- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast 1.C'est tout, une émission à l'origine dédiée aux violences conjugales que nous choisissons désormais d'élargir au sujet des violences en général. Je suis Adrien Roland-Boulogne et j'ai cofondé la société HEYU. Nous développons dans le monde du travail et dans le milieu étudiant des actions de sensibilisation pour informer et accompagner les personnes qui vivent des situations de fragilité personnelle avec un retentissement. dans leur vie étudiante et professionnelle. C'est l'exemple du handicap, de la santé mentale ou encore des violences conjugales. Et c'est en résonance avec cette activité que nous avons créé cette série de podcasts gratuites qui s'adressent à toute personne victime de violences ou intéressée par le sujet. L'objectif de cette émission n'est en aucun cas de juger ou d'établir des responsabilités, mais bien de donner la parole à celles et ceux qui souhaitent partager leur vécu dans un but d'information, de sensibilisation ou de réflexion collective sur la violence. Merci de nous écouter, vous êtes désormais plusieurs dizaines de milliers. Eh bien bonjour Pauline, aujourd'hui nous allons dans cet épisode de 1.c2 continuer d'ouvrir le sujet de ce podcast qui était initialement uniquement sur les violences conjugales mais pour mieux y revenir on va le comprendre avec votre projet. Vous allez nous parler d'un vecteur d'émancipation qui est assez original pour les femmes, c'est-à-dire la pratique du vélo. Nous allons voir à travers votre expérience professionnelle peut-être, mais surtout votre pratique personnelle du vélo, comment se sport. peut favoriser la libération de la parole et finalement amener la légèreté autour de vécus qui parfois sont difficiles. On va parler de votre projet, une association qui s'appelle Ancel Giselle, et en deuxième partie de ce podcast, on ira là spécifiquement sur un sujet qui fait écho aux vécus de violence à travers votre programme qui s'appelle les Giselles en cyclothérapie. Eh bien écoutez, ravi de pouvoir échanger avec vous. Ma première question, elle est assez simple, c'est Ancel Giselle, c'est un nom assez surprenant. Quelle est l'histoire derrière ce projet ? Est-ce qu'il y a eu une... une étincelle, un élément déclencheur, comme on dit dans les histoires.
- Speaker #1
Bonjour Adrien, merci beaucoup de m'accueillir et de me laisser un espace sur ce podcast-là. C'est le premier podcast que j'enregistre, donc il y a un petit facteur stress et excitant qui se combine à la fois. Pour revenir un peu sur la jeunesse d'Ansel Gisèle, c'est une association qui a un peu plus d'un an. et qui a été créée suite à la conjonction de plusieurs choses. La première, je dirais que c'est ma grande passion pour le vélo. Je suis une féru de vélo depuis des années maintenant. Et plus particulièrement le cyclotourisme, parce que c'est de ça que traite l'association finalement. On est vraiment sur le voyage à vélo. Et de cette passion naissante, on a décidé de créer plusieurs ponts. Je pense qu'on aura pris l'occasion d'en dire un peu plus. Sur le nom, pourquoi Ansel Gisèle ? On a mis beaucoup de temps à trouver ce nom-là. On cherchait un nom un peu fun aussi, mais qui en disait beaucoup. Et finalement, Gisèle, c'est la personnification de la sororité. Voilà, Gisèle aussi, ça renvoie parfois à une femme qui peut être un peu aussi, entre guillemets... Pas très à l'aise avec son corps, une Gisèle, on se disait ça au collège. En tout cas, moi, on parlait des Gisèles, des filles qui n'étaient pas très bonnes en sport ou qui n'étaient pas à l'aise avec leur corps. Et ensuite et surtout, pourquoi Gisèle ? Parce que Gisèle, ça renvoie à Gisèle Halimi et Gisèle Pédicot, qui sont quand même deux femmes importantes dans le panthéon français aujourd'hui et surtout en lien avec la thématique du féminisme, finalement. Donc voilà, et la touche finale, c'est quand même la... sonorité, de faire rimer le sel avec Gisèle pour retenir peut-être aussi plus facilement le nom.
- Speaker #0
Effectivement, c'est ce que m'avait évoqué le projet quand je l'ai lu, j'ai pensé à Gisèle Halimi bien sûr, à Gisèle Pellicot et là, en arrivant à Paris tout à l'heure dans le métro, je suis tombé sur une affiche de l'Opéra de Paris sur le ballet Gisèle, donc peut-être qu'il y a un autre lien qui est intéressant à tirer. Dans notre échange préalable, vous m'avez expliqué que vous avez fait de grands voyages à vélo, notamment un en Amérique du Sud. En quoi cette expérience a nourri votre engagement et en quoi elle est reliée avec ce fameux projet ?
