- Elodie
Vous aimez les histoires de vie, les vraies, celles qui vous prennent aux tripes, vous rappellent de doux souvenirs et vous font déculpabiliser dans votre parentalité ? Bienvenue dans le podcast Une Maman, Une Histoire. Je suis Élodie Turbi, journaliste, et je recueille vos témoignages pour leur donner de la puissance et qu'ils fassent écho en d'autres personnes. Ici, on parle grossesse, maternité et parentalité sans tabou. Aujourd'hui, dans Une Maman, Une Histoire, je reçois Mélodie. Son bébé, elle en rêve. Alors qu'elle apprend sa grossesse, elle est aux anges, mais à mille lieux de se douter que ses premiers instants avec sa fille, Célia, vont lui être arrachés. Car quelques heures après sa venue au monde, Célia est transférée en soins intensifs. J'ai beaucoup hésité à vous faire un épisode d'une heure, mais j'ai finalement choisi de couper cet épisode en deux parties. Commençons par le début de cette histoire, jusqu'à ce que tout bascule. Installez-vous confortablement et découvrons ensemble le petit bout de chemin de Mélodie. Bonjour Mélodie. Bonjour. Alors je suis super contente de te recevoir aujourd'hui. On s'était contacté sur les réseaux sociaux parce que tu voulais parler d'un sujet qui te tenait à cœur et du coup on va développer après. Est-ce que déjà pour commencer tu peux te présenter s'il te plaît ?
- Melody
Oui, alors du coup je m'appelle Mélodie, je suis la maman d'une petite fille qui s'appelle Célia et qui vient d'avoir un an la veille des 28 ans de sa maman du coup.
- Elodie
On va commencer par le début de l'histoire. Comment elle est venue l'idée, l'envie ? d'avoir un enfant.
- Melody
Alors, ça fait déjà 5 ans passés qu'on est ensemble avec son papa. En fait, c'est venu assez naturellement, avec le temps, la stabilité.
- Elodie
Et elle est arrivée vite, cette petite fille ?
- Melody
Elle est arrivée vraiment très vite. Dès que le projet a été lancé, je suis tombée enceinte très rapidement.
- Elodie
Et ta grossesse, elle se passe bien ?
- Melody
Elle se passe... Alors, avec le recul, elle se passe bien. Elle était très attendue. Donc, je me sentais bien. Même, j'avais des appréhensions sur... comment j'allais me sentir dans mon corps. Et au final, je me sentais super sereine et épanouie. Mais c'est vrai que c'était une grossesse assez difficile parce que j'ai fait de l'hypérémesse gravidique. Donc en fait, je vomissais du matin au soir, tout le temps. Du début jusqu'à la fin de ma grossesse. C'est quand même dur. Oui, donc ça entraîne les arrêts de travail. Une vie aussi différente. Mais au final, ça m'a permis de ralentir d'un côté. Donc, ce n'était pas plus mal.
- Elodie
Et tu faisais quoi comme travail ?
- Melody
Je suis toujours prof des écoles, du coup.
- Elodie
Ah oui, donc il faut être en forme. Oui. Et puis, c'est un métier où tu es en contact avec les gens. Donc, tu ne peux pas te permettre d'être en train de rester aux toilettes. Voilà, c'est ça. Non. Donc, tu t'arrêtes quasiment toute l'année.
- Melody
En fait, je m'arrête au premier trimestre. Donc mon médecin m'explique que ça ne va pas être possible d'aller travailler dans ces conditions. Et en fait, il a l'espoir que j'arrête de vomir, comme la plupart des femmes enceintes.
- Elodie
Premier trimestre, après ça va aller. Voilà.
- Melody
Et en fait, il me semble qu'on attend 4-5 mois et ça ne s'arrête pas. Et donc je suis sous traitement. J'ai même été un petit peu hospitalisée parce que du coup je perdais du poids. Même si bébé ça allait bien, il fallait quand même que moi aussi ça aille. Et au final, j'ai retravaillé un tout petit peu. Et je me suis vite aperçue que ce n'était pas tenable,
- Elodie
ce n'était pas possible. Donc oui, après, j'ai été de nouveau vite arrêtée. Quand on a ça, il faut quand même rester plutôt chez soi, au lit ? Ou bien tu peux quand même avoir une...
- Melody
On peut avoir une vie normale, entre guillemets. Parce que du coup, le quotidien, c'est que je me réveille, je vomis. Je dors parce que je suis fatiguée, je mange un petit peu et rebelote. Mais après, le week-end par exemple, sortir aussi, mais je suis toujours accompagnée de mes petits sachets. C'est ça. Voilà.
- Elodie
Donc, tu as un rythme vraiment bien ralenti.
- Melody
C'est ça. Ok. Donc, après, pas de soucis particuliers. Tu arrives à ton terme ? Pas de soucis particuliers. Alors, j'ai un petit peu de diabète gestationnel, mais qui a été découvert très tôt. Et comme, en fait, ça m'a obligée à être raisonnable. Vu que je l'ai bien gérée, je ne l'ai pas trop subie.
- Elodie
C'est vrai que je pense que tu n'avais sûrement pas envie de manger grand-chose. Voilà,
- Melody
finalement, l'un dans l'autre. Du coup, je suis arrivée jusqu'à terme. Le terme était prévu le jour de mon anniversaire, le 12 juin. Et ma fille est arrivée le 11.
- Elodie
Ok. Donc, anniversaire à l'hôpital.
- Melody
Oui.
- Elodie
Mais pas dans la joie.
- Melody
Pas dans les meilleures conditions, non, c'est sûr. Donc,
- Elodie
son terme, c'est le 12. Donc, le 11, tu as des contractions ?
- Melody
En fait, j'ai eu des contractions un mois avant. Honnêtement, un mois et demi avant. J'avais des contractions, mais qui n'étaient pas très douloureuses, pas très régulières. Et puis, j'étais vraiment, avec le diabète gestationnel, j'étais très suivie. Et puis, deux, trois semaines avant, j'ai tout fait pour essayer d'accoucher. Parce que je n'en pouvais plus à la fin. Je pense comme beaucoup de femmes enceintes.
- Elodie
Patience !
- Melody
Pour tenter d'accoucher, j'avais fait de l'acupuncture, beaucoup de marche. Tout ce qui est censé aider. Et puis, le dimanche, je perds le bouchon muqueux. et Moi, j'étais bien renseignée, donc je savais que ça n'allait pas entraîner forcément un assouagement de suite. Mais ma maman et mon conjoint me pressent d'appeler la clinique pour être sûre que... Et donc oui, ils me confirment bien que la perte du bouffon n'entraîne pas forcément le travail. Et donc je passe ma journée du dimanche tranquille, le lundi pareil. Et le lundi soir, j'ai un contrôle avec ma sage-femme. et elle me propose de faire un décollement si je souhaite parce que je suis bientôt à terme et que j'en peux plus ce que j'accepte et du coup elle me dit, le terme est prévu pour le mercredi et elle me dit que si jamais j'arrive au terme et que j'ai envie de retenter le décollement, ça sera possible le mardi je passe ma journée tranquille j'ai des contractions mais comme je te disais et J'étais habituée à avoir des contractions, donc je n'avais pas le sentiment que c'était des contractions spéciales. Et le soir, mon conjoint du travail, la routine, on mange, etc. Et au moment où on va dans le lit, je sens à l'intérieur de mon corps qu'il y a quelque chose qui se passe. Et en fait, je me lève et je perds les os.
- Elodie
Ok.
- Melody
Voilà. un petit moment de panique parce que là, ça devient...
- Elodie
Immisant.
- Melody
Voilà. Et je crois que mon conjoint ne pense pas que je suis en train de perdre les os. Ou en tout cas... Il ne conscientise pas. Voilà. Et il me dit, mais t'es sûre ? Oui, oui, je suis sûre. Et du coup, là, tout s'enchaîne très vite. J'appelle la clinique pour leur dire que j'ai perdu les os. Je leur demande si je peux prendre une petite douche. Et puis j'appelle ma maman pour lui dire que bon, là, c'est parti.
- Elodie
Vous allez à la clinique. Quand tu arrives, je suppose qu'on regarde ton col.
- Melody
Oui, on regarde mon col. Elle me met le monito. Après, j'étais, comme je dis, j'étais très suivie. Du coup, j'avais un petit peu mes habitudes. Donc, je savais exactement ce qui allait se passer. En soi, je n'étais pas stressée. Elle me pose le monito. Elle vérifie mon col. Et puis, je n'ai pas des contractions très douloureuses au départ. donc euh euh Voilà, elle me confirme bien que oui, j'ai perdu l'iso et que c'est bien du liquide amniotique, donc que je vais rester ici et que ça ne va pas tarder. Finalement, la sage-femme qui nous a accueillis la nuit, en fait, elle me laisse gérer comme j'ai envie. Bon, j'essaye de dormir, mais là, les contractions commencent à faire très mal. Donc, en fait, c'est là que je me suis dit, j'étais peut-être pas préparée. enfin réellement préparée à ce qui allait se passer. C'est-à-dire que je ne savais pas si j'avais envie que mon conjoint m'aide, si j'avais envie qu'une sage-femme m'aide. En fait, j'ai fait comme j'ai pu. On est arrivés à la clinique vers 21h30 et à 5h du matin, j'ai dit j'en peux plus.
- Elodie
Et tu sais à combien tu étais ouverte à 5h du matin ?
- Melody
Oui, du coup, elle a vérifié. Elle me dit bon, on est à à peine 3. Comme je suis arrivée et que j'étais à 1 à peu près. Je lui dis « bon, est-ce qu'on peut envisager l'apéritif ? » parce que je n'arrivais plus à parler avec les contractions. Elles étaient vraiment rapprochées, donc il n'y avait même pas le temps de reprendre un peu. Donc je décide de poser l'apéritif. Elle m'explique bien que du coup, par contre, je ne vais plus pouvoir marcher. Je vais rester mobile. Voilà. Et en fait, je lui dis oui, mais bon, même quand je suis mobile, ça ne me soulage pas. Ça n'avance pas. Oui, ça n'avance pas. Du coup, voilà.
- Elodie
Ok. Donc, à 5h du matin, là, tu descends dans la salle, on te pose l'anesthésie.
- Melody
L'anesthésiste ne souhaitait pas que mon conjoint soit là pour l'anesthésie.
- Elodie
Donc, déjà là, effectivement, moi aussi, on n'avait pas d'accompagnant pour l'apéritif. J'ai trouvé ça un peu... Dommage.
- Melody
Parce que du coup, je me suis accrochée à cette sage-femme comme si c'était un membre de ma famille. Tellement dans la douleur et besoin de réconfort. Et du coup, voilà, on pose la péri. Bon, ça va très vite. C'est là que ça devient très médicalisé. Et à un moment, je me réveille et je ne me sens pas bien du tout. Et en fait, j'ai très envie de vomir et j'ai de la fièvre et je tremble de partout. Et du coup, il y a un peu tous les signaux d'alerte. Du coup, je vomis. Elles me mettent une couverture pour me réchauffer. Et en fait, elles me disent, c'est la pérille. Mais moi, je sens que...
- Elodie
Toi, tu penses que c'est quoi, à ce moment-là ?
- Melody
Je ne sais pas, mais je sais que ce n'est pas ça. Je me dis, elle se trompe. Ce n'est pas normal. Bon, après, mon conjoint, il est plus rationnel. Donc, moi, je suis plus dans... L'instinct, ce que je ressens, etc. Lui, il est irrationnel. Il me dit, mais bon, on est à la clinique, c'est leur travail. Ils savent. Ils savent. Donc, ça doit être effectivement la pérille. Et donc, la journée passe et il me semble qu'en début d'après-midi, elle revérifie et elle me dit, bon, là, je vais appeler la gynéco-obstétricienne parce qu'il ne se passe pas grand-chose. Il ne se passe pas ce qui devrait se passer, en tout cas. Donc, je vais lui demander son avis. Et donc, la gynéco arrive et elle me dit, effectivement, ça devrait être un peu plus ouvert. C'est bizarre. Bon, on verra. Ils viennent souvent vérifier. Et ils viennent souvent vérifier le col aussi. Et là, ça a commencé à me travailler parce que j'avais lu, je ne sais plus où, mais j'avais lu que ce n'était pas très bon qu'on vérifie régulièrement le col. Et là, on vérifiait vraiment très régulièrement. pense que dans l'après-midi, elle vérifie une dernière fois la gynéco et elle dit « bon là vous êtes à 6, donc ce qu'on va faire c'est qu'on va vous mettre un peu d'ocytocine pour que le col s'ouvre plus vite, parce que même là pour bébé, ça commence à être fatigant. » Parce que les contractions sont là, on voit bien sûr, c'est juste que moi je les sens pas, mais on voit bien sur le monito que c'est des grosses contractions. Et vers 18. Elle revient, elle recheck. Et là, j'étais ouverte à 10 du coup. Oh, ok. Elle revient même pas deux minutes après. Et là, je capte que du coup, ça doit pas être ok pour bébé. Parce qu'elle revient très vite alors qu'elle avait dit qu'on verra, on la laisse descendre à son rythme. Et donc effectivement, elle me dit, bon ben là bébé, ça va pas très bien. Donc ce qu'on va faire, c'est qu'on va pousser tout de suite. Donc on commence à pousser. Je pousse. pas très longtemps, une demi-heure. Mais les poussées ne sont pas aussi efficaces qu'elles attendent, je pense, la gynéco. Du coup, elle utilise une ventouse pour m'aider. Et en fait, la ventouse ne s'accroche pas. Donc ça, c'est très traumatisant, la ventouse. Et puis, elle dit, bon, en fait, on va prendre une ventouse mécanique. Donc, elle me montre bien, elle m'explique. Mais en fait, tout se passe hum Très vite. Et puis, je pense que toi, tu es un peu dans le gaz. Oui, oui. Enfin, voilà. C'est un flot d'informations. Et moi qui voulais m'écouter, faire en sorte d'accoucher comme j'avais envie. En fait, là, il n'y a pas le temps. On ne te demande pas son avis. Donc, ventouse mécanique, du coup. Et puis, la tête. Et puis, après, un moment un peu de... Je ne sais pas si on peut dire folie, mais je regarde mon conjoint et je lui dis qu'on va rester comme ça. Moi, je n'en peux plus. Donc, on va rester comme ça. Je ne pousse plus, je ne fais plus rien. Désespoir. Et puis, finalement, avec les encouragements, les épaules. Et puis, très vite, ma fille crie tout de suite. Elle est tout de suite toute rose. Il l'essuie, il la pose sur moi. Et en fait, c'est l'évidence. C'est l'amour fou. Bien sûr, quand les mamans en parlent, mais en fait, je crois qu'on ne comprend pas tant qu'on ne le vit pas. Mais c'est tout de suite, c'est incroyable. Et donc, on lui parle avec son papa et puis tout de suite, l'auxiliaire me propose de la mettre au sein si je souhaite à l'été. Et donc, c'est ce qu'on fait. Et en fait, on est tellement à fond dans le moment qu'on ne pense pas à prendre de photos. Ça a été un regret par la suite. Mais en fait, on est à fond. Et puis, la gynéco s'occupe de moi. Et là, l'auxiliaire, elle me dit, en fait, avec papa, on va partir, on va aller habiller votre fille, puis on réessayera pour la têter plus tard. Et en fait, je me dis, le plus dur est passé. Donc, il y a une espèce de soulagement. Donc, la gynéco, j'ai deux points, donc elle me recourt. Et puis, elle me parle. Et elle me propose même de voir si j'ai envie de voir mon placenta. En fait, là, ça redevient détendu. Parce qu'on sentait un peu la pression jusqu'à maintenant, médicale, etc. Et là, ça redevient. serein. Donc à un moment donné, je me retrouve toute seule dans la salle et en fait, je me dis, là, ça commence à être long. Ça commence à être long et moi, bon, des formations professionnelles, prof, moi, je minute tout. J'ai vraiment la notion du temps, quoi. Et je pense qu'il s'est passé au moins une demi-heure, quarante minutes, quelque chose comme ça. Mais j'étais toute seule dans la salle. Et à un moment, ça fait long. Et je me dis, ok, bon, il y a un truc qui ne va pas. Bon, je n'imagine pas à quel point ça ne va pas, mais ça ne va pas. Je le sens et je le sais. Et en fait, il y a une sage-femme qui ouvre la porte et je vois à sa tête... Bon, il y a eu un autre changement d'équipe du coup, entre-temps. Et cette sage-femme-là, je vois à sa tête que ça ne va pas du tout. Et donc, elle me dit qu'on va être transférée à l'hôpital parce que notre fille a du mal à respirer. Et qu'ils n'ont pas les moyens pour... Oui,
- Elodie
ils n'ont pas l'appareil respiratoire dans les cliniques.
- Melody
Voilà, donc elle sera transférée, c'est sûr. Et moi, ils essaient de voir pour que je sois transférée avec elle aussi.
- Elodie
Donc là, c'est CHU SUD.
- Melody
C'est ça. Et en fait, je ne comprends rien de ce qu'elle me dit. En fait, là, je crois que je déconnecte. Et la seule chose que je lui demande, c'est est-ce que c'est de ma faute ? Est-ce qu'il y a eu quelque chose pendant l'accouchement ? Elle essaie de me rassurer comme elle peut. Et à partir de là, je crois vraiment que je déconnecte. Et du coup, c'est elle qui m'habille, qui rassemble mes affaires. En fait, tout ça, je le vois, mais je ne suis pas à l'intérieur de mon corps. Et donc, elle m'emmène en fauteuil roulant. Et là, elle m'emmène et elle me dit, du coup, on va aller voir votre mari et votre fille. Et en fait, ce que je vois là pour moi, c'est lunaire. Parce que vraiment, quand ma fille est arrivée au monde, elle était pleine de vie. Pleine de vie, curieuse de tout, magnifique. Rien à voir avec ce que j'étais en train de voir. Là, je vois plein de soignants autour d'elle. Elle n'est pas branchée, mais il y a une espèce de masque pour respirer. Et mon mari qui n'arrête pas de lui parler, de la rassurer. Et en fait, moi, je ne comprends rien. Et en fait, je suis incapable de parler. Je n'arrive pas à dire quoi que ce soit. J'assiste à la scène, mais voilà. Et du coup, j'ai essayé de glisser à mon conjoint. Qu'est-ce qui se passe ?
- Elodie
C'est quoi les nouvelles ?
- Melody
Et en fait, le pédiatre qui est présent, il essaie de nous expliquer. Il nous dit qu'en fait, ils ont mesuré la saturation, qu'elle n'est pas bonne. Et en fait, il parle avec des termes.
- Elodie
Ça ne vous parle pas du tout ?
- Melody
Ça ne nous parle pas. Je pense qu'il essaie vraiment de s'adapter. Il m'explique que c'est très difficile pour me transférer moi à l'hôpital. Donc, ils essayent, mais qu'il n'y a aucune ambulance qui veut faire mon transfert. Donc voilà, ils galèrent un peu. Au final, ils y arrivent.
- Elodie
Super.
- Melody
Donc, c'est moi qui pars en premier d'ailleurs. Ça, c'est dur aussi.
- Elodie
Vous ne partez même pas ensemble.
- Melody
C'est dur aussi parce que je me dis que c'est cauchemardesque, c'est sûr. C'est horrible ce qui est en train d'arriver. Mais en plus, on ne peut pas être avec elle. Et puis après, on est suivi par l'ambulance qui amène Célia. Et donc, Benoît, mon conjoint, il nous suit derrière en voiture. Et quand Célia, elle, arrive à l'hôpital, ils la mettent d'abord en soins intensifs. Et du coup, on nous explique qu'on peut s'y rendre. Il fait très sombre. Et puis, c'est la nuit. C'est glauque. Et puis, c'est la nuit. C'est-à-dire qu'il n'y a pas tant d'activités que ça. Et on attend. Il y a une espèce de banc. Et en fait, on est laissé seul. Et je comprends tout à fait que... La situation qu'est en train de traverser ma fille est tellement horrible qu'ils n'ont pas le temps. Mais nous, on se regarde et on ne sait pas quoi faire. Et en fait, à un moment, il y a une soignante qui vient nous demander... En fait, on doit remplir un espèce de questionnaire. Et en soi, moi, je m'en fiche, quoi. Et en fait, pendant que tout ça se passe, il y a un bébé qui pleure. Et chaque fois que ce bébé pleure... Pourtant, j'ai entendu des bébés pleurer. Mais chaque fois que ce bébé pleure... Ça me serre le cœur. Et en fait, je mets au moins 5 minutes à comprendre qu'en fait, ça me serre le cœur à ce point parce que c'est mon bébé qui pleure. Mais en fait, on a eu le temps de rien. Donc, je ne connais même pas ses pleurs. Et en fait, là, je comprends que oui, en fait, ok. Ça me brise le cœur à ce point parce que c'est mon bébé qui pleure. À un moment, on finit par nous laisser rentrer dans la salle. Et en fait, là, c'est terrible. Les premières images qu'on a de son bébé à l'hôpital. Donc elle est branchée de partout. Et comme ils lui ont fait des prises de sang, etc. Elle a des pansements de partout. Elle a des capteurs de partout aussi. Tu sais combien elle pesait ? Oui, 2,870 kg. Petite crevette. Et en fait, c'est sous couveuse. Donc en fait, on... Je pense qu'on a toute une idée en tête de ce que ça va être après, quand on aura son bébé dans les bras, etc. Et on ne s'attend pas, en fait, je pense qu'on ne peut jamais s'attendre à une telle image. Et il n'y a personne qui nous prépare aussi. Et du coup, j'ai essayé de la toucher, de lui parler, de la rassurer. Et à un moment, il y a le médecin de garde qui passe. Et donc, il m'explique qu'effectivement, elle a du mal à respirer. On ne sait pas trop pourquoi. On cherche. Et puis, il me pose des questions très concrètes. Est-ce que je veux allaiter ? Est-ce que du coup, elle va être nourrie ? En fait, tout n'est pas dit explicitement. Mais je comprends qu'on est là pour quelques temps. Et on ne dort pas, en fait. On n'arrive pas. Donc, on y retourne. Et quand on arrive en soins intensifs, Célia n'est plus dans sa chambre. Et en fait, j'ai 30 secondes de « ok, c'est fini » . C'est terrible, mais pourquoi elle ne serait plus dans sa chambre ? Et j'ai vraiment 30 secondes où je me dis « ok, c'est fini, elle n'est plus là » . Et en fait, mon conjoint demande, elle est où du coup ? Parce qu'elle était là il n'y a même pas une heure, deux heures. En plus, on nous a dit que si jamais il y avait le moindre souci, on nous appellerait, on ne nous a pas appelé. Et bien écoutez, vous voyez ça à côté, mais il nous semble qu'elle est en réanimation. Je sais que ça doit être un métier, on en voit des vertes et des pas mûres, mais c'est vrai que c'est si froid cette phrase. Du coup, c'est ce qu'on fait. On va en service réanimation néonatale. Et on demande après notre fille. Et on nous confirme bien qu'elle est en réanimation et elle est installée depuis quelques minutes. Mais bon, ça s'approche de l'heure quand même. Donc, s'ils avaient voulu, ils auraient pu appeler. Donc, c'était bon. Nous, on l'a mal vécu en tout cas. Je suis dans le déni là maintenant. J'étais déconnectée jusqu'à maintenant. Mais là, je reviens à moi, mais je suis dans le déni. Et en fait, je me dis qu'ils exagèrent, que ça ne doit pas être aussi grave. Parce que, ouais, je l'ai vue et elle était pleine de vie. Ce n'est pas possible. Ils se trompent, je ne sais pas ce qui se passe. Mais soins intensifs, c'est moins grave, entre guillemets, que réanimation. Et là, en fait, tout arrive. super vite. Elle est branchée de partout et du coup, elle a de l'aide pour respirer en continu tout le temps. Et en fait, ce qui est très particulier en réanimation, c'est qu'on découvre tout. Les termes, les sondes, il y a un écran en permanence qui indique tout sur votre enfant. On découvre tout et on ne nous explique pas, mais on capte très vite. C'est implicite, mais on comprend très vite comment ça fonctionne. Donc on sait que quand ça bip, c'est pas bon. Que quand les sondes s'éclairent, c'est pas bon. tout va très vite on comprend qu'on est rentré dans quelque chose d'autre là et pareil on nous fait remplir une espèce de questionnaire et ce qui m'a marqué c'est une question qui m'a marqué on nous a demandé si on si on voulait ramener des objets religieux à mettre sur le berceau etc Et en fait, cette question m'a marquée parce que je me suis dit, on prépare la fin. Je ne sais pas pourquoi ça m'est venu en tête, mais ça m'est venu directement en tête. Je me suis dit, on ne te propose pas ça dans une chambre d'hôpital. Comme ils ne savent pas exactement ce qu'elle a au départ, parce qu'ils font plein de tests, ils ne savent pas en fait ce qu'elle a au départ. Du coup, les infirmières, elles agissent. Alors, c'est grave. On n'a pas tout ce qu'on peut faire avec un bébé normalement. Là, on ne peut pas le faire. On ne peut pas la changer. On ne peut pas l'habiller. Les câlins non plus. Mais du coup, au départ, si. Elle nous propose du pot à pot. Mais de manière très vigilante, parce qu'elle est branchée de partout. Il y a une façon de faire. Mais on s'habitue très vite, finalement. Et ce qui fait la bascule, c'est qu'il y a un médecin qui rentre. Et je m'en souviendrai toujours. Parce que sur le coup, je l'ai mal vécu. Et il me l'a expliqué après. Mais sur le coup, ça a été vraiment très difficile. Parce que, comme je disais, on n'a pas le droit de... On ne fait rien avec notre bébé. On ne peut pas lui faire de soins. Tout ce qu'on imagine, on ne peut pas le faire. Et en fait, j'étais en train de faire du bois à bois avec ma fille. Et il est rentré dans la salle. Et il me l'a enlevé des bras. Et il l'a remise dans sa couveuse. Et à un moment, il a dit... Donc, il observait plein de choses. Et à un moment... Alors, le CHU, du coup, c'est aussi universitaire. Donc, ce qui fait qu'il y a des internes aussi qui posent des questions. Mais nous, les parents, on n'a pas forcément envie d'entendre les réponses. Et je crois qu'il le sent. Et en fait, il évacue toute la salle. Et les internes nous disent, non, mais vous, vous pouvez rester avec votre bébé et tout. Et il dit, non, non, là, tout le monde sort. J'ai besoin de réfléchir. Tout le monde sort. Donc il y a une médecin qui nous explique qu'effectivement les poumons de Célia ne se sont pas développés comme c'est attendu après la naissance. Il faut que les valves s'ouvrent d'une certaine façon et là ce n'est pas le cas. On ne sait pas pourquoi, mais du coup, elle est sous antibiotiques parce qu'on soupçonne quelque chose. Et dans tous les cas, il ne faut pas prendre de risques. Donc on lui donne des antibiotiques qui couvrent plein d'infections possibles. Il y a un autre moment clé pour moi, c'est quand le médecin qui nous avait dit de sortir de la salle, il revient. En fait, il avait toujours été distant et froid. Et là, il nous dit, je vais vous recevoir dans une salle. Et moi, je sais ce que ça veut dire. Quand on vous reçoit dans une salle, quand on prend le temps, ça sent pas bon.
- Elodie
De ce rendez-vous, Mélodie va obtenir des réponses. Des paroles qui vont profondément la bouleverser, mais qui vont aussi lui donner la force de se battre. Pour découvrir la suite de son témoignage, rendez-vous lundi 24 août sur vos plateformes d'écoute préférées. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Une Maman, Une Histoire. Si ce moment vous a touché, pensez à vous abonner pour ne manquer aucun autre témoignage. Vous pouvez aussi partager le podcast autour de vous et laisser 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. C'est ce qui m'aide le plus à me faire connaître. Et si vous avez envie de venir échanger avec moi ou me raconter votre parcours, retrouvez-moi sur Instagram unemaman.unhistoire. Et je vous dis à très vite pour une nouvelle histoire.