Speaker #0Je m'appelle Thomas, je suis artiste de cirque, je suis basé à Toulouse et j'ai la particularité maintenant depuis trois ans de faire mes tournées à vélo. Mes tournées à vélo, c'est venu petit à petit. Pendant le Covid, réflexe d'artiste, je suis allé faire des spectacles sous les balcons, dans mon kilomètre, pendant, souvenez-vous cette drôle de période, pendant notre heure d'activité physique journalière, dérogation à la pluie. Et en même temps, j'avais un spectacle à l'époque avec un camion de remorque, quelque chose qui se déplaçait avec de la location à J-4, du chargement à J-3, du déplacement à J-2, du montage à J-1, une heure et demie. de parade à 1000 km de Toulouse et le tout en sens inverse et à côté de ça, d'un coup, du jour au lendemain, je me retrouve à aller faire des spectacles sous les balcons dans mon kilomètre, donc il y a eu vraiment une grosse dissonance à ce moment-là, et c'est vrai que petit à petit l'idée de re-réfléchir un petit peu la manière dont j'avais envie de travailler est apparue de cette période-là est né un solo que j'ai tout de suite eu envie de tourner de fait, à vélo alors après Après trois ans de tournée à vélo, bien sûr, évidemment, la première considération était écologique. Mais maintenant, j'aime beaucoup parler de co-bénéfice. C'est-à-dire que concrètement, je me suis amusé à faire le calcul sur ma tournée en 2023 où je suis parti de Toulouse et je suis allé jusqu'à Aurillac en un mois, avec aller-retour, avec le festival d'Aurillac au milieu. Sur cette tournée-là, je crois que j'ai économisé quelque chose comme 160 kilos de CO2, ce qui est C'est ridicule, mais ce que ça m'a amené de tourner à vélo, c'est déjà de vraiment repenser la manière dont je faisais ma diffusion et la manière dont ça m'a surtout permis de relocaliser mon activité. Au final, là maintenant j'ai fait le bilan sur 2023, j'ai fait quasiment 100% de mes dates en Occitanie. Je dis quasiment parce que Aurillac n'est pas en Occitanie et j'ai dû sortir de l'Occitanie pour Aurillac. à vélo certes, mais du coup à part ça j'ai fait quasiment toutes mes dates en Occitanie et 60% à Toulouse et alentour donc voilà, il y a quand même une grosse partie de mon activité où je dors chez moi le soir et relocaliser mon activité c'est surtout du temps de gagner dans la vie et c'est assez marrant parce que dans mon milieu professionnel, j'ai un peu cette réputation d'avoir plusieurs casquettes, je suis investi dans plusieurs réseaux et je passe un peu pour un hyperactif mais en vrai c'est parce que j'ai du temps J'ai fait le calcul comparé à mon ancienne façon de travailler avec des dates à l'autre bout de la France et beaucoup de temps de logistique. J'ai quasiment gagné 15 jours de vie par an par rapport à mon ancienne façon de travailler, ce qui est énorme. Et donc du coup, ce temps-là, forcément, je le mets à profit à d'autres choses. Je passe pas mal de temps en montagne sur mon temps libre et même des fois en télétravail parce que faire de la prospection de dates et faire de la diffusion, ça peut se faire devant un ordi dans n'importe quel café. Et du coup, le fait de repasser dans des endroits où j'avais l'habitude d'aller, de refaire des trajets que j'avais l'habitude de faire, mais de les faire à vélo, ça n'était vraiment pas la même. Ça change vraiment, ce n'est pas une légende, ça change vraiment le regard qu'on a là-dessus. La première année, en plus, a été un petit peu particulière, l'année vraiment où j'ai transité, ce qui m'a aidé un petit peu dans ma transition. Je suis allé habiter pendant six mois, pour le coup, dans un écolieu dans les Pyrénées. Et la première année, j'avais plein de dates en