- Speaker #0
Il existe des noms qui entrent dans une pièce avant la personne qui les porte. Le nom Veil est de ceux-là. Avant même qu'Aurélien ne parle, il convoque une femme, une loi, l'Europe, la Shoah, le Panthéon et une certaine idée de la dignité. Il aurait pu chercher à s'en éloigner, il a fait le choix inverse. Il le prononce... Il l'assume, il emporte les combats. Normalien, avocat de formation, chroniqueur, fils de Nicolas Veil, petit-fils de Simone Veil et Antoine Veil, Aurélien Veil un homme que l'on présente souvent par ses liens avant de le présenter par lui-même. Alors aujourd'hui, nous allons tenter un exercice délicat. Ne pas lui demander de parler au nom de Simone Veil, mais lui demander ce que son nom fait à sa propre vie. Ce qu'il lui a donné, ce qu'il lui a demandé, ce qu'il protège, ce qu'il choisit de transmettre et ce qu'il aimerait parfois qu'on regardait. Je vais également relever un petit défi, faire raconter des scènes très simples à un homme qui pense naturellement en arborescence. Aurélien Veil, bienvenue dans A contre jour.
- Speaker #1
Merci Vanessa.
- Speaker #0
Alors on va commencer par un tout petit exercice. Tu as 15 secondes, top chrono, pour te présenter, mais tu n'as pas le droit d'utiliser les mots famille, Simone Veil. Qui es-tu, toi, Aurélien Veil ?
- Speaker #1
Français, républicain, citoyen, un homme engagé.
- Speaker #0
Oh, ça fait déjà beaucoup là, rien qu'en une phrase. Est-ce que tu peux... un point de vue un peu plus personnel, nous dire comment tu penses que tes proches te présentent, comment ils parlent de toi.
- Speaker #1
Je n'ai jamais réussi à savoir ce que les autres disaient alors que c'est sous des apparences d'indifférence un peu joué, c'est très important pour moi. Mais j'ai toujours des questions.
- Speaker #0
Le regard des autres compte mais t'oses pas y aller en fait.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Bon alors plus facile, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ton enfance ?
- Speaker #1
J'ai eu la chance d'avoir une enfance très heureuse, très protégée dans une famille aimante avec un frère dont j'étais très proches. Et j'ai consacré beaucoup de temps à travailler, j'ai été un très bon élève, très intéressé par les matières académiques, par la politique, dans une dimension transversale, en lien avec l'histoire, l'histoire de notre pays, et essayer de comprendre la société, essayer de comprendre mes concitoyens avec beaucoup d'ouverture à chacun, quelles que soient les qualités, quelles que soient l'origine, quels que soient les besoins, les exigences.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que, du fait de la famille dans laquelle tu as grandi, tu as été particulièrement éveillé aux valeurs de la République ?
- Speaker #1
C'est une évidence. C'est une évidence que dans la famille dans laquelle j'ai grandi, on parlait politique matin, midi et soir. J'ai grandi avec. Mes premiers souvenirs sont des souvenirs d'ordre politique. La politique, même si je n'ai pas fait le choix d'un engagement militant, est consubstantielle de mon existence.
- Speaker #0
Et pourtant, ton papa avait fait le choix de partir dans une voie un peu différente, puisqu'il était médecin. Mais il n'empêche qu'il restait profondément attaché à la politique, à le droit, l'ensemble de cet espèce de corpus républicain qui est fondamental dans notre famille.
- Speaker #1
Oui, c'est un corpus qui est fondamental, qui s'incarne aux différentes générations, parce qu'il y a la conscience de la chance que nous avons eue de venir de ce milieu privilégié, de la fragilité de la société qui peut basculer facilement et donc de la nécessité d'assurer des combats sans cesse renaissants.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux revenir un petit peu au petit garçon que tu étais ? Parce que tu rentres dans le genre très vite, mais revenons à des choses un peu plus cool sur... Ta jeunesse, ton enfance, est-ce que tu avais des parents qui étaient très présents ? Est-ce que c'était une famille qui était très soudée ? Quel était le rapport avec ton frère ? Vous avez combien d'années ?
- Speaker #1
Deux ans d'écart.
- Speaker #0
Deux ans d'écart, tu es le plus...
- Speaker #1
Je suis le plus jeune et nous sommes très proches de mon frère avec qui je passais quelques jours encore récemment. Nous avons gardé des liens extrêmement fusionnels que nos enfants continuent à avoir puisqu'il en a trois et j'en ai deux. Et les cinq passent leurs vacances ensemble, sont dans la même école, ils ont le même âge et donc c'est très facile dans ces conditions pour être très proches. Ma mère a été très présente et j'ai eu la chance d'avoir à la fois l'ouverture intellectuelle et politique de mes grands-parents paternels et l'exemple de mes grands-parents maternels qui étaient très présents et qui sont l'illustration de la méritocratie républicaine et de l'ascenseur républicain grâce à un travail acharné, à une intelligence hors du commun. et aux facultés qu'offre la République à travers ces écoles pour permettre, encore une fois, l'élévation intellectuelle et citoyenne des individus, qui est l'engagement que la société doit avoir vis-à-vis de ses enfants.
- Speaker #0
Oui, donc vraiment, cette culture républicaine, elle est vraiment à la fois dans la méritocratie portée par ta maman, et puis effectivement dans l'histoire de la famille Beck, on connaît peut-être un peu plus, mais tu vas nous en dire davantage. Déjà, je voudrais qu'on reste vraiment sur toi. Donc tu grandis, tu fais des études brillantes, effectivement, tu es très très bonne élève dans de très belles écoles, donc ça t'apprend à te faire ton propre avis, ta propre opinion, ta propre culture. Quel est ton talent à toi, le tien tout seul, pas celui que tu as hérité, pas celui qu'on t'a appris ?
- Speaker #1
Expliquer les choses clairement, expliquer des choses complexes aux gens pour leur permettre de les saisir et à leur tour de rebondir et de progresser avec.
- Speaker #0
Tu as fait le choix du droit, tu disais que c'est très important pour toi cet avocat de formation. c'est aussi le droit être très présent dans ta famille.
- Speaker #1
C'est un jeu intellectuel. J'étais un bon élève en mathématiques et en latin. Et il y a le même mécanisme de raisonnement hypothético-déductif dans le droit. On applique un syllogisme. Et c'est cette mécanique intellectuelle qui m'a donné envie d'embrasser cette profession.
- Speaker #0
Une vraie envie perso.
- Speaker #1
C'est complètement personnel.
- Speaker #0
Pas du tout un étage familial.
- Speaker #1
J'ai fait trop de sociologie pour imaginer que ça puisse être parfaitement... Totalement hasard. Parfaitement hasard. Ma mère est juriste, j'ai deux oncles avocats, ma grand-mère qui était magistrate. Et puis tout simplement, j'ai été amené à ouvrir des livres de droit parce que mon frère faisait aussi, en plus de ses études d'économie, des études de droit et je me suis dit, en fait c'est vachement sympa. C'est ça qui m'a déterminé à m'orienter vers ce domaine, mais c'est le jeu. J'ai jamais eu le sentiment de perfection. J'ai jamais eu le sentiment de perfection parce que j'étais mûr très jeune. Donc j'ai eu des lunettes très jeune et comme j'avais envie d'être pilote de chasse dans l'aéronaval, C'était tout de suite très compliqué, donc j'ai eu cette première négativité dans mes rêves d'enfant.
- Speaker #0
Ça c'était ton rêve d'enfant ? C'était mon rêve d'enfant,
- Speaker #1
j'ai grandi avec la bande dessinée Bogdani et le film Midway avec Charlton Heston. Puis comme j'ai eu un sentiment patriote qui est très prononcé et beaucoup d'admiration pour l'engagement de nos forces armées, je me disais que c'était une bonne chose. C'était fascinant de me retrouver sur un bateau. Et en même temps de pouvoir voler, ma mère a travaillé pendant 40 ans chez Air France. Donc j'ai beaucoup pratiqué les avions. Le rêve d'ICAR est quelque chose qui m'est très naturel. Et donc c'était le fait d'être myope qui a rendu les choses un peu compliquées. Et puis avec le reste de la vie, j'ai appris à savoir ce que c'était que les limites ou les empêchements. Et donc à comprendre ce qui pouvait être aussi pour les autres.
- Speaker #0
Et du coup, aujourd'hui, tes enfants, ils rêvent de quoi, eux ?
- Speaker #1
Mon fils aîné rêve de créer des entreprises, quelque chose que je pense qu'il arrivera à faire. Et mon fils cadet a des rêves tout à fait de son âge et de sa génération. Il rêve tantôt d'être sportif, tantôt d'être influenceur.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai que maintenant, on a cette génération qui, effectivement, veut devenir influenceur. Enfin, créateur de contenu. Il faut faire attention. Est-ce que tu peux nous parler d'une journée ordinaire pour toi ? Aujourd'hui, ton quotidien, c'est quoi ?
- Speaker #1
Une journée ordinaire, c'est je sors les enfants du lit, je les accompagne au collège, ensuite je pars à mon travail où je passe toute la journée et je rentre dîner avec les enfants.
- Speaker #0
Donc une place très importante de la famille, de ton rôle de père.
- Speaker #1
Oui, mes enfants sont très importants.
- Speaker #0
C'est ce que tu as vécu toi quand tu étais petit ?
- Speaker #1
C'est ce que j'ai vécu avec ma mère. Quand j'étais petit, mon père était très occupé par ses activités professionnelles. Nous avons la chance, mon épouse et moi, de pouvoir être présents. Nous essayons de nous organiser pour dîner le plus souvent possible et nous passons beaucoup de temps ensemble. La vie professionnelle, entre le matin et le soir, est forcément d'autant plus heureuse que j'ai l'opportunité aujourd'hui de faire sans doute ce qui m'amuse le plus. J'ai la chance d'encadrer une équipe de qualité et ce qui m'amuse, c'est de leur permettre de grandir. Et je fais de moins en moins de droits.
- Speaker #0
Ce qui n'est pas gênant.
- Speaker #1
Et donc, dans cet encadrement et ce développement de mes collaboratrices, qui est une forme d'achèvement.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, ton quotidien, c'est à la fois cette vie familiale, cet équilibre que tu essaies de trouver entre ta vie familiale, ta vie professionnelle et la vie professionnelle.
- Speaker #1
Tu m'as demandé une journée ordinaire. Mais il y a des journées extraordinaires. Il y a la journée des journées extraordinaires. Il y a tous les mardis, ma chronique à la radio. Il y a des journées extraordinaires comme des journées d'engagement. Dans les journées extraordinaires aussi, la lecture des noms des déportés lors du 80e anniversaire en avril 2024, aux côtés de mon oncle Pierre-François, au mémorial de la Shoah, de lire les noms des déportés du convoi 71 dans lequel était ma grand-mère.
- Speaker #0
Ce qui doit être un moment effectivement à la fois extraordinaire personnellement, mais aussi au nom de la République française, qui reconnaît aussi ses disparus.
- Speaker #1
Ce sont des moments... Ce sont des moments importants de savoir rendre hommage aux morts, de savoir rendre hommage au juste, de savoir conserver la mémoire et de la transmettre.
- Speaker #0
On y reviendra sur l'envie que tu as, effectivement, de continuer de porter ce flambeau, ce qui n'est pas simple, parce que c'est un engagement très lourd.
- Speaker #1
Ce n'est pas compliqué du tout. C'est une nécessité, c'est un impératif moral, comme dirait Kant.
- Speaker #0
Que tu t'es fixé toi-même.
- Speaker #1
qui vit naturellement. C'est pas... C'est pas un combat.
- Speaker #0
J'imagine que très tôt, on t'a rappelé que tu étais Aurélien Veil. Est-ce que tu te souviens du moment où tu as compris que ton nom de famille était un peu différent, enfin en tout cas changeait le regard des autres sur toi ?
- Speaker #1
Non, je m'en souviens pas parce que c'était immédiat. Moi je finis en 79, donc mes premiers souvenirs, je disais tout à l'heure, mes premiers souvenirs politiques, c'est le décompte quotidien au journal télévisé des jours de séquestration des otages du Liban par le S.V.L.A. Mes premiers souvenirs sont politiques, j'ai grandi dans le monde politique, j'ai respiré politique. Je suis venu à la conscience de ma présence au monde à un moment où ma grand-mère avait été déjà reconnue, avait déjà été ministre, avait déjà donné son nom à la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, avait déjà été premier président du Parlement européen et était encore député européen. J'ai à la fois tout de suite eu la conscience du caractère... très privilégié, très favorisé intellectuellement, culturellement, socialement et aussi financièrement de ma famille et des exigences qui allaient avec, savoir rendre tout ce qu'on j'avais reçu.
- Speaker #0
Est-ce qu'à l'époque, il y avait déjà ce côté un peu iconique qu'on a aujourd'hui ? Et est-ce que toi, tu t'en rendais compte ?
- Speaker #1
Le côté iconique est venu assez vite et je m'en suis rendu compte, pas forcément tout de suite, mais assez rapidement.
- Speaker #0
Et toi, ton rapport à Simone Veil, pour toi, c'était ta grand-mère, où tu avais déjà cette conscience que... Elle était un peu plus que cela.
- Speaker #1
J'ai tout de suite eu conscience que c'était ma grand-mère et plus que cela. C'est une grand-mère qui était à la fois présente. On organisait tous les samedis des repas de famille qui nous réunissaient. Je passais avec elle une dizaine de jours l'été en vacances dans sa maison sur la côte d'Azur. Et en même temps, à la différence de mes grands-parents maternels avec qui j'étais de façon constante, évidemment, elle avait un agenda de ministre.
- Speaker #0
Oui, donc plus compliqué de l'avoir. Mais tous les samedis ?
- Speaker #1
Tous les samedis, sauf quand elle était en déplacement, en obligation officielle. Mais sinon, elle essayait d'organiser tous les samedis un déjeuner chez elle, où venait qui voulait. Déjà sur le mode de la liberté, et nous faisions partie, ma branche de la famille, des plus assidues.
- Speaker #0
Donc c'est ce que j'allais te demander, tout le monde venait, naturellement, même si on était...
- Speaker #1
Selon les agendas, selon...
- Speaker #0
Les empires.
- Speaker #1
Moi j'ai une famille très unie, d'autres branches étaient un peu plus représentatives de la France actuelle. avec des familles recomposées, donc forcément des engagements, des empêchements.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà vécu des situations un peu originales dans ton enfance, adolescence ? Par exemple, est-ce qu'il y a déjà eu un cours sur elle ? Est-ce que tu as assisté parfois à des gens qui parlaient d'elle à l'école ? Ça, ça a été des choses qui... Comment tu as vécu ? Moi,
- Speaker #1
je n'ai jamais assisté à... Je suis malheureusement trop âgé pour avoir eu des cours sur Simone Veil.
- Speaker #0
Tu l'as pas dit comme ça, tu noteras.
- Speaker #1
Mais mon fils a eu à lire Une Vie. son autobiographie et surtout moi j'ai vécu évidemment des moments dans la rue où des gens venaient la saluer donc forcément il fallait s'arrêter, dire bonjour aux gens et donc tout ce qui peut aller avec une forme de célébrité.
- Speaker #0
Nous on a le recul qui fait qu'on a gardé quand même plutôt ce côté, je parlais tout à l'heure du côté iconique je pense qu'on a un peu ce côté là mais il y a eu aussi la loi qu'elle a porté a créé énormément de polémiques. Est-ce que parfois, vous avez eu des gens qui l'ont éteint en règle ou avec une certaine forme de violence ou de virulence ? Moi,
- Speaker #1
je n'ai pas vécu ça, mais j'ai su très vite qu'elle continuait à recevoir des années plus tard des lettres d'insultes, des lettres abominables,
- Speaker #0
de menaces. Ok, mais toi tu ne l'as pas en tant que petit-fils,
- Speaker #1
tu ne l'as pas vécu. Moi je l'ai vécu en tant que petit-fils en septembre 1987, quand Jean-Marie Le Pen, au micro d'RTL, a parlé des chambres à gaz comme un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Et ensuite avec toutes les polémiques qu'il a pu faire, j'étais un peu trop jeune quand à la mutualité en 83, il a fait huer son nom par la salle, mais j'ai grandi avec les polémiques et les objections formulées par... par Jean-Marie Le Pen, dont malheureusement s'inspire aujourd'hui pas seulement les successeurs du parti politique de Jean-Marie Le Pen, mais l'autre extrême de l'échiquier politique. Avec les jeux de mots, les calembours...
- Speaker #0
Tu retrouves en fait finalement rien. Malheureusement,
- Speaker #1
tu te dis qu'en 2026, on va changer. Dans Glucksmann, je retrouve du rafour crématoire. Moi, je fais parler des gens qui pensent que l'antisémitisme n'a jamais disparu, mais qu'il a longtemps été un tabou politique. Je pense que l'antisémitisme... tout en demeurant confinés dans certains milieux. La société occidentale, depuis 1945, a fait beaucoup d'efforts sur la tolérance et sur l'ouverture et qu'on est arrivé à obtenir une situation exceptionnellement ouverte pour les droits des femmes, les droits des homosexuels, les droits des minorités et qu'aujourd'hui, de multiples menaces qui viennent de diverses chapelles politiques menacent ces progrès qui étaient nécessaires pour les droits individuels.
- Speaker #0
Justement, comment toi, en tant que successeur de ces valeurs que tu portes, tu réagis à une remise en question de plus en plus forte parfois de l'Europe, qui a été un des grands combats de ta grand-mère et effectivement la résurgence de l'antisémitisme en France ?
- Speaker #1
Tu peux en tout cas à minima parler de résurgence de l'expression publique de l'antisémitisme. Celle-ci est malheureusement indiscutable. Elle est d'autant plus problématique qu'elle est portée par des élites intellectuelles et médiatiques, alors que quand elle était exprimée par Jean-Marie Le Pen, elle était... vigoureusement combattu et ses élites intellectuelles médiatiques entre ceux qui ont cette conviction, ceux qui utilisent cette conviction des fins électoralistes et tous ceux malheureusement qui se taisent sans prendre position contre l'expression publique renouvelée de l'antisémitisme. Tout ceci aboutit à une situation d'une extrême gravité et très inquiétante. Je pense que c'est à la fois important de souligner ce retour de l'antisémitisme, mais c'est aussi quelques jours après un attentat visant la Gay Pride de... mentionner le danger qui menace encore une fois un certain nombre de droits parce que il y a un retour d'idéologie notamment sur le fondement d'identité religieuse qui aujourd'hui vise à faire revenir en arrière à une époque où ces idéologies avaient une emprise sur la société dont on était parvenu grâce à la laïcité, grâce au combat sur la tolérance, grâce au combat sur l'ouverture, on était parvenu à réduire cette emprise et qu'aujourd'hui elle revient.
- Speaker #0
Je reviens sur ton nom parce que L'histoire de ton nom, c'est une histoire, je le disais en introduction, qui porte à la fois l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, évidemment de la Shoah, du devoir de mémoire. C'est aussi le combat des femmes, c'est aussi, même si je crois que ta grand-mère disait qu'elle n'était pas féministe en soi.
- Speaker #1
On l'exprime souvent très mal en fait. C'était la question des droits des femmes, mais c'était tout simplement une question de santé publique. La question n'est pas de savoir si les femmes vont avorter ou vont pas avorter.
- Speaker #0
La question était que les femmes allaient avorter en fait.
- Speaker #1
Est-ce qu'on leur donne les moyens ? de le faire dans des conditions médicalement encadrées avec une dimension sanitaire préservée. C'est ça le sujet, c'est quelque chose qui existe de toute éternité. La seule question est de savoir est-ce que de façon très égoïste et finalement contraire à l'intérêt collectif qui est de préserver la santé des femmes, est-ce qu'on les laisse se débrouiller parce que, comme le disaient trop souvent certains hommes, ça n'est qu'une histoire de bonne femme et elles ont toujours suggéré, est-ce que c'est pas un moment à la société de prendre ses responsabilités et de leur permettre de prendre ce geste ? lourd de sens, qui n'est jamais fait de gaieté de cœur, je le dis en entier les mots qui ont été cités à ce moment-là. Est-ce que néanmoins, il faut permettre aux femmes de le faire dans des conditions sanitaires satisfaisantes ? La loi, c'est ça.
- Speaker #0
Et c'est pour ça qu'elle a dit souvent qu'elle n'était pas féministe en soi. C'était effectivement un combat de santé publique. Merci d'avoir remis aussi cela.
- Speaker #1
Mais qu'il faut garder en tête aujourd'hui où on cherche à le remettre en cause. La question qui se posait à l'époque, si on remet ce droit en cause, elle se posera à nouveau.
- Speaker #0
Donc un nom qui est lourd de combat. Je pense qu'il y a énormément de choses qui ont été portées, qui étaient pas forcément simples à porter à l'époque où ils ont été portés. Ne serait-ce que d'assumer, ça l'a mis longtemps je crois, d'assumer le fait qu'elle était en camp. Je crois que le jour où elle est arrivée, elle était à la pose d'une première pierre je crois.
- Speaker #1
La première fois où elle en a parlé publiquement, c'est lors de la pose d'une première pierre à l'hôpital de Blois je crois.
- Speaker #0
Et où elle dit, non je sais bien le faire parce que c'était mon métier dans les camps.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Toi aujourd'hui, quand on découvre qui tu es, c'est quoi la réaction des gens de façon générale ?
- Speaker #1
Souvent je suis présenté Aurélien Veil, le petit-fils de Simone Veil, vous voyez.
- Speaker #0
Vous êtes fait quoi ? Fier ?
- Speaker #1
Faire et neuf. C'est un fait avec tous ses avantages et tous ses inconvénients. C'est une porte d'entrée vers un certain nombre de gens qui, par conséquent, se mettent à sourire plus volontiers qu'à opposer leur froideur. Et puis, c'est aussi effectivement une forme, je ne fais pas envie de dire de limitation, mais voilà, c'est une forme d'orientation du regard des autres.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, les gens pensent qu'en tant que petit-fils, du coup, tu es sa représentation.
- Speaker #1
Il y a une dimension très... Voilà, la France, ce n'est pas complètement guéri de... de sa monarchie et une dimension un peu dynastique. Mais oui, pour un certain nombre de personnes, ça incarne. Et ce qui moi me soucie, c'est plutôt le fait que ça continue à incarner pour des gens quelque chose. Parce que il y a quelques années, j'avais une assistante de 25 ans, elle ne savait pas qui c'était. Et ma question, c'est que forcément, avec le temps qui passe, beaucoup de gens qui l'ont connue disparaissent. Et pour les plus jeunes générations, si on ne fait pas l'effort de faire le travail de transmission de la mémoire, ils n'ont pas de raison de savoir qui c'est.
- Speaker #0
Ça c'est une vraie question. Quel est ton rôle à toi, mais quel est de manière générale notre rôle à tous en tant que citoyens sur cela ? C'est qu'on le voit, les survivants de la Seconde Guerre mondiale sont tous, évidemment, le temps passe, en train de partir. La mémoire directe de cet événement historique est en train de partir. Quel est ton rôle à toi ? Quel est notre rôle à tous ?
- Speaker #1
Mon rôle à moi, c'est un rôle qui m'est naturel. de transmission de la mémoire de la Shoah rappelait exactement ce qu'a été le massacre de 6 millions de juifs, hommes, femmes, enfants, tout simplement pour ce qu'ils étaient, sans échappatoire. C'est une des singularités. Au moment des croisades, on pouvait échapper au massacre en se convertissant plus ou moins sincèrement. Il n'y avait pas la définition raciale de l'antisémitisme nazi excluait le fait de pouvoir échapper d'une quelconque façon, d'où le fait que les nazis aussi souhaitaient exterminer Merci. tout un peuple, il faut arriver à faire comprendre ça, à la fois pour perpétuer la mémoire, dire le nom de ceux qui sont partis, et faire comprendre aux gens qu'il y a des comparaisons historiques qui ne sont pas possibles, des banalisations de certains événements qui ne sont pas possibles, et c'est par conséquent, pour moi qui suis très féru d'histoire, important de pouvoir expliquer en mots simples, permettre aux gens de comprendre pourquoi la Shoah tient un rôle aussi important dans la mémoire contemporaine, dans la mémoire occidentale, et pourquoi c'est d'être un événement. qui doit marquer chacun pour saisir l'importance de la dignité humaine, du respect des droits des individus et des dangers de l'antisémitisme.
- Speaker #0
Pour moi, ce qui est extrêmement important dans cette transmission de la mémoire, c'est d'abord, comme je le disais, de garder le nom des gens et les murs qui sont faits au mémorial de la Shoah à Paris, le mur des Justes, également pour conserver la mémoire de ceux qui se sont engagés de leur plein gré à préserver des vies de juifs persécutés au risque de leur propre vie sans compensation. C'est quelque chose qui est très important, à la fois pour rendre hommage à ces gens et pour aussi les servir un peu de guide à l'avenir. Et c'est là où il y a ce rôle. je pense, de tout un chacun, de se dire est-ce que moi je vais faire partie de la majorité silencieuse et inactive ou est-ce qu'au contraire qu'ils laissent parler au moment où interviennent des persécutions, des préjugés, des stéréotypes ou est-ce que je vais prendre la décision de me dresser contre ces persécutions et de faire jouer ma voix et mon engagement comme homme, femme, citoyen pour lutter contre ces persécutions. Persécution, je leur dis. La lutte contre l'antisémitisme est une lutte qui me paraît particulièrement actuelle et nécessaire, mais la lutte pour la préservation des droits individuels et particulièrement des droits d'un certain nombre de minorités, c'est aussi très important, et j'ajoute, même si ce n'est pas une minorité mais une majorité, la lutte pour les droits des femmes. Il y a aujourd'hui une volonté très nette de masquer le corps des femmes, de favoriser le retour des femmes dans leur intérieur, de leur interdire à la fois une vie dans l'espace public, de leur interdire l'exercice de profession. Et c'est très dangereux parce que, de la même façon que les combats pour les femmes ont toujours été un combat et d'hommes et de femmes, il y a aussi, dans les mouvements réactionnaires qui menacent les droits des femmes, il y a aussi des hommes et des femmes qui sont convaincus de cet aspect-là. Et certaines femmes sont complices et défendent la vision, le retour de la trade wife qui est à la maison à attendre son conjoint.
- Speaker #1
Non, effectivement, ce n'est pas un combat d'hommes contre femmes. C'est effectivement, c'est au-delà de ça, c'est beaucoup plus conceptuel. Et je pense que, comme tu le disais tout à l'heure sur le côté, la société est restée antisémite. Je pense que la société n'est pas encore devenue égalitaire. Je pense qu'il y a encore des résurgences très... Je pense que toutes les femmes le vivent au quotidien.
- Speaker #0
Je disais toujours, tout est politique et ce ne sera jamais un combat achevé.
- Speaker #1
D'où ton envie, en bon pédagogue que tu es, de prendre toi la parole, puisque tu es maintenant chroniqueur, tu le disais tout à l'heure, le mardi sur RCJ. Sur cette émission, on te présente comme normalien, avocat de formation et petit-fils de Simone Veil. Est-ce que c'est une présentation que tu as choisie, toi, que tu as décidé ? Ou est-ce que tu as arrêté de te battre ?
- Speaker #0
J'ai arrêté de me battre, mais c'est entre le choisi et l'arrêter de me battre.
- Speaker #1
Ce competition de Simone Veil, pour toi, c'est une clé ? Ça te permet que les gens identifient très vite qui tu es ? C'est une responsabilité ?
- Speaker #0
C'est évidemment une responsabilité dans mes engagements publics. Je suis conscient que le fait de présenter comme petit-fils de Simone Veil donne un écho immédiat à certains propos que je peux tenir. qu'il n'aurait pas si je ne portais pas ce nom. Et donc, il y a une exigence de responsabilité qui m'interdit d'envisager des compromissions avec des extrémistes.
- Speaker #1
Et est-ce que ça t'empêche une part de liberté ? Parce que justement, tes chroniques sont faites au nom du petit-fils de Simone Veil. Est-ce que du coup, tu contrôles davantage ce que tu dis ?
- Speaker #0
Je contrôle tout ce que je dis.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
À peu près. Je suis à la fois très libre et puis je fais attention à tout ce que je dis parce que je suis conscient que ça peut avoir un écho démesuré. Et c'est aussi important de ne pas salir un nom par le fait de trahir ce qu'ont été les engagements familiaux.
- Speaker #1
Donc, toute parole t'engage et engage effectivement la mémoire de ta famille.
- Speaker #0
J'ai mes convictions personnelles et je m'exprime toujours en mon nom personnel. Sur mon compte Twitter, c'est marqué que c'est mon compte personnel qui n'engage que moi, puisque je ne suis pas le porte-parole de la famille. Ce sont mes propos. Je ne suis jamais le porte-parole de la famille. Même quand j'ai eu des expressions publiques, que ce soit pour dire combien certains comportements... m'avait paru choquant de personnes liées indirectement à Simone Veil. Ça n'est jamais que quelque chose qui m'engage moi. Je n'ai en aucun cas été constitué porte-parole. Ce n'est pas quelque chose que je cherche à m'arroger. En revanche, c'est très important, oui, pour moi, d'être à la hauteur de ce qu'ont été les engagements, la responsabilité familiale et de montrer la permanence de cette conception républicaine, démocratique, libérale, de la famille et d'un certain nombre de Français juifs.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des sujets sur lesquels tu aimerais bien pouvoir dire, et tu ne peux pas dire, je ne sais pas ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, non. Je sais toujours, il faut savoir. Mais de la même façon que je ne vote pas blanc, je ne m'abserve pas. Tu prends position. Jamais, systématiquement. Il y a malheureusement, d'ici l'élection, quelle qu'il soit, il y a quelqu'un qui est désigné. Donc tant que le vote en France est structuré autour du fait que le vote blanc n'est pas reconnu, l'abstention n'est pas reconnue, il faut voter. Je ne peux pas laisser les autres décider pour moi. Et il n'est pas envisageable de ne pas voter, tout simplement pour ne pas donner... aux antisémites à le moment de dire, vous voyez, ils ne se sont pas français, il n'a pas voté.
- Speaker #1
C'est très fort, ça.
- Speaker #0
C'est très fort.
- Speaker #1
Comme quoi, c'est très structurant. Il n'y a pas que le nom, il y a aussi cette histoire, l'histoire familiale, l'histoire tout court, avec un grand H aussi qui t'engage.
- Speaker #0
L'histoire tout court, d'autant plus que depuis mes prises de portis. J'ai droit à toute forme d'attaque antisémite de toute nature.
- Speaker #1
Et sur ça, c'est quoi ta réaction ? Tu réponds, tu attaques, tu réponds pas. C'est quoi la bonne réaction ? Est-ce qu'on laisse faire ? Est-ce qu'on attaque ?
- Speaker #0
J'ignore et moi j'ai une présence publique qui est limitée puisque c'est sur une poignée de réseaux sociaux et ça n'est que virtuel. Je bloque et j'éteins l'application. Le jour où il y aura une dimension physique, ce sera autre chose. Ça pourrait arriver, à ce moment-là on verra. Mais pour le moment, c'est virtuel et donc non.
- Speaker #1
Est-ce que Aurélien Veil a le droit de penser différemment de Simone Veil ?
- Speaker #0
J'ai toujours pensé différemment de ma grand-mère sur un certain nombre de sujets. Je pense qu'on n'était pas alignés sur la conception de la nation, sur le présidentialisme, sur le rapport au général de Gaulle. Plein de choses, je pense qu'on n'était pas forcément alignés en matière économique. On était principalement alignés sur les valeurs.
- Speaker #1
Sur le socle ?
- Speaker #0
C'est pas que sur le socle, parce que pour moi la conception de la nation fait partie du socle. Mais j'ai une conception qui est une conception très hybride. J'ai une conception de la nation qui est une conception de droite. sur l'importance de la terre, sur l'importance de l'enracinement. J'ai une conception de la nation qui est une conception de gauche sur les idées et les valeurs. Et les deux se nourrissent l'une l'autre.
- Speaker #1
Et ta grand-mère, elle ?
- Speaker #0
Je pense qu'elle avait plutôt une conception plutôt de gauche. J'ai ma liberté. Ce sont des propos qui n'engagent que moi. Et la seule chose que je refuse de faire, systématiquement, on ne fait pas parler les mots. Je refuse de dire ma grand-mère aurait dit ou ma grand-mère aurait pensé. Notamment en lien avec l'actualité. Je ne sais pas ce qu'elle aurait dit, ce qu'elle aurait pensé aujourd'hui. Personne ne sait, personne ne peut dire. Elle aurait pu avoir des éléments conduisant à penser différemment. Moi, tout ce que je sais, c'est ce qu'elle a dit à une certaine époque, ce qu'elle a exprimé dans un certain contexte, que ce soit notamment les réactions qu'elle avait eues au massacre de Sabra et Chattila au Liban, et le refus de banalisation de la Shoah, et sur le retour de l'antisémitisme, l'expression publique de l'antisémitisme au début des années 2000. Et voilà, c'est ce qu'elle a dit il y a 20 ans. En revanche, moi, j'ai mon expression personnelle, en mon nom, avec mes idées, qui essaie d'être dans le socle, pour le socle en tout cas, fidèle à ce que ça a été, mais avec mon degré de liberté.
- Speaker #1
Et est-ce que ça t'empêche, est-ce que ce nom t'empêche, selon toi, la médiocrité et peut-être la légèreté ? Est-ce que tu es obligé d'être sérieux ? Est-ce que tout est grave ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est conscient ou si ça m'empêche, mais les choses sont souvent importantes. Ça m'empêche pas de savoir rire ou m'amuser.
- Speaker #1
Mais il n'empêche que les prises de parole sont...
- Speaker #0
Ah, les prises de parole sont importantes, les prises de parole sont engageantes.
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu un avant et un après sur la façon dont tu portes ton nom ? Est-ce que pendant, par exemple, je ne sais pas, quand tu étais, tu es toujours jeune, mais quand tu étais en... encore plus jeune. Est-ce que tu n'avais pas forcément de poids, du nom dans tes prises de parole ? Et un jour, tu t'es dit, mais en fait, tu t'es rendu compte que ça t'engageait davantage et t'as eu envie de t'engager peut-être davantage. Est-ce qu'il y a eu un avant-après ?
- Speaker #0
Il y a un avant-après qui est extrêmement simple. Il y a d'abord un avant-après qui est lié au fait de la disparition de ma grand-mère en 2017. Et puis, deux ans plus tard, un échange avec mon fils dans lequel il me dit « Ta grand-mère est dans mon livre d'histoire. » Et je réalise à ce moment-là prisonnière prise de conscience qu'il était trop tôt pour que cette génération voit cette période comme une période extrêmement reculée et donc un peu sans influence sur leur vie actuelle, sur le monde contemporain. Ensuite, un certain nombre d'éléments déclenchant de fil en aiguille ont conduit à cette expression publique, d'abord sur les réseaux sociaux, puis dans le cadre de mes chroniques radio, et puis de plus en plus souvent, et probablement demain encore plus qu'hier, avec la disparition de mon oncle Pierre-François, dans un cadre plus institutionnel. J'ai toujours été en dehors des cadres institutionnels, que ce soit les cadres politiques partisans ou les cadres associatifs. Et peut-être que c'est le moment d'envisager les choses autrement.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on se rend compte à quel point, en échangeant là, notre génération est la dernière à avoir pu échanger vraiment avec des gens qui ont vécu cette passe en ce moment de survie.
- Speaker #0
C'est exactement ça. C'est le cœur de mon engagement pour la transmission de la mémoire de la Shoah.
- Speaker #1
C'est une responsabilité très forte à notre génération par rapport à nos enfants.
- Speaker #0
Mais totalement. totalement, c'est quelque chose qui est le cœur de mon engagement parce que nous les avons connus et je tiens et j'insiste sur le fait que oui, nous avons connu les survivants de la Shoah, mais nous avons connu aussi tous ceux qui ont connu la guerre. Il y a les Français juifs qui ont connu la Shoah et puis il y a tous les Français qui ont vécu ce qu'on oublie. Cinq ans d'occupation allemande avec une vie extrêmement dure, avec l'exode et les privations alimentaires, les tickets de rationnement jusqu'en 1946-1947. Et je tiens à le dire, parlez à vos grands-parents parce que chaque grand-parent a une histoire, une histoire à raconter qui va être une histoire différente et qui est cette histoire qui nous permet de prendre conscience de ce que la guerre a pu être pour essayer d'en écarter l'augure.
- Speaker #1
Et à quel point finalement on peut revivre ça. Pendant très longtemps, on a pensé, moi je fais partie de ces jeunes enfants qui, comme ma grand-mère me racontait la guerre, je me disais oui mais de toute façon ça ne reviendra jamais. Et nos enfants sont ceux aussi qui se disent que finalement, que là, une guerre mondiale est tout à fait possible.
- Speaker #0
Progressivement, oui, on a pensé que les conflits se passeraient loin et des conflits certes violents mais pas inter-étatiques, donc pas avec toute l'industrie d'un État, toute l'économie d'un État qui se mobilise pour entretenir la guerre avec les victimes qui s'y assis. Très rapidement, quelques mois après que ça a été discuté dans les cercles de réflexion qui envisageaient ce possible retour, ça s'est effectivement déclaré avec cette invasion par la Russie de l'Ukraine. Donc le retour de la guerre sur le sol européen et ça peut revenir très vite.
- Speaker #1
Tu parlais effectivement du monument Simone Veil, quand elle est partie et de l'impact que ça a pu avoir sur à la fois les Français, je pense, et dans ta vie à toi. Toi, tu as connu la personne. aussi derrière le monument. On va parler un tout petit peu de cela, ça ne t'embête pas. Quel est ton premier souvenir avec ta grand-mère ?
- Speaker #0
C'est les déjeuners du samedi.
- Speaker #1
C'est la famille, c'est se retrouver en famille ? Oui,
- Speaker #0
c'est se retrouver en famille parce que, compte tenu de sa charge de travail, j'avais jamais eu l'idée, moi, quand j'étais très jeune, de m'organiser pour avoir contact direct, individuel avec elle. Donc c'était des occasions familiales, régulières, que ce soit pour les fêtes de Noël, pour des vacances ensemble, que ce soit pour les déjeuners du samedi.
- Speaker #1
Et quelle sorte de grand-mère c'était ?
- Speaker #0
C'était une grand-mère qui avait ses convictions. un sacré caractère. Les conversations chez mes grands-parents étaient exclusivement politiques, avec un peu de dimension culturelle, la musique, en particulier le piano pour mon grand-père, les arts libéraux, notamment la peinture, la sculpture. Pour ma grand-mère, une passion qu'elle partageait avec mon père, qui l'emmenait faire le tour des galeries le samedi matin avant le déjeuner familial, mais tout était politique et donc on avait la chance. d'être imprégné de cet aspect-là. Moi, je savais à 5 ou 6 ans, les scrutins électoraux, la carte électorale et l'identité des parlementaires, les détails de la construction européenne.
- Speaker #1
Mais ça débattait.
- Speaker #0
Ferme.
- Speaker #1
Ça débattait ou ça écoutait ?
- Speaker #0
Ça débattait ferme.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Entre mes grands-parents surtout. Et ceux qui avaient le droit à la parole, ce qui n'était pas notre cas.
- Speaker #1
Ah, c'était la génération des enfants. Ah,
- Speaker #0
c'était la génération. Les enfants n'ont pas le droit à la parole quand on la leur donne.
- Speaker #1
Justement, la relation entre tes grands-parents, est-ce qu'en fait on parle ? énormément ta grand-mère, mais ton grand-père ?
- Speaker #0
Ils sont au Panthéon ensemble parce qu'ils sont inséparables.
- Speaker #1
Et ton grand-père, il t'apprenait quoi ? Il était très présent ? Il parlait beaucoup ? On a l'impression qu'elle prenait toute la place.
- Speaker #0
Non, non, il parlait beaucoup. L'activité politique qu'ils avaient en dehors de ses mandats, c'était le club Vauban, dont il était plutôt lui l'animateur. Elle est venue à la politique par son intermédiaire, par ses qualités personnelles, mais c'est initialement lui qui était intégré à la vie politico-administrative avant même de réussir le concours de l'ENA. Puis ensuite, tout au long de sa carrière, jusqu'au moment où il est apparu que l'égalité personnelle de ma grand-mère et la situation et le côté alibi dont elle n'a jamais été due, ont fait qu'elle a pris la lumière plus que lui, avec évidemment une dimension personnelle qui était différente, puisque ma grand-mère incarnait aussi à la déportation, alors que mon grand-père avait réussi à rester caché et à ne pas être déporté.
- Speaker #1
Quand les Français te parlent de ta grand-mère, c'est quoi les premiers mots ? Ce qui revient souvent sur...
- Speaker #0
Quelle femme exceptionnelle.
- Speaker #1
Bon, ça c'est plutôt chouette.
- Speaker #0
Ah, j'ai la chance, quand les gens me voient en vrai, j'ai la chance de n'avoir physiquement que des échos favorables. Sur les réseaux sociaux, j'ai droit à toutes les abominations possibles. Et sur elle, et sur moi, et sur elle et moi. Tant que ça reste virtuel, on ferme l'appli et puis c'est fini.
- Speaker #1
Est-ce que tu as une phrase qu'elle disait souvent et que tu entends encore dans ta tête ? Tu sais comme moi par exemple, moi je sais que j'ai des phrases que ma grand-mère me disait. et je les ai dans ma tête. Est-ce que tu as ça toi aussi ?
- Speaker #0
Non, je n'ai pas ça sur des phrases qu'elle disait souvent. J'ai en tête la fin de son commentaire sur ce que signifiait son appartenance au peuple juif, sa judéité, son appartenance à la France et ses devoirs vis-à-vis des 6 millions de juifs disparus qu'elle conclut en disant que sa vie est indissociable de ce souvenir et que elle sera donc juive jusqu'à sa mort et que le caddie sera dit sur sa tombe.
- Speaker #1
Est-ce que tu ressens ça toi aussi. Est-ce que tu le... porte ?
- Speaker #0
Oui, parce que pour le coup, je partage avec elle les mêmes valeurs. J'ai une identité juive qui n'est absolument pas religieuse, qui est une identité culturelle, de tradition, sur les valeurs, comme elle le disait, l'attachement au livre, c'est-à-dire l'attachement à la culture, qui est fondamentale, et puis sur les valeurs de dignité, de liberté, d'égalité, de fraternité, qui sont les valeurs de la République, puisque la France est le plus beau pays du monde.
- Speaker #1
Oh, on devrait finir là-dessus. J'ai plein d'autres questions, malheureusement. Mais c'était très bon.
- Speaker #0
Je fais partie de ces gens qui ont été élevés avec le dicton « Heureux comme dit en France » et sur l'importance de la chance que la France ait donné aux Juifs dès 1791 la pleine citoyenneté avec la faculté de s'intégrer à la société, le refus d'établir des limites dans leur progression sociale. Et c'est ça le modèle républicain en fait, c'est d'accepter l'ensemble des Français, quelle que soit leur origine, leur race, leur religion. pour accepter, à partir du moment où on intègre les valeurs de la communauté nationale, et les règles du vivre ensemble, être tous français pour créer une nation tous ensemble et porter cette histoire d'émancipation. Et je suis attaché à l'universalisme français.
- Speaker #1
J'ai du mal à rebondir après là-dessus. Enfin, toi, ça fait l'objet d'une connexion, mais c'est là.
- Speaker #0
Tu parlais tout à l'heure de ma capacité à être léger. Il y a ce mot latin sur la gravitas, je sais que c'est quelque chose que j'incarne, je fais rarement tourner le regard des gens par les blagues que je peux leur faire. Il faut vraiment bien connaître les gens pour arriver ensuite à un certain niveau, c'est un degré d'intimité, mais c'est pas naturellement comme ça que j'attire l'attention.
- Speaker #1
Mais est-ce qu'il y a des petits rigolos dans la famille quand même ?
- Speaker #0
Ah oui, beaucoup.
- Speaker #1
Ah ok. Donc tout le monde n'a pas la gravité ancrée ? Non,
- Speaker #0
absolument pas. L'humour est quelque chose qui est dans la famille une valeur fétiche.
- Speaker #1
Ton grand-père, je crois, était très taquin.
- Speaker #0
Exactement, très taquin. J'ai des oncles aussi qui le sont beaucoup.
- Speaker #1
D'ailleurs, en parlant de la famille, vous aviez tourné un documentaire dans l'appartement familial dans lequel on te voit.
- Speaker #0
Où j'ai volontairement pris la place à côté de ma grand-mère.
- Speaker #1
Ah bon ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce que tu cherchais ? Tu avais quel âge déjà ?
- Speaker #0
Une quinzaine d'années.
- Speaker #1
Et pourquoi tu as fait ça ? qu'est-ce que tu voulais ? C'est cette filiation que tu voulais ancrer ?
- Speaker #0
Probablement inconsciemment, oui.
- Speaker #1
Et comment t'as vécu cette médiatisation de moments somme toute privés ?
- Speaker #0
Je reviens toujours à cette question de l'impératif moral conscient. Ça fait partie du package. Il y a une façon de vie publique, de la même façon qu'il y a une expression publique, de la même façon qu'il y a un refus absolu de s'acoquiner avec les extrêmes. Ça fait partie des choses qui ne sont pas possibles quand on porte un certain nom. Il y a des reniements, des trahisons qui ne sont pas envisageables. Constater que des gens qui ont un nom de président qui a été victime de l'extrême droite s'acoquinait avec ce côté-là, c'est compliqué.
- Speaker #1
Donc on vous voit dans cette scène regarder les photos familiales, etc. Est-ce que chaque moment comme ça un peu intime, vous en profitez pour aborder ces sujets ? Est-ce que c'était simplement, je regarde les photos de famille, ou souvent c'était aussi, voilà ce que ça nous a appris, voilà ce qu'on porte ?
- Speaker #0
Non, non, pas du tout. Non, non, ça faisait partie du jeu, ces photos de famille. Ça faisait partie du jeu, ces moments familiaux, qui n'étaient pas du tout joués, donc on était complètement, enfin honnêtement, je pense qu'on était complètement naturels. Peut-être qu'on a essayé de faire l'effort de s'engueuler un peu moins qu'on pouvait le faire d'habitude. Mais j'en suis même pas certain.
- Speaker #1
Tu pincais par derrière au lieu de taper derrière.
- Speaker #0
Encore une fois, nous, on écoutait beaucoup quand même, même à 15 ans.
- Speaker #1
Est-ce que tu as déjà googlisé ton nom ? Est-ce que tu as déjà regardé ? Et alors, qu'est-ce qui apparaît en premier ?
- Speaker #0
Maintenant, c'est les chroniques radio. Pendant longtemps, je faisais, je regardais, je vérifiais. C'était soit mes interventions comme avocat, soit un article que j'avais pu faire dans la revue études à son sujet, pas très longtemps après sa disparition.
- Speaker #1
Ok, mais donc c'est plutôt toi.
- Speaker #0
Ah ben moi, je tape mon nom, ensuite...
- Speaker #1
Non mais en fait, le premier, ça pourrait très bien être le petit-fils de Simon Day.
- Speaker #0
Bon ben, il doit y avoir sûrement des associations. Google doit proposer un certain nombre d'associations multiples et variées.
- Speaker #1
Mais pour un certain pas forcément de bon aloi. Il y a des chroniques qui ressortent.
- Speaker #0
Oui, peut-être parce qu'encore une fois, je suis très dans le contrôle. Je suis dans le contrôle de la même façon que je tape régulièrement dans la barre, pas tous les jours, mais régulièrement dans la barre de mes réseaux sociaux, à préférer son nom pour voir ce qui sort. Donc il y a tout un tas de choses qui sortent.
- Speaker #1
Tu regardes très souvent, tu as une forme de garant aussi de sa mémoire à elle, de tes grands-parents d'ailleurs. Autre moment qui a été fort médiatisé, C'est un moment avec... elle et ton frère et toi, lorsque et je sais pas en quelle année c'est, mais moi je m'en souviens, donc ça devait pas être non plus comme je suis très jeune, ça devait pas être très très ancien c'est la visite des camps en décembre 2004. Ça m'avait, je me souviens à l'époque, moi marqué, je pense que ça a beaucoup marqué les français, cette partie-là, parce que il y avait à la fois de la transmission et pas de la transmission à un groupe d'élèves ou un groupe de jeunes, ce qui est aussi très important mais la transmission à sa propre famille toi tu as vécu ça comment ? Ce moment très marquant pour nous
- Speaker #0
de façon complètement irréelle, c'est aller beaucoup trop vite. C'est pour le coup des moments où on sait qu'on est dans l'histoire et ça fuit comme fuit le temps. C'est quelque chose où moi je n'avais pas encore ni une connaissance aussi fine des mécanismes de la Shoah que je les ai aujourd'hui, ni cet engagement public. J'ai vécu comme une opportunité, c'est la seule fois où je suis allé à Auschwitz, la seule fois où j'ai mis un pied en Pologne. Et c'était avec elle, dans un contexte particulier, les conditions matérielles avantageuses. et... Néanmoins, la conscience qu'il ne faut pas tomber dans le piège de la visite à Auschwitz.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Il ne faut pas tomber dans le piège de la visite à Auschwitz parce que c'est ce qu'elle dit. Auschwitz, aujourd'hui, on va à Auschwitz. Notamment, nous y étions en hiver, décembre 2004, il faisait très froid, mais il faisait beau. Donc ça peut donner l'impression que c'est silencieux, que c'est propre, qu'il peut y avoir de la beauté. La réalité, c'est que c'était noir, de la cendre des gens qui étaient brûlés dans les fours. C'est qu'il y avait les cris des SS, les aboiements des chiens et de la boue partout. La réalité, c'est celle-là. Il faut évidemment aller à Auschwitz, mais aller à Auschwitz en ayant conscience que ce qu'on voit, c'est une dimension aseptisée. Il ne peut évidemment pas être autrement. Il ne s'agit pas de singer, faire un cosplay de ces événements, mais que la réalité de ce qu'ont vécu les déportés, c'est ça. Je me permets d'insister sur quelque chose, en fait. On parlait tout à l'heure de singularité de la Shoah. Je voudrais que les gens comprennent ce que c'était que la Shoah. Les gens pensent que la Shoah, c'est Simone Veil, Primo Levi et Louis Wiesel. Simone Veil, Primo Levi et Willy Wiesel sont les exceptions de la Shoah. La Shoah, ce sont les gens qui sont morts. Les gens qui ont survécu, c'est l'exception. Il faut avoir conscience que 1,1 million de juifs ont été déportés à Auschwitz. 1 million, ils sont morts, et 900 000 sont morts le jour de leur arrivée, pour donner une conscience des chiffres. C'est-à-dire que nous, on voit les blocs, on voit les Ausha, on voit le camp. Ils n'ont pas connu ça. Il faut avoir conscience que de toute l'Europe, de France, de Belgique, des Pays-Bas, de Grèce, de Pologne, les gens montaient dans des trains, descendaient dans des trains, et dans un convoi moyen, les convois de France, c'était 1000 personnes en moyenne, sur les 1000 personnes, 900 hommes, femmes. enfants, descendaient du train et étaient directement conduits dans la chambre à gaz sans avoir aucune conscience de là où ils étaient, de ce qu'ils vivaient. C'est ça la réalité de la Shoah. Ma grand-mère le disait, c'est en pleine guerre, les Allemands qui font l'effort d'affrêter des bateaux pour aller chercher deux, trois Juifs sur tel Y, tel Y, pour être certains d'éradiquer la totalité des Juifs de Grèce. C'est ça la réalité de la Shoah. Donc encore une fois, c'est une exception de l'exception. Je voudrais qu'on prenne l'exemple de la France. En France, il y a 300 000 Juifs. En 1939, à Vannesay, donc à la conférence de Vannesay en janvier 1942, il est prévu d'exterminer les Juifs de France métropolitaine et les Juifs d'Afrique du Nord, donc qui comptent chacun à hauteur de 150 000 personnes. Ce sont les chiffres qui sont marqués dans les conclusions de la conférence. Et il y a 80 000 Juifs qui sont morts en France, dont 76 000 qui ont été déportés, parce qu'il y a des gens qui ont été exécutés sur... places comme Jean Zay, Georges Mandel ou Marc Bloch, mais sur les 76 000 qui ont été déportés, 2 500 sont revenus. C'est-à-dire qu'il y a, par rapport au reste de l'Europe, il y a seulement un quart des vifs qui sont morts, en comparaison de la Pologne où c'est 90%. En fait, il faut avoir conscience qu'il n'y a qu'un quart, mais ceux qui ont été déportés ont quasi tous été exterminés. C'est 75 000 morts sur 78 000 déportés. C'est ça la réalité, c'est qu'on pouvait survivre quand on se cachait, on pouvait survivre quand on était caché. par des justes, mais quand on était pris, c'était la mort. Moi, j'ai 46 ans, je me considère comme en bonne santé. En général, les nazis prenaient les hommes et les femmes entre 18 et 40 ans. À 46 ans, j'étais trop vieux. Je passais directement à la chambre. Et ma grand-mère, on lui a dit, c'est quelqu'un qui lui a dit quel est ton âge et qu'elle a dit 16 ans, elle a répondu 16 ans et on lui a dit que tu en as 18. Évidemment, il ne demandait pas l'âge de façon précise puisque la sélection se passait en un instant où un officier nazi Yeah ! montrait de son index gauche ou droite en désignant vie ou mort. Enfin, plus exactement, mort immédiate à la chambre de gaz ou mort prochaine de mort lente dans le camp, des mauvais traitements, de la famine, de la maladie, des épidémies. Mais c'était ça l'achat, c'est ça cette singularité. Il faut comprendre que ces 6 millions de juifs sur des centaines de milliers de kilomètres carrés qui sont rassemblés par les Allemands pour être exterminés en deux ans, en même temps qu'ils mènent une guerre mondiale. Il n'y a pas d'échappatoire, que ce soit au moment des croisades ou que ce soit au moment des expulsions d'Espagne. On pouvait, en se convertissant de façon feinte ou sincère, on pouvait échapper à la mort. C'est quelque chose qui n'est pas possible dans l'antisémitisme nazi, où l'antisémitisme nazi est un antisémitisme racial, dans lequel il suffit de correspondre à la définition légale de la race vive pour être exécuté. C'est ça, cette singularité de la Shoah qui explique pourquoi on en parle avec autant d'insistance, pour expliquer en quoi ça n'est pas un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.
- Speaker #1
Au-delà de ça même, comment tu réagis aujourd'hui à des jeunes, d'ailleurs de mon jeune, qui pourraient te dire que ça n'a pas existé ? Qu'est-ce que tu leur reposes comme argument ? Moi,
- Speaker #0
je ne parle pas à ces gens-là, parce que ce sont des faussaires de l'histoire. C'est ce qu'a dit Pierre Vidal-Naquet. Ces gens sont des menteurs et je refuse de les considérer comme des interlocuteurs valables. Moi, j'ai déjà reçu sur les réseaux sociaux des propositions pour discuter. propositions financières pour discuter du sujet avec des néo-nazis avérés condamnés pour tel et qui se sont expatriés au Japon. Tu évoquais tout à l'heure cette singularité de notre génération qui avons connu les témoins. Moi, je passais beaucoup de temps avec l'été, avec ma grand-mère, et notamment pendant les jours de vacances que nous avions. Et comme la maison était sur la côte d'Azur, il faisait chaud et elle était en manche courte, je voyais son tatouage. Et c'est là, effectivement, qu'il y a une responsabilité. écrasante de cette génération, de faire comprendre aux générations qui ne connaîtront pas le tatouage de transmettre à notre tour la mémoire de la Shoah à des gens pour qui, autrement, ce ne sera qu'un élément d'histoire. Quand des jeunes le nient, il faut, dans ce cas-là, leur expliquer, faire preuve de pédagogie et expliquer aussi pourquoi certains font valoir que ça n'a pas existé, expliquer pourquoi il n'y a pas de conférence victimaire à faire valoir et que ce sont des événements historiques, factuels, et que les rappeler ne changent rien au fait qu'on peut aussi rappeler à côté d'autres événements historiques, d'autres génocides, d'autres tragédies, quand il y a lieu.
- Speaker #1
On a beaucoup parlé de la mémoire, de l'héritage. J'aimerais qu'on en vienne à ta propre voix à toi dans tout ça. Tu as fait le choix du micro sur RCJ le mardi, tu as des chroniques. Pourquoi tu as fait ce choix ? Pourquoi tu as voulu t'exprimer ?
- Speaker #0
Transmettre des valeurs, transmettre, faire vivre l'identité juive, faire vivre l'identité des six millions de disparus et aider à la transmission. à la fois de la mémoire de la Shoah et de l'importance de la République, de la France, de la citoyenneté, de la laïcité, du lien social, du vivre ensemble. Et le fait qu'ils devront trouver les moyens de créer cette communauté qui est la nôtre et qui nous assure la paix.
- Speaker #1
Est-ce que tu te considères comme un porte-parole, un témoin, un héritier ?
- Speaker #0
Je ne suis pas un porte-parole. Je suis responsable de mes propos et je ne prétends pas parler au nom de qui que ce soit. Si on parle de la Shoah n'a pas existé, je suis en fait un témoin. du tatouage sur son bras, je suis un témoin des trous dans l'arbre généalogique et je suis forcément un héritier au sens bourdieusien.
- Speaker #1
Quel serait pour toi le mauvais usage du nom de Simone Veil ? Est-ce que parfois vous refusez d'associer dans la famille votre nom à des initiatives ?
- Speaker #0
Malheureusement, oui. Bien sûr, on refuse très régulièrement. Mes oncles ont une politique. Quand on leur demande s'il y a lieu de donner le nom de Simone Veil à un gymnase, ils répondent qu'ils ne faisaient pas de sport. Donc ça ne s'y prête pas. Pour une école, pour un centre hospitalier, pour une rue, oui. Il y a des limites à ce qu'on peut dire ou à ce qu'on peut faire parce que ce serait une trahison. inacceptables. Ensuite, je peux être confronté un jour ou l'autre au fait que d'autres membres de la famille ont des idées différentes et agissent de façon différente. En tout cas, moi, je m'astreins à faire des choses que je considère comme non contraires aux valeurs qu'auraient été celles de ma grand-mère.
- Speaker #1
On va faire la dernière petite partie de Petite Question. Comment tu racontes à tes enfants ta grand-mère et ce qu'elle vous a légué ?
- Speaker #0
Par mes interventions, par mes récits historiques, de façon à la fois simple et pas trop chargée. Mes enfants ont En 12 et 16 ans, comme je le disais, l'aîné a eu à lire dans une de ses classes l'autobiographie et donc ils écoutent les chroniques et c'est surtout par ce biais-là.
- Speaker #1
Est-ce que vous aussi vous parlez beaucoup politique à la maison ? Est-ce que dans les repas de famille avec ton épouse et tes enfants ?
- Speaker #0
On parle de temps en temps politique, ça dépend des moments. C'est absolument pas la même intensité parce que c'est pas notre vie quotidienne tout simplement. Mais nous avons chacun des convictions politiques et je pense que... Oui, elles sont diverses. Elles sont diverses, évidemment pas avec la même maturité. La famille de ma femme vient d'une autre tradition politique, qui est une tradition social-démocrate, qui n'est pas du tout la mienne. J'ai beaucoup de respect pour mon beau-père qui est décédé, qui était un militant socialiste toute sa vie, avec des responsabilités engagées. Et je respecte parfaitement ses idées, même si ce n'était pas les mêmes que les miennes.
- Speaker #1
Là encore, du débat. Du débat à prévoir aussi avec les enfants, maintenant et plus tard.
- Speaker #0
Oui, alors les enfants ont leur conviction, mais le débat c'est de s'assurer... que la polarisation du monde ne polarise pas leur vision de la vie politique. Il y a une polarisation qui est évidente. Ce n'est pas la même socialisation parce que ce n'est pas la même époque. Ce n'est pas la même socialisation, ils ne vivent pas dans le même monde. Donc il y a des choses où il faut remettre au centre.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un souvenir d'objet, de photo, de coin dans l'appartement de tes grands-parents qui te revient plus qu'un autre ?
- Speaker #0
Je connaissais parfaitement la totalité de leur appartement. Les endroits essentiels, c'était le salon, nos passions. nous nous retrouvions avant de passer à table puis nous nous retrouvions après d'être passés à table et surtout la chambre de ma grand-mère où elle nous recevait très régulièrement c'était quasiment un lieu de passage après le repas soit pour des échanges en tête à tête soit parce que quand on était jeune c'est là qu'il y avait la télé et ensuite parce que elle-même l'a dit beaucoup et l'a exprimé publiquement, son lit c'était un truc important un peu en mode salon du XVIIIe siècle où l'on reçoit les conférences plus ou moins privées
- Speaker #1
J'avais pas en tête cela Est-ce qu'il y a un plat, une musique, un lieu, un livre qui te fait directement penser à ton enfance ?
- Speaker #0
Il y a plein de lieux. Il y a plein de lieux incarnés parce que, j'ai dit, j'ai une définition de la nation française qui est liée à la terre et qui est, moi qui suis à la fois très citadin et qui ai eu la chance de passer pas mal de temps à la campagne dans des propriétés familiales et auxquelles je suis extrêmement attaché parce qu'on ne réalise pas tout ce qu'on doit à ses ancêtres qui ont fait la grande guerre et qui ont vécu pendant quatre ans des abominations dans les tranchées et le courage qu'ils ont manifesté pour des gens qui Il y a... parfois sortaient simplement de leur village et qui étaient confrontés à des conditions d'une extrême dureté. Sur la cuisine, il y a sans doute des plats qui sont plus liés à mes grands-parents maternels avec qui je passais beaucoup de temps. Je pense notamment à des omelettes aux pommes de terre avec des herbes que faisait mon grand-père pour qui j'ai une extrême admiration intellectuelle et qui était en même temps capable de faire beaucoup de choses de ses mains, y compris la cuisine. Et tu parlais de musique. Moi, j'ai grandi avec les opéras de Mozart. Donc on écoutait en boucle Don Giovanni, Les Noces de Figaro et La Flûte Enchantée avec mes parents. Donc tu parlais de cuisine, musique, lieu et...
- Speaker #1
Et je l'ai rajouté parce que je ne l'avais pas mis, livre.
- Speaker #0
Alors un livre, un livre mais ce n'est pas mon enfance.
- Speaker #1
Ton livre alors ?
- Speaker #0
Mon livre c'est Au Château d'Argol de Julien Gracq qui est le livre qui me lie à ma femme. Parce que ma femme dans ses conceptions social-démocrate militante, quand je l'ai rencontré, refusait de lire Julien Gracq parce que Julien Gracq refusait de se faire éditer en livre de poche. et qu'elle considérait que c'était important de pouvoir se faire éditer en livre de poche pour qu'il y ait un accès collectif à la culture. Et j'ai vaincu ses résistances en lui offrant Au château d'Argol, chez José Corti, puisqu'il ne s'est toujours pas publié en livre de poche. Et c'est un livre...
- Speaker #1
Et l'a-t-elle lu ?
- Speaker #0
Évidemment, elle l'a lu et ça a emporté sa conviction depuis 28 ans.
- Speaker #1
C'est beau. La question qu'on ne t'a jamais posée et que tu aimerais bien qu'on te pose.
- Speaker #0
Ce n'est pas vraiment une question qu'on ne m'a jamais posée, mais c'est une question autour de laquelle je tourne depuis 45 ans. C'est la question de l'engagement politique. Aujourd'hui, la réponse est oui. Je pense que j'y suis prêt.
- Speaker #1
Une annonce aujourd'hui. 2027 est proche. Est-ce que tu penses... Je ne rebondis pas plus. Est-ce que tu penses que ton... grand-père aurait accepté de venir dans mon podcast en tant que mari d'eux.
- Speaker #0
Je pense qu'il aurait fallu déployer des trésors d'humour et d'ingéniosité, mais qu'il aurait, si c'était un peu décalé, aujourd'hui il aurait accepté. Il fut une époque où quand il recevait des courriers monsieur et madame Simone Veil, il le prenait assez modérément. Je peux comprendre. Il y a eu, je crois, un certain nombre de sujets, notamment de placements à table, où il se retrouvait avec les conjoints d'eux et qui étaient parfois... un peu moins ancré dans le monde administrativo-politique et intellectuel-économique que lui.
- Speaker #1
Avec des discussions un peu moins intéressantes pour lui.
- Speaker #0
Avec des discussions qui pouvaient lui paraître d'autant plus futiles que ce n'était pas le plus féministe de la Terre compte tenu de sa génération.
- Speaker #1
Ce n'était pas le plus féministe, mais il a quand même toujours accepté, peut-être par la fauche des choses, il n'a peut-être pas vraiment le choix.
- Speaker #0
Je pense. Mais qu'elle brille plus que lui. Moi, c'est quelque chose dont je n'ai jamais parlé avec mes grands-parents. Tout le monde connaît cette histoire de ma grand-mère qui lui exprime que bon, maintenant que lui est casé à l'ENA et qu'il est sorti à l'inspection des finances, c'est le moment où elle, c'est le temps qu'elle embrasse à son tour une profession et qu'elle a décidé que ce sera la profession d'avocat. Et que lui, ayant une conception très rétrograde de cette profession, dont il s'amusait ensuite à rire du fait qu'il avait été puni par le fait que ses deux fils, puis ensuite toutes les générations d'après s'y sont collés, il avait dit non et il a obtenu le fait qu'elle ne le fasse pas. Et donc elle s'est orientée vers la magistrature. dont le concours venait d'être ouvert aux femmes peu d'années auparavant.
- Speaker #1
Première femme dans beaucoup de choses. Première ou dans les premières en tout cas. Un mot pour tes enfants ?
- Speaker #0
Mes enfants, c'est mon bonheur, c'est l'avenir, c'est le futur. C'est une vraie préoccupation que j'ai aujourd'hui de voir le rôle limité qu'on donne aux enfants alors que c'est tout simplement la France de demain. Aujourd'hui, on vit les enfants comme un empêchement d'épanouissement personnel individuel alors qu'au contraire, les enfants sont la transmission, c'est le lien entre le passé et l'avenir, c'est le lien entre les ancêtres. et le monde du futur. Et mes enfants, qui sont tous les deux très différents, sont à la fois extrêmement attachants, des caractères drôles, marqués, des personnalités. Et j'espère qu'ils trouveront dans le monde de demain à la fois l'occasion de s'amuser et la possibilité de vivre en citoyen.
- Speaker #1
Un mot pour ta femme ? Tu as déjà dit beaucoup de choses finalement sur elle.
- Speaker #0
Ma femme, c'est ma vie. Ma femme, c'est un soutien, c'est un challenge. c'est C'est une manière de moi-même, je ne sais pas pourquoi, il y a un peu d'émotion qui vient.
- Speaker #1
Oui, alors arrête, parce que moi je suis très empathique, donc si tu pleures, je pleure.
- Speaker #0
Et c'est un couple qui est fondé sur l'égalité depuis le début. Moi, je savais que la seule chose que je souhaitais, d'avoir un conjoint qui a envie de travailler, qui soit mon égal et qu'on soit tous les deux sur une base d'égalité, j'ai trouvé avec ma femme ce partenaire. Elle a ses centres d'intérêt, elle a sa personnalité, elle a ses amitiés, elle a ses qualités. Et on est, je pense, sur beaucoup de choses identiques et sur beaucoup de choses complémentaires.
- Speaker #1
C'est ce qui fait votre force. Et c'est vrai que tu m'avais dit, quand on préparait aussi le podcast, tu m'avais dit que ce qui vous avait aussi beaucoup rapproché, c'était aussi le travail. C'était important pour toi d'avoir quelqu'un qui s'épanouissait dans son travail, qui soit indépendant. Et ça vous a, je pense, aussi beaucoup rapproché parce que toi, tu m'en as moins parlé dans le podcast que dans la préparation. mais l'équilibre avec ton épouse, etc. C'est très important. J'ai senti beaucoup de respect pour ta femme et pour les femmes de manière générale.
- Speaker #0
Ma femme accarde ce que je voudrais que ce soit pour beaucoup de femmes, c'est-à-dire l'autonomie, l'indépendance, la faculté de développer ses propres centres d'intérêt, ses propres qualités. Et c'est le respect aussi de savoir trouver nos points d'accord, y compris dans nos désaccords.
- Speaker #1
Un mot pour ta grand-mère.
- Speaker #0
Celle qui vit ou non ?
- Speaker #1
C'est le qui est l'objet du podcast, mais tu peux aussi t'en dire pour tes autres grands-parents. De manière générale,
- Speaker #0
pour les grands-parents. J'ai évidemment beaucoup d'admiration pour mes grands-parents paternels, qui m'ont beaucoup marqué, beaucoup formé, qui sont déterminants dans mon existence. J'ai aussi beaucoup d'admiration et d'affection pour mes grands-parents maternels. J'ai la chance d'avoir une grand-mère qui va avoir 103 ans, et qui est encore là avec nous, et qui a créé à la fois beaucoup de temps d'affection, beaucoup de temps intellectuel, beaucoup de temps de présence. que j'ai essayé de leur rendre pour le mieux, et notamment depuis le décès de mon grand-père pour ma grand-mère. Ce sont des gens qui comptent beaucoup. J'ai ma vie, j'ai deux garçons, j'ai un frère, et sinon dans ma vie, j'ai des femmes. J'ai mes deux grands-mères, j'ai ma mère, qui s'est consacrée aussi beaucoup pour nous. C'est indispensable de parler d'elle dans ce podcast, parce que j'aime pas parler de moi en fait. C'est drôle, comme ça crée l'émotion.
- Speaker #1
Ça se sent, parce que souvent quand on va sur des choses un peu plus personnelles, tu nous ramènes sur... tu reprends de la hauteur.
- Speaker #0
Et c'est très important de parler de ma mère qui a consacré sa vie aux autres, à sa famille, et qui continue à le faire aujourd'hui avec ses petits-enfants, qui est une femme d'une extrême intelligence, beaucoup de bienveillance, qui m'a, elle aussi, passé beaucoup de valeur, avec qui je parle tous les jours. J'ai beaucoup de fées qui se sont penchées autour de moi et qui continuent à le faire.
- Speaker #1
Si tu devais choisir un titre pour ta propre autobiographie, tout à l'heure tu nous as parlé de celle de... Romain, mais ton autobiographie à toi, ça serait quoi ?
- Speaker #0
Vive la France.
- Speaker #1
La politique n'est pas loin. Dans ce podcast, on termine toujours par une question qui est sur le bouton. Normalement, c'est un bouton qui permet à l'invité d'effacer la notoriété de la personne de son proche. Toi, il va falloir un petit peu renverser la question, parce que c'est quand même compliqué de le prendre dans cet angle-là. Mais imaginons que demain matin, toutes les biographies publiques sont réécrites. Il est indiqué nulle part que tu es le petit-fils de Simone Veil. Les journalistes ne peuvent plus le mentionner, les radios non plus, tu ne peux plus être présenté comme ça lors de ta chronique. On ne te ramène plus à elle. Est-ce que tu es plutôt soulagé ? Est-ce que tu trouves ça injuste ou est-ce que tu trouves que c'est un peu comme une amputation ?
- Speaker #0
Ça m'est indifférent à partir du moment où moi je conserve la possibilité de reprendre les engagements qui étaient les siens et de transmettre la mémoire. Et qu'elle continue, elle, à incarner, notamment pour beaucoup de femmes, l'émancipation, le rôle modèle qu'elle a été.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Aurélien Veil d'avoir partagé tout cela avec nous merci d'avoir accepté de participer à notre podcast il existe des héritages qui enferment et d'autres qui obligent Aurélien Veil n'a pas choisi le nom avec lequel il est entré dans le monde mais il choisit chaque jour la manière dont il le porte. Derrière la figure publique il reste un fils, un frère un mari, un père mais aussi un avocat de formation Aurélien Veil, merci d'avoir accepté de ne pas seulement commenter l'histoire avec un grand H Au revoir. accepté aujourd'hui de te raconter toi. Vous venez d'écouter À contre-jour, n'oubliez pas de vous abonner et de recommander ce podcast en compte sur vous.