- Speaker #1
J'ai commencé le voyage à vélo, le cyclo-tourisme, il y a huit ans, où j'ai pu arpenter la France et aussi l'Europe. Et j'ai une amie un jour qui m'a dit « Viens, on part en Patagonie. » Voilà, on va un peu se challenger. On part toutes les deux à vélo, deux nanas, à traverser la carretera australe. C'est vraiment la route Patagone qui traverse le Chili. Je lui dis « Ok, on y va » . Et donc, ça a été une sacrée épopée déjà d'anticiper, de partir, d'oser et de se dire qu'on allait faire ce trajet-là, en sachant que sur toute une partie du trajet, il n'y a rien d'autre. Il n'y a rien, il n'y a pas de... d'aide, de magasin ou autre, c'est vraiment la pure autonomie. Et donc, je pense qu'il y avait un challenge aussi fort en tant que femme de se dire est-ce que je suis capable de faire ça ? Et j'avais très envie de me prouver que j'étais capable. Donc, on est parti. Et pour rester sur cet épisode-là, Justine, mon amie, elle n'a fait qu'une partie du trajet et ensuite, elle est rentrée en France. C'était prévu, il n'y a pas eu de dispute, mais c'était prévu que je termine toute seule. Et la dernière partie, elle a été extrêmement rude, où j'ai dormi avec ma tante toute seule pendant quatre jours. Je suis restée sans discuter avec personne, parce que je ne croisais personne. Et donc, c'était vraiment une grosse introspection de « Ok, je suis capable, je peux le faire. » Je pense que j'ai du coup beaucoup appris sur moi et aussi sur ce que le vélo m'avait apporté finalement dans cette trajectoire d'émancipation et de sentiment de capacité. et au-delà de ça, j'ai aussi rencontré pas mal de femmes sur mon voyage qui m'ont dit qui m'ont beaucoup questionné, soit en me disant que j'étais complètement folle de voyager en vélo, soit aussi je pense avec des yeux un peu pleins de papillons en me demandant mais comment je m'étais lancée, pourquoi je m'étais lancée, qu'est-ce que je cherchais dans ce voyage-là et surtout aussi en me partageant leurs rêves, leur envie de pouvoir aussi, elles, faire ça mais en me partageant leurs craintes et leurs appréhensions de le faire. Donc il y avait une moitié admiration, moitié questionnement sur comment tu as fait pour te lancer. Donc à partir de là, je me revois encore pédaler sur mon vélo et me dire, ok, mais les seules personnes que j'ai pu croiser à vélo, souvent c'était des hommes, c'était déjà le cas en France ou en Europe. Et je me disais, mais punaise, il faut démocratiser ça chez les femmes. Il y a vraiment un sujet là-dessus. Et j'avais aussi envie de comprendre quels étaient les freins. ou les appréhensions propres aux femmes sur le voyage à vélo. Voilà, ça c'était la première graine semée pour moi. Et ce qui a fait que quand je suis rentrée en France après, je me suis dit, ok, je vais créer une asso. Et dans cette asso, il y aura un volet qui sera dédié à la promotion, à la démocratisation du voyage à vélo chez les femmes. Voilà, en sachant qu'il y a une statistique quand même qui... dit que 35% des cyclistes sont des femmes. Et dans le mot cycliste, il faut entendre cycliste du quotidien. Et donc, sur la thématique cycliste voyage, en tout cas, personne qui voyage à vélo, il y a très peu de femmes qui voyagent seules. Souvent, c'est soit des hommes, soit des gens en famille. Donc voilà, ça, c'était l'idée première de pouvoir démocratiser le voyage à vélo chez les femmes. La deuxième graine, moi, je me suis rendue compte à quel point... le vélo avait de nombreux bienfaits sur le plan somatique donc sur le plan physique mais aussi sur le plan psychique par ce sentiment aussi d'évasion et de liberté qui peut permettre et à un moment j'ai fait le lien avec mon métier donc moi je travaille au sein de l'administration pénitentiaire je conserve pénitentiaire d'insertion et de probation et dans mon travail j'accompagne des auteurs parfois des auteurs de violences aussi Mon rôle premier, c'est la prévention de la récidive. Et dans ce cadre-là, j'ai pu être en contact avec des victimes. Et puis dans le cadre associatif aussi, j'ai beaucoup travaillé avec des victimes, mais particulièrement des femmes victimes de violences conjugales ou sexuelles. Et je me suis rendue compte, il y a vraiment une phrase qui résonne fort, c'est « je me sens déconnectée de mon corps » . Voilà, ça c'est des phrases que j'ai souvent entendues. Et aujourd'hui, on sait que les structures médico-sociales, elles sont saturées. Les délais pour avoir des rendez-vous dans des centres de psychotrauma, c'est parfois deux ans. Et encore en Ile-de-France, donc j'imagine que dans d'autres villes ou dans un milieu rural, où parfois il n'y a même pas cette possibilité-là. Donc voilà, ce qui crée une errance, finalement, une errance médicale, une errance thérapeutique, où les femmes qui sont victimes ne sont pas prises en charge. suite à l'événement traumatique. Et autre chose, parfois quand elles arrivent à être prises en charge ou qu'elles ont les moyens aussi de pouvoir avoir un thérapeute en libéral, on se rendit compte que les thérapies dites conversationnelles ne sont pas toujours suffisantes pour surpasser un traumatisme.
- Speaker #0
Oui, concrètement... On a beaucoup de personnes dans cette chaîne de podcast dont on reçoit des témoignages qui nous parlent de ce lien corps-esprit qui est difficile à retrouver. C'est vrai que les psychothérapies, elles sont absolument essentielles, mais avoir une activité physique, on nous parle parfois de danse, de chant ou de pas mal de choses sur des thérapies alternatives. Il manque souvent la dimension physique et donc c'est en cela que je trouve votre projet intéressant sur le vélo. Et justement, pour revenir un petit peu plus dans le concret de Ansel Giselle, comment ça se passe maintenant l'association quand on fait une sortie ? Donc c'est uniquement pour les femmes de ce que j'ai compris. Quel est le but essentiellement ? J'ai compris qu'il y avait un vecteur d'émancipation intéressant à travers le vélo.
