relation, tout cela redescend et c'est normal. Et là, on revient à soi, à la relation qui n'est plus une relation qui est liée à la séduction. On n'est plus dans le confort. Et si, par soi-même, on n'a pas déjà... était dans ce corps érotique qu'on ressent vis-à-vis de soi-même, ça va être difficile de partager ce désir, ce plaisir avec l'autre. Alors souvent on va se retrouver dans une sexualité où on est plus tourné vers l'autre, on fait plaisir à l'autre, mais en fait on ne voit pas l'intérêt pour soi. D'où l'importance de parler aujourd'hui de ce sujet-là, mais il n'y a pas que ça bien sûr. Il y a aussi les habitudes qu'on a par rapport à la masturbation qui vont faire que parfois, finalement, on va trouver plus confortable de se faire plaisir. en solitaire que d'aller vers l'autre. C'est un autre sujet qu'on pourra aussi aborder. En tout cas, il était important pour moi de parler aussi dans ce podcast des bienfaits réels, physiologiques, émotionnels de la masturbation. Parce que la science est de notre côté, bien qu'elle ne l'a pas été auparavant. Et pour finir, je peux vous proposer une autre manière de pratiquer la masturbation, ni dans la dépendance aux images, ni dans la performance, une pratique incarnée, méditative, qui nourrit la relation à soi. et par ricochet la relation à l'autre. Donc cet épisode vous concerne que vous soyez une femme qui n'a jamais osé, un homme qui cherche à mieux se connaître, ou un partenaire qui veut comprendre ce qui se joue dans l'intimité. Alors restez bien jusqu'au bout, ça risque d'être intéressant. Commençons donc par l'histoire, parce que le tabou de la masturbation a été construit. Et quand on comprend comment il a été construit, on peut commencer à le déconstruire. On retrouve... dans la littérature antique, dans les textes médicaux grecs et romains, dans certains récits satiriques, dans les marges de la théologie, l'évocation, par métaphore, par allusion, par périphrase, de la masturbation. Mais sans nommer, sans donner un nom, sans catégorie fixe. La chose existait, circulait, mais n'avait pas encore été saisie par le langage de façon directe. Et c'est un français, c'est Montaigne. qui le premier en français lui donne un nom. Dans un de ses ouvrages, il forge le terme « manustupration » . Manustupration, je le répète, il n'est pas évident pour moi à prononcer. Le français va ensuite osciller pendant plus d'un siècle entre deux formes concurrentes. Manustupration, donc, et masturbation. Et cette coexistence n'est pas anodine. Manustupration vient de manus, la main, et de stupratio, l'action de souiller. Se manustuprer, c'est donc littéralement se souiller par la main, se donner du stupre, un plaisir honteux, par ses propres doigts. La souillure est dans le mot lui-même, gravée dans sa racine latine. Alors que masturbation, lui, vient du latin masturbatio, peut-être même apparenté au grec, et là je vais avoir du mal aussi à prononcer, mais ce terme grec, lui, ramène au terme prostituée. l'acte solitaire associé à la prostitution, le plaisir privé rangé du côté du commerce charnel. Et puis il y a les synonymes qui confirment ce que les étymologies révèlent, onanisme, qui vient du récit biblique d'Onan, ce personnage qui répand sa semence sur le sol, et qui va être transformé en une figure de la sexualité non reproductive, et on va même aller jusqu'à... une interprétation, particulièrement chez les protestants, d'un abus de soi. Comme si le corps pouvait se faire violence en dilapidant comme ça sa semence et en cherchant son propre plaisir. Alors le langage ne mange jamais sur ce qu'une époque pense. Et là le verdict est clair, la masturbation a été nommée comme une faute, une souillure, un excès. Et avant même qu'on en parle, avant même qu'on l'interdise, elle était déjà condamnée dans les mots. qu'on avait choisi pour la désigner. C'est en fait la construction d'un tabou. Et ce qui a vraiment structuré la peur moderne de la masturbation, c'est le XVIIIe siècle. En 1710, un ouvrage anonyme parait à Londres, attribué à un certain Dr