- Speaker #0
Bonjour Warren, bienvenue dans Vivant, est-ce que tu vas bien ?
- Speaker #1
Ça va Teddy, merci de l'invitation, je suis très content de participer à ce podcast et je sais qu'on va passer un bon moment.
- Speaker #0
Ouais, c'est le but du jeu. Alors ça fait quoi ? Ça fait combien de temps ? C'est un an, un an et demi que je t'ai promis qu'on ferait cet épisode et puis bon, les mois ont passé, le podcast avait été mis en suspens pendant un certain temps et les enregistrements qui vont avec aussi, donc je m'excuse pour ça, mais il est jamais trop tard pour bien faire. Pour ceux qui ne te connaissent pas, Warren, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots, tout simplement ?
- Speaker #1
Je m'appelle Warren, j'ai 33 ans, j'habite dans les Yvelines, et il y a deux ans, je me suis lancé dans une aventure qui s'appelle City in Peace, qui consiste à créer des espaces de souvenirs dans les lieux qui font du bien, qui ont du sens, et ces lieux-là sont matérialisés par des bancs, donc des bancs sur lesquels on s'assoit, sur lesquels on se rencontre et on partage. Et ces bancs sont un petit peu différents des autres parce qu'ils vont porter un souvenir grâce à une plaque en bronze personnalisée. Mais ça, on pourra en rediscuter. Mais finalement, c'est de se rapprocher un petit peu de toutes les formes de mémoire et utiliser ces mémoires-là et les souvenirs comme vecteur de lien et d'inspiration.
- Speaker #0
OK, ça roule. Concrètement, là, comme ça, les gens qui nous écoutent et qui entendent, banc, alors banc, d'accord, banc de mémoire, OK. Il y a un gars, il a eu l'idée d'inventer des bancs. Il doit se dire ça.
- Speaker #1
C'est quoi ? C'est encore un truc numérique avec un cloud ?
- Speaker #0
C'est ça. C'est un banc virtuel. Non, concrètement, tu peux nous expliquer déjà d'où ça vient, la genèse du projet. Je pense que c'est important. Et puis après, concrètement, le concept.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Donc, la genèse, en tout cas, la réflexion, le déclencheur, c'est toujours un petit peu la même chose qu'on est dans cet écosystème. c'est qu'on a perdu une personne, on s'est posé des questions, les bonnes ou les mauvaises d'ailleurs, mais on a cheminé. Moi, c'était plus au niveau du souvenir. J'ai perdu mon grand-père et j'ai été préservé quand même du deuil. J'avais 28 ans quand j'ai perdu dans mon cercle proche, pour la première fois quelqu'un. Et même si j'ai trouvé que les obsèques étaient très tristes, que ça ne leur semblait pas, tout ça, je me suis plutôt posé la question de comment... Au-delà de ça, on pouvait continuer de parler de lui de manière positive, en jouant, en célébrant plutôt la vie, plutôt que de penser à la mort et aux choses tristes. Et en fait, je me suis rendu compte qu'on ne le faisait pas du tout au sein de notre famille. Donc, tout le monde le sait, tout le monde y pense, mais personne ne dit rien. Par peur, peut-être. Et plus ça rallonge, plus tu as peur d'en parler parce que tu te dis, merde, je vais remuer le couteau, on ne sait pas, etc. Donc voilà, j'avais un petit peu ça où je me suis dit c'est dommage, il faut faire quelque chose. Et en même temps, je changeais d'environnement professionnel après une petite crise existentielle aussi. Et en plus, je me suis marié à ce moment-là. Donc autant te dire que j'étais à la croisée des chemins. Et donc, j'ai découvert le concept de Memorial Bench ou Bench of Memories. Ça dépend comment on le dit, mais en soi, c'est un concept anglo-saxon très, très répandu. que beaucoup d'entre vous connaissent à travers des voyages à Londres, à New York, à Central Park, il y a plein de bancs avec des plaques. Ou alors si vous regardez des films comme Coup de foudre à Notting Hill, quand on voit Julia Roberts s'asseoir sur un banc avec une phrase et dire est-ce que vous pensez que c'était un banc en hommage à un être aimé. Et donc ça parlait d'amour et de lien. Et donc voilà, vous avez ces représentations-là. Et donc, je suis rentré de ce voyage-là avec la conviction que c'était un outil, pas le seul, évidemment, mais un outil formidable pour accompagner les vivants et pour accompagner toutes nos histoires, les préserver dans le temps. Et je pense que c'est vraiment important.
- Speaker #0
Ok. Et pourquoi ça fait écho chez toi à ce point-là ? Quand tu as découvert ces bancs-là ? Pourquoi ça résonnait si fort, finalement ?
- Speaker #1
Eh bien, tu vois, je vais essayer de vous projeter sur ce que je vois et quand je repense à tout ça, mais il faut s'imaginer, donc en Nouvelle-Zélande, les terres du Seigneur des Anneaux, les grandes prairies, les grandes montagnes, beaucoup de lacs, une nature qui prend place et nous, on est petit et on se sent vivant. Et on a l'occasion de contempler et de voir tout ça et de le ressentir grâce à des lieux qui nous permettent la pause et la contemplation. des bancs. Il y en a beaucoup, il y en a partout, et tous ces bancs, effectivement, il y a 80% des bancs de la capitale en Nouvelle-Zélande, donc Wellington, qui ont des plaques. Et ce qui m'a marqué, c'est que chaque banc va être différent, chaque banc va t'apporter quelque chose de différent. Peut-être qu'il y en a qui vont résonner plus en toi que d'autres, que ce soit un hommage ou juste une histoire du territoire là qui est présente. Et donc, ça va t'accompagner pendant ces 5-10 minutes. peut-être au-delà de ta réflexion. Et c'est fait de manière tellement simple. Il n'y a pas, tu vois, de dispositif numérique, de QR code ou quoi que ce soit, peut-être dans nos téléphones, comme on a l'habitude de faire. C'est l'imaginaire qui prend place, une phrase, une petite inspiration et qui se dit, je crée un nouveau souvenir, je crée cet instant-là grâce à une autre personne que je ne connais pas, grâce à une famille, grâce à une association, pourquoi pas. et donc il y a un lien qui se fait et qui est d'une simplicité où tu sais que tu le reverras probablement pas enfin là en Nouvelle-Zélande l'idée c'est qu'après on puisse avoir ça dans les espaces publics et qu'on la revoit plus fréquemment et donc t'es un peu humble vis-à-vis de tout ça et je pense qu'on a besoin d'humilité on a besoin de se fédérer, de se reconnecter aux autres et à notre environnement et en fait tout ça euh... Tout ce symbole-là et ces moments que j'ai vécu, je voulais les partager et me dire qu'on pouvait faire des choses simples, des choses belles, avec beaucoup de sens et beaucoup d'impact.
