- Speaker #0
Raviver ce lien avec la nature qui est absolument essentiel, surtout dans l'époque dans laquelle on vit, où l'écologie est un enjeu de société, ça aujourd'hui c'est acquis et évident, mais c'est quelque chose qui reste extrêmement mal compris, extrêmement mal compris et totalement simplifié. Quelque chose de très subtil, de très nuancé, de très complexe, de très beau en fait.
- Speaker #1
Bienvenue dans Un Pas Dehors, le podcast qui explore ce que le temps passé dehors, en nature, change en nous. Je m'appelle Audrey, je suis écologue, et ici, deux fois par mois, j'invite celles et ceux qui entretiennent un lien fort avec le vivant, pour comprendre comment cette relation façonne leur manière de vivre, de penser et d'habiter le monde. Frédéric, bienvenue sur Un Pas Dehors. Alors, on va raconter un petit peu. En fait, c'est la deuxième fois que je t'introduis sur le podcast puisqu'on a eu un petit bug technique. Mais on va repartir et essayer de garder la spontanéité qu'on a eue sur notre première lancée. Donc, je te le redis une fois, bienvenue à nouveau sur Un Pas Dehors.
- Speaker #0
Merci Audrey, c'est un plaisir de faire cette conversation une deuxième fois.
- Speaker #1
Alors, je te repose la question. Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où la nature t'a vraiment émerveillé ?
- Speaker #0
Ah oui, je m'en souviens très bien, c'était au mois de mars dernier, au Zimbabwe, dans les montagnes qui séparent le Zimbabwe du Mozambique, où je suis allé avec mon épouse et deux amis pour essayer de retrouver une orchidée mystérieuse qui avait été décrite dans les années 1950 et qui n'avait jamais été revue depuis, et dont il n'existait aucune photo. Il existait uniquement une planche d'herbier. déposé au muséum de Kew Garden à Londres, et un dessin au trait, fait par la personne qui a décrit l'espèce. Cette orchidée, je l'avais, effectivement cette planche, je l'avais sur mes livres sur les orchidées africaines que je consulte depuis fort longtemps. Et un jour, un matin, ça m'a pris en me disant, écoute, on va essayer d'aller la trouver, on va essayer d'aller la voir. Et donc on est parti au Zimbabwe. et pas tout à fait la porte à côté, surtout que c'est dans des montagnes assez isolées. Et je me suis rendu exactement sur le site où elle avait été décrite à l'époque, début mars, à la même saison. Malheureusement, le site qui est une forêt près d'une rivière avait été majoritairement transformé en camping, même si c'est dans une réserve naturelle, mais c'était le camping qui accueillait les visiteurs de la réserve naturelle. En marchant sur le chemin, un peu dépité, en disant ça n'y sera plus, on est tombé dessus et c'était une découverte. C'est-à-dire que non seulement le fait de la retrouver c'est un choc émotionnel très fort, mais en plus c'est une plante absolument splendide, magnifique, étrange, ressemble à une grappe d'araignée blanche, c'est quelque chose d'assez incroyable. Donc c'était vraiment quelque chose de très fort. Et c'est bien ma dernière grosse émotion naturaliste.
- Speaker #1
Et c'est marrant parce que tu dis que c'était en fait à côté d'un camping, donc presque aux yeux de tous. Et finalement, après, il faut la chercher pour la remarquer. Mais je trouve ça assez marrant, le contraste entre... Elle se trouve un petit peu à proximité de passages de plein de gens et en même temps, là, cette découverte, parce qu'en fait, on peut passer à côté sans forcément la voir.
- Speaker #0
Ah ben absolument ! C'est certain qu'il y a des tas de gens qui sont passés à côté, qui l'ont peut-être même vu, mais qui n'y ont pas prêté attention. Et c'est très étrange de se dire que pour certains, ça constitue une découverte absolument extraordinaire, puisque j'ai pu faire les premières photos connues de cette plante qui n'a jamais été prise en photo. Et en même temps, pour d'autres personnes, ça fait partie du décor. Mais ça, c'est toute l'histoire du regard naturaliste.
- Speaker #1
Qu'est-ce que, pour toi... comment tu le décrirais, le regard du naturaliste ? En tout cas, comment selon toi il se différencie peut-être du regard qu'a une personne, on va dire, plus... Je ne vais pas dire d'une personne plus normale, mais c'est la normalité du naturalisme, et d'une personne qui n'est pas de ce milieu-là.
- Speaker #0
En fait, j'ai l'impression que la plupart des personnes aiment la nature, apprécient, regardent les paysages, il n'y a qu'à voir l'engouement pour aller dans des parcs nationaux, pour aller dans des destinations naturelles, mais que les gens contemplent les paysages d'une manière globale. Et le naturaliste a cette particularité qui va s'intéresser aux détails qui constituent ce paysage. Et c'est un regard qui n'est pas du tout le même. C'est-à-dire que le naturaliste va apprécier le paysage dans sa globalité, mais ne pourra jamais s'empêcher de se dire « Mais ces arbres, qu'est-ce que c'est ? Est-ce que c'est des pins ? Est-ce que c'est une plantation ? Est-ce que c'est une forêt naturelle ? » Et ensuite, zoomer finalement. dans le paysage pour aller regarder de près telle ou telle plante, tel ou tel insecte, tel ou tel oiseau, en essayant d'en décrypter les composants.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que c'est un regard que tu as toujours eu ou est-ce que tu l'as peut-être développé en grandissant ? Est-ce que c'est venu plus tard ?
