- Speaker #0
Au nord du Svalbard, aux alentours de 80 degrés de latitude nord, donc on est vraiment dans une zone polaire. Et là, on était sur un bateau embarqué et on a eu la chance d'observer deux baleines bleues. Et c'est fabuleux à voir et comme impression de se dire qu'on a le plus grand mammifère terrestre qui passe à côté de nous, silencieusement, très très sigeusement, c'était vraiment impressionnant.
- Speaker #1
Bienvenue dans Un Pas Dehors. Le podcast qui explore ce que le temps passé dehors, en nature, change en nous. Je m'appelle Audrey, je suis écologue, et ici, deux fois par mois, j'invite celles et ceux qui entretiennent un lien fort avec le vivant, pour comprendre comment cette relation façonne leur manière de vivre, de penser et d'habiter le monde. Let's go ! Salut Hélène, bienvenue sur Un Pas Dehors. Je pars sur ma question classique du début. Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où la nature t'a vraiment émerveillée ?
- Speaker #0
Salut Audrey, merci pour cette invitation. Écoute, je suis souvent émerveillée par la nature parce que je contemple beaucoup. Ça fait vraiment partie de moi, je suis une grande contemplatrice. Pour parler d'une expérience vraiment très très récente et très locale, puisqu'on n'est pas loin de la Méditerranée, et que je profite souvent des baignades à proximité. Je vais prendre un premier exemple vraiment dans le coin où il y a à peine deux semaines, j'étais dans l'eau à nager dans la Méditerranée et je me suis retrouvée sous l'eau, donc avec mon masque et mon tuba, assez proche du bord, pas besoin d'aller très loin, j'étais à une cinquantaine, centaine de mètres à peu près, face à deux poulpes. J'ai vu deux animaux d'âges différents, il y avait sûrement un très jeune et quelques mètres plus loin, un beaucoup plus gros, adulte. Et ce qui était vraiment marrant, c'est qu'ils ont eu un comportement similaire à quelques secondes de décalage, mais je n'avais jamais approché d'aussi près des poulpes avec un tel comportement. J'ai pu observer ce que j'avais déjà vu parfois dans des reportages télé, ils écartent des bras, ils déploient complètement leurs bras, et on a cette membrane complètement dépliée qui forme comme un parapluie, et ils se sont complètement déployés. Et ce qui était rigolo, c'est qu'alternativement, ils ont changé de couleur à une vitesse instantanée. Et c'était presque un jeu où ils clignotaient et ils passaient d'une forme très blanche, très claire, couleur sable, à une forme beaucoup plus brune, de la couleur des rochers. Et j'ai trouvé ça assez fantastique de voir ces deux animaux qui... Est-ce que c'était de la communication ? Est-ce que c'était une réponse à un stimuli ? Je ne sais pas. Vraiment à proximité. Donc moi, j'étais sous l'eau, j'avais pris ma respiration, accroché à un rocher face à eux. Et je les ai observés comme ça changeait de couleur, avec ce côté cryptique où ils se confondaient avec l'environnement. Et c'était assez fabuleux, en fait, de le voir de si près. Et voilà, j'étais assez fascinée par toutes ces transformations chimiques cellulaires sous l'eau.
- Speaker #1
Et c'est ça qui est cool, je trouve, quand tu... Passes du temps à observer, ça peut être des espèces que tu as l'habitude de voir, mais quand tu commences à passer aux côtés, discerner un peu les comportements, pas juste détecter mais aller plus loin dans comment ils se comportent, etc., ça ouvre un peu à de nouvelles perspectives d'émerveillement, tu arrives à aller plus loin, parce que là en soi, quand tu plonges en Méditerranée, tu peux quand même en voir assez régulièrement. Et là, sur un peu un comportement différent, d'un coup, c'est un souvenir qui devient marquant. Oui,
- Speaker #0
exactement, parce qu'on a la chance d'être à proximité de la mer. Donc, j'ai souvent la tête sous l'eau avec le masque. Effectivement, on voit souvent des poules, mais souvent dans leur abri ou souvent en déplacement. Mais voilà, je n'avais pas eu l'occasion de voir vraiment d'aussi près la peau, les différentes cellules, changer de couleur si rapidement, si facilement. Et ça m'a donné envie après de m'interroger. Je me suis interrogée sur pourquoi et le fonctionnement derrière. de ce mécanisme qui fait que l'animal est capable de changer de couleur aussi rapidement. Et donc ça nous pousse à nous poser des questions et puis à retourner sous l'eau très vite pour essayer d'en voir d'autres ou de voir d'autres espèces avec des comportements pas encore observés. C'est assez fantastique.
- Speaker #1
Tu as plus de réponses sur pourquoi cette histoire de couleurs ?
- Speaker #0
Alors là, tu vas vite me mettre le pied. Non,
- Speaker #1
c'est des histoires. Je ne l'ai jamais observé, moi. direct.
- Speaker #0
Il y a tout un mécanisme, je ne vais pas rentrer dans le détail parce que ce n'est pas non plus ma spécificité, mais c'est un mécanisme au niveau cellulaire, des facultés de modification de couleur au quart de seconde. Ça se transfère d'une cellule à l'autre. L'animal change et est capable de prendre complètement la couleur de son environnement et de se rendre invisible face à un prédateur ou face à une proie qui va vouloir la capturer. plus rapidement et plus facilement.
- Speaker #1
Trop bien, camouflage plutôt.
