- Speaker #0
Bonjour Marie-Emmanuel.
- Speaker #1
Bonjour André.
- Speaker #0
Merci, merci, merci d'être là. C'est un épisode que j'attends avec impatience. Et je dois dire que d'emblée, je remercie Nicolas Ngo qui a été le premier invité de ce podcast. Et c'est lui qui nous a mis en relation. et quand j'ai lu ton profil, je me suis dit, waouh, ça m'a mis un peu des étoiles dans les yeux, et je me suis dit, mais j'ai hâte d'échanger avec elle. Donc encore une fois, merci de faire partie de cette aventure.
- Speaker #1
Avec grand plaisir. Les recommandations de Nicolas, j'ai l'impression que c'est de part et d'autre, tu vois. Ton déconseil précieux, je suis absolument confiante.
- Speaker #0
Merci, en tout cas. Écoute, moi, je suis... Vraiment fascinée par ton profil que je trouve autant ancré que relié et c'est vraiment ce qui m'intéresse dans les profils pour le voyage des initiés et jusque dans les transmissions que je donne en coaching individuel et collectif en Inde. J'aimerais que tu nous expliques donc déjà l'année, nous redonner l'année mais qu'est ce qui a poussé la jeune femme que tu étais à entrer dans l'une des premières promotion féminine de l'école navale. Il me semble, en préparant l'interview, que j'ai lu que tu as parlé d'évidence. C'est un mot qui était revenu dans l'entretien avec Nicolas, quand il avait été appelé pour faire son aventure. Donc moi, j'aimerais savoir, de ton point de vue, comment ça s'est matérialisé, cette évidence de ton côté ?
- Speaker #1
Ah, c'est sympa comme question pour commencer. Je ne me souvenais plus que j'avais parlé d'évidence, mais oui, c'est un mélange à la fois d'engagement et de lâcher prise. Peut-être. que ce qui relie mon parcours au récit qu'a ma décrée Nicolas. Je voudrais dire en introduction que c'est très sympa de ta part de dire que c'est un projet fascinant et qu'il y a deux choses par rapport à ça. Je ne pense pas du tout être un objet de fascination. Je pense que la vie est assez surprenante, voire fascinante de temps en temps. et que effectivement la manière de la mettre en récit et la manière dont j'ai pu tirer un film narratif pour le proposer dans mon profil, puisque c'est un profil public, c'est aussi une manière de montrer qu'on a chacun quelque chose qui est assez intrigant, voire peut-être fascinant pour certains, mais à donner, à lire ou à raconter au monde. Si on n'en fait pas, c'est quelqu'un d'intrinsèquement fascinant. En tout cas pas plus que n'importe qui. Mais je suis très intriguée par cette histoire de récit parce que vous avez dit que justement, c'est un autre travail de tiens le mien de relier les personnes à ce qui fait que leur vie vaut d'être vécue et qu'il y a un récit puissant qui s'en dégage. Alors ça, c'était pour ne pas répondre à ta question. Et pour répondre à ta question, j'allais dire que qu'est-ce qui fait que ça a été un évident ? Qu'est-ce qui fait que j'ai fait ce choix-là ? Soit du concret et de l'abstrait. Du concret, c'est que j'ai toujours navigué, entre amis et entre amis, depuis toujours. Mon père nous raconte que c'est dans son endroit où il y a la navigation, on avait un tout petit bateau, un 6,5 m, il y a un nez, et avant qu'on sache même marcher, nous attacher au mât, et comme ça on passait de longues périodes sur la mer. C'est toujours trop lent et trop long. le temps que l'on passe en voilier. Et c'est ainsi que ça m'a permis d'apprécier un autre rythme de vie. Donc, contact avec la mer, contact avec les sciences. Je me suis retrouvée en prépa. Je me suis retrouvée parce qu'en fait, ce n'était pas un choix volontaire que de faire une école d'ingénieurs dans une famille de médecins.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
je ne savais pas ce que c'était qu'un ingénieur. Mais force est de constater que j'étais douée en maths et en physique et pour avoir un maximum d'espoir pour quelqu'un qui ne savait pas choisir à l'époque, qui n'avait pas d'idée, on allait en prépa. Avec stupéfaction, voire horreur, je me suis rendue compte que la prépa préparait à être ingénieur. Et quand on m'a expliqué ce que c'était que le métier d'ingénieur, je me suis retrouvée un peu bête en me disant « je n'ai pas l'impression que ça me plaît, que ça soit quelque chose qui soit fait pour moi » . Et il y a une maxime qui ne m'a jamais quittée, qui était celle de Charcot, qui me dit pourquoi pas. Et donc, quand je ne sais pas quoi faire, je me mets dans des conditions qui me permettent d'aller chercher une solution qui n'est pas évidente. Donc j'étais pas mal, moi, dans cette prépa. Je me disais juste que je n'avais aucune idée de là où ça allait mener, j'en avais pas confiance. Et ce qui s'est passé, ça c'est pour le hard, tu vois, ça c'est pour les faits. Et puis ce qui s'est passé, c'est pour la chance, c'est pour la vie, quoi. C'est que cette année-là, un épisode m'a vu, mais il venait faire ce qu'on appelait des infos à l'école. Ça c'était avant Internet, c'était avant tout ça. Il nous présentait son étude. Donc moi je vais vous dire au milieu de mon internat à tout le monde, parfaitement sûr, vous n'avez jamais pensé à être militaire, vous allez dire peut-être, au contraire, vous avez des souhaits militaires dans votre famille, j'ai venu vous expliquer son métier, et en sortant de là, effectivement, en entendant, j'ai entendu cette évidence, conjuguer ma passion pour la navigation, pour une vie intense. pour une vie d'aventure, pour le voyage, pour cette connexion avec l'océan et tout ce que ça fait vivre chez moi. Et puis aussi ma passion pour la structure, pour les sciences, pour la vie en communauté. Et donc, à ce moment-là, je me suis dit, pourquoi pas ? Je me suis allée dire à ce jeune homme, d'ailleurs, qui m'a regardée aussi étonnée que moi quand j'ai compris ce qu'il y avait dans mon vie. des écoles d'ingénieurs et je me suis placée à interlocuter, mais je me suis dit, il n'y a pas de femmes à l'école navale. Là, ce qu'on m'a expliqué est quelque chose que j'ai déjà raconté, mais j'étais très déçue, donc je visais ma déception sur lui. J'ai loupé tous mes concours cette année-là. D'accord. Et puis, l'année suivante, en fait, la chance, la vie, on voit, a fait que l'école navale s'est ouverte aux femmes. C'était écrit. Et c'était écrit. Et que