étoile à partir de ce lieu-là qui me servait de camp de base. Et donc, j'ai eu du temps pour le coup d'y passer. Et c'est vrai que c'est là où j'ai appris et compris à quel point c'était important de prendre le temps dans un territoire quand on a envie de s'y arrêter. Et à la fois, ce qui s'est passé, c'est que finalement, c'est le territoire où j'ai habité pendant six mois où je suis le moins allé. Et c'est encore avec. encore plus de recul après 6 mois qu'in fine j'ai encore plus compris les enjeux de cette vallée là en l'occurrence qui était pour le coup culturellement la moins aidée par rapport à d'autres vallées où j'ai tourné et même ça maintenant il m'a fallu encore plus de temps de recul pour capter ça après coup et ça a été une belle leçon en fait de voir que ouais c'est faut vraiment passer du temps dans un endroit quand on veut vraiment mener un projet de territoire quand on veut vraiment considérer y être ancré Donc voilà, à Toulouse, maintenant, je me considère un peu ancré. Je suis naturalisé, je dis chocolatine, j'ai mon passeport. Donc ça, ça va, ça fait 20 ans que j'y suis maintenant. Les deux premières années, mon niveau de vie a augmenté. Tout simplement parce que j'avais plus de temps. Et en plus de ça, vu que j'ai quitté une compagnie pour en monter une nouvelle, il y a eu pas mal de gens qui ont profité pour me contacter. pour d'autres projets, sachant qu'avant, j'étais bien impliqué. Donc voilà, ils en ont profité pour me contacter. Donc ça fait que j'ai pu faire sur ces deux premières là, plein de projets annexes. Et finalement, mon niveau de vie a un petit peu augmenté. Vu que j'avais un peu plus de temps, j'ai fait un peu plus de dates, tout simplement. Et après, j'ai eu la chance d'avoir du choix. Alors clairement, mon niveau de bille a rebaissé là, cette année. Mais c'est clairement un choix. J'ai eu énormément de temps cette année, justement pour m'investir en local au réseau des arts vivants, le Raviv à Toulouse, avec le réseau des arts à mode doux. Donc le réseau Armodo qui est le réseau national de tous les gens comme moi qui ont décidé de tourner à mode doux, donc pas forcément avec une logique forcément de mobilité décarbonée à pied, à cheval, à vélo, en voilier, mais aussi avec toute une philosophie de respect du vivant et des personnes et de leur rythme. Et je me suis beaucoup investi dans ces réseaux-là de manière bénévole et ça a été, franchement j'ai passé une année géniale. J'ai moins bossé, ça a été... clairement un peu galère en début d'année quand j'ai pris moins 10% sur mon intermittent et que j'ai eu 3 mois sans cacher, ça a été un peu galère après 2 années plutôt chouettes mais voilà c'était un choix aussi à ce moment là clairement cette année je vise de remonter un petit peu je l'ai traversé ça et je me dis ouais c'était peut-être un peu trop mais si c'était à faire je referais tout pareil parce que clairement l'investissement bénévole dans ces réseaux il est trop chouette, j'ai appris plein de choses et Et... Et le fait d'avoir du temps pour apprendre des choses, c'est précieux. En fait, ça commence même avant le spectacle. Parce que du coup, choisir de tourner un spectacle à vélo, ça se décide dès la note d'intention. C'est-à-dire que moi, il y a plein de potes aujourd'hui qui me disent « Ah ben ouais, j'aimerais trop, mais tu vois, ce spectacle-là, je ne peux pas le tourner à vélo. » Et en plus, le décor pourrait être transportable à vélo, mais c'est juste qu'ils ne l'ont pas conçu démontable. Juste ce genre de détails logistiques et pour le coup qui sont des vrais freins. Mais parce que tout doit s'imaginer dès le début. Donc déjà il y a cette phase de création qui fait partie intégrante du projet. Tu ne peux pas dire je monte un spectacle et un jour du jour au lendemain te dire peut-être que celui-là il pourra tourner à vélo. Alors des fois ça peut marcher, mais pourquoi pas. Mais il y a des gens qui ont réadapté ça, j'ai entendu l'histoire. Mais c'est vrai que ce n'est pas toujours possible, ça se conçoit dès le début. Dès le début, là même, moi je suis en réflexion sur une nouvelle création, on réfléchit à quel attelage, c'est-à-dire est-ce qu'on part avec des vélos, des vélos cargo ? des vélos plus une remorque enfin voilà il y a des configs qui peuvent passer dans des trains d'autres non qui peuvent passer dans des trains dans certaines régions d'autres non voilà on va pas ouvrir la parenthèse SNCF tout de suite et du coup tout se conçoit dès ce moment là et en fait de fait ça conditionne la taille de ta scéno quelle pièce tu vas pouvoir prendre là en l'occurrence nous on a choisi de on envisage on verra ça peut évoluer mais on envisage de tourner à 3 vélos et avec une remorque parce que une remorque avec des roues démontables ça peut passer dans les TER ça peut Merci. ça marche et du coup ça permet moyennant une housse de ski pareil qui rentre dans les trains moyennant une housse de ski sur une remorque ça permet d'emmener des grandes longueurs pour la scénographie donc voilà ça ouvre déjà un champ des possibles non négligeable dès qu'on a ça à disposition et pas juste deux sacoches de vélo quoi Donc ça, c'est la première phase. Et puis ensuite, toute la phase de production de spectacle, on fait du spectacle. Et après, par contre, là où il y a un de mes grands sujets en ce moment, c'est vraiment faire, comme on dit, du lobby doux. Du lobby doux pour les spectacles à vélo. Parce qu'en fait, les spectacles à vélo et à mode doux, d'une manière générale, tout de suite, dans l'imaginaire des gens et dans l'imaginaire un peu des saltimbanques, on va dire, au sens noble du terme, certes. mais de suite, ça véhicule... une typologie quasiment de sous-spectacle. Et vraiment, j'aime beaucoup cette appellation parce que vraiment, dès qu'on tourne à vélo, de suite, les gens, dans leur imaginaire, c'est une petite scénographie, un petit truc un peu amateur, etc. Ce qui fait qu'au final, mon spectacle est souvent très bien accueilli parce que je fais des échasses pneumatiques et de la jonglerie. Ça fait 15 ans que je suis artiste de cirque. Et en fait, presque les gens sont surpris d'avoir un vrai spectacle. Tellement ils s'attendent à quelque chose de moins bien. C'est assez, je ne vais pas dire malaisante, mais c'est dur de passer certains écueils par moment dès que tu arrives avec une étiquette de tournamod. Aujourd'hui, j'ai fait mes calgues, j'ai fait plein de stats et je pense que je vais les refaire. pour 2025, mais j'ai fait plein de stats sur 2024, sur lequel qui était à une année assez représentative après trois ans d'activité. Sur 2024, j'ai fait 75% de mes dates à vélo. Et comme je disais, quasiment tout en Occitanie. Et donc, en fait, les quelques dates que j'ai faites, ça veut dire que j'ai réussi à faire des dates à vélo, pas forcément avec ma compagnie, avec des dates avec d'autres compagnies avec qui j'ai l'habitude de travailler, notamment un collectif basé à Toulouse. J'ai fait beaucoup de dates en local avec eux et sur lesquelles j'ai pu aller à... à vélo. Et j'ai fait quelques dates en camion avec eux, mais ça reste... C'est un collectif qui travaille en bonne intelligence. C'est des déplacements où on va dire... Je crois que le plus gros déplacement qu'on ait fait, c'était dans le Tarn, à moins de deux heures de Toulouse. Ça reste en bonne intelligence. C'est un déplacement en camion, certes, mais ça reste raisonné. Le camion est plein. Le transport de Sénos se justifie à avoir un 12 mètres cubes, quelque chose comme ça, avec trois places à l'avant. ça reste quelque chose qui est rationnel, qui au-delà de ça, c'est un collectif qui véhicule des valeurs chouettes, et c'est ça aussi qui compte au niveau empreinte carbone. Une fois de plus, c'est pas 80% de l'empreinte carbone du spectacle vivant, c'est le déplacement des publics. Le déplacement des équipes, ça reste à la marge, et comme je disais, moi les 160 kilos de CO2 que j'ai économisé sur une tournée, ça reste à la marge, mais par contre derrière que le spectacle se déplace à vélo, enfin, si le spectacle se déplace à vélo, il véhicule... un certain imaginaire et les spectacles dans lesquels je joue aussi j'ai la chance de pouvoir aussi venir défendre des spectacles chouettes dans lesquels je crois et qui véhiculent des imaginaires justement mais qui ont envie de nous faire aller vers des futurs un peu plus désirables alors moi pour le coup mon solo j'arrive à vélo vraiment le vélo fait partie de la scénographie du spectacle il n'y a pas d'acrobatie à vélo Mais le vélo fait partie du spectacle et la démarche en fait dans la narration du spectacle, j'en parle un petit peu. Le spectacle parle de confiance et de lien entre les gens, il parle pas du tout de... Le propos s'attaque pas frontalement à la question écologique. Mais du coup j'avais vraiment choisi de visibiliser pour le coup le vélo dans la scénario du spectacle. A terme là sur la future création que j'envisage avec ma compagnie, il y a une vraie démarche de médiation autour du spectacle. on a vraiment envie de visibiliser ça c'est important parce que c'est ça aussi qui tend à dire si il y a des artistes qui se déplacent peut-être que nous on peut venir voir le spectacle à vélo c'est aussi ça qu'on a envie de générer, il y a des gens qui nous ont vu et qui se sont dit ça me donne envie de me déplacer, de faire du voyage à vélo c'est ça aussi qu'on a envie de générer et après là pour l'instant c'est absolument pas exploité mais le vélo peut devenir un agré c'est pas forcément ce qui est au programme, mais en tout cas le vélo peut faire partie de la scéno, et rien que ça, ça le visibilise un peu, c'est chouette. Forcément, il y a des spectacles qui ont des grosses scénos, qui véhiculent des supers imaginaires, etc. Je pense qu'on a besoin encore de gros spectacles à grande jauge, avec des gros décors, etc. C'est justement ça qu'il faut rationaliser. C'est-à-dire qu'à un moment, ta scéno, d'où elle vient ? Comment elle est conçue ? Avec quel matériau ? Est-ce que tes matériaux, c'est du réemploi ? Qu'est-ce que vont devenir tes matériaux ? Est-ce que tes matériaux ne sont pas trop dégueux ? quand ils vont finir, est-ce qu'ils vont partir à la benne est-ce qu'ils sont recyclables, est-ce qu'ils sont réutilisables est-ce qu'ils sont employables, toutes ces questions là en fait c'est aussi des endroits où il y a d'énormes leviers pour le coup d'énormes impacts environnementaux au niveau de la fabrication de décors donc bien sûr qu'on a encore besoin même moi le premier j'ai encore envie de voir des gros spectacles mais j'ai juste envie à un moment de me dire ok bah je vois un gros spectacle et j'ai envie de voir quelque part tiens bah 80% du spectacle tiens bah ça ce bout de décor c'est un truc qui avait servi dans dans telle pièce et il a été un peu détourné etc. Moi je me suis un jour je me suis allé il y a une ressourcerie culturelle à Artstock là à côté de Toulouse j'y suis allé, j'ai récupéré des pantalons en plus méga pas cher, des pantalons qui étaient hyper adaptés pour des échassiers ils étaient longs et on m'a dit non non ils ont pas du tout servi à des échassiers ils ont servi à l'adaptation de l'opéra Aïda au Stade de France mis en scène par Robert Hossein donc s'il te plaît j'avais un pantalon Merci. d'un spectacle de Robert Hossein c'était trop la classe c'est génial et en fait moi je pense qu'il y a un truc qui est latent là-dessus c'est un jour tous les objets qu'on utilisera sur scène qui seront employés, réemployés, ils auront tous une histoire, un vécu en disant ah mais attends ça ça a servi là maintenant voilà j'entendais encore récemment sur les dernières années il y a plus de 100 tonnes de décors du théâtre du Capitole qui ont été collectés justement par les collègues d'Artstock Donc ça veut dire que demain, je peux peut-être aller choper un élément de décor qui a servi au théâtre du Capitole. D'un coup, ces objets, ils ont plusieurs vies. Et je trouve ça génial dans l'imaginaire des gens de dire, tiens, attends, à toi de retrouver dans quoi jouer tel bout de décor. Après, ce qui est génial, c'est qu'on peut tout à fait détourner. Bref, ça, c'est tout un sujet sur ensuite les droits d'auteur des décors, etc. Il y a plein de sujets hyper intéressants là-dessus, sur comment on peut les réutiliser, à quel point on peut les détourner, etc. Mais c'est un autre sujet. Moi, mon spectacle s'appelle « Sans vous, je pourrais pas » , parce que c'est un spectacle très participatif. La prochaine création s'appellera « Avec vous, c'est quand même mieux » , parce que là, je ne serai plus tout seul sur scène. Dans ce spectacle-là, je vais travailler avec quelqu'un qui a un peu la même typologie de spectacle que moi, qui s'appelle Edouard. Son spectacle s'appelle « Bissiman » . Et pareil, c'est un solo de théâtre physique qui tourne avec un vélo-cargo, un gros vélo. Et pareil, le vélo est un personnage. Pour le coup, le vélo, ce n'est même pas un bout de scéno, c'est un personnage dans le spectacle. C'est El Bobby. Donc voilà, après il y a le collectif La Poursuite qui est basé en Rhône-Alpes, qui a plusieurs formes musicales. Eux, ils se déplacent avec plein d'instruments, avec leur scéno. Il y a même Armel qui se déplace avec un vélo, pas électrique. Accrochez-vous, il transporte sa batterie, l'instrument de musique, à vélo. On est beaucoup à avoir une enceinte autonome avec batterie intégrée et sur laquelle il y a juste à pluguer des instruments, des micro-casques. Moi j'ai un micro-casque sur scène que j'ai chargé le matin. La suite pour moi, c'est... Là, pour l'instant, mon solo, je l'avais choisi vraiment de manière assez radicale en termes de déplacement à vélo. J'arrive avec très peu de scénos, c'est-à-dire que j'ai ma paire d'échasses, les cordes à sauter, je fais de la corde à sauter en échasses. Les cordes, c'est de la récupération de guirlandes lumineuses du tube. C'est assez lourd. C'est ça qui pèse quasiment le plus long de mon chargement. Donc j'ai ma paire d'échasses, les cordes, l'enceinte, qui pèse quand même 7 kg à elle seule, qui est sur un porte-bagages à l'avant. Et du matériel de jonglerie, mon costume, mes affaires perso. J'ai quatre paires de chaussures en tournée. C'est un luxe, mais je n'arrive pas à faire autrement. J'ai toujours la paire de chaussures dont je me sers sur scène. Ma paire de chaussures de vélo parce que j'ai des pédales automatiques et c'est hyper confort, donc ça nécessite des chaussures spécifiques vélo. La paire de tongs ou d'espadrilles parce qu'il faut toujours ça en tournée. Et j'ai encore du mal à me séparer de ma paire de chaussures de trail parce que sur les jours de repos où je ne pédale pas, je vais courir. Ma compagnie s'appelle la compagnie Être Heureux, parce que le dire c'est l'être un petit peu. C'est être plus loin R-E, parce que justement le R-E, il veut dire réemploi, recyclage, réutilisation, rêve aussi. Ça veut dire tout ça, il y a tout ça dans le R-E de Être Heureux. La version idéale et la suite de ce que je fais aujourd'hui, c'est qu'on a trouvé un moyen de transporter des grosses scénos à mode doux. Voilà, donc forcément un peu avec du train. On est dans un monde où les programmatrices ont capté. Certains l'ont déjà capté aujourd'hui, mais beaucoup plus. On a capté les logiques de tourner à vélo. C'est-à-dire comprendre qu'on peut faire, selon nos chargements, de 20 à grand max 50 km par jour à vélo. Même si des fois, les jours où on ne joue pas, on peut se permettre de faire un peu plus. Mais ils ont capté cette logique de tourner. Et ils ont surtout capté, aujourd'hui, pour des gros concerts, même dans des gros théâtres, il existe encore des clauses d'exclusivité. genre... Tu joues là, donc tu n'as pas le droit de jouer dans un rayon de 500 km à J-1 mois et J-1 mois. Et même nous, petite compagnie de cirque, on est confronté à cette imaginaire-là. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a des gens qui nous disent « Ah ben non, je ne vais pas vous programmer si vous jouez deux jours avant à 30 km à côté. » Alors qu'en fait, oui, ça marcherait si on était des figures connues mondiales. Oui, ah là là, il joue demain à Montastruc la conseillère alors qu'il était hier à Groyer. Ah bah non, ils vont tous aller à Groyer. Ça n'a aucun sens, en fait. Et les gens n'ont pas compris qu'au contraire, moi, j'ai fait une tournée où j'ai joué quatre fois en 15 jours où les deux dates les plus espacées étaient espacées de 10 kilomètres. C'est-à-dire qu'il y avait des lieux, il y avait un café associatif et un tiers-lieu. Ils sont espacés de 1,5 kilomètre à vol d'oiseau. Tu les vois, les deux établissements l'un de l'autre, c'est dans une vallée pyrénéenne. Le bouche-à-oreille marche, en fait. C'est au contraire. Presque les gens préfèrent jouer après que avant en fait parce que derrière le bouche à oreille fonctionne, ça fonctionne bien dans ce genre de cas sur des petits périmètres comme ça. Donc pour moi dans un monde idéal les gens auront, les programmatrices auront compris ça et au contraire se refileront les plans en fait en disant tiens moi à telle période j'accueille un tel, tu veux pas l'accueillir deux jours avant, deux jours après. En l'occurrence ça pour le coup il y a déjà des initiatives naissantes. Je pense à Coprog qui est une plateforme pour le coup de programmatrice, ça commence. Ça commence petit à petit. Donc ouais, dans un monde fou, ce genre d'initiative deviendrait la norme, en fait, pour programmer des gens dans une logique de tournée où les gens ne se déplacent plus pour une date sèche. J'en suis à ma quatrième tournée, je n'ai toujours pas fait le tour de l'Occitanie. Je n'ai clairement pas fait le tour. Et en fait, d'une manière générale, et ça c'est valable pour le voyage, pour les vacances, d'une manière générale, pas que pour les tournées, mais avant d'avoir fait le tour de la France, il faut plusieurs vies. Il faut plusieurs vies. Pour le coup, cette année, j'ai eu la chance de faire une petite tournée dans le Vaucluse avec mon collègue Bissiman. Rien que le fait, pourtant je suis originaire de Nice, malgré tout, j'étais dépaysé. J'étais dépaysé. On a une chance inouïe en France d'avoir des coins différents les uns des autres, somptueux et franchement dépaysants. Avant d'en avoir marre de faire le tour de l'Occitanie et encore plus du sud de la France, il y a le temps. C'est trop cool.