- Speaker #0
Oui, complètement, c'est vraiment du camouflage. Et c'est impressionnant à voir. Mais voilà, ça c'était une expérience très locale. Et puis bien sûr, il y a des expériences et des rencontres animales, puisque c'est vraiment le monde animal souvent qui me fascine en premier. Je vais aussi donner un exemple sur une expérience plus polaire, avec une très très belle... Rencontre, si on peut dire, cet été qui s'est passé dans la zone arctique, au nord du Svalbard, aux alentours de 80 degrés de latitude nord, donc on est vraiment dans une zone polaire. Et là, on était sur un bateau embarqué et on a eu la chance d'observer deux baleines bleues, donc probablement une femelle avec son jeune, elles étaient de tailles différentes, et passer assez tranquillement à quelques dizaines de mètres du bateau, sachant que ce sont des animaux qui peuvent faire... plus de 25 ou 30 mètres. C'est aussi des animaux très majestueux à observer. C'est quelque chose que je n'avais jamais vu non plus d'aussi près et c'est fabuleux à voir et comme impression de se dire qu'on a le plus grand mammifère terrestre qui passe à côté de nous, silencieusement, très passivement. C'était vraiment impressionnant.
- Speaker #1
Comment tu le sens quand tu as ce genre d'observation impressionnant ? Là, je pensais à Calme.
- Speaker #0
Très très calme, en plus on était quand même nombreux sur le bateau, mais là il y a un calme qui règne dès qu'on a l'information qu'il y a un animal à vue. Tout le monde se calme, tout le monde essaye de vraiment garder le silence et de profiter du moment. Alors certains ont des appareils photos, etc. Moi j'avais à ce moment-là surtout envie de les regarder de mes yeux, pour profiter, essayer de voir aussi cette couleur, vraiment un petit pic qu'on a sur les baleines bleues, qui ne sont pas réellement bleues, mais qui ont un petit peu des taches, des petites taches colorées sur le dos. Je voulais essayer de le capter avec mes yeux. Profiter de ces quelques instants. C'est rapide, ça se passe en peut-être une minute, le trajet de la baleine le long du bateau. Après, hop, elle plonge, elle disparaît. Mais on se sent très chanceux. C'était ma sensation de me dire quelle chance d'avoir été aussi près d'un si bel animal. On a beaucoup profité et on était un peu sur notre petit nuage après ce moment.
- Speaker #1
Oui, t'as aussi le... Après ce moment-là, est-ce que tu gardes une sensation un peu particulière ?
- Speaker #0
C'était une journée vraiment extraordinaire qui avait commencé tout le matin. Pour faire l'histoire complète, c'était à bord d'un bateau de tourisme polaire, d'exploration polaire, avec des passagers à bord. Le matin, on a eu la chance d'observer, on était à la lisière des glaces, 80 degrés de latitude nord, donc vraiment dans la zone où on a de la banquise. Et on longeait cette banquise et on a pu apercevoir au loin un petit point jaune sur la glace qui ressemblait de plus en plus, à mesure qu'il s'approchait à un ours. Effectivement, il s'est avéré qu'on avait une belle observation d'ours polaires. Et donc, dans la matinée, l'ours s'est approché doucement et on a pu l'observer en gardant évidemment une distance réglementaire et de tournir l'animal. était complètement libre de ses déplacements sur la banquise et on a pu l'observer aux jumelles de manière vraiment sensationnelle. Et du coup, l'observation de la baleine en fin de journée a complété cette journée fabuleuse où vraiment on était gâtés par la nature. Ce sont des animaux qui sont quand même difficiles à voir puisque ça nécessite d'aller dans cet environnement, donc il faut une certaine logistique. Et puis... Difficile à voir aussi parce que tout simplement, on parlait du poulpe qui est très mimétique avec son environnement, mais l'ours blanc est aussi très mimétique. Il se devine au loin, mais il est difficile à voir sur la glace. Il est un petit peu plus jaune que la glace. Avec les reflets, les nuages, etc., on a vraiment du mal à le voir, surtout à grande distance. Et quand on arrive à capter un déplacement et puis éventuellement une observation un petit peu plus près. C'est fabuleux, on reste des heures à essayer de revoir ces animaux. On ne se lasse pas.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment tu en arrives à faire ce genre d'observation dans ce type de milieu-là ? Puisqu'en plus, tu y vas assez régulièrement.
- Speaker #0
Oui, alors j'ai un petit peu deux activités. L'activité principale où je travaille dans un laboratoire de recherche, on mène des études en écologie. Moi, je travaille sur plusieurs projets de recherche avec des collègues enseignants, des collègues chercheurs. essentiellement basée sur la faune. Et puis j'ai en parallèle une activité qui me tient à cœur et qui date un petit peu maintenant. J'accompagne des voyages naturalistes, donc je suis guide d'expédition sur des bateaux en zone polaire. Les deux activités se recoupent, il y a un côté un petit peu naturaliste et j'ai une passion pour la faune depuis longtemps. Mais le côté polaire est venu assez tôt en fait. Puisque j'ai eu la chance dans ma jeunesse, ça remonte quelques années en arrière, mais de partir en tant que volontaire pour l'Institut polaire français, l'IPEV, qui est une agence de moyens qui envoie des volontaires civils, à l'époque on était volontaire civile pour un an, sur des districts des terres australes et antarctiques françaises. Et donc ils nous recrutent pour travailler pour des laboratoires. qui sont basés en métropole, soit le muséum ou d'autres laboratoires d'université. Et on va, en tant que jeunes, partir un an, appliquer et mettre en place des protocoles scientifiques de différentes tenues, selon qu'on travaille sur les oiseaux, sur les insectes, sur les plantes, sur les manchots pour certains. Voilà, et on va partir un an, entre scientifiques, pour travailler sur des espèces et sur des protocoles et dans un univers qui est... polaires, subantarctiques ou subpolaires. Ça a été ma première chance de mettre un pied en tant que scientifique pour une première année sur l'île de Kerguelen, l'archipel de Kerguelen, qui fait partie des TAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises.