- Speaker #0
Alors ça, je pense que la plupart des gens que tu as interviewés ont dû te dire la même chose. On est tombé dedans quand on était petit. C'est quelque chose qui est aussi loin que datent mes souvenirs. J'ai toujours eu la passion pour la nature, pour l'observation, pour les animaux, pour les plantes. Et tout ça, vraiment à partir de livres, parce qu'effectivement, tout part des livres, en tout cas en ce qui me concerne. J'ai toujours vécu, je disais dans mon enfance, j'étais dans un quartier un peu défavorisé de HLM, comme on disait à l'époque, où personne ne s'intéressait à la nature, strictement personne. Et moi, j'ai toujours été fasciné par ça, et comme il y avait de la nature autour de chez moi, Il fallait aller un petit peu plus loin, parce que j'ai passé mon enfance à Arles, pas très loin de la Camargue et puis des Alpies. Donc en traversant un canal de l'autre côté, c'était encore des rizières, des zones assez sauvages. Mais la plupart des gens autour de moi s'y intéressaient et pas du tout. Et donc quand même, je vivais beaucoup au travers des livres. Au travers des livres que ma mère n'a jamais refusé de m'acheter des livres. Donc j'avais toujours eu énormément de livres, et notamment sur la nature.
- Speaker #1
Tu parles de ce canal qui était un petit peu en dehors de ce quartier dans lequel tu grandissais. J'imagine que les personnes qui n'avaient pas les mêmes intérêts n'allaient probablement jamais dans cet endroit-là parce qu'ils n'y voyaient pas spécialement d'intérêt. Qu'est-ce qui t'a attiré au début et qui a fait que tu t'es retrouvé là-bas ? Du coup, j'imagine que tu y es retourné plusieurs fois pour des observations. qu'est-ce qui t'a...
- Speaker #0
C'est vraiment inexplicable. C'est vraiment cet attrait de regarder les plantes. Je me souviens, il y avait des suroïebles, qui sont des petites plantes qui font des petits fruits noirs, un peu toxiques d'ailleurs, en été. Et comme c'était en bordure quand même de zones qui étaient encore à l'époque relativement naturelles, bon maintenant c'est des centres commerciaux, c'est terminé. Il y avait quand même... pas mal de choses à voir, il y avait pas mal de rainettes il y avait pas mal de lézards, il y avait beaucoup d'insectes et on avait encore assez régulièrement des périodes où on avait des invasions de hannetons il y avait des milliers de hannetons, un jour on le trouvait partout, puis après on avait des des hydrophiles qui sont des espèces de gros coléoptères aquatiques pareil, qui faisaient des invasions qui venaient de la Camargue, toute proche et donc finalement sur un tout petit territoire 200 mètres de chez moi, pouvait vraiment m'évader par la pensée, à défaut de pouvoir se déplacer vraiment.
- Speaker #1
Au début, tu parlais d'une orchidée dans le souvenir qui t'a le plus émerveillé. Les poissons, il me semble que c'est un groupe d'espèces qui a aussi son importance dans ce qui t'attire le plus.
- Speaker #0
Absolument. Les poissons, je dirais, les animaux aquatiques d'eau douce. parce que d'abord c'était dans mon environnement immédiat il y avait quand même on passait le pont derrière le canal il y avait quand même pas mal de mares de petits canaux, de petits fossés où on trouvait des insectes aquatiques des ditiques, des ranâtres, des nèpes enfin pour ceux qui connaissent ce sont des petits insectes aquatiques et j'avais effectivement je m'étais fait des petits aquariums avec des plantes, des trucs quelques grenouilles d'ailleurs d'un autre. Ma grand-mère était très en colère parce que ce n'était pas très décoratif sur le balcon avec des seaux et des bocaux partout. Et le côté poissons tropicaux, qui est un des sujets sur lequel j'ai beaucoup travaillé depuis, je suis devenu un spécialiste même. C'était un de mes loisirs très jeunes, ma mère m'avait acheté un petit aquarium et j'allais acheter des poissons. chez un droguiste qui vendait des poissons. Et voilà, et donc ces poissons me faisaient rêver. Et puis comme toujours intéressé à des choses à fond, ça c'est un peu une de mes caractéristiques, c'est-à-dire que je m'intéresse aux poissons tropicaux d'eau douce, j'essayais d'avoir tous les livres qui existaient sur le sujet à l'époque et d'apprendre vraiment à les connaître à fond, alors de manière totalement bibliographique, plus ceux que je pouvais. à voir vivant dans mon aquarium. Et ça, ça a été effectivement la naissance d'une grande passion pour les poissons d'eau douce, qui ensuite a été complètement... transformée par une autre découverte naturaliste, je parle celle-ci sur les orchidées, j'en ai eu une autre sur les poissons, c'est quand je suis allé pour la première fois de ma vie en Guyane, j'avais une petite épuisette, je pêche des poissons, et là je vois dans la rivière les poissons que j'ai achetés chez mon vieux gros droguiste,
- Speaker #1
incroyable,
- Speaker #0
Arles, en me disant, mais c'était merveilleux, c'était de se dire, mais c'est fantastique, la chance que j'ai de pouvoir voir ça dans la nature. Et finalement, reboucler des parties de ma vie entre, finalement, « Regarde un enfant émerveillé par un monde dont tu pensais qu'il ne le verrait jamais peut-être. » Parce qu'effectivement, quand on vit dans un milieu économiquement défavorisé, on ne sait pas du tout si on aura la possibilité de voyager, de se déplacer et d'aller voir ces animaux dans la nature. Et j'étais déjà très très content de les avoir dans mon petit aquarium. Et là, de se dire... Ça y est, aujourd'hui, je suis dans la rivière, d'où viennent les poissons qui sont les descendants des ancêtres des poissons qui ont été élevés dans les aquariums et que j'avais chez moi quand j'avais 10 ans. Et ça, c'était une très, très grande émotion naturaliste.
- Speaker #1
Et au final, tu retrouves presque un peu ce regard d'enfant que tu pouvais avoir au moment où tu les avais initialement. et là on sent le même la même excitation le même...