- Speaker #0
Ok, ça roule. Tu as fait quoi de particulier pour les adapter à la France qui n'a pas forcément cette habitude ?
- Speaker #1
Oui. Déjà, je ne voulais pas acheter des bancs et les revendre. Acheter des bancs sur le marché que tu peux trouver un peu n'importe quoi. et mettre une plaque dessus, ça n'avait pas du tout le sens que je voulais donner à cette aventure-là. Il faut savoir que dans les pays anglo-saxons, tous les acteurs de mobilier proposent ce type de dispositif. Il n'y a pas d'acteur vraiment spécialisé sur la production de bandes mémoires, c'est plutôt quelque chose d'un produit complémentaire. Donc, si tu arrives sur le marché français, comment tu fais ? pour utiliser une inspiration anglo-saxonne, mais faire du français. Déjà, c'est une production qui est française, mais un design aussi français. On s'est posé la question de comment être fidèle aux bancs anglo-saxons, tout en ayant des lignes épurées, une certaine modernité entre la tradition et la modernité, entre le passé, le présent et le futur. Et c'est vrai que c'est bon là, dans 50 ans ou dans 100 ans. ils auront toujours la cote et ce sera toujours un mobilier intemporel. Les Français sont quand même attachés au design et aux belles choses, au patrimoine, donc en fait, tout ça, toute cette réflexion autour des matériaux qu'on utilise, des partenaires qu'on utilise, avec lesquels on a des très belles relations, doivent refléter le sens qu'on donne à la mémoire et donc avec ces productions qui sont françaises, qui sont durables, qui sont belles et aussi pour rattraper un retard. autour de la place de la mémoire dans l'espace public. Et je ne parle pas des mémoires traditionnelles, des guerres. Aujourd'hui, tu regardes les arrêts de bus ou les arrêts de métro, tu demandes à une personne, mais est-ce que vous savez qui est Guynemer ? Les gens ne s'en souviennent pas. Et en fait, tu as une représentation physique de certaines choses. Et on essaie de pousser un maximum le symbolique de tout ça pour briser les tabous. et justement la beauté et l'esthétique de ces choses-là peuvent aussi faire en sorte que quand on parle de la mort par exemple ça peut se transformer en quelque chose de beau Ok,
- Speaker #0
très chouette. T'en es où aujourd'hui ? Deux ans après Aujourd'hui,
- Speaker #1
deux ans après en réalité la commercialisation a commencé il y a environ un an et demi, on n'était pas du tout connu donc on lance une commercialisation qui a mis franchement bien six mois à se lancer avant de produire les premiers bancs à savoir qu'on a quand même un délai de production, on n'a pas de stock, on produit vraiment à la commande pour qu'il y ait une intention qui soit déployée lorsqu'on produit. Donc ça, ça dure huit semaines. Donc en fait, on est par nature dans un temps long. Un temps long qui est, dans l'entreprenariat, difficile aussi à... Tu vois, on rigole parce que... Parce que la temporalité, c'est l'ennemi de l'entrepreneur. mais un faux ennemi, c'est-à-dire que la temporalité est nécessaire. mais il faut faire preuve de patience et donc aujourd'hui on a une vingtaine d'installations dans les lieux privés, dans les lieux publics sur des verticales et des domaines qui sont totalement différents dont on est très fier parce qu'on a accompagné une maternité autour du deuil périnatal a créé un espace du souvenir pour les parents et les soignants donc un banc dédié au deuil périnatal on a accompagné une famille qui nous a demandé tiens Warren est-ce qu'on pourrait et... Notre maman est décédée cet été, on aimerait vraiment lui rendre hommage là où on se promenait ensemble autour d'un lac à Libourne. J'ai fait les démarches auprès de la collectivité, ça a fonctionné. Et il y a un de nos bancs, qui n'est pas du tout une production classique de Libourne, qui est installé face à un lac dans un espace où il y a beaucoup de passages. Et donc, on fait étape par étape en essayant de garder une ligne de... Donc une cohérence avec ce qu'on veut faire, avec le sens, avec la même énergie d'accompagnement humain, de qualité, de durabilité, etc. Et tu vois, on a commencé à livrer, on a un crématorium qui a commandé un noban pour créer un espace un peu excentré du crématorium, tu vois, pas tout de suite lié à la mort, mais plutôt à la contemplation face à un étang, par exemple. Donc il y a plein de projets qui nous poussent. Aujourd'hui, on a euh... On arrive un petit peu, encore une fois, à la croisée des chemins où il y a beaucoup de travail qui a été déployé, beaucoup de réflexions stratégiques, beaucoup de partenariats, aussi de diffusion autour des jardins, autour de la santé, autour des domaines et lieux de réception. Tu vois, par exemple, parce qu'on s'intéresse aussi aux célébrations de vie, par exemple les mariages, parce que c'est aussi ça qui est important de transmettre, c'est ces moments-là. Et donc là, on développe tous ces partenariats, beaucoup, beaucoup de promesses. On arrive aussi à, tu vois, pour expliquer aussi très clairement ce qu'on fait, il y a un axe de développement sur la vente directe. Les gens peuvent nous commander un banc, le personnaliser, on les accompagne, et ensuite, on le livre. Si c'est dans un lieu privé, c'est facile. Dans un lieu public, c'est un petit peu plus complexe, ça prend un peu plus de temps. Et le deuxième axe de développement qu'on est en train de développer, justement, on va avoir ça. Ce sera probablement lancé quand le podcast sera publié. Mais on cherche des lieux partenaires, donc des parcs, des jardins, des collectivités, des golfs, tous les lieux qui sont ouverts au public, qui sont ouverts vers la nature, avec un patrimoine où les gens ont des histoires personnelles qui sont vécues. On souhaite référencer ces lieux partenaires qui eux-mêmes référenceraient des bancs disponibles, des nouveaux bancs CityPiece ou des bancs existants sur lesquels on fixerait des plaques. Et les gens pourraient parrainer ces bancs-là, les financer. Donc là, on a un premier projet avec un grand parc, un grand domaine autour de Paris pour tester ça. Et donc, ça veut dire que notre ambition n'est plus de développer simplement le concept histoire par histoire, même si par ADN, on va les accompagner et on continuera, mais c'est de déployer le premier réseau de lieux de mémoire du quotidien, que ce soit dans un lieu privé ou dans un lieu public.