- Speaker #1
Est-ce que ce qui t'a poussé au début, c'était plus l'aspect, est-ce que c'était plus l'endroit ? ou la recherche en elle-même ? Qu'est-ce qui t'a le plus drive au début ? Est-ce qu'il y avait déjà une attirance spécifique pour ces milieux-là ?
- Speaker #0
C'est vrai que pour partir là-bas et pour postuler, forcément, il fallait quand même avoir un petit background en biologie et écologie puisque forcément, on passe une série d'entretiens et on répond à des demandes de laboratoires de biologie ou d'écologie. Donc, j'avais fait des études en biologie. Mais effectivement, l'envie de partir, pour ne rien cacher, répondait plus à une envie de découverte du milieu que purement scientifique. On aurait pu m'envoyer là-bas pour peut-être un autre sujet artistique ou quoi, j'aurais eu tout autant envie de partir, je ne le cache pas. Et j'avais découvert un petit peu ce milieu-là, tout simplement par ma famille aussi, puisque mon papa était très attiré par la mer, donc il avait une bonne bibliothèque de... qui recensait pas mal d'expéditions, de navigateurs. Et ma maman aimait la nature de manière générale, sans être naturaliste en soi. Mais c'est vrai que j'ai un peu baigné dans les lectures d'aventures, et notamment autour des terres australes, Antarctique française. Et j'étais aussi fidèle à l'émission Thalassa, pour suivre mes parents qui regardaient ça le vendredi. C'était notre petite récréation quand on était petits. Et j'ai eu l'occasion de voir des reportages, notamment, je me souviens très bien avoir vu un reportage sur des missions scientifiques qui se tenaient à Kerguelen. Et c'était filmé et ça a passé le vendredi soir. Et ça m'avait un petit peu mis la puce à l'oreille. Donc après, j'ai eu des lectures sur des navigateurs qui étaient partis là-bas. Et j'avais vraiment très envie d'en savoir un petit peu plus. Ça s'est mis dans un petit coin de ma tête. Et puis peut-être cinq ou même presque dix ans plus tard. Alors que je sortais de la faculté, devant l'amphi de biologie, il y avait un petit écriteau posé sur le côté de la porte qui invitait à postuler si on était intéressé pour partir comme volontaire dans les taffes. Et là, j'ai tout simplement pris l'adresse, mis ça dans ma poche et puis j'ai préparé mon petit dossier. Et je me suis dit, mais là, il faut tenter. Et puis à l'époque, il y avait beaucoup moins de réseaux sociaux, beaucoup moins aussi de sites internet. Donc je m'y suis un peu mal prise. La première année, j'ai postulé, mais pas vraiment en ciblant le bon programme scientifique. Et du coup, ma candidature a dû faire l'être morte. Et c'est uniquement un an plus tard que j'ai retenté en préparant un petit peu mieux ma candidature. Et là, j'ai eu la chance de passer des entretiens et ensuite d'être invitée à partir pour un an sur Kerguelen.
- Speaker #1
Vous avez quoi comme recherche sur cette première année-là ?
- Speaker #0
Alors là, j'étais partie pour un programme qui s'appelait Eco Bio et qui s'intéressait... aux insectes, aux arthropodes de Kerguelen, et puis aux espèces invasives. Et donc c'est deux sujets très intéressants, parce qu'on a dans ces milieux-là des caractéristiques environnementales qui sont très particulières, parce qu'on a un isolement très important. Il faut savoir que l'île de Kerguelen, l'archipel de Kerguelen, est située quasiment au milieu de l'océan Indien, un mi-chemin si on veut faire... Un petit peu un schéma entre Madagascar et l'Antarctique. Globalement, on pointe un peu au milieu de nulle part. Et on a cet archipel perdu qui fait à peu près 7000 km². Donc pour donner une idée, c'est environ la superficie de la Corse, un petit peu plus petit. Mais c'est quand même un territoire sur lequel on a de quoi vadrouiller. C'est un territoire qui est inhabité et qui est extrêmement vanté. Et on a des caractéristiques. On dit que c'est du subantarctique parce qu'il y fait froid. On a des colonies de manchots, on a des colonies d'albatros. On a aussi des insectes, mais des insectes qui ont développé des particularités qui sont vraiment surprenantes, puisqu'elles se sont adaptées à leur environnement. Et donc, on a des espèces qui ont perdu leur aptitude au vol. On a des mouches sans ailes, on dit que ce sont des mouches aptères. On a des papillons aptères, donc ils ressemblent à des papillons. Ils ont tout du papillon, sauf qu'ils n'ont plus l'ail. les ailes et il se déplace au sol. Donc il y a toute une sorte d'évolution qui est vraiment intéressante à étudier et qui a déjà été étudiée bien avant que j'y mette les pieds. Mais nous, on avait pour but, avec ma collègue, de regarder l'impact des espèces invasives qui ont été introduites au fil du temps, notamment par des équipes également scientifiques puisque les scientifiques ne sont pas non plus sans impact lors de leur passage. Mais maintenant, on a peut-être plus conscience Merci. qu'il y a une trentaine ou une quarantaine d'années. Et donc, on a aussi eu des impacts, des introductions d'espèces qui perturbaient un petit peu le milieu. Notre sujet d'étude était de faire un suivi de ces impacts sur le long terme, sachant que tous les ans, des volontaires sont envoyés et regardent l'évolution des espèces là-bas.
- Speaker #1
Trop bien, je me rends compte à quel point... C'est fou en fait de se dire à quel point tu as cette adaptation-là. T'arrives à avoir des mouches sans ailes et des papillons sans ailes.