- Speaker #0
L'excitation, très sincèrement, si on est naturaliste, on ne la perd jamais. Mais absolument jamais. Je pense que c'est jusqu'à la fin de ses jours où on n'est passionné par ça. Lorsqu'on voit quelque chose qu'on n'a jamais vu, sur lequel on a fantasmé, parce que quand on voit des livres sur tel ou tel sujet, on voit des espèces qui vous attirent, on ne sait pas pourquoi. C'est une espèce de choc. esthétique ou émotionnelle ou quelque chose qui te... Curieusement, il y a des choses qui te rattachent à certaines espèces et on ne sait pas pourquoi. On ne sait absolument pas pourquoi. Et quand un jour, alors, en les ayant cherchées ou sans les avoir cherchées, on tombe dessus, c'est tout à fait extraordinaire.
- Speaker #1
Ce regard naturaliste et ce... Finalement, ce temps que tu passes en nature en étant du coup enfant, c'est quelque chose que tu as réussi après à garder en... Est-ce que c'est quelque chose que tu as réussi à garder en grandissant ? Et puis après, il y a la période où forcément, on finit l'école, on part en études, etc. Est-ce que la place a toujours été aussi importante ? Quelle place tu as réussi à faire prendre à cette passion ?
- Speaker #0
Alors, il y a eu plusieurs phases. L'intérêt pour la nature n'a jamais faibli, strictement jamais. Je dirais que ça n'a fait qu'empirer, pour être clair. Après, évidemment, il y a des phases différentes dans la vie, où d'abord, on a besoin de gagner sa vie, de se diriger, de faire des études. Il faut savoir que les opportunités professionnelles de travailler sur le sujet qui vous passionne étaient à peu près nulles à l'époque, puisque être naturaliste, c'était un hobby. une distraction des vacances et des week-ends. C'est quelque chose qu'on faisait en plus de son travail. C'était totalement décorrélé de son travail. Il y avait très, très, très, très, très, très peu de gens qui travaillaient sur le sujet. Moi, j'étais amené à faire des études de pharmacie. Alors, pourquoi des études de pharmacie ? Parce qu'il me fallait des études qui me permettent de trouver un métier pour gagner ma vie. Et en même temps, la pharmacie a quand même un lien avec la nature assez fort, notamment avec la botanique. Et là, j'ai vraiment, quelque part, découvert vraiment la botanique, la passion pour la botanique en pharmacie. Donc, j'avais des cours de botanique. Dès la deuxième année, j'ai pu travailler dans le laboratoire de botanique de l'université de pharmacie. Et j'ai vraiment appris à identifier les plantes, à connaître les familles. Et évidemment, je m'y suis à fond. Et jusqu'au jour où je suis, lors d'une sortie botanique, je suis tombé sur des orchidées. Alors j'ignorais, comme la plupart des gens, que les orchidées, leur milieu naturel n'est pas la boutique du fleuriste. Mais c'est la nature et c'est la nature dans le monde entier. Les orchidées, il y en a partout. Il n'y en a pas que sur les arbres, dans les forêts tropicales. Et il y en a autour de chez nous. J'imagine que ceux qui nous écoutent... Alors, à condition d'être à la bonne saison, on peut voir des orchidées très facilement autour de chez eux, alors qu'ils ne sont pas très grosses, mais qu'ils sont très très belles et très étranges.
- Speaker #1
Oui, il ne faut peut-être pas s'attendre à la taille des orchidées qu'on trouve justement chez le fleuris. On est sur quelque chose de beaucoup plus petit, mais c'est vrai que des observations en plus qui sont toujours... qui sont toujours assez incroyables.
- Speaker #0
Je crois que j'ai dû décrire une dizaine d'espèces d'orchidées nouvelles, y compris autour de chez moi, parce qu'il ne faut pas croire qu'on connaît tout. La nature recèle encore énormément de mystères et on continue à découvrir des choses, y compris dans des régions où tout le monde pense qu'on sait tout.
- Speaker #1
Et ça, je trouve ça assez fascinant de se dire que... Déjà, je trouve ça fascinant parce qu'il y a tellement encore de choses à apprendre. Et parfois, je trouve aussi que d'être assez lié à la nature comme ça, ça force un peu à l'humilité de se dire qu'on ne sait pas tout et on est loin de tout connaître et de tout comprendre. J'en parle même pas. Et c'est un côté du temps passé en nature que je trouve hyper intéressant. Ça nous ramène un peu.
- Speaker #0
On doit connaître, on doit avoir répertorié, identifié et classé 20% du vivant dans le monde. C'est très peu en fait. Et c'est déjà des centaines de milliers d'espèces. C'est très très peu. Et en fait, c'est ceux qui ne connaissent pas la nature qui croient qu'on sait tout et pas du tout.
- Speaker #1
C'est vrai. C'est souvent comme ça d'ailleurs. Une fois en général qu'on commence à se plonger dans un sujet, on se rend compte de ce qu'on ne sait pas, que quand on en est totalement déconnecté, on ne se rend pas compte qu'on ne sait pas.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et c'est vrai que... Est-ce que tu penses que le fait de... d'en être du coup totalement extérieur et de ne pas savoir qu'on ne sait pas est-ce que tu penses que ça a une influence et un impact sur la relation après que vont avoir les gens sur la nature et forcément je pense aux impacts qu'on peut avoir où des fois on se dit c'est pas possible d'avoir un comportement comme celui-là est-ce que tu penses que...