Baker, intitulé « Onania ou le péché infâme de la souillure de soi » . Un texte qui brosse un tableau terrifiant des souffrances que cette pratique causerait. On va dire que c'est le premier coup de canon contre la masturbation. Parce qu'arrive ensuite le grand artisan de cette grande peur, c'est le docteur Samuel Auguste Tissot, médecin lausannois, l'un des plus célèbres de son époque. En 1758, il publie en latin l'Onanisme, traduit en français deux ans plus tard, et dans cet ouvrage, il soutient que la masturbation épuise l'homme qui s'y adonne et entraîne la stérilité, ainsi qu'un certain nombre de maladies. Et sa publication donne naissance à un mouvement. anti-masturbation d'ampleur mondiale qui influencera la société jusqu'à la moitié du XXe siècle, et oui, en effet. Et donc, ce qui est fascinant et révoltant aussi, c'est que cette terreur a duré. Il a fallu attendre les années 60 et la remise en question par la jeunesse de la morale bourgeoise dominante pour que la masturbation commence à être socialement acceptée. Alors comprenez bien. Si aujourd'hui encore, beaucoup de femmes, beaucoup d'hommes ressentent de la honte, de la culpabilité, du malaise à l'idée de se toucher, ce n'est pas de leur faute. C'est l'héritage de 250 ans de peurs institutionnalisées, médicalisées, moralisées. Et ça ne fait pas si longtemps qu'on en est sorti. Il y a une mémoire qui traverse le temps et qui traverse les générations. Je ne sais pas si vous êtes de ces générations qui ont entendu plus jeune que se masturber rend sourd. Et donc ça faisait partie des croyances et des choses qui étaient bien intégrées dans la société. Ce qui est très intéressant dans toute cette évolution de l'histoire du plaisir solitaire, c'est à quel point l'être humain a voulu en faire une pratique perverse. Alors que finalement, c'est une pratique naturelle. Lorsqu'on se développe dans son corps et qu'on découvre son sexe et qu'on éprouve du plaisir grâce à lui, finalement, ça nous permet de nous détendre, de ressentir des choses plutôt agréables. Les mammifères, tout naturellement, se masturbent régulièrement. Ça fait partie de la vie. Mais il est vrai que l'être humain est bien plus complexe. Nous n'avons pas que nos instincts. Il y a aussi notre mental qui est en capacité de pervertir en effet une chose naturelle. Et c'est tout là, je pense, peut-être ce qu'ont voulu faire ces médecins, c'est qu'ils n'avaient peut-être pas de prise de compréhension sur le pouvoir que pouvait être la masturbation, et plutôt qu'essayer de le comprendre, et en tout cas avec leur limite peut-être de compréhension à cette époque, ils ont préféré en faire un sujet du mal. Donc voilà, c'était important de pouvoir vous parler de... de l'histoire de la masturbation, parce que ça explique beaucoup de choses dans notre rapport à ce tabou, finalement, qui est aujourd'hui un rapport particulier qu'on peut avoir. Parce qu'on peut parler de sexualité en société, on en parle de plus en plus, mais lorsqu'on évoque certains sujets de la sexualité, et notamment la masturbation, ça reste un petit peu difficile. Je le note régulièrement. D'ailleurs... pour ma part, je suis très à l'aise à parler de sexualité, mais le mot masturbation, je ne l'ai jamais aimé. Je préfère parler de pratiques solitaires, de plaisir solitaire, mais c'est vrai que parfois, on n'a pas trop le choix, on utilise des mots, mais c'est vrai que ce mot-là, je ne l'aime pas particulièrement. Et c'est vrai qu'en découvrant l'histoire de la masturbation, j'ai compris aussi, peut-être pourquoi c'était si compliqué pour moi d'utiliser ce terme. Peu importe, en tout cas, quel qu'il en soit, C'est toujours intéressant de se poser la question à quel point on est à l'aise avec un sujet, et si dans notre éducation c'était un sujet qui était abordé ou non, quelle posture on a par rapport à un mot tel que celui de masturbation, onanisme, comment on se sent quand ça résonne, ces mots-là, dans notre bouche ou dans la bouche de quelqu'un. Alors c'est toujours, en tout cas je trouve, intéressant