- Speaker #0
Et qui s'en sortent très bien. Très bien jusqu'à ce qu'on vienne les perturber avec une espèce introduite. Mais c'est assez fabuleux de voir ces mécanismes d'adaptation sur le très long terme. Et pas uniquement des espèces animales. Le végétal aussi, ça c'est des choses qu'on peut retrouver en montagne. On a des espèces végétales qui sont très petites. On rabougrit en fait, on n'a pas d'arbres, on a vraiment des choses qui résistent au vent, qui résistent à la chessresse et qui ont prouvé dans le temps qu'elles avaient toutes les armes pour survivre et puis se développer dans ces milieux-là. Donc c'est assez fabuleux tous ces petits mécanismes qui se sont mis en place au fil du temps.
- Speaker #1
Et espèces qui, quand elles sont aussi autant adaptées à leur milieu qui est peut-être assez contraignant, etc., qui vont être d'autant plus sensibles ? Quand il y a des perturbations, je repense au système de montagne, quand il y a des perturbations qui arrivent, elles sont tellement adaptées à quelque chose de super ciblé.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est bien le cas pour tous les systèmes insulaires. Les espèces qui se sont développées sur des îles, en général, présentent plus de naïveté par rapport aux prédateurs. Là, si on parle d'espèces animales, elles sont aussi peut-être un petit peu moins résistantes. elles sont développées de manière extrêmement bien sur leurs milieux. Mais dès qu'on introduit un prédateur ou une compétition, elles vont souvent malheureusement disparaître. En tout cas, les populations vont diminuer rapidement. Et ça, c'est des études aussi qui ont pu être menées dans tous les milieux insulaires, aussi bien tropicaux qu'antarctiques. Mais malheureusement, les espèces qui sont développées dans des milieux très fermés, en général, Voilà. très sensible à la perturbation.
- Speaker #1
Aujourd'hui, quand tu vas dans ce type de milieu-là, c'est moins ciblé sur de la recherche en tant que telle. Comment ça évolue ? Est-ce que tu as toujours été régulièrement pour de la recherche au début ? Et est-ce qu'après, ça a évolué ? Comment ça a évolué ?
- Speaker #0
Ça a évolué. J'y suis restée dans ce milieu-là. pendant, on va dire, 3-4 ans au niveau de Kerguelen. Alors, pas d'un seul coup, j'ai fait une première année, enfin un premier tronçon de 18 mois, c'est ça, du premier coup, donc ce qu'on appelle un hivernage. Et ces îles-là ont la particularité d'être, comme je disais, très isolées. Donc il y a...
- Speaker #1
Je trouve ça marrant le terme hivernage. En plus, ça colle vraiment très bien dans mon truc. Voilà,
- Speaker #0
c'est vraiment, on se met un peu dans notre bulle. Mais ça correspond aussi à la période, ce qu'on appelle vraiment l'hivernage, c'est la période entre deux rotations de bateaux. Ce sont des îles qui sont très isolées. et qui ne sont visités que 3 ou 4 fois par an par un bateau ravitailleur, qui s'appelle le Marion Dufresne. et qui est un moyen logistique qui est déployé par les TAF, les Terres Australes et Antarctiques Françaises, et qui vient ravitailler les bases. Une fois le bateau reparti, entre deux missions, on est seul avec nos coéquipiers et les agents qui sont sur place. C'est une petite communauté et on va y rester plusieurs mois. L'hivernage correspond à la plus longue période entre deux passages de bateau. Comme on est dans l'hémisphère sud, l'hivernage passe entre avril et septembre. où là, on est seul sur notre petite île, sans aucune visite possible d'autres moyens logistiques. Et donc, c'est assez rigolo ce moment-là, parce qu'on est entre nous. Et en plus du côté vraiment de la découverte de la biodiversité, de l'environnement, on découvre aussi une vie communautaire. Et là où je veux en venir, c'est que j'ai découvert aussi le côté mission, petit groupe. Et ça m'a beaucoup plu. Et dans la suite de mon travail et dans la suite de mes missions plus tard au sein de mon institut de recherche maintenant, j'ai toujours peut-être un peu recherché à retourner dans un cadre qui me permette de faire des rencontres, d'aller vers des gens avec qui on n'aurait pas forcément de lien au début. Et on se retrouve que ce soit sur un bateau ou sur une mission, sur une île ou dans un milieu. Et donc j'ai eu l'occasion de recommencer certaines missions, pas en milieu polaire strictement, Mais par contre sur pas mal de sites insulaires. Et puis est venu un deuxième temps où j'ai voulu vraiment remettre un pied dans le milieu subantarctique ou antarctique ou polaire en tout cas. Et là j'ai tenté de retravailler dans ce milieu là mais en entrant par une autre voie, plus dans la transmission, en passant plutôt les étapes pour devenir guide. et essayer de transmettre une information à des gens qui sont peut-être un petit peu plus naïfs, qui ne sont pas du milieu scientifique, mais on a cherché quand même à leur faire découvrir ce milieu-là qui est assez extraordinaire.
- Speaker #1
Il y a vraiment le côté transmission qui a pris le relais assez naturellement, qui peut-être, du coup, que tu as, en même temps, quand tu es seul sur une île pendant... Pendant une longue période, c'est... En fait, c'est marrant parce que c'est très différent. T'es passé dans quelque chose où t'es presque... Alors après, t'es seule, mais t'es avec les personnes qui sont sur place.