- Speaker #0
Oui après il y a forcément un lien moi je suis très attaché à la connaissance au savoir et quelque part Alors... Dans ma vie personnelle et professionnelle, j'ai beaucoup travaillé sur l'amélioration et la diffusion de la connaissance. Parce que moi je suis persuadé que l'être humain intrinsèquement aime la nature, puisqu'il en fait partie au moins au départ, et dans certaines régions du monde il en fait toujours partie, il en dépend entièrement. Le rapport avec la nature s'est distendu au fil du temps. Après, ça s'explique, c'est-à-dire à partir du moment où les hommes ont créé des centres urbains, se sont spécialisés, n'ont dépendu de la nature que de manière indirecte, parce qu'évidemment, on en dépend toujours à 100%, mais on en dépend de manière beaucoup plus indirecte qu'autrefois. C'est-à-dire qu'effectivement, quand on dépendait uniquement, quand on construisait ses maisons avec le bois qu'on pouvait récolter, ou avec la terre que l'on... que l'on agressait ou avec les pierres que l'on assemblait quand on se nourrissait, soit de chasse, de cueillette ou de culture vivrière. Je veux dire, il ne fallait pas être un génie pour penser qu'on dépendait à 100% de la nature. Aujourd'hui, effectivement, on achète ses légumes dans un centre commercial. Donc on se dit, finalement, moi je dépends du centre commercial. Que nenni, effectivement, le centre commercial dépend de celui... qui cultive les plantes, et celui qui cultive les plantes, il dépend de l'eau, du sol, du climat.
- Speaker #1
On a vraiment, du coup, ce fait d'avoir un lien moins visible, ça amène un peu cette déconnexion, en tout cas on fait moins le lien. Moi c'est un peu pour ça le podcast qui s'appelle Un Point Dehors, c'est un peu justement l'idée que je veux amener avec des histoires variées, de se dire, commencez par... sortir et voilà retrouver le sens de l'observation et c'est aussi pour ça que je trouve intéressant de partager le regard assez particulier du naturalisme parce que je trouve ça ramène ce cette curiosité cette envie de découvrir qui je pense est assez essentiel mais mais ça moi je suis certain pour
- Speaker #0
l'avoir expérimenté parce qu'après j'ai accompagné des gens dans des voyages que tout le monde est presque tout le monde est sensible à ça c'est simplement des gens qui n'ont pas eu l'occasion de le faire On n'a jamais eu l'occasion de sortir avec un naturaliste qui, justement, ce que j'expliquais au début sur les paysages, qui décrypte un paysage qui transforme une vision quelque part floue d'un paysage que l'on peut avoir, quand on ne connaît pas, avec une vision précise d'un paysage composé d'éléments distincts et juxtaposés. Et le fait de se dire, allez, on va zoomer. dans le paysage, parce qu'aujourd'hui on peut le faire sur un ordinateur, mais en fait, dans sa vie, il suffit de se rapprocher des choses et de zoomer, de s'intéresser. Alors, je vais aller regarder la prairie. Alors, la prairie, c'est de l'herbe. Non, mais il n'y a pas que des herbes. Entre les herbes, il y a des fleurs. Puis après, sur les fleurs, il y a des insectes. Mais des insectes, il y en a plein, ils sont tous différents. Ah ben oui, ça c'est un papillon. Mais ces deux papillons, ils ne sont pas les mêmes. Ah bah oui, c'est incroyable, ils ont l'air pareils, mais ah oui, le naturaliste va dire, mais regarde ce papillon, tu vois, il a un petit point noir sur la queue, l'autre il ne l'a pas. Ah ouais, je n'avais pas remarqué, effectivement. Et petit à petit, on apprend à décrypter, à voir le monde différemment, de manière beaucoup plus riche, beaucoup plus riche, et surtout que la nature, encore une fois, elle existe partout, autour de, y compris dans les villes. On a énormément de choses à voir autour des villes et l'enseignement naturaliste chez les enfants qui n'existe plus ou qui n'existe pas globalement en France, on gagnerait énormément à le rétablir. D'abord d'un point de vue cognitif, ça permet de bien observer les choses et de faire différence entre des choses qui se ressemblent mais qui sont différentes. Donc ça crée vraiment une vraie précision. dans l'observation et puis refaire naître raviver ce lien avec la nature qui est absolument essentiel surtout dans l'époque dans laquelle on vit où l'écologie est un enjeu de société, ça aujourd'hui c'est acquis et évident mais c'est quelque chose qui reste extrêmement mal compris extrêmement mal compris et totalement simplifié quelque chose de très subtil de très nuancé, de très complexe de très beau en fait Merci. Et cet apprentissage, on peut le faire n'importe où. Et moi, j'engage effectivement tous les auditeurs qui ne sont pas naturalistes. Vous avez une chose à faire. Si vous pouvez, vous achetez une petite paire de jumelles. Vous trouvez un petit livre sur les oiseaux, parce que c'est assez facile. Ou un petit livre sur les plantes de votre région. Il en existe plein. Et allez voir. Alors, tout le monde ne va pas devenir un spécialiste ou un naturaliste. Mais simplement, cette part qui manque... Je pense que c'est une lacune éducative, cognitive et émotionnelle qui impacte, je pense, négativement notre société. Et on gagnerait à retrouver un lien simple avec la nature. Simplement, vous savez, il y a certains peuples, certains rayons, ils n'ont jamais perdu. Évidemment, parce qu'ils en dépendent directement.
- Speaker #1
Si on revient à ton parcours, parce qu'aujourd'hui... Alors tu as eu ce parcours en pharmacie dont tu commences à nous parler. Alors il y a le lien avec la botanique mais qui n'est pas quand même 100% du naturalisme. Aujourd'hui il s'avère que tu as réussi à ce que ce soit totalement le sujet central dans on va dire tous les domaines de ta vie. Est-ce que tu peux nous raconter comment tu as trouvé une solution et comment tu as créé finalement une solution pour que le naturalisme soit au cœur de tout ce que tu fais ?