d'aller visiter. Après l'histoire vient maintenant le moment présent, parlons justement de réalité, de chiffres, parce que je veux qu'on mesure ensemble l'ampleur du sujet. Les données françaises les plus récentes sont claires, en 2023, 73% des femmes et 93% des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir déjà pratiqué la masturbation, un écart de 20 points. Rappelons qu'en 1992, seulement 43% des femmes déclarent s'être déjà masturbées. Contre 83% des hommes, il y a eu un changement quand même assez conséquent entre cet écart, qui est passé de 40 points quasiment à 20 points. Donc oui, il y a une progression. Mais pourtant, l'écart persiste. Et ces chiffres sont des déclarations sur la vie entière, pas sur la pratique régulière. Parce que si on regarde la fréquence, la différence est encore plus marquée. Parce que 15% des jeunes françaises déclarent ne s'être jamais masturbées. contre 3% des hommes. Et selon des données plus larges, 16% des hommes et 45% des femmes ne pratiquent pas la masturbation. Presque une femme sur deux. Alors pourquoi cet écart ? En fait, il y a plusieurs raisons. L'une d'elles, c'est que l'apprentissage de la sexualité est finalement genré. Pour les garçons, la masturbation arrive très tôt, souvent naturellement avec la puberté. parce que déjà, leurs physiologies font que leur sexe est peut-être un petit peu plus imposant, s'impose à leurs yeux, à leurs mains aussi, et c'est presque un passage obligé, une évidence. Et donc pour les filles, c'est un peu différent. Alors c'est vrai que personne n'en parle vraiment, ni à la maison, ni à l'école, pas toujours entre copines. Le plaisir féminin reste absent du récit de l'initiation sexuelle, mais l'organe est aussi moins imposant que celui des garçons. Plus petit, le clitoris, ou en tout cas plus intériorisé, il se trouve parfois par hasard pour une fille, et parfois il est ignoré par manque de connaissances et d'occasion de le découvrir. Depuis quelques années, la présence du clitoris, l'éducation sur ce sujet-là est bien plus présente et c'est chouette pour les femmes parce qu'en fait ça va amener aux nouvelles générations de mieux se connaître, de mieux savoir ce que c'est le plaisir et de pouvoir finalement apporter dans sa sexualité partagée cette connaissance de soi et de son corps. Alors bien sûr... On peut très bien vivre sans se masturber et cela n'est pas une condition incontournable à un bonheur de vie. Par contre, la question est, si notre corps nous offre la possibilité de nous faire plaisir, pourquoi ne pas l'explorer ? Alors chacun peut répondre lui-même à cette question. Je retrouve en tout cas régulièrement des femmes de tout âge qui me consultent et suivent le parcours Femmes Épanouies que j'ai conçu. et je propose finalement cette éducation à la sexualité et cette reconnexion au corps, parce que souvent, ces femmes ont l'impression de passer à côté de quelque chose dans leur vie, et ont envie de renouer, et ne savent pas trop par où commencer. Et c'est normal, parce qu'en fait, quand on a passé des années sans vraiment rentrer en contact avec sa sphère intime, avec son sexe, autrement que dans le rapport sexuel avec l'autre, finalement on ne sait pas trop comment faire. Et il n'y a pas de soucis avec ça. Je pense qu'à tout âge, on peut se découvrir sur certains points et la sexualité en fait partie. En tout cas, il est clair que lorsqu'on rentre dans une relation avec l'autre, le désir est intense parce qu'en fait, on est dans la séduction. On a envie de se plaire, on est dans la fusion. Le truc c'est que lorsque la sexualité passe l'épreuve du temps, si on ne se connaît pas soi, si on n'est pas rentré en connexion avec son sexe, ça va être difficile. de se sentir épanouie dans son couple. Alors l'autre peut nous apporter des choses, mais ça doit déjà passer par nous-mêmes. Alors tout comme je peux avoir des hommes qui ont déclenché une addiction à la masturbation, avec le porno par exemple, et se sentent prisonniers pour X raisons par rapport aux projections que ça leur amène sur