- Speaker #1
Oui, sur le projet Ansel Giselle, sur l'association Ansel Giselle, on a donc deux projets. Le premier, les Giselles en autonomie. et dans ce cadre-là... on organise des sorties à vélo entre femmes selon différents formats, soit la demi-journée, soit la journée, ou soit le week-end. Et l'objectif, le credo de ces sorties-là, c'est à travers le vélo, prendre confiance en soi. Finalement, il y a des ateliers aussi d'initiation à la mécanique dans le vélo, qui nous permettent de prendre confiance dans sa pratique du vélo et par ricochet, de prendre confiance en soi, dans son sentiment de capacité, dans son... la perception qu'on peut avoir de soi aussi, de se dire en fait, je suis capable toute seule, si j'ai un problème mécanique ou si je crève, de pouvoir réparer mon vélo. Ça peut paraître anecdotique, mais c'est hyper satisfaisant, surtout quand on est finalement une femme. Alors j'entretiens un peu les stéréotypes de genre en disant ça, mais malheureusement c'est toujours le cas, sur l'appréhension du problème mécanique. Dans les interviews que j'ai pu avoir, j'en ai fait avec plus de 100 femmes, souvent la crainte de la crevaison ou du problème méca, c'est ce qui empêche. en tout cas des femmes, par exemple, d'aller faire du vélo en dehors de la ville. Donc du coup, ces sorties à vélo, elles sont ouvertes à toutes les femmes. Il n'y a pas d'objectif de niveau. Ce n'est pas un club de vélo, on n'est pas sur de la performance. L'objectif, c'est de passer du temps ensemble, c'est aussi de créer du lien social. Et comme on peut souvent le voir, finalement, à travers le vélo, et le pique-nique aussi qu'on peut avoir, le bizi, souvent les langues se délient et ça, c'est un peu l'effet, clairement, de... faire du sport, faire du vélo dans la nature, de pédaler, donc qui nous font adopter un certain rythme, qui crée une forme de cohérence cardiaque aussi, et finalement d'apaisement du système nerveux. Dans ces moments-là, on voit que le cortisol peut aussi baisser, et donc les personnes se sentent aussi un peu plus en sécurité, et les langues se délient. Et très souvent, c'est un groupe qui est en non-mixité, donc où il y a... la sororité est aussi recherchée, tant on sait qu'elle est bénéfique justement comme espace de parole. Et finalement, les sujets abordés sont très souvent en lien avec la place que chacune peut avoir au sein de sa famille, au sein de son couple, ou avec ses enfants, ou parfois même à une échelle un peu plus globale au niveau de la société. Et moi, j'ai à cœur de rester assez passive dans ces moments-là pour rien insuffler et laisser faire les choses. Et c'est des moments où je suis aussi ultra satisfaite de voir que sous couvert du vélo, c'est ça qui se crée. Donc le volet 1, c'est un peu ça. Finalement, il y a peut-être une dimension qui, au premier abord, peut paraître un peu moins forte parce qu'elle n'est pas dédiée à un public très spécifique, hormis le public femme. Il n'y a pas de dimension thérapeutique en tant que telle, même si de fait, cette dimension est présente par l'effet un peu cathartique que peut avoir ce moment passé entre femmes. ou comme certaines disent souvent, en fait, moi, cette sortie vélo, c'est du temps que je prends pour moi et qui me permet de m'extirper de mon environnement classique. Comme certaines... Je pense à une personne qui m'avait dit... une fois par mois je vais me faire une pédicure et le mois d'après je fais une sortie vélo par exemple donc c'est une manière de prendre du temps pour moi un peu différente et ça vient jouer sur des besoins aussi un peu différents, là il y a un besoin d'autonomisation et d'ailleurs c'est pour ça que le volet s'appelle comme ça, les giselles en autonomie parce qu'il y a quand même la dimension au delà dans sa pratique du vélo de vraiment se sentir capable et d'avoir une meilleure perception de soi quand je passe la dernière fois, la dernière sortie on a changé une chambre à air et j'avais des femmes au début qui me disaient mais je comprends pas j'y arriverai jamais, c'est trop compliqué et en fait juste de prendre le temps de décortiquer et d'accepter aussi de poser des questions super basiques et je pense que c'est pour ça que c'est intéressant la non mixité c'est que ça apporte de la sécurité Et de se dire, OK, ma question a l'air un peu bête, mais là, il n'y a personne qui va me regarder avec des gros yeux parce que je ne suis pas calée en méca. Et en fait, je peux poser ma question un peu bête. Et c'est ça l'objectif pour le volet 1. Et le volet 2, du coup, qui est Gisèle en cyclothérapie, où là, clairement, c'est un programme, c'est un dispositif qui est dédié à des femmes victimes de violences. Et là, l'objectif pour nous, c'est de travailler avec des structures médico-sociales qui, elles, seraient prescriptrices. On nous orienterait des personnes qu'elles peuvent, elles, déjà suivre dans leur propre effectif, pour que ces personnes puissent, évidemment, gratuitement participer à ce programme-là. Là, on l'a co-construit avec une psychologue. spécialisé sur les questions de psychotraumatologie. Le programme dure trois mois et est composé de dix ateliers avec des sorties vélo, de la danse-thérapie, des cercles de parole aussi et un atelier de psychoéducation sur le traumatisme qui vient expliquer qu'est-ce que le trauma et qu'est-ce que ça fait dans le corps. L'objectif de ce programme, ce n'est pas du tout de revenir sur l'événement traumatique. reparler de ça, même si on est très consciente que ça peut ressortir. Et du coup, c'est créer un espace pour que ça puisse ressortir et être entendu. Mais ce n'est pas de requestionner ces femmes-là qui ont déjà été questionnées des milliers de fois, des dizaines de fois, soit par la police, soit s'il y a eu un procès ou en tout cas une procédure judiciaire en cours par d'autres instances judiciaires, soit parfois dans le cadre des thérapies. Donc là, même le cercle de parole, il n'est pas dédié à reparler des faits, mais justement, et c'est tout le projet, on est sur un programme de reconstruction, c'est ok, il m'est arrivé ça, comment je peux être aidée, quelles sont les billes pour que j'aille mieux dans mon corps, dans ma vie, et aussi permettre de créer des nouvelles projections, et de pouvoir aussi aider des personnes à sortir, ou pouvoir faire un pas de côté sur le statut de victime. Et concrètement, c'est de se dire, OK, je suis dans un dispositif où je sais que les autres personnes, elles ont vécu des événements traumatiques et je sais qu'on ne va pas me demander d'en parler à nouveau. Mais juste, il y a une psychologue qui est là. Si j'ai envie, je peux avoir un espace individuel avec elle et potentiellement lancer aussi un processus de soins parce que parfois, il y a des personnes qui ont été victimes qui n'ont jamais été suivies par des thérapeutes. Dans ce programme, on accepte... recevoir des personnes qui sont déjà suivies en thérapie ou d'autres qui n'ont jamais entamé un processus thérapeutique, on ne fait pas de distinguo entre les deux, parce que l'objet ce n'est pas de revenir sur l'événement traumatique, mais juste processus de reconstruction. Et si ça peut permettre à des personnes qui ont peur ou qui sont éloignées, qui n'ont jamais été suivies par une psy, de pouvoir entamer cette démarche-là puisque la psychologue sera présente, c'est super. C'est un peu ça l'objectif. On s'est questionnés aussi sur la suite de ces trois mois, quid finalement ? Qu'est-ce qu'on peut proposer ? Et c'est justement que la thérapeute qui participera au projet puisse continuer à suivre en individuel des femmes qui en expriment le besoin. Ça serait aussi que ces femmes puissent continuer à faire du vélo avec les sorties du volet 1 dans celle Gisèle.