- Speaker #0
Oui, et bien c'est... Après mes études de pharmacie, que j'ai beaucoup aimées, qui étaient très intéressantes, où on apprend plein de choses, je me suis retrouvé à travailler dans des officines, dans des pharmacies. Et là, effectivement, un peu dessoulé, parce que c'est un travail très utile et très honorable, mais qui est très ennuyeux. Enfin bon, je me suis beaucoup ennuyé.
- Speaker #1
Quand on aime être dehors et observer, c'est sûr que ça ne colle pas trop.
- Speaker #0
Il y avait plusieurs raisons. D'abord, effectivement, on est enfermé dans une boutique toute la journée. On a un contact principalement avec des gens malades. C'est un peu, mine de rien, comme je suis quelqu'un de très empathique, c'est un peu difficile. C'est quelque chose de... Dans les professions médicales, c'est quelque chose de difficile. Alors, on a d'autres choix que de se blinder par rapport à ça. Mais moi, j'ai du mal à me blinder. Je suis quelqu'un d'assez émotif et très sympathique. Donc, c'était un peu difficile à vivre. Et puis, surtout, le fait d'être enfermé. Et donc, je continuais à m'intéresser à la nature. En gros, tous mes loisirs, à 100%, c'était aller dans la nature. Et notamment, au début de mes études de pharmacie, je me suis passionné pour les orchidées, les orchidées européennes notamment. Et donc, j'ai consacré ces années-là à peaufiner ma connaissance sur les orchidées et jusqu'à toucher assez vite, d'ailleurs, les limites de la science et pouvoir travailler à décrire des espèces nouvelles. parce qu'elles étaient mal connues, parce que finalement... Une observation attentive permet de voir des choses que d'autres n'avaient pas vues avant. Et ça a été aussi très lié à des rencontres, notamment à une rencontre que j'ai faite lors d'une exposition d'orchidées dont j'ai vu l'affiche à la fac de pharmacie. Je suis allé, c'était au Vigan, c'est dans les Cévennes, et là j'ai rencontré une personne qui est devenue un ami très cher. jusqu'à aujourd'hui. Hier soir, avec lui, on a mangé des moules grillées sur la plage. Et donc, je l'ai rencontré. Et puis, avec lui, je suis vraiment rentré beaucoup plus dans un monde naturaliste, un peu plus structuré, avec des associations et puis avec, effectivement, une recherche systématique des espèces, avec l'idée de cocher toutes les espèces. de voir toutes les espèces.
- Speaker #1
Cocher, c'est un terme, alors qu'on utilise, en tout cas, tous les naturalistes savent de quoi on parle. Peut-être juste revenir rapidement dessus. Qu'est-ce que cocher, qu'est-ce que ça implique ?
- Speaker #0
Alors, en fait, c'est vrai que c'est un terme un peu mystérieux, mais c'est très simple. Quand on va étudier un groupe, par exemple les orchidées, on achète un livre sur les orchidées de France, par exemple, où il y a toutes les espèces qui sont répertoriées. Et puis, il y a une liste des espèces à la fin du livre où vous avez environ 150 espèces d'orchidées en France qui sont répertoriées. Et donc, quand on en voit une, on coche sur la liste celle qu'on a vue. Et l'objectif, c'est de cocher toute la liste, d'arriver au vous. Et donc, évidemment... Au début, c'est super exaltant puisqu'on fait une sortie, on fait 20 ou 30 coches. On appelle ça des coches. On coche une espèce. Et très rapidement, ça diminue. Le jeu se complique. Le jeu se complique. C'est un vrai jeu. Le jeu se complique. Il faut aller de plus en plus loin. Il faut aller chercher l'espèce qui est super rare, qui ne pousse qu'à un seul endroit. Il faut y être le bon jour, à la bonne saison et au bon endroit. Il faut connaître les coins. Donc, on se renseigne. Et c'est un jeu de plus en plus difficile. Voilà. Et puis après, une fois qu'on a tout coché, on passe à un autre groupe où on change de territoire. L'avantage de la nature, c'est que c'est infini et il n'y aura jamais assez d'une vie pour tout voir.
- Speaker #1
Et ça, ça donne des perspectives assez sympas. Et donc l'orchidée, c'est par là que tu découvres un peu le côté naturaliste plus cadré et plus scientifique. C'est à partir de là que tu commences à avoir une opportunité que ça devienne quelque chose de professionnel ou est-ce qu'il y a encore des étapes ?
- Speaker #0
En fait, c'est vraiment à partir de là, puisque je commence à fréquenter effectivement des milieux naturalistes, et puis je rencontre des personnes qui sont vraiment de vrais savants, qui ont une connaissance énorme, bien plus grande que la mienne. Et je m'intéresse un peu à tout. Je m'intéresse aux oiseaux, aux amphibiens, aux reptiles, aux libellules, etc. On fait en vision une espèce de boulimie d'apprentissage, de découverte, d'émotion. Au bout de quelques années, on commence à se dire qu'on commence à être... pas trop mauvais dans le domaine, qu'on commence à connaître pas mal de choses et qu'on connaît des gens qui connaissent beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses et on se dit peut-être que on aimerait un jour remettre bout à bout, réconcilier, raccommoder sa passion et son travail. Peut-être se dire que la nature, la découverte de la nature, au lieu d'être quelque chose que l'on fait juste quand on a le temps, pendant nos congés payés et pendant les week-ends. En plus, en pharmacie, il faut enlever les gardes de week-end, souvent un week-end sur deux. Se dire, là, on va essayer quelque chose. Et effectivement, je me suis rendu compte à cette époque-là que... En discutant avec des gens, il y avait pas mal de projets, des questionnements écologiques, voire des conflits sur certains projets d'aménagement. C'est vrai qu'à l'époque, il était flagrant qu'on aménageait le territoire de manière, alors pas anarchique, mais en tout cas sans aucune préoccupation par rapport à la nature. Ça, c'est sûr et certain.
- Speaker #1
Clairement pas le...