- Speaker #0
Voilà, et c'est là où, en fait, c'est pas si différent que ça, si vraiment on grade bien. Parce que quand on est sur une base, un territoire comme Kerguelen, l'année où j'y étais, on était à peu près une petite cinquantaine, un peu moins, 49 exactement, mais avec des profils très divers. On est une petite poignée de scientifiques et puis... du personnel autour qui a des fonctions logistiques et des fonctions militaires, puisque ce sont des territoires français, donc ils sont défendus, et il y a une base permanente, même si on n'a pas d'habitants permanents, on a un renouvellement tous les ans des équipes qui viennent. Le fait de rencontrer des gens avec des parcours extrêmement différents et de passer un an avec eux, on s'est tous un petit peu formés, on s'est tous un petit peu entraînés à faire découvrir notre milieu. Donc moi, je partais avec des gens qui étaient électriciens, qui étaient boulangers sur le terrain. Ils avaient plaisir à venir avec nous découvrir notre monde et on avait plaisir à leur expliquer ce qu'on fait. Ils participaient à ce qu'on appelle les manip, donc les manipulations, les expériences sur le terrain. Et inversement, on était aussi mis à contribution en cuisine ou pour rendre des petits services sur la base. Et ça, c'était quelque chose que j'ai trouvé extrêmement enrichissant. dans mon milieu. milieu de vie habituel, j'étais peut-être un petit peu plus, toujours un petit peu dans le même modèle et entourée des mêmes personnes. Et ce que je retrouve maintenant dans le métier de guide polaire, c'est justement cet échange avec des gens qui viennent de milieux complètement différents. Certains sont scientifiques mais il y a aussi, bien évidemment, des touristes qui ont un passif complètement différent et qui découvrent avec un regard qui n'est pas le nôtre, qui n'est pas le mien, qui est baigné dans la nature depuis toute petite. Et du coup, c'est assez intéressant de raccrocher les wagons et d'essayer de leur faire découvrir aussi un aspect qu'ils ne connaissent pas. Et inversement, eux vont nous apporter un éclairage, des fois sur des situations qu'on n'a même pas imaginées, parce qu'on a toujours vu ça sous le même angle d'objectif. Donc, ça me plaît beaucoup. C'est passionnant. Sans parler du fait que quand on est... Guide polaire, on n'est pas tout seul avec un groupe. Dans les conditions dans lesquelles je travaille, je suis avec une équipe qui est assez importante, qui peut être minimum de 5 à 10 personnes autour de moi qui sont des guides. Donc on travaille en groupe soudé. Et parmi ces guides-là, moi je trouve ça enrichissant parce que j'ai vraiment découvert des personnalités, des gens qui ont des parcours surprenants et beaucoup de connaissances. Il y a des géologues, il y a des ornithologues, il y a des... Il y a des spélologues, il y a des océanographes, il y a vraiment une multitude de compétences. Et le fait de travailler ensemble, moi ça m'apporte beaucoup parce que forcément j'apprends, j'écoute leurs conférences de la même manière que les passagers le font, j'écoute leurs explications et à chaque voyage j'ai l'impression de remplir un petit carnet de notes en plus et puis de me dire j'ai acquis des compétences et des connaissances surtout grâce à eux. Donc c'est ça qui aussi me plaît dans ce travail.
- Speaker #1
Il y a beaucoup la connaissance. Est-ce que tu dirais que ça t'a apporté d'autres choses ? La connaissance, c'est sûr. En plus, quand tu décris les profils qui sont avec toi, ça doit être assez incroyable. Est-ce que peut-être plus humainement, si on peut le dire comme ça, est-ce que tu dirais qu'il y a des choses que ça t'a apporté vraiment, justement, ces rencontres ?
- Speaker #0
Moi, j'ai été très impressionnée par certains profils de collègues qui se retrouvent là. On se retrouve à faire le même travail en même temps. Et puis, quand on regarde un petit peu leur parcours, c'est vraiment impressionnant. Et du coup, ça donne un peu des ailes. Pour mon cas, je me dis, c'est des gens qui ont vraiment avancé, qui connaissent beaucoup de choses. Et ça donne envie, clairement, d'en faire presque autant. C'est vraiment très inspirant. Donc, j'ai été quand même souvent bluffée par des personnes. Mais là, je parle de mes collègues, mais bien sûr au sein. des passagers, quand on passe 15 jours ou 3 semaines à bord d'un bateau avec un passager, on a l'occasion, on est 24h sur 24 avec eux, donc on a vraiment l'occasion de discuter. Et j'ai rencontré des personnalités absolument incroyables. Et des gens avec qui je n'aurais pas eu de contact, probablement c'était difficile de se rencontrer autrement que sur le bateau. Et là, on se rend compte, après une discussion, qu'on a une jeune femme qui avait gravi l'Everest. Incroyable, première Française de moins de 30 ans, jeune femme. On se dit, mais comment tu es arrivée là ? Une dame au contraire très âgée, mais qui avait fait des courses de vélo. Je voyais bien qu'elle était très en forme sur les randonnées. Elle avait un sacré rythme. Et en fait, c'était une championne qui avait été presque au niveau olympique. Là, c'était pour le côté sportif. Et puis d'autres, en parallèle, qui ont travaillé en astrophysique. qui le soir sur le pont du bateau, on regardait les étoiles, les passagers, certains étaient capables de nous faire une conférence sur l'astrophysique, c'était impressionnant. Donc on a ce mélange en fait de compétences, de connaissances, sur un milieu fermé où on est ensemble pendant 15 jours, 3 semaines, et c'est extrêmement intense, et tout le monde je crois prend de chacun. Et ça entre passagers, entre guides et entre guides et passagers, il y a vraiment des échanges riches. Et bien sûr aussi, avec le personnel du bateau, parce que ça, c'est aussi quelque chose qu'on découvre sur des bateaux, ce sont des petits bateaux. On a un personnel qui est très présent, mais qui échange aussi beaucoup avec les passagers et avec nous-mêmes. Et c'est très, très sympathique.