- Speaker #0
Tu parles de mémoire des territoires sur ton site, c'est ça ? C'est de ça dont tu parles ? Oui,
- Speaker #1
effectivement. En fait, j'ai participé au Salon des maires des collectivités au lancement pour confronter un petit peu l'idée au marché. Et beaucoup d'entre eux me disaient, oui, on pourrait faire une place au deuil, évidemment, dans nos communes. Mais il faut savoir que la majorité des communes, donc au nombre de 37 000, je crois, ce sont des toutes petites communes où il n'y a même parfois que trois bancs dans la commune. Et ce qu'ils nous disaient, ces maires-là, c'est... Nous, ce qu'on aimerait, il y a la grande histoire nationale, ce qu'on connaît tous, mais en réalité, nous, ce qui nous intéresse, c'est nos histoires locales, nos fiertés, notre patrimoine, notre patrimoine minier, si je pense plutôt au nord de la France, notre patrimoine naturel, notre patrimoine culturel, artistique, historique, etc. Et donc, c'est vrai qu'un territoire a une identité, une personnalité, autant que nous, quand on a nos expériences en tant qu'individus. Les territoires ont leur idée et leur identité à travers les expériences qu'ils vivent, à travers les personnes qui l'ont façonné, à travers les histoires qu'ils vivent. Donc, c'est important de proposer aussi au territoire ces assises-là qui pourraient répartir un peu comme un outil de médiation pour lire le territoire de manière un petit peu différente. Je pense, tu vois, avec une ville, on est en discussion sur les figures emblématiques féminines. Pourquoi pas, aussi. Ou alors, là, j'étais au... au trophée Silver Echo, donc un congrès à Cannes. Je défends le fait que... Les seniors pourraient choisir les emplacements des bancs et pourraient aussi avoir une histoire à raconter. Non seulement c'est ici que je veux me reposer, mais c'est aussi ici que j'ai vécu quelque chose et que je veux partager. C'est important pour moi. Ou alors, quel conseil tu voudrais donner aux prochaines générations aussi ? Les histoires qu'on veut porter à travers les bancs sont multiples, sont infinies. Et ça, ça dépend de l'identité d'un territoire et de l'identité d'une famille aussi.
- Speaker #0
Bien sûr. Tu vois, ça m'a marqué quand tu parlais du banc que tu as installé dans le cadre d'un hôpital par rapport au 2 hyperinatales, etc. Moi, je trouve que ça m'a fait quelque chose. Je me dis que c'est une grosse fierté quand même d'avoir sa création qui est à cet endroit-là, dans ce contexte-là, et avec l'impact probable que ça peut avoir en résonance auprès des gens. Donc déjà, bravo pour ça, parce que je sais que ce n'est pas facile. quand tu as une idée, une bonne idée, et qu'il faut du temps pour qu'elle soit entendue. Donc c'est vraiment, vraiment, vraiment chouette. C'est l'histoire qui t'a le plus marqué ? Ou il y a eu une histoire, vraiment, peut-être, d'un accompagnement, peut-être, qui serait plus marquante pour toi, aujourd'hui ?
- Speaker #1
Tu sais...
- Speaker #0
Tu vas me dire, chaque histoire est unique.
- Speaker #1
Mais c'est peut-être chevaleresque, ou... Mais en réalité, c'est vraiment le cas, et je vais... plutôt te raconter ce qui m'a vraiment marqué. La dernière fois que je suis allé visiter notre atelier, basé à Angers, j'étais avec ma femme et ma fille. Je voulais partager ça avec elles. Donc, ma petite fille de 9 mois, qui évidemment ne comprend pas où elle est à ce moment-là. Mais on a fait un tour de l'atelier et il y avait 7 productions. 7 qui étaient prêtes à partir. Et en fait, ces bancs, je savais exactement leur profondeur. Je savais exactement où ils allaient, leur lieu d'installation, ceux qui se sont cotisés, les réflexions autour de la plaque. Et donc, le banc avait déjà une histoire. Il prend vie à travers toute une histoire et il va continuer à vivre et il va permettre de créer des rituels et des nouveaux souvenirs. le banc autour du deuil périnatal était là, au même titre que le banc de Libourne, au même titre qu'une veuve qui souhaitait créer un espace de souvenir pour son mari dans leur maison de famille, au même titre qu'une petite commune à Goussonville dans les Yvelines nous a commandé un banc parce que leur mère adjointe est décédée d'un cancer. et le CCAS, et la ville s'est cotisée pour l'installer dans un espace proche de l'école, proche d'un tennis, proche d'un espace où il y a de la vie. Et donc, en fait, quand tu vas voir, là, quand on se développe et que je vais essayer de chercher des supports financiers et des partenaires et tout ça, Warren, combien tu as vendu de bancs ? Mais en fait, on ne vend pas des bancs. on accompagne des projets de A à Z et donc quand je dis on a une vingtaine de réalisations c'est déjà 20 projets c'est pas seulement 20 bancs et donc ça c'est des choses aussi qu'on essaie d'acculturer en tout cas avec des partenaires et j'espère qu'il y a des potentiels partenaires qui peuvent nous écouter et notamment je pense aux pompes funèbres parce que j'ai beaucoup de difficultés avec les pompes funèbres qui à... me disent qu'il n'y a pas de demande, Warren. Je dis, pas étonnant qu'il n'y a pas de demande. Il n'y a pas de demande si les gens ne connaissent pas. Il n'y a effectivement pas de demande. Par contre, vous avez un rôle à jouer, mesdames et messieurs les pompes funèbres, où le deuil commence à la cérémonie, presque, et il continue, continue, et il ne s'arrête jamais. Est-ce que vous n'avez pas un rôle à jouer sur l'accompagnement de ça, non pas systématiquement ? mais si ça a du sens. Et donc, vous pouvez ressentir, ce que moi je ressens, et je pense que c'est le cas déjà avec les familles que vous accompagnez, mais qui n'est pas forcément lié à la douleur et à la perte, mais à la continuité. Ça veut dire que vous pouvez prendre part à ça en proposant des bancs quand ça fait sens aux familles que vous accompagnez. Donc voilà un peu ce qui me marque et ce qui me pousse, et c'est pour ça qu'il y en a qui me disent Warren, tu te donnes combien de temps ? Mais je n'ai pas de temps. Bien sûr que moi, d'un point de vue administratif, financier, j'ai une temporalité, mais je ne pourrais jamais abandonner ça, sachant qu'il y a des gens qui nous témoignent et qui disent... juste la réflexion du banc avec ma maman, ça nous a permis, sans avoir produit, ça nous a permis d'avoir des discussions qu'on n'a jamais eues. Tiens, je me suis baladé avec mes enfants et on était, une dame qui a perdu son mari aussi, une autre qui souhaite installer un banc en Bretagne, et bien elle me disait, Warren, on est sortis avec mes filles, on s'est baladé sur le littoral et on était en train de choisir un petit peu les emplacements qu'on voudrait, je sais que ce n'est pas forcément possible là, mais en tout cas, on voyait ça de manière plus... plus positive. Ça me fout un peu des frissons parce que je me dis quelle responsabilité aussi de pouvoir créer du bien. Là où dans un monde où franchement on n'a pas beaucoup de... J'ai l'impression que ça part vraiment en cacahuètes et qu'on voit du négatif partout, il y a quand même du positif mais ça doit venir du cœur et de nous.
