- Speaker #0
Bienvenue dans Voltige, le podcast de celles qui osent. Ici, je tends le micro à des femmes qui ont sauté le pas. Elles ont ouvert un café, lancé une marque de vêtements, créé un studio de Pilates, transformant leur idée en projet et leur projet en réalité. Je suis Manon Safavi, et dans chaque épisode, je reviens avec elles sur ce moment où tout a basculé. Leurs déclics, leurs doutes, leurs joies et surtout leur courage. Vous êtes prêts ? On y va ? Voltige ! Sophie, bienvenue !
- Speaker #1
Hello Manon !
- Speaker #0
Je suis très contente d'être avec toi aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci de me recevoir, ça me fait trop plaisir ! 17 ans après notre rencontre ! Oh là là !
- Speaker #0
Énorme coup de vieux, puisqu'on se connaît et on s'est rencontrés à 18 ans, donc ça fait effectivement 17 ans maintenant. Aujourd'hui, on va parler de ton aventure entrepreneuriale avec Carnets Goguette. J'ai une série de questions, mais je pense que ça va plus être une discussion. Pour commencer, je veux bien que tu te présentes s'il te plaît.
- Speaker #1
Je m'appelle Sophie, je suis journaliste et je suis la fondatrice de Carnets Goguette, qui est une marque de cahiers d'écriture à thème, qui permettent à chacun d'être plus curieux de soi, des autres, et de garder une trace de tous leurs souvenirs. Aujourd'hui, on a une collection de carnets de famille, de voyages, d'évolution, mais aussi des carnets du quotidien. Et depuis un an et demi, j'organise aussi des événements autour de l'écriture et de la méditation. Pour mettre un peu ces carnets en action et que chacun puisse découvrir comment les utiliser et comment ils peuvent changer leur vie.
- Speaker #0
Trop bien. Si tu devais choisir un mot pour te décrire, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Curieuse.
- Speaker #0
Trop facile pour toi. Je pensais que tu allais un peu galérer, mais pas du tout.
- Speaker #1
C'est la baseline de Carnets Goguette qui sont des carnets pour âmes curieuses. Et la curiosité, c'est vraiment le moteur de ma vie, à la fois ce qui m'a permis de me tourner vers le journalisme et à la fois ce qui m'anime tous les jours.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te fait vibrer dans ton quotidien entrepreneuse ?
- Speaker #1
Tellement de choses. Déjà, il y a la création. Créer un carnet, pour moi, je l'apparente presque à une pratique artistique. Réfléchir à toutes les rubriques des carnets. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Carnets Goguette, quand vous allez acheter un carnet à thème, à l'intérieur, vous avez plein de rubriques. Ces rubriques-là, elles vous permettent de ne plus avoir la peur de la page blanche, de vous faire réfléchir. de vous faire écrire et de garder une trace de tout ça. Pour que le carnet, il ait vraiment un impact, je réfléchis vraiment à chaque rubrique. Il y a une question de rythme aussi des pages pour qu'il n'y ait pas trop de rubriques, pour qu'elles ne soient pas trop enfermantes. Je pense qu'on a, pour tous les amateurs de carnet, on a tous déjà eu ce truc où en fait tu remplis la moitié des rubriques de ton carnet, du coup c'est hyper frustrant ou les rubriques ne te parlent pas. Donc il y a vraiment une notion de rythme, d'universalité aussi dans les questionnements. Moi, j'ai créé Carnets Goguette pour ça, parce qu'il existait des cahiers de développement personnel ou des cahiers de méthode, mais soit il y en avait un qui était peut-être pour le dernier moins emprunt de sensibilité, et le premier parfois un petit peu gniangnian, où c'était toujours un peu la même citation inspirante, les trois gratitudes. Et je me disais, on traverse tous dans notre existence des grands questionnements, mais qui appartiennent à notre humanité commune, qui n'ont rien de l'ordre du développement personnel en fait, c'est juste notre vie en chemin. Et donc, cette partie-là de la création, ça me fait vibrer. Mais dans les faits, c'est 10% de ce que je fais dans l'année, de créer un carnet, puisque j'en sors un par an. Et l'autre chose qui me fait vibrer, et ça, c'est ce que j'ai créé depuis un an et demi, c'est le lien. Créer un produit, pour moi, ça avait du sens, mais vendre un produit, ça n'en a que très peu. Et donc, je me suis dit, comment je peux retrouver ce que j'avais dans le journalisme, à savoir euh le lien, le pied d'égalité, puisque quand on est entrepreneur, et on aura peut-être l'occasion d'en parler après, tu as des prestataires, des fournisseurs et des clients. Tu n'as plus de collègues, tu n'as plus du tout de personnes, entre guillemets, au même niveau. Et du coup, maintenant, les ateliers et tous les événements que je crée autour de l'écriture, ça, c'est vraiment le life goal pour moi. Parce que là, on est à cœur ouvert, on se dépouille, on est dans l'intimité, dans la vie intérieure avec les autres, et on se relie vraiment. Sur quelque chose qui n'est plus d'ordre commercial et ça, ça me fait vraiment vibrer.
- Speaker #0
C'est beau ce que tu dis. Mais est-ce que du coup, tu t'orientes à terme vers peut-être une activité de coaching ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
C'est trop drôle parce que parfois, on me dit, mais quand on vient à mes événements, j'ai l'impression d'aller chez le psy quand j'ouvre tes carnets, j'ai l'impression d'être chez le psy. Au début j'étais un peu : "Bon.... C'était pas trop l'intention", mais voilà. Et récemment, on m'a dit, mais est-ce que tu fais de l'accompagnement et tout ? Et j'étais, ah non, pas du tout. Alors, je suis ni thérapeute, ni coach. En fait, c'est juste la curiosité. C'est vraiment la question. En revanche, c'est sûr que si je pouvais faire un 50-50 création de carnet, développement commercial quand même, je crée aussi des carnets personnalisés pour des marques qui ont des histoires à raconter et tout. Donc il y a ça et si je pouvais faire 50% d'ateliers d'écriture, où là c'est la porte ouverte vers l'infini, c'est ça aussi qui m'anime vraiment avec une page blanche, c'est qu'un carnet c'est un outil qui est d'une simplicité extrême, accessible à tous tant qu'on sait lire et écrire. Ça ne coûte rien. Évidemment, mes carnets, ils sont autour d'une trentaine d'euros parce qu'il y a tout un façonnage de luxe. Mais vous pouvez prendre une feuille blanche ou une nappe de restaurant. Et en même temps, c'est une porte ouverte sur l'infini, sur les autres, sur nous-mêmes, comme les livres. Et donc, oui, peut-être qu'à terme, je vais finir par faire du coaching en écriture. Mais en tout cas, je n'apprends pas aux gens à bien écrire ou à devenir des écrivains. Je les aide juste à accoucher de ce qu'il y a en eux.