la sexualité, sur leur rapport à la femme, à leur propre sexe aussi. Alors on reparlera de ça plus précisément à la fin de ce podcast. En tout cas, ne pas se masturber, c'est ne pas vraiment se connaître. Et ne pas se connaître, ce n'est pas pouvoir se faire plaisir par soi-même. Et ne pas pouvoir se faire plaisir seul, ce n'est pas savoir guider aussi l'autre. Finalement, c'est avoir un explorateur ou une exploratrice dans son lit, mais qui n'a pas la carte ni le mode d'emploi. Alors en soi, il peut très bien se débrouiller, par chance, mais comme chaque personne est différente et qu'on n'a pas la même manière de vivre le plaisir, finalement, c'est remettre le pouvoir à l'autre et oublier que déjà, la personne qui finalement est connectée à son sexe et sait quel plaisir lui fait du bien, elle a son pouvoir. Elle a son pouvoir parce qu'elle peut guider l'autre. Elle peut dire ce qui est bon pour elle, comme elle peut dire stop, ça c'est pas mon truc, ça j'en ai pas envie. Et le pouvoir qu'on a par rapport à soi, à son propre corps, il démarre déjà là. Il démarre dans ce fait de pouvoir habiter son corps, pouvoir poser des limites, exprimer ses besoins. Et avant de les exprimer, ses limites et ses besoins, il faut avoir pu les expérimenter par soi-même. Et bien sûr qu'on peut avoir une sexualité sans passer par ça. Et si on ne passe pas par cela, finalement on a des cartes en moins dans le jeu de la sexualité. C'est un jeu avec des multitudes de cartes à jouer, et celle-ci ne peut pas la jouer. Alors la masturbation, c'est la première école du plaisir, c'est là qu'on apprend son propre rythme, ses zones sensibles, son type de toucher, la pression qui convient, la durée qui permet de monter en désir. Tout ça, on ne peut pas le trouver dans les bras de l'autre si on ne l'a jamais exploré en soi. Sauf si on tombe sur quelqu'un qui par chance a su avoir le toucher exact qu'on avait besoin. Ça peut, mais ce n'est pas garanti. Il suffit que la personne tombe sur une partenaire avant vous qui met autre chose. Et bien là, peut-être que cette personne-là, elle va croire que vous allez aimer ça aussi. Et en fait, découvrir avec la pratique, et ça peut ne pas être agréable, parce que ce n'est pas votre truc, par exemple, je ne sais pas, d'être pincé, d'être griffé. Il y a des femmes qui aiment ça, des hommes qui aiment ça, et d'autres non. Et quand on sait comment on a envie d'être... toucher, ça va faire toute la différence dans le rapport à l'autre. Il y a aussi une dimension énergétique que j'ai envie d'aborder ici. Dans la tradition taoïste chinoise... qui est une tradition qui a des millénaires derrière elle, l'énergie sexuelle est considérée comme une force vitale fondamentale. Et les pratiques taoïstes de sexualité n'opposent pas du tout abstinence et débouche. En fait, elles cherchent à faire circuler l'énergie, à ne pas la bloquer, à l'utiliser pour nourrir le corps, l'esprit, la santé. Ne jamais se connecter à son énergie sexuelle, ne jamais faire circuler son énergie sexuelle, C'est d'une certaine manière chez les taoïstes se couper d'une source de vitalité profonde. Et ça, les femmes qui vivent cette coupure, ou ces hommes, souvent le ressentent sans savoir le nommer. Une vie qu'on peut ressentir fade, ou bien le manque de quelque chose qu'on ne saurait nommer, une absence de désir, une déconnexion du corps, peut amener une frustration inconsciente, peut amener des tensions dans le corps aussi. Le désir n'est pas quelque chose qui arrive de l'extérieur, ça se cultive de l'intérieur, et en le cultivant, on fait circuler cette énergie et on s'en nourrit. Donc c'est une philosophie, on peut y adhérer ou non, mais en tout cas il était important pour moi de vous le partager ici. Alors depuis le XVIIIe siècle, la science a changé son rapport à la masturbation, et la bonne nouvelle, enfin en tout cas les bonnes nouvelles, car elles sont nombreuses, la masturbation, c'est bon pour vous ! pas juste agréable physiologiquement, chimiquement, c'est bon pour vous. Lors d'un orgasme, votre