- Speaker #1
Ça fait vraiment un tout où tout le monde prend de sa porte. Et du coup, est-ce que... J'imagine que le fait d'avoir un peu cette bulle, d'être en immersion, tu rends compte des profils que tu aurais sûrement... jamais pu rencontrer dans un quotidien mais en plus tu arrives peut-être à avoir un niveau de discussion où en fait là tu es dans des conditions qui te permettent aussi d'aller plus loin dans les échanges que si tu te rencontrais dans un rythme où chacun est dans son quotidien et puis peut-être que tu t'es moins dans cette en
- Speaker #0
fait ce qui est intéressant c'est sur ce type de croisière on a de toute manière des présentations nous on accompagne les groupes comme je disais H24 quasiment, du matin au soir, que ce soit sur le terrain où on débarque au maximum le matin, à l'après-midi, on organise des randonnées ou des visites selon les sites, on approche les colonies animales, etc. Le but, c'est bien sûr de fournir des informations, d'expliquer l'écologie des espèces. Qu'est-ce qu'on voit dans notre environnement, le paysage ? C'est pour ça que chacun, avec sa spécialité, va expliquer la géologie, la formation du site, le côté historique de certains sites, etc. Et le soir, sur le bateau, on va faire un petit récapitulatif. Donc on fait des conférences, on donne beaucoup d'informations et on va plus loin. Et en fonction de ce qu'on a vu et des questions qu'on a eues aussi, on peut aller un petit peu plus loin sur certaines discussions. Et puis après, on a la partie où on mange ensemble. Et donc la conversation peut continuer. Et puis on a encore le soir pour en discuter. Puis des moments creux dans la journée. Quelques moments creux, très rares. Mais voilà, même quand on est en observation sur le pont, on a certaines personnes qui viennent avec nous et qui essayent de chercher la faute aux jumelles, etc. Et donc, il y a moyen de toujours poursuivre une conversation. En plus du moment plutôt formel de la conférence à proprement parler. Donc, c'est vraiment sympa. Et c'est vrai qu'il y a des liens qui se tissent au fur et à mesure de l'avancée du voyage. Et il y a certaines personnalités sur lesquelles on a envie de connaître un peu plus. Et puis, d'échanger et d'apprendre auprès d'eux aussi. Donc, ça, c'est vraiment sympa.
- Speaker #1
Et sur un peu les profils qui viennent sur ce type d'expédition, tu disais qu'il y a des profils super différents. Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu viens chercher quand tu pars sur ce genre d'espèce ? En tant que passager, qu'est-ce que tu vois dans ce que les gens viennent chercher ? Et est-ce qu'ils repartent avec ce qu'ils s'attendaient à voir ? Est-ce qu'ils ont des points de vue qui changent ? Est-ce qu'il y a des petits trucs qui se passent ?
- Speaker #0
Je pense que c'est très très varié. J'aurais fait ce boulot-là depuis 30 ans. En tout cas, tu m'aurais posé la question il y a 10 ans quand j'ai... Tout juste commencé, je pense que j'aurais répondu différemment. C'est quand même des voyages qui, malgré tout, se multiplient. Ça reste des voyages quand même compliqués logistiquement. Mais clairement, il y a un engouement, il y a plus de compagnie, il y a beaucoup, beaucoup de possibilités d'aller dans des milieux plus reculés et quels qu'ils soient, pas uniquement polaires. On voit bien avec tous les voyages qui se multiplient. Et donc, je dirais qu'il y a peut-être... 15 ans, 10 ans, le milieu était peut-être un peu plus fermé. Et les personnes qui partaient là-bas, c'était vraiment des gens qui avaient travaillé la question et qui partaient, qui étaient vraiment passionnés, passionnés de monde polaire et qui allaient là-bas vraiment pour voir le milieu répondre à leurs interrogations. Aujourd'hui, on a encore ces profils-là à bord, des gens qui ont toute leur vie essayé de comprendre le milieu et qui ont peut-être eu des lectures et beaucoup de... de recherche sur ces milieux-là et qui vont essayer de répondre à leurs questions et tout simplement voir de leurs yeux. Et donc ça, c'est vraiment très agréable d'avoir ces personnes-là à bord. On a aussi des personnes qui, peut-être, sont aujourd'hui plus dans l'envie de découvrir sans trop savoir où ils partent. Et voilà, on se retrouve avec certaines personnes à bord. Je dirais que ça touche plus, sans doute, des bateaux à grosse capacité où on a des... carrément des charters, des groupes entiers qui viennent de l'étranger et des gens qui arrivent en ayant réservé un voyage exceptionnel sans forcément se rendre compte exactement de quelles exceptions ils sont. Je pense que certains pourraient, cherchent le côté un petit peu plus extraordinaire de la chose qu'ils pourraient retrouver à différentes latitudes. Donc il y a un petit peu de différence dans ce public-là. Mais Merci. forcément, quand même, globalement, les gens qui partent là-bas, notamment sur les voyages comme j'ai fait cet été aux Val-Bart, ce sont des gens qui sont très renseignés, quand même, de manière générale. Beaucoup de gens qui ont beaucoup lu sur On se rencontre, et notamment le public français, qui a plus travaillé, entre guillemets, avant de partir là-bas, et donc qui sont aussi très exigeants sur les réponses qu'on va leur amener, sur les questions précises, et au fur et à mesure des randonnées, des rencontres... tout ce qu'on va voir en termes animal et végétal, ils vont avoir un panel de questions parce qu'ils se sont renseignés et qu'ils ont déjà une bonne idée de ce qu'ils peuvent trouver là-bas. Donc