- Speaker #0
49 minutes, c'est parfois le temps qu'il faut pour que notre vie bascule. 49 minutes, un podcast proposé par les éditions 49 pages, où je reçois des écrivains et des lecteurs. Ce nouvel épisode, consacré à Eve Guerra et son texte Les Amours rudimentaires,
- Speaker #1
est maintenant disponible sur Spotify. 49 minutes, une manière de parler autrement de littérature.
- Speaker #0
Alors bonjour tout le monde et bienvenue dans ce nouveau numéro de 49 minutes pour un texte qui, j'en suis sûre, ne vous laissera pas indifférent, les amours rudimentaires d'Eve Guerra aux éditions 49 pages. J'ai le plaisir immense de recevoir aujourd'hui autour de ce plateau Eve Guerra, autrice, notamment de Corps profond en 2022, donc aux éditions L'Oréal Gare, et de Rapatriement en 2024 chez Grasset, couronnée par le prix Goncourt du premier roman. Et on sera accompagné évidemment sur ce plateau par Pierre Poligone. fondateur de la maison 49 pages, et Victor Dumiot, auteur et co-directeur de la collection Départ de Feu avec Pierre Chardot, pour évoquer ce texte qui était extrêmement marquant, que j'ai adoré, extrêmement marquant d'intensité, d'émotion, que j'ai trouvé vraiment magnifiquement écrit et qui nous permettra d'évoquer plusieurs thématiques ensemble. Alors, brièvement pour présenter un peu, on en parlera évidemment après, les amours rudimentaires, on va plonger dans la vie d'Anna, qui est une écrivaine en manque d'inspiration. et dans sa relation particulière avec Octave, qui occupe tout son temps et tout son esprit, jusqu'à cette phrase qu'elle entend de sa part « J'ai trouvé un travail à Paris » . Et à ce moment-là, le monde d'Anna s'écroule, son avenir avec, et ne songe qu'à une seule solution pour faire face à ce malheur, élaborer un plan de vengeance amoureuse avec Chat GPT. Eve, merci beaucoup d'être présente pour parler de ce texte qui est intense, qui est très actuel. Alors d'abord, une question un peu plus générale peut-être, pourquoi est-ce que c'était important de commencer ? évidemment en tant que cotrice a utilisé une matière d'écriture qui est très actuelle pourquoi c'était important de parler de Tchad GPT pourquoi c'était important aussi de mentionner l'intelligence artificielle et la relation complexe que les humains peuvent tisser avec elle
- Speaker #1
J'ai une très grande inquiétude qui est liée au fait que Tchad GPT me menace à deux titres en tant qu'enseignante et en tant que quelqu'un qui aime la littérature et qui écrit Merci. Ma plus grande inquiétude, c'est qu'un jour, les écrivains soient remplacés par une machine, et les professeurs aussi. Et puis, j'en avais parlé à quelqu'un qui m'avait dit que c'est impossible en fait, parce que, alors, ce que pense cette personne, mais cette personne dit qu'en fait, ce qui fait de nous presque des êtres supérieurs à des machines, c'est que nous faisons des erreurs. Et une phrase comme... L'incipit de la recherche du temps perdu, qui est une phrase qui est grammaticalement incorrecte. Après longtemps, on attend un imparfait et ce passé composé est une anomalie qui est née d'un esprit humain, donc un esprit capable de faire des erreurs. Et que cette personne m'a expliqué ça pour me consoler. Donc je me suis dit peut-être qu'il y avait quelque chose à faire là-dedans. Annabella, c'est quelqu'un qui écrit, c'est un écrivain qui dit qu'elle écrit, mais elle n'écrit pas au moment où on est dans le... au moment de la nouvelle, au moment où se passe le récit, elle n'écrit pas parce que, justement, elle est menacée par les écrans. C'est quelqu'un qui est complètement enchaîné aux écrans. Elle vit à travers les écrans. Et donc, elle se réfugie dans les écrans. Et donc, il y a une lutte entre ce temps de la littérature, qui est un temps d'attention. Les écrans ne nous permettent pas d'avoir beaucoup d'attention, parce qu'on est tout le temps en train de swiper. Quand elle se réfugie dans Tchadjepeté, c'est comme si elle croyait qu'elle allait pouvoir comprendre le monde à travers un écran.
- Speaker #0
Avec une sorte de vérité absolue. Voilà,
- Speaker #1
qui devient presque comme un dieu pour elle, Tchadjepeté, puisqu'elle lui demande comment on peut se soigner. Elle lui demande tout à Tchadjepeté. Tout à fait.
- Speaker #0
Et je voulais vous poser une question à vous deux, Pierre et Victor. Pourquoi choisir aussi ce point qui est très actuel de Tchadjepeté ? choisir aussi de publier, de parler de sujets qui nous concernent directement, parce qu'on commence à parler de plus en plus d'intelligence artificielle, mais pas forcément d'un côté littéraire. C'est-à-dire qu'on interroge beaucoup avec des essais, quelque chose de très scientifique. En quoi est-ce que c'était aussi important de l'ancrer dans un quotidien ? Se dire, en fait, peut-être qu'on ne peut pas résoudre toutes les relations amoureuses avec Chad Jepheté.
- Speaker #2
Alors d'abord, il faut dire que ce texte est une histoire d'amitié. Je pense que c'est le point de départ. C'est que Ève, j'ai eu la chance de la lire avec corps profond et avec répatriement. C'est vraiment une écrivaine, une auteure que j'aime vraiment beaucoup. Elle m'a fait la joie de me dire, Pierre, on lance la collection, je t'écris un texte. Au départ, je n'ai pas imposé un sujet à Eve. Je lui ai dit, on peut en parler ensemble, etc. Et donc, Eve est venue me voir en proposant ce synopsis-là, qui paraît dans l'intelligence artificielle. Et mon premier geste, et ça, enfin... un point en lequel j'avais victoire, c'est que moi, c'est un sujet qui m'intéresse, mais en même temps, j'ai l'impression d'avoir déjà trop entendu parler. Effectivement, une sorte de saturation par rapport à l'IA, etc. Mais en revanche, là où je trouve qu'il y a quelque chose de vraiment intéressant dans le travail qu'a été accompli, c'est la question de se positionner. Enfin, c'est pas un essai sur l'IA. Et on va pas comprendre comment fonctionne un LLM en lisant le texte. En revanche, c'est une expérience qui est vraiment affective. qui est de l'ordre de l'usage quotidien, de comment est-ce que ça s'immisce dans nos vies. Et cette dimension-là, plus personnelle, plus intime, c'est une dimension qu'on évacue parfois, souvent, qu'on traite dans les articles de journaux. Et là, qu'une autrice s'empare de ce thème-là, ça me semblait intéressant.
- Speaker #0
Tu montrais effectivement que ça peut nous concerner tous, qu'on peut se reconnaître dans chaque utilisation, que ce soit pour se soigner, que ce soit pour poser des questions qui parfois n'ont aucun sens ou qui sont très faciles auxquelles on pourrait répondre. Pourquoi c'était important aussi ?
