- Speaker #0
Bienvenue dans Walkie Talkie, parce que je crois que c'est plus simple en marchant. On suit un chemin, on se perd un peu, et on se dit beaucoup. Bonne écoute. Lisa, bienvenue dans Walkie Talkie.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Je suis ravi de faire cette balade avec toi à l'occasion de la sortie de ton album.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui est sorti il y a dix jours maintenant.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ça doit être ouf. Il s'appelle Effets secondaires.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et c'est du coup ton premier album, qu'est-ce qui se passe en toi à 10 jours de la sortie ?
- Speaker #1
Une totale dissociation encore, je n'ai aucune idée de quoi tu me parles. Moi je suis venue faire une balade, tu me parles d'un album, qui est cette personne ? Franchement je suis très contente parce que les messages sont concrets, les retours des gens sont concrets. Mais je ne sais pas comment t'expliquer, je n'arrive pas à me dire que c'est vrai que les gens ont vraiment les morceaux dans leurs oreilles et tout. ça me fait trop bizarre et surtout qu'il y a un truc que je veux pas décevoir les gens quand on me dit comment tu te sens donc je suis en mode super mais je ne sais même pas moi ça fait deux ans que c'est mes bébés mes chansons et qu'elles sont chez moi et là tout le monde peut les entendre et on me dit comment tu te sens mais toi comment tu te sens moi je les connais déjà mais deux ans je les connais mais ils sont moi quelle est l'émotion qui serait la plus grande en toi à ce moment là je te dirais en vrai je crois que c'est parce qu'il y a tellement d'émotions justement je suis tellement émue et tout Que ça m'inhibe un peu la tête, tellement c'est intense, tu vois. Parce que ça a été tellement une galère, les débuts dans la musique, tout ça, que là, de me dire, là, j'ai lancé mon premier album, genre comme les vrais chanteurs, genre, ça me fait trop bizarre. Et donc, je pense que ça a été trop fort d'un coup, l'émotion, et donc j'ai tout inhibé.
- Speaker #0
Est-ce que c'est l'une des premières fois que tu dirais où tu te sens vraiment légitime en tant qu'autrice, compositrice, interprète ? Le fait de sortir un album, ça rajoute quelque chose de légitime en toi ou pas du tout ? Tu te sentais déjà avant chanteuse, etc.
- Speaker #1
Non, en vrai, je pense que j'aurais un peu toujours ce truc de pas légitime. En fait, c'est terrible, mais c'est aussi mon essence. Depuis gamine, la raison qui fait que je veux faire des choses, je veux faire de la musique, etc. C'est parce que je me sens pas légitime. Et que ce soit dans faire de la musique ou dans tout, tu vois. Mais j'ai accepté un peu ce truc-là, tu vois. J'ai accepté de ne pas être... de me dire en tout cas que je ne suis pas légitime et que ce n'est pas grave. Et je vis avec cette pensée de me dire bon bah c'est pas grave au pire je me sortirai toute ma vie pas légitime. La finalité est que je fais quand même, que ça fume je suis quand même.
- Speaker #0
Un jour que l'aise m'a donné une définition de la légitimité et elle disait qu'on devient légitime juste en faisant en réalité. Donc là tu fais donc tu es légitime.
- Speaker #1
Ouais mais c'est vrai en vrai.
- Speaker #0
Après le ressentir c'est autre chose.
- Speaker #1
Ouais, mais j'y bosse.
- Speaker #0
Déjà, dis-moi du coup où on se trouve et pourquoi tu as choisi cette balade ?
- Speaker #1
On est au Parc Monceau parce que j'ai grandi juste à côté. Dans un petit quartier plutôt calme. J'ai grandi là et du coup je venais au Parc Monceau. Et quand on était ados, on se prenait pour des grands fous. Et on escaladait ce parc pour venir la nuit se poser et faire des bêtises dans le parc. Et après on jouait à cache-cache avec les gardiens.
- Speaker #0
Trop bien. On peut transformer l'interview et partir en cache-cache si tu veux.
- Speaker #1
Oh là là, mon dieu, je suis terrible à ça. Je vais oublier que je te cherche et je vais passer à autre chose, je vais rentrer chez moi.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est clair. Et moi je t'attendrai pas chez toi dans 20-20 heures, à l'enfer. Moi j'ai créé ce podcast parce que la vulnérabilité me passionne et toutes les questions de santé mentale, c'est vraiment quelque chose que j'ai à cœur parce que je crois que la vulnérabilité en fait, elle constitue vraiment une force chez l'être humain. Elle rassemble et elle inspire. Et là, tu vois déjà en quelques mots, tu te montres déjà assez vulnérable. Mais est-ce que tu pourrais me donner une définition de la vulnérabilité pour toi ?
- Speaker #1
Oh là là !
- Speaker #0
Ouais !
- Speaker #1
Mais frère !
- Speaker #0
C'est dur, hein ?
- Speaker #1
Dis-moi, hier, ça !
- Speaker #0
Hier !
- Speaker #1
Ta définition de la vulnérabilité, ça m'a rappelé cher. Je sais pas, poser ses armes, quoi, te sentir... accepter de ne pas te sentir attaqué et donc te montrer tel que t'es t'as eu l'impression d'avoir fait ça dans ton premier album ?
- Speaker #0
parce que moi c'est l'impression que j'ai en écoutant toutes les chansons, je me dis que t'es arrivée avec la plus grande vulnérabilité en disant voilà ce qui se passe en moi je cherche en tout cas un peu constamment à être la plus vulnérable possible parce qu'il n'y a pas seulement où je me sens vulnérable c'est que je fais un truc qui va toucher
- Speaker #1
Donc je suis dans la bonne direction. Et ça marche pour tous mes sons en vrai. Quand je parle de maladie mentale avec les bonbons, je ne me suis jamais sentie autant vulnérable qu'en écrivant cette chanson, Ruelle sombre. J'ai carrément fait cette annonce à ma famille avec cette chanson. Je ne pouvais pas être plus vulnérable.
- Speaker #0
On va revenir là-dessus. C'est incroyable ce qui s'est passé avec tout ça. Est-ce que tu as un moment en tête, peut-être récemment, où tu t'es sentie... Tu t'es montré vulnérable justement, au-delà de l'album ?
- Speaker #1
Ah c'est marrant oui, totalement. Dans ma vie privée, c'est un taf que je fais. Avec mon amoureux justement, parce que j'ai beaucoup de mal à parfois être vulnérable, parce que je me dis quand t'es vulnérable, tu montres tout. Donc si la personne en face aime pas ça, c'est qu'elle aime pas toi. Tu vois ce que je veux dire ? Et donc d'une certaine manière, je me dis de pas me montrer vulnérable, c'est m'auto-convaincre. que la personne en face du coup me connaît pas pleinement et donc que si un jour elle décide de plus m'aimer et bah ça va de toute manière j'étais pas vraiment moi, la preuve je me suis jamais montrée vulnérable face à lui et le vulnérable c'est l'essence même de ce qu'on est tous tu vois, c'est le noyau et donc du coup j'ai du mal à faire ça avec n'importe qui et là c'est le taf que j'essaye de faire notamment pour avec mon amoureux, d'accepter de me dire bon il va pas Être dégoûtée de ça, ou il va pas fuir. Et bon, moi je galère, mais...
- Speaker #0
Ouais, justement, dans le concret, ça donne quoi une Lisa qui va du coup plus se révéler à la personne qu'elle aime, etc.
- Speaker #1
Ça va être ne pas essayer de protéger des choses qui sont pas en danger. Enfin, je sais pas comment expliquer, mais ça va être ne pas avoir l'impression que me dire quelque chose, c'est attaquer tout ce que j'ai. Par exemple, je sais que j'ai une relation très forte avec mes amis. Et j'ai tellement galéré dans ma vie socialement que là, ça fait quelques années que j'ai les meilleurs amis de la Terre et que mon amoureux est arrivé après et je sais que j'ai eu du mal à me dire je peux passer du temps. Enfin, comment dire ? Genre le fait de passer du temps qu'avec mon amoureux, c'est pas trahir mes amis. Et il suffisait que mon mec me dise, mon mec c'est vraiment le gars le plus mignon de la terre, je sais pas comment je mérite un gars pareil, mais le mec peut me dire, est-ce qu'on peut passer une soirée ensemble ce soir, et je vais être capable de tout interpréter en mode, ah voilà, il veut m'éloigner de mes amis, non non non, on touche pas à mes amis, attention je fais la bagarre, et il y a ce truc là, et je sais que c'est très très dur à déconstruire dans ma tête, parce que... Parce que de dire oui, d'accord, c'est d'une certaine manière me montrer vulnérable, dans le sens où je montre que oui, je suis prête à faire l'impasse sur quelque chose qui me tient à cœur pour toi, donc parce que je t'aime tellement que je fais ça, alors que le gars jamais me dit, va pas voir tes potes pour moi, tu vois.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais ça va être, écoute-moi bien, TDAH, fatigué, borderline.