ce jeune homme-là est venu de Brest à Toulouse, donc vous imaginez les huit heures de train, et venu chercher dans mon internat, alors que je n'étais évidemment pas à l'infoye-école. Je ne savais pas s'y aller contre les infoye-écoles. J'ai décidé de faire une école. Je me suis dit que je vais travailler avec l'Océan. Donc, il y avait une école d'ingénieurs qui travaillait sur... Je me souviens même plus, c'était tout ce qui était au scénographie, j'avais aussi envie d'y construire des bateaux, en tout cas, ça m'avait redonné un certain élan, donc il avait déjà fait son essai, mais il est venu me chercher, je n'étais pas à l'infro-école, il est venu, il a demandé aux école, il est venu jusque dans ma piole d'internat, en me donnant cette information-là. Cette année, c'est ouvert, maintenant que ta maligne est violée sur quelqu'un, c'est épreuve. Et donc, là, c'était assez marrant. que je n'étais pas du tout la meilleure, mais je ne savais aucun doute que c'était fait pour moi. Ah ouais ? Oui, c'était vraiment pris comme une évidence. D'accord. Et l'armée,
- Speaker #0
ça représentait quoi pour toi à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors, à ce moment-là, c'était très, très abstrait. À ce moment-là, c'était une structure. J'avais un oncle qui était secrétaire de marine. Mon grand-père aussi était avocé des guerres. Donc l'armée pour moi c'était un coup de vieux, un coup du passé, c'était très abstrait et ça représentait surtout un cadre. Parce que moi ce qui me plaisait aussi et ce dont j'avais vraiment pris conscience c'est que pour naviguer justement dans ce que maintenant on appelle un monde JK, mais pour naviguer... dans un monde complexe, dans un monde imprévisible, dans un monde magnifique, on parle de mystère. Il y a un certain nombre de choses, déjà, qui ne s'enseignent pas en passant un permis, et un permis pour les bateaux à moteur, mais pour la voile, ça n'existe pas encore. Ce sont vraiment des transmissions de savoir-faire et de savoir-être. Donc, il y a toute cette culture à s'approprier, d'une part. Et puis il y a d'autre part un certain nombre de règles à respecter. Une certaine humilité devant la force des éléments et puis devant notre perception individuelle. Et puis en même temps un certain courage, voire une certaine ambition de se dire je m'en fous j'y vais quand même. Si c'était facile tout le monde y serait, j'ai de la chance qu'il n'y a personne parce que c'est peu accessible. Et ça, ça m'a toujours attirée. Et pour moi, l'armée, c'était aussi cette même chose. Tellement d'exigence, tellement d'ambition, une discipline et des règles nécessaires. que finalement, peu de gens y étaient élus. Et ça m'allait de pénétrer un monde inconnu, mais en même temps rassurant, comme ça. À cette époque-là, pour moi, l'armée, ça ne voulait dire que ça. Ça voulait dire défi, aventure, structure.
- Speaker #0
Défi, aventure, structure.
- Speaker #1
Voilà, faire quelque chose de ma vie. Et j'étais persuadée qu'à l'intérieur, j'allais pouvoir avoir un petit... un petit peu de répit pour savoir ce qui est vraiment mon mieux. Et puis, ça perd mon temps. Moi, je n'aurais pas pu aller en fac. J'habillerais beaucoup à l'époque les personnes qui étaient capables d'être assez culturelles et assez volontaires pour aller en fac, alors que c'était un peu la même. J'avais encore besoin... D'un cadre. Ouais, la baguette. Ouais, ouais, ouais. Oh oui, cadre !
- Speaker #0
Du coup tu restes pendant 10 ans je crois ?
- Speaker #1
Je restais 10 ans.
- Speaker #0
C'est ça, 10 ans. Donc tu me dis si je me trompe, mais tu prends la tête de la chaufferie nucléaire avant du porte-avions Charles de Gaulle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'imagine, est-ce que tu es la première femme qui occupe ce poste ?
- Speaker #1
Oui, mais parce qu'il s'est passé pas mal de choses entre temps. C'était mon deuxième poste. D'abord, j'avais... au système économique, sur une planète en piste marine, et ensuite je me suis spécialisée dans le nucléaire, et ensuite j'ai pris ce passé-là. Alors après, oui, j'étais la première femme, parce que, de fait, tout ce qu'on a fait à partir de cette période-là, c'était la première femme qui faisait ça, la première femme qui faisait ce quoi. Donc ça, entre autres.
- Speaker #0
Et du coup, de ce que tu disais, tracer cette espèce de route... Neuve, c'était très motivant pour toi. Il y avait une question, il y avait un sel de motivation supplémentaire par-dessus ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je pense que ce n'était pas une source de motivation. C'est quelque chose qui allait avec. Après coup, je me dis que ça a été une source de différenciation et probablement une source d'émulation pour moi. Et si j'avais été la douzième, je pense que ma patiente, je suis sûre même que ma patiente aurait été enceinte. Ce qui était important pour moi, c'était plutôt les frontières personnelles que je passais et ces autorisations que je m'ouvrais à moi-même. Le fait d'avoir été la première, c'est circonstanciel,
- Speaker #0
je ne sais pas comment on dit.
- Speaker #1
Et à l'époque, en tout cas, le fait de conjuguer, le fait d'être la première femme à faire du nucléaire. et à faire du nucléaire embarqué, c'était une conjonction de plein de choses. Portavion, c'était le premier bateau de surface à avoir des chauffeurs nucléaires embarqués. Moi, j'ai été l'une des premières femmes à embarquer dessus, à être mécanicien, parce que j'ai été l'une des premières femmes au système mécanicien qui a fait des études de nucléaire. Donc en fait, tout ça, ça fait une espèce de conjonction. Quand on est arrivés là, il s'est trouvé que, comme tu le dis, j'étais la première femme à utiliser un réacteur nucléaire sur le portavion. mais pour moi c'était pas là ma première fois ma première fois c'était vraiment 4 ans avant quand j'ai embarqué sur mon premier bateau c'était encore 6 ou 7 ans avant quand j'ai fait cette petite traversée qui m'élie du Brest à l'environnement où est l'école navale dans un petit transvase en ne cherchant pas ce que c'était l'armée en ne cherchant pas ce que c'était l'école navale en ne cherchant pas que c'était plus des premières fois que ce truc professionnel qui se raconte, mais j'étais déjà dans le flot.