- Speaker #3
Oui, bien sûr, ça peut paraître paradoxal en plus qu'un écrivain qui est censé être une sorte de sage ou de sachant, d'avoir une posture, une position en surplomb sur la société, ne pas se laisser entraîner justement par des tentations technologiques. en viennent elles-mêmes à être enchaînées à cette espèce d'assistant personnel et de confident aussi, puisque le personnage de ton texte, c'est aussi un personnage fondamentalement solitaire. Et d'ailleurs, le point de départ de cette histoire, le départ à Paris, la crainte ou la souffrance qu'elle éprouve quand son amant lui annonce ça, elle repose fondamentalement sur sa solitude, c'est-à-dire qu'elle a l'impression qu'elle va être abandonnée, alors même que son amant ne lui dit absolument pas « c'est fini parce que je pars » . Et du coup, je pense que l'intérêt de l'utilisation de TGPT dans ce texte, je trouve en effet ce que disait Pierre, c'est la dimension intime. C'est la manière dont cet outil aujourd'hui va s'immiscer au plus profond de nous-mêmes et va avoir des influences très graves. J'ai connu directement ce genre de situation en plus sur nos relations, notre manière de percevoir le monde, de percevoir les autres et de diriger nos vies aussi. C'est-à-dire que comment est-ce que l'homme et la machine, entre guillemets, ne font qu'un aujourd'hui dans un usage absolument quotidien, y compris pour résoudre des problèmes de cœur.
- Speaker #1
Et surtout, en fait, ce qui se passe avec le personnage d'Annabella, c'est qu'elle perd un rapport sensible au monde. n'est plus capable d'interpréter des signaux concrets d'une relation ou d'un échange. Et le moment où elle reconnecte avec le monde, c'est le moment où elle lâche l'écran et qu'elle se met à marcher dans les rues, elle passe dans des rues, elle voit une cathédrale, elle voit une église, etc. Mais tant qu'elle est enchaînée à son écran, tout est filtré par le biais de cet écran. Donc la réalité n'existe pas. Et je pense que c'était aussi un texte sur la disparition de la réalité dans une certaine mesure. Pour Annabella, c'est quelqu'un qui vit à travers une machine, et donc qui ne connaît pas le monde autrement que par ça. Et c'est pour cela qu'elle ne comprend pas les signaux de son amant.
- Speaker #0
Qui va presque accorder limite plus d'importance à la parole de Tchadjepeté qu'à la parole de son amant, à un moment où elle tombe sur un mot qui va déterminer et qui va définir sa relation. Et en fait, elle tombe des nues en découvrant ce mot-là, en disant « Ah, c'est ça qu'il pense de moi » .
- Speaker #3
Justement, ça, c'est très intéressant parce qu'aujourd'hui, on a en effet cette perte de contact et du réel, mais on a aussi des statuts d'énonciation, je trouve, qui sont très incertains. C'est-à-dire que par exemple, quand on se rencontre sur une application de rencontre ou quand on discute par SMS, c'est d'ailleurs ce que vit ton personnage, on ne sait pas dans quel contexte les gens communiquent avec nous. On peut très mal interpréter un message parce qu'il a un émoji qui nous semble... un petit peu agressif ou parce que trois points de suspension parce qu'il y a un point et cette en fait cette instabilité même qui suppose une espèce d'herméneutique permanente et presque paranoïaque c'est à dire qu'on peut se vexer pour des choses qui ne sont absolument pas. Je me souviens que par exemple quand on m'envoie un pouce les personnes âgées adorent envoyer des pouces. C'est pas comme des formes d'agression c'est un peu je m'en fous. Et en fait pour eux non c'est super cool ils ont compris qu'on pouvait répondre avec des émojis c'est bon je vais avoir l'air jeune. Moi je prends ça comme une violence. Et en fait, la réponse à cette espèce d'instabilité ou d'insécurité permanente, relationnelle... Annabelle ? Annabella ? Anna !
- Speaker #2
C'est une vraie question, on va voir si c'est la même Anna que dans Le Ravatriement ou pas.
- Speaker #1
En fait, le thème de l'intelligence artificielle, il était présent dans mon deuxième roman. Et comme je n'arrivais pas à l'approfondir, je l'ai sorti. En fait, je voulais faire... J'étais tombée sur un documentaire qui m'avait vraiment bouleversée, qui expliquait qu'en Corée... Les gens qui souffraient d'un deuil accompagné d'une profonde mélancolie se servaient notamment d'hologrammes pour pouvoir... avec une photo d'un défunt, qui reproduit une sorte d'hologramme et qui pourrait accompagner dans le processus de deuil. Et je me suis dit, mais c'est vraiment le meilleur moyen de ne jamais se consoler, de ne jamais guérir. Et puis, à côté de ça, je voyais des... des articles sur des adolescents qui se suicidaient parce que Tchadjepeté leur avait dit que leur vie n'avait pas de valeur, etc. Et donc je me suis dit, il y a quelque chose à faire à part entière sur le sujet. Et j'avoue qu'au moment où je commence à écrire, je demande beaucoup d'informations à ChatGpt. Annabella me ressemble un peu dans une trentaine de mesures.
- Speaker #0
C'est une double écriture, effectivement. Et évidemment, je reviens sur cette question de l'intelligence artificielle, bien sûr qui est au cœur de ce texte, mais comment est-ce que l'intelligence artificielle, et en particulier ici chez GPT, puisque c'est au cœur de ce livre-là, transforme totalement notre rapport à la solitude ? C'est-à-dire qu'on a l'impression de ne plus être seul, alors que fondamentalement, on est avec un écran. C'est-à-dire qu'on finit par humaniser ce qui est face à nous, avec des conversations, on le voit effectivement. sur ces adolescents qui se sont suicidés après avoir parlé à Tchadjepeté. Quand on voit les conversations qu'ils ont eues avec, ça paraît à la fois extrêmement diabolique et en même temps ça paraît...
- Speaker #1
Parce que c'est la conversation de Tchadjepeté. Tchadjepété est programmée pour nous donner toujours raison. Donc si vous lui demandez « penses-tu que le sucre soit bon pour la santé ? » « Oui, je pense que le sucre est bon pour la santé. » Il va vous expliquer pourquoi. Et vous reformulez « penses-tu que le sucre soit mauvais pour la santé ? » Il va vous réexpliquer pourquoi le sucre est mauvais pour la santé. en hiérarchisant les arguments, bien sûr, mais il est programmé pour vous faire plaisir. Donc si vous consultez Tchad GPT en lui demandant « Est-ce que mon mari me trompe ? » , il va vous expliquer pourquoi, au regard des nombreuses informations que vous avez transmises, votre mari vous trompe. Et c'est ça qui est inquiétant, parce que du coup, les psychologues s'inquiètent beaucoup de ce phénomène, parce que notamment tout ce qui est lié à la schizophrénie, psychose, etc., c'est des gens qui... le Ausha va entretenir leur délire. Et donc, c'est vraiment très inquiétant quand on est fragile mentalement, parce que du coup, on prend très au sérieux une parole qui est programmée pour nous faire plaisir.