ça, c'est formidable parce qu'ils nous poussent un peu dans nos retranchements. Il faut quand même avoir bien potassé et bien révisé. Mais c'est vraiment des personnes très intéressantes en général qui vont quand même dans ces zones. Il faut savoir que pour y aller, il y a quand même aussi un petit effort, bien sûr financier, mais aussi logistique. Pour aller en Antarctique, il faut aussi avoir envie de traverser le Drek, de faire deux jours et demi de mer où on est parfois secoué comme des cocotiers. On peut être sur des bateaux qui ne sont pas toujours extrêmement confortables. Il y a aussi ce côté-là qui est recherche de l'aventure. Voir des choses qu'on a vues dans les livres ou sur certains reportages, mais on a envie de le voir de nos yeux. Et ça, ils nous rejoignent, ils rejoignent les guides, ils rejoignent tous ceux qui font ça de métier. On a envie d'y retourner. Et quand on a vu une fois, des fois, on a certaines personnes qui reviennent un an après, deux ans après, dix ans après. Et ça, c'est fabuleux. Et puis on a, comme je disais, certains profils où... Ils en ont rêvé toute leur vie. La famille s'est cotisée pour leur pays un beau voyage de retraite ou de fin de carrière ou pour un anniversaire. Et là,
- Speaker #1
on a envie qu'ils se remplissent les yeux de beauté parce qu'ils sont là une fois et vraiment,
- Speaker #0
il faut en profiter.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que les personnes qui en plus... travailler, entre guillemets, mais qui se sont plus informés de ce qu'ils vont voir ? Est-ce que tu penses qu'ils arrivent à mieux apprécier les milieux que des personnes qui arrivent plus, bon je mets des grosses guillemets, par hasard, parce que c'est pas vraiment par hasard non plus, mais pour qui c'est peut-être moins un rêve depuis longtemps ? Est-ce que tu penses qu'ils apprécient de la même manière ? Et pareil pour ceux qui, dans les grandes lignes, se le payent comme un voyage peut-être parmi d'autres, alors qu'il y en a pour qui c'est genre le voyage d'une vie ? Alors je sais pas si...
- Speaker #0
Je pense que tout le monde apprécie honnêtement, mais... Sans doute que quelqu'un qui fait le voyage une fois dans sa vie va peut-être mettre plus d'émotion dans le fait de le vivre à fond, parce qu'on sait que c'est limité dans le temps, ce sera une fois et puis voilà, il faut être là au bon moment. Que quelqu'un qui va peut-être se dire, bon, si ce voyage-là se passe bien, pourquoi pas le refaire l'année prochaine ou aller sur une autre destination dans six mois. C'est forcément, je pense, peut-être l'intensité qui est différente. mais après on a Je pense que l'appréciation reste la même. Dans tous les cas, c'est très beau. Et quelqu'un qui, même nous en tant que guide, on a beau y retourner tous les ans, on a exactement cette même excitation. Moi et tous mes collègues dirons la même chose. On a envie d'y retourner. On a la même excitation. Et voir une baleine ou voir 50 baleines, on a toujours envie de les voir. Et encore plus en se disant que c'est peut-être encore une fois la dernière. À chaque voyage, on se dit qu'on a une telle chance d'être là qu'il faut en profiter. on a encore envie de... d'y revenir et d'y revenir, mais chaque moment est unique et on a envie d'en profiter au maximum. Et ça, quelle que soit la chance de venir régulièrement ou non.
- Speaker #1
Alors, est-ce que du coup, dans ces profils un peu particuliers, est-ce que tu en aurais quelques exemples qui t'ont marqué ? Soit certains qui sont revenus et peut-être que du coup, il y a un lien qui se crée, ou même certains, peut-être que tu les as vus une seule fois, mais leur façon d'aborder l'expérience ? Tu t'en souviens ?
- Speaker #0
Oui, j'étais marquée par un monsieur qui était à bord il y a deux ans et qui avait rêvé de partir toute sa vie. Il avait apparemment lu, depuis qu'il était adolescent, tous les bouquins de navigation sur l'Antarctique, etc. Sa famille s'était cotisée pour ses 70 ans pour qu'il puisse faire ce voyage. Il était seul, sans femme ni enfant à bord, mais il avait ce côté de vraiment... profiter. Et lui, il était émerveillé par absolument tout, tout, tout, tout ce qui pouvait se passer. Il était en observation permanente sur le pont. Et c'était rigolo parce que, voilà, on a des gens qui sont là, qui profitent et puis qui vont être un petit peu moins attentifs à certains moments. Et lui, il ne voulait rien, rien, rien rater. Et donc, c'était assez fabuleux. Il était intéressé par absolument tout ce qui se passait dehors, dedans, avec la faune, la météo, tout l'intéressait. Donc ça, c'était très sympa. Et puis, Merci. à l'inverse des pôles, parce que là, ça s'est passé cet été, par exemple, en Arctique. J'ai recroisé, on a eu la chance de recroiser des passagers qu'on avait déjà eus à bord du même bateau en Arctique, quelques mois ou deux ans plus tôt. Et c'était vraiment très sympathique de se recroiser. Et c'est là qu'on a vu à quel point leur première expérience, en fait, les avait incités. À la base, ils n'avaient pas prévu d'aller au nord après ce premier voyage, mais ils ont été tellement... heureux de découvrir un monde qu'ils ont eu envie ensuite de voir un petit peu si de l'autre côté, il y avait aussi des découvertes à faire. Et donc, on a eu des conversations vraiment très intéressantes sur leur ressenti, justement, après ce deuxième voyage. Et on a toujours envie de comparer un petit peu le Grand Sud et le Grand Nord. Et donc, ça, c'était des belles rencontres, vraiment.
- Speaker #1
Trop bien. En même temps, tu as reparti à l'aventure un peu ailleurs. je vais en arriver à ma question de la fin mais je vais l'orienter un peu d'habitude disons que dans le format classique c'est comment t'aimerais que soit notre relation en vivant dans les disons dizaines d'années à venir mais là j'aimerais bien l'orienter un peu sur tu parlais justement du fait que Ce tourisme en milieu un peu extrême se densifie et se fait de plus en plus. Est-ce que tu penses que ça peut avoir un impact qui devient vraiment négatif pour les milieux qu'on va explorer ? Comment t'aimerais que ça évolue dans les prochaines dizaines d'années pour que ça reste cet équilibre entre la découverte que peuvent avoir les personnes qui viennent visiter et l'équilibre des écosystèmes ?
- Speaker #0
Alors là, comme je te disais, ça a beaucoup évolué en 10-15 ans, le tourisme global, mondial ou que ce soit. Et les pôles ne passent pas à côté. Donc le tourisme subantarctique, arctique et antarctique a aussi augmenté et continue d'augmenter. Et c'est vrai que là, on est toujours pris un peu en porte à faux, puisqu'on veut défendre un milieu et on sait que plus on y va et plus les gens y vont, quels qu'ils soient les moyens d'y aller. à moins d'y aller à la rame, ce qui n'est pas possible, mais on a un impact. L'idée globale, c'est bien sûr de faire passer des messages et surtout d'emmener les gens dans des conditions qui respectent le milieu. Et c'est bien pour ça qu'il y a eu des grosses évolutions qui ont été apportées dans le milieu du tourisme, et heureusement ces dernières années, puisqu'on a maintenant des structures qui sont mises en place pour créer des conditions qui soient les meilleurs possibles pour le développement du tourisme. Donc on a des associations, par exemple pour l'Antarctique, on a ce qu'on appelle le IATO, qui est l'International Association of Antarctic Tour Operators, qui regroupe tous les tours opérateurs, donc toutes les compagnies, de manière volontaire, qui veulent bien inscrire leurs activités dans un cadre contraignant. C'est-à-dire qu'elles s'imposent à elles-mêmes des règles qui vont faire en sorte que... l'impact sera le plus minime possible. Il ne sera pas nul, on en est bien consciente, les compagnies en ont conscience, elles communiquent aussi dessus sur les façons de faire pour limiter l'impact. Mais on va se donner des contraintes qui sont très concrètes. Ça peut être une limitation du nombre de passagers ou de débarquements. Ça peut être, bien sûr, des approches, des distances d'approche animales qui sont évidemment non contraignantes, mais qui permettent aux animaux de mieux vivre et de surtout ne pas être impactés par notre présence. Et puis, ça va être aussi, bien sûr, ce qui est très important, et là on revient un petit peu au point du début, avoir un regard très important sur la biosécurité. Et donc, éviter d'importer des espèces invasives ou des virus par le fait même de notre présence en tant que touriste ou guide ou compagnie touristique dans la zone. Et ça, ça s'est énormément développé. On a des contraintes importantes à bord de chaque bateau, ce qui est une très bonne chose et ce qui est une obligation dans les années à venir. On l'a bien vu avec la grippe aviaire, par exemple, récemment, qui a touché des zones de population d'oiseaux vraiment très denses. Et donc, les territoires subantarctiques et antarctiques n'ont pas fait exception et sont impactés. Pour éviter toute contamination, ce superflu est ultérieur. On a imposé des contraintes extrêmement strictes au niveau de la biosécurité. Donc des fois, carrément, on ne débarque pas, ou alors dans des conditions où tout est nettoyé, etc. Et donc ça, c'est forcément des choses qui ont dû être mises en place petit à petit et qui vont devoir, de toute manière, être de plus en plus strictes, à mon sens, pour éviter l'impact massif du tourisme dans ces zones. qui sont extrêmement sensibles, comme on l'a dit, puisqu'elles ont été isolées pendant longtemps. Donc ça va être sans doute à regarder de très près. Mais ça se met en place, et l'Antarctique et l'Arctique sont les zones qui sont parmi les plus protégées au monde en termes de restrictions. Donc on ne va pas là-bas si facilement que ça, en termes de logistique bien sûr, mais aussi en termes de respect des règles. On ne débarque pas où on veut, et heureusement, il y a une régulation qui est extrêmement importante. et qui sauvera sans doute une partie des écosystèmes d'un impact trop important.
- Speaker #1
Donc il y a des encadrements, ça se poursuit, ça évolue. On pourra quand même continuer à partir à l'aventure dans un futur plus ou moins proche.
- Speaker #0
Oui, j'espère bien que l'aventure continuera. Le but, c'est de faire découvrir ces milieux parce que comme on a toujours tendance à dire, quand on connaît un milieu et qu'on a de l'information, de la connaissance sur l'environnement et les espèces qui vivent, on a tendance à être plus alerte et de mieux le protéger, mieux les protéger. Donc, bien sûr... L'importance de connaître, de faire passer l'information, de faire passer les connaissances sur ces milieux-là est bien sûr liée à tout ce qui est aussi émerveillement par rapport à ces milieux. Savoir qu'ils existent, savoir qu'ils nous émerveillent, qu'ils continuent à nous émerveiller pendant quelques années, quelques dizaines d'années, le plus longtemps possible, tant que le changement climatique... les laissera survivre.
- Speaker #1
Trop bien. Bon bah restons sur... Ça me va bien comme mot de la fin sur le petit point sur l'émerveillement. Et Belen, merci beaucoup. Merci à toi. Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a plu, n'oublie pas de t'abonner et de suivre mes aventures sur mon compte Instagram et ma page LinkedIn.