- Speaker #0
Et avec le recul, est-ce que tu dirais que si tu reprends le fil de tous ces événements imbriqués qui finalement créent ton chemin de vie, est-ce que tu dirais que c'était prédestiné ? Est-ce que toi c'est quelque chose auquel tu crois ?
- Speaker #1
Alors j'ai du mal avec la prédestination parce que je suis maudite. Donc la moitié de ma famille est française, très cartésienne. Je suis aussi du même étage que Nicolas. Parce que moi c'est ma mère qui est maudite. Donc je viens d'une famille de Vosgiens très pragmatiques. Et d'une famille d'Asiatiques. de vietnamien. Ma mère était chrétienne, mais mes soeurs qui sont restées 15 ans de plus au pays et dont j'ai fait la connaissance, que j'ai découvert effectivement en 1979. avait été éduqué dans une autre culture. C'est vrai que ce mélange de ultra cartésianisme et du monde des esprits, du monde de l'inconnu, de la prédestination, m'a un peu bousculée. J'y suis beaucoup adhérée, en fait, parce que ça avait été... Souvent, on était organisé en étage. C'était l'étage, les parents, la famille, tout ce qui était très... très français, très structuré. Et puis, il y avait l'étage des enfants. Donc, alors là, l'étage des enfants, nous étions cinq, trois métis et deux vietnamiennes. Et cet étage-là, on pouvait se dire à peu près tout et n'importe quoi. Et c'est génial, parce que du coup, j'ai pénétré un monde qui, pour moi, était totalement exotique. Et j'ai adhéré à tout. Et ensuite, j'en ai vu les lillis parce que... Parce que finalement j'ai vu que dans leur chemin de vie, les soeurs notamment, c'était... se tournaient un peu en cou là-dedans. De la même manière que je l'observe que des gens qui sont trop cartésiens, tournent aussi en rond, enfin... C'est peut-être pas en rond, c'est peut-être en carré, tu vois, un truc de vieux. Ils se mettent là-dedans, et donc j'ai l'habitude de passer de l'un à l'autre, un peu en fonction de ce qu'ils ont. Donc après destination... Je suis très près dans le mood de penser que, en fait, j'ai vraiment besoin, ce n'est même pas ma pensée, tu vois, j'ai vraiment besoin de penser que je dispose d'une liberté d'action totalement la plus grande possible. Et je sais que ça ne va pas du tout contre la prédestination, de la même manière que les questions chrétiennes, je sais que ça ne va pas contre ça. notre liberté fondamentale. Mais pour moi, cette liberté d'absence, cette liberté de choix, c'est vraiment ce qui me rend une amie. Et le fait de savoir que tous mes tourments, tous mes hauts, tous mes bas, tout ça me ramène vers quelque chose qui était prévu pour moi, ça me dérange. Même si, bon, je ne suis pas dupe non plus, mais ça me dérange. Donc je ne peux pas me dire ni oui ni non. C'est intéressant.
- Speaker #0
C'est intéressant. Parce que cet entre-deux dont tu parles, que je ne savais pas, et qui pour moi est un sujet passionnant, et pour le coup j'accompagne majoritairement des gens qui sont dans cette espèce d'entre-deux. Moi j'appelle ça un territoire identitaire, et ça peut effectivement aller par rapport à des sujets de poids, de très abstraits ou de très concrets, ou entre deux cultures, entre deux terres, etc. Selon les gens, tout le monde n'a pas la même aisance à naviguer entre ces deux, il y en a qui se trouvent fébriles dans ce territoire d'entre-deux. Toi, tu es comment par rapport à ça ? Aujourd'hui tu es apaisée puisque tu disais qu'il y avait deux choses qui étaient contradictoires et que ce n'est pas toujours aisé de faire cohabiter les sujets contradictoires.
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est contradictoire. Je dirais que c'est en tension, mais ce n'est pas les seules choses qui sont contradictoires. Moi, j'aime bien naviguer entre ces diverses tensions. Je trouve que c'est super intéressant. Donc non, je suis à l'aise. Au contraire, je me réjouis. Je me réjouis parce que j'aime bien choisir et en fonction du mood du jour, je choisis un peu ce qui m'arrange. Je suis en fait guidée par autre chose. Donc il y a ce besoin de liberté suivi par la voix. Et si je choisissais un camp, par exemple notre libre arbitre le plus total, avec que du hasard dans le monde, une posture, une des postures qui en fait tout, si je choisissais l'autre, je me retrouverais malheureuse. Et j'ai besoin de... ma posture fondamentale est celle de dire... que l'on ne sait pas. Donc, en fonction de ce qui m'arrange, en fonction de ce que j'ai envie de faire de ma vie, je choisis l'une ou l'autre de ces postures. Parce que, justement, j'ai le droit, parce que c'est ma liberté. Et donc, de temps en temps, ça m'aide de savoir que des choses, que l'univers s'allie, que des choses nous sont destinées, que des choses consentent, et que le sens est extérieur à moi. et que quand je vais dans le champ du courant, tout devient plus facile et que c'est un film. Et j'en ai besoin et je l'utilise. Et d'autres jours, quand ça ne m'arrange pas, j'ai besoin de savoir que ma frustration, elle est une source. d'affirmations identitaires, et que la manière dont je réponds au monde, ça veut dire quelque chose de moi, et que ce moi-là, ce moi central, il est intéressant, il est utile, et il ne mérite qu'à être mis en récit. Et que c'est moi qui vais choisir, à la fois le film narrateur, à la fois les ingrédients que je vais mettre dans le récit, en oubliant de manière tout à fait consciente le reste, et que ça, ça va me mener dans ma petite histoire. histoire, le temps qu'il faudra. Donc ce mélange de ma petite histoire, je veux malheureusement être plus près de mon parcours ou de mon temps de vie, quelque chose qui fait sens dans ma destinée, ou le fait de temps en temps de me dire, ça m'inscrit dans la marque du monde, je laisse faire, j'accepte, je me laisse connaître par la grâce. Je ne pourrais pas choisir entre les deux. Je trouve que les deux sont hyper intéressants. Et notamment, quand j'accompagne, alors c'est un peu à la marge de mon activité de coach exécutif et d'entreprise, mais pour moi, ça a beaucoup de sens. Ça a beaucoup de sens, y compris dans le mode corporel. Quand j'accompagne des marches dans le désert, ce ne sont pas des traits comme ceux de Nicolas, mais ce sont des marches... lente et longue, pour reproduire ce mouvement de navigation dont on a parlé au début. Il y a vraiment le fait de se laisser pénétrer par ce paysage innuable, cette route étoilée qui se fout royalement de nous, cet océan qui est majestueux, qui existera bien longtemps après nous, ce désert qui vibre d'une manière assez spectaculaire. Donc ça, je pourrais dire... ce qui représente notre place dans l'univers, et puis à la fois, sur fond de réflexion, sur fond de petits cailloux, sur fond de petits croquis, se laisser pénétrer par notre petite histoire à nous. On voit notre histoire dans la grande, où la grande histoire au service de la nôtre. Et enfin, je trouve que, pour reprendre la formulation de ta question, ce ne sont pas des choses qui sont opposées, ce sont des choses qui sont contraires. Ça fait plaisir parce que ça ouvre l'espace.