- Speaker #0
Et elle est de ce sens finalement.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #2
Il y a un autre point qui est important, c'est qu'en fait, il y a une sorte de pareidolie mentale, c'est-à-dire que, en fait, je pense qu'on a, enfin, c'est le très beau titre du texte de C.D.Garman, c'est que le besoin de consolation est impossible à rassasier, je pense qu'il y a quelque chose qui est de cet ordre-là, c'est-à-dire qu'en fait, on a besoin. de connexion et il se trouve que quelque chose qui mime l'interaction humaine, mais c'est tellement simple de s'y plier. Et pour ça je trouve que l'IA en fait c'est une sorte de cauchemar cartésien. C'est-à-dire que Descartes, vous connaissez le cogito, c'est-à-dire que Descartes peut s'y aller que, en fait, on n'est pas sûr de l'existence du monde, c'est impossible. Il y a une chose dont on peut être sûr, c'est le fait que nous on pense et que par conséquent on applique ce cogito qui s'applique à nous aux autres, mais en fait l'IA, on a envie de lui prêter une pensée. On a envie de prêter une humanité ?
- Speaker #3
C'est pas très nouveau, on fait ça avec les animaux domestiques aussi, on fait ça avec des love dolls aussi. Je veux dire, en fait, c'est... D'ailleurs, parfois, il n'y a pas vraiment de différence entre les deux. Mais c'est juste que...
- Speaker #1
Je suis peut-être innocente, mais c'est quoi un love doll ?
- Speaker #3
Love doll, c'est... Alors, moi, je connais très bien. En fait, c'est assez drôle, ce sont des poupées. plus ou moins gonflables. Ah d'accord,
- Speaker #1
je viens de comprendre, c'est bon.
- Speaker #3
Du coup, c'est japonais, ça s'est popularisé au Japon et en fait, ça vient... Il y a un livre absolument génial qui a eu le prix SAD d'ailleurs, qui s'appelle Love Dolls, qui est un essai écrit par une sociologue sur l'origine et la construction des Love Dolls. Aujourd'hui, c'est un très beau livre qui explique que justement, au départ, ça vient d'un mythe. japonais où la love doll est en réalité un piège à démons qui viennent harceler des jeunes femmes d'un village et ont construit un faux être de chair qui va être le réceptacle à ce démon qui était à la base un objet sexuel uniquement et qui s'est transformé avec des gens qui ont des vraies relations mais humaines,
- Speaker #2
c'est à dire qui sont mariés à des love dolls c'est ça qui est intéressant c'est des pas comme la poupée gonflable c'est à dire qu'en fait c'est des poupées qui sont humanisées mais on retrouve le même principe avec ce qu'on appelle les bébés reborn je sais pas si vous voyez ce que c'est là des bébés ultra réalistes,
- Speaker #3
mais vraiment qui comptent des centaines d'euros,
- Speaker #2
voire des milliers d'euros. Et en fait, il y a des jeunes femmes qui s'occupent de ces bébés comme si c'était de vrais nourrissons, qui les nourrissent, qui les changent, etc. Et donc, on voit bien que...
- Speaker #3
Bienvenue !
- Speaker #2
Il y a un truc sur cette solitude contemporaine, en fait, qui est universel, en fait, qu'on a un besoin de communication. Et il y a des réceptacles, des objets sur lesquels on fonde ça. Et l'IA permet d'attiser ça en nous. Je pense qu'on le voit bien.
- Speaker #0
C'est paradoxal parce qu'on a un besoin de communication. Et pour pallier ce besoin de communication, on va aller s'enfermer dans une bulle, s'enfermer dans quelque chose. C'est une bulle de protection aussi. Exactement. Mais c'est ça aussi, il est question de ça pour Anna, qui est dans cette bulle-là aussi de protection, de se dire qu'elle ne veut plus penser par elle-même. En fait, elle veut essayer de répondre... à ses propres questionnements et à ses propres angoisses par quelque chose qui lui donnerait en fait un produit ou une réponse toute faite.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est le monde pré-mâché, pré-pensé. Et je pense qu'aussi, c'est ce qui fait qu'elle n'arrive pas à écrire. Parce que pour écrire, il faut avoir un rapport sensible au monde, il faut faire l'expérience du monde. Or, elle ne sort plus, elle ne connaît plus le monde,
- Speaker #2
elle ne connaît plus les autres.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce que ça dit du coup du rapport propre à l'écrivain, en fait, dans ce texte-là ? Parce qu'en fait, elle n'arrive plus à écrire parce qu'on a l'impression que...
- Speaker #1
Il y a une réponse qui a été donnée au moment où elle l'analyse le début de Pas pleurer de Lydie Salvert. Et elle dit qu'en fait, qu'un livre, ce qui fait notamment une phrase qu'on trouve particulièrement belle, c'est que l'auteur va s'attacher à un détail qu'une machine n'aurait pas remarqué. Parce que les machines sont faites pour le moment, sont faites pour produire des énoncés qui... qui vont plutôt être englobants, plus que dans le détail. Et notamment, si par exemple, alors j'ai essayé moi une fois, je me suis amusée, j'ai demandé, « ChessGPT, est-ce que tu peux m'écrire un texte à la manière de Pierre Michon, un texte à la manière de Beckett ? » Et en fait, il reprend les thèmes. Lorsque j'étais dans la creuse, lorsque j'étais dans ma chambre, dans le noir pour Beckett. Et en fait, il n'est pas capable, dans le cas de Beckett, ce qu'il va faire le style de Beckett, c'est son humour et son ironie. c'est ce jeu sur les panorthoses et ça il n'est pas capable, il peut le faire si on lui dit oui il faudrait que tu mettes cette figure de scie, cette construction, cette reformulation un peu décalée, il va le faire mais spontanément il va plutôt reprendre des thèmes et c'est ça la différence entre un écrivain et une machine et quand Annabella le sent elle sent que ce qui va faire la différence c'est ce regard sur le détail et ce regard sur le détail qui est Merci. permis par un regard qui est entraîné, entraîné à regarder le monde. Et je crois sincèrement que le moment où elle parle de l'anneau, je ne sais plus, c'est de l'évêque, de Palma, et comment la phrase est construite, on a l'impression que l'anneau est en train d'embrasser les cadavres qui tombent. Moi, je trouve ça tellement beau, je me dis, mais un ordinateur ne peut pas faire ça. Enfin, peut-être mon illusion, mais je crois qu'un ordinateur ne peut pas faire ça.
- Speaker #2
Est-ce qu'on ne lirait pas ce passage-là d'ailleurs qui est page 27 ? Donc tu l'as là, isolée.
- Speaker #1
Isolée, je pouvais enfin me concentrer. Le livre évoquait la guerre d'Espagne et son édition de poche, un plan serré sur le visage d'une jeune femme, offrait un regard de défi. J'aimais à penser que c'était la mère de Lydie Salvert, elle-même, et le rouge à ses lèvres, un rouge cardinal, comme la soutane de l'évêque de Palma. Le livre s'ouvrait sur ce paragraphe magistral où luisait l'anneau pastoral. La beauté de cette page tenait en cette image, l'anneau bénissant le corps que les justiciers s'apprêtaient à tuer. Sans insistance, l'écrivain faisait briller l'anneau au-dessus du corps, comme un geste de sacrilège. Cette acuité, elle ne pouvait être que le fruit d'une intelligence humaine, tout à fait sensible, dont l'œil est entraîné à considérer le moindre détail, un regard qui sonde au-delà des apparences.
- Speaker #0
Pour rebondir sur la lecture de ce passage, plus généralement, pourquoi avoir choisi Salver ? Pourquoi avoir choisi le mentionnement ?
- Speaker #1
J'adore Lili Salver, je trouve que c'est un écrivain génial. Et plein de cruauté. Il y a un texte d'elle que j'aime beaucoup, c'est la Déclaration. On a quelqu'un qui se plaint de sa conjointe. qui va jusqu'à critiquer son haleine et donc à dire les remontées de gaz et d'acide qui viennent de sa gorge. Je pense qu'il n'y a que Salver qui est capable de telles horreurs. Et ce que j'aime bien, c'est que c'est une écriture qui est très simple. Elle est très ouvragée, très simple, très tenue. J'aimerais bien un jour arriver à une si belle simplicité. Et en même temps, c'est un écrivain qui prend à bras le corps le monde, la société. Elle arrive à écrire en dehors d'elle-même. Et ce que je ne sais pas encore faire, c'est pour ça que c'est pour moi un écrivain important et un grand écrivain.
- Speaker #0
C'est un joli clin d'œil dans le texte. Il y avait une autre question sur la dépendance. Parce qu'en fait, dans cette histoire... Il est aussi question d'une double dépendance, qui est une dépendance amoureuse, mais qui est aussi une dépendance à l'alcool. Pourquoi avoir choisi de parler de cette double dépendance ? Comment est-ce que les deux s'articulent ?
- Speaker #1
En fait, j'ai parlé de cette dépendance parce que je voulais faire une blague que j'ai enlevée. Je voulais faire une blague que j'ai enlevée parce que je crois qu'elle n'a pas trop fait rire Victor et Pierre.
- Speaker #0
On va faire une édition collector avec la blague.
- Speaker #1
Mais, non, je ne sais plus, c'était quoi la blague ? C'était... En tout cas, moi, sur le moment où j'ai écrit, ça me faisait rire. Mais après, avec le recul... Non, en fait, il y a cette idée que pour écrire, il faut s'attacher à rendre compte de la vérité et donc à se débarrasser du sentiment de la honte. Et Annabella est convaincue que... Ce qui nous dépossède de la honte, c'est peut-être quelque chose qui va nous plonger dans un état second. Alors pour certains, ça peut être l'alcool, pour d'autres, ça peut être la drogue. Pour d'autres, c'est simplement un caractère désinhibé. Mais c'est quelque chose que j'y croyais quand j'étais jeune, mais maintenant je n'y crois plus. Je pense que pour écrire, il ne faut surtout pas trop boire, parce que sinon on est fatigué, on n'avance pas. Et en fait, les génies qui ont écrit Alcoolisé étaient déjà très brillants et ils travaillaient énormément. Ce n'est pas l'alcool qui rend génial. L'alcool dégrade les neurones, le cerveau et en fait, on est crevé, on n'écrit pas. Donc, je ne veux pas défendre le fait qu'un écrivain ait besoin de boire pour écrire.
- Speaker #0
Il a besoin d'être très lucide.
- Speaker #1
Elle a besoin d'être très lucide, mais je pense qu'en fait, ça participe de son caractère. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est très abîmé, qui est très seul, et donc qui s'invente un monde à elle. Et comme la vérité n'est pas supportable et le monde n'est pas supportable, l'alcool est une façon de rendre le monde supportable, puisqu'elle est complètement seule, complètement isolée. Et à un moment donné, il y a une mention au désordre dans son appartement. Oui. Donc, voilà.
- Speaker #2
On reproduit un peu le chaos mental de ces pensées, mais ceci par rapport à l'alcool. Alors, le passage en question, il y a un passage, c'est le suivant, c'est « L'alcool m'était aussi nécessaire que les stylos, les cahiers. C'était l'instrument par lequel j'accédais à la noirceur et la honte, condition sine qua non, pour atteindre une forme de netteté. » Et c'est vrai que c'est intéressant cette idée, en fait, que l'écrivain, il y a une sorte de quête intérieure de la vérité, de désinhibition qui passe par ça. Toi, Victor, est-ce que c'est quelque chose que tu... Moi,
- Speaker #3
je bois énormément. Je plaisante, mais je plaisante à moitié. Enfin, je plaisante à moitié et je n'en souris pas d'ailleurs parce que je me suis rendu compte à un certain moment que je m'étais mis en tête, parce qu'il m'est arrivé plusieurs fois de traverser, tu dois connaître ça évidemment, non pas un problème de page blanche, mais l'impression de ne pas arriver à aller suffisamment en profondeur sur des choses plus personnelles, ou des histoires plus personnelles. Et il m'est arrivé parfois, du coup, de boire, de boire beaucoup et d'avoir l'impression à ce moment-là, arrivé à un certain palier d'ivresse, d'écrire des choses de manière absolument automatique et assez profonde, que je retravaillais le lendemain, que je remettais en forme, mais d'arriver à avoir un sentiment un peu de lucidité et d'être en effet débarrassé de la honte, de la pudeur, de plein de choses. Mais voilà, tout ça se regarde en miroir, disons.
- Speaker #1
Mais à ce sujet-là, j'avais écrit un... tout petit truc, mais vraiment minuscule dans lire. sur le thème L'œil de Dionysos, c'était le titre du... Et je m'étais demandé, parce qu'en fait, c'était un moment où je n'arrivais plus à écrire de poésie, et je me suis rendue compte que corps profond, la moitié des poèmes, je les ai écrits complètement torchés. Et je me suis dit, mais est-ce que je suis capable d'écrire, de trouver une syntaxe particulière, des images fortes, sans boire ? Et c'était vraiment une question à laquelle je... qui m'inquiétaient vraiment. Et en fait, je me suis rendue compte que quand je suis dans un état second, je trouve des choses que je n'aurais pas trouvées naturellement. Donc c'est ce qui est inquiétant, parce que ça veut dire qu'on est obligé d'entretenir un mal-être permanent pour écrire.
- Speaker #2
Mais après, c'est aussi assez lié avec cette conception de l'écriture que Nietzsche a déployée, la création entre l'apollonien et le dionysiaque. C'est-à-dire que c'est toujours un mélange. Il y a les écrivains qui seraient des teneurs de l'ordre, de la clarté, et puis à l'inverse. Il y aurait quelque chose de bien plus chaotique, bien plus primordial qui se joue et qui en effet va parfois contre la vie, contre la santé de l'écrivain lui-même.
- Speaker #0
Est-ce que c'est un mal-être ou est-ce que c'est une hyper lucidité ?
- Speaker #1
Après on peut le vivre joyeusement. Je pense qu'il y a autant de... Il y a des écrivains qui sont naturellement... Moi j'ai une admiration pour les écrivains drôles, les écrivains du bonheur, les écrivains jubilatoires, les écrivains qui... qui sont très érudits, qui jouent sur le langage, etc. J'aimerais ne pas être mélancolique. Vraiment, c'est mon rêve, moi, de faire un livre hyper drôle où on rigole de bout en bout. Et je crois que c'est une qualité. Et les écrivains qui ont cette chance-là, s'ils consomment de l'alcool ou pas, ça ne va rien changer. Donc, je pense qu'il n'y a pas forcément de lien. Mais je suis intimement convaincue que... C'est un refuge, l'alcool, et peut-être que ça nous illusionne sur nos capacités. Peut-être que à ce moment-là, on se dit, on peut finir ce manuscrit, on peut écrire cette page. Et peut-être que c'est plus intéressant, alors que c'est vraiment de la merde. Mais c'est pas grave.
- Speaker #3
Et c'est là où je trouve que c'est assez dangereux. C'est que l'écriture est elle-même un refuge. Et on en vient, en fait, à considérer que l'alcool va nous permettre d'écrire. Mais au fond, en fait, c'est plutôt la fuite qui nous amène, qui nous entraîne à consommer de l'alcool. et donc... Moins l'écriture que l'envie juste de s'oublier. Et l'écriture devient tout à fait secondaire au bout d'un certain moment. C'est pour ça que moi je fais très attention par exemple à ne pas avoir le réflexe de boire avant d'écrire. Ça m'arrive de boire à des moments très précis et très singuliers. Quand je sais qu'il va falloir que je travaille. Par exemple, j'écris très peu la nuit. J'écris que la journée parce que sinon je suis trop attigué. En revanche, je sais que... Il m'est arrivé plusieurs fois, pour finir un manuscrit, le manuscrit que j'ai fait dans mon prochain roman, de passer des nuits blanches, entières, avec des bouteilles d'alcool. Et d'avoir cette envie, mais presque romantique aussi, mais qui en même temps était très utile, de traverser la nuit, ivre, mais ivrement, jusqu'à ne plus savoir aligner des mots sur le clavier, et de me coucher à 8h du matin en ayant l'impression d'avoir acheté des choses. Et ce qui est sorti de cette expérience-là, je ne dis pas que c'est l'alcool ou la nuit étaient nécessaires, mais... Ce qui est sorti était, à mon avis, plutôt réussi, en tout cas à l'image, ce que j'espérais pouvoir accoucher à ce moment-là. Mais je ne veux surtout pas que ça devienne le cœur de ma création, parce que sinon, mon espérance de vie se réduira en gros six mois, en ans. Et pour les proches, c'est aussi compliqué, parce qu'évidemment, quand on vit avec des gens, personne n'a ce...
- Speaker #0
Parce que tu as l'impression aussi de ne pas réussir à retrouver cet état second autrement.
- Speaker #3
Un truc de l'intensité aussi, de l'expérience. On a envie parfois que l'écriture, comme on investit beaucoup de temps, d'énergie, on a envie que ça nous marque, mais que ça nous marque presque, ça crée des souvenirs. Donc se dire là, j'ai traversé une nuit marquante, parce que finalement c'est assez banal de juste se mettre à une table et d'écrire, et puis après d'aller faire des courses, il y a un truc qu'on a envie que ça nous marque, et ça nous marque peut-être pas assez.
- Speaker #1
Moi j'ai l'impression que je suis plus en prise avec les mots quand je suis dans un état second, parce que... Alors j'écris à la main, mais quand j'écris à la main et que j'ai bu un café comme ça sur un coin de table, ce n'est pas la même phrase. Alors que quand j'écris à la main et que je suis complètement alcoolisée, la phrase, j'ai l'impression qu'il y a presque des mots qui me sautent à la figure. Et du coup, c'est une autre expérience du langage. C'est presque un travail plastique. Ça m'est arrivé de recoller des bouts de papier. Mais raisonnablement, je ne le ferais pas en temps normal, mais recoller des bouts de papier, non, ça fonctionnerait mieux comme ça. Et je découpe ma page et je la recolle.
- Speaker #0
Mais ça, il faut vraiment être dans un état second pour avoir des idées pareilles. Voilà, pardon.
- Speaker #1
Qui peut servir à la création ?
- Speaker #2
Où est-ce que vous, c'est faire des papas ?
- Speaker #1
Je vais partir sur une autre dépendance, qui est la dépendance amoureuse, qui est aussi au cœur du texte. Est-ce que c'est difficile d'écrire la dépendance amoureuse, dans le sens où, évidemment, c'est très personnel, c'est à la fois très intime, très personnel, et surtout, ça se découpe d'une certaine manière chez chacun ? et ici on voit que c'est quelque chose qui est presque aussi ravageur que l'alcool chez elle parce que tout tourne en boucle dans sa tête elle devient presque folle d'interpréter des signes de demander justement à chaque GPT comment est-ce qu'on écrit cette dépendance amoureuse ?
- Speaker #0
Annabella c'est une obsessionnelle donc comme c'est une obsessionnelle elle a l'obsession de la littérature comme elle a l'obsession des hommes et je crois que fondamentalement elle est obsédée par les autres parce qu'elle-même considère qu'elle n'est pas assez. Donc il faut projeter en l'autre un idéal, l'idéal de la littérature, l'idéal de l'amour, qu'on n'atteindra jamais parce que c'est impossible, ça n'existe pas. J'aime les personnages obsessionnels. J'aime les personnages obsessionnels parce qu'en fait, on peut leur donner des objectifs inatteignables. Et je crois que le fait de croire qu'un ordinateur puisse nous donner des conseils assez... intelligent pour qu'on retienne quelqu'un qui a pourtant trouvé un emploi plus intéressant dans une autre ville, ça c'est vraiment de l'ordre de l'impossible. Et il faut vraiment être à moitié fou pour croire en... Il me faut donc un personnage fou. Et donc j'avais besoin d'Annabella et de sa folie. Et donc j'ai ressuscité Annabella de rapatriement pour les amours rudimentaires.
- Speaker #1
Et Victor, toi t'as quand même aussi des personnages qui sont obsessionnels. Moi je pense à Acide. Comment est-ce qu'on écrit ces personnages obsessionnels ? Comment est-ce qu'on écrit l'obsession ?
- Speaker #3
À partir de choses très concrètes, c'est-à-dire que j'ai une fâcheuse tendance, c'est pour ça que maintenant je contrôle un peu ma vie de façon à éviter de replonger là-dedans, mais j'ai des boucles obsessionnelles. Très simplement, par exemple, si un jour on me parle d'un problème, par exemple il me manque un appareil photo, je n'ai jamais voulu d'appareil photo, jamais je n'ai pensé acheter un appareil photo, je ne sais pas prendre de photo. Mais un jour on me dit, tiens, tu ne voudrais pas un appareil photo ? Alors là, je plonge une boucle obsessionnelle qui peut durer un mois de recherche, de visionnage de tutos, de comparatifs délirants sur les appareils photos. Donc voilà, en fait, j'ai un vrai problème avec les obsessions, et elles sont de tout ordre, d'ailleurs. Je rejoins complètement ce que tu disais. Ève, en fait, c'est fascinant, l'obsession. C'est le délire, au fond.
- Speaker #0
Je crois que c'est Borgès qui disait ça, que la littérature, c'est un délire organisé. Et c'est vrai que quand on y pense... C'est absurde de s'asseoir à sa table, écrire un texte que peut-être une seule personne n'ira, et encore...
- Speaker #3
Non, mais t'as complètement raison. Et le fétichisme aussi, en l'occurrence dans Acide, on est sur l'obsession et puis le fétichisme. Je suis fasciné par les fétichistes... On va prendre beaucoup de choses sur toi dans ce podcast. Je suis fasciné, je te l'ai dit. En effet, l'organisation d'éléments qui paraissent sortir de la rationalité. L'organisation, par exemple, d'un fétalicisme.
- Speaker #0
La littérature est un peu de cet ordre-là, parce que c'est quand même une idée qui est abstraite. Alors bien sûr, il y a le corps concret du livre, mais c'est quand même un idéal, une projection. Au moment où on se lance dans l'écriture d'un livre, il n'y a que nous qui savons où nous allons. Et il faut vraiment y croire jusqu'au bout, parce qu'à tout moment... Et encore, c'est pas en vache. Enfin, c'est pas en vache. Parce qu'à tout moment, ça peut s'arrêter. On peut se dire, mais pourquoi j'écris ça ? Quelle pertinence ? Mais qui voudrait passer du temps avec ce personnage complètement fou, qui ne range pas son appart, qui stocke son ex sur Instagram ?
- Speaker #2
Je pense qu'il y a un truc qui est très vrai là-dedans, et on le voit bien dans les hommes rudimentaires, c'est que le texte parle de la rupture, ou du moins d'une rupture possible, mais c'est aussi une... Annabella en l'occurrence, elle est en rupture elle-même et l'écriture va provoquer cette rupture-là, va devenir la rupture et je pense que ça c'est vraiment quelque chose qui est... On voit bien en fait toute la dimension, il y a un mot savant pour ça, c'est pharmacone, c'est-à-dire le poison et le remède. C'est-à-dire que tout devient duel. L'amour est un poison et est un remède. L'alcool à petite dose, pourquoi pas, à cente dose moins, et l'écriture elle-même. C'est-à-dire que, en fait, quand on est obsessionnel, quand on est dans cette obsession-là, eh bien en fait ça peut... nous consommer entièrement à l'intérieur. Et c'est justement ce moment où, quand on place l'œuvre au-dessus de la vie, c'est là où on peut aussi se mettre en danger. Et quand on place l'amour au-dessus de la vie, au-dessus de soi, c'est là aussi où on peut se mettre en danger. Et je trouve que ce texte-là, en peu de pages, il arrive précisément à un trajet de la frontière et de la bascule aussi, de ce moment où, là, les conditions d'existence peuvent radicalement changer.
- Speaker #3
Et peut-être que les obsessions viennent combler, c'est ce que tu disais... Le sentiment d'absence, d'infériorité, de part manquante, qu'on vient sans cesse essayer de trouver en l'autre, en d'autres objets, en d'autres choses. Les boucles obsessionnelles souvent viennent combler la peur du vide. C'est aussi ce qu'éprouve Anna, cette espèce de vide, de grande disparition d'un coup, qui vient la remettre face à l'absence d'ordre domestique, l'absence de direction même existentielle, d'ordre de son manuscrit. Elle n'arrive pas à écrire. En fait, elle est dans l'évitement. Et ces obsessions viennent en quelque sorte faire des espèces de... Enfin, viennent combler en fait ce qui lui manque, c'est-à-dire un bon psy peut-être.
- Speaker #0
Oui, oui, je pense qu'elle devrait aller voir un bon psy. Peut-être j'irai avec elle aussi.
- Speaker #1
C'est aussi de cet ordre-là, effectivement, le chat de GPT, c'est ça. Le chat de GPT, c'est aussi peut-être aller chercher ce qui peut combler un vide, un vide de savoir, un vide de... de connaissances, une vie amicale, une vie d'amoureux. Mais c'est ce qui devient très dangereux. C'est-à-dire qu'on comble tout. Dès qu'on a une question, mais il y a quelque chose d'aussi un peu maternant, je pense, dans le rapport à Tchad GPT, on voit, c'est plutôt les enfants, en fait, qui vont demander à chaque fois « Comment c'est fait ça ? Pourquoi c'est comme ça ? » À leurs parents, on a le même rapport, enfin, on est en train de construire le même rapport avec Tchad GPT. Dès qu'on a une micro-question, on va aller chercher directement à connaître.
- Speaker #2
Alors après, sans vouloir faire une défense et illustration de Tchad GPT, je pense qu'il y a un truc, l'IA, c'est comme, on parlait de Tchad, c'est un pharmacone. Pharmacone. C'est-à-dire que, moi, il y a plein de domaines très concrets, très tangibles où l'IA m'a aidé. Je prends un exemple très simple. Là, vous écoutez un podcast, il a dû être diffusé, on a dû brancher des micros. Moi, je n'y connais rien, mais qu'est-ce que j'ai tapé ? J'ai tapé le nom du micro sur Tchad GPT en disant « road » , « branchement » , etc. Et en fait, d'un coup, on a une solution pratique. L'IA génère pour moi des modes d'emploi à l'infini. Je pense que c'est vraiment ça qui me fascine. Mais moi, je ne lui demande pas tellement d'être mon ami, je lui demande juste de répondre à des...
- Speaker #0
Il y a des questions professionnelles.
- Speaker #2
Après, c'est vrai qu'il y a parfois des points de bascule, parce qu'en fait, ça c'est un peu intéressant. C'est-à-dire qu'on commence avec des choses très concrètes, et puis moi-même, je lui demandais des choses, au départ, je lui ai dit « Ok, moi je n'y connais pas grand-chose en économie, je faisais une étude de lettres. » J'ai dit genre « Ok. » bon bah un business model comment est-ce que ça marche etc et puis après en fait on a des idées on se dit mais si l'idée est bonne je veux lancer je sais pas j'ai entendu le mot sardine et là d'un coup tu peux le lancer sur un truc et il y a un monde qui s'ouvre parce qu'en fait il a des données très précises et concrètes sur le marché de la sardine en France et ça c'est c'est dans les détails aussi est-ce que vous demandez des conseils de business plan au sujet de 49 pages bah non mais honnêtement ça m'est arrivé même des tableaux Excel etc râle.
- Speaker #1
C'est même dans des minimaux de dire bonjour avant de poser une question. Il y a parfois plein de gens qui disent « Salut ! » « Merci beaucoup ! » à la fin. Alors qu'en fait, on n'a pas besoin techniquement de remercier. Une bouteille d'eau. C'est ça. C'est exactement ça. Et donc, effectivement, ça peut poser cette question-là du rapport entre... Et c'est aussi ce rapport aux écrivains qui, je pense, va changer aussi sur des générations. Parce qu'il y a plusieurs générations qui ont grandi ou qui... ne connaissaient pas soit Internet, qui ne connaissaient pas ChatGPT avant et qui ont vu ChatGPT apparaître dans leur vie, il y a aussi d'autres générations qui sont nées avec. Et ça, je pense que la frontière entre ces deux générations va être difficile parce qu'en fait, on aura peut-être des écrivains qui auront plus cette utilisation rationnelle et ce frein de dire « Oulala, je suis en train de discuter avec ChatGPT »
- Speaker #0
ou « Je suis en train de lui parler de ça » . Moi, je pense qu'on peut écrire avec ChatGPT. Il faut faire très attention à ce qu'on lui demande. Il faut faire très attention parce que si on met du texte dans le chat GPT, on entraîne la machine. Et les écrivains, surtout je pense quand on est écrivain, quand on est littéraire, quand on a un usage singulier, intime de la langue, on ne doit pas mettre du texte dans le chat GPT. Et par contre, parce qu'en fait, on le rend meilleur. Mais par contre, ce qui peut être intéressant, c'est par exemple, si vous avez besoin d'une information. Alors moi, par exemple, j'ai un problème, c'est que je ressemble un peu à Annabella, je ne sors jamais de chez moi. Donc je ne connais pas, moi, les odeurs, les saveurs, les textures. Et donc parfois, quand j'ai besoin de connaître ce que c'est que le lin, ce que ça fait sur la peau, je demande à Tchadjepété de m'expliquer.
- Speaker #1
C'est plutôt positif d'avoir une espèce de fenêtre sur le monde.
- Speaker #2
Et après, la question de la réception, elle m'interroge beaucoup. Parce qu'en fait, oui, on dit... En fait, le challenge de l'EPT peut produire des textes. Mais intéressant, c'est un test que j'ai déjà fait. Et c'est vraiment donner à lire des textes écrits par la machine, écrits par des écrivains, et voir si les lecteurs sont capables de faire la différence. Pour l'audio, c'est quasiment impossible. Et à vrai dire, honnêtement, pour les textes, je pense que c'est très compliqué de faire... Enfin, sur des extraits, évidemment, c'est pas un roman. On parle d'extraits. Mais c'est vraiment compliqué. Et en même temps, il y a une vraie question qui se pose, c'est qu'est-ce qui se passe si on prend du plaisir à lire un texte écrit entièrement par Alia ? Qu'est-ce que ça dit de nous en tant que lecteur ? Est-ce que ça nous rend moins bons, meilleurs, etc. ?
- Speaker #0
Je pense que si un texte... Je crois que vraiment les lecteurs sont vraiment attachés à la figure de l'écrivain. Ils ont besoin d'avoir un visage en face. Ils ont besoin de savoir que le texte a été écrit par Victor. Ils ont besoin de savoir qui est Victor Dumiot. Ils ont besoin d'aller sur sa page Instagram. Donc ça, ça ne changera jamais. Après, si Victor prend quelques petits passages où il ne savait pas exactement, je ne sais pas, il veut faire une recherche sur la migration des sardines en Méditerranée, il peut demander à Tchadjepédé de l'aide sur ce point-là.
- Speaker #3
Je fais exactement le même usage que toi, Ève. de charge de pété, c'est-à-dire je veux tout savoir du fonctionnement d'un moteur de voiture, je ne connais rien de mécanique. Pareil, je lui demande, explique-moi comment ça fonctionne, un moteur, et il t'explique très concrètement comment ça fonctionne, les bruits aussi, les odeurs, un truc comme ça. C'est hyper intéressant, en fait. Moi, je trouve ça très utile. Au demeurant, ce qui est plus compliqué, et j'imagine, en tout cas, je pense qu'il faut résister, c'est la tentation, en effet, de lui dire, crie un peu pour voir. Je pense que même si les résultats sont décevants, c'est tellement dur d'écrire déjà par soi-même, de voir la facilité avec laquelle il accouche dans le texte, on sait très bien que c'est déprimant.
- Speaker #2
Des pages et des pages d'un coup. Moi, c'est vrai que parfois, ça me fascine, même pour des trucs un peu bêtes. Des mails.
- Speaker #3
Avec tous mes mails, je vais le faire. C'est bon, les mails, les mails.
- Speaker #0
C'est bien, parce qu'on le sait.
- Speaker #3
Pardon ? Pas tous mes mails. C'est important, non. Mais les mails administratifs, oui. Mais non, beaucoup de mails, en effet. Enfin, tous les plus qu' Les lettres d'amour, les... Les manuscrits, c'est vrai, aussi. Pas du tout.
- Speaker #2
Non, non, mais c'est vrai que, enfin, rien que... Enfin, moi, je trouve que d'apprendre, je veux dire, vraiment, enfin, de voir tout ce texte cohérent qui surgit comme ça, avec une fluidité, même quand c'est des textes pas importants que toi, tu te retrouves à écrire, etc., tu te dis, mais, mon Dieu, j'ai sué pendant... pour écrire, je sais pas, une quatrième de couvre pendant une heure, puis ils te proposent dix modèles de quatrième de couverture, machin, et tu te dis, mais comment ?
- Speaker #1
du coup ça met une réflexion autour de la finalité ou du moment passé je pense que aussi pour les écrivains ce qui est hyper chouette c'est peut-être d'avoir ces moments de galère, d'avoir ces moments de doute, d'avoir ces moments chouette mais de voir le résultat fini en se disant je suis passé par toutes ces étapes et toutes ces épreuves pour voir un manuscrit
- Speaker #2
Non mais de fait, c'est là où on voit qu'il y a un truc très humain, c'est que, en fait, c'est mettre de l'affect, et aussi de l'intentionnalité. Et ça, c'est un truc, et c'est drôle, parce que t'en parles dans les amoureux dimentaires, et c'est un truc que j'ai vécu, et que je pense que n'importe quel lettreux a vécu, c'est que quand on est obsédé, justement, par le texte, par l'herméneutique, et pire que ça, quand on fait des études de lettres, on a appris à commenter des textes, quand on se retrouve à envoyer des textos à des gens, à des textos amoureux, et bien forcément, tout devient signifiant. Parce que nous, on a appris à voir du sens partout. Et de décoder, ça a été vraiment... Enfin, moi, je sais que ça m'est arrivé, quand j'étais au lycée, par exemple, de prêter un livre à un livre. à une fille pour laquelle j'avais des sentiments et d'entourer, de souligner certains mots donc vraiment de faire des choses qui sont quasiment toujours à la frontière de est-ce qu'elle va le voir, ne pas le voir et en même temps se nourrir de signes parce que c'est ça en fait et donc en fait voilà il y a un peu ce truc cette tentation de quand on reçoit des messages de dire mais comment est-ce que j'y réponds, qu'est-ce que l'autre veut dire et je pense que et en fait dans le fond ce qu'on fait avec LIA c'est aussi ça quand on est fasciné par JGPT qui écrit ou même par les textes juste qu'on peut recevoir. Il y a toujours ce vecteur d'aménotique qui est un peu une sorte de démon.
- Speaker #3
J'ai l'impression aussi qu'il y a le côté très humain d'avoir envie de se faire peur aussi. En fait, on aime bien, c'est presque par masochisme ontologique, on aime bien voir qu'une machine pourrait nous remplacer. Il y a un peu cette fascination pour les mondes, pour les extraterrestres, c'est la même chose. C'est incroyable. En fait, ce n'est pas si incroyable que ça. C'est peut-être parce qu'on est maintenant habitués. Au départ, c'était impressionnant, mais maintenant, je suis beaucoup moins surpris par la machine. Elle me paraît un peu bête.
- Speaker #0
Surtout que c'est des phrases qui sont très construites, très régulières. Il n'y a pas de... Moi, j'ai l'impression que... Un élève de 3e pourrait rédiger ces phrases ?
- Speaker #2
En tant qu'enseignant, j'ai eu des élèves, malheureusement pas, mais qui ont utilisé l'IA. Et le problème, c'est que je le voyais... Oui, t'as eu un peu... Non, mais c'est que je le voyais très absent parce que l'IA était bien meilleure qu'eux. Mais vraiment. Enfin, c'était impressionnant de voir à quel point elle les surclassait. Parce qu'en fait, l'IA faisait simplement des phrases sans erreur d'orthographe, avec une syntaxe à peu près cohérente, terriblement structurée, et qui ressemblait vraiment si peu avec, justement, le... Je parlais au début, hein. Certes, du passé composé à la place de la parfaite, c'est une chose, mais des élèves qui parfois écrivent une langue qui n'existe pas, ce qui est beau, mais ce qui est très humain. C'est intéressant de voir que l'absence d'erreur est le signe de l'IA. En tout cas, dans le domaine scolaire, il y a un truc qui est assez... Tu disais au début qu'en tant qu'enseignante, c'est quelque chose que tu voyais...
- Speaker #0
On a eu un gros souci récemment, c'est-à-dire que toute une classe, sur un devoir surveillé... non, peut-être pas toute une classe, 20 élèves, ont fait une rédaction d'autobiographie avec l'IA. Mais on avait des citations qui étaient vraiment... Je pense qu'ils avaient... Ils avaient le téléphone, ils avaient le téléphone, ou alors... Parce qu'il y a un autre professeur qui a dit, mais non, moi j'ai demandé à ce que les livres soient... les sacs soient devant. Alors comment ils ont fait ? Et alors il y a un collègue qui nous a dit, mais peut-être qu'ils ont préécrit sur la copie, des idées, et après, ils ont effacé... Enfin, il y a des stylos qui permettent d'effacer.
- Speaker #3
C'est bien.
- Speaker #2
C'est bien.
- Speaker #0
Pour structurer. Pour structurer les idées. Mais en tout cas, ce qui était vraiment surprenant, c'est que du coup, quand on a dit que ce n'était pas possible, que vous nous citez l'âge de raison de Simone de Beauvoir. Vous n'avez pas lu l'âge de raison de Simone de Beauvoir, arrêtez de... Et donc, certains ont avoué, d'autres n'ont pas voulu reconnaître. On dit, mais madame, vous nous sous-estimez, vous pensez qu'on n'est pas capable de lire des livres, etc.
- Speaker #1
Mais ça doit se voir aussi même sur des traductions, en latin, en grec. C'est-à-dire qu'on prend juste une photo...
- Speaker #0
On ne peut pas traduire parce qu'en latin, le TGPT n'est pas encore assez entraîné. Les profs de latin sont tellement archaïques qu'ils ne mettent pas de...
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Oui, parce que vraiment, les profs de latin, ils en sont encore avec leurs gafios, leurs petits papiers et tout. Du coup, dans le collège où je suis, on va faire une... Alors, on a un collègue qui est un père jésuite et qui va nous aider pour... On va faire une commission avec les élèves pour... En gros, le but, ce serait qu'ils voient en demandant à Tchadjibité d'écrire des textes et eux-mêmes en écrivant d'autres textes. pour voir qu'ils peuvent faire des choses beaucoup plus intéressantes que le chat GPT. Donc on fera ça au printemps. Et sur un sujet, on va faire venir un spécialiste, quelqu'un qui connaît vraiment le sujet. Et donc il va leur montrer les limites, les points positifs et les limites de l'IA.
- Speaker #2
Non mais c'est bien pour voir comment ça fonctionne. Moi je pense que l'expérience la plus triste et la plus drôle en même temps que j'ai faite avec l'IA et les élèves, c'était en plus à l'université, donc ils étaient grands, c'était en fait la question des hallucinations. C'est qu'en fait, une élève devait présenter un livre. de mon roman Gary alias Elina Jarre qui s'appelle Pseudo qui est un très bon texte d'ailleurs et en fait l'élève a juste je vais l'exposer sûrement avec l'IA puisqu'elle a présenté un livre qui n'existait pas c'est-à-dire qu'en fait en fait littéralement on tape résume-moi Pseudo de Romain Gary et d'ailleurs j'ai fait expérience en fait il invente une histoire à partir d'éléments d'autres textes de Gary mais qui n'est pas l'histoire de Pseudo C'est une histoire complètement folle, puisqu'en fait...
- Speaker #3
On doit prendre la question pseudo, pour un pseudo-livre de Romain Garif.
- Speaker #2
De Romain Garif, parce que pseudo, c'est l'histoire quand même délirante d'Émile Ajar qui s'en prend à Paul Plalovitch, alias Romain Garif. En fait, c'est un livre qui traite de la question de la folie de l'écriture, d'ailleurs, de manière assez intense. Mais ce qui est fou, c'est de me dire que l'élève en question est passé en exposé devant tout le monde, avec un aplomb.
- Speaker #3
Et tu l'as, toi, du coup ? coup, corrigé ? Ben,
- Speaker #2
moi, j'ai interrompu l'exposé, alors j'ai essayé de le faire de la manière la plus jolie possible. Et l'autre chose que j'ai eu, quand même, et même, encore une fois, à l'université, c'est des élèves, là, c'était dernièrement, qui, en fait, font quelque chose à partir de l'IA. Alors, un truc, là, pour le coup, je pense que c'est l'usage de l'IA qui est aussi encore imperfectible, mais c'était, en fait, un exposé qui durait très longtemps, au moins une demi-heure, mais avec des passages qui retournaient... En fait, là, il y a une structure en boucle. C'est-à-dire que, vraiment, c'est les mêmes phrases, et, comme par hasard, les phrases qui revenaient, c'était les mots-clés. C'est-à-dire les mots-clés qui étaient liés à mon cours. qui était lié à son sujet. Et je voyais presque le prompt qui avait été rédigé par rapport à ce qui me sortait. C'était horrible. Vraiment, j'ai... Et de la pareille, j'ai essayé de faire comprendre à l'élève que, en fait, bon, ça se voyait qu'il y avait un problème et qu'il fallait vraiment lire. C'était ça, l'enjeu.
- Speaker #1
Il ne reste plus que le latin. Nous allons nous accrocher au latin. Eh bien, nous sommes arrivés aux 49 minutes. Mais en tout cas, j'étais très très heureuse de pouvoir vous avoir avec moi autour de ce plateau. C'était très intéressant de pouvoir parler de toutes ces questions autour d'un texte que j'ai trouvé vraiment magnifique, qui s'appelle Les amours rudimentaires, d'Eve Guerra, aux éditions 49 pages. Merci beaucoup d'avoir été présente avec moi aujourd'hui pour parler de ce sujet. Et je vous conseille évidemment de lire ce texte qui est très beau et qui interroge beaucoup. beaucoup beaucoup de choses. À bientôt !