- Speaker #0
Vas-y, c'est bon, je les ai pas. Donc,
- Speaker #1
écoute-moi bien, je ne sais même plus c'était quoi ta question. T'inquiète,
- Speaker #0
t'inquiète. Mais on va revenir sur ce concept de faire confiance en amour. C'est une question que j'avais plus loin dans l'interview, mais tu as déjà parlé de Ruelle sombre en premier. J'aimerais qu'on revienne sur ça, parce que cette chanson raconte ton histoire, parce qu'à 17 ans, tu es toi-même victime d'un viol. Moi, je me demande comment la femme que tu es aujourd'hui, elle arrive à refaire confiance en l'autre, à l'homme. dans une relation sentimentale et intime. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Je ne sais pas trop. Je ne peux pas te dire que je refais confiance, en fait. Mais je pense que je pensais faire confiance jusqu'à peu. Mais que j'ai réalisé qu'il y a un peu comme des automatismes ou des trucs qui sont très, très, très, très, très ancrés qui font que... Mais tu n'as même pas besoin de te faire agresser sexuellement par un homme pour ça, tu vois. Tu as juste besoin de côtoyer des hommes et... Et de se rendre compte de l'écart, de marcher dans la rue en fait. Et qui fait qu'en fait, non, il n'y a pas vraiment de confiance. Et surtout, moi j'ai un truc où je me rappelle au début quand j'ai rencontré mon mec. C'est le gars, je vois le gars hyper déconstruit, hyper marrant, hyper truc, hyper engagé. Sur la cause des femmes et tout, plus que moi. Je me dis, allez, faut que tu te moques de ma gueule frère. C'était hyper focus, genre quel est ton intérêt là, tu joues à quoi ? Et ça m'a pris du temps de fou, et des années même, parce que maintenant ça fait deux ans qu'on est ensemble, pour me dire, je crois que le gars est juste empathique, et genre se permet de combattre pour les droits d'autres personnes, parce que lui est suffisamment privilégié pour le faire et s'en rendre compte, et peut-être juste ok, j'accepte tu vois, et ça m'a mis du temps de fou ça.
- Speaker #0
Cette voix-là, elle est encore là en toi. Tu sais cette voix qu'on a un peu tous, cette voix du mental qui vient te mettre en garde, qui te dit mais fais attention. Comment tu la gères aujourd'hui cette voix-là en toi ?
- Speaker #1
C'est elle qui me gère, mais j'essaye de temps en temps de...
- Speaker #0
Tu te sens plus esclave d'elle que toi maître d'elle ?
- Speaker #1
En vrai non plus aujourd'hui, c'est pas vrai. Mais pendant très très longtemps, oui ça a régissé toutes mes actions parce que j'étais incapable de suffisamment me faire confiance. Pour faire quoi que ce soit, mais c'est pour ça que j'ai aussi une relation très particulière à mes amis. C'est qu'ils m'ont tellement donné confiance en moi, confiance en pas que mes pensées, mais ce que je décide d'en faire. Avant, quand j'avais pas mes amis ou un entourage plus sain, des pensées arrivaient et j'allais forcément les prendre pour... Ah bah si je pense ça, c'est que je suis ça. Et le fait de traîner avec des gens tellement bienveillants, etc., m'a fait comprendre que non, j'étais plus que ça. Et ils m'ont en fait révélé le meilleur côté de moi. Ouais. Et ils m'ont fait comprendre, sans même le savoir, que je ne suis pas mes pensées, que je suis ce que j'en fais. Et du coup, j'ai pris de plus en plus confiance en l'autre voie, si je puis dire, celle du contre-argument de la méchante. Ouais. Je l'appelle la méchante parce qu'avec ma psy, je l'appelle la méchante voie. C'est la voie dont tu parles. Ouais. Et voilà. Et du coup, je n'ai pas fait taire cette voie. Je ne lui donne plus l'importance. qu'elle avait et parfois même elle n'a rien à dire parce que je vois elle doit être fatiguée ou elle est en train de garder un genre de...
- Speaker #0
Je crois que ça peut rapidement se fatiguer tout seul. Et je crois qu'on a tendance à, enfin moi en tant que grand anxieux, on a tendance à s'identifier vraiment à notre anxiété, à dire bonjour moi c'est Camille, anxiété, bon miso moi c'est Lisa, dépression.
- Speaker #1
Mais mec, c'est que ça littéralement je le faisais, d'aller voir les gens et de me présenter en tant que meuf en dépression. Je le faisais parce qu'en fait, mais c'était pas du tout pour trop m'adump les gens et dire alors moi, moi, moi, moi, moi, mais c'était une manière de me justifier avant. Genre faire un warning de me déteste pas, j'ai ça et c'est pas de ma faute, tu vois. C'est vraiment ce truc-là. De, ouais, de faire un débunkage de je suis pas une merde, j'en supplie et si tu vois que je suis un truc chelou, je suis en dépression, donc je te le dis direct,
- Speaker #0
tu vois. Comment tu te présentes aujourd'hui au monde si jamais je te... Je te demande justement de ne pas écouter cette voix-là qui veut ressurgir et qui veut attraper complètement ton identité. Si je dois te présenter et dire bonjour, je suis Lisa, je suis qui en réalité ?
- Speaker #1
Incapable de répondre à cette question. Incapable de répondre à ça. Le mec fait littéralement le taf que je fais. C'est d'essayer de me voir sans mon filtre de moi-même, tu vois. J'arrive à avoir du recul sur n'importe quelle situation dans le monde. Genre vraiment, je peux être une psychopathe parfois même dans mes réactions, parce que je me dis maintenant si tu vois la chose comme ça, tu peux sur moi-même. C'est... A la limite, je ne vois rien. Mais je ne vais pas réussir à avoir un truc vraiment... qui a du sens. Bien sûr. Je ne sais pas. Genre, une meuf qui chante et... Mais dès que je vais essayer de dire des choses qui ont un aspect ne serait-ce qu'un peu positif, il y a la méchante voix qui va débarquer, qui va dire, attends, ta gueule, ta gueule.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Calme-toi un peu, là. T'es pas ça, t'es pas ça, t'es pas ça. Je ne saurais pas te le dire, je crois.
- Speaker #0
L'estime de soi et la fierté, ça te parle dans la production, la réalisation de cet album ? Est-ce qu'aujourd'hui, je peux te tendre un miroir et te dire, t'es fière de cette meuf-là ou pas ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en revanche, l'évolution, je la vois. Je vois de quoi je suis passée. Je pense que je n'ai jamais été pas quelqu'un de bien, mais je deviens ce que je voulais devenir. je sais pas si c'est très clair mais en fait il y a des en fait c'est con mais je me suis moulée à ce que j'avais envie d'être donc par exemple je sais que j'avais des problèmes de faut avoir de la jalousie notamment envers les autres filles, ça j'ai baigné dans être jalouse toute ma vie parce qu'en fait c'est pas moi qu'on regardait, ça a jamais été moi et donc du coup je m'en suis pris intérieurement aux filles je sais qu'elles se sont attention je m'en suis pris vraiment dans ma tête à dire putain mais c'est un peu taille et tout Bah ça c'est quelque chose qui n'existe plus dans ma vie. Et donc, par extension, par les mals des gens, de manière générale. C'est pas quelque chose que je fais, c'est pas quelque chose que mes amis font. Et c'est con, mais parfois, pour moi ça devrait être une base qu'on veut tous atteindre très rapidement dans nos vies. Et je m'en rends compte assez rapidement que non. Et c'est pas si évident de dire ça. Genre on me dit oui bon tu parles pas mal des gens, ça y est bravo. Mais pas trop mal de la part. Non, non, non. C'est un truc...
- Speaker #0
Et c'est un vrai exercice que de se surprendre. prendre à le faire.
- Speaker #1
C'est super dur.
- Speaker #0
Je vois d'avoir fait cette conscience-là.
- Speaker #1
Exactement, mais j'ai mis du temps. En fait, c'est venu quand même assez vite, mais il y a quand même eu un exercice. Ça n'a pas été... C'est pas inné de ne pas se comparer, c'est pas inné de... On vit dans un moule, en fait on est obligé de se comparer, on est aussi dans un environnement social, on est obligé de se comparer même par moyen de surdou. Mais en fait très rapidement j'ai fait ce step, et qui est en adéquation totale avec ce que je veux être, et en adéquation avec ce que sont mes amis aussi. Mais parfois c'est vrai que je suis surprise d'entendre des gens d'autres groupes, d'autres personnes, avoir le lynchage facile.