- Speaker #0
Ok, intéressant. Et donc, dans la genèse un petit peu de Carnets Goguette, comment tu en es venue à créer cette marque ? Il y a beaucoup à dire, je pense qu'on peut y aller !
- Speaker #1
Tu veux l'histoire longue, mi-longue ou courte ?
- Speaker #0
Comme tu préfères. Mais je pense que le package global autour de la création est hyper intéressant parce que ça dit quelque chose de toi aussi, je pense, dans ton rapport à l'action, et à comment tu vois ta vie aussi,
- Speaker #1
Alors il y a eu trois, on va dire, trois grandes étapes avant d'être entrepreneur. Donc moi j'étais journaliste pour des chaînes de télé, c'était mon rêve d'être journaliste, c'était ma vocation, ça reste encore aujourd'hui ma vocation, qui n'est pas du tout d'être entrepreneur. Et donc je fais sept ans pour des chaînes d'info, avec son lot de hauts et de bas, donc à la fois l'éclate : le monde qui s'ouvre, je faisais ce qu'on appelle du news, donc je n'avais pas de précaré, je pouvais traiter tous les sujets. C'était exaltant, stimulant, intéressant. Mais ça allait aussi de pair avec plein d'autres aspects qui, moi, ne me convenaient pas. Je travaillais trois week-ends sur quatre, je travaillais pour les émissions le soir, donc j'avais quand même une vie sociale assez limitée. Et puis le format des entreprises d'information, ne me convenait pas dans ce qu'elle amenait de rapport aux autres, d'expression de sa sensibilité, de sa vision du monde. Et le premier point de départ, ça a été juste après le confinement. Moi je passe un super confinement parce qu'en fait je bosse pendant tout le confinement. On était hyper utiles en tant que journalistes. Donc j'allais au travail. De toute façon, avant, j'étais au travail le soir, donc ça ne changeait pas trop pour moi d'être seule chez moi la journée. Et j'ai un conflit juridique, parce qu'au bout de 46 CDD, donc j'étais à temps plein depuis un an et demi, avec un montage de contrats complètement ahurissant, je refuse de signer un contrat qui m'oubliait des jours. Et là, le DRH de cette énorme entreprise me menace et me dit : "Ecoute, si tu ne viens pas signer, tu vas voir ce qui t'arrive." Et là, vraiment, je me rappelle de tomber des nues, d'être complètement dépassée. Finalement, il y a une négociation qui se fait. Et à la fin de ce dernier long contrat, du coup, qu'ils avaient dû m'octroyer, ils me disent: " on, écoute, maintenant, tu as une carence de six mois pour tout le groupe. Donc, écoute, ciao et on se revoit peut-être en janvier de l'année prochaine. ". Donc là, coup de massue, et j'ai quand même une copine qui me dit: "E coute Sophie, je pense que quand même, rends-toi compte, t'étais pas hyper heureuse. Moi, quand je viens, je suis légère, machin, et toi ça te pesait, il y a beaucoup de choses qui te pesaient et tout." Et je me dis, je pense qu'elle a raison. Cet été-là, je réalise plein de rêves, je gravis mon premier 4000 mètres, c'était mon rêve de faire un peu d'alpinisme. Puis à la fin de l'été, donc été incroyable. Je recommence les piges et là, je me dis, ah non, en fait, vraiment, je n'y arrive plus. Et je me dis, dans trois mois, tu as 30 ans et ta vie, là, ce n'est pas du tout ce que tu avais prévu. Et je ne pense pas du tout qu'il faille être quelque part, en particulier à 30 ans. C'était vraiment une démarche personnelle de se dire, là, tu vas passer une nouvelle décennie et en fait, tu n'as pas envie qu'elle continue comme les dix d'avant. Et donc je me suis dit, ok, de quoi j'ai envie de me séparer ? Qu'est-ce que j'ai envie d'expérimenter ? Qu'est-ce que j'ai envie de laisser derrière moi ? Et j'ai créé mon projet 3 Months Before I'm 30, qu'on peut retrouver sur Instagram, où j'ai fait un défi par jour pendant 3 mois avant d'avoir 30 ans. Et donc, dans ces défis, il y avait à la fois... des défis pratico-pratiques comme passer mon permis, ce qui m'a mis deux ans. Donc, j'ai bien fait de me lancer. Nager, tu vois, il y avait des... Des défis d'ordre sportif, nager 5 km, escalader une cascade de glace, descendre la Loire en canoë, dormir dans une tente, j'avais toujours pas dormi dans une tente avant mes 30 ans.
- Speaker #0
Et qui t'avait donné ces défis-là ? Tu te les ai fixés à toi-même ?
- Speaker #1
Il y avait une partie que je m'étais fixée moi-même et je m'étais mis aucune barrière. Donc il y avait aussi des défis très sensibles où je me mettais un peu à nu, comme arrêter de manger mes émotions, ouvrir une ligne téléphonique de poésie. Voilà, il y avait des défis plus de cet ordre. Et j'avais aussi demandé à mes proches. de me donner des défis pour pas tout contrôler. Et puis pour voir aussi quelle image ils avaient de moi, dans quel truc ils avaient envie de me voir. Donc voilà. Et l'une de mes meilleures amies, qui était entrepreneur, m'a dit: "E coute, moi j'aimerais que tu me trouves là, deux clients pour tes idées de carnet de souvenirs, machin et tout." Et pour remettre dans le contexte, j'avais commencé peut-être un ou deux ans avant, j'arrive plus trop à dater, non peut-être plus même, à faire des carnets personnalisés pour mes amis. Et donc je prenais un carnet vierge, je créais des rubriques, je dessinais un peu pour mettre un peu de déco, je surfais un peu sur la tendance du scrapbooking ou du journaling. Et ensuite toutes ces rubriques on les remplissait avec nos amis ou juste moi. Et c'était des rubriques qui permettaient à la fois de garder une trace de nos souvenirs, de transmettre ce qui nous tenait à cœur et surtout d'avoir un livre de mémoire qu'on garde toute la vie. Donc je fais mes défis, je me dis bon super, je dis merci pour le défi sympa, je le mets dans un petit coin, dans un petit tiroir. Et en janvier 2021, j'ai 30 ans, et là je me dis bon, j'ai fait mes 90 défis, maintenant qu'est-ce que je fais de ma vie ? Et est-ce que je redeviens journaliste ? Est-ce que c'est possible aussi, parce que c'est quand même pas un secteur florissant ? Ou est-ce que je tente autre chose ? Est-ce que je continue jusqu'à 100 défis ? Et c'est là que je me suis dit, écoute, tu as toujours eu envie d'être entrepreneur. Si tu avais une marque, ça s'appellerait comment ? Tu ferais quoi ? Et en fait, c'était tellement facile et limpide. Je me suis dit, go, de toute façon.
- Speaker #0
OK, incroyable. Mais donc, tu avais cette envie-là en toi. Depuis longtemps.
- Speaker #1
J'avais cette envie-là, en tout cas, j'ai quand même grandi dans un écosystème où mon père avait monté sa boîte à 24 ans. Donc on avait quand même grandi avec mon frère dans cette idée que, déjà, à quoi ça ressemble. C'est très important quand même, pour tous ceux qui veulent se lancer, d'avoir des exemples. Savoir que c'est possible, que ça peut bien marcher. A l'époque, j'étais aussi en couple avec un entrepreneur qui avait monté une boîte qui était très structurée. Donc j'avais quand même aussi ce contexte-là qui pouvait me donner confiance. un interlocuteur vers qui me tourner pour... Devant le chaos du début de l'entrepreneuriat! Et j'avais une très très forte quête de liberté. Et ça, c'est quelque chose que j'avais complètement minoré dans tout mon parcours professionnel, parce que le journalisme, c'était un peu la lutte. Il y a très peu de postes, on doit toujours se battre, l'actu elle change tous les jours, il faut toujours être au taquet. Je sentais bien que pour moi le cadre de l'entreprise c'était quelque chose qui était trop figé, qui était trop difficile, mais je pensais que c'était à moi de m'adapter et que peut-être j'avais une éducation, tu vois je me disais des trucs comme voilà mes parents n'ont pas été assez stricts, du coup je suis incapable de me mettre dans le moule. Ce qui est sans doute tout à fait vrai, mais qui du coup j'ai mis beaucoup de temps avant de me rendre compte que c'est pas parce que du coup on ne fit pas. dans le moule, qu'on ne peut pas créer un moule qui nous convient, et dans lequel on peut élargir le cadre et faire les choses à sa sauce. Ça demande aussi d'autres sacrifices, il y a d'autres choses qui viennent dedans. Mais oui, et donc j'avais toujours eu envie d'avoir mon truc, où je décide de ce que je fais, de mes journées, de ce que je veux dire, et du coup je l'ai créé.
- Speaker #0
Et donc avant ça, tu n'avais jamais lancé... Un petit business plus jeune ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Non, après j'avais porté le projet d'un ami qui était décédé, qui s'appelle Antoine, qui avait une leucémie et qui avant de partir, on avait commencé à monter une association qui s'appelait Globule Vivre avec le Cancer. Et quand Antoine est décédé, je l'ai repris avec d'autres gens et j'ai fait ça pendant 5 à 7 ans.
- Speaker #0
Ah quand même !
- Speaker #1
Donc c'était avec le recul déjà une première expérience d'un projet d'ordre, pas entrepreneurial puisque c'était associatif, mais il y a quand même beaucoup de choses qui se ressemblent, de fédérer, d'organiser des événements, d'organiser des projets. Donc ça, ça m'avait quand même posé les bases et j'avais toujours aimé monter des trucs, faire des trucs, organiser des trucs, c'est dans ma personnalité.
- Speaker #0
Et alors, là, on te fixe ce défi, on est en janvier 2021 tu te dis bon bah là je vais essayer Est-ce que tu te souviens, il y a un moment, un jour, où tu te dis, ok, aujourd'hui, je me lance, j'essaie ?
- Speaker #1
Ouais. C'est drôle et ça commence avec un carnet. Petite pensée pour cette autre marque qui s'appelle 23h59 édition.
- Speaker #0
C'est très beau ce qu'ils font.
- Speaker #1
Et donc ce sont des carnets de méthode et je les connaissais depuis très longtemps. J'aimais beaucoup ce qu'ils faisaient mais je les trouvais hyper chers. Le carnet il est à 42 euros et donc j'avais jamais sauté le pas. Et donc là ça me trottait dans la tête de lancer ma boîte et je vais dans une boutique dans le Marais. Je vois le carnet pour entreprendre et je me dis bon bah... Allez, go ! Et je mets les 42 euros dans ce carnet. Et donc ça, c'était déjà une étape parce qu'effectivement, même si ce n'est pas énorme comme somme, en fait, pour moi, c'était énorme de mettre 40 euros dans un carnet. Et donc, je savais que ça allait déjà m'aider à poser les bases. Et ce carnet était hyper utile. Je le recommande à tous ceux qui ont juste envie d'observer un peu ce qu'ils peuvent faire dans leur projet. Du coup, ça a commencé comme ça. Puis il y a eu une autre étape hyper importante, et là l'anecdote vraiment me tue encore aujourd'hui. Du coup je pose les bases, j'écris la trame de mon carnet, j'avais déjà le nom de Carnets Goguette, je savais déjà quel premier carnet j'allais sortir. Et il y a une journée où je poste sur Instagram, je cherche un directeur artistique, un graphiste, pour faire mon identité visuelle et l'identité des carnets. Et le jeudi, je contacte toutes les personnes qu'on m'avait recommandées. Le vendredi à 9h, j'ai un appel d'un 06 que je ne connais pas. Je me dis que c'est un des directeurs artistiques que j'ai contacté la veille. Là, on doit être en avril 2021. L'année était déjà un peu entamée. Et là, j'entends « Bonjour, c'est Elisa de telle émission » qui était mon émission de rêve. Et qui me dit « Vous avez postulé il y a un an. » Est-ce que vous êtes toujours intéressé ? Et là, je me dis, mais non, mais la vie, c'est pas possible. En fait, c'est... Alors que la veille, je savais qu'à partir du moment où j'allais payer un directeur artistique pour une entité visuelle, j'irais jusqu'au bout. Parce qu'en fait, dès qu'on engage des frais, on sait qu'on n'a pas envie que ce soit pour rien. Donc voilà, la petite anecdote de la vie. J'ai fait ce petit contrat pour cette autre chaîne. Ça m'a permis de me rendre compte.
- Speaker #0
T'as fait ce contrat quand même ?
- Speaker #1
Ouais, ça m'a permis de me rendre compte que c'était pas... C'était pas ajusté pour moi et que voilà je le vis aujourd'hui comme un petit cadeau de la vie qui me dit tu peux y aller en fait. Regarde.
- Speaker #0
Une confirmation aussi un peu. Vas-y teste et puis ça confirme qu'en fait c'est plus vraiment fait pour toi et que sans regret il faut que tu te tournes vers autre chose.
- Speaker #1
Ouais je l'ai vu vraiment comme un cadeau de bah tu sais quoi c'était ton rêve très bien regarde voilà maintenant essaye. Est-ce que ça te plaît ou ça te plaît pas ? Bon bah maintenant tu peux passer à autre chose sans regret.