- Speaker #0
C'est absolument incertain. Et effectivement, on comptait... Une espèce de liste mortuaire tragique, les espèces qui disparaissaient les unes après les autres, notamment des périphéries des villes et des zones, au fur et à mesure qu'on détruisait leur habitat. Et là, en discutant, j'entends parler que depuis quelque temps, on peut faire des études d'impact sur l'environnement, ou on peut peut-être communiquer sur la nature. Et là, germe l'idée qu'il n'existait pas, à l'époque, de personnes dont c'était le métier de faire ça, faire des inventaires naturalistes. Je découvre à cette époque-là que c'est quelque chose qui est inscrit dans la loi pour faire une étude d'impact, pour faire des inventaires naturalistes, mais qu'il n'y a finalement personne dont c'est le métier. On a des gens qui le font, soit dont le métier c'est d'être universitaire, ou si le métier, ça va le métier, ou en tout cas la passion c'est un engagement associatif, militant, de protection de la nature. Mais des gens dont le métier est vraiment de documenter la nature pour que ça serve à la société, pour améliorer très significativement la manière dont on aménage le territoire, ce métier, je le réalise, n'existait pas.
- Speaker #1
Et donc comment, à cette époque-là, les aménageurs, cette loi existait ? Donc les aménageurs étaient, on va dire, censés prendre en compte la faune et la flore dans leurs projets d'aménagement. Mais en fait, du coup, comment ça se passait à cette époque-là ? Est-ce que c'était quand même traité d'une manière, tu disais peut-être plus de manière bibliographique, et en même temps, si on n'a pas la connaissance même avec la bibliographie, ça me paraît compliqué.
- Speaker #0
On est d'accord. Bon, pour être très clair, c'était extrêmement mal fait, voire pas fait du tout. Les études d'impact, alors le législateur, c'était une loi révolutionnaire, la loi de 1976, c'était la première en Europe, la loi de protection de la nature. On a créé les espèces protégées, on a créé l'obligation de faire des études d'impact, c'était totalement révolutionnaire, c'est le fondement de la protection de la nature en France, et ensuite en Europe, et ensuite maintenant ça se déploie dans le monde entier. Et donc cet effet s'était traité comme un formulaire administratif, très simplement. Et donc là, il a fallu se déplacer, expliquer, convaincre, en essayant d'expliquer... de donner une interprétation qui, pour moi, paraissait claire et logique, paraissait être la volonté du législateur de l'époque, en disant si on veut faire ça, il faut le faire de telle manière. Et étudier la nature, ça ne se fait pas uniquement dans la bibliographie, parce qu'encore une fois, on ne sait pas tout, loin de là, mais ça se fait sur le terrain. C'est-à-dire que si autour d'un site Il n'y a pas d'espèce protégée ou rare ou menacée répertoriée. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas. Ça veut juste dire qu'il n'y a pas d'espèce qui a été recensée à cet endroit-là. Alors, si on ne l'a pas recensée, c'est peut-être qu'on ne l'a pas trouvée, mais plus probablement qu'on ne l'a jamais cherchée. Et donc, chercher ces espèces-là, décrire, documenter un état initial, C'est quelque chose qui ne se faisait pas. Et moi, j'ai expliqué, mais on doit le faire. Parce que si on ne le fait pas, on ne respecte pas la loi. La loi dit qu'on doit prendre en compte les espèces protégées. Si on décrète qu'il n'y en a pas et qu'on ne les a pas étudiées, on ne respecte pas la loi. Parce qu'on ne peut pas dire qu'on a pris en compte ces espèces-là. Prendre en compte, c'est d'abord les chercher.
- Speaker #1
Et c'est là que toute la différence arrive. C'est que ce n'est pas juste... référence au quoi ? On va aller chercher ce qui est vraiment présent et c'est là qu'en fait tout... On a vraiment la bascule sur...
- Speaker #0
Là, il y a vraiment une bascule. En tout cas, déjà, la bascule, nous, on professe ça, mais bon, c'était un peu des prêches puisqu'on tombait sur des gens, soit qui étaient très hostiles, soit qui n'en avaient rien à faire, soit qui étaient de très bonnes compositions, mais qui ne savaient pas. Alors cela, c'était super parce que on avait l'occasion de... de les éduquer, de leur apprendre, de leur faire découvrir un monde. D'ailleurs, on peut nouer déjà, dès l'époque, des relations très intéressantes avec des gens qui venaient de mondes complètement différents. Il y a quelqu'un qui est ingénieur du béton, mais peut-être que quand il était petit, il regardait aussi des livres sur les animaux d'Afrique, d'Aberide du Sud, ou sur le petit peuple qui vit dans les mares où il les étend. Et moi, j'ai vraiment perçu ça, quand on discutait avec des gens, quels qu'ils soient. quelle que soit leur position sociale, quel que soit leur métier, que... Si on savait, comment dire, toucher cette corde sensible qui existe à mon avis chez chacun d'entre nous sur cet amour de la nature, et bien on avait gagné la partie. Ces gens-là devenaient de fait des gens qui œuvraient à la protection de la nature, même si leur métier allait plutôt à l'inverse. C'est-à-dire que s'ils étaient aménageurs, et bien ils étaient intéressés à nous faire travailler à l'époque en disant... Dites-moi comment je peux faire mieux les choses. Dites-moi comment je peux... Si je peux préserver ça, je le fais.