- Speaker #0
Complètement, ouais. Merci, c'est hyper intéressant comme vision. J'aime bien l'idée de cette liberté de naviguer entre les deux justement. Moi je pense aussi que les choses sont complémentaires et qu'elles ne se confrontent pas, elles ne sont pas en friction. Et du coup je te remercie de nous partager comment toi tu arrives à les piocher en la posture... qui te semble la plus juste en fonction des situations. Cette liberté est très rafraîchissante, je trouve.
- Speaker #1
Merci. Merci à toi de porter ton regard là-dessus. C'est intéressant. Dans le visuel, je me dis souvent, quand on marche, notamment dans ce genre de paysage, qu'on a une posture, tu vois, c'est à l'instar des grands explorateurs, on a cette posture avec le regard loin, avec un horizon infini. et puis en même temps on regarde où on a des pieds. Oui,
- Speaker #0
nos pieds qui avancent.
- Speaker #1
Donc voilà.
- Speaker #0
Mais c'est une très belle image effectivement. C'est ça. On est et l'un et l'autre. On peut voir très loin et en même temps on est au moment présent sur un tout petit espace. C'est tout à fait ça. J'aimerais revenir du coup au moment où tu décides, alors ça peut paraître du extérieur un 180 degrés, tu décides de changer d'orientation professionnelle et de devenir coach, ça arrive à quel moment ? Pourquoi ça se met en place ? Est-ce que c'est quelque chose qui a maturé pendant longtemps ou qui est arrivé à toi, c'était une évidence, et du jour au lendemain, action, réaction ? Comment ça s'est passé en toi ?
- Speaker #1
En t'écoutant, tu me dis que je ne suis pas très bonne à la maturation. Parce qu'on voit là une deuxième évidence et quelque chose qui se fait assez vite. Alors entre-temps, il y a quand même eu 15 ans dans le suivi, donc justement dans un métier d'ingénieur pur, pour lequel effectivement quand je suis allée, ça m'arrangeait au niveau logistique parce que j'avais 10 ans et je ne pouvais plus aller à droite ou à gauche et je voulais m'assurer d'être chez moi tous les soirs d'une manière très pragmatique. J'ai donc découvert, alors là c'était un pourquoi pas, dit du bout des lèvres, mais j'ai donc découvert ce monde, alors pur ingénieur pour faire de la contre-expertise en sciences moléculaires, ultra pointu, ultra collaboratif. Et quelque chose de finalement, je suis allée à reculons, mais alors ça a été, je suis restée 17 ans en trou, ça a été 17 ans fantastiques. Au bout de 15 ans, je me repose la question de me remettre moi dans mon flot. Ça a été super, j'ai découvert énormément de choses dans ma première partie carrière sur ce qu'on est capable de faire en équipe. Moi j'avais déjà l'expérience de la famille, de la famille nombreuse, de composés, hétéroclites, d'études culturelles. Je ne peux pas dire que dans tous les deux sœurs vietnamiennes, j'avais aussi deux frères français, qui ont vingt ans de plus que moi, mais deux sœurs vietnamiennes vivent en plus, loups trois métis, tout ça ensemble, dans une double culture. Ça faisait un... c'est un joyeux bordel, et j'adore, j'adore les joyeux bordels. Dans l'armée, ce n'était pas tellement les bordels, mais quand même... au sein de toute sa structure, vraiment à l'intérieur de ça, de voir qu'il se redécouvre. Et au sein de ce cadre-là, ça autorise aussi quelque chose qui est très noyé, très vivatoire. Et qui, de temps en temps, est un peu bordé vite. À partir du moment où ça ne vient pas empiéter sur la mission. Donc, première partie du livre, j'ai lu beaucoup en communauté. Je suis l'aimée, malgré tout, de tout ça. Parce que je suis la première... du couple parental, que mes frères et mes soeurs ont pas mal pour faire et donc c'est moi qui fais le lien avec ces mots. Deuxième partie de carrière, c'est aussi en communauté et je m'aperçois à une autre échelle de tout ce qu'on peut faire quand on est ensemble, quand on se reconnaît, quand on vit ensemble les uns sur les autres 24 heures sur 24, quand on reconnaît sa compétence, quand on reconnaît sa valeur intrinsèque et quand on reconnaît aussi sa faiblesse. Le mot est à la mode, on parle beaucoup de vulnérabilité. Et puis, je me retrouve dans cette entreprise purement d'ingénieurs dans laquelle, finalement, ensemble, on arrive à faire des choses qui sont, moi, je crois, qui sont des produits d'excellence, des produits intellectuels d'excellence. Mais finalement, c'est exactement la même chose. C'est du collaboratif tout de suite, c'est de la confrontation, c'est de l'innovation permanente. Et finalement, on retrouve les mêmes ressorts, respect mutuel, confrontation mutuelle, et puis on va jusqu'à aller chercher les signophiles, les intuitions, tout ce qu'on ne dirait pas d'habitude si on avait une occasion polie. Donc je me retrouve vraiment fascinée par cette dynamique d'études, d'un côté. De l'autre côté, au niveau perso, je vais voir un psychologue. Parce que j'ai du mal, parce que je commence à être énervée, stressée, angoissée. Et j'ai besoin de... Parce que mon médecin généraliste, il me dit spontanément d'avoir un prix parce que j'ai des informations que tu ne devrais pas avoir. Et je ne vois rien sur toi, ton médecin est lancé. Moi, en tant qu'incrédible, je