- Speaker #0
complètement et je trouve que tu vois c'était une question que j'avais en début d'interview mais qu'on a sauté mais qui peut revenir ici tu vois toi t'es là tu sortes ton album c'est de la joie tu vois c'est c'est beaucoup de travail et ça c'est un bonheur pour toi comment on fait pour pas se laisser envahir justement par ces voix là par la comparaison par les chiffres comment on fait pour rester dans sa joie dans
- Speaker #1
Asnansun Turcital qu'on peut demander aux gens parce que moi j'en ai aucune idée Qu'est-ce qui se passe en toi ? Dès que j'ai un surplus Enfin même pas forcément un surplus Mais dès que j'ai des émotions Qui sont un peu trop fortes ou trop désordonnées J'active un système Vraiment de dissociation Que je ne contrôle pas vraiment Et après j'attends juste de re-être dans mon corps C'est hyper chelou
- Speaker #0
Comment tu Tu pourrais me définir cette dissociation là ?
- Speaker #1
Je suis totalement consciente de tout. Il n'y a pas du tout de notion de déni là-dedans. Je suis totalement consciente de tout ce qui se passe, je peux te dire dans les détails. Notamment, il y a beaucoup de filles qui ont ça et j'ai vécu ça aussi pour mon agression sexuelle. Ou je te donnais les détails de ce qui se passait, sauf que mes émotions, mon état psychologique, ma réaction est totalement dissociée de ce qui se passe. G1 Un mur entre... Je ne ressens rien.
- Speaker #0
Comme un filtre entre toi et... Enfin, la réalité est là, mais comme un filtre entre toi, ton corps et... Exactement. Et l'effet, quoi.
- Speaker #1
Exactement. Et ça, c'est un truc... Voilà, on va faire zoom. Oh,
- Speaker #0
waouh.
- Speaker #1
Et c'est un truc que je vais beaucoup faire.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et sans trop m'en rendre compte. Et au début, ça me faisait peur, parce que t'as une impression vraiment de plaidre dans ton corps.
- Speaker #0
En fait, je te pose la question, mais je sais où je vais en venir, parce que moi, c'est un symptôme que j'ai énormément ressenti. Ouais. Avec lequel je bataille beaucoup. Moi j'appelle ça la déréalisation, mais c'est un symptôme dissociatif, donc on est toujours dans cette famille-là. Et c'est très compliqué de l'expliquer aux offres déjà, quand on ne le ressent pas, ça fait peur. Et c'est très bizarre en fait, comme sensation de ne pas se sentir là, de ne pas se sentir ancré, de ne pas se sentir personifié.
- Speaker #1
Mais même ça, même le fait d'être en dissociation, je dissocie de ça. Genre tu vois ce que je veux dire ? La peur de se dire mais qu'est-ce que ça se passe ? Je me dis aussi ce truc-là, c'est le soir, j'attends. Et maintenant j'ai un peu ce truc-là de je m'en fous, si je ne ressens pas maintenant, c'est que ma tête ne veut pas que je ressente maintenant et donc du coup je vais attendre, je ne suis pas prête. Et c'est tout, je pense que c'est bien plus complexe que ça parce qu'on n'est pas dans un Disney, donc ta tête n'est pas prête à temps, elle t'appellera,
- Speaker #0
non, Il y a tout un timing aussi naturel des choses.
- Speaker #1
Et donc là, en vrai, je recapte de plus en plus ce qui se passe, parce que maintenant, ça fait dix jours et tout, et je vois et j'entends les gens, et je suis obligée de voir les chiffres aussi. Et c'est incroyable.
- Speaker #0
T'es contente ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Des chiffres de comment l'album est reçu ?
- Speaker #1
Je comprends pas.
- Speaker #0
Auprès de ton public ?
- Speaker #1
En fait, c'est trop bizarre, parce qu'il y a aussi un truc de... On parle de milliers, de milliers, de centaines de milliers.
- Speaker #0
de personnes parfois qui écoutent des trucs donc c'est très complexe et c'est ce qui s'est dépassé un peu avec quand ça sortit Ruelle sombre je pense que toi ça émane de toi vraiment et d'un traumatisme à la base mais de là en fait tu te rends compte que ça fait écho chez énormément de meufs en fait et de gars ce qui est malheureux bien évidemment j'aurais aimé limite que cette chanson fasse moins étonnant tu vois mais ça prouve le mal-être du monde tel qu'il est aujourd'hui Tu t'attendais à une telle déflagration comme ça, que les gens se reconnaissent autant dans ta chanson ?
- Speaker #1
Non, et à chaque... et j'adore du coup, mais à chaque nouvelle chanson je suis étonnée, parce qu'à chaque fois ça part justement d'un sentiment de vulnérabilité avec lequel je ne suis pas à l'aise. Et donc ça a commencé avec les bonbons où vraiment j'avais honte, tu vois, parce que j'étais full vulnérable. Et j'avais honte d'écrire les bonbons parce que c'est quoi cette bouffade là ? J'ai besoin d'attention, qu'on me dise que je suis belle, etc. Et je finis carrément par parler de mes médocs et de dire je suis malade mentale, voilà, je suis malade mentale. Et de voir le nombre de gens réagir, je me dis mais où êtes-vous quoi dans la vie ? Et en fait c'est un petit booster de se dire peut-être que je peux essayer de le refaire autrement et de parler d'autre chose. Bam, Ruelle sombre, même truc. Mais en fait, c'est un délire. Donc en fait, il faut juste que je sois vulnérable de plus en plus. Donc c'est ça où je te disais au début, c'est vraiment une essence. Et là, récemment, ça a été sur un autre titre que j'aime beaucoup, qui s'appelle Qu'est-ce qu'on se ressemble ? Où pareil, encore une fois, je suis allée en mode, maintenant, c'est trouver toutes mes vulnérabilités, quoi, et de les mettre en chanson. Et ça touche plein de gens. Et du coup, je deviens moins vulnérable sur le sujet parce que je suis en mode, bah, c'est pas de raison d'associer ces émotions-là à de la vulnérabilité. On est plein à être dans ce même cas. On n'est pas sans défense quand on est plein, tu vois. Donc, il y a un truc de ne pas être vulnérable. Quand on est mille à être vulnérable, on n'est pas vulnérable, en fait. On est tous ensemble.
- Speaker #0
On est plus fort, ouais. Raconte-moi ce que tu racontes un peu, peut-être pour les personnes qui ne connaîtraient pas la chanson, dans qu'est-ce qu'on se ressemble. Et aussi ce que toi, tu as annoncé avec le post Instagram qui a fait lien à la sortie de ce single-là.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on se ressemble parle de ma judéité, le fait d'être juive et d'être éduquée en tant que juive. Il y a un vrai truc de traumatisme générationnel qu'on nous donne, qui est totalement légitime, parce que les juifs ont vécu des trucs pas ouf-ouf, mais il y a un vrai truc de traumatisme qui est... En fait, je parle de trauma parce que je trouve que les... La manière dont on va éduquer ou parler à des juifs, bon là peut-être plus aujourd'hui maintenant parce que là il y a un épisode particulier, mais de manière générale dans ma vie, j'ai jamais été face à de l'antisémitisme, allez peut-être une fois, deux fois, max tu vois. Surtout j'ai grandi ici, et pourtant malgré ça on grandit quand même avec une espèce de paranoïa que j'ai eu longtemps. Cette espèce de paranoïa de « mais qui va m'attaquer ? »
- Speaker #0
« Est-ce qu'il faut le dire ? Est-ce qu'il ne faut pas le dire ? »
- Speaker #1
Et moi, des années, je ne l'ai pas dit, parce que je me dis « mais on va me tuer, en fait, les juifs, on les tue sur toutes les générations. » Donc, ok, mais je pense que c'est aussi le travail des plus grands, et maintenant le nôtre, et c'est ce que je ferai avec mes enfants, etc., d'enlever cette angoisse et ce trauma qui, encore une fois, on ne va pas pointer du doigt. Les juifs plus âgés, mes parents par exemple, qui sont traumatisés, il s'agit de leurs parents qui pouvaient être dans les pans, etc.
- Speaker #0
C'est encore plus proche.
- Speaker #1
Mais malheureusement, il faut quand même se faire violence et se dire, ok, est-ce que c'est encore le cas aujourd'hui ? Et est-ce que c'est le cas assez fort pour en parler autant, pour être dans une parano aussi violente, au point de parfois où il y a des gens du peuple juif qui peuvent aller jusqu'à dire que... L'antisémitisme va être plus récurrent que, par exemple, de l'islamophobie ou du racisme, ce qui n'est pas le cas, en fait. Mais ça ne veut pas dire qu'on s'en fout. Mais c'est pour te dire le contexte dans lequel on vit. C'est-à-dire que c'est nous les principaux persécutés. Et donc, dans ce morceau-là, j'essaye de... Et donc, notamment, de cette rivalité dans laquelle on peut grandir en se disant qu'il y a côté juif, côté musulman, quoi, tu vois. Et ce qui est très paradoxal, parce que... Parce que moi, ma mère a grandi à Tunis, quoi. Et jusqu'à ses 20 ans, c'est pas genre elle est partie à deux piges, c'est elle a grandi et ses amis étaient... Enfin, sa famille, ses amis, quoi, c'était des musulmans. Et donc, en fait, c'est de se dire, mais comment on en est arrivé à cette espèce de basculement où il y a une guerre qu'on ne dit pas clairement, mais qui existe, de les juifs et les musulmans, ils s'aiment pas, alors que littéralement, mais qu'est-ce qu'on se ressemble ? Genre, enfin, quand ma mère, elle me raconte sa jeunesse là-bas, je me dis... qui sont fous là, non pas que j'aime pas aujourd'hui la France et tout, j'y suis très bien, mais là tu me parles de gens qui sont comme nous, à tout niveau, culturellement, tout, et donc du coup, force est d'arriver à la conclusion de est-ce qu'il y a d'autres gens peut-être qui entravent notre vision pour essayer de biaiser notre manière de voir le peuple d'en face ? Peut-être que oui, quelle chaîne ? Peut-être CNews ? Peut-être... Et je voulais arriver à chanter ça et ça a été de voir Danil en concert qui a fait une chanson qui s'appelle La voisine où je me suis dit bah je pense qu'il y a quand même un truc un peu plus risqué dans le sens où il y a un truc vachement communautaire du coup chez les juifs et du coup le fait de m'extraire un peu ce truc là et de dire je pense pas comme vous. C'était quand même plus risqué. Quand j'ai entendu Daniel faire la voicine, je me suis dit c'est beau, mais c'est pas pour dévaluer son travail mais il y a moins de risques pris que si moi je prends la parole sur ça. Je me suis dit, je me mets les couilles. C'est littéralement pour ça que je vais faire de la musique. C'est pour parler de ça. Et encore une fois, on revient à la vulnérabilité. C'est un sujet qui me rend vulnérable et évidemment que j'ai eu derrière des centaines de messages de personnes exactement dans ma situation. Des petits feuges. bien gauchos, qui ne se retrouvent pas dans parfois leurs débats familiaux, etc.
- Speaker #0
Comment tu navigues, toi, ces questions-là, politiques, en tant que femme juive, aujourd'hui, d'une vingtaine d'années, par rapport au génocide en cours, etc. Comment ça te touche, ça, toi ?
- Speaker #1
Alors, au tout début, c'était écrasant. J'ai cru mourir. Enfin, je ne sais pas comment te dire, mais c'était écrasant. Je t'emmène, mais... Là, je ne suis pas au bon endroit et je ne sais pas quoi faire, parce que je ne sais pas quoi dire, parce que j'ai peur de tous les côtés, de dire ou de penser quoi que ce soit. On a d'un côté un peuple traumatisé à ce moment-là, donc là je parle des juifs à ce moment-là, qui du coup ne va à aucun moment accepter qu'on leur fasse le moindre reproche. Mais encore une fois, je capte, les gars sont traumas, je vois bien, je l'ai ce traumatisme en moi aussi, dans le sens où, qu'on le veuille ou non, mes parents m'ont éduquée. En prenant en compte ce traumatisme, que ce soit dans des micro-actions, a des faits de me dire, les juifs ont vécu ça. Et donc d'un côté j'ai ça, qu'il ne faut pas négliger non plus. Je veux dire, les cocos ils sont traumas, on ne va pas leur dire, allez ferme ta gueule et arrête de tuer des gens. Enfin, pour capter aussi ce qu'ils disent. Mais de l'autre, on a un génocide en cours. Comment tu te positionnes en tant que petite fille de gens traumas ? Et du coup, évidemment que la question a finalement été répondue assez rapidement, dans le sens où quand j'ai fait cette chanson, mon point de vue était assez clair. J'ai fait en sorte de ne pas être trop directe. Et par exemple, le mot génocide, je ne l'emploie pas en musique. Dans la chanson, je ne l'ai pas employé.
- Speaker #0
Mais je trouve que tu l'as peint, et c'est ça aussi la richesse de ton art aujourd'hui, c'est qu'en fait, tu ne l'emploies pas, dis-moi si je me trompe, mais on comprend.
- Speaker #1
Complètement. Et c'est le but. C'est que la personne qui va l'écouter de base va entendre, ah, une juive qui parle blabla, peu importe de quel côté t'es, tu vas écouter, tu vois. Et moi, je donne juste des faits. Je dis juste des trucs, mais aussi bateau qu'on peut justifier de tuer des enfants. De quels enfants je parle ? Mais en soi, je parle de tous les enfants. Les civils restent des civils. Bien sûr. Mais, enfin bref, donc non, ça a été un gros parcours. on continue la balade j'ai envie qu'on parle d'un truc peut-être un peu plus peut-être un peu plus léger mais qui a aussi son importance j'ai très peur des escaliers ouais alors de manière générale c'est tout que c'est sur plateforme je préviens toujours parce que je suis très lente à descendre des escaliers je ne crois pas en l'automatisme de mes pieds pour être kill au bon endroit chaque fois donc
- Speaker #0
je sur-conscientise mes pieds et je tombe voilà c'était l'info donc vas-y ouais il y a un sujet que tu as abordé dans l'album qui me plaît vraiment c'est le sujet d'être cool Tu vois, dans ton duo avec Léman, que j'ai adoré. Pour autant, c'est faux d'être cool aujourd'hui. Dans une ère du cool, tu vois. Et dans un Paris qui se cool ici.
- Speaker #1
Eh ben, ma définition aujourd'hui... En fait, j'allais dire qu'elle a changé, mais j'ai même pas envie qu'elle change. Je suis pas cool dans le sens où, pour moi, cool... Le terme cool a été donné très vite à des gens. comme les gens du collège, les gens de la primaire, les populaires, les gens stylés, les gens que les gens veulent être ou veulent traîner avec, etc. C'était ça les gens cools, les gens stylés. Moi j'ai pas été la cool, j'étais la bolos. Et j'ai toute ma vie été la bolos à tel point que vraiment pour moi c'est devenu une espèce de science de je suis une bolos, c'est génétique. Ma psy, je peux lui sortir jusqu'à maintenant en vrai. Des trucs de genre mais... C'est dans mon ADN. Je suis, j'émane ça. Et les gens le voient et le ressentent. Et c'est pour ça que je ne serais jamais acceptée
- Speaker #0
par les gens populaires, les gens stylés, parce que je suis la bolos. Et j'ai été toute ma vie la bolos, et je serai toute ma vie la bolos. Et c'est un truc, évidemment, qui m'a fait énormément souffrir. C'est ce qu'il y a aujourd'hui, parfois. En fait, toute ma vie n'est qu'une cour de récré, mais juste les classes changent. Et donc là, aujourd'hui, je me retrouve dans la cour de récré des gens de la musique. Il n'y a pas que des sympas qui vont... C'est beaucoup, beaucoup d'images. Et surtout que maintenant, ce qui est dangereux, c'est que c'est devenu la mode. d'être solidaire, d'être féministe, d'être sorore. C'est une mode. Et il faut faire hyper gaffe aux modes, parce que les modes, tu t'habilles dans la mode que tu n'aimes pas forcément, mais parce que c'est à la mode et que tu vas être accepté. Ça ne dure pas. Enfin, tu vois, il y a tout ce truc-là qui m'énerve. Et ça m'énerve parce que du coup, ces populaires vont jouer des modes et sont les rois de la mode en général. Et moi, je me retrouve quand même à côté de ce truc de... Moi, j'applique vraiment le truc parce que j'y crois, etc. Mais elle et lui, est-ce qu'ils le font par mode ou par truc ? Et je suis rarement... Enfin, je me suis toujours sentie à l'écart des gens qui vont être considérés comme stylés. Et du coup, suis-je une bolosse ? Je sais pas, mais en tout cas, je suis pas un cool kid. Je suis pas quelqu'un de cool, selon la définition. Mais aujourd'hui, être pas un cool kid, c'est ce qu'on se dit avec nos amis. On est une bande de pas cool kids, tu vois. Et c'est génial mes amis, c'est les meilleurs de la terre au monde. C'est ça qui est cool. C'est du coup, et donc la finalité c'est cool par définition de ne pas être un cool kid, mais selon la définition dans laquelle j'ai grandi, avec laquelle j'ai grandi, je suis pas un cool kid et je suis une bolosse.
- Speaker #1
Mais tu sais que moi j'ai longtemps navigué ces questions là aussi. Je veux être cool, qu'est-ce que je veux faire de ma vie, comment est-ce que je veux m'habiller, avec qui je veux traîner, etc. Et un jour, il y a une meuf qui me dit, une de mes potes qui est plus vieille que moi, qui me dit « Mais en fait, Cam, être cool, c'est juste être sympa en fait. C'est con, hein ? » Et du coup, j'ai rencontré plein de gens cools derrière, mais tellement pas oufs et tellement pas sympas. Et ça me le fait parfois, tu vois, en interviewant des gens sur le podcast ou en ayant affaire à des gens, des artistes ou leur entourage.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Cool. Mais qui en fait, dès qu'ils commencent à parler, ils sont pas cool. L'idée est la manière dont ils se comportent, tu vois. Et du coup, je trouve qu'il y a vachement ce truc, cet effort que je fais maintenant de démystifier un peu le cool et de se dire, attends, en fait, c'est quoi ma définition du cool ? Est-ce que t'es juste cool parce que t'as le dernier sac Céline et tu traînes avec les bonnes personnes et t'as le bon producteur de musique ou t'es une vraie meuf pro, ponctuelle ? Moi,
- Speaker #0
je suis une rageuse. Et du coup, ça m'énerve quand les gens, justement, qui sont pas des cools, mais... qui par la masse va être considérée comme ah mais elle est trop stylée je vais avoir un truc de rageuse du coup ça m'énerve et je suis en mode je veux quand même d'une certaine manière qu'elle me valide alors que je sais qu'elle est pas cool mais j'ai quand même ce truc et parce que la populace va la considérer comme cool ça te fait ça avec les meufs et les gens dans la musique ou pas ? ça me l'a fait au tout début en vrai j'avais un peu ce que là et parfois ça arrive qu'il y ait des rencontres où tu croises des personnes Du milieu, j'ai un peu l'impression que t'es l'image de la cool kid,
- Speaker #1
parce que t'es pas cool,
- Speaker #0
t'es juste la populaire du lycée en effet, que les gens adultes, mais t'es pas cool cool. Et j'ai du mal à m'en défaire.
- Speaker #1
Bien sûr que tu es.
- Speaker #0
Après évidemment je suis biaisée sûrement, t'as un peu de jalousie, je peux envier, parce que t'es le même métier et c'est de la merde. Ouais, ouais, ouais. Mais bon.
- Speaker #1
Ok, je vois, non mais j'avais envie de te parler de ce type parce que ça me fascine un peu. Il y a une chanson qui m'a particulièrement touché dans ton album mais qui me concerne en fait peut-être que de très loin mais je ne sais pas pourquoi elle m'a touché plus que les autres, c'est Kilo par Kilo. Sur cette chanson-là, tu parles évidemment de troubles du comportement alimentaire et d'hyperphagie. Et d'ailleurs c'est rigolo parce que tu en as fait un post après la sortie de l'album il y a quelques jours. Parle-moi de ça. Quel est le rapport que tu as aujourd'hui avec la nourriture, l'hyperphagie, ces mots-là ?
- Speaker #0
Raconte-moi. Je me suis noyée un peu dans cette hyperphagie à cause de notamment l'anxiété.
- Speaker #1
On rappelle ce que c'est l'hyperphagie. L'hyperphagie,
- Speaker #0
c'est manger de manière... avoir des crises. En général, c'est sous forme de crise où tu vas manger. Tu vas manger non pas... ça peut commencer parce que tu as faim, mais ce n'est pas du tout forcément le critère numéro un. Ça va être pour avoir une sensation. de se remplir. Ça peut être remplir sa tête, remplir son ventre sur le moment, faire taire des voix, s'auto-saboter, ça peut être plein de raisons. Et t'as besoin de te manger jusqu'à te remplir, mais jusqu'à avoir envie de vomir et continuer à manger pour... C'est une crise en fait. Et donc moi j'ai ça depuis des années. Mais en fait pour moi c'était pas un trouble alimentaire, je comprenais juste pas ce que je faisais. Mais il n'y avait pas de nom dessus, c'était juste hyper chelou de faire ça, il n'y avait que moi qui faisais ça.
- Speaker #1
Ouais, tu sentais que tu te gavais,
- Speaker #0
Je me gavais, mais c'est pas beau, genre des crises comme ça, c'est pas beau du tout. Ah, j'ai mangé 3, 4, 5 gâteaux. J'ouvre le frigo, je prends littéralement tout ce qu'il y a, je fais des mélanges qui n'ont aucun sens et je me guinfre. Et je ne vais pas finir ma bouchée, je vais en reprendre une autre. Mon cerveau est en off. Plus je me dis qu'il faut que j'arrête, plus je continue pour faire taire les voix dans ma tête qui sont en train de me dire Et jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Et que du coup, l'hyperphagie a gagné son moment. Et ça, je l'ai depuis des années et des années. C'est venu de l'anxiété notamment. Et de plein de choses qui sont passées. Ça a été mon corps qui a changé très vite. J'étais très petite à la naissance. Je suis née avec une malformation. Donc j'avais un retard de croissance, un retard de poids. Je prends des hormones de croissance pendant des années. Je me bulle tous les jours. Après ça, mon corps change complètement, je prends du poids, je prends de la taille, je me forme, je comprends rien, il m'arrive plein de trucs parallèlement, comme dans la vie de tout le monde, il y a des choses qui se passent, donc l'anxiété s'amène dans ma vie et je tombe là-dedans. Et j'ai compris tard que ça avait un mot et que c'était un trouble alimentaire, et j'ai pu en parler à ma psy, j'ai pu en parler à ma sœur, ma sœur me dit « ah ben moi aussi je fais ça, comme frère » . Bien, on s'en parle plutôt dans nos vies alors.
- Speaker #1
Oui, incroyable.
- Speaker #0
C'était très dur et je sais que ça fait du bien à ma sœur. En tout cas, moi, je suis sortie de ça sans m'en rendre compte comment, pour être honnête. J'ai l'impression que juste la vie allait mieux, de mieux en mieux. Et d'un coup, je me suis rendue compte, je me suis dit, là, j'ai arrêté d'en faire, là. C'est trop bizarre. Et je ne sais pas trop quand est-ce que ça est arrivé ni pourquoi. Je n'en fais plus depuis longtemps. Ça reste, j'ai quand même un rapport avec mon corps qui est médiocre, dans le sens où je ne peux pas me regarder dans le miroir bien longtemps. Mon corps, en tout cas. Aujourd'hui, encore. Ah ouais, c'est impossible. j'ai un peu arrêté de combattre l'idée j'arrête d'essayer de me trouver belle, jolie etc parce que je vois bien que je n'y arrive pas et que c'est trop ancré donc ça sert à rien de m'essayer de m'autoconvaincre mais regarde là t'es jolie, ça marche pas j'accepte pour l'instant, c'est ma première étape l'idée de me dire bon bah je me trouve pas jolie et bah je me trouve pas jolie c'est pas grave j'ai pas besoin de me trouver jolie et peut-être qu'avec le temps j'y arriverai en bossant des trucs etc Mais là, pour l'instant, je n'y arrive pas.
- Speaker #1
Tu vois plus comme un voyage vers toi-même qui va prendre du temps et pas le déclic un beau matin en mode je suis trop bonne.
- Speaker #0
Déjà, rien que de croire des gens qui disent ah mais t'es belle, t'es machin, ça ne fonctionne pas. C'est à chez moi. Si tu me dis ça, je reçois que tu te moques de moi.
- Speaker #1
Comment tu gères les compliments ? Parce que quand on est...
- Speaker #0
Je gère pas.
- Speaker #1
Quand on sort des... Quand on a une vie publique, etc. Les compliments, ils sont là. Comment tu...
- Speaker #0
Ils glissent. Je dis merci et j'entends. Mais ça ne m'attend pas. C'est terrible. En tout cas, c'est sur mon physique que je parle.
- Speaker #1
Sur les autres,
- Speaker #0
j'arrive à les entendre et tout. En fait, je me dis que pour les autres, c'est un fait. Les gens me disent, ta musique m'a fait ça. Je ne peux pas dire, non, ce n'est pas vrai. Elle me le dit, donc c'est vrai. Donc ça, j'arrive et voilà.
- Speaker #1
C'est une première étape.
- Speaker #0
C'est une première étape. Mais tu me dis, t'es belle et tout. Prochaine question. Non, je ne suis pas belle. Mais ce n'est pas grave. Mais ne me dis pas ça, c'est juste, t'essayes quoi ? D'être gentille ou de me dire t'es belle pour une moche, t'es belle pour une grosse ?
- Speaker #1
Après tu parleras à un convaincu qui du coup te donnera le compliment parce que moi je te vois, par exemple j'ai un exemple en tête, je te vois à ta release party où j'étais pas là, mais je te vois en image, je me dis mais la meuf elle est trop belle avec tes petites bottes et tout, ça tue tu me dis la meuf si je dois être full honnête là je ne crois pas un mot mais je sais que c'est un problème tu te dis quoi ?
- Speaker #0
c'est juste d'être sympa et c'est pour ça que je ne vais jamais dire ta gueule à quelqu'un qui me dit ça dans tous les cas l'intention elle est super merci de me donner ça c'est trop gentil mais c'est ancré et ton mec ? c'est tellement dur par contre il y a un petit chien je vais lui casser la gueule de mignonnerie tu crois qu'il va venir nous voir ?
- Speaker #1
C'est trop mignon avec ses grands yeux.
- Speaker #0
Mon mec, c'est un sujet de fou. Parce qu'il est une patience, vraiment.
- Speaker #1
Les mecs des anxieux et des malades mentaux, comme tu les appelles, ils se font... C'est des pattes. Il faut que ce soit des pattes, parce que sinon, on est dans la merde.
- Speaker #0
Et c'est super, parce que c'est ces gens-là qui donnent envie d'évoluer et tout. Mais lui, j'ai vraiment du mal. Et pourtant, on en a fait même des exercices. Bon, là. Qu'est-ce que je trouve fabuleux là ! Les gens, tu sais, ils attravent mon ventre, mon ventre plein de gras, et ça là, mais ça c'est super, ça regarde, on peut le manger, c'est un de ces trucs, je me dis, mais t'es dégueulasse ! J'ai un truc de chelou de fou ! Oh, j'ai peur ! Et plusieurs fois, et au début... Il le prenait même un peu mal parce qu'à chaque fois je lui disais arrête, t'as pas besoin de faire ça tout le temps. Et ça a été un peu un truc, il me dit mais tu penses que je te mens ou que je me moque de toi ? Je dis mais je sais pas, il me dit bah réponds, essaye de répondre à cette question, est-ce que tu penses que je me moque genre ?
- Speaker #1
Non mais j'avoue c'est compliqué, moi je sais que j'ai pareil, mon mec il attrape mon bourrelet de ventre, je suis en mode arrête t'es... t'es biaisé, tu m'adores, t'es juste trop sympa elle te fait amourer de moi,
- Speaker #0
elle fait tout ça va que je suis trollé c'est terrible on est des catas comment s'il me fait ça t'es trop beau, arrête je vais arrêter ta gueule si il agissait comme ça avec moi,
- Speaker #1
je pèterais un câble c'est ouf mais comment tu est-ce que t'as arrivé on retourne sur l'hyperphagie mais t'as T'as arrivé à voir l'émotion qui te manquait peut-être dans les moments... Enfin, le manque que tu cherchais peut-être à combler quand tu mangeais comme ça énormément ?
- Speaker #0
C'était... Le manque à ce moment-là, c'était il me manquait d'une sérénité. Je... Il y a trop d'anxiété. Et d'une certaine manière, ça fait taire cette anxiété que de manger. Et notamment, le fait de me dire je vais pas aller manger pour me calmer. Non, faudrait pas. Non tu vas pas aller manger pour te calmer T'as même pas faim en plus Va pas manger Va pas manger Va pas manger Va pas manger Non non Faut pas que t'ailles manger Faut pas que t'ailles manger Surtout pas Ce serait pas bien Et l'autre va dans ma tête Et me dit Mais c'est tout ce que tu mérites T'es qu'une merde de toute manière La voie de l'auto-sabotage Attention T'es qu'une merde de toute manière Alors va manger Mais non va pas manger Mais si va manger Comment je peux faire tout le monde taire En mangeant En mangeant Parce que tant que je ne mange pas Elles vont continuer Si je mange L'une elle va dire Bah t'es vraiment une merde Mais t'as mangé Donc c'est fini Et enfin en fait c'est tout La discussion C'est vrai que là Y'a plus de questions Vu que j'ai fait l'acte c'était surtout ça un truc qui a essayé de faire taire comment tu te sens par rapport à tout ça aujourd'hui par rapport aux crises les crises sont parties j'ai plus de crise mon rapport à la nourriture, au corps est très compliqué ça reste quand même une relation où je vais chercher à combler que ce soit des moments, l'ennui je suis très sensible à l'ennui il y a quelque chose qui me...
- Speaker #1
Genre au rien, vide, c'est les notions qui te parlent ou pas ?
- Speaker #0
De quoi ?
- Speaker #1
Le rien, le vide, c'est les notions qui te parlent ?
- Speaker #0
Ça c'est un truc qui me travaille énormément et qui me pourrit beaucoup la vie aussi. C'est justement qu'il y a une sensation de vide que j'ai un peu constamment et qui ne veut pas dire que je suis malheureuse ou quoi. C'est juste qu'il y a une sensation de creux qui est là et qui peut être comblée par des choses seulement qui sont intenses. Et bien je suis... Exactement. Et donc du coup je suis un peu permanente... recherche d'intensité mais qui peut m'amener à faire des trucs un peu nul genre par exemple avec l'argent je sais pas je vais faire de la merde mais un peu volontairement et évidemment tu peux pas dire ça aux gens ils disent maintenant t'es juste bordélique, t'es juste machin oui peut-être mais il y a quand même une recherche de vouloir me créer des sensations et ça peut être d'aller jusqu'à me foutre un peu dans la merde financièrement, boire un peu le verre de trop mais un peu trop tout le temps, chercher des... d'avoir des relations, des choses intenses avec d'autres gens. Ça peut être un peu tout, tout le temps. Et je pense que la nourriture aidait un peu sur ce point-là.
- Speaker #1
Oui, mais c'est rigolo que tu en parles, parce que moi, c'est des questions que je me pose beaucoup en ce moment. Mon rapport au vide, mon rapport à l'ennui et cette recherche constante de sensations. Je te dis que je suis très loin de la bouffe, etc. On te parle de kilo par kilo, mais en vrai... Je vois quand je recherche aussi quelque chose, que je m'enfile un paquet de Malteser 450 grammes, je me dis qu'il y a quoi ? Et je l'ai fait avant-hier. Et je me dis, qu'est-ce que tu cherches ? Mais du coup, je crois que la première étape de guérison par rapport à tout ça, c'est d'apporter cette conscience-là, tu vois, de se voir faire et de se dire à ça. Je pose le menu, qu'est-ce qui se passe ? Tu vois, le fait juste de commencer à réfléchir comme ça. à la raison ou au manque qu'on vient combler, c'est déjà, je pense que c'est déjà 70% du travail. Qu'est-ce que tu donnerais, toi, comme mini conseil, mini lumière à quelqu'un qui peut-être t'écoute derrière la caméra aujourd'hui ou te regarde et qui traverse des épisodes compliqués par rapport au TCA et à l'hyperphagie notamment ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est la meilleure chose à dire, mais je sais que moi, c'était la meilleure chose à me dire, peu importe ce que j'ai traversé dans la vie. C'est très con, mais c'est de dire, tu n'es pas seul. Mais genre, vraiment, il n'y a pas un truc de métaphoriquement, machin, c'est tu n'es jamais, et ça il faut l'ancrer dans nos têtes à tous et toutes, tu n'es jamais seul à vivre quelque chose.
- Speaker #1
Carrément.
- Speaker #0
Il n'y a pas un monde où tu es la première personne à découvrir cette émotion et donc te voilà seul piégé avec ça et peut-être que tu ne vas jamais t'en sortir, ça n'existe pas. Et notamment quand on parle de troubles alimentaires, troubles psychologiques, etc., c'est un sujet que... surtout en France, on est bien, on est quand même avancé là-dessus, aujourd'hui en tout cas. Donc, t'es pas seul, cherche ce que t'as. Va voir un psy, va voir une psy, parle-en à des amis. Factuellement, t'es pas seul. Et moi, je m'en suis rendu compte avec la musique, parce que grâce à mes réseaux, etc., j'ai une portée qui est assez grande, et qu'à chaque fois que je pensais être seule à vivre un truc, j'en ai fait une chanson, et vous étiez des centaines de milliers à vous reconnaître dedans. Alors que pour moi, c'était des trucs parfois un peu niches ou un peu précis. Donc je pense que De se rendre compte qu'on est pas seul Et donc si quelqu'un d'autre avant toi a trouvé une solution Tu vas l'avoir la solution Moi c'est ce qui m'a aidé
- Speaker #1
Trop bien, merci pour ça Tu dis que Dans la chanson Je vais mieux Il y a une phrase qui me marque Et qui dit que je sais que tu attends l'heure Pour me surprendre méchamment Où tu parles justement de Ces états d'âme, cette lourdeur d'âme, cette dépression. Comment tu te sens par rapport à cette phrase-là ? Est-ce qu'on vit tout le temps dans la peur permanente que l'angoisse revienne, que le vide revienne ?
- Speaker #0
Moi oui, en tout cas, c'est ma ligne directrice. Et jusqu'à aujourd'hui, c'est probablement la chose que j'arrive le moins à guérir. En fait, ma vie, c'est être face à une porte et attendre qu'elle s'ouvre. Parce qu'il y a peut-être derrière cette porte un truc qui va vouloir me fracasser la gueule. Voilà, ça c'est magique.
- Speaker #1
Donc, c'est hyper vigilante.
- Speaker #0
Je ne suis jamais dos à cette force. Et quand je vais être dos à la force, je vais me retourner toutes les 3 secondes. Donc ça, c'est mon état constant. C'est ça. C'est d'être en hyper vigilance et d'avoir peur constamment. Et limite, quand il y a du coup la dépression, quand il y a des choses comme ça qui sont intenses et qui remplissent le vide dont on parlait tout à l'heure. Il y a une sorte d'apaisement parce que je ne suis pas tout le temps en train de regarder derrière moi si ça va arriver, c'est déjà là. La dépression elle est là, l'anxiété elle est là, le malheur il est là. Donc je suis déjà au plus bas, il ne va rien m'arriver donc je ne regarde plus la porte. Et cet apaisement-là est super. Et donc du coup il y a une sorte de... alors qu'on déteste cet état-là, quand on est en dépression, pas bien et tout, c'est horrible. Mais tu as une part de toi qui va quand même essayer de rechercher ça, surtout quand tu as connu ça pendant des années et des années, parce que c'est... Tu connais quoi ?
- Speaker #1
Oui, une part de toi, je pense, qui est très rassurée. Tu vois, c'est un peu... On appelle ça un peu les... Tu vois, comme si c'était des inconvénients un peu bénéfiques.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ou en mode, de toute façon, je l'avais dit.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Je vous avais dit que j'étais folle. Exactement. Donc, ouais. Ouais, c'est ça. Tu vois, c'est que la confirmation que des spéculations de ton mental. Exactement. Donc, forcément qu'il y a une partie de toi qui est satisfaite par rapport à ça. Quelle est la partie de toi qui est satisfaite par rapport à ça ? C'est la vraie question. Est-ce que c'est... C'est la vraie Lisa, la meuf méga cool, bien dans ses basques, ou est-ce que justement c'est la méchante, comme tu l'appelles ? C'est ça la question.
- Speaker #0
C'est tout mon travail actuel. C'est d'essayer de comprendre tous ces mécanismes et d'essayer d'être apaisée.
- Speaker #1
C'est bien, t'es en route. Et j'aime la vulnérabilité dont tu fais part aujourd'hui. Dans le kit presse que j'ai reçu de ton label, on me dit que... Aujourd'hui, la Lisa qui a écrit cet album, elle est presque alignée. Qu'est-ce qui te manquerait aujourd'hui pour être un peu plus alignée ?
- Speaker #0
Je crois que je ne sais pas. Mais en fait, il faut que je continue à marcher pour voir ce qui ne va pas. Mais je pense qu'on n'est jamais conscient de toutes nos dissonances cognitives. Sinon, on serait tous alignés dès la naissance. Je pense que c'est un peu des trucs que tu découvres. Par exemple, je te disais être végane. Le fait de ne pas être végane, par exemple, faisait que je n'étais pas alignée, mais sans trop me rendre compte. Et j'ai senti quand je suis passée... qu'il y a eu un petit alignement qui s'est fait, mais je ne savais même pas qu'il n'était pas aligné ce truc. En fait, je pense que tu apprends en te découvrant, mais ce serait malhonnête que de dire que je ne savais rien sur la souffrance animale, etc. jusqu'au jour où être vegan. Non, on le sait tous un peu, on le sait depuis la naissance, c'est juste qu'on est conditionné à ça. En se disant que c'est normal, c'est qu'une part de nous, d'humanité, sait que ce n'est pas normal. Et donc, il y a cette espèce de dissonance où tu fais un truc que tu es profondément contre. Et en fait c'est cool parce que c'est devant ta gueule depuis la naissance, tu le sais quand t'en manges.
- Speaker #1
Oui tu fais le choix aussi parfois de ne pas le voir et de fermer les yeux.
- Speaker #0
Même sans penser aux animaux qui devraient dans tous les cas être la raison numéro une pour être vegan, même sans penser aux animaux pour vraiment son bien-être, on va mieux quand on est vegan. Et c'est un truc qui revient beaucoup chez les vegans, c'est ce truc de déjà... Mon premier grand regret, c'est de ne pas l'avoir été plus tôt. Et il y a pas mal de personnes qui disent ça, mais on ne le dit pas trop parce qu'il y a un truc de... On s'en fout, on ne parle pas de toi, on parle des animaux. Mais il y a un truc de... En fait, tu te sens alignée parce qu'il y avait un truc qui n'était pas accordé dans ta tête. Et maintenant que tu le fais, tu te dis « Évidemment que je t'ai foutu toute ma vie à accepter ça comme si c'était la norme. » Et je pense que je suis dans mon chemin vers ça. Ça se trouve, demain, je vais capter un autre truc que je fais depuis l'année prochaine.
- Speaker #1
La connaissance de toi en réalité qui fait que... C'est comme, j'ai l'impression qu'en fait on est comme une espèce de petit oignon,
- Speaker #0
tu vois,
- Speaker #1
qu'on vient éplucher au fur et à mesure que tu te rapproches vraiment de son cœur. Et en fait, on claque, claque, tu vois, t'enlèves les couches et au final je te dis, bon tu verras dans dix ans, tu te diras je suis pas trop mal, je suis quand même belle, je suis sûr que t'arriveras à...
- Speaker #0
En fait c'est remettre constamment en question tout ce qui t'a conditionné et te dire ok genre, c'est pas grave d'être conditionné à des choses, juste de se dire est-ce que je suis d'accord d'en faire partie. Par exemple, je suis conditionnée aux normes féminines qui vont faire que je vais mettre une culotte, un soutien-gorge, des trucs comme ça. Je sais que c'est un conditionnement parce que techniquement, je n'en ai pas besoin. Bon, il se trouve que ça ne va pas contre des valeurs que j'ai. Donc, je le fais. Et tu vois, c'est un peu ça que j'essaie de remettre en question. C'est tout ce que je fais. de remettre la question de me dire est-ce que je suis d'accord avec ce conditionnement non il est vraiment trop mignon ce petit canard et voilà ok trop bien
- Speaker #1
Lisa j'ai 10 dernières questions mais plutôt au tac au tac où tu vas me répondre avec ce qui te vient comme ça sur le c'est très difficile de m'en répondre on parlait des trucs cools un truc pas du tout cool que tu assumes complètement c'est vu comme pas cool et ça m'énerve mais je suis fan de Benabar moi Et ouais, il est où Benabar ?
- Speaker #0
Il est où Benabar ? Mais en vrai, il sort encore des trucs, hein ? C'est juste que vous êtes endormis dessus, bande de fous. Mais il est top. Ouais, non, mais après...
- Speaker #1
M'assois là. Ah, excusez-moi. T'inquiète,
- Speaker #0
t'inquiète.
- Speaker #1
Pas de souci. T'auras idée. Je vais te trouver avec genre 15 humains. Et des petits humains en plus. Attends, en grésillant, on l'a fini sur un banc. Vas-y,
- Speaker #0
vas-y.
- Speaker #1
Oh, le flop. En plus, on parlait de Benabar, merde.
- Speaker #0
Bah ouais. T'inquiète, il vit. Relance-moi sur Benabar, j'adore parler de lui.
- Speaker #1
Bon, reprends sur Benabar. C'était quoi ? Je couperais même pas ça au montage, parce que c'est la vraie vie, quoi. Je veux dire, à un moment... Donc ouais, un truc pas du tout cool que tu as su englober à fond, Benabar, mais qui est en vrai très cool. Hyper cool.
- Speaker #0
Ces textes, je me suis tellement inspirée de lui, c'est un délire. On l'oublie trop, ce gars, mais...
- Speaker #1
Big up,
- Speaker #0
Benabar.
- Speaker #1
Une chose que tu prends encore beaucoup trop au sérieux ?
- Speaker #0
Les anniversaires, je pense.
- Speaker #1
Ah ouais ? Attends, c'est genre la meuf à date et tout ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ah putain.
- Speaker #0
Mais...
- Speaker #1
T'es né quand ?
- Speaker #0
Attends, le 27 juin. Mais j'ai pas ce truc de... C'est-à-dire, t'oublies mon anniversaire, j'en ai absolument la faute. Ok, ouais, ouais. J'oublie ton anniversaire, attention à toi si tu me fais une remarque. Genre frère, non, j'ai pas... Mais le concept d'anniversaire, de soirée d'anniversaire, de tout ça, là...
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ouais, c'est... J'aime faire qu'un... Mais je parle même pas pour mon anniversaire à moi ! L'anniversaire des copains et tout. Je veux que ce moment soit de l'amour en boîte pour chacun de personnes, alors que je pourrais le faire n'importe quel jour de la vie,
- Speaker #1
tu vois.
- Speaker #0
Mais voilà, l'anniversaire, il y a un truc sympa.
- Speaker #1
Trop bien ! Le dernier truc qui t'a fait pleurer ?
- Speaker #0
Euh... Attends, j'ai pleuré hier, je crois. C'est bon, quoi, j'ai pleuré. Oh mais je pleure tous les jours. Qu'est-ce que j'ai... Putain, j'ai pleuré. J'ai pleuré de colère. Mais je ne sais plus pourquoi. En fait, je n'arrivais pas à faire comprendre quelque chose.
- Speaker #1
Peut-être en regardant l'État de la France.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
c'est peut-être ça.
- Speaker #0
Mais je crois que je n'arrivais pas à faire comprendre quelque chose à quelqu'un, à une amie. Et il y a un truc qui m'a obsédée d'un coup. La colère est trop forte et j'en ai pleuré.
- Speaker #1
Et tu en as pleuré. Tu ne voulais pas te mettre sur un banc ? On va se mettre sur un banc, on va finir là, auprès de ce joli arbre. C'est bien, il faut que ça sorte. On parlait des compliments et j'avais mis déjà une question par rapport à ça. Un compliment qui te fait particulièrement plaisir ?
- Speaker #0
J'aime bien qu'on me dise que j'écris bien. Je pensais jamais être capable de savoir écrire. On m'a beaucoup fait croire que je ne savais pas le faire. Et c'est un des trucs qui revient le plus. Mais il y a un compliment dont je ne me lasse pas pour le coup.
- Speaker #1
Tu lui dirais quoi aujourd'hui à la personne qui t'a fait croire que tu ne savais pas écrire ? Est-ce que tu pouvais l'avoir en face de toi ?
- Speaker #0
Franchement, je n'ai pas trop de trucs de rancœur. J'ai de la peine pour les gens qui font du mal aux autres. Sincèrement, genre. Donc je lui dirais, j'espère sincèrement que du coup, ça va lui apprendre à ne pas refaire ça avec d'autres gens. C'est vraiment tout ce que je lui dirais. J'espère que tu as appris de ça.
- Speaker #1
J'adore, trop bien. Un petit bonheur dont tu ne te lasses jamais ?
- Speaker #0
Mon neveu, le fils de ma soeur. Maintenant, j'en ai un deuxième.
- Speaker #1
Yes. Tata fois deux.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ce que tu as encore besoin de comprendre en amour ?
- Speaker #0
Ah. Comment ça reste ? Comment ça part pas,
- Speaker #1
l'amour ? Comment on se lasse pas de l'amour ?
- Speaker #0
Ouais, et je vais découvrir ça, on verra si ça dure avec mon amoureux. C'est la première fois que je suis amoureuse et c'est la première fois qu'il m'a fait un single, donc j'ai l'impression que j'accepte. En fait pour moi, je me prends pour qui ? Mais avant de tomber amoureuse, j'avais un peu l'impression que l'amour c'était une sorte de concept. Pour les gens pas très intelligents, je suis très prétentieuse. Non, je vois. Mais c'est en mode, en fait, c'est quand il te manque un truc en toi et qu'une personne en face te le donne ou te donne un truc qui te rassure suffisamment, tu prends ça pour de l'amour parce que t'as des carences qui te donnent, et inversement. Et donc pour moi, c'est juste des gens un peu faibles qui prennent cette espèce d'euphorie de rassurance comme de l'amour. Je sais pas si c'est ça l'amour, mais tout ce que je peux dire c'est que je suis amoureuse aujourd'hui. Et ce truc tout con qu'on peut dire de quand t'es amoureuse tu le sais, bah ouais, je suis amoureuse je le sais. Est-ce que je peux peut-être décrire exactement la chose ? Non, pas trop. Et pourquoi ça durerait ? Pourquoi ça va pas partir ? Pourquoi une fois que j'aurais pas pris confiance en toutes ces choses, dès qu'elle me rassure, est-ce que je resterais encore ? Est-ce qu'il restera encore ? Enfin tu vois, tous ces trucs là.
- Speaker #1
Oui, c'est juste un petit coup de pied d'humilité.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
À la Lisa qui croyait que cet amour, c'était...
- Speaker #0
C'était pour les bêtes.
- Speaker #1
C'était pour les bêtes. Un dernier échec de ta vie qui t'a fait comprendre quelque chose ?
- Speaker #0
Échec ?
- Speaker #1
Échec ou petit... Un petit raté.
- Speaker #0
Ça me mire parce que j'ai toute ma vie des ratés et là, je ne vais pas en avoir un bien.
- Speaker #1
Ça peut être un petit truc.
- Speaker #0
Mais ma vie, c'est des ratés.
- Speaker #1
Un truc où tu te dis genre... Ouais, tu l'as vécu, ça a fait mal sur le moment, mais en fait, j'ai compris pourquoi ça arrivait. En fait, l'apprentissage derrière, il était ouf.
- Speaker #0
C'est trop dur ! Attends, je vais trouver une bonne réponse parce que ça va me vénère si j'ai pas.
- Speaker #1
T'as pas fait genre un flop de chansons ou un truc comme ça ?
- Speaker #0
Oui mais ça m'a pas trop atteint.
- Speaker #1
Ouais, trop bien.
- Speaker #0
C'était une chanson qui s'appelle Pas Banal, qui a pas vraiment marché, mais je sais pas, ok, enfin...
- Speaker #1
Ouais, t'étais détachée ?
- Speaker #0
Ouais, j'ai même pas eu envie de dire, ah, ouais bah ça a pas touché parce que je capte pourquoi ça a pas touché. Donc, c'est pas tant des échecs, ça va être des petits murs que je vais me prendre, notamment quand j'essaye de parler à certaines personnes, politiques, véganisme, etc. Je sais que je peux être très intense, à chaque fois je finis un peu déçue, et juste par me dire, au moins je sais que ça vaut pas forcément le coup de parler à chaque fois.
- Speaker #1
Ouais, ouais.
- Speaker #0
Mais je sais pas trop si c'est des échecs.
- Speaker #1
Non mais c'est un bon apprentissage, tu vois. Ouais. De pas être... Constamment dans ce truc d'avoir envie de convaincre L'autre tu vois c'est difficile Très très difficile Et pas se brûler les ailes dans ces combats Une victoire récente Pour laquelle tu as été fière de toi
- Speaker #0
Alors c'est pas une victoire Ça a été une réalisation Que j'ai eu dans ma tête Il y a une semaine même pas je crois Où j'ai réalisé que C'est pour te dire à quel point je mets du temps à ça J'ai compris il y a une semaine Que j'allais faire l'Olympia C'est vite ! 3, 4, 5 mois que j'ai annoncé c'est le 21 mai et j'ai vu les pointages hier avant-hier et des gens qui m'en parlent j'ai capté que j'allais faire le Limpiard je veux vraiment le faire parce qu'il y a près de 1000 personnes qui ont pris leur place et dans 8 mois je veux le faire c'est sérieux j'ai kiffé bravo pour ça
- Speaker #1
J'ai une dernière question, c'est une phrase à te faire compléter qui dit « Quand je regarde Lisa aujourd'hui, je la trouve… » Trois petits points, et j'aimerais qu'elle comprenne enfin que…
- Speaker #0
Le premier mot qui m'est venu, c'est que je la trouve touchante. Et j'aimerais qu'elle développe cette empathie envers elle-même jusqu'à la fin de sa vie. Parce qu'elle est très touchante, et d'empathie pour elle.
- Speaker #1
Et c'est vrai, c'est ce que j'ai ressenti aujourd'hui. Je le savais, j'avais eu de très bons échos par rapport à toi. Et je suis encore content d'avoir rencontré une artiste comme ça, avec beaucoup d'humanité, de grandes valeurs, un militantisme présent. Et une très très grande sensibilité, une vulnérabilité qui est assez brute, assez tu la balances, elle est là, mais en fait la manière dont tu la balances, elle est tellement brute et tellement naturelle qu'en fait on ne peut que la recevoir et ressentir beaucoup d'admiration pour tout ce que tu ressens aujourd'hui. Et on le ressent dans tes chansons, donc merci pour ça, je suis sûr que l'album a déjà et aura encore plus de détonations dans la vie des gens, dans leur santé mentale. donc merci pour ta présence aujourd'hui je rappelle que tu pars en tournée dans deux semaines ça va être incroyable j'espère venir à l'une de tes dates tu passes à Bruxelles je serai à Bruxelles j'adore j'ai trop hâte donc merci pour ça Lisa et je
- Speaker #0
te souhaite le meilleur pour la suite merci beaucoup t'es trop fort c'est très facile de te parler c'est le meilleur compliment que quelqu'un peut te faire c'est vrai
- Speaker #1
Ah bah ouais.
- Speaker #0
J'ai pas vu le temps passer, j'ai même pas calorié.
- Speaker #1
Je l'ai fait exprès pour te libérer.
- Speaker #0
Ah t'es chaud de fou.
- Speaker #1
Et attends, Si tu as aimé cet épisode, n'hésite pas à l'envoyer à ta mère, à ta meilleure pote, à ton frère, enfin à qui tu veux. Et peut-être surtout à une personne à qui il pourrait faire du bien. Et si tu souhaites me soutenir encore plus, abonne-toi à la chaîne, commente et partage sur les réseaux sociaux. A très vite pour le prochain Walkie Talkie.