- Speaker #0
Génial. C'est beau d'avoir la chance de vivre ça. Et alors justement, je voulais parler de... Entre l'idée et le lancement des carnets, il y a eu combien de temps ?
- Speaker #1
Alors, du coup, janvier 2021, j'ai 30 ans, je crois que je cherchais un directeur artistique, tout ça, c'était mars-avril. Ensuite ça a été la période, voilà, un peu création d'entreprise, statut, donc j'étais en auto-entrepreneur au début, ouverture de compte. Très vite, je lance aussi un petit groupe WhatsApp d'entrepreneurs autour de moi parce que... J'avais plein de questions, les autres aussi, donc je me suis dit tout de suite créons cette petite boucle. Je reçois les premiers prototypes en août 2021, une catastrophe. C'était mes nul, ça n'avait rien à voir avec ce que je voulais. C'était hyper cher, les imprimeurs français m'avaient trop mal parlé.
- Speaker #0
Tu les avais trouvés comment ?
- Speaker #1
Sur interne. Par recommandations, j'avais un peu demandé autour de moi. Et je savais que je voulais lancer le carnet pour Noël. Donc, et que je voulais faire une campagne Ulule pour avoir des fonds et puis pour aussi commencer à fédérer autour du projet. De toute façon, je n'avais pas d'argent. Donc, je n'avais rien. Non, mais vraiment. Donc, je n'avais pas le choix et j'étais au chômage. Et ce qui est déjà une chance énorme, bien sûr. Et donc, je savais que je voulais lancer sur Ulule et que les gens le reçoivent pour Noël. Donc, ça veut dire qu'il fallait lancer en octobre. Et donc là, on est en août et j'ai... pas d'imprimeur en fait.
- Speaker #0
Et t'as payé tes prototypes ?
- Speaker #1
J'ai payé mes prototypes une fortune, j'ai deux imprimeurs différents, vraiment ça n'allait pas. Et là, et c'est vraiment un des gros conseils qu'on m'avait déjà dit, on s'en fiche si c'est pas parfait, tu lances. Je commence quand même à faire de l'influence, même avec mes prototypes tout moches. Ok. Et notamment ensuite une influenceuse, créatrice de contenu mais aussi entrepreneur qui est très connue dans le voyage, reçoit mon premier carnet, elle en parle un petit peu. Plus tard, c'est drôle parce que j'ai fait un événement avec elle, donc c'est des liens qu'on commence à tisser quand même très tôt. Et je me dis, bon bah voilà, de toute façon tu avances comme ça. Et ce qui m'a vraiment permis ensuite de développer le produit, ça a été une autre entrepreneur, dans ce petit club que j'avais créé. C'est une fille à qui j'avais écrit parce qu'elle avait un projet génial, et je lui avais écrit à l'époque pour lui dire j'adore ce que tu fais, de manière très spontanée, et c'est elle qui m'a dit, écoute on m'a parlé de tel imprimeur, demande des devis, et là ça matchait, et là j'ai refait des prototypes. Et j'étais à l'étranger quand j'ai lancé Carnets Goguette, j'ai fait le shooting au Mexique en octobre. Et je crois fin octobre, début novembre, lancement de la campagne Ulule, quand j'étais à Washington.
- Speaker #0
Incroyable. Est-ce que tu crois que le fait d'être loin, ça t'a aidé ou pas ? Ou à l'inverse, est-ce que ça t'a freiné, un peu ralenti ?
- Speaker #1
C'est sûr que ça... c'était pas le plus pratique, mais en fait, c'est juste qu'à ce moment-là, j'avais besoin d'être là-bas pour des raisons personnelles. Ça m'a permis de réaliser plein de rêves, faire un shooting au Mexique.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
J'étais passionnée de photos depuis toujours. Et là, je me disais, si tu te rends compte, tu es dans un pays que tu adores.
- Speaker #0
Qui est sublime en plus.
- Speaker #1
Qui est sublime pour faire le shooting de ton premier carnet, qui est un carnet de voyage. En fait, là, j'étais mais waouh ! La vie te réserve vraiment beaucoup plus de surprises que ce que tu aurais pu penser.
- Speaker #0
Surtout si tu penses où tu en étais un an avant. C'est dingue.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Je te posais cette question sur l'éloignement parce que moi quand je voyage, c'est marrant mais j'ose davantage de choses que quand je suis en France ou chez moi Parce que je pense qu'il y a un peu une sorte de peur du jugement ou du regard des autres, mais qui finalement est une peur de personnes qui me connaissent de près ou de loin. Alors que si je suis à l'étranger, je m'affranchis un petit peu, je me sens plus émancipée de ce regard-là. Et je pense que, par exemple, tu me mets à l'autre bout du monde pendant un an, je pense que je fais des choses... que je n'oserais pas faire, notamment par exemple, je ne sais pas, ouvrir un blog ou partager des choses que je n'aurais pas osé forcément faire si j'étais restée en France,
- Speaker #1
Oui, c'est super important de s'extraire de son contexte, déjà pour se reconnecter à soi, pour se découvrir autrement. Il y a toujours un poids de la pression sociale, même si on est dans un contexte bienveillant, avec des gens qui nous aiment. Les gens projettent toujours aussi des choses sur nous, et nous, on en projette aussi sur eux. Et c'est bien d'aller se frotter un peu à l'inconnu, à des moments de pause. Ça, c'est très fertile, c'est sûr.
- Speaker #0
Donc, un bon contexte pour toi. Quand tu lances ta campagne Ulule, c'était volontaire de passer par là ? Oui, tu n'avais pas le choix. Tu cherchais des fonds parce que tu n'en avais pas.
- Speaker #1
Oui, et tout le monde m'avait recommandé de faire ça quand même. Ça permet déjà de donner un peu d'élan autour de ta marque, de commencer à faire parler de toi, de fédérer autour d'un produit dans un laps de temps qui est court. Toi, ça te permet du coup de poser toutes les bases déjà de ton discours commercial, de ton site, de ta prod donc j'ai fait ça et c'était une très bonne idée vraiment. Je recommanderais à quiconque de toujours faire ça parce qu'en plus ça crée il y a de l'événement en fait on lance une campagne, c'est sur un temps réduit et donc ça donne aussi envie aux gens de nous suivre, de nous soutenir et puis en fait on n'a pas le choix. Moi, à la fin je contactais tous les gens que je connaissais sur Facebook, même des gens à qui je n'avais pas parlé depuis 15 ans. Je leur disais « Hello, j'ai lancé ça ! » J'en avais plus rien à faire. Vraiment, j'étais en roue libre.
- Speaker #0
Mais tant mieux, finalement.
- Speaker #1
Et ça a très bien marché. J'en ai vendu 500, ce qui était énorme, en fait. C'était mon objectif, mais en fait, c'était quand même beaucoup.
- Speaker #0
Et c'était un système de précommande, donc tu lançais l'impression quand tu avais assez de commandes ?
- Speaker #1
J'avais lancé l'impression même avant.
- Speaker #0
Ok, tu as pris de l'avance, parce que tu avais peur des délais de réception ?
- Speaker #1
Parce qu'il y avait un mois de délai, donc pour que les gens soient livrés à temps, il fallait quand même que je lance avant, donc c'était un petit coup de poker.
- Speaker #0
Ok, et ça a marché !
- Speaker #1
Et ça a fonctionné...
- Speaker #0
Trop bien. Est-ce que tu penses à une décision que tu as pu prendre, un peu à la légère, mais qui finalement a été game changer dans ton entreprise ?
- Speaker #1
Mais tout ! Il n'y a pas une décision que je n'ai pas prise en étant un peu inconsciente. Vraiment, du début jusqu'à la fin.
- Speaker #0
J'adore, c'est trop bien comme retour !
- Speaker #1
Vraiment, et encore aujourd'hui. Je suis tout le temps tiraillée entre mon intuition, mon élan naturel, mon petit cerveau et l'entourage aussi. Mais attention, est-ce que tu as bien réfléchi ? Est-ce que c'est viable ? Est-ce que c'est machin ? Ce qui est très bien d'avoir les deux.C e qui donne parfois des petites sueurs froides mais ce que disent aussi beaucoup d'autres entrepreneurs c'est que c'est quand même vrai, on sent quand quelque chose qui sonne juste, et même si ça sonne juste sur le moment et que ça se révèle être un désastre, c'est quand même pour une bonne raison. Donc c'est qu'il faut sans doute passer par là. Mais par exemple, le choix de mes carnets, le deuxième carnet que je voulais sortir, à la base, c'était un carnet d'évolution. En fait, tous les carnets que j'ai sortis, c'est des carnets que j'avais déjà créés pour moi depuis des années. Donc c'était juste, enfin, leur créer un bel écrin comme je voulais. Mais ils étaient déjà écrits en fait, c'était pas non plus des heures de travail. Et je pensais sortir le carnet d'évolution, et je pars en retraite de silence, qui est une pratique que je fais régulièrement chaque année depuis. Et pendant une méditation, vraiment j'ai un peu l'info de, non en fait là le carnet que tu vas sortir c'est un carnet de famille, et il va s'appeler La Lignée. Et voilà, et là je me suis dit bon bah allez c'est parti en fait. Donc d'être aussi très à l'écoute de ce qui se passe dans notre vie intérieure. Et d'ailleurs, un des bons déclencheurs pour moi, quand je sors un carnet, c'est de savoir, est-ce que tu as le nom, est-ce que tu as la baseline ? Si ce n'est pas encore une évidence, c'est que ce n'est pas le moment. Et tu vois, il y a des carnets, ils ont déjà les noms, ils ont déjà le truc, et voilà. Et en fait, je sais, il y a un moment, il y a un mouvement en moi, et je sais que c'est ce moment-là, et que c'est maintenant et qu'il faut lancer celui-là.
- Speaker #0
Tu es très intuitive en fait dans ta façon de prendre des décisions. mais peut-être que tu te trompes.
C'est bien de faire les deux. C'est sûr que, je ne vais pas dire : "Vous avez une intuition, empruntez 200 000 euros parce que vous le sentez. C'est le bon truc !" sans avoir fait aucune étude de marché, aucun benchmark. Évidemment qu'il y a aussi beaucoup de travail à côté qui va avec, mais à la fin, c'est quand même le gut feeling pour moi qui doit donner le go ou le no go, Est-ce que, quand tu lances ta campagne Ulule, je suppose que de toute façon là, c'est un peu les cercles, enfin tu as ton cercle 1, ton cercle 2, ton cercle 3, mais il y a un moment, est-ce que tu te souviens du jour où tu te rends compte que tu reçois une commande de quelqu'un qui t'est... complètement étranger.
- Speaker #1
Ouais, j'en ai eu plein parce que j'ai eu la chance d'être dans la newsletter d'Ulule, qui est envoyée à un million de personnes, je crois, donc ça a aidé.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a eu d'autres choses ?
- Speaker #1
J'avais eu d'autres relais aussi à ce moment-là. Alors, je ne sais plus, j'étais passée sur Nova Mais est-ce que c'était avant ou après la campagne ?
- Speaker #0
Mais comment tu as fait ? Il y avait un ancien collègue qui s'occupait de la matinale et qui avait suivi mon projet de défi et qui m'avait dit est-ce que tu veux venir nous en parler ? Mais tu vois je ne sais plus si c'était avant ou après. Incroyable. Donc tu as eu un peu de presse, pas forcément volontairement, finalement on est venu te chercher puisque tu n'as pas envoyé des communiqués de presse à tout Paris.
- Speaker #1
Non j'ai un peu essayé, j'en ai eu quelques-uns mais c'était après la campagne. Souvent, les journalistes ne vont pas faire des articles sur un produit qui est encore en campagne, le temps, la temporalité n'est pas la bonne. Mais j'avais eu quelques petites publications après. Ok.
- Speaker #0
Est-ce que tu as le souvenir d'un moment, ou peut-être de plusieurs, où tu as envie d'abandonner, où tu t'es dit, mais là, je suis en train de me fourvoyer complètement ?
- Speaker #1
Mais tous les mois, Manon, en fait. Tout simplement. Alors, j'exagère un peu, mais très souvent, j'ai eu un moment. Déjà, quand même, une particularité vraiment notable de la vie d'entrepreneur, c'est que je n'ai plus aucune notion de temps. Je ne suis incapable de dire est-ce que c'est il y a un an, est-ce que c'est il y a deux ans. Donc là, je suis dans ma quatrième année d'entrepreneuriat.
- Speaker #0
C'est beaucoup. Ça commence à être beaucoup.
- Speaker #1
ça commence à être beaucoup hum hum Et parfois, je me dis, mais attends, mais ça, c'était déjà il y a un an. En fait, c'était il y a six mois. Donc, c'est difficile de dater les choses. En tout cas, il y a eu une année, je pense que c'est quand même la troisième, enfin, on va dire deuxième et demie, troisième et demie, c'est cette phase-là qui a été extrêmement difficile sur le plan émotionnel et de santé mentale où j'ai quand même toujours gardé une petite soupape de travail Enfin, une soupape de travail, ce n'est pas le bon terme. J'ai toujours gardé une petite activité à côté. Je faisais des missions d'écriture pour des marques. J'ai travaillé pour le podcast de Brut pendant six mois, deux jours par semaine, tout en étant incubée dans un incubateur féminin pour continuer à avancer sur mon projet. Et vraiment... Et aujourd'hui, je ne l'ai jamais vraiment verbalisé auprès de mes proches, mais j'étais clairement en burn-out en fait. Et en fait, ça, à quoi ça ressemble, c'est vraiment le néant. C'est-à-dire, j'étais coupée de mes émotions, ce qui était vraiment hyper paradoxal pour quelqu'un qui est tellement dans l'intimité, dans la vie intime, dans la vie intérieure, dans justement l'émotionnel. Moi, je vis que pour ça en fait, très peu pour le monde des idées. Et là, j'étais à bout, j'étais épuisée. Et ce qui m'a aidée un peu à remonter la pente, déjà, c'est quand même l'entourage, de demander de l'aide, de demander du soutien, de dire que je n'y arrive pas seule, et de s'entourer, d'arrêter de travailler le week-end, arrêter de travailler le soir. Moi, je travaillais tout le temps. C'était devenu presque addictif. Je travaillais, je travaillais, je travaillais, et puis il y a toujours des choses à faire. Et ce qui m'a vraiment aidée à sortir la tête de l'eau, ça a été de prendre un co-work. Ça, ça a changé ma vie, de ne plus travailler chez moi, de pouvoir avoir un espace, de voir d'autres gens, de parler à d'autres gens qui ont d'autres projets, de faire appel à un logisticien pour ne plus faire mes envois moi-même. Ça, c'était devenu vraiment... Enfin, je bloquais, ça me rendait malade. Et qu'est-ce que j'ai fait d'autre ? Je ne sais plus. Mais en tout cas, voilà, ces deux trucs-là, ça m'a permis quand même de bien sortir la tête de l'eau.
- Speaker #0
Ben peut-être poser des limites quoi, te dire en fait là par exemple je ferme mon ordinateur, il est 18-19h, peu importe, mais là en fait je ne le rouvre pas avant demain matin, même si on pense toujours que c'est une bonne idée quand on est un peu stressé à 23h de rallumer l'ordi pour finir quelque chose, mais effectivement on en a toute la nuit et c'est jamais forcément... enfin c'est contre-productif en fait je pense de faire ça, de se forcer.
- Speaker #1
Il y a une citation que j'aime énormément de Stéphane Zweig qui est « la pause elle aussi fait partie de la musique » C'est beau. Je trouve qu'on se rend compte tout de suite de l'évidence d'avoir des temps de break et de off, parce que sinon c'est la cacophonie, sinon on ne pourrait pas apprécier la beauté de la mélodie. Et donc je me suis aussi offert beaucoup de moments de retraite, de méditation, je faisais de la danse intuitive aussi, de vraiment aller dans le corps, dans le moment présent, et en plus j'avais cette formation de méditation qui me guidait aussi.
- Speaker #0
Donc tu suivais une formation en méditation ?
- Speaker #1
Alors j'ai fait plusieurs programmes, j'ai commencé en 2018, donc c'était bien avant d'être entrepreneur, qui sont les programmes MBSR, MSC et IMP, donc Mindfulness Based Stress Reduction, Mindful Self Compassion et Interpersonal Mindfulness. Donc un qui est le programme de référence de méditation de pleine conscience, un sur la compassion, un sur le dialogue conscient. qui sont les programmes qui ont été conçus par John Kabat-Zinn, qui est ce chercheur du MIT qui a popularisé la méditation laïque dans le monde. Et donc j'avais toujours ces outils-là, que maintenant je mets en pratique dans mes ateliers de méditation et d'écriture, et je continue aussi toujours de me former et de pratiquer.
- Speaker #0
Donc finalement, dans tes ateliers de méditation, c'est toi qui enseignes ?
- Speaker #1
Je guide. Alors je ne suis pas enseignante de méditation... Comme aujourd'hui, c'est assez compliqué parce qu'il existe peu de formations, ou en tout cas, il y a des formations pour être prof à temps plein, ce qui n'est pas du tout mon intention. Je guide, mais je ne ferai pas que de la méditation. C'est la méditation au service de l'écriture pour avoir des petits temps de connexion à soi. Mais je ne fais pas que de la méditation.
- Speaker #0
Est-ce que, parce que ma question suivante, c'était quel est ton plus beau souvenir de ces dernières années sur Carné-Goguette ?
- Speaker #1
Waouh, il y en a tellement. Je peux prendre quelques secondes ?
- Speaker #0
Bien sûr, ouais. Je pense que le premier souvenir qui me vient, c'est quand même quand tu reçois ton carnet pour la première fois et que c'est toi qui l'as créé, c'est toi qui l'as pensé. Évidemment, il y a toi, mais il y a toute une petite galaxie de gens autour, tes parents qui t'ont un peu dépanné financièrement, tes potes qui t'ont aidé à faire des colis, le directeur artistique. Enfin, tous ceux, en fait, il y a toute une constellation dans ton ciel. Mais quand même, quand tu vois ton carnet... Et ensuite, je pense que les souvenirs les plus forts, c'est les gens pour qui ces carnets changent leur vie. Ça, c'est le plus fort. Tu vois, ce n'est pas les chiffres. Là, dernièrement, j'ai appris une grande nouvelle où j'ai vraiment failli pleurer. C'est que Carnet Go Get entre au bon marché. Pour moi, c'était un milestone énorme. Ce qui me touche, c'est quand je reçois des messages en disant « j'ai découvert telle histoire sur ma famille grâce à ton carnet » , « j'étais dans une période hyper difficile, ton carnet m'a vraiment aidée à le traverser » ou « j'ai découvert plein de choses sur moi » . Et ça, c'est vraiment la plus belle des récompenses.
- Speaker #1
C'est beau ce que tu dis. Et félicitations pour le bon marché, c'est incroyable en réalité. Tu l'as recherché ou tu as travaillé dur pour ça ? J'ai travaillé dur pour ça.
- Speaker #0
Ok. Si tu devais, si tu n'avais pas monté Carnets Goguette, tu ferais quoi, tu penses ?
- Speaker #1
Alors là, franchement... C'est dur.
- Speaker #0
J'ai l'impression que ça t'a ouvert beaucoup de portes, en fait.
- Speaker #1
Je me sens encore en chemin. J'ai l'impression que là, je suis en train de rentrer dans un couloir ou dans un paysage qui n'avait rien à voir, mais que ce n'est pas encore la destination finale. Franchement, je ne sais pas du tout, parce que peut-être que je serais redevenue journaliste. Je continue encore aujourd'hui à écrire, notamment pour Méditation Magazine et pour d'autres projets ponctuels. Je pense que j'aurais... En fait, c'est même pas envisageable. Je pense que j'aurais fait ça. J'aurais fait ça et puis là, maintenant, il y a les ateliers. Et puis en fait, il va y avoir d'autres choses plus tard, c'est sûr.
- Speaker #0
C'est sûr ? T'as déjà prévu ou tu imagines ?
- Speaker #1
Je ressens des choses, tu vois, comme quand tu sens qu'il y a un truc qui monte ou que t'as un truc à dire. Sans doute peut-être un jour la rédaction d'un livre, peut-être des accompagnements encore plus thérapeutiques pour les autres. Mais je ne sais pas, je ne sais pas combien de carnets je sortirai, je ne sais pas, est-ce que je vais rester toute seule dans ma boîte ou est-ce que je vais m'associer ? Est-ce que, voilà, je ne sais pas, est-ce que je vais rester à Paris, est-ce que je vais déménager ?
- Speaker #0
Tout est possible en fait.
- Speaker #1
Tout est possible.
- Speaker #0
Si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui rêve de se lancer mais qui n'ose pas ?
- Speaker #1
d'écouter profondément sa petite voix intérieure. Ce qu'on dit tout le temps, c'est... On m'avait dit une phrase récemment, c'est une participante de mes ateliers qui disait, un entrepreneur qui dit que si ton premier produit était parfait, c'est qu'il aurait dû sortir bien avant. Et c'est vraiment d'avancer sans que ce soit parfait. C'est tellement dur. Le regard des autres est tellement difficile. Mais en fait, le conseil, c'est de toute façon, tu ne pourras pas passer à côté de toi-même. Enfin, tu peux passer à côté de toi-même toute ta vie, mais à un moment, ça va s'imposer à toi. Donc, soit tu prends la décision de te mettre en chemin et c'est sûr, c'est difficile. C'est pas... Je ne vais pas donner une image de l'entreprise. l'entrepreneuriat idyllique, c'est hyper dur, ça reste encore hyper dur aujourd'hui. Il faut être sur tous les fronts. Tous les jours, je fais des choses que je ne maîtrise pas, que je ne contrôle pas, où j'ai l'impression parfois d'être dépassée. Parfois, tu as vraiment l'impression d'être dans une sorte de lutte et c'est très dur d'être dans la fluidité et tout. Mais en fait, pour moi, dans mon expérience d'entrepreneuriat, c'est vraiment une mission de vie. C'est vraiment réaliser un chemin par lequel je dois passer. Donc, c'est de l'ordre de... Ça va au-delà du projet professionnel. Même s'il faut évidemment garder beaucoup de distance entre notre marque et qui on est. Beaucoup d'entrepreneurs qui ont eu des boîtes qui ont cartonné en ont parlé ou il y avait une confusion totale entre leur boîte et qui elles sont. Je ne suis pas ma boîte, mais ce que je traverse en créant cette boîte, c'est vraiment de l'ordre de la transformation personnelle.
- Speaker #0
C'est un vrai cheminement. De quoi tu es la plus fière dans ta vie au global ?
- Speaker #1
D'avoir osé. D'avoir osé. Ça, c'est sûr que j'aurais pas de regrets.
- Speaker #0
C'est vrai, t'as raison. Mais t'en as pas beaucoup parlé finalement quand t'as lancé Carnets Goyette. T'as pas eu peur ? Et si oui, t'as eu peur de quoi ?
- Speaker #1
De tout... Oui et non... Je sais pas, j'étais dans cette énergie qui me dépassait complètement, de « on y va » . Et puis tout ce projet de défi, ça avait tellement posé les bases d'un dépouillement. Ça travaille quand même énormément l'ego, le projet entrepreneurial. Parce que surtout un projet comme ça où j'invite les gens à se mettre dans leur vulnérabilité, donc tu ne peux pas non plus être dans un... Tu dois être dans la tienne aussi, mais en fait tu passes ton temps à faire des trucs que tu ne connais pas, que tu ne maîtrises pas, tu fais tout le temps des erreurs en fait, tu passes ton temps à faire des erreurs. C'est vraiment, tu sais cette phrase, c'est l'enthousiasme d'aller d'échec en échec, la phrase de Winston Churchill. Et c'est vraiment ça l'entrepreneuriat, c'est que tu vas d'échec en échec. il y a évidemment plein de victoires sur le chemin et c'est où est-ce que tu places ton regard si j'avais peur et j'en ai eu plein la fin du chômage aussi ça c'est une période hyper importante où là tu te dis bah là c'est chaud en fait ouais t'es sans filet donc là maintenant tu vis en fait de tout ça en fait.
- Speaker #0
Tu fais plein de choses. C'est un équilibre entre des piges, des carnets, des ateliers, ...
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment un numéro d'équilibriste. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que j'ai trouvé une stabilité. C'est sûr que tu revois aussi toutes tes priorités. Je ne pars plus en vacances de la même manière qu'avant, même si j'ai beaucoup de chance et je peux encore partir. Je ne m'assieds plus d'habits. même si j'ai la chance d'avoir un partenariat avec Sézane donc j'ai la chance d'être habillée en partie gratuitement mais voilà c'est sûr que tu fais plus du tout les mêmes choses, il y a tout un monde qui n'existe plus aussi donc tu te coupes temporairement peut-être pour plus longtemps tu mets pas de côté pour je peux pas m'acheter un appart enfin tu vois c'est il y a quand même des choix qui sont transitoires qui sont pas non plus le fait de tout le monde il y a des entreprises pour qui le business model est complètement différent. Et moi, j'aurais pu faire plein de choses différemment, même si je n'ai aucun regret. Donc, je ne veux pas effrayer celles et ceux qui aimeraient se lancer. Mais effectivement, ça va aussi de pair avec une certaine forme de sacrifice.
- Speaker #0
Si tu devais résumer ton conseil pour le passage à l'action en un seul mot ?
- Speaker #1
La joie. Est-ce que ça vous donne des papillons dans le ventre ? Moi, quand j'ai lancé mon projet de défi, Mais en fait, c'était l'exaltation, c'était l'enthousiasme, ça me remplissait de joie. Et ça, c'est vraiment une très bonne boussole. Même s'il y a des choses, et c'est une boussole encore aujourd'hui dans ma vie entrepreneuriale, par exemple tout ce qui est commercial, démarchage commercial, négociation commerciale, ça me draine. J'ai vraiment pas encore réussi à dépasser ça, à le rendre fun, à le dédramatiser entre guillemets, tu vois, à rendre les choses plus fluides. Mais en revanche, quand je réfléchis à d'autres carnets, quand je crée des carnets pour des amis, tu vois, pour des moments encore forts où il n'existe pas encore de carnet go-get, quand je prépare mes ateliers, quand j'ai mes élèves devant moi, mais ça, c'est la joie, en fait. Et donc ça, c'est une super bonne boussole de savoir, OK, est-ce que je suis au bon endroit ? Et pour mes défis, il y avait des... Tu vois, nager 5 km, et bien, ça me mettait en joie. Et là, cet été, je me dis, ah, qu'est-ce que je pourrais me refaire comme petit défi ? En fait, et que ce soit logique... que ça ait du sens ou pas. J'ai eu parfois aussi des critiques sur mon projet de défis de « tu cherches toujours à prouver quelque chose » , « qu'est-ce que tu cherches à prouver ? » , « pourquoi tu fais un compte public ? » . Alors évidemment, les critiques ça appartient à ceux qui les posent, mais si ça nous touche c'est qu'il y a aussi un truc qui résonne pour nous. Et pour autant, même si tout ça coexiste, si ça te procure de la joie, mais une voix sincère, il faut y aller. On ne va pas se priver de ça quand même.
- Speaker #0
Mais est-ce que dans ta vie au global, tu es quelqu'un qui a le feu, j'ai l'impression. Enfin, tu as un feu intérieur assez fort. Mais est-ce que, en tout cas c'est l'impression que j'ai, tu me diras, mais est-ce que tu n'as pas peur, parfois tu sais, ça te met en joie, mais... ça te met en joie pendant deux semaines, pendant deux mois, pendant deux ans. Mais tu as une personnalité où tu sais qu'un jour, tu en as marre et tu passes à autre chose. Et auquel cas, c'est difficile de fonder une entreprise basée sur un feu qui peut être passager.
- Speaker #1
C'est trop drôle parce qu'effectivement, tu pointes deux choses hyper importantes. Un, la question de l'inconfort. Et deux, je crois que c'est un biais cognitif que je ne connais pas, dont je ne me souviens plus du nom. mais qui est liée au fait de rester dans quelque chose juste parce qu'on a dit qu'on allait le faire. Et donc, en fait, de la flexibilité que tu t'autorises. Effectivement, quand tu te lances, comme une relation amoureuse, tu as la passion et puis, en fait, après, tu as les vagues. Et donc, ça, c'est aussi accepter de passer par cet inconfort. De plonger dans le grand bain de la vie et il y a énormément de vagues. Et ensuite, se dire rien n'est figé. Si demain j'arrête, j'arrête en fait.
- Speaker #0
Et c'est pas grave ?
- Speaker #1
C'est flippant, évidemment que ça vient questionner ton rapport à la réussite, à l'échec, aux projections de vie, au sens. Mais en fait, c'est pas la fin du monde.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, t'as raison. Je pense que, moi j'imagine ça un petit peu, je me dirais, mais en fait je lance quelque chose, si dans deux ans j'arrête, je crois que pour être honnête, ce qui me ferait peur, c'est pas l'échec parce que je l'accepterais, c'est le regard des autres. Et parce que les gens peuvent être très durs parfois, on entend des gens, ah mais ça n'a pas marché, il a monté ça, mais ça tenait pas la route, etc. Et en fait c'est plus ça que je trouve difficile, c'est de... De réussir à se détacher et à se dire qu'au pire, ils vont le dire, mais comme tu dis, ça ne m'appartient pas. Et en fait, eux pensent ça et finalement, c'est un peu dommage de leur part de penser ça. Parce que plutôt que de venir célébrer une prise de risque qui est saine et pleine de vie, puisque la vie, c'est ça, c'est prendre des risques, de venir appuyer sur des choses qui ne fonctionnent pas bien. Et moi, je pense que c'est ça qui me ferait le plus peur, je crois.
- Speaker #1
Oui, et surtout, avec le temps, tu te rends compte que même quand ça marche, les gens ont quelque chose à dire. Donc, en fait, les gens auront toujours. quelque chose à dire. Mais est-ce que sur ton ligne mort, tu as envie de te dire Jacqueline de la Compta qui se moquait bien de moi, de mes posts LinkedIn et tout ? C'est sûr que c'est hyper important de se dire pourquoi on fait les choses. Mais, et je mets un gros mais à ceux qui disent mais on s'en fout, si vous voyez que ça vous affecte, moi ça m'affecte parfois, de prendre soin de ça. de ne pas se mettre bille en tête de je m'en fiche de ce que les gens pensent, si ce n'est pas le cas, c'est qu'il y a une zone de soins, et c'est important de l'entendre, et de s'adapter en fonction. Par exemple, les entrepreneurs, on nous dit, il faut énormément que vous incarniez votre marque, qu'on vous voit, prenez la parole, surtout pour les femmes, arrêtez de vous excuser, tutti quanti. Moi, mon expérience, c'est de dire plutôt, non, en fait, si c'est trop, si on n'a pas envie de prendre la parole ce jour-là, parce qu'on n'a juste pas envie d'être vu, parce qu'on n'a juste pas envie de se mettre à nu devant les autres et qu'on a besoin de soins, prenez soin de vous, d'être capable aussi de se protéger là où on en est. L'entrepreneuriat, ça vient travailler des choses qui sont très profondes. Ça va vraiment retravailler aussi tout votre cercle social et vos relations avec les autres. Vraiment, ça vient travailler des choses assez profondes. Ça renvoie aux gens un regard qui peut être très difficile pour eux quand vous poursuivez votre rêve et qu'eux ne le poursuivent pas. Vous, ça vient travailler aussi plein de choses parce que vous vous mettez dans une situation de vulnérabilité, de difficulté, d'aller courir aussi au début tant que c'est pas structuré derrière quelque chose. Donc voilà, il y a aussi le besoin de soins et de cocon et d'y aller étape par étape. Ça, c'est aussi, je pense, un bon conseil et que j'essaie de me rappeler régulièrement. C'est step by step. C'est à la fois un marathon et un sprint, l'entreprenariat. Mais c'est vraiment étape par étape. Si on voit tout de suite les 42 kilomètres, en fait, on ne les fait jamais. C'est un kilomètre et un kilomètre et un kilomètre.
- Speaker #0
Tu as déjà couru un marathon ?
- Speaker #1
Un semi.
- Speaker #0
Est-ce que tu as envie de faire un marathon ?
- Speaker #1
Je ne suis pas une grande coureuse, honnêtement. Je cours hyper lentement. Pourquoi pas ? Mais en fait, ce qui me procurerait plus de joie, ce serait plutôt de faire un 6 000 mètres, tu vois, faire l'Aconcaga. Ou enfin, aller au sommet de l'Aconcaga plutôt que de le faire. Voilà, ça, ça me fait plus vibrer.
- Speaker #0
Merci beaucoup à Sophie des Carnets Goguette et merci à vous d'avoir écouté cet épisode de Voltige. J'espère qu'il vous aura plu et que vous aurez passé un aussi bon moment que moi. Si c'est le cas, n'hésitez pas à me le dire en mettant des étoiles et un petit commentaire sur votre plateforme d'écoute favorite. Vous pouvez aussi me suivre sur le compte Instagram Voltige Podcast. A très bientôt pour un prochain épisode !