me dis, bon, ok, encore. Je vais voir un prix. Si tu veux. Et puis, je vais voir du... qui me dit alors, c'est pourquoi ? On m'a dit qu'il fallait que je vienne vous voir. Alors je viens vous voir. C'était vraiment ça. La posture très... pas bourrue. C'était pourquoi pas. C'était pourquoi pas aussi. Oui, c'est vrai, c'était pourquoi pas aussi. Mais c'était vraiment comme ça. Quelqu'un en qui je fais confiance me dit, bon, on va voir un petit. Et alors, avec elle, le monde s'est ouvert. Je me suis retrouvée pour la première fois peut-être à fond un peu de recul sur ce qui m'était arrivé, en bien, en pas bien, sur plein de deuils que j'avais passés. Et je me suis retrouvée à finalement faire une espèce de bilan de ce qui m'intéressait et de ce qui me pesait. Et il se trouve qu'à la fin de la session, elle me disait... Vous êtes bien construite, c'est un truc comme ça, vous êtes trop libre. Je dis, c'est toi ? C'est un petit compliment, je prends. Et puis elle m'a dit ça une deuxième fois. Je dis, c'est toi ? C'est un petit compliment. Et puis la troisième fois, je lui ai dit, en fait, il faut vraiment m'expliquer parce que je ne suis pas du tout de votre monde. Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que j'ai besoin de... Est-ce que c'est un message ? Est-ce que... Je ne sais pas quoi faire de ce truc-là que vous répétez. à chaque fois à la fin des sessions, et elle m'a dit, mais si non, en fait, vous ne savez pas que je le répétais, c'est pour vous dire que j'ai bien aimé.
- Speaker #0
des bons fondamentaux, que vous étiez assez solides, assez ancrés. C'est ce qu'il a prononcé sur moi-là pour la première fois. Et c'est vrai, qu'est-ce que vous en faites ? Je ne comprends pas votre question. Qu'est-ce que je fais de ça ? Absolument rien. Ça ne rentre pas dans mon mandat. Et finalement, je me suis posé la question. Et c'est là, et en fait, assez rapidement, c'est un peu comme l'invitation de l'école Naval, assez rapidement. C'est un peu coup de poing. C'est venu très rapidement de me dire qu'est-ce que j'en fais ? Rien. Mais en fait, en pratique, ça, ça me fascine. Il y a pas mal de personnes que j'accompagne d'une manière… C'est le coach du dimanche, quoi. Le truc dans lequel je ne suis même pas sûre de faire du bon travail, qui perd des plumes. Je me ramène avec ma cape 2 euros, mes gros sabots. C'est n'importe quoi. Mais déjà, dans ma tête, je m'aperçois que finalement… je n'arrête pas de faire des trucs qui ressemblent à du coaching pour ce que je connais du coaching c'est pareil, c'est comme ingénieur, je n'en connais rien mais que je pourrais en faire quelque chose parce que finalement c'est ça qui m'intéresse moi c'est les dynamiques humaines et que ma lecture que ça soit de l'argent ou que ça soit du monde de l'entreprise ça passait par là donc en fait très rapidement je crois qu'il s'est passé un été très rapidement Non, je... J'ai dit, je prends confiance, je m'inscris à un pilote d'une école de coaching. Je rentre dedans, et pareil, évident, immédiatement, en fait, c'est ça. Je comprends maintenant pourquoi tout ça. J'ai été fascinée, le passage dans l'armée, notamment dans la marine, je ne sais pas si ça aurait été la même chose dans d'autres armées, mais le passage dans la marine m'a donné un socle. Il m'a donné une deuxième éducation qui me renforce dans mes convictions, dans des conditions qui étaient des conditions dans la famille, tout était toujours un peu les îles Corée, là c'était dans des conditions qui ont été beaucoup plus extrêmes. Mon passage dans l'entreprise m'a montré que tout ça avait de la valeur, que c'était valable et que finalement, on se ressemblait tous d'une certaine manière. J'ai l'impression que si j'étais polie avec la technique, je pourrais être beaucoup plus pertinente, beaucoup plus puissante dans ce domaine-là. Donc, j'ai fait, j'ai suivi ça, j'ai commencé à exercer très rapidement. Je n'avais même pas fini mon école, en fait.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #0
J'ai commencé à exercer. On avait le droit.
- Speaker #1
En entreprise, du coup, tu as exercé rapidement ?
- Speaker #0
Ah non, pas en entreprise. En entreprise, en fait, ça ne l'intéressait pas, le coach. J'ai exercé en libéral directement pendant ma formation. J'ai commencé à avoir mes premiers accompagnements. Et puis ensuite, j'ai pris un carton. Et puis j'ai été appelée pour enseigner dans l'école que j'avais faite. Et pour te dire que c'était vraiment cette culture-là, moi, m'y va complètement. Et puis ensuite, j'ai commencé à exercer de plus en et puis j'ai pris un temps et j'ai été lancée en prise parce que... parce que j'ai travaillé des appuis d'équipe. Et puis, je voulais rester en bon terme avec eux. Et puis, surtout qu'ils récupèrent quelqu'un à plein temps à ma place, quelqu'un à ma case. Voilà, donc ça s'est fait assez rapidement. Mais encore une fois, ce passage-là, c'était une évidence. Ça a été une évidence. Tu vois, avant, je ne savais pas du tout. Et puis après, cette conversation avec la psy, c'est devenu comme une évidence très rapidement. Deuxième conversation. C'est vraiment des triggers. C'est pas du tout de la maturation.
