Speaker #0Il y a des endroits où l'on entre à reculons, et d'autres où on sait dès le seuil qu'ils vont nous changer. Ce sont des lieux, et avec eux, des liens. Un sourire qui deviendra un ami, et une présence silencieuse mais qui envoie un truc invisible, mais terriblement réconfortant pour toujours. C'est un adulte qui vous a pris sous son aile, qui vous a dit quelque chose qui flotte encore, qui vous a ouvert les chakras, qui aujourd'hui fait complètement partie de vous. C'est exactement ce que fait John Keating à ses élèves dans le cercle des poètes disparus, et c'est de ça dont on va parler aujourd'hui. Bienvenue sur le podcast Une Place à Soi, le podcast pour habiter pleinement sa vie. Ici, on explore la très vaste question de la place, en soi, dans le travail, dans le monde et dans ses relations. Mon nom, c'est Sophie Rioux, je suis exécutive coach et mentor. Je crois profondément qu'être à sa juste place, c'est prendre le risque d'être soi et prendre sa part dans le monde. Mon intention avec ces épisodes, c'est d'aider les femmes à prendre leur place dans toutes les sphères de leur vie et incarner ce qu'elles sont dans toutes leurs dimensions. Ici, je vous proposerai de grandes prises de hauteur des idées qui décalent, et en fin d'épisode, des questions pour que les liens que je fais, vous puissiez les faire à votre tour, dans votre vie. Bonne écoute ! Alors le décor, c'est une école préparatoire UP de Nouvelle-Angleterre dans les années 50, qui s'appelle la Welton Academy. Quatre piliers gravés dans la pierre, tradition, honneur, discipline, excellence. Ces quatre mots, ils sont chargés de l'époque dans laquelle ils sont dits. On est en 1959 aux Etats-Unis, pendant la guerre froide. Le monde est coupé en deux, le bloc de l'Ouest contre le bloc de l'Est. Et dans ce contexte, le conformisme est un principe de survie collective contre l'autre qui est craint. Le macartisme vient de faire des ravages. Des artistes, des intellectuels, des enseignants ont été harcelés, détruits, pour avoir eu des idées jugées subversives. La peur du différent est dans l'air. Et à l'école, surtout celle-là, celle des élites, des fils de bonnes familles destinées aux grandes institutions, cette école, c'est la courroie de transmission toute trouvée pour maintenir cet ordre établi. À Welton, donc, les garçons portent des blazers, ils obéissent à leur père, ils se préparent à une réussite qui a été décidée pour eux, pour prendre leur place dans le monde, un monde bien établi qui attend d'eux qu'ils maintiennent la stabilité et la pérennité du système. Et puis arrive John Keating, joué par Robin Williams, professeur de lettres. Alors lui, il arrive et il siffle en entrant dans la classe. Il dit bonjour, comme s'il était content d'être là, et je pense qu'il est vraiment content d'être là. Mais dans ce contexte, c'est déjà un peu une forme de provocation. Et dès les premiers cours, il emmène ses élèves devant des photos des anciennes promotions, accrochées dans le hall. Ce sont des jeunes hommes comme eux, même âge, même école, quelques années plus tôt. Et à ce moment où il leur murmure tout doucement, « Ces garçons se croyaient invincibles comme vous. » Aujourd'hui, il fertilise les chrysanthèmes. Et juste après, il murmure, qui tignent ce que ces jeunes hommes pourraient murmurer à ceux qui sont dans ce hall de l'académie. Ils murmurent carpe diem. Profitez du jour présent, que votre vie soit extraordinaire. Ce qui est assez génial dans cette scène, c'est que les élèves sortent de ce premier cours un peu déstabilisés. C'est le moins qu'on puisse dire. Et d'ailleurs, il y a l'un d'eux qui dit « c'était bizarre, mais ça nous change » . C'est finalement un peu tout le film dans cette phrase. « C'est bizarre, mais ça nous change » . Ce que je vais vous proposer dans cet épisode, c'est de traverser le film par trois entrées, trois façons dont Keating et le film, finalement, parlent de La Place. De quoi il parle, finalement, ce film ? Le cercle des poètes disparu, et en quoi ça fait un lien avec le thème de La Place ? Le premier sujet, c'est que dans ce film-là, il y a une vraie remise en question du cadre, avec cette idée qu'on ne peut pas... trouver sa juste place dans un cadre qui n'est pas le nôtre. Ce film, il parle aussi de comment trouver sa place à sa manière. Il y a l'histoire de ce jeune gamin, Todd, quel garçon le plus silencieux de la classe. et comment lui va rencontrer sa place au travers de sa relation avec Keating, qui lui ouvre la voie. Et puis, un autre sujet qui aborde le cercle des poètes disparus, c'est comment on apprend avec le corps. Parce que ce que fait Keating, c'est apprendre l'art de l'école buissonnière, dont j'ai dû parler dans un précédent épisode. C'est apprendre dehors, apprendre dans le mouvement, apprendre finalement hors des sentiers battus, et donc avec le corps. Alors dans le deuxième cours de Keating, il entre et il demande à ses élèves d'ouvrir leur manuel de poésie à la préface. C'est une préface qui est très sérieuse, attention, elle est très académique, et elle propose une méthode pour évaluer la qualité d'un poème sur un graphique à deux axes, comme si finalement la beauté pouvait se mesurer sur une abscisse et une ordonnée. Keating, il lit quelques lignes et il leur demande d'arracher la page. Et là, il y a un immense silence dans cette salle, un salle de classe, mais il insiste. Arracher la page. Alors certains s'exécutent avec beaucoup de joie, ou alors de malice, ils font des boules de papier. D'autres hésitent, regardent un peu autour d'eux. Et puis il y en a un troisième qui va déchirer consciencieusement avec une règle. Cette scène, elle est absolument jouissive. Keating leur dit, je ne veux pas faire de vous des artistes, je veux forger des esprits. Et d'ailleurs, un peu plus loin dans le film, quand le doyen lui cite, parce qu'il s'inquiète un peu de ses méthodes, Il cite un auteur et il lui indique « Montre-moi un cœur affranchi du fardeau des rêves et je te dirai, voici un homme libre. » Ce à quoi John Keating lui répond, en citant également un autre auteur, « C'est dans ces rêves que l'homme trouve la liberté. Cela fut et restera la vérité. » Donc deux salles, deux ambiances. L'un argue que le conformisme permet au système de tenir et l'autre questionne cet équilibre qui sclérose les esprits. Ce que j'aime dans cette scène... c'est qu'elle ne dit pas que le cadre est mauvais. Elle dit ne le reçois pas passivement. Questionne-le. Décide en conscience si tu le veux ou si tu le subis. Et ça, c'est une question que je pose assez souvent à mes clients et à mes clientes. Le cadre ne te convient pas ? Ok. Tu sens que tu dois rentrer dans le moule ? Peut-être, très bien. Qu'est-ce que tu peux changer de ce cadre ? Qu'est-ce que tu peux changer dans ce cadre ? Qu'est-ce que tu peux changer de toi dans ce cadre ? Quelle responsabilité tu décides de prendre ? Et puis, dans le cercle des poètes disparus, il y a Todd Anderson. Lui, c'est le garçon qu'on ne voit presque pas au début. C'est un jeune homme très discret. C'est le petit frère d'un ancien élève brillant, dont on lui rappelle constamment l'excellence, comme un héritage qu'il n'a absolument pas demandé. Il ne parle pas, il observe, il ne fait pas de vagues. Et un jour, Keating lui demande de lire son poème. Il devait préparer un poème. Il doit lire son poème devant la classe. Et Todd dit qu'il n'a pas écrit de poème. Keating, qui croit profondément en chacun de ses élèves, ne se démonte pas. Il lui demande de se lever. Il l'amène au tableau noir et lui dit « Ok Todd, fermez les yeux. Décrivez-moi ce que vous voyez. » Et là, les camarades commencent à ricaner. Keating encourage Todd et lui dit « Oubliez les autres. Ils n'existent pas. » Et Todd... lentement, de manière très intuitive, très spontanée, commence à parler des mots qui lui viennent. Pas forcément en ordre, mais c'est des mots qui viennent de lui et il y a une espèce de poème improvisé, imparfait, qui se délit dans la bouche de Todd, les yeux fermés et petit à petit le silence se fait dans la classe et les yeux de Kitty commence à se remplir de larmes et je dois dire les miens aussi à chaque fois. dans cette scène. Parce que Todd n'a pas de problème de talent, il avait probablement à cet endroit-là un vrai problème de permission. La permission de se laisser aller, de prendre sa place, prendre sa juste place, sa place à lui, sans l'ombre de son frère, sans être parfait comme son frère, sans devoir être comme lui. Et il s'est laissé aller à suivre son élan créatif, à le laisser se délier et... finalement la seule chose que Keating a faite à cet endroit-là, c'est de créer une bulle où les autres n'existaient pas et où il n'y avait que lui, Keating, et lui, Todd. Le regard ne comptait plus simplement cet espace de sécurité et de permission qui permettait d'explorer quelque chose comme un ruban qu'on tire. Combien de fois est-ce qu'on s'est tué parce qu'on a eu peur du ricanement ? Combien de fois est-ce qu'on attend d'être sûr avant de parler ? Combien de fois est-ce qu'on laisse les autres décider de la superficie de la place qui est disponible pour nous ? Parfois, il faut peut-être simplement quelqu'un, et peut-être que parfois c'est soi-même, pour dire les autres n'existent pas, pour oser un peu plus. Et puis Keating, il ne dispense pas un enseignement assis derrière un bureau. Lui, il monte sur le bureau et il dit à ses élèves d'en faire de même.
Speaker #0Keating, il emmène également sa classe dehors. Il les fait marcher dans la cour. Une marche synchronisée, mécanique, pour illustrer comment chacun suit le tempo de l'autre, de manière à illustrer le danger du conformisme. En fait, lui, il ne fait pas un grand discours pour l'expliquer. Il leur permet de faire l'expérience dans le corps du conformisme. Nos jeunes étudiants, ils se réunissent la nuit dans une grotte pour lire de la poésie à la lueur des bougies. Ils composent des poèmes, ils jouent de la musique, ils sont en mouvement, ils sont en vie. Le corps, dans ce film, c'est un véritable outil de pensée. Et ça, ça fait écho à quelque chose que je porte profondément dans ma pratique de coach. Le corps, c'est des choses que la tête met du temps à formuler. Quand on hésite devant un choix, qu'est-ce qui se passe dans le ventre ? Quand on dit oui alors qu'on voulait dire non, où est-ce que ça se loge dans le corps ? Quand on entre dans une pièce et qu'on se sent immédiatement à sa place, ou pas du tout, qu'est-ce qui se passe également dans le corps ? Keating y propose un truc révolutionnaire pour les années 50, c'est de remettre le corps et l'esprit en lien. Ce que Keating fait quand il monte sur le bureau, il offre à ses élèves une expérience incarnée d'un nouveau point de vue. Et quand ça se passe par le corps, eh bien ça reste. Tous les mouvements d'ailleurs qui travaillent ces questions, le corps comme source de sens, l'intelligence du vivant, la connaissance par le ressenti, ils vont émerger beaucoup plus tard, dans les années 70, par des thérapeutes, des chercheurs, des artistes qui sont à la recherche d'une troisième voie. Keating, lui, dans le cercle des poètes disparus, le fait dès 1959. C'est dans une prep school de Nouvelle-Angleterre, dont des fils de bonne famille en blazard. Donc lui, Keating, arrive trop tôt sur un mouvement qui arrivera une décennie plus tard. Et puis il y a la scène finale, Keating a été renvoyé, le système a fini par le rattraper, il revient chercher ses affaires dans la classe pendant un cours qui est donné par le doyen à sa place. Et là, Todd, le jeune garçon silencieux, celui qui n'osait pas prendre sa place, se lève, il monte sur son bureau et il récite « Oh capitaine, mon capitaine » , c'est une scène culte. cultes. Et un par un, Les autres élèves se lèvent, pas tous, mais la plupart, et se hissent sur leur bureau. Et Keating s'arrête avant de quitter la salle et il leur dit, la voix un peu brisée, « Merci les garçons » . Ce que je trouve très joli dans cette scène, c'est qu'elle montre que prendre sa place dans le monde, c'est toujours le faire avec ce que d'autres nous ont transmis. qui tient Il a donné à ses gamins une chose, une chose très précieuse. C'est une façon de regarder, une manière de prendre une permission d'explorer un territoire un peu plus large que soi. Et il leur a transmis une chose précieuse et charge à chacun d'en faire ce qu'il veut, même si le cadre autour d'eux n'a pas changé. Alors, ce que je vous propose de retenir pour aujourd'hui... La première clé, c'est d'interroger son cadre, pas de le jeter en bloc, pas non plus de le subir en silence, mais de le regarder en face et de décider en conscience ce qu'on en fait, comment on joue avec, ce qu'on garde et ce qu'on arrache. La deuxième clé, c'est de trouver sa voix à soi, comme Toad. Pas avec la voix parfaite, pas avec la voix d'un aîné brillant avant nous, pas celle que le regard extérieur attend ou valide, mais sa propre voix. imparfaites et vivantes. La troisième clé, c'est faire confiance à l'intelligence du corps pour apprendre, enregistrer et ressentir. La question signature pour cette semaine, vous, si vous montiez sur le bureau, qu'est-ce que vous pourriez vous surprendre à voir différemment ? Si ça vous parle, si cet épisode vous parle, si mes accompagnements vous intéressent, vous pouvez aller jeter un œil sur ma page, vous aurez les notes en bas de l'épisode. Je vous souhaite une très bonne semaine et à très vite. J'espère que cet épisode vous a plu et qu'il vous a donné envie d'oser mettre un peu plus de ce que vous êtes dans ce que vous faites. Si cet épisode a résonné pour vous, vous pouvez le repartager sur vos réseaux, laisser 5 étoiles ou un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez me suivre sur LinkedIn et sur Instagram. Les liens sont dans le descriptif de l'épisode. On se retrouve lundi dans 15 jours pour le prochain épisode d'Une place à soi. A très bientôt.