cerveau libère un cocktail d'hormones absolument remarquables, de la dopamine, de l'ocytocine, qui produisent des sentiments de satisfaction. Des endorphines aussi, qui agissent comme un analgésique naturel. On parle aussi de sérotonine, de prolactine. Il y a des femmes par exemple qui vont se masturber pendant les règles et ça va aussi calmer la douleur des règles. Donc la masturbation va avoir cet impact aussi sur la douleur dans le corps. Alors aujourd'hui, quand on nomme ces hormones, on sait à peu près à quoi ça correspond. Je vais le rappeler ici, la dopamine, c'est l'hormone de la récompense, du plaisir et de la motivation. L'ocytocine, c'est l'hormone de l'attachement, du lien, de la douceur, celle qui fait que vous vous sentez en sécurité et connecté. Et les endorphines, ce sont vos antidouleurs naturels. elle soulage les migraines, les douleurs menstruelles, comme je vous le disais, les tensions musculaires. Et ce cocktail fait concrètement baisser le cortisol, l'hormone du stress. Il améliore le sommeil, l'humeur, la concentration. En fait, ça renforce même l'estime de soi. Alors les personnes qui se masturbent régulièrement se sentent mieux dans leur corps. Ce n'est pas une opinion, c'est ce que montrent les études. Alors cette habitude crée une spirale positive, plus vous prenez soin de votre plaisir, plus vous prenez soin de vous. Et il y a quelque chose que j'observe d'ailleurs constamment dans mon travail, une personne qui est en contact avec son énergie sexuelle rayonne. Il y a quelque chose de différent dans la façon dont elle se tient, dont elle parle, dont elle entre dans une pièce. Ce bien-être se voit, et maintenant on sait pourquoi d'ailleurs, parce que c'est hormonal, c'est réel. pas une métaphore. Et c'est intéressant parce que lorsque j'accompagne des femmes, moi je vois clairement un avant-après dans ce qu'elles dégagent. Et c'est clairement intéressant de voir que notre énergie sexuelle a vraiment un impact sur ce qu'on dégage, sur notre bien-être. Alors vous avez vu, on est vraiment loin de ce qui était et propagée donc au XVIIIe siècle par ces médecins et par ces gens de l'église sur la masturbation. Alors bien sûr ça peut rejoindre aussi le fait d'avoir des rapports sexuels, mais c'est pas la même chose que d'avoir un rapport sexuel avec soi-même, où l'on se retrouve, où on se réénergise, où on prend soin de soi, ça va pas être la même chose que lorsqu'on s'adapte à l'autre, lorsqu'on rentre en connexion avec l'autre, il y a bien d'autres choses qui se jouent. Et finalement, quand on est seul avec son corps, c'est un moment privilégié pour se ressourcer. Et donc je pense que ça pourrait faire partie de routines quotidiennes, mais encore, il n'y a rien d'obligatoire et il n'y a pas de normalité dans la sexualité. Mais c'est juste pour vous dire que ça a des conséquences positives que de se masturber. Alors pourquoi parfois on parle de fuite d'énergie ? Pourquoi ? La manière dont se masturbe va aussi avoir l'intérêt, et c'est là tout l'intérêt de ma dernière partie. Alors pour moi il était très important de finir ce podcast sur ce sujet, qui est de la manière de se faire du bien, la manière d'érotiser son corps, parce qu'aujourd'hui il y a quand même une sérieuse addiction au porno, et je le vois autant chez les hommes que chez les femmes. Et le problème, c'est que lorsqu'on se connecte à sa sexualité avec toujours la même manière de faire, avec des images qui sont souvent de plus en plus trash, ou en tout cas qui n'aident pas à travailler son imaginaire érotique, ou se relier à son corps d'une manière plus physique et non en passant par l'imaginaire, ça va avoir aussi de l'impact. Parce qu'on peut créer aussi des addictions, des habitudes qui vont faire qu'on va être dépendant à ça. La manière de faire ? Ce que l'on fait, la manière dont on se touche n'est pas neutre. Il peut y avoir des effets sur notre corps, notre plaisir, notre relation à l'autre. En avoir connaissance n'est pas une injonction de plus. C'est simplement s'offrir la possibilité, peut-être, de s'ouvrir à d'autres habitudes ou pas. En tout cas, vous restez libre, mais c'est important pour moi de vous faire ces suggestions. Et donc je vais vous décrire trois grandes façons de se toucher qui sont pour moi des... manière d'analyser la masturbation. La première façon, je l'appelle se décharger. C'est la masturbation de décompression. On a des tensions accumulées dans le corps, on cherche à les évacuer d'une manière naturelle, mais il y a des petites habitudes qu'on peut avoir par rapport à ça qui peuvent avoir certaines conséquences. Par exemple, chez certaines femmes qui utilisent régulièrement un vibromasseur clitoridien pour justement se décharger de ces tensions et vivre un orgasme assez fulgurant, assez rapide. En fait, les terminaisons nerveuses qui sont sur le gland du clitoris vont être très sensibilisées à force d'utilisation quand c'est un petit peu récurrent. Et donc, on peut avoir après une forme d'insensibilité qui s'installe et donc plus de difficultés à ressentir le plaisir. Donc, cela peut avoir un impact. Alors après, si on arrête pendant un moment, ça revient, les terminaisons sont moins endorlies, on va dire. C'est pour autant une manière comme une autre de se faire plaisir. L'idée, comme je l'ai spécifié au départ, l'idée c'est de trouver une masturbation rapide, efficace finalement, pour se décharger de ses tensions. Alors chez certains hommes, une habitude de masturbation très rapide pourrait ne pas entraîner l'endurance nécessaire finalement à une sexualité partagée. puisque c'est pas le même tempo naturel pour l'homme et la femme. La femme met du temps, beaucoup plus de temps, à accéder au paroxysme, à monter dans son plaisir et à vivre l'orgasme, alors que chez l'homme, naturellement, il va s'agir de quelques secondes. Donc en fait, à force de s'entraîner dans cette masturbation très mécanique, l'idée c'est que l'homme apprenne à éjaculer, à retarder l'éjaculation. pour se mettre au même tempo que la femme. Alors si lui-même est dans cette masturbation pour décharger des tensions et aller vite, il va donc peut-être passer à côté d'amener de la lenteur, d'amener de la sensualité dans son propre rapport à son sexe, d'amener du plaisir qu'il fait durer, pour justement quelque part s'entraîner aux rapports qui vont être ensuite partagés. Ce que je trouve très intéressant, c'est qu'on a besoin d'une sexualité qui est aussi mécanique vis-à-vis de notre corps pour apprendre à le connaître, et pour décharger et libérer ses tensions. Mais on voit par ces illustrations que ça a ses limites. D'où l'intérêt d'aborder les manières de se masturber suivantes. Alors la deuxième manière de se masturber, on la connaît bien aussi, c'est la masturbation par les fantasmes, les images, le porno aussi. En fait, on cherche un stimulus extérieur pour allumer le désir, pour aussi le relayer en nous pendant l'acte. Pendant les caresses érotiques, les auto-caresses. Alors ce n'est pas mauvais en soi, les fantasmes font pleinement partie de la sexualité. Mais lorsque cela devient la seule porte d'entrée vers le plaisir, ça peut devenir une forme de dépendance. Et comme toute dépendance, elle tendrait à s'emballer. Il faudrait toujours plus d'images, des images plus intenses pour obtenir les mêmes réponses. Et le corps, lui, resterait finalement en attente. Pas vraiment acteur, plutôt spectateur de lui-même. En fait, l'enjeu, elle équilibre. Si vous êtes quelqu'un de très mental, très dans les images et les fantasmes, L'invitation serait peut-être d'aller vers plus de corporalité, plus de sensualité, et d'essayer de mettre plus d'espace entre les images. Donc peut-être de poser le téléphone, d'éteindre les écrans, et de toucher votre corps avec attention, sans chercher systématiquement à amener des images à votre esprit. Et au contraire, si vous êtes quelqu'un de très corporel, qui a du mal à laisser place à l'imaginaire, Ça peut être intéressant pour nourrir vos relations aussi, de pratiquer les fantasmes par vous-même, c'est-à-dire d'aller chercher des idées que vous construisez, alors soit vous pouvez utiliser, il n'y a pas que le porno, il y a les audios érotiques, il y a la littérature érotique, il y a la BD érotique, et ça peut être déjà des premiers supports pour ensuite essayer de faire travailler son imaginaire, et en fait c'est des constructions. mentale qui vont faire qu'on va nourrir sa sexualité. Donc la clé c'est de ne pas s'enfermer dans un seul mode, plus on pratique toujours de la même façon finalement, plus on s'enferme dans une automatisation et en automatisation ça ne nourrit pas tout le corps, ça ne nourrit pas tout l'esprit et ça ne nourrit pas la sexualité d'une manière pleine en fait, c'est-à-dire qu'on ne va pas chercher l'éventail de toutes les possibilités que nous offre la sexualité. En soi, on peut très bien vivre comme ça, rester dans quelque chose qui nous fait plaisir et rester dans cette répétition. Mais le problème, c'est que quand on va être à la rencontre de l'autre, souvent, il peut y avoir de la friction qui vient s'installer. Parce qu'en fait, on va peut-être ne pas répondre aux besoins de notre partenaire parce qu'on n'aura pas justement essayé d'étayer toutes ces possibilités en nous. Et donc, on va avoir du mal à s'ouvrir à d'autres sexualités qui peuvent être tout simplement très simples, comme par exemple la sensualité. J'ai souvent discuté avec des hommes qui me disaient que le seul endroit où ils avaient du plaisir sexuel, c'était au niveau de leur sexe. Alors que souvent, quand on parle avec des femmes, elles sont capables de dire que c'est tout leur corps. Alors, c'est une généralité, il y a toujours des exceptions. Mais ce qui est intéressant, c'est de pouvoir justement développer peut-être cette sensualité, cette corporalité, cette érotisation dans tout le corps et pas simplement que dans le sexe. Donc en tout cas, les fantasmes, c'est quelque chose qui est intéressant d'aller creuser, d'aller chercher, de stimuler. Et c'est une manière de nourrir son univers érotique qui va pouvoir nourrir ensuite la relation. Alors pour cette troisième manière de se masturber... J'en ai un petit peu parlé précédemment, et donc l'idée c'est d'habiter pleinement son corps, mais pas de n'importe quelle manière. Et c'est ce que j'appelle la masturbation méditative, où l'on se touche consciemment, avec des fois lenteur. En fait, on ne cherche pas d'emblée l'excitation. On va caresser par exemple son sexe, son corps, en essayant de regarder, d'observer ce que ça fait, sans chercher à mettre des images, sans chercher à imposer quelque chose, mais juste... naturellement de ressentir. Sortir finalement de cette idée que la masturbation serait honteuse et se réconcilier avec un ancrage corporel qui va être assumé et bienfaisant. Et quelque part, c'est comme un acte d'amour envers soi. Et pour être honnête avec vous, c'est probablement le plus difficile des trois. Non pas parce que cela demande un effort physique, mais parce que cela demande quelque chose de plus exigeant, de rester présent à soi-même. Et concrètement, ça veut dire quoi ? Alors ça peut commencer par choisir un moment où vous n'êtes pas pressé, que vous avez plus de cinq minutes, que vous n'êtes dans aucune obligation et que vous avez du temps à vous offrir. Et de poser son téléphone, d'éteindre les écrans, de créer finalement un espace, même modeste, et qui est le vôtre, qui vous permet de vous retrouver avec vous-même. Puis ensuite, ça serait de poser ses mains sur son corps et de le parcourir. pour trouver la chaleur de la peau, pour être dans sa respiration, pour ressentir le poids de son corps qui s'abandonne petit à petit, les muscles qui se détendent. Et commencer donc à toucher le ventre, la poitrine, les cuisses, et apprendre ensuite à découvrir son sexe comme si c'était la première fois, sans y mettre d'image, et s'il y en a c'est pas grave, ne pas s'accrocher aux images et aux pensées. revenir toujours à la sensation, revenir toujours à ce qui se passe là dans ce corps, à cette respiration, à se toucher à ces sensations. Et donc si un fantasme surgit, une pensée, une image, des peurs ou même un malaise, le fait de se sentir bizarre à faire ceci, c'est normal, c'est humain. L'enjeu ce n'est pas de chasser ces pensées ou sensations, ce serait plutôt d'accueillir et de revenir toujours à la respiration. à comment votre corps habite l'espace, comment vous sentez votre peau sous votre main, quelles sensations, même s'il n'y a pas d'excitation à proprement parler, comment le corps se réveille petit à petit. Comment vous pouvez vous connecter à votre énergie sexuelle sans chercher à l'exciter d'une manière frénétique, mais juste à l'éveiller tout doucement, et petit à petit d'explorer en variant vitesse, pression. Alors si rien ne vient, ce n'est pas grave. Parfois, il y a juste besoin de ressentir quelque chose de subtil. Une sensation qu'on n'avait jamais remarquée, un endroit du corps qui répond différemment. Et c'est souvent là... que l'on découvre qu'il y a quelque chose d'autre. On ne cherche pas à obtenir quelque chose, un orgasme, une éjaculation, on explore tout simplement. Comme si le corps était une découverte, et j'aime bien l'idée de cette première fois, comme si c'était le premier contact avec son sexe. Alors cet apprentissage prend du temps, il peut être déstabilisant au début, Parce qu'on est tellement conditionné à la performance, à l'efficacité, à l'objectif, et on a des habitudes aussi avec son sexe. Mais plus on essaye de pratiquer cela, plus on amène de la finesse, plus on amène un bénéfice corporel, un apaisement, une sérénité, un bonheur intérieur et un amour de son corps. Alors c'est pour accompagner ce chemin que j'ai créé aussi des méditations, des hypnoses guidées, parce que parfois on a besoin d'une voix pour nous aider à descendre dans le corps, à traverser les résistances, à ne pas abandonner au premier moment d'inconfort, mais justement à explorer, parce qu'il y a beaucoup à découvrir de soi, de sa sexualité, quand on prend le temps de faire autrement. Pour que vous ne soyez pas seul face à ce silence intérieur qui peut parfois faire peur, et pour que ce temps avec vous-même devienne progressivement un espace que vous attendez, que vous désirez, c'est une pratique que je transmets dans mon parcours Femmes Épanouies, et que je pense aussi créer pour les hommes, ou en tout cas rendre accessible des audios, pour trouver des sortes de méditations pour se masturber et pour se connecter à son corps d'une autre manière. Et pour finalement faire circuler son énergie sexuelle pour se sentir plein de vie, pleine de vie. Alors ce qu'on explore seul dans son corps, on le retrouve dans la relation à l'autre. La qualité de présence à soi-même se transfère toujours dans ce qu'on va partager ensuite avec l'autre. Et on sent la différence avec quelqu'un qui habite pleinement son sexe, qui le connaît, qui le choix. L'énergie sexuelle et la connexion s'en trouvent grandies pour soi et donc pour l'autre. Alors ce n'est pas égoïste de se toucher avec cette qualité d'attention, c'est une forme de générosité envers la relation. Nous arrivons à la fin de ce podcast, nous avons traversé ensemble l'histoire, les chiffres, les conséquences de ce qu'implique la masturbation, les bienfaits et une autre façon d'habiter ce plaisir. Ce que je souhaite qu'il soit retenu de ce podcast, c'est que la honte autour de la masturbation n'est pas naturelle. Elle a été construite, et elle peut être déconstruite. Se connaître, c'est se respecter, se toucher, c'est s'appartenir, et s'appartenir, c'est la base de tout épanouissement, seul ou à deux. Alors si vous avez des questions, des réactions, des choses que cet épisode a éveillé en vous, n'hésitez pas à mettre des commentaires, à partager, à me faire des retours, ça me fait toujours plaisir. Et si vous avez aimé cet épisode, si vous pensez qu'il pourrait aider quelqu'un dans votre entourage. Donc partagez-le, likez, ça aide à porter ce podcast. La meilleure façon en tout cas de briser un tabou, c'est d'oser en parler. A très vite pour le prochain épisode. Prenez bien soin de vous.