- Speaker #1
C'est intéressant. Peut-être que c'était là inconsciemment et que le mot a ouvert la porte. Moi,
- Speaker #0
je crois que j'ai besoin de permission.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et peut-être d'un peu d'idées qui sortent des terrains battus. Et que par ce questionnement, la première fois contre ce jeune homme, c'est un peu plus que mon âge. C'est plus jeune. Il est venu me voir. Il m'a donné la permission de rêver à ça. Il m'a donné cette idée de rêver à ça. Et puis d'en faire un projet. Le rêver, c'est bien. Mais le faire, c'est encore mieux. Et cette session de cette optique m'a permis de remonter un peu le cours de quelque chose qui était là. Et puis, il m'a aidé à cristalliser assez rapidement. Et puis après, quand j'ai cristallisé...
- Speaker #1
tes apprentissages dans l'armée et puis ensuite dans l'univers de l'entreprise, est-ce que ce sont des choses qui colorent aujourd'hui tes accompagnements à part entière ou pas ?
- Speaker #0
Ah oui, d'ailleurs je suis en train de réfléchir au contraire, je n'imagine même pas que le contraire soit possible, que je suis accompagnée en faisant… de mes apprentissages et en faisant plus de mes conditions. Alors, j'ai eu la chance, peut-être contrairement à certains coachs, d'avoir une belle expérience dans l'armée et une belle expérience en entreprise. Je ne dis pas que ça a été facile tous les jours, mais je comprends à 100% les gens qui s'engagent dans la vie militaire. Et je trouve que c'est une très belle cause. Et je comprends à 100% les gens qui montent une entreprise et qui s'engagent dans la vie de l'entreprise. Et je me fais absolument absolument pas partie des coachs qui vont essayer de minimiser cette belle aventure qu'est l'entreprise. Et ça, c'est déjà dans l'état d'esprit. Et puis dans le quotidien, oui, je m'appuie énormément sur mon expérience, sur ce que j'ai vu, de ce que j'ai vécu, de ce que j'ai accompagné. Pour moi, ça a beaucoup plus de valeur que tous les théories. Ça m'a permis de théoriser la pratique, ça m'a permis d'aller plus loin. d'avoir une prise de conscience encore plus grande, mais mon gros apport, il est vraiment là, dans la manière dont, pour le coup, j'ai métabolisé et soufflé d'experiments.
- Speaker #1
J'ai lu aussi que tu étais logothérapeute, je crois.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est pareil, c'est quelque chose que tu saupoudres dans tes accompagnements, ou c'est une compétence en plus ?
- Speaker #0
C'est quelque chose, alors que je ne trouve pas, c'est vraiment une graisse qui a pris. Ça fait vraiment partie de la parenté avec vous. Ok, d'accord. La logothérapie, en fait, l'analyse existentielle, moi je le révis comme ça, c'est la philosophie du sens et ses applications cliniques. Donc, j'en ai eu besoin, de la philosophie du sens, parce que mes premiers clients m'ont posé pas mal de questions, ou se posaient pas mal de questions. en me demandant de les accompagner, sur des thématiques pour lesquelles je me sentais tout à fait illégitime, voire bébête, parce que je ne me suis jamais posé ce genre de questions. Tout en ayant développé par ailleurs, justement grâce à mes parents et grâce à mes soeurs, une spiritualité qui était différente, pour moi c'était deux domaines qui étaient complètement éclatés et dont je ne savais pas parler. Parce que je me situais dans cette... entre deux, c'était un peu fou. Donc j'ai eu besoin de me former. J'ai été très académique pendant très longtemps, je me suis toujours un peu mis en poigne. J'ai eu besoin vraiment de me former dans les règles des dollars, à cette philosophie du sens. Qu'est-ce qui sous-tend l'accès au sens ? Quels sont les divers courants qui ont mené vers ces grandes questions existentielles ? Quelles sont les diverses manières de l'aborder ? Et ces applications cliniques. Et finalement, pour moi, la analyse existentielle, c'est... et le coaching, pour ne pas s'y éloigner. Vous allez dire, la vie existentielle, c'est du coaching, un peu dans l'esprit salé. Pourquoi ? Parce qu'on va enquêter sur la manière dont la personne a répondu à l'avis, tel qu'elle lui a été présenté, et on va aller chercher là-dedans des expressions de sa vitalité, de son style, de ses valeurs les plus prégnantes. Et on va les mettre devant elle. au-devant d'elle même, pour l'aider à construire son projet et à se projeter. Et à se projeter non seulement dans un an, deux, trois, dans son projet, mais dans une vie qui fait sens. En ce sens, c'est du coaching. Donc, pour répondre à ta question, je ne saupoudre pas de l'analyse existentielle et du sens dans mes coachings, je les mets vraiment au cœur. Pour moi, c'est concomitant. Et que ça soit pour un particulier. entreprise, que ce soit pour un manager ou que ce soit pour un codire.