- Speaker #0
Ah c'est d'accord. Du coup, tu me parlais du funéraire. Je vais reprendre un peu sur le funéraire, puis on reviendra sur l'aspect sociétal après, parce qu'il y a plein de trucs à creuser. Par rapport au funéraire, déjà, je te le partage, comme ça, tu le sais. Si tu savais le nombre de fois où j'ai pu entendre, et ma collègue Sandrine et les autres, le nombre de fois où j'ai pu entendre « Ah, mais les familles ne nous le demandent pas. » Putain, on parle d'administratif après obsèques, Warren. « Mais les familles ne nous le demandent pas. » Ben non, ils savent pas. pas que ça existe. Et évidemment, ils ne savent pas que ça existe. Une famille, elle vient chez une pompe funèbre, elle ne sait pas trop. Elle sait juste qu'elle va y trouver peut-être un cercueil. Un cercueil, un monument, machin, truc. Mais le reste, c'est effectivement aux pompes funèbres de faire le job. Après, effectivement, un entretien obsèque, c'est très long. Ça peut prendre une heure, une heure et demie, deux heures. On dit beaucoup de choses. La famille n'est pas capable d'entendre énormément de choses. Et selon moi, je milite plutôt pour qu'on puisse repenser un petit peu la réception des familles. pour effectivement peut-être pas tout mettre sur un seul entretien, mais peut-être un entretien, puis un deuxième. Ça peut être aussi l'occasion pour la pompe funèbre de revoir sa facturation, de présenter sa facturation, ce genre de choses. Mais je pense qu'il y a des manières de faire qui pourraient être plus intéressantes. Mais ça, c'est un autre sujet. Ça,
- Speaker #1
c'est la petite... Et peut-être même, tu vois, pour continuer dans cette réflexion, si les pompes funèbres ne souhaitent pas... proposer de l'accompagnement ou en tout cas une continuité après cérémonie. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'accompagnants au deuil qui se développent, des indépendants. Malheureusement, ils sont très seuls. Ils ont du mal à se développer parce qu'ils ne sont pas forcément accompagnés. Il pourrait exister des structures aujourd'hui qui sont peut-être plus physiques, des centres d'accueil, des centres de ressources où tu peux venir, même si tu n'es pas dans le cadre aussi d'un décès directement, mais tu pourrais venir t'informer. décider de laisser une émotion, etc. Et donc, il y a, je pense, et on a des réflexions avec certains partenaires là-dessus spécifiquement, et aussi pour porter l'innovation, je pense qu'il y aura de nouvelles formes d'accompagnement physique qui vont émerger dans les prochaines années, et parce que aussi, on est dans une société qui s'y intéresse malgré tout. de plus en plus les médias en parlent de plus en plus parce qu'on est dans un vieillissement donc avant de parler de la mort il y a effectivement le vieillissement de la population où on va perdre 3 millions de personnes d'ici 2070 donc 3 millions de personnes je parle pas en totalité mais je parle sur la démographie donc c'est colossal sachant qu'on va arriver à 800 000 décès par an en 2030 donc c'est des sujets qui vont forcément venir sur la table, on parle de la fin de vie donc les choses émergent Merci. Les gens s'y intéressent. Et en réalité, les gens s'y intéressent intrinsèquement, mais sauf qu'ils ne se le permettent pas. Et moi, j'ai encore beaucoup de discussions où les gens ne sont pas à l'aise. Effectivement, ils sont curieux. Si tu l'abordes d'une certaine manière un peu rigolote ou un peu avec de l'innovation, ils sont curieux de savoir ce qui se fait. Mais sinon, ils ont toujours l'impression « Ah non, je vais l'inviter chez moi, je vais l'inviter à la mort chez moi, je vais me... » prendre un bus demain.
- Speaker #0
Oui, mais pas tous. Non, c'est vrai,
- Speaker #1
mais tu as des discussions intéressantes et surtout, comme moi, je suis dans l'écosystème, en tout cas, là, dans ma famille, c'est vrai qu'on a des discussions maintenant autour de table qui sont totalement ouvertes. Mais il faut une pierre angulaire ou un sachant. On s'entend,
- Speaker #0
t'inquiète.
- Speaker #1
Qui connaissent un peu les trucs. Et tu vois, ma belle-mère me dit... « Ah ben moi, je ne veux pas un cercueil comme ça, je veux un cercueil en carton. » Et je dis « Mais tu sais, il y a des choses qui existent, et notamment des cercueils en dosier, des cercueils en dérivés de carton, tout ça. Ah bon, je ne savais pas. » Et en fait, tu vois, tu transmets des liens, et puis ça se fait comme ça, quoi.
- Speaker #0
Donc t'as quelle image du funéraire aujourd'hui du coup ?
- Speaker #1
J'ai quelle image du funéraire ?
- Speaker #0
C'est quoi qui fonctionne bien pour toi dans le funéraire aujourd'hui, dans ton image, ta perception ? Et c'est quoi qui sera amélioré, même si t'as déjà répondu quelque part sur ce qui pourrait être mieux ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a quand même, par nature, le marché du funéraire innove. c'est lié à une douleur ou un constat qui est profondément humain quand tu perds quelqu'un. Donc, ceux qui innovent, innovent fort. Par contre, ce qui est dommage, c'est que ces innovateurs sont totalement dissociés du marché global, donc des gros acteurs. Il est difficile de créer des ponts. Donc, tu as des personnes qui organisent les petits acteurs, qui les motivent. qui essaient de les fédérer, mais encore. Et tu as les gros acteurs qui continuent à faire ce qu'ils font, à développer au rythme du marché. Ça veut dire au rythme des demandes qu'ils ont des clients. Or, moi, je viens du monde de l'entreprise et donc j'ai une certaine vision peut-être plus marché de tout ça. Et donc, en fait, il faut beaucoup plus de pompes, beaucoup plus de partenariats, beaucoup plus de... Par exemple, tu vois, dans les salons du funéraire, c'est là où tu es censé proposer l'innovation. Mais ça coûte une blinde pour pouvoir y aller. Comment on peut faire en sorte que des petits acteurs puissent être présents pour montrer ce qui se fait et pas avoir toujours les mêmes, toujours les mêmes stands, tout ça ? donc ça, ça se fait au fur et à mesure mais est-ce qu'on ne pourrait pas créer un village d'innovation où finalement tu aurais un parcours tu aurais des petites délégations ou des personnes qui se disent tiens regarde on arrive en groupe de 10 et on va découvrir l'innovation j'ai plein d'idées mais il faut parfois que je me concentre aussi sur ce que je fais mais comme je te dis il y a des choses qui émergent moi j'aime prendre part à ce type de réflexion il y a beaucoup à faire mais par contre il faut pouvoir s'entourer et tu sais Merci. Il y a aussi beaucoup de gens qui n'ont pas cette intention d'innovation, qui sont juste là pour dire « oui, on innove un petit peu, mais il faut qu'il y ait une identité, un ADN d'innovation qui sera porté pas juste « tiens, il y a une idée qui se met en place » , c'est « tiens, il y a une idée qui se met en place et qui est pérenne dans le temps » . Et en fait, cet accompagnement pérenne dans le temps, c'est aussi des grosses sociétés qui doivent ouvrir les portes à des innovateurs et de tester. Comme ça peut être le cas aux États-Unis ou dans d'autres marchés, il faut accompagner l'échec. Il faut parier sur l'échec, parce que c'est comme ça qu'on peut évoluer.
- Speaker #0
Tu n'as jamais Canada ? Canada ? Non. En plus, moi, j'ai fait...
- Speaker #1
Moi, j'ai étudié quatre ans à Québec, donc je suis sensible à ce qu'ils font. Et en fait, le Canada, c'est que tu as le meilleur des deux mondes entre l'US et la France. Donc, je pense qu'en termes de terreau d'expérimentation, c'est génial. Oui, il y a des bons de mémoire, pas autant qu'aux États-Unis ou qu'en Angleterre, mais ça existe. En fait, c'est une pratique répandue, pas qui est partout, mais qui est répandue. et moi je serais ravi de prendre j'avais regardé aussi pour produire des bancs qui étaient il y a beaucoup de bois au Canada, ce serait intéressant de produire avec des essences locales et d'avoir des design city in peace qui puissent aussi être en dehors du territoire national tu vois quand je discute avec certains acteurs qui ont une certaine vision de l'innovation etc etc tu vois ils me disent moi
- Speaker #0
je pense en fait que qu'en France, le marché est assez fermé. En tout cas, les acteurs du funéraire ne sont pas si ouverts que ça. Ce n'est pas forcément ce que je partage, mais en tout cas, ce n'est pas très facile de s'y faire une place. Et en gros, tu crées ton concept en France et en fait, très rapidement, tu dois l'exporter à l'étranger pour que ça fonctionne, parce qu'il y a des pays qui sont beaucoup plus ouverts à la discussion que d'autres. Mais bon, bref, ça... Après, c'est plus facile à dire qu'après à faire, parce que voilà, il faut des moyens financiers, il faut pas mal de... pas mal de choses et quand tu as commencé un travail dans un pays, pas forcément facile de l'exporter en un claquement de doigts non plus. C'est vrai. Et tu vois, en plus, nous, ce qu'on essaie de faire et pour limiter les objections, tu vois, en fait, tu as quand même une production française. On produit des bancs avec des plaques. Et ce n'est pas une innovation technologique super difficile à mettre en place. Donc, d'essayer, en fait, cette culture de laisser erreur, il y en a dans certains marchés, notamment technologiques en France, etc. et qui sont impulsés par d'autres marchés internationaux. Mais là, il faut que ça puisse venir aussi de grands acteurs. Et je finirai aussi cette question-là pour dire que ce n'est pas parce qu'on n'est pas une association ou on n'est pas une entreprise à mission qu'on ne veut pas changer les choses avec du positif. Il y a des initiatives autour de l'ESS qui sont très intéressantes. mais qui sont exclusivement réservées à l'ESS. Je suis une entreprise, je ne veux pas qu'on me mette de côté parce qu'une entreprise doit être rentable. Elle doit pouvoir fonctionner, elle doit pouvoir investir et continuer d'évoluer. Et donc, il y a aussi une culture autour de ça où tu as les grands groupes, le marché classique traditionnel. Les innovateurs ultra ESS, c'est une structure très locale, association. Et au milieu, tu as un espèce de no man's land d'entreprise qui essaie de faire leur bout de chemin, comme City in Peace. Mais en fait, c'est transversal. Il faut que tout le monde puisse travailler ensemble et tout le monde a des choses à apporter. Donc en fait, il ne faut pas mettre les gens dans des cases aussi et surtout dans ce domaine-là, je pense.
- Speaker #1
Oui, et puis surtout que... Peu importe les acteurs avec qui je discute, que ce soit des coopérateurs, que ce soit des grands groupes, que ce soit des indépendants, que ce soit machin, tout le monde me tiendra le même discours. Tout le monde me tiendra le même discours. Nous, ce qu'on veut, c'est être utile aux familles, faire du chouette avec les obsèques, etc. Et en fait, tout le monde aura l'impression, dans son discours en tout cas, donne l'impression que moi, je fais mieux que l'autre. Moi, je suis ceci, je fais mieux que l'autre. Je suis ceci, je fais mieux que l'autre. Ouais, enfin, juste à un moment donné, en fait, on s'en fout. C'est comme les partis politiques. Tout ce que tu disais, le manque de lien, les scissions entre les personnes, entre les visions. Non, en fait, on veut tous faire la même chose, faire du chouette avec les familles. Comme dirait l'autre, sans transition. Tout à l'heure, tu disais installer des bandes dans des espaces privés, c'est facile. Dans des collectivités, c'est plus dur. C'est quoi qui coince ? C'est le temps ou c'est juste qu'il y a des leviers ? Il y a de la législation ou des choses qui peuvent bloquer à l'installation d'un banc de mémoire en collectivité ?
- Speaker #0
Il y a plein de choses qui bloquent. Alors qu'on parle quand même d'une famille qui souhaite financer et offrir un banc à la commune. Ça se passe par donation. Là, aujourd'hui, pas sur le modèle parrainage que je mettrais de côté. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, tout... c'est politique. C'est-à-dire, tu as les élections municipales de 2026 en mars, aucune décision n'est prise par peur de froisser X ou X. Là, tu vas arriver sur les présidentielles, ça va être la même chose. Alors qu'on parle de quelque chose d'enfin positif, enfin qui fait du bien et qui en réalité, et moi je le sais mais il faut pouvoir convaincre, qui va heurter personne. C'est des messages qui sont universels, etc. Aussi, Il y a une question d'aménagement mobilier. Les villes, quand elles ont des marchés, elles vont commander 400 bancs ou 200 bancs, tu vois, je parle des grandes villes, mais qui ont tous la même tête, qui sont tous lisses. Beaucoup font le choix, même d'ailleurs, de ne pas produire français, ils s'en foutent. Ils veulent le moins cher, mais sauf qu'ils se rendent compte que dans deux ans, le banc, il est un peu mort et que ça coûte... que ça coûte plus cher de le rénover que de l'acheter. Donc en fait, tu as plein de freins. Et pour autant, tu as des communes qui sont beaucoup plus ouvertes à faire une place à ces dispositifs-là, une place à la mémoire, une place au sens, une place au deuil. Donc en fait, ça va dépendre de la typologie de la commune, ça va dépendre de la région, ça va dépendre des expériences qu'elle-même a vécues. Et c'est vrai que la temporalité... d'une famille n'est pas la même que la temporalité d'une commune. Donc, il faut pouvoir joindre un petit peu tout ça. On a eu des retours très positifs. Ce qui est sûr, c'est qu'on a au moins un retour. les communes nous disent que ce n'est pas possible. Oui, c'est possible. Tu as aussi une question de protection de l'environnement, de protection du littoral. En Bretagne, j'avais une commune qui me dit que ce n'est pas nous qui gérons nos littoraux. Je dis que c'est le conservatoire du littoral. Je les appelle, mais on ne peut pas faire. On revient au même sujet de la France avec des couches administratives et de la supervision un peu partout. Aujourd'hui, il est difficile d'avoir le bon interlocuteur et même les gens se renvoient à la balle. sur certaines choses mais j'ai bel espoir pour ceux qui m'écoutent on a eu des belles réalisations c'est possible et on déploie toute l'énergie pour que demain si vous souhaitez installer un banc dans le parc à côté de chez vous que ce soit possible ou
- Speaker #1
à minima une plaque ça roule t'as dû forcément entendre parler de nouvelles pratiques funéraires pouvant être envisagées comme le muci... l'humusation. Il y a de plus en plus de crémation aussi. Il y aura un français sur deux qui sera crématisé d'ici à quelques années. On est légèrement en dessous des 50%, mais globalement, on va de plus en plus vers ça. T'en penses quoi ? Quel impact ça pourrait avoir, finalement, dans le développement des bancs ? Parce que pour moi, je pense qu'il y a un lien évident.
- Speaker #0
Le lien, il est effectivement évident et on a déjà le témoignage de certaines familles qui nous disent Et... On a dispersé, donc ça fait 10 ans que ma mère est partie, on a dispersé ses cendres dans la mer et en fait, on se rend compte qu'on n'a pas d'endroit. On n'a pas de repère. On sait que c'est là, mais on n'a pas de repère. Et donc, avec cette augmentation de la crémation, euh... Il va y avoir effectivement les dispersions dans les espaces traditionnels comme les jardins du souvenir dans les cimetières, mais aussi de plus en plus de dispersions naturelles. Donc ça va être aussi pratiquement 50% des crémations qui vont être dispersées dans le milieu naturel. Donc la nécessité de disperser dans un endroit qui fait du bien ou qui a du sens pour la famille. Ce qu'on propose, c'est exactement la même chose, c'est de partager ce souvenir-là dans ces espaces-là. qui ne sont pas des espaces entre quatre murs, mais des espaces ouverts, où il y a du passage, où il y a de la vie. Donc forcément, nous, ça nous touche. Mais après, c'est aux familles, c'est à nos partenaires de s'approprier aussi ça. Tu vois, nous, on propose. On propose toujours, on a toujours de belles idées. Néanmoins, le banc n'a pas d'injonction. Il doit être installé. installé là où ça fait sens. Donc oui, ça peut être un catalyseur ou un accélérateur des personnes qui ont besoin d'espace.
- Speaker #1
Ok. Tu avais évoqué tout à l'heure le fait, en intro, c'est pas un banc virtuel, c'est un truc vraiment concret, tangible, etc. Et tu parlais des QR codes funéraires. On a une amie en commun, Delphine, qui s'occupe très bien de ça. Tu... Comment dire ? Dans plusieurs années, entre la mémoire physique et la mémoire digitale, tu vois comment l'évolution des choses, en fait, à une époque où tout le monde balance tout au paria, et qui en reviennent aussi pour ceux qui l'ont testé.
- Speaker #0
En fait, pour moi, une vie ne peut pas être résumée. Les anecdotes... sont vouées à être oubliées, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Toute la mémoire doit être vivante le temps nécessaire pour pouvoir ensuite passer à autre chose, à quelqu'un d'autre. Pour moi, le numérique, l'idée de mettre un peu dans un coffre ou en tout cas de tout mettre quelque part, quoi qu'il en coûte, préserver, sauvegarder tout ça. Moi, ça ne m'intéresse pas. Ce n'est pas ce sur quoi on travaille. Je comprends que certaines familles en aient besoin. Mais j'essaie de, justement, dans un monde où on est de plus en plus connecté, mais on est de plus en plus seul, comment on peut renverser cette chose-là. Et donc, si je reviens sur les bancs, ça crée une phrase, crée les conditions pour se souvenir. Tu re-rentres. porte. Tu re-rends dans ta mémoire et en fait, ta mémoire est toujours vive quand tu le partages, mais aussi quand tu la réactives tout le temps. Et donc, c'est ce sur quoi on essaie de travailler. Il n'y a pas besoin de lire un texte. pour se souvenir de ça. Et en réalité, est-ce que c'est important ? Je ne le crois pas. Et donc, s'il y en a beaucoup qui disent « Tu pourrais mettre des QR codes sur des bancs, etc. » Non, à part si cela est vraiment pertinent ou il y a une demande spécifique qui vient enrichir l'instant de pause, un paysage, notamment sur aussi quelque chose d'historique ou autour du patrimoine, je pense que ça peut être vraiment bien comme un outil de médiation. Et quelqu'un qui s'assoit sur un banc et qui... et qui lit une phrase de Juliette qui n'est plus là, une phrase inspirante, la connexion est faite, il n'y a pas besoin de plus. Je n'ai pas besoin de savoir qui était Juliette exactement. Et d'ailleurs, je peux même imaginer qui était Juliette. Comme quand tu t'assoies dans une terrasse de café, tu regardes les gens passer, tu dis, je suis sûr que lui, il est dentiste, il fait ci, il fait ça. Et puis voilà. Et donc... Et donc, il n'y a pas besoin de raconter l'intégralité des histoires pour pouvoir se connecter les uns les autres.
- Speaker #1
Ça me va, ça me va. Si tu pouvais changer une chose dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Oh,
- Speaker #1
la question !
- Speaker #0
C'est la question que je prends attention. Si tu deviens président demain, qu'est-ce que tu fais ? Quelle est ta première décision ? Si je pouvais changer quelque chose... J'aimerais... Le plan... Il y a une double question, mais c'est vrai que je pense qu'au niveau de la technologie et de l'IA, même moi qui utilise des outils, je ne serais pas contre un stop, honnêtement. Mais il faudrait un stop global, mondial, et ça me paraît compliqué, mais en tout cas, je pense que on... on n'est pas fait pour accélérer autant, nous, individus et en tant que société, on n'est pas fait comme ça, on ne sera pas heureux parce qu'on se trompe entre la plénitude et l'opulence. Je commence à philosopher, moi. Non,
- Speaker #1
mais c'est bien, ça me va. Et les auditeurs apprécient,
- Speaker #0
t'inquiète pas. Et sinon, d'un point de vue plus philosophique, il est tellement facile de... de développer la haine, mais il est tellement facile de développer l'amour des autres aussi. Je pense qu'il y a un truc où tu peux glisser d'un monde à l'autre. Et je pense que les gens... Ce que j'aimerais changer, c'est que les gens soient foncièrement gentils, ouverts. Chaque personne sur la planète soit gentille, ouverte, bienveillante les uns envers les autres. Parce qu'en réalité, s'il n'y avait pas ça, il n'y aurait pas de guerre, il n'y aurait pas de haine, il n'y aurait pas presque de politique là-dessus si en fait on était plus tolérant et qu'on s'occupait de nous-mêmes.
- Speaker #1
Et en même temps, je crois fondamentalement qu'individuellement, la grande majorité d'entre nous, sommes très... très gentil, tu fais tout ce que tu veux, c'est juste oser nouer le contact dans un monde où en fait on nous assomme de plus en plus d'informations, de sur-informations, de déformations de l'information, qui laissent créer, tu parlais d'imaginaire, mais qui construisent un espèce d'imaginaire qui n'existe pas. Bien sûr il y a des drames, bien sûr il y a des gens qui ne sont pas gentils. bien sûr il y a des viols, bien sûr il y a ceci, bien sûr il y a cela ok, ouais, ça a toujours existé depuis le Moyen-Âge à un moment donné ça a toujours existé mais fondamentalement tu vois, tu vas dans un endroit tu discutes avec des gens, tu noues un contact en fait les gens ils sont très contents de discuter et en fait il y a une vraie ouverture qui se crée individuellement parlant le problème aujourd'hui c'est qu'on est tous comme des cons sur nos téléphones avec des écouteurs on sait plus où est la vérité et en fait la vérité la vérité elle est au fond au fond de soi en fait dans tout ce que t'as dit jusqu'à présent il y a un côté très toujours pareil c'est très ce qui résonne au fond et en fait on aspire tous et toutes je pense à la même chose au moment où on enregistre cet épisode on est en septembre 2026 On vient de passer l'un des étés les plus chauds qu'on n'a jamais eu, et peut-être les moins chauds qu'on n'aura plus jamais. Est-ce que ça nous fait plaisir collectivement de voir les arbres qui se cassent la gueule ? Parce qu'après, une fois que c'est les animaux et une fois que c'est les arbres, après les prochains c'est nous. Est-ce qu'on a envie de l'IA ? Est-ce qu'on a envie de l'IA à ce point-là ? Est-ce qu'on n'a pas juste envie de s'asseoir sur un banc et de contempler ? Et puis de laisser l'histoire se raconter d'elle-même plutôt que de nous l'imposer en scrollant sur un téléphone, ce n'est pas con. Tout ce que tu dis, je pense que ça résonne très fort chez plein de gens. Déjà, merci pour tout ça. C'est cool, c'est hyper intéressant. C'est hyper intéressant.
- Speaker #0
Tu vois, petite anecdote pour répondre à ce que tu dis, où les gens sont sympas. On a, à 10 minutes à pied d'ici, on a un pont et c'est un peu la sortie familiale quand il y a des dîners ou avec des potes, on va sur le pont. Et sur le pont, qu'est-ce qu'on fait ? On fait coucou aux gens. Et on est sidéré à chaque fois.
- Speaker #1
Parce que les gens, ils font coucou en retour.
- Speaker #0
Les gens klaxonnent, font des appels de phare, sortent les mains. Mais à 80-90%, les gens répondent. Et donc, tu as un sens qui va vers Paris, l'autre sens qui quitte Paris. Et donc, en fonction de là où tu te trouves dans le week-end, tu dis bon courage aux gens qui arrivent de Paris, ou tu dis allez, salut, bon week-end, ou alors bonne semaine à vous. Et à chaque fois, on se dit, tu vois, les gens, en fait, ce qu'ils veulent... Quand ils sont voiture contre voiture, ils font généralement la gueule. Ils sont généralement un peu en opposition. Mais par contre, quand tu regardes individuellement, et donc il y a quelqu'un de l'extérieur qui te fait coucou, celui qui te fait un doigt, ça doit être 1 sur 100, tu vois. Et c'est un con. Et c'est assez représentatif, tu vois, de l'humeur générale. Le jour où j'irai sur ce pont et que plus personne ne me fera coucou, là, j'aurai quelque chose à me... J'aurai une vraie inquiétude sur le monde.
- Speaker #1
Ça roule. Allez, on est tous... Enfin, on est tous. Tous ceux qui sont dans l'écosystème en lien avec la vie, la mort, etc. Ça a forcément, je pense, un impact sur notre façon d'être au quotidien ou peut-être d'apprécier des moments, même si ce n'est pas toujours facile. Mon Dieu, le soleil se lève ! Mais est-ce que depuis que tu es dans ce domaine-là et que tu travailles sur ce sujet-là, ça a changé quelque chose chez toi ? Ça a fait évoluer un petit truc chez toi, dans ta façon d'être, dans ta façon de vivre, de voir les choses, ou pas spécialement ?
- Speaker #0
Oui. évidemment que ça fait des choses parce que comme je te disais tout à l'heure t'as une certaine responsabilité et il n'y a rien de plus vrai que l'émotion que tu vis quand tu perds quelqu'un tu vois et donc d'accompagner ces émotions là sont autant vraies, sont autant vivantes et ce que je pense aussi qui nous manque beaucoup Nous, espèce humaine, c'est l'humilité. Et je ne dis pas que je suis quelqu'un d'humble tout le temps. Ce serait faire de la fausse modestie. Mais en tout cas, cette humilité, je la recherche pour être quelqu'un de meilleur au quotidien, justement pour aller chercher plus de tolérance, justement pour aller chercher le fond des choses, pour ne plus avoir peur de dire des choses. donc oui ça change des choses en moi mais j'ai toujours peur de la mort tu vois dans un sens où enfin peur je dirais pas angoissé mais je pense que et les études montrent aussi que t'as plus peur de la mort des autres que ta propre mort ça c'est évident je sais pas, c'est pas parce qu'on est dans l'écosystème qu'on est armé pour faire face aux émotions qu'on a Merci. qu'on traverse quand on perd quelqu'un. On pourrait penser que du coup, tu te fais des outils, tu te conditionnes et tout ça.
- Speaker #1
Mais bien sûr.
- Speaker #0
Oui, voilà. Et en fait, non, et je pense que j'ai toujours cette peur-là et même d'ailleurs qui peut être amplifiée parce que tu accueilles des histoires, tu accueilles des douleurs quand justement on personnalise des bancs, tout ça. Et donc, je la côtoie beaucoup plus que ça dans un sens, la mort. Et donc du coup, peut-être que j'y pense un peu plus. Et peut-être que j'y pense un peu plus à la mort des autres et l'impact que ça peut avoir sur moi. Plutôt que si j'étais dans un autre secteur.
- Speaker #1
Ok. Question que j'aime bien poser en amont d'une clôture de podcast. Si tu avais un livre, un doc, une ressource, un film, un truc, n'importe quoi en lien avec ton sujet, avec la mort, avec... Globalement, tu vois, un bouquin, peut-être. C'est bien, le bouquin ? Ou autre chose ? Tu aimerais partager avec les gens qui nous écoutent, ça serait quoi ?
- Speaker #0
Alors, il y a deux... Bon, j'ai lu du coup pas mal de livres sur le sujet. Il y en a un que j'ai trouvé très simple et très beau, qui est le téléphone du vent. Donc, autour de cette tradition japonaise d'aller parler à nos défunts dans une cabine téléphonique qui n'est pas connectée. Donc, ça, c'était suite au tsunami au Japon. Ça, c'est simple, mais en ce moment... en ce moment ce dont j'ai besoin et peut-être ce dont ont besoin les gens c'est de quitter aussi, d'aller vivre des aventures, même qu'elles soient imaginaires. Et là, j'ai un ami qui m'a conseillé La Horde du Contrevent, qui est une aventure extraordinaire, un roman autour de la capacité à lire le vent. C'est vraiment aller chercher l'origine du vent. Et c'est très philosophique, et c'est une relation dans une équipe, dans une horde qui est... Voilà. Et donc, en fait, entre la manière dont est constituée la solidarité, dont est constituée l'aventure, forcément reflète effet éco... c'est de Alain Damasio si les gens sont intéressés c'est très très bien écrit et donc je pense que tu vois, philosopher et prendre de la perspective sur nos propres vies c'est bien parfois de pas lire directement ce sujet là mais de le lire à travers une histoire dans laquelle on se sent bien et dans laquelle on a envie de retourner tu vois, pour avoir une lecture d'avoir une lecture et une appropriation de ces concepts-là à travers soi, à travers la pensée.
- Speaker #1
Ok, ok, ok. Bon, c'est cool. On peut te retrouver où, Warren ? Sur les réseaux, sur Internet, CityPeace, etc.
- Speaker #0
Retrouvez-moi au bar de la place.
- Speaker #1
Pourquoi pas ?
- Speaker #0
On peut me retrouver où ? Je suis très actif sur LinkedIn, personnellement, sur l'évolution et les actus de CityPeace. Sur le LinkedIn de City in Peace aussi, de manière un petit peu plus institutionnelle, on est assez présent sur Instagram aussi, plus sur les réalisations, l'artisanat, certaines histoires aussi autour de la mémoire, évidemment les stories des événements auxquels on va participer. On a un super site internet qui va continuer d'évoluer, vous pouvez aller voir les modèles dessus, et il y aura un configurateur 3D avec toutes les personnalisations du banc. ce qui permet aussi de se projeter sur des installations sur les types de bois, les types de modèles les couleurs et même personnaliser la plaque et donc je vous invite aussi à aller tester ça, c'est totalement gratuit donc n'hésitez pas.
- Speaker #1
Ok, merci Warren d'avoir participé à Vivant, c'était vraiment un vrai plaisir vraiment très très chouette donc écoute, je te souhaite une bonne continuation reste en contact et prends soin de toi
- Speaker #0
Merci beaucoup Teddy, merci de l'invitation
- Speaker #1
Ciao, bye bye Voilà, c'est fini pour aujourd'hui. J'espère que cet épisode vous a plu et que vous avez pris autant de plaisir à l'écouter que j'en ai eu à l'enregistrer. Si cet épisode vous a touché, vous pouvez retrouver Warren et Sit in Peace sur le site sitinpeace.fr et ne partez pas trop vite dans l'épisode d'après. Je poserai six questions à Warren et il répondra depuis l'au-delà. Si vous aimez Vivant, abonnez-vous, laissez un avis sur Spotify, sur Apple Podcasts, sur YouTube et surtout partagez cet épisode à quelqu'un qui en a... besoin aujourd'hui. Prenez soin de vous et de ceux qui comptent et à bientôt dans Vivant ! Musique