- Speaker #0
On voit qu'il y a des points communs intéressants entre les Giselles en autonomie et les Giselles en cyclothérapie. Déjà, le fait d'avoir un espace qu'entre femmes, pour parler des difficultés qui les traversent, quelles qu'elles soient d'ailleurs. Donc, on va voir justement, à travers un premier témoignage que vous m'avez confié d'une femme qui participe à ce premier groupe, justement, pourquoi faire un groupe non mixte ?
- Speaker #2
Le fait de faire une sortie à vélo dans un groupe qui est composé uniquement de femmes, ça met en place un cadre bienveillant. Non pas que le fait de rouler en groupe mixte soit forcément pressurisant ou malveillant, mais on a forcément en tête qu'il y aura une différence de niveau entre les hommes et les femmes. Et donc le fait de rouler dans un groupe qui est exclusivement féminin, ça met un peu en place cette espèce de cadre un peu rassurant, où on a l'impression qu'il n'y aura pas d'effet de compétition avec... Avec un groupe en tête d'hommes qui va rouler plus vite, qui sera un peu peut-être irrité ou impatient de devoir attendre les personnes qui sont en fin de groupe, même si là, bien sûr, entre femmes, on a toujours aussi des différences de niveau, le format impose d'une certaine manière, ou en tout cas implicite, le fait que la balade sera dans un esprit et puis... bienveillant, relax, de balade et donc pas du tout pas du tout axée sur la compétition ou sur la performance. Et en fait, cette bienveillance, elle est nécessaire pour la découverte, pour certaines qui ne sont pas du tout habituées, mais aussi pour la redécouverte, c'est-à-dire le fait de se redécouvrir sur des capacités physiques sur lesquelles on doute, si on n'a pas l'habitude de faire du vélo. Moi, je sais que je me sens très gauche quand je fais du vélo en ville, par exemple. Là, je me découvre finalement aussi à droite, ou peut-être même un peu plus à l'aise que certaines personnes. Et en même temps, comme moi-même je doutais, je ne me permets pas du tout de juger comment se sentent les autres participantes. Et il y a même plutôt un côté très joyeux, en fait, de voir d'autres femmes, et de tous les âges, de tous les milieux socioprofessionnels, parce que c'est ça qui est intéressant aussi. dans l'effet groupe, après c'est la rencontre avec les personnes, et donc de voir ce groupe qui est très disparate, et c'est vrai que ça n'arrive pas tellement souvent de se retrouver avec des personnes qui viennent de milieux totalement différents, et donc oui, il y a un côté très touchant aussi de voir des femmes qui vont être plus âgées, clairement moins sportives, s'épanouir sur le vélo, aller aussi vite que nous parce que de toute façon on n'est pas sur de la vitesse, on est vraiment sur de la balade. Donc c'est un rythme que tout le monde peut suivre et voilà, c'est très réjouissant et c'est très joyeux.
- Speaker #0
Suite à ce premier témoignage, je me demandais si le premier groupe parle aussi de sujets de violence, où on est vraiment sur quelque chose de plus décentré, plus léger, même si les problématiques de vie de couple, de vie de famille ne sont pas forcément uniquement légères, évidemment.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a des personnes qui participent au voléant, donc les iselles en autonomie. qui ne sont pas forcément au courant qu'il existe un volet 2 sur les iselles en cyclothérapie. Donc, il n'y a pas forcément de lien entre les deux. Peut-être que si les gens savaient que l'association était sur deux volets, peut-être que ça permettrait ça. En tout cas, en individuel, j'ai déjà une personne qui est venue me voir en me disant « Je suis épuisée, la charge mentale dans mon couple m'écrase. » Et il m'a demandé si je connaissais des cercles de parole ou des groupes de femmes un peu dédiés à ces thématiques-là de comment prendre sa place dans son couple ou comment un peu, je ne sais pas si le mot est s'émanciper, c'est le bon, mais en tout cas, avoir un espace de parole entre femmes sur ces questions-là de la parentalité et de la vie de famille. qui ne sont pas des thématiques que nous, on approche spécifiquement. Mais par exemple, pour faire le lien avec ça, j'ai beaucoup de femmes qui m'ont écrit en me disant « Moi, j'aimerais venir à vélo, mais j'ai mon enfant. Comment je fais ? » Et les sorties qu'on propose, elles ne sont pas adaptées aujourd'hui à ce sujet-là. Et à un moment, je me suis dit que ce serait intéressant de proposer des sorties avec des pauses très régulières, où il y a des parcs, par exemple, des endroits où les enfants peuvent aller courir ou se dégourdir les jambes. Peut-être dans un second temps, parce que là, on est quand même déjà sur deux volets. L'association, elle est récente, ça prend déjà beaucoup de temps de pouvoir se déployer. Mais justement, quand on parle d'inclusion, parce que c'est aussi l'objectif de l'association d'être le plus inclusif possible. Et on peut avoir de l'inclusion dans la non-mixité, parce que souvent, ça peut être mis en miroir. Et finalement, l'objectif de la non-mixité, c'est de pouvoir répondre à des problématiques qui sont propres à un groupe déterminé. pour à terme que ça n'existe plus et que finalement il n'y ait plus d'appréhension qui soit inhérente à la condition de femme finalement. Et pour revenir sur la question de l'inclusion, on adorait nous pouvoir aussi avoir des vélos tandem, des tricycles, pour inclure des femmes qui ont un handicap physique ou invisible d'ailleurs, qui peuvent être soumises à des états de fatigue. plus intense, parce qu'en ayant une maladie qui ne se voit pas physiquement, mais qui peut-être à cause de traitements et d'effets secondaires de traitements, conduit à une fatigabilité supérieure à la moyenne. Donc voilà, il y a ces sujets-là aussi en toile de fond, une meilleure inclusivité et sous différents angles. Alors voilà, pour le moment, on est un peu conscient d'être... à moitié inclusif dans la thématique non mixité et à faire à suivre pour les prochains projets de pouvoir inclure la question du handicap qui est assez chère à mon cœur.
- Speaker #0
Donc si je comprends bien, faire du vélo entre femmes, ça permet de libérer la parole. de créer des espaces où on peut s'exprimer, aussi de limiter un peu l'autocensure, on l'a vu sur certains codes qui sont dits plus masculins dans la société, et ça permet aussi de se sentir mieux dans son corps, j'ai l'impression. Est-ce que ça signifie qu'il y a parfois une dissociation, ça a été un petit peu évoqué, entre corps et esprit, et plus spécifiquement chez les femmes ?
- Speaker #1
Alors, je ne suis pas experte ni médecin, mais en tout cas... de l'expérience que j'ai pu avoir ou des récits que je peux avoir, c'est notamment après des cas de violences traumatiques, c'est les états de sidération qui sont générés par un événement traumatique qui fait qu'il y a une dissociation qui peut durer dans le temps entre le corps et l'esprit et qui fait que le traumatisme peut apparaître aussi ou réapparaître par des espèces de revivances et qui fait que finalement... un peu comme un mécanisme protecteur pour éviter de revivre ça de manière automatique, finalement, l'esprit va se dissocier du corps. Et je vais citer un psychiatre qui en parle dans un livre que j'aime beaucoup, qui s'appelle Bessel van der Kolk, et je m'excuse si je prononce mal le nom, mais qui est psychiatre et qui a écrit « Le corps n'oublie rien » . Et dans ce livre, il... Il évoque que le corps garde finalement les mémoires douloureuses, les mémoires traumatiques, et qu'à un moment, pour pouvoir dépasser ça, il faut passer par du corporel. Voilà, il dit, et je vais un peu le citer, « Longtemps après les violences, le système nerveux continue de réagir comme si la menace était toujours présente. » Et dans les milieux thérapeutiques, on parle aussi du top-down, donc c'est les thérapies qui sont par la réflexion et la parole. Par exemple, l'EMDR, qui est une des thérapies préconisées dans le cadre d'un événement traumatique. Et toutes les thérapies psychocorporelles, on parle souvent du bottom-up, donc du corps vers le cerveau. Et finalement, c'est d'aller chercher dans le corps ces zones traumatiques pour qu'en fait, et donc tout l'intérêt notamment de la danse-thérapie aussi, de venir les vivre dans le corps ou les dépasser. Moi, à mon échelle personnelle, je suis une grande... grande fan de la danse thérapie aussi. J'ai pu voir les effets que ça pouvait avoir. Il y a LOBA, une association qui fait de la danse thérapie un outil de reconstruction pour des femmes qui ont été victimes. Et justement, en venant travailler à travers le mouvement, ces zones ou ces frictions dans le corps ou ces zones hyper tendues. Voilà.
- Speaker #0
Oui, je comprends bien effectivement l'approche corporelle et les liens entre le vélo et la danse-thérapie. Et justement, si on revient au vélo peut-être plus que la danse, il y a une réputation souvent un peu de légèreté dans cette pratique du sport. Comment on amène ça sur des vécus qui sont aussi lourds sans que ça paraisse complètement décalé ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a plusieurs réponses à cette question. Déjà, la supposée légèreté du vélo finalement. Certes, elle n'efface pas le trauma, mais elle donne de la respiration, on va dire, dans un premier temps. Et je pense qu'on a beaucoup sous-estimé aussi le pouvoir du sport. Et on le voit, en fait, l'OMS reconnaît le sport comme une thérapie non médicamenteuse. On voit le pouvoir du sport sur les personnes qui sont déprimées, les personnes qui sont anxieuses. D'ailleurs, il y a de la data sur ça. Je crois qu'il y a un chiffre qui est hallucinant, qu'il y a deux fois plus de femmes qui prennent des antidépresseurs que les hommes. Et on voit aussi, corrélativement, que les femmes font beaucoup moins de sport que les hommes. Et finalement, de réintroduire le sport dans des pratiques plus quotidiennes, on sait que ça aurait un impact, évidemment, pour le corps, mais aussi pour la psyché. La question du vélo, c'est que finalement, ça coche beaucoup de cases. La première, c'est que... Forcément, ça stimule la dopamine, la sérotonine aussi, qui sont des neurotransmetteurs du bien-être. En dehors de ça, c'est quelque chose qu'on fait dans la nature. Il y a comme un effet multiplicateur du bienfait inhérent au vélo. Et puis, cette espèce de mouvement de pédalage qui crée une forme de méditation active, où ça crée un apaisement du système nerveux. Et en même temps, ce n'est pas violent. Donc, on n'est pas dans un effort intense, mais on est dans un effort continu et diffus qui permet justement à un moment de créer un sentiment d'apaisement.
- Speaker #0
On n'est pas un club sportif, on ne cherche pas à rouler à 25 km heure, ce n'est pas l'objectif, mais justement c'est un moment aussi de se laisser porter par le balancement que peut créer le vélo. Il y a aussi l'effet du groupe, au-delà de l'effet du vélo, du sport modéré, l'effet d'être dans la nature, l'effet du groupe où... pareil, on n'est pas dans un sport où on est en face à face, là on roule à côté, donc symboliquement aussi ça crée quelque chose d'assez contenant et puis il y a des moments où on peut discuter avec la personne, on n'est pas obligé on peut aussi aller rouler tout seul il n'y a pas de regard frontal quand on roule à côté c'est assez doux finalement et du coup je pense que ça permet aussi une meilleure spontanéité ça me fait penser justement qu'on
- Speaker #1
fait une sortie en vélo et qu'on est à happé par la roue de la personne qui est devant, on peut choisir simplement de se laisser porter par le groupe et toute la légèreté que ça va amener. Alors, on l'a déjà un petit peu évoqué, mais concrètement, quels effets vous recherchez sur les participants ? J'ai bien à l'esprit le côté effet de groupe, on se retrouve, les résultats aussi sur le plan physique, mais est-ce qu'il y a d'autres choses qu'on n'aurait pas évoquées ?
- Speaker #0
Sur les Giselles en cyclothérapie, on a créé en tout cas, oui, on a créé comme 5 items. Parce que forcément, on nous demande aussi de mesurer l'impact de notre projet. Donc, on a aussi beaucoup passé de temps avec la psychologue et les autres personnes associées au projet à réfléchir à quel est notre impact finalement. Parce que, OK, il y a dix ateliers, mais OK, on commence par un cercle de parole pour sécuriser l'espace, pour que les personnes créent de la cohésion et que les personnes se sentent en confiance. Ensuite, on commence par une première sortie à vélo où finalement, on ne va pas faire beaucoup de kilomètres. L'objectif, c'est de prendre un peu déjà sa place dans l'espace public, avec ce groupe de femmes-là, se déplacer librement. C'est déjà un acte qui n'est pas forcément commun pour beaucoup de femmes. Ensuite, on vient mettre de la danse-thérapie pour venir plutôt dans l'introspection. La sortie vélo, c'est plutôt, OK, je prends ma place avec l'extérieur, avec ce groupe de femmes dans l'espace public. On vient plutôt travailler l'extérieur. qui peut être propice aussi à une meilleure perception de soi après, mais c'est plutôt la partie psychocorporelle extérieure, alors que la danse-thérapie, c'est quelque chose de très introspectif, finalement. On va être guidé par un danseur-thérapeute et on va venir travailler en profondeur, mais seul de l'intérieur, nos blocages. Et donc finalement, d'alterner entre la danse-thérapie et le vélo, c'est qu'on alterne entre l'introspectif et l'extérieur, dans cette dimension de... travail sur soi. Et sur les items qu'on a cartographiés, donc il y a venir travailler avec le rapport à son corps, le rapport à ses sensations aussi, venir mettre de la conscience sur, ok, quand je fais du vélo, qu'est-ce que ça produit chez moi, là, de pédaler, qu'est-ce que je ressens dans mon corps, même au niveau sensoriel. Il y a une thérapie qui se développe beaucoup aussi pour les personnes qui ont été traumatisées, c'est la Ciao ! somatic experiencing. En tout cas, c'est de revenir mettre du sensoriel et de la conscience sur son corps. Et ça, par exemple, la deuxième sortie vélo qu'on m'a proposée, voilà, on va beaucoup les questionner pendant la sortie pour leur faire prendre conscience de, ok, qu'est-ce que là vous ressentez ? Est-ce que vous ressentez des douleurs ? Et à quel niveau de vraiment se focaliser sur du... la micro-sensation qui permet une reconnexion plus globale avec son corps. Voilà, ça c'est un des items. Reconnexion avec son corps et à ses sensations. Un des deuxièmes items, c'est renforcer le sentiment de sécurité intérieur et extérieur. Donc extérieur, ça passe par sa place dans l'espace public, par exemple, à travers les sorties vélo. Et intérieur, ça peut passer aussi par, ok, je me sens capable, j'arrive à comprendre les sensations que j'ai dans mon corps. Ça, c'est le physique. Et dans notre atelier de psychoéducation, on va évoquer ce que c'est que les émotions aussi. pour pouvoir faire le lien entre, ok, je ressens une émotion, et cette émotion, elle va faire qu'au niveau sensitif et sensoriel, je vais ressentir des choses, et pouvoir faire des liens entre l'esprit, l'émotion, et le sensitif, le sensoriel, le somatique. C'est notre manière aussi de relier le corps et l'esprit, finalement, donner des billes à travers ces ateliers de psychoéducation sur, ok, le trauma, c'est quoi, et ça fait quoi dans mon corps ? les émotions, c'est quoi et qu'est-ce que ça fait dans mon corps. Et en fait, ça, ça permet une reliance à un moment. Et cette reliance, on va s'en servir dans la danse-thérapie. et dans le vélo, dans l'intérieur et dans la partie extérieure, finalement. On a quoi comme autre item ? Le lien social, recréer aussi un sentiment d'appartenance à travers le groupe, qui est fondamental aussi pour créer de la sécurité, pour pouvoir parler, créer du lien. Il y a évidemment l'item de la confiance en soi. À ces participantes, on va leur faire remplir un questionnaire en amont, avant et après le dispositif. Et dans ces questions, il y aura par exemple... Quel est mon rapport à mon corps ? Est-ce que je me sens capable ? Quelle est la perception que j'ai de moi-même ? Est-ce que je crois que je suis capable de réparer, je ne sais pas, changer une chambre à air ou réparer un rayon ou changer une chaîne ? Et en fait, dans la symbolique de la réparation d'un vélo, on ne va pas en faire des mécaniciens, ce n'est pas l'objectif, mais en tout cas d'apprendre le B.A.B.A. Il y a aussi ce parallèle à « j'apprends à réparer un objet, je me répare moi-même » . Il y a un peu cette recherche-là. Et le dernier item, c'est « projections et continuité » . L'objectif, c'est aussi de leur insuffler des projections dans l'avenir, des envies aussi de continuer le vélo. Qu'est-ce qui se passe après le programme ? et de redonner aussi de l'envie, de la projection et de l'envie. Oui,
- Speaker #1
il y a donc bien une approche psychocorporelle et sociale qui est très complète, je le comprends mieux avec vos explications. Alors revenons un petit peu sur l'item qui fait écho à la notion de confiance en soi, parce que justement vous m'avez confié un autre témoignage qu'on va écouter maintenant, et qui aborde cette question-là.
- Speaker #2
Moi c'est Julie, j'ai participé à une des dernières sorties vélo de Ansel Giselle. Si je me suis inscrite à l'événement, c'est parce que je me suis remise au vélo il n'y a pas si longtemps et je ne me sens pas encore tout à fait en confiance ni à l'aise sur ma selle. Donc quand j'ai découvert l'activité, je me suis dit « Ah, c'est super, ça va me permettre de recommencer en douceur avec un cadre et dans un groupe bienveillant qui ne va pas me juger si je galère, si je ne sais pas monter sur ma selle, que je ne sais pas regonfler un pneu ou que j'ai mal aux fesses. » Donc je trouvais ça sympa d'être avec d'autres nanas qui sont dans la même démarche que moi, des débutantes qui cherchent à s'autonomiser sur un vélo. Et alors, ce que je trouvais cool aussi, c'était le côté mécanique, c'est-à-dire qu'on a des petits tips pour se débrouiller seule avec la mécanique du vélo. Et ça, c'est cool parce que ça me permet d'envisager plus tard de pouvoir plus facilement prendre le vélo en me sentant en confiance et pourquoi pas envisager aussi un voyage vélo. C'est quelque chose que j'ai toujours eu envie de faire, mais j'étais un peu bloquée par ma connaissance et par mon aisance sur le vélo. J'ai trouvé ça super chouette. La balade était hyper belle, hyper facile. Ça m'a permis de me sentir en confiance. On était en nature. C'était super motivant d'être ensemble. Du coup, je suis rentrée pleine de joie, pleine de fierté, pleine de confiance en moi et avec une super envie de remettre ça. J'ai hyper hâte d'être là la prochaine fois.
- Speaker #1
Là, j'ai l'impression que c'est vraiment pari gagné sur la question du renforcement de la confiance en soi. D'ailleurs, je le précise, c'est intéressant pour ceux qui nous écoutent, vous êtes en campagne de crowdfunding, donc vous avez besoin aussi de soutien, d'argent pour pouvoir continuer à faire vivre ces projets-ci. Comment les gens peuvent vous aider concrètement ?
- Speaker #0
Oui, on est en pleine campagne de crowdfunding et on est assez contentes parce que notre premier palier était à 4200 euros et le fait d'atteindre ce palier nous permettait de décaisser 10 000 euros. de la part de la Fondation Maïf. Donc là, on les a atteints. Là, on est actuellement à 6 300 euros et on va aller objectif 7 000, voire 10 000, rêvons grands. Et cet argent nous permettra de rémunérer, par exemple, une stagiaire et aussi du matériel, comme des cyclistes, qui sont des shorts un peu rembourrés pour permettre un meilleur confort chez les femmes. Enfin voilà, tout un tas de choses. En sachant qu'aujourd'hui, on est toutes bénévoles sur le projet, la psychologue, on a une chargée de mission qui est dédiée aussi au déploiement du projet légisé dans l'encyclothérapie, moi en tant que fondatrice aussi. Et l'objectif à terme, c'est de pouvoir rémunérer les prestataires. Donc là, avec l'argent qu'on va obtenir, on va pouvoir rémunérer la psychologue, la danseuse-thérapeute. Et l'objectif, c'est à terme de pouvoir potentiellement mieux rémunérer et voir salariés aussi. Enfin, on n'en est pas là, mais c'est un peu l'objectif. Donc, comment on peut nous aider ? On peut nous aider soit en participant à la campagne de crowdfunding, mais on peut aussi nous aider en relayant la campagne, par exemple, ou en relayant notre site web ou les informations concernant l'association à d'autres structures. parce qu'on est aussi en recherche de partenariats avec des structures médico-sociales qui pourraient nous orienter des personnes. Voilà, ça, c'est un gros point important pour nous. Et, ouais, relayer le projet, en parler. S'il y a des personnes qui sont intéressées pour intégrer le projet aussi, nous, on est hyper ouverts. S'il y a des personnes qui sont très qualifiées, par exemple, sur la com ou autre et qui ont envie de nous aider de manière très sporadique, très spécifique, tout est très, très ouvert. Voilà, on est une équipe de six personnes aujourd'hui autour du projet Ansel Giselle. Chacun intervient. C'est très flexible. Chacun intervient avec ses compétences, ses appétences, ses envies. Voilà. Donc, bienvenue à toute nouvelle personne qui a envie d'intégrer le projet et qui se sent aussi attirée par ce projet-là. Nous, on est hyper flexibles et hyper ouverts sur les manières d'y prendre part.
- Speaker #1
C'est vraiment un très beau projet. J'espère qu'il y a de plus en plus de personnes qui vont venir rouler avec vous. Et justement, dans trois ans, par exemple, à quoi va ressembler l'association ? Ansel, Gisèle, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter finalement ?
- Speaker #0
Eh bien, dans trois ans, on aimerait avoir suivi des milliers de femmes. Oui, oui, il faudrait être grand. En tout cas, on aimerait, sur la partie les Gisèles en cyclothérapie, avoir eu au moins sept ou huit cohortes. Et donc, on sait qu'aussi, après chaque cohorte, on va pouvoir se réinventer, changer des choses, réajuster le programme. C'est aussi l'objectif. et puis intégrer d'autres personnes, et puis peut-être que le programme puisse s'aimer dans d'autres coins de France. Enfin voilà, il y a vraiment un objectif de grande ouverture. Et puis en Amérique, il se déploie, parce que je pense que vraiment, il y a matière, il ne faut pas oublier qu'il y a plus de 580 000 femmes qui sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, déclarées ou pas déclarées. Donc voilà, des personnes qui ont... besoin d'être prise en charge de ce thématique-là, il y en a. Voilà, objectif d'essai MAJ.
- Speaker #1
Et ma dernière question, finalement, pour toutes ces femmes qui se demandent comment elles peuvent rejoindre un tel projet ou pourquoi ça serait intéressant pour elles de faire du vélo. Qu'est-ce que vous leur diriez pour les motiver qu'elles soient ou non victimes de violences pour répondre aux deux volets de votre projet ?
- Speaker #0
Je leur dirais au premier abord, venez faire une sortie à la demi-journée. Ça ne vous prendra pas beaucoup de votre temps et vous verrez ce que ça génère pour vous. Comment vous vous sentez après ? Il y a parfois des participantes qui s'échangent les contacts, qui se revoient en dehors. Il y a beaucoup de choses qui peuvent se créer autour d'une simple sortie vélo. Et surtout, j'ai envie de dire qu'on a la chance que le vélo coche beaucoup de cases. Économiquement, ça reste assez accessible, même si aujourd'hui, on voit qu'il y a des vélos qui coûtent extrêmement cher. Mais avec un vélo à 300 euros, on peut aussi en profiter. Ça a des bienfaits, on l'a dit, sur les... des bienfaits psychiques, des bienfaits physiques, des bienfaits sur les maladies cardiovasculaires. Ça coche énormément de cases. Et en plus de ça, il y a une dimension écologique qui est assez importante. La dimension économique, je l'ai dit aussi, sur l'accessibilité du vélo. Et le fait qu'aujourd'hui, dans les infrastructures, il y a beaucoup de choses qui se développent pour qu'on puisse faire du vélo de plus en plus en sécurité. Le volet 2, les idées d'encyclothérapie, on n'est pas obligé de passer par une association ou une structure médico-sociale pour être orienté sur le programme. Vous pouvez nous contacter directement via notre adresse mail et notre numéro de téléphone, le numéro de téléphone de la psychologue dans l'occurrence. Et Adrien, du coup, je vous passerai nos coordonnées. Et vraiment, n'hésitez pas, si vous avez un élan ou des questions, appelez-nous. C'est vraiment un programme qui est fait pour toucher un maximum de femmes. Il n'y a pas de critères, hormis le fait de savoir faire du vélo. Et d'avoir été victime de violences, les violences elles sont appréhendées de manière large, on ne vous demandera pas de justification précise, on ne va pas créer un tableau avec des quotas, avec une catégorisation de qui a vécu des violences les plus graves ou pas, c'est vraiment pas le sujet. Surtout qu'on le voit dans plein de dispositifs, parfois si on ne rentre pas dans la case, on est exclu et ça peut être aussi très violent. et nous, ce n'est pas du tout ce qu'on cherche à faire. Donc vraiment, n'hésitez pas. Le programme commencera le 16 septembre et jusqu'au 7 novembre. Donc l'objectif de notre assaut, finalement, c'est que peut-être d'ici quelques années, là, on a parlé de trois ans, mais peut-être que d'ici six ans ou sept ans, c'est de ne plus exister parce qu'il y a de plus en plus de femmes qui feront du vélo avec de moins en moins d'appréhension et de crainte. On verra des femmes partout se balader avec leur vélo et des sacoches pour aller passer un week-end à droite à gauche ou aller voyager en Europe toutes seules à vélo. Et on espère aussi que le volet législatif en psychothérapie sera amené à disparaître parce que... soit parce que la prise en charge des femmes victimes sera meilleure, en tout cas d'un point de vue institutionnel, soit parce que peut-être qu'un jour on arrivera à un chiffre quasiment inexistant de ces violences-là. Bon, là, on est sur une utopie complète, mais on aimerait en tout cas que ce volet n'ait plus à exister, finalement.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ce message d'espoir. Alors, il est peut-être un petit peu optimiste, vu toutes les personnes qu'on interroge dans ce podcast. Mais il a le mérite d'aller dans le bon sens et je pense que ça va inspirer des gens de vouloir se joindre à un groupe de vélo, de faire de la pratique sportive, un moment collectif qui permet de sortir parfois de ses problèmes. Alors bien sûr, on ne parle pas de course cycliste professionnelle, je le répète pour rassurer un petit peu, mais vraiment de sortie collective au niveau et au rythme de chacun. Merci beaucoup pour votre témoignage.
- Speaker #0
Merci beaucoup Adrien de nous avoir accueillis et j'ai envie de terminer par cette phrase qui est aussi... Notre slogan, c'est... Avec Ansel Giselle, en route vers la Vélorussion féminine. Venez !
- Speaker #1
Vous voulez témoigner en tant qu'experts des violences ou bien en tant que victime que vous soyez une femme ou un homme ? Alors envoyez-nous un mail à l'adresse hello.hu.fr H-E-Y-U N'hésitez pas à partager cette chaîne car en parler, c'est déjà avancé. Nous l'ouvrons désormais à d'autres sujets de violences, alors restez à l'écoute.