- Speaker #1
La logothérapie c'est effectivement ce que tu disais, retrouver du sens dans les situations qui se présentent à nous mais aussi dans les situations douloureuses. Oui. Ça c'est un point important et moi j'aimerais savoir ce que ça t'a révélé sur la manière dont une épreuve peut justement devenir un passage comment tu arrives à transmettre cette notion là à mon sens en tout cas,
- Speaker #0
est primordiale dans l'avancée de notre chemin de vie. Oui, j'aime beaucoup la manière dont tu le formules. Une épreuve est un passage. Je pense que c'est à peu près la même chose pour moi. Dans l'épreuve et dans le passage, il y a cette notion de deuil. On fait le deuil du confort, du domaine connu. au-delà, pour aller un peu plus loin. Et en ça, il y a besoin de laisser quelque chose à cet endroit-là, on ne sera plus exactement la même personne. Donc il y a cette notion de deuil. Et pour aller faire ce deuil, il faut des forces motrices assez puissantes. Donc une force, soit une force de joie, une force d'appel, comme moi j'appelle l'aventure, mais qui nous mène quand même à faire un deuil. et à passer des épreuves, mais ça nous aide à passer ces épreuves-là, soit quelque chose au contraire qui est de l'ordre de l'épreuve et qui contient en elle ce germe d'aventure, donc ce germe de passage. Donc aborder de l'une ou l'autre des manières, ça donne à chaque fois quelque chose qui nous force à faire un deuil. Et faire un deuil, ça veut dire quitter la personne telle qu'on l'était vraiment. Et donc ça... ça relève d'une certaine forme de souffrance qui est nécessaire, donc qui est soit déjà excusée et qui vaut vraiment le coup, et on fait un choix parce qu'on se dit « là, je vois vraiment pourquoi j'y vais » , soit qui est préexistante parce qu'on n'a pas encore l'accès au temps que ça va avoir. Et donc cette épreuve-là, qui peut être une souffrance, une détresse, cette épreuve-là, c'est une maladie médicale. on la considère comme étant les prémices d'une joie à venir, donc d'un alignement à venir. C'est pour ça qu'on parle d'optimisme tragique. Nous voyons venir à nous des personnes qui, tout à une épreuve, bien dont l'épreuve immédiate est de souffrir, et qui voudraient moins souffrir. Et nous, nous résumons de cette souffrance parce qu'on trouve là-dedans vraiment des germes sur ce que ça veut dire. Si les personnes ne souffraient pas, elles seraient complètement en ligne avec tout la société que leur propose, que leur vie leur propose, que leur chemin de vie leur propose. Et c'est super, mais souvent ça ne dure qu'un temps. Donc il y a toujours des moments dans lesquels on se remet en question, on passe par certaines épreuves pour se reconfigurer. Donc nous on les voit à ce moment-là, et c'est super. Déjà c'est super parce que ça veut dire qu'elles vont se réajuster. C'est quand même bienvenu de temps en temps de se réagisser. Et puis c'est super parce qu'elles sont pas seules pour le faire. Parce qu'elles ont osé en parler à quelqu'un. Plutôt que d'avoir cette double culpabilité de se dire, que je vois souvent, je souffre, mais comme je n'ai pas de raison objective de souffrir, je culpabilise parce que je souffre. Alors là, c'est encore plus. Et cette personne-là, c'est très très seul.
- Speaker #1
C'est une super... J'aime beaucoup la logothérapie parce que justement ça remet, ça déculpabilise la douleur et je trouve qu'elle est source d'optimisme pour la suite, au contraire d'avoir cette lecture des choses et qu'elle est nécessaire pour finalement continuer à évoluer et à s'élever sur ce qui nous attend pour après. Moi j'aime beaucoup ça, ça déculpabilise vraiment la douleur.
- Speaker #0
Oui, je trouve que ça déculpabilise parce que ça vient dire, un peu comme ces émotions de colère, ces étapes d'égoïs, ça vient dire que tu souffres, ça veut dire quelque chose. Ça veut dire que tu es en train de te parler et que quelque chose en toi ne va pas. Youpi ! Qu'est-ce que c'est ? Et qu'est-ce que tu veux en faire, justement ? Ça veut dire qu'il y a un sens de la justice, par exemple, chez toi, qui n'est pas assez mis à l'œuvre. Comment est-ce que tu veux le cultiver ? Ça veut dire ? qu'il y a un besoin de proximité ou d'amitié qui n'est pas nourri. Qu'est-ce que ça dit de toi et comment est-ce que tu veux en prendre soin ? Et donc, ça vient prendre quelque chose qui est inachevé pour le projeter et le mettre au sens, au cœur d'un projet. Et c'est justement ça, l'accès au sens, c'est-à-dire, j'ai un deuil, j'ai une épreuve, ça peut être vraiment des épreuves publiques, des accidents. séparation des infirmités, la confiance de la mort qui arrive. J'espère que ce que j'en fais, ça me... Et là, il n'y a pas de réponse plus faible. C'est ça qui est bien, c'est qu'il n'y a pas de réplique.
- Speaker #1
Je reviens sur la notion de passage. Pour ceux qui nous écoutent et qui seraient justement dans cette situation-là, est-ce que tu aurais un conseil à donner ? Comment on peut mieux vivre cette incertitude ? Pour les gens qui sont plus fébriles par rapport à ça, qu'est-ce que tu voudrais leur dire ?
- Speaker #0
J'aimerais leur dire que si ces notions de passage entrent dans leur corps, c'est qu'ils sont perméables. Moi, je ne poserai pas la question. Donc, j'aimerais déjà leur parler de cette notion d'optimisme, de trajet de ce qu'il y a comme message positif qui fait que vous êtes appelé vers quelque chose d'autre. Ou en tout cas, que vous avez envie de sortir de là où vous êtes actuellement. Ça, c'est la première chose. Et j'aimerais leur parler, enfin, leur partager, moi qui m'ai toujours visé cette notion de pourquoi pas, souvent, et c'est normal, que les studios d'autorité, nos parents, la société, nos amis, veulent prendre soin de nous en nous demandant de bien réfléchir et bien choisir et en nous demandant de justifier nos choix un peu bizarres, nos élans. Il faudrait que nos élans aient des raisons. Et il faudrait pouvoir justifier ces élans avant de pouvoir y aller. Et moi, je les invite à regarder de l'autre côté, avec le « pourquoi pas » . Mon élan, il existe et je n'ai pas besoin de justifier. Je peux peut-être l'expliquer, mais je n'ai certainement pas besoin de justifier. En revanche, ce que je peux justifier, pour rassurer tout le monde, c'est « est-ce qu'il y a des raisons pour lesquelles je ne devrais pas y aller ? » Et ça peut être de très bonnes raisons, ça peut être des notions de protection, et à ce moment-là, on n'y va pas. Mais de toute manière, c'est la première chose que fait un coach ou un thérapeute. C'est de regarder les conditions de protection. Mais s'il n'y a aucune raison objective de ne pas y aller, alors pourquoi pas ? Dans les choses les plus... J'aime bien ce mot idiot, ça ne sonne pas, ce n'est pas figuratif dans ma bouche. Mais dans les choses les plus idiotes, les plus enfantines, les plus immédiates, moi je trouve que c'est divin. Donc mon conseil, ce serait de dire quand vous avez une idée comme ça, pourquoi pas ?
- Speaker #1
C'est une bonne idée, je vais me le mettre en souvenir. Merci Marie-Emmanuelle. On est déjà vers la fin de l'épisode, c'était passionnant de discuter avec toi, vraiment, j'ai adoré cet échange. Merci pour les partages, ça passe vite. J'aimerais que tu nous dises juste un petit peu ton actualité du moment, tu navigues sur quelles rives, tu es où, qu'est-ce qui va se passer pour toi dans les prochains mois ? prochains mois peut-être.