- Speaker #1
Et tu crées Biotop il y a un peu plus de 30 ans. D'ailleurs, pour le contexte, c'est assez marrant parce que tu es le fondateur de cette entreprise dans laquelle je travaille aujourd'hui. Donc la situation est quand même un petit peu particulière. Et est-ce que tu as la sensation d'avoir d'un sens un peu réussi à ce que la nature et la biodiversité aient plus de place ? dans le fonctionnement de notre société. Alors c'est un peu large, mais en même temps, c'était tellement quasiment inexistant à la création de Biotop. Et aujourd'hui, c'est un marché qui est conséquent. Est-ce que tu penses que ça a en tout cas pu mettre une pierre à l'édifice pour que ce soit plus pris en compte et que ce soit un sujet qui soit... Alors j'aimerais parfois qu'il soit à la même hauteur que les autres. Je pense qu'on n'y est pas encore. Mais en tout cas, c'est un sujet qui a pris de l'ampleur.
- Speaker #0
Ça a pris beaucoup d'ampleur. Ça a pris beaucoup d'ampleur. Objectivement, je crois que oui. En tout cas, je me suis efforcé d'apporter ma pierre à l'édifice. Déjà, lorsque j'ai fondé Biotop, comme je l'ai expliqué, j'étais un peu dans une impasse professionnelle. Et le seul objectif, avec des amis, on était quatre à la création de Biotop, je n'étais pas tout seul. L'objectif, c'était juste de créer mon propre emploi. Je n'avais pas d'autre ambition à ce moment-là. Pourquoi je suis passé par une entreprise ? C'est que tout le reste était bouché, il n'y avait rien, aucun poste, il n'y avait pas de possibilité. Donc, le métier que je veux faire n'existe pas, créons-le. C'était un peu ambitieux, peut-être un peu très hardy et peut-être suicidaire. J'ai eu quelques problèmes avec ma famille qui ne comprenait pas que j'avais fait des études de pharmacie et que je laisse tomber un métier. possiblement rémunérateur et valorisant pour aller courir après les grenouilles. Ils avaient du mal à comprendre. Mais bon, voilà, ils ont fait avec. Pas le choix. J'étais totalement déterminé, c'est clair. Et donc, je passais par l'élection. On a créé une entreprise. Au départ, la première année, on a créé une association qui s'appelait Horizon Nature. Pourquoi une association ? Parce que finalement, c'est un monde où il n'y avait que des associations. Il n'y avait pas d'entreprise qui existait, ou quasiment pas. Mais l'association, c'était juste pour tester le marché, pour voir s'il y avait un marché. L'association a vécu un an, et au bout d'un an, elle a déposé, elle a créé la société Biotop, au bout d'un an, en 1993. Et donc, l'idée, c'était, il n'existe pas d'organisme qui soit indépendant, qui soit compétent, avec des gens qui connaissent la nature. et qui apporte un regard le plus objectif possible pour éclairer la société sur ses choix de développement par rapport à la nature. Alors, que ce soit... Alors, c'était dans différents domaines. Effectivement, on parle des études d'impact, c'est le côté de l'aménagement du territoire, mais ça n'est qu'une partie, mais aussi la protection, la conservation de la nature et la gestion de la nature. On a fait beaucoup de travaux sur les plans de gestion, sur la manière de gérer la nature, mais aussi sur... La diffusion de la connaissance. On a très rapidement monté une maison d'édition à Biotop qui aujourd'hui a dû publier 350 ou 400 livres sur la nature. Le premier livre est paru en 1996. C'est sur le thème des plantes protégées d'Île-de-France. Et donc, en se disant voilà, on va essayer quelque chose. On va apporter des services de connaissance de la nature, de la biodiversité. parce que... A ma connaissance, ça n'existait pas, sous forme d'une entreprise. Donc c'est des services qu'on peut travailler pour n'importe qui, que ce soit une collectivité, que ce soit un service de l'État, que ce soit une entreprise, que ce soit une ONG, ou que ce soit n'importe qui qui a envie d'acheter un livre sur les orquidés ou sur les poissons. Voilà, par exemple. Et puis on verra bien si ça marche. Au début, certes, je continuais à travailler en pharmacie, notamment la nuit et le week-end. Mais voilà, ça a petit à petit pris son essor. Il a fallu, je pense, à peu près dix ans pour que ça commence à constituer une équipe d'une dizaine de personnes.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, on est un peu plus que dix.
- Speaker #0
Voilà, aujourd'hui, c'est à peu près 500 personnes. Et en plus, avec d'autres sociétés qui ont été créées autour, et que ce soit dans des géographies différentes, en Afrique, en Amérique du Sud, ailleurs en Europe, ou sur des thèmes un peu différents. Comme les eaux douces, etc. Aujourd'hui, c'est à peu près 500 personnes à Biotop au sens strict et autour de 1000 si on compte l'ensemble des entreprises liées à Biotop. On est en droit de se poser la question pourquoi on n'est pas resté une toute petite équipe en travaillant dans notre coin et finalement en gagnant notre vie. Qu'est-ce qui explique Cette forte croissance et le fait qu'on se retrouve à être une entreprise internationale, c'est quand même un peu un mystère.
- Speaker #1
C'est vrai, comme tu voulais créer ton emploi finalement, c'est vrai qu'une fois que ça a été fait, il y a quelque chose de plus grand qui a fait que... C'est ça.
- Speaker #0
Il y a eu deux choses, je dirais. Il y a eu d'abord se prendre au jeu, comme les naturalistes sont des joueurs, encore une fois. Se prendre au jeu et puis après, la création d'entreprises, la création d'emplois, etc. C'est quelque chose aussi de passionnant, quelque chose de très utile. Ça c'est... une chose qui s'est produite, ça se fait petit à petit. Et aussi, c'est la conviction. Moi, je voulais avoir un impact positif, le plus important possible, sur la prise en compte de la nature dans la société humaine. Si on est 10, on a un impact pour 10. Si on est 1000, on a un impact pour 1000. C'est déjà beaucoup plus. Si on est 1000 implantés dans le monde entier, on a un impact démultiplié. Et ça... le fait d'avoir une croissance ça veut dire qu'on va travailler sur des projets de plus en plus grands plus en plus importants et qu'on va avoir cette possibilité d'infléchir les choses évidemment on ne les transforme pas de manière radicale Parce qu'on est tout petit, dire mille personnes sur les milliards d'êtres humains, c'est rien du tout. Et puis en plus, dans un monde des marchés quand même de niches et qui n'intéresse pas tout le monde, on ne travaille pas dans l'énergie nucléaire. Mais néanmoins, à notre échelle, comme on travaille avec tout le monde, on travaille avec tous les secteurs, tous les types d'acteurs économiques et d'acteurs de société. mais strictement avec tout le monde, je peux dire avec le recul qu'on a eu déjà en France, mais aussi maintenant à l'international, un impact significatif sur une meilleure prise en compte de la nature. Une deuxième chose importante que je voudrais dire, c'est qu'une étude d'impact, ce n'est pas un document administratif comme c'est pensé par certains, c'est quelque chose qui est fait pour changer un projet, pour modifier un projet. et pour un documenter, donner des éléments à ceux qui prennent des décisions pour savoir si un projet a un intérêt économique. Quand je dis qu'il a un intérêt sociétal, c'est qu'il a un intérêt économique, mais il a des impacts sur la nature qui sont inférieurs à son intérêt économique. Là, on va dire que le projet est acceptable et on cherche à l'améliorer. Ou alors, s'il y a un projet à... Un intérêt économique mitigé et beaucoup d'impact sur la nature, nous on le dit, on l'écrit, on le documente, on le prouve. Et après, ceux qui doivent prendre les décisions, les prennent, ou ne les prennent pas, et à eux de les prendre. Et ça, c'est vraiment important pour comprendre notre activité. Nous, nous sommes des témoins, on ne milite pas, on documente, on documente. On a un travail scientifique, et voilà, la nature à tel endroit, elle est comme ça, il y a ça. En cartographie, on fait des inventaires. Ça et ça, c'est protégé. Ça et ça, c'est non seulement protégé, mais rarissime. Si on fait le projet, il va se passer ça, ça et ça. Ça, ça va disparaître, Au bout du compte, on ne décide jamais de rien. C'est ceux qui décident s'assurer qu'ils aient les éléments objectifs pour décider en connaissance de cause.
- Speaker #1
Et pour conclure là-dessus, j'aime beaucoup cette idée que l'objectif principal, et même dans la croissance de l'entreprise, que l'objectif principal, ça reste d'avoir cet impact positif.
- Speaker #0
C'est clairement ça.
- Speaker #1
Et on disait que la nature avait quand même évolué dans le bon sens et que la nature devenait un sujet important. Comment tu aimerais que cette prise en compte de la nature évolue dans les dizaines d'années à venir ? dans le modèle de société et d'aménagement, et peut-être aussi dans notre relation en vivant de manière plus large ?
- Speaker #0
Ça a beaucoup changé de manière positive, comme je le dis. Alors, pour être tout à fait clair et objectif, c'est plus facile de s'intéresser et de prendre en compte la nature dans un pays riche que dans un pays pauvre. Il faut quand même aussi relativiser les choses, c'est-à-dire lorsque l'on a du mal à... Nourrir sa famille, se loger et qu'on vit dans des conditions extrêmement précaires, c'est évidemment pas la même chose que si l'on vit dans une métropole occidentale où on est bien chauffé, bien nourri et on se déplace avec des transports en commun, etc. C'est vraiment garder ça à l'esprit, quel que soit l'endroit où l'on vit, que Les êtres humains ne vivent pas la même vie ni dans le même confort. J'en parle d'autant mieux que j'ai vécu des périodes économiquement difficiles dans ma jeunesse. C'est quelque chose qu'on n'oublie jamais. Donc, effectivement, ça va dans le bon sens. Aujourd'hui, on essaye d'apporter, c'est pour ça qu'on se développe à l'international, on essaye d'apporter dans des pays qui ont besoin de se développer, qui sont nous pour leur dire, écoute, toi tu n'auras pas d'électricité. Parce que nous, on veut pouvoir venir faire des safaris à côté de chez toi. C'est un peu compliqué. Donc, c'est bénéficier toutes les erreurs qu'on a faites ici. Tout ce qu'on n'a pas su préserver. Tout ce qu'on a détruit. Et tout ce qu'on a appris par rapport à ça. Et maintenant que l'on a appris, d'ailleurs c'est aussi de grosses activités, que l'on a appris à restaurer, restaurer, réparer la nature. La nature, ça se répare, ça se restaure. On peut faire... énormément de choses. C'est un champ passionnant dans lequel on se développe beaucoup en ce moment. Ces erreurs-là, elles ont été faites. Vous, on va vous aider à vous développer, à vivre mieux parce que vous aspirez à ça pour vous et pour vos enfants et c'est légitime. Et gardez votre trésor naturel que vous avez autour de vous parce que ça, c'est aussi votre richesse et vous en avez besoin. Et ça, c'est... C'est vraiment la manière dont je... Et au bout du compte, moi le plus important c'est l'éducation, c'est la diffusion de la connaissance. C'est pour ça qu'on a fait des livres, j'ai moi-même écrit plusieurs livres sur la nature. La diffusion de la connaissance, c'est le sujet principal. Quand les gens apprennent à connaître, ils apprennent à aimer et ils apprennent à protéger.
- Speaker #1
Et on en revient à ces livres qui sont le début de tout ce qui va se passer.
- Speaker #0
Ah mais moi les livres c'est une histoire depuis tout petit. Tu n'as pas vu ma bibliothèque ?
- Speaker #1
Je prendrais une photo je dis.
- Speaker #0
Il y a beaucoup plus de livres, il n'y a pas assez d'étagères. Ça c'est sûr.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a plu, n'oublie pas de t'abonner et de suivre mes aventures sur mon compte Instagram et ma page LinkedIn.