- Speaker #0
Je crois qu'il y a quelque chose qui s'appelle le bureau du réel aussi, si tu viens nous en dire quelques mots. Alors dans mon actualité, il y a un fond, c'est pas de l'actualité mais c'est quand même très présent chez les accompagnements, notamment en entreprise, donc accompagner à la fois les directeurs, les managers à vraiment s'approprier ces clés-là. Alors on est parti sur des notions qui pouvaient sembler très existentielles mais je trouve aussi Merci. que dans le métier que font les managers en entreprise tous les jours, il y a de l'existence. C'est un tiers de la vie. On a tendance en France à sous-estimer la valeur de projet. On met beaucoup en avant les notions de lien, d'amitié, des notions d'art aussi, relations à la nature. On a l'impression que tout ça fait noble et puis que le travail, comme c'est un... On gagne plein, c'est moins intéressant. En analyse existentielle, et Frankel était le premier à dire, les valeurs de relation, c'est une famille de valeurs. Notre famille de valeurs, c'est famille de projets. Ce qu'on fait du monde, comment on essaie de faire en sorte qu'il soit un peu plus beau tous les jours. Et ça peut tout à fait passer par un projet professionnel et même par un projet d'entreprise. Même si ce n'est pas nous qui avons donné cette direction-là, moi je travaille avec beaucoup de gens qui font... super engagé en entreprise et qui y croient. Et donc, ce n'est pas mon actus, mais ma baseline, c'est d'accompagner tous ces gens-là qui y croient à bien travailler ensemble en entreprise, à faire en sorte que leur quotidien existant et que malgré ce que certaines personnes en disent, que l'entreprise puisse faire son job, c'est-à-dire entreprendre et constituer cette aventure humaine. Et mon actu par-dessus ça, notamment j'ai appelé aussi Nicolas pour faire ça. en actualité, ma nouvelle entreprise, alors à moi, à nous, c'est de monter une agence de conférenciers alternatifs qu'on a appelée le Bureau du Réel, par opposition au Bureau des Légendes, aussi parce qu'on adore le Bureau des Légendes et parce que cette notion de réalité nous parle beaucoup. Et parce qu'on parle de speakers bureau, donc voilà, le terme est tout à fait vrai. Et de rassembler des personnes qui ont à la fois Une conférence, donc un message à faire passer, qui est utile pour une communauté humaine, donc pour l'entreprise, mais à la fois de leur demander, une fois le message passé, d'être capable de descendre dans l'arène, c'est-à-dire d'être branché plus sur l'impact que sur le message, avec une liste de questions, avec des questions-réponses qu'il faut, avec un atelier de mise en œuvre, avec tout ce qu'il faudra pour s'assurer que le message est passé. Et puis avec un tropisme qui est vraiment centré sur... leur métier, ce qu'ils ont appris sur le terrain. Ça, c'est pour le bureau de conférencier, et on est allé chercher des personnes qui avaient à la fois ce message à faire passer, et en même temps, une intention globale, c'est-à-dire peut-être une petite valeur de sens à faire passer aux personnes qui l'accompagnaient. Et ce qui me plaît, moi, en tout cas, beaucoup là-dedans, quand on demande aux personnes d'aller plus loin, c'est de parler de ce que... c'est déjà, c'est-à-dire l'esprit d'équipage, comment aller traquer la performance ou l'excellence en équipe, comment faire en sorte que le job qu'on fait tous les jours devienne une aventure humaine qui dépasse. C'est ce que j'ai eu la chance de vivre, à la fois dans l'armée, mais aussi dans l'entreprise, que ce qu'on fait ensemble aujourd'hui reste encore présent quand on aura quitté l'entreprise dans 10 ans, 20 ans, 30 ans. Et puis, c'est assez récent, moi je mets la... ça une réflexion existentielle justement pour accompagner ceux qui veulent des prix aventuriers à se poser la question de savoir comment est-ce que le sens que je donne à mon entreprise peut vraiment aller piocher beaucoup plus loin dans mes tris et comment est-ce que je peux l'assumer.
- Speaker #1
Merci. C'est un beau regard sur comment mêler justement ces sujets importants les uns aux autres. Merci en tout cas.
- Speaker #0
Avec plaisir. Ça, ça m'a été transmis. J'ai eu de la chance aussi. C'est une personne, Vivier Marlier, qui est un conférencier génial et qui est à la tête du Blur. Je te donnerai son profil si vous voulez que je vous le regardez. C'est un petit de manière orale le voyage du héros adapté aux entreprises. C'est un enjeu qui en avait parlé. Il a choisi de me le transmettre. Il y a un an et demi environ. Et il m'a fait ce jour-là un cadeau fantastique en me demandant d'aller le porter plus loin. Et au début, j'ai dit, oui, bon, c'est sympa, mais je ne sais pas si c'est vraiment mon domaine. Et comme fait à exprès, une grosse entreprise me demande une conférence qui était accueillie sur une transformation pas facile. Je leur propose deux angles. dont un était un voyage numéro pur et il me dit, ben non, mêlez les deux. Et du coup, là, je me suis dit, ben pareil, ok, pourquoi pas. Et depuis, ça m'a aidée à faire ce passage-là. Pourquoi pas, et devenu la réalité. Et devenu la réalité, voilà.
- Speaker #1
Super, c'est une belle conclusion en tout cas. On se rappellera du pourquoi pas à chaque nouvelle situation de vie. On voit que c'est un merveilleux élan.
- Speaker #0
Ça peut nous donner, en tout cas. Tu me diras. Moi, j'ai là... En tout cas, il est présent pas toutes les semaines, mais presque. Et c'est vraiment un fil conducteur. Donc oui, si ça se parle, ça sera déjà... Ça sera déjà un super outcome.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Marie-Emmanuelle.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
C'était, encore une fois, vraiment... très nourrissant d'échanger avec toi sur ces sujets, donc merci d'avoir répondu présente.
- Speaker #0
Ah génial avec grand plaisir si ça t'a servi et puis je ne dis pas que je te dois le faire tout tout de suite, donc tu m'as dit une photo et un lien vers une équipe quoi, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement