- Speaker #0
Il a grandi dans une maison pleine de musique. Pourtant, il a fallu du temps pour qu'il attrape une guitare et trouve la sienne. Chez Thomas Dutronc, le déclic est venu d'une icône, mais pas forcément celle à laquelle vous pensez. Gianco Reynard, guitariste de génie et pionnier du jazz manouge. Puis, il y a eu l'apprentissage, les musiciens, les scènes, les chansons. Une vie à construire, une place à trouver, guitare en main. Aujourd'hui, à 50 ans passés, il est aussi devenu le gardien de la mémoire de sa mère, François Zardi, et le voisin de son pudique de père, Jacques Dutronc. Nous, on a leurs chansons, lui, il a ses souvenirs. Et cette histoire continue, autrement, dans ce qu'il transmet de sa mère, dans les moments qu'il partage avec son père, dans la vie qu'il se construit, la sienne. C'est ce chemin que j'ai envie de parcourir avec toi, aujourd'hui, Thomas. Depuis le jeune homme qui découvre sa passion, jusqu'à celui que tu es devenu aujourd'hui. avec tes choix, tes attachements et tout ce qui t'a fait trouver ta place d'homme. Bienvenue dans A contre jour, je suis très heureuse de te recevoir.
- Speaker #1
Quelle belle introduction.
- Speaker #0
J'espère, j'ai tout donné là. Voilà, maintenant j'ai plus rien à faire. Première question Thomas.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Si tu devais te présenter sans prononcer le nom de tes parents, je sais pas du tout qui tu es. J'ai vécu dans une grotte. Tu arrives, tu me dis voilà je m'appelle Thomas. Comment tu te présentes ?
- Speaker #1
Ça fait partie d'ailleurs, c'est curieux, mais ça fait partie de mon choix de... J'avais envie d'apprendre la photographie ou la guitare quand j'avais 18-20 ans. Au départ, je voulais être cinéaste derrière la caméra, mais il fallait faire des diplômes, des études que j'ai commencées, mais qui au final ne m'ont pas plu. Donc j'étais plutôt à faire soit de la guitare, soit de la photo. Je me suis posé la question. À 20 ans, j'ai décidé la guitare. Et ces choix faisaient partie du fait que je me disais, si je suis téléporté au Japon ou je ne sais pas où, que personne ne connaît mes parents. C'est pas vrai, parce que là-bas, ma mère est un petit peu connue par les anciens. Mais en tout cas, je pensais à ça. Si je suis téléporté... Ailleurs dans le monde, j'ai envie d'avoir un savoir-faire dans les doigts, de savoir faire quelque chose de mes doigts. J'aurais pu choisir d'être artisan, mais c'était la guitare ou la photo. J'avais besoin d'avoir quelque chose qui soit évidemment hors de mes parents. Donc la guitare pour moi, elle est bien. J'avais envie de savoir jouer de la guitare.
- Speaker #0
Donc un côté très artiste quand même, ça c'est clair. Parce que quel que soit le choix que tu aurais pu faire si t'étais artiste. Et pourquoi la guitare ? Et tu n'avais pas l'impression quand même, parce que pour le commun des mortels, la guitare, ça te rapproche quand même vachement de tes parents.
- Speaker #1
Oui, je n'ai pas choisi, ça m'est tombé dessus. On ne sait pas trop comment ça se passe, c'est curieux. C'était vraiment, j'avais 17 ans et demi, j'étais à Noël chez un ami à la campagne et cet ami jouait un peu de guitare, il a joué le pénitencier et également Jeux interdits, un petit bout, il ne savait pas très bien jouer et ça m'a transporté parce que j'aimais beaucoup cet ami-là et je me suis dit, putain, c'est génial, en fait, on est tout seul avec sa guitare, on peut apprendre, peu. Je trouvais tous les rouages de la société trop compliqués, les diplômes qu'il me fallait avoir pour faire une école de cinéma trop compliqués. J'avais envie d'apprendre directement quelque chose du concret. La guitare, pour moi, c'était concret. Je travaille, j'apprends un morceau. Et puis, oui, évidemment, ça me rapprochait un petit peu du monde de mes parents, qui était un petit peu mystérieux, de ce monde des années 60, puisque moi, je suis né en 73, et eux avaient leur grande période, on va dire, avant ma naissance. Quelque part, ça me rapprochait de ça. Donc je ne sais pas, ça a été un coup de foudre pour la guitare. J'avais essayé un petit peu de piano à 12 ans, ça ne m'avait pas trop plu. Et là, d'un seul coup, voilà, à 17 ans et demi, j'ai un coup de foudre pour la guitare.
- Speaker #0
Et donc tu étais plutôt guitariste, pas chanteur à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, je ne voulais pas chanter, non, non. Je voulais faire de la guitare.
- Speaker #0
Et donc tu faisais dans des groupes ?
- Speaker #1
Alors non, d'abord, la guitare, il faut commencer à apprendre à en jouer. Donc j'ai 17 ans et demi, j'ai un coup de foudre. C'est qu'à 20 ans, donc deux ans et demi après, que je me dis, allez, je tente le coup. Je vais essayer de faire de la guitare mon métier. Et moi, j'étais assez lucide et modeste pour me dire, au moins, si je n'arrive à rien, je pourrais toujours donner des cours. Il n'y a rien de honteux et au moins, je vivrai de ma passion et je serai heureux, je serai bien dans mes baskets. J'ai commencé la guitare quand j'avais 18 ans, je faisais des chansons comme tout le monde. Je prenais des chansons, alors c'était Bob Marley à mon époque, Bob Marley, Clapton ou Brassens. Très vite, j'aimais aussi le côté solo, j'écoutais beaucoup de blues. À 14 ans, j'écoutais Hendrix beaucoup, j'écoutais Chuck Berry, tout ça. Donc il y a quand même un milieu, il y a un... Un terreau musical quand même, grâce au disque qu'il y avait chez moi dans la discothèque. J'ai fouillé, je suis tombé sur des super trucs. Django Reinhardt, je l'ai découvert peut-être un peu plus tard, à 18 ans et demi ou 19 ans. Et là, je me suis dit, en fait, déjà, dans un premier temps, je me suis dit, bon, soit je chante des chansons avec ma guitare, soit je fais des solos. Il y a déjà assez de chanteurs comme ça dans la famille. Je vais plutôt faire des solos. Mais je me dis ça vraiment en théorie. Je ne réfléchis pas aux conséquences des choses. Et je me dis après, je vais plutôt faire du Django parce que finalement, cette musique est un peu inconnue. On n'en entend pas trop parler. Et il y a beaucoup de gens dans mon entourage qui jouaient déjà de la guitare électrique, comme Mathieu Chédid et tout ça. Je me suis dit, tiens, je vais faire de la guitare Django, sauf que je n'avais pas compris que c'était infaisable, en fait. C'est tellement difficile.
- Speaker #0
Tu penses que le jazz manouche est un des plus techniques, finalement, ou pas ? Contrairement à ce qu'on peut penser, tu vois, où tu as l'impression que c'est hyper intuitif.
- Speaker #1
C'est intuitif, mais c'est très technique. C'est-à-dire que si tu veux Django... Reinhardt, c'est un virtuose qui est vraiment inégalé, inégalable. C'est ça qui est incroyable. C'est-à-dire qu'il peut jouer très très vite, mais il n'y a pas une seule note qui n'est pas sentie. Dans un rythme en plus, il a un sens du rythme. Il a la mélodie et le rythme. C'est un mélange. C'est-à-dire que c'est à la fois chanté mélodique et à la fois de la guitare. C'est un maître de son instrument. Et moi, je le mets à la hauteur de gens comme Chopin ou Mozart ou tout ça. C'est des gens qui sont très très loin. Donc évidemment, quand tu as 18 ans, moi je ne me rendais pas tellement compte de tout ça. Django c'est super, je voyais le côté c'est un manouche, c'est français. J'ai rencontré des manouches ici qui jouaient cette musique-là, ça m'a tout de suite un peu transporté. Il y avait toute une poésie qui m'était inconnue et ça me faisait en plus aller ailleurs par rapport à ce que je connaissais de chez mes parents. J'écoutais tellement de musique très pop, très disco, très funk, très rock, tout ça jusqu'à mes 17-18 ans. Et après j'ai eu l'envie de connaître d'autres choses, d'être plus mûr peut-être, je me trouvais un peu immature. donc j'ai été vers la musique classique vers la chanson française. J'ai remonté le temps, la chanson française, années 70, années 60, 50, mais même 30 et 40 avec Trenet ou Mireille. J'ai un petit peu cherché à me cultiver musicalement comme ça dans tous les sens. Et c'est vrai que Django Reinhardt, d'un seul coup, réunissait tout. Musicalement, on peut le réécouter 58 000 fois. Il y a toujours une surprise dans son jeu et tout ça. C'est vraiment un des plus grands improvisateurs de tous les temps. Et en plus, il a une poésie qui, moi, me parlait vraiment avec ce côté... à mi-chemin entre effectivement le classique, des influences de Debussy, de Ravel dans les harmonies, tout ça, mais aussi, c'était un fou de Bach, évidemment, comme tout musicien, mais aussi du jazz, donc le swing. Moi, j'ai toujours aimé la musique qui swingait grâce à mes parents. C'est-à-dire, j'ai toujours adoré le disco, la Motown, tout ce qui swing et le jazz. Donc, les trucs qui te donnent envie de bouger. J'adore tous les blacks américains, les James Brown, les Michael Jackson, et tout ça, pour moi, c'est vraiment les Red Charles, Louis Armstrong, Nat King Cole, etc. Ça va vite, c'est hyper galvanisant. J'aimais la musique qui te donne envie de bouger, qui te donne la pêche, qui te galvanise. Et Django, c'était vraiment ça aussi. C'était très rythmé, ça allait très loin. Et en même temps, une poésie, et c'était complètement autre chose. Je découvrais tout un autre monde. Donc ça a réuni plein de choses. Donc à 20 ans, je décide de faire de la guitare. Je demande et j'en parle à ma mère.
- Speaker #0
Et qui te dit non.
- Speaker #1
Pas de musique. Elle était cool, elle dit écoute, d'accord. Mais elle dit bon, je te donne 5 ans pour en vivre. Super, j'ai mis 6 ans.
- Speaker #0
Elle était plus patiente.
- Speaker #1
La dernière année, j'ai un peu fait des tractations. Et voilà, j'ai commencé à faire des petits gigs, à jouer dans des petits troquets, à machiner. J'ai eu mes premiers groupes, tu vois, en Corse, avec des copains corses avec qui je suis toujours ami. Voilà, des premiers festivals off. Avec mon nom, il fallait faire attention, parce qu'avec mon nom, tout de suite, on voulait me faire jouer sur la grande scène. Je disais, non mais attendez, je ne sais pas jouer, là je démarre. Donc on va aller faire l'animation plutôt.
- Speaker #0
Là-bas, les trucs, la première... Tu vois, les petits trucs,
- Speaker #1
j'ai commencé comme ça, et puis...
- Speaker #0
Et t'as toujours voulu garder ton nom ?
- Speaker #1
Oui, oui. J'ai cherché un peu, comme il y avait Arthur H. ou M. J'ai cherché des surnoms, mais j'ai pas trouvé. Si j'avais trouvé un super surnom, je sais pas, je me sentais fier. Enfin, ça me dérangeait pas du tout d'avoir mon nom. J'assume le côté Dutronc père en fils. J'aimais beaucoup mon grand-père, qui était musicien aussi, pas connu, mais je le trouvais génial, et il s'appelait Dutronc aussi. C'était bien,
- Speaker #0
il s'était inscrit dans la lignée, en fait.
- Speaker #1
Mon père, à son époque, il raconte cette histoire qui est marrante. A son époque, tout le monde avait des faux noms. Johnny Hallyday, Eddie Mitchell, Dick Rivers, tout ça, c'est des faux noms. Et à l'époque, il a croisé je ne sais plus qui, dans quelle radio, qui dit « putain, Jacques Dutronc, super bien trouvé comme nom, c'est incroyable » . Le mec pensait que c'était du génie, les mecs, ils avaient trouvé un nom. C'est original. Ouais, ça, c'est vraiment bien trouvé. Et alors voilà, j'ai continué aussi, mon intérêt, ma passion grandissait de plus en plus pour Django Reinhardt et le monde parce que j'ai commencé à rencontrer les grands guitaristes manouches. et à vivre des soirées, des expériences avec eux et voir des concerts vraiment extraordinaires. Je les ai un peu tous rencontrés dans le milieu. Ils jouent tous comme des dieux. Ils ont des trombines, des charmes, des caractères pas possibles. Alors, tu avais Chavolo, Edo Rado, tu avais Roman, il y avait Moreno, il y avait Angelo, il y avait Stocchello et il y avait Birelli. Et voilà, et alors Birelli, c'était le pape, tu vois, et moi j'ai eu la chance de le rencontrer comme ça, une fois, deux fois, trois fois. Il s'est trouvé que Birelli Lagrenne, qui est donc un guitariste de jazz connu dans le monde entier, il fait son comeback, ça faisait 20 ans qu'il n'avait pas joué du Django, parce qu'il jouait du jazz plus moderne. Et là, comeback, Birelli rend hommage à Django Reinhardt, donc là, tout le milieu du jazz manouche en France et dans le monde, parce qu'il y a des gens... Au Japon, aux Etats-Unis, il y en a plein de fans, il y a énormément de fans dans le monde entier, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, il y a partout des fans de Django Renner. Birelli revient à Django et j'ai eu la chance, il voulait partir avec son frère et son cousin Oltzmano, son frère n'a pas voulu repartir sur les routes parce qu'il préférait rester chez lui, boire l'apéro en écoutant un petit Django tranquille, il ne voulait pas prendre les avions. Et j'ai remplacé Oltzmano, donc je me suis retrouvé dans ce groupe pendant un an à faire le tour du monde, en as-je au Japon, en Allemagne. aux Etats-Unis un mois et tout. Donc là, pour moi, j'avais 29 ans.
- Speaker #0
Opportunité de dingue, quoi.
- Speaker #1
Moi, j'avais réussi ma vie. Sauf que les gens, je joue avec Biréli Lagrène, les gens, ils connaissaient pas. Mais moi, j'étais heureux déjà. Mais j'avais pas, on va dire, cette reconnaissance.
- Speaker #0
T'étais toujours vu pour beaucoup comme le fils d'eux ?
- Speaker #1
Malgré ma réussite on va dire dans le milieu du jazz manouche J'étais juste un accompagnateur Mais je faisais que accompagner avec Biréli Je faisais pas de solo parce que les mecs jouaient tellement bien Et d'ailleurs c'est après Bon les mecs jouent tellement bien C'est grâce à cette expérience qui a été tellement forte avec Biréli Lagrenne Que j'ai pu construire ma carrière finalement Parce que ça m'a appris plein de choses Je me suis dit plusieurs choses Je me suis dit d'abord si je reste que dans la guitare pure J'y arriverai jamais parce qu'il me faudra 150 ans 200 ans pour être aussi bon que les mecs très forts Donc je ne vais pas y arriver. Un. Deux, je me suis dit, j'ai envie d'ouvrir parce que finalement, les concerts les plus géniaux de jazz, parfois, quand on fait la fête à la maison ou avec les manouches, parfois c'est encore plus séduisant pour nos copines, par exemple pour les copains qui ne sont pas branchés dans le jazz et tout, quand on fait un peu les cons. Ce que je voulais dire par là, c'est que tu racontes une vanne, tu fais un morceau brésilien, tu chantes un truc. Et après, tu fais deux morceaux manouches virtuoses et là, il y a un truc qui se passe. Mais si tu ne fais que du virtuose pendant une heure et demie, ça va parler à un public plus d'Aficionados. mais La question n'est pas là. Moi, je ne pouvais pas le faire. Moi, j'aurais bien voulu faire une heure et demie de virtuosité, mais je ne peux pas le faire et je ne sais pas le faire. Donc, j'ai cherché à faire autre chose. Et c'est là que j'ai monté un premier spectacle où je ne chantais pas, mais qui était avec plein de trucs. On avait des ombres chinoises. Donc,
- Speaker #0
tu parlais, tu racontais des trucs.
- Speaker #1
Je parlais, je racontais plein de trucs. Je faisais participer les gens. C'est là que j'ai fait ma chanson sur les frites. Je ne chantais pas, je parlais. C'était un genre de « Are you lonesome tonight » ou « Message personnel » . Une espèce de connerie qui a la gloire des frites.
- Speaker #0
Alors par contre, on est...
- Speaker #1
je suis là donc tu veux quand même tout de suite sur les frites pas de conneries avec les frites ça n'existe pas je suis un grand défenseur de la frite il faut que tu écoutes des frites bordel ça s'appelle et tu verras c'est un truc là les gens c'est vraiment un hommage aux frites en fait je crois que j'avais arrêté de fumer et puis c'est un mec qui devient fou il dit ouais bon le poisson cru tout ça les brocolis c'est génial mais putain j'ai envie d'un gros steak bordel je veux du gras et donc je l'ai fait j'ai déjà entendu ça alors je fais sur 7 maintenant ça dure 10 minutes ça devient fou il y a une saucisse géante qui arrive et tout c'est un peu dingue mais je me souviens moi les premières
- Speaker #0
Enfin, la première fois que je t'ai entendue, je me souviens très bien qu'il y avait beaucoup de parler aussi d'échange. C'était pas qu'effectivement un concert. Il y avait beaucoup de moments de vie que t'échangeais. Il y avait des moments de pause.
- Speaker #1
Je suis assez mauvais public, moi. Enfin, je dois dire, je m'emmerde très vite quand je vois quelqu'un, sauf si c'est vraiment extraordinaire. Mais voilà, je sais pas comment dire. J'ai grandi avec trop de belles choses. J'ai écouté trop de bonnes choses pour être bon public. C'est très exigeant,
- Speaker #0
grosso modo.
- Speaker #1
Je suis exigeant, voilà. Mais après, j'aime bien faire des vannes, en plus rigoler. Tailler un costard, ça me plaît. C'est un exercice qui est sympathique. Donc moi, je le fais. Dans les concerts, si tu veux, moi, j'ai toujours un truc, à part évidemment si c'est Georges Brassens ou Jacques Brel, si c'est que des chansons, ça va me manquer qu'il n'y ait pas un petit peu d'instrumental. Et quand c'est que instrumental, ça va me manquer qu'il n'y ait pas un peu de... Voilà. Et j'ai grandi en allant voir Souchon et Dimitri Tchel et ils avaient beaucoup d'humour, tu vois, dans leur manière de parler, tout ça. Donc j'espère que j'ai pris un peu de ça pour essayer d'un tout petit peu faire de l'humour, faire des surprises. Et puis j'ai aussi évidemment essayé de pomper un peu sur mon père qui faisait des tas de gags sur scène. Je l'ai vu faire quand j'avais 18 ans, je l'ai vu sur scène la première fois. Et je l'ai vu faire des gags. Il passait un morceau en live sur la sono, déjà enregistré, mais les gens ne s'en rendaient pas trop compte parce qu'ils n'avaient pas trop... Et puis petit à petit, les musiciens partaient, tu vois. Et à la fin, même lui, il partait, la chanson continuait. Alors les gens, qu'est-ce qui se passe ? Tu vois, des gags, des trucs pour faire réagir. Alors il faisait plein de conneries. Il y avait un mec sur scène qui faisait des pas, des trucs. Et nous, on a fait pareil. en effet des... Tata Yo-Yo en free jazz, on a fait l'aigle noir en zouk. Et au contraire, le bal masqué en slam. Très bon aussi, ça, très bon, je vous le recommande. On faisait des jeux tout le temps. Tu fais toujours ? On essaye. On trouve peut-être de moins en moins de blagues. Récemment, on va juste sur l'ouverture d'une bouteille de vin sur scène. C'est pas très marrant.
- Speaker #0
Donc, t'essaies à chaque fois quand même de trouver des trucs pour avoir l'attention.
- Speaker #1
C'est qu'on peut pas refaire les mêmes. Et c'est difficile de trouver tout le temps 12 millions d'idées nouvelles, de gags, autour de la musique, d'un show, d'un truc, tu vois. Mais j'ai peut-être eu le temps parfois de ne pas continuer à garder les bonnes ficelles. C'est vrai que je parlais de jazz manouche. Mon deuxième album, si tu veux, mon premier a eu du succès. J'avais des couleurs quand même très manouche dessus. Un peu pop aussi, parce que je ne voulais pas que ce soit trop rude. Mais après, j'ai compris qu'aucun morceau ne pouvait passer à la radio s'il y avait de la contrebasse, par exemple. Ça ne passait pas à la radio.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu t'es du coup discipliné ? Est-ce que tu as fait des sacrifices pour justement vendre ? Oui,
- Speaker #1
j'ai fait trop de conneries avec ça. J'ai vraiment déconné. Tu vois, je me suis dit, par exemple, mon deuxième disque, je me suis dit, je vais faire toujours des solos de guitare, des solos de violon et la musique que j'aime, les mélodies que j'aime et tout ça. Mais je vais mettre tout de suite une basse électrique, avoir une, on va dire, une enveloppe un peu plus pop. Ce qui n'était pas idiot comme raisonnement, mais j'y ai laissé un tout petit peu d'âme déjà. Et dans mon troisième, je me suis dit, bon, j'ai voulu faire ça, mais on n'était pas vraiment avec les super cadors en basse batterie pour faire pop. Donc, j'étais en Angleterre avec des gars pop. Mais là, du coup, on a perdu toute mon âme. Tu vois ce que je veux dire ? Et pourtant, c'est con parce qu'il y avait des bons morceaux et tout, et c'est dommage, parce qu'on n'a pas su.
- Speaker #0
Donc, tu as voulu trop, justement.
- Speaker #1
J'en veux un petit peu aux Maisons Discs pour ça, ou à mon manager, ou à tout le monde, à moi en premier, évidemment, mais j'en veux aussi aux gens qui avaient de l'expérience, qui en fait n'en avaient pas, et n'ont jamais été capables de dire, mais attends... Ta marque de fabrique, ton disque qui a bien marché, c'est ça. Pourquoi tu as lâché ça ? Enfin, je sais pas.
- Speaker #0
Et tu penses que ça a marché parce que c'était le premier disque que tu as enregistré ? Le premier disque avec ta voix, donc entre-temps, tu as quand même commencé à chanter, l'air de rien ?
- Speaker #1
Oui, parce que j'avais ce spectacle, c'était un spectacle complètement instrumental. On était cinq, chacun avait un personnage, un truc jouait un rôle, machin. Et c'était super. Mais pour passer la vitesse supérieure, on avait besoin de chansons. À l'époque, c'est dingue, parce qu'à l'époque... on aurait pu vendre notre truc avec l'image mais l'image n'était pas vendeuse pour faire des concerts à l'époque et aujourd'hui c'est l'inverse, c'est à dire que si t'as que un son limite ça n'intéresse personne, il faut des images pour passer sur les réseaux et faire du monde mais moi c'était l'inverse, notre truc marchait avec l'image parce qu'on faisait les cons, parce qu'on était costumés il y avait un super décor il y avait une caméra qui filmait des trucs que je montrais sur scène je montrais des objets, je filmais des gens dans le spectacle en disant des trucs enfin
- Speaker #0
T'avais ton côté un peu réel quand même.
- Speaker #1
Ouais, j'avais gardé ça, il y avait des interactions, des trucs. Et ça, ça passait pas en audio du tout. Et à l'époque, pour vendre un projet, c'était uniquement de l'audio. Et il y a un grand ami de mes parents, qui est maintenant plutôt un ami à moi, qui s'appelle Khalil Chahine, qui est un grand guitariste de jazz, mais aussi qui a fait beaucoup de musique de film, et voilà, qui est un type génial, qui a fait des très beaux disques, vraiment magnifiques, que j'ai connus assez jeune. Et Khalil, à cette époque-là, tu vois, bon... Du coup, j'ai besoin de faire des chansons. Moi, j'avais écrit des chansons. Ça, c'est encore une autre histoire. Je peux le raconter après si je voulais. Mais j'avais déjà fait des textes, mais je n'avais jamais voulu les chanter moi. Je n'avais pas essayé ça. Et donc, je me disais, je vais inviter des chanteurs. Je vais créer 3, 4, 5 chansons et je vais inviter des chanteurs que j'aime bien, sympas, pour le disque. Après, j'ai dit, merde, moi, ce que j'aime bien, c'est tourner. Et en tournée, comment je vais faire ? Je ne vais pas inviter... Et si je n'invite qu'un chanteur, il va me piquer la vedette. donc je me posais toutes ces questions là et Khalil il m'a dit t'es con t'es beau gosse tu joues bien de la guitare chante tu nous emmerdes pas t'as qu'à chanter et donc je me suis mis un coup de pied dans le derrière et tu chantais bien ? parce que c'est pas donné à tout le monde pas trop non ça s'entend sur mon premier disque je chantais pas très bien moi j'ai du mal à m'écouter il y a 2-3 titres ça va Mais j'ai une voix très très jeune, très très timide J'ai la voix quand même timide, vraiment pas assumée Pourtant ça a marché Ça a quand même marché parce qu'il y avait beaucoup de personnalité dans l'album Beaucoup de caractère, beaucoup de mélodie sympa Et puis il y a quand même 2-3 chansons que je chante bien Et puis c'était nouveau Il y avait un truc à un moment donné,
- Speaker #0
ça a créé quelque chose Il y avait les frites,
- Speaker #1
ça a fait marrer plein de mecs Il y avait des conneries Et puis il y avait des vrais morceaux instruments manouches Il y avait un truc sympa quoi C'était un bon disque donc ça marche c'est un peu mon meilleur disque même encore aujourd'hui sauf que je ne chante pas bien et l'autre souci qu'il y a eu c'est que les singles radio qu'il y a eu genre comme un manouche sans guitare la version du disque elle est sympa elle a du charme et tout et à contrebasse on fait des on fait les gargarismes ça accélère et tout et la version qui est passée à la radio c'est une version pop rock qui est vraiment qui ressemble à rien que je n'aime pas du tout qu'on a fait en Belgique en deux heures qui n'est pas bien du tout qui n'a pas d'humour on est très loin de l'âme que j'avais mise dans l'arrangement dans l'album original voilà
- Speaker #0
Comme quoi t'as dû faire des concessions
- Speaker #1
J'ai pas arrêté Et le nombre de télé où on se retrouve à faire n'importe quoi On est vu par un million, deux millions, trois millions de personnes Ou encore plus Et on a pas eu le temps de répéter C'est dans des conditions Au dernier moment Alors que tu travailles comme un fou Des spectacles avec des transitions Avec des belles choses, des lumières Et tu te retrouves à faire de la variète C'est comme ça Mais quand on est vu à la télé c'est déjà bien On a déjà de la chance Maintenant, je refuse. Des trucs qui me fatiguent trop, où je prends trop sur moi-même, où j'ai l'impression de trop vendre mon âme. Je n'ai plus envie de me fatiguer. Quand ça te met trop la rate à l'envers. Tu n'es plus prêt à ces concessions-là. Voilà, c'est ça. Avec la sagesse, avec l'âge.
- Speaker #0
Raconte un peu l'écriture des chansons.
- Speaker #1
J'ai commencé à écrire des textes de chansons, un peu vraiment pour déconner. C'était mon père qui faisait un nouvel album quand j'avais 20 ans. Et il avait lancé un concours dans l'Ebay, je crois, pour dire aux gens de... d'envoyer leurs textes. Et donc, on avait reçu, c'était filtré, mais il y avait quand même des kilos de textes. Et ils nous avaient demandé à moi et à un pote de la fac, Arnaud Garou, de filtrer un peu les textes. Et donc, on a commencé à lire ça et à désinguer tout, à trouver tout complètement minable. Alors, c'est vrai qu'à 20 ans, tu désingues tout et après, tu te rends compte que la critique est facile et l'art est difficile. Mais donc là, on désinguait tout et on s'est dit, pourquoi pas nous ? Parce que tout le monde est mauvais, on n'a qu'à essayer d'en écrire nous, tu vois. Et on a commencé à écrire des textes. Et donc là, on faisait du harcèlement textuel auprès de mon père. On lui glissait des textes toute la journée. On bossait, on disait « Regarde, on a changé trois... » Sous la porte, la nuit, on glissait des trucs non-stop. Et bon, voilà. Puis mon père n'est pas très bavard ou explicite parfois. Il est plutôt du genre taiseux pour ce genre de choses. Il attendait d'avoir un super truc. Il ne nous disait pas « C'est nul. » Tu vois, il n'était pas trop dans le dialogue.
- Speaker #0
Il ne tenait pas à... Il disait « Bon, ça suffit,
- Speaker #1
les textes, ça suffit maintenant. » Mais il nous a quand même pris trois textes. Il avait un peu trouvé, lui, les titres et les sujets, comme il a fait d'ailleurs beaucoup, même avec Lanzmann. Donc on vend trois titres sur le disque de mon père. On est content. Il y en a un qui est choisi en single, à l'époque ça s'appelait A part ça, et ce titre passe à la radio, on gagne des sous à l'époque genre 500 francs quand ça passait à la radio.
- Speaker #0
Il le prend pas, c'est pas dans son caractère de le prendre parce que c'est toi. Genre ils m'ont harcelé, j'en peux plus, vas-y je les prends parce que...
- Speaker #1
Non, le truc tenait la route, c'était pas incroyable, et là des portes s'ouvrent et je dis à mon pote, oulala attention, vraiment on est nuls encore, travaillons ça un an ou deux. et voyons voir ce qu'il se passe avant d'aller démarcher dans les maisons de disques pour dire salut c'est nous les nouveaux auteurs à la mode, on était nuls c'est ce qu'on a fait, on a un peu travaillé moi je continuais la guitare à fond mais je faisais un peu de texte avec ce pote et on a fait 2-3 titres pour Norman Gabi qui était un groupe comme ça vachement sympa et on a réussi à placer un texte ou deux on était content et une fois grâce à mes connaissances, mon réseau je connaissais Régis chez Kareli le fils d'André, un grand batteur de jazz qui avait joué avec mon père euh... dans sa jeunesse et tout ça, je vais voir Régis parce qu'il enregistrait avec Henri Salvador. Et moi, Henri Salvador, bon, je ne connaissais pas, en fait. Et donc, là, je le rencontre et tout. Je dis, ben, Henri, tu sais, on fait des... Alors, moi, je dis, je suis fan de Django, machin. Lui, il était fou de Birelli et tout ça. Donc,
- Speaker #0
il t'écoute.
- Speaker #1
Donc, déjà, il y a un lien qui se crée. Et il me dit, bon, ben, nous, on a déjà quasiment fini l'album, en fait. Et c'était son album. On ne savait pas à l'époque, mais c'était l'album qui a fait un tel succès qui a été son comeback. C'était Chambre avec vue. Et là, il enregistre des belles choses dans un truc plus élégant et tout. Et moi, je lui dis, écoute, je sais pas, moi, j'aimerais tellement essayer d'écrire pour toi. Il me dit, bon, bah, écoute, dépêche-toi, parce que là, mercredi, enfin, on était genre jeudi ou vendredi, et mercredi, on enregistre et c'est terminé. Donc, j'ai dit, ok, ok, vas-y, j'essaie. Et donc, j'ai fait un texte tout le week-end. Et je lui ai envoyé le dimanche soir ou le lundi matin, je sais plus. Et il a adoré. En fait, il m'avait donné une musique lente de Heart Bingo, je crois peut-être. Et en fait, il a recomposé lui-même un swing. et ça a été du coup le seul swing de son disque qui s'appelle Mademoiselle et là ça a été aussi un beau truc parce que j'ai joué avec lui au Victoire de la Musique, là j'avais 25 ans donc j'étais assez content aussi de ça ça a été un beau...
- Speaker #0
Donc c'était avant que tu sortes toi ton premier album ?
- Speaker #1
Ouais, bien avant, 10 ans avant carrément tu vois
- Speaker #0
Alors maintenant on voit un petit peu ce que tu es prêt aujourd'hui à faire, à plus faire t'as mis des limites, qu'est-ce qui te ressemble le plus ? Les concerts ? Est-ce que j'ai le droit de te dire que quand t'es arrivé tu me disais que t'allais Et... d'aller dans un café, faire un...
- Speaker #1
Ouais, bien sûr.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu préfères, là où tu es le plus toi ? C'est quoi, ces cafés comme ça, un peu anonymes ? Enfin, anonymes, entre guillemets. Ouais, non, mais je le fais pas souvent. Qu'est-ce que tu préfères, là où tu te sens le plus toi ?
- Speaker #1
J'en sais rien, il y en a plein. C'est sûr que j'ai adoré jouer dans les cafés, c'est toute une partie de ma vie. J'ai joué dans les cafés pendant 10 ans, une bonne dizaine d'années. Et parfois, ça me manque, dans les cafés, dans les clubs, ça me manque parce qu'on est vraiment libre. Maintenant, quand on vient me voir jouer sous mon nom, Je suis obligé de donner quelque chose De travailler, de cadrer D'ailleurs souvent ça m'a habité Quand je fais un nouvel album Je me dis tiens qu'est-ce que j'ai pas fait Qu'est-ce qui manque comme genre de registre
- Speaker #0
T'aimes bien toucher à tout,
- Speaker #1
surprendre Je pense au concert Je me dis tiens il me manque un petit truc comme ça Quand tu fais un album tu penses au concert
- Speaker #0
Tu le fais en pensant au concert C'est cette complémentarité que tu recherches En fait il n'y en a pas un qui est plus toi Que d'autres mais t'as besoin de tout ça Tout est un peu toi en fait Merci. C'est une vraie question, t'es assez mystérieux quand même. C'est drôle parce que t'as des parents très connus, beaucoup de gens. T'es là, puis t'es pas là, puis tu vois, t'as été très dans la lumière, après t'as pris beaucoup de recul, t'as plein d'univers différents. Enfin, tu vois, t'es quelqu'un de très mystérieux, toi tu sais ?
- Speaker #1
Mais tant mieux, tant mieux.
- Speaker #0
Tu sais qui tu es, toi ?
- Speaker #1
Bah non, je sais pas trop, non, non.
- Speaker #0
C'est pour ça que les gens savent pas, du coup, hein.
- Speaker #1
Mais qui ? Personne ne sait, vraiment. On apprend à se connaître un peu, mais c'est difficile d'être résumé, on n'est pas...
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu sais ce qui te rend heureux ? Ce que tu as envie de faire ? Là où tu as envie d'aller ? T'as mis tes limites, tu sais ?
- Speaker #1
Ah oui, ce qui me rend heureux ? Oui, oui, je sais ce qui me rend heureux. J'adore faire des concerts, j'adore jouer de la musique, être bien entouré par des musiciens que j'admire. Et j'ai de la chance parce que la plupart des musiciens que j'admire aujourd'hui sont devenus des amis. Donc en plus, je joue avec des amis. Donc cette montée... Alors après, c'est beaucoup de stress, c'est beaucoup de...
- Speaker #0
De pression ?
- Speaker #1
Il y a une pression, il y a un espèce de yo-yo émotionnel, tu vois, t'es quand même un peu concentré toute la journée. Et après quand le concert est parti, mais t'as beaucoup d'adrénaline, tu vois, donc c'est des horaires. Tu dors pas, tu picoles, tu fais la fête non-stop. J'adore faire ça. Mais là, tu vois, j'ai arrêté la tournée en mars, on a repris une tournée de jazz un peu cet été, mais on a fait pas beaucoup de dates. Mais j'ai perdu 3 kilos, tu vois, et tant mieux parce que dans les tournées, moi je suis le seul mec qui grossit, je crois. Mais on se dépense un peu sur scène, mais on rattrape tellement le truc, on fait tellement la fête.
- Speaker #0
Je vais revenir un peu sur ton enfance. Tu dis que tu as appris à 18 ans la guitare, 16-18. Pourtant, on pourrait penser que tu es un enfant de la balle. Tu as dit le mot éducation musicale. Est-ce que par tes parents, ils t'ont appris des choses ? Est-ce qu'ils ont voulu pas faire de toi un artiste ? Est-ce que tu as eu l'impression qu'il y avait une volonté de leur part de te donner les clés de ce monde ?
- Speaker #1
Alors pas du tout, ils n'ont pas du tout eu cette volonté. J'étais réfléchi, en tout cas. En revanche, ma maman, qui a toujours été passionnée de chansons et de musique toute sa vie jusqu'à la fin, elle m'a fait écouter tout ce qu'elle aimait. Donc elle me faisait écouter, tu vois, on parlait d'Eddie Mitchell, Alain Souchon, Jonas, Véronique Samson, j'avais 5 ans. Et c'est vrai que cet amour peut-être que j'ai du jazz vient que toutes ces chansons-là avaient des accords riches. C'était des chansons beaucoup plus riches que les chansons qu'on peut écouter aujourd'hui. Leurs compositions et leurs accords étaient plus... riche, plus élaboré, plus sophistiqué, plus raffiné. D'accord, c'est réel.
- Speaker #0
C'est un peu vieux con quand tu dis les jeunes ils écoutent des trucs pourris par rapport à nous. En fait chaque génération dit ça de la précédente. Il y a vraiment, techniquement c'est vrai ?
- Speaker #1
C'est différent, c'est comme si tu dis au Brésil les gens ont plus le sens de l'harmonie et du rythme, c'est la vérité. Tu peux pas... Donc oui tu parlais d'éducation musicale, donc je pense que ma mère avec sa passion... de musique. À 5 ans, j'écoutais ça tout le temps. Ils me faisaient écouter Sermonia, j'écoutais Balavoine.
- Speaker #0
Mais ils n'ont pas fait, toi, un petit singe ? Non, pas du tout.
- Speaker #1
Ils ne voulaient surtout pas me forcer à rien. D'ailleurs, à 11-12 ans, j'ai manifesté des envies de faire un peu de musique. Ma mère avait entendu parler, elle était très new age et tout, d'une nouvelle méthode pour apprendre le piano. Donc je me suis retrouvé à 11-12 ans tout seul dans un espèce de truc, genre le palais des congrès tout seul, avec un mec qui nous expliquait une méthode de solfège. J'étais seul, sans ma mère, j'avais 11 ans.
- Speaker #0
Et ça ne t'a pas donné envie de continuer trop.
- Speaker #1
Alors, j'ai fait ça, bizarre. Et après, j'ai eu un cours de piano pendant un mois ou deux. Et là, il fallait que je fasse des devoirs à la maison. Et en fait, mes parents ne me demandaient pas du tout que je leur montre ce que je faisais ou que j'apprenne. Ils ne suivaient pas du tout mes devoirs. Parce que moi, j'étais assez bon à l'école. Et avec ma mère, quand je lui montrais mes devoirs en CM2, j'avais sauté une classe. Donc, j'étais tout petit. J'avais 9 ans. Et elle lisait mes rédacs. Elle disait, je suis inquiet. Je suis très inquiète. Comment on peut écrire des choses comme ça, mon petit Loulou ? Je suis vraiment inquiète. Elle était vraiment... Les gens qui la connaissent savaient que c'était pas une diplomate d'enfer. Avec les enfants, pareil. Donc moi, je lui arrachais le truc. J'ai dit, bon, c'est bon.
- Speaker #0
C'est bon.
- Speaker #1
Je te demanderai plus jamais rien. Et j'ai fait mes devoirs tout seul, toujours, à partir de la CM2, quoi.
- Speaker #0
C'est vrai, elle était un petit peu bruit de décoffrage, quoi.
- Speaker #1
Elle balançait des trucs. Elle était traumatisante, tu vois. Donc c'était un peu pas possible, quoi.
- Speaker #0
Donc tu t'es dit, bon, on va se protéger un peu.
- Speaker #1
Et le piano, je faisais tout seul. Et donc, il me demandait pas de voir. Donc finalement, j'ai rien foutu. Tu vois, j'avais déjà l'école et tout. Et donc au bout de mois j'ai dit au revoir En fait j'aime pas et puis j'en ai pas fait
- Speaker #0
Donc vraiment t'avais pas assez On a l'impression, tu vois vraiment je reviens sur l'expression Enfant de la balle, en mode oui t'as été bercé de ça Et t'as appris la musique très tôt
- Speaker #1
Et alors mon père il écoutait que de la country Musique, ça je le raconte tout le temps Et quand il conduisait Quand il conduisait il mettait de la country Donc c'était Johnny Cash Willie Nelson et compagnie Tommy Wynette Tous les gros tubes de la country, il écoutait que ça
- Speaker #0
Bon, c'est rassurant, il n'écoutait pas ses musiques à lui, déjà.
- Speaker #1
Non, alors par contre, si.
- Speaker #0
Un peu.
- Speaker #1
Dans toute mon enfance, quand il faisait un nouvel album, là, il passait beaucoup de temps à faire la fête et à faire écouter leurs disques à leurs amis en buvant des coups le soir, tu vois. Très, très fort. 2000%. Moi, quand je mets des trucs maintenant à mes proches, je mets la musique forte, mais pas du tout. tout comme eux à l'époque. Et déjà, les gens me disent « Oh là là, mais qu'est-ce que c'est fort ! » Je dis « Bah, je sais pas, c'est normal, enfin. »
- Speaker #0
C'est comme ça qu'on écoute de la musique, je comprends pas.
- Speaker #1
Mais à une force, tu vois. Et donc, voilà, ça, ils aimaient bien. Tu sais, les plus grosses baffles que tu vois dans les studios, c'est des trucs de 1m50 de long sur 1m de large. C'est monstrueux. Tu mettais un son là-dessus, avec basse et aiguë à fond. Donc, j'ai eu quand même tout cet... Et la chance aussi de connaître un peu Gainsbourg, qui m'a offert ma première chaîne stéréo à 11 ans, avec lecteur CD. C'était tout nouveau à l'époque, c'était genre waouh, ça valait 3000 francs. Mes parents avaient laissé faire, mais c'était quand même un beau cadeau. Et là, j'ai commencé à écouter, j'ai eu une platine vinyle et j'ai commencé à piquer dans la discothèque de mes parents. Et puis à acheter des disques, il y avait le top 50 à l'époque. Donc j'ai acheté mes premiers disques, j'aimais Bowie. Je me rappelle, j'avais honte parce que j'avais aimé Kylie Minogue et Madonna. Je me rendais compte que c'était un peu nul quand même. Enfin, je ne sais pas comment dire, j'avais quand même une...
- Speaker #0
Tu disais j'aime bien mais je suis pas sûre que ça soit le plus technique du monde.
- Speaker #1
J'avais un peu honte. Bowie, ça ça allait. Je savais que Bowie ça allait ou Matt Bianco j'aimais bien, c'était un mec de cette époque. Et à 11 ans, en même temps il y avait ça ou Tina Turner qui sortait des tubes, des trucs. Mais je piquais dans la discothèque de mes parents, c'est comme ça que j'ai découvert Elvis Presley et les Shadows aussi à 11 ans et Gene Vincent. J'écoutais beaucoup de rock des années 60 parce que mon père avait plein de disques comme ça. Je suis tombé sur Gene Vincent, Eddie Cochrane, j'écoutais beaucoup tout ça.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, ton père, j'ai lu quelque part qu'il t'avait offert une guitare qui a appartenu à Django Reinhardt. Est-ce que c'était sa manière ? Lui qui est un peu pudique, tu disais tout à l'heure qu'il ne disait pas grand-chose sur ce... Je ne sais pas s'il était pudique sur tout ou pas. Oui, c'est vrai, tu as raison. Est-ce que c'est sa façon à lui de te dire, c'est ok, go, je te soutiens ? Enfin voilà, est-ce que tu l'as interprété comment ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'il avait plein de guitares, dont celle-ci que je n'avais jamais vue. Moi qui étais malheureusement derrière une cloison qui avait pris... C'était derrière une cloison et de l'autre côté de la cloison, il y avait un chauffage. Donc pour une guitare, c'est très, très mauvais. Et là... La table d'harmonie était complètement explosée, on a dû carrément la changer en fait. Mais bon, c'est quand même une guitare qui est appartenue à Django, même s'il y a une des pièces qui a été changée. Elle est super, j'ai joué,
- Speaker #0
j'ai passé des milliers d'heures dessus.
- Speaker #1
Un petit peu moins parce que j'en ai une autre maintenant, qui est mieux. Mais elle a une place dans mon cœur toute particulière.
- Speaker #0
T'avais quel âge quand il te l'a offert ?
- Speaker #1
Il ne me les a jamais vraiment offerts, mais je les ai un peu gaulés.
- Speaker #0
Mais il a dit ok.
- Speaker #1
Oui voilà, il ne me les a pas réclamés trop.
- Speaker #0
C'est une façon d'offrir, ok.
- Speaker #1
Voilà, voilà. D'ailleurs, je lui ai offert une guitare, je crois, une fois. Parce que comme j'ai piqué sa seule guitare manouche, qui était cette Selmer, je lui ai dit, tiens, je lui ai offert une copie Selmer, une Maurice Dupont, une belle guitare, et voilà.
- Speaker #0
Et lui, il t'encourageait, du coup ? Parce que tu disais ta maman, donc elle t'a laissé en mode maman chouette, quand même. Parce que de dire 5 ans, je te couvre pendant 5 ans et il faut que tu perces. Lui, il en pensait quoi ?
- Speaker #1
Moi, à ce moment-là, c'est marrant, parce que quand j'ai eu 18 ans, 20 ans, Je traînais pas mal avec mon père, parce que quand j'étais à l'école, je pouvais pas traîner avec lui. Et là, je traînais un peu avec lui. Moi, j'étais avec ses copains, j'apprenais des choses. Des fois, il y avait un copain à moi ou deux, on traînait, on se marrait, il y avait des trucs qui se passaient. Ce que je faisais dans ces moments-là, moi, j'avais une guitare. Et j'ai souvent passé des journées comme ça à bosser la guitare avec mon père et ses copains à côté. Ils étaient gentils, parce que ça devait être pas très agréable à écouter. Ton père,
- Speaker #0
il est guitariste ?
- Speaker #1
Et mon père était guitariste. Je l'ai jamais entendu, en fait. C'est ça qui est fou, parce qu'il a complètement arrêté de jouer de la guitare. avant ma naissance, mais une fois ou deux, quand j'ai commencé la guitare, il m'a montré un plan ou deux.
- Speaker #0
Ouais, il t'a dit, tiens...
- Speaker #1
Il avait un super touché, d'ailleurs, mais ça, je me rappelais de quand j'étais plus petit, il avait fait une note ou deux, il avait un touché incroyable, mais il m'a montré juste un plan, mais malheureusement, voilà, il jouait plus trop. Et là, quand on a fait une tournée ensemble, on aurait tous rêvé qu'il rejoue de la guitare, mais malheureusement, là, il n'arrivait plus du tout, puis en plus, il s'était cassé la gueule une fois à cause d'un chat, et il était tombé sur la main, et donc, en plus de l'arthrose, il avait un doigt un peu pété. Et là, la guitare, c'était impossible. Il n'y arrivait plus du tout. Et c'est dommage parce que c'était un super guitariste. Il a commencé, avant de chanter, mon père, Jacques Dutronc, donc je rappelle. Il a été guitariste. Il a joué dans des groupes de l'époque en tant que guitariste. Il a joué pour Eddie Mitchell. Il a été guitariste d'Eddie Mitchell quelques temps. Et il jouait super. On l'entend dans ses disques, par exemple, à Toute-Berzingue, il joue du Django. C'est incroyable parce que moi, je n'avais pas du tout réalisé ça avant. Oui,
- Speaker #0
parce qu'il avait quand même la guitare.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
donc il y avait un truc. De toute façon,
- Speaker #1
en guitare, finalement, tu as Django, Hendrix et Paco de Lucia, si tu vas par là. Après, tu as le côté classique aussi, qui peut être très beau, mais chez Django, il y a même le côté classique. Django a enregistré au cours de sa carrière une quinzaine, une vingtaine de morceaux à la guitare seule, qui font vraiment office de composition classique. La blague fait qu'à l'époque, le mec dirait « Quelle belle pièce, ce que tu viens de jouer, est-ce que tu aurais la partition ? » Non, je viens d'improviser. D'ailleurs, il y a... un truc sur Django Reinhardt qui est assez fabuleux la première fois qu'il a enregistré un morceau seul à la guitare c'est les gens autour de lui qui l'ont piégé c'est à dire qu'il l'avait souvent écouté jouer tout seul à la guitare il trouvait ça trop beau et il s'était dit bon on va lui dire au dernier moment il faut pas lui dire avant au dernier moment on va lui dire tiens enregistre et donc ils sont en studio d'enregistrement et ils disent tiens est-ce que tu voudrais pas nous jouer un morceau de guitare seul voilà il reste 3 minutes c'était des cires à l'époque ou je sais pas quoi et Django dit d'accord vous me prévenez 30 secondes avant la fin de la cire ou... comme ça que je puisse terminer le morceau. Ok, très bien. Et il fait le morceau, qui n'avait pas de titre, ils l'ont appelé Improvisation numéro 1. Le titre, je l'ai écouté comme ça, ça m'a toujours fait penser à la guerre. Ça a été enregistré, je crois, en 38-39, on peut retrouver la date, parce qu'on a l'impression vraiment qu'il y a un bombardement, des mitraillettes à un moment à la guitare et tout ça, et c'est très beau, il y a des accords, enfin c'est très très beau. Et en même temps, il y a cette espèce de gamme chromatique, tu vois, ça s'appelle des gammes chromatiques, avec toutes les notes qui vont très vite et qui remontent, où tu as l'impression que c'est une mitrailleuse. Il n'y a pas si longtemps que ça, c'est ça qui est génial, on apprend des choses sur Django. J'ai lu qu'en fait, c'était genre le lendemain ou le surlendemain, très peu de temps après Guernica, le bombardement de Guernica. Donc tu te dis, ok, le génie de Django, la profondeur du truc, là c'est fou, parce qu'il s'est passé un drame comme ça, et le lendemain ou le surlendemain, il te fait la guerre. Jimi Hendrix a fait aussi un morceau, Machine Gun, comme ça, où il fait les mitraillettes aussi. Voilà, bon, pour les amateurs à la guitare, il y en a qui imitent les...
- Speaker #0
Non mais attends... énormément de choses qu'on intègre dans les morceaux. C'est parce qu'on ne s'intéresse pas à l'histoire des chansons aussi. Il y a plein d'histoires et les inspies à chaque fois, elles sont incroyables. Et c'est ce que je préfère, c'est ce qui a amené à cette composition-là. Je trouve ça, c'est beaucoup dans le classique, tu vois. Je trouve ça hyper passionnant de connaître l'histoire. Parce que tu l'écoutes, tu sens des choses, etc. L'histoire du blues, de voir que la guitare,
- Speaker #1
finalement, la guitare blues est à l'origine de quasiment toute la musique. pop qu'on écoute aujourd'hui aux Etats-Unis et en Angleterre parce que c'est vraiment ça qui a donné les Beatles et les Rolling Stones, c'était des fans de blues les fans de blues, ils faisaient que ça et Chuck Berry qui a inventé tout ça avant c'était le jazz avec les comédies musicales mais c'est, oui ça s'est rejoint évidemment au bout d'un moment mais tout est intéressant de voir les influences qui sont multiples et mélangées
- Speaker #0
On va aller un peu sur les clichés. Il y a une partie dans le podcast qui est sur les clichés, les trucs préjugés, ce qui te saoule, ce qui te saoule pas. Le cliché sur toi, en tant que fils d'eux, qui t'agace le plus, c'est quoi ?
- Speaker #1
Je sais pas. Si, c'est bah... Parfois, si on parle que de mes parents, ça m'embête, mais j'aime bien parler de mes parents, sauf que c'est anormal d'en parler. Si je parle que de ça, ça m'agace un peu. Non, au contraire, aujourd'hui, ce qui me fait plutôt de la peine, c'est quand je prends un chauffeur de taxi qui a l'air vieux. Parce qu'il a les cheveux gris, ça se trouve il a que 40 ans et il connaît pas du tout ni mon nom de famille ni rien, ça ça me déprime. De voir les nouvelles générations qui voient pas du tout ce que c'est. De mon père, ouais ouais. Ouais bah c'est forcé, c'est comme ça, c'est la marge du monde mais je trouve ça dommage. On devrait apprendre Gainsbourg, Trenet, Brassens et Dutronc, Hardy à l'école.
- Speaker #0
On a vu que t'avais casé le nom de tes parents à la fin même si tu l'as fait à la fin. On l'a repéré ça va. Est-ce qu'il y a un truc, un préjugé qui est un peu vrai ? Un truc que les gens pensent sur toi, sur ta famille, qui est un peu vrai.
- Speaker #1
Je sais pas, je vois pas trop...
- Speaker #0
Je sais pas,
- Speaker #1
tu penses à quoi ?
- Speaker #0
J'en sais rien. Je sais pas ce qui est vrai. J'ai plein de préjugés, mais je sais pas ce qui est vrai, tu vois. Il y a plein de trucs sur le fait que tes parents soient restés ensemble, que ta mère ait pas toujours été hyper heureuse, sur le fait que ton frère était très fêtard, très séduit. Enfin, tu vois, c'est des trucs qu'on peut pas dire forcément dans le podcast. Que toi, du coup, comment t'as vécu ça ? Que du coup, t'es peut-être aussi un peu mystérieux, tout ça, parce que t'as peut-être mal vécu ça. Il y a plein d'idées quand même. Enfin, pardon, je me fais l'écho de plein de choses qu'on... Non, mais c'est intéressant. Pour une fois,
- Speaker #1
on parle d'un sujet un petit peu plus profond que les gens n'osent pas me parler de ça en général. Donc, c'est un peu plus profond. Je n'ai pas l'habitude de répondre là-dessus, mais c'est intéressant. Oui, souvent, il y a des amis de mes parents qui trouvent que je suis étonnamment équilibré, vu les parents que j'ai eus. Mais il y avait beaucoup d'amour, malgré leur comportement. assez particuliers, assez uniques en leur genre, si tu veux. Il y avait un côté grands-enfants aussi, donc c'était pas grave. Je sais pas comment dire, rien n'était grave. C'était léger, c'était ado. C'est comme si c'était des grands-ados. Il y a un peu quelque chose... Évidemment, c'était leur vie, ma mère a beaucoup souffert, mais elle a aussi contribué, c'est elle qui a choisi de vivre ça aussi. Là, c'est la psychologie des familles, c'est compliqué. C'est sûr que je raconte souvent que la mère de ma mère, ma grand-mère... Elle avait eu une histoire vraiment très, très dure. Puisqu'elle est née, quand elle est née, sa propre mère, mon arrière-grand-mère, lui a dit, on ne voulait pas de toi. Et bien ça, même ça, ça a fait des répercussions encore sur moi, mais surtout sur ma mère.
- Speaker #0
Et tu penses qu'elle avait donc un tas d'esprit très sacrificiel comme ça ? Ou l'impression ?
- Speaker #1
Bah oui, il faut croire.
- Speaker #0
T'as eu l'impression que tes parents restaient ensemble pour toi ?
- Speaker #1
Non, pas du tout, non.
- Speaker #0
Tu t'es pas senti un peu à l'origine ?
- Speaker #1
Alors après, tu sais, je ne sais pas si ma mère le raconte dans son autobiographie, parce que je ne l'ai pas encore... Je ne l'ai pas lu parce que moi je connaissais toutes les histoires. Donc je préférais écouter les histoires qu'elle m'a racontées à moi. Parce que c'est un livre qu'elle n'a pas fait pour moi. Enfin peut-être à titre posthume, mais elle l'a fait plutôt pour tout le monde. Elle m'a élevé de zéro à un an toute seule dans un petit appartement rue de l'Île-Saint-Louis. Et après elle a souhaité s'installer avec moi et mon père. Et donc elle a acheté une maison avec un prêt sur 20 ans dans le 14ème. Et là, elle a dit à mon père, bon, ben voilà, on va s'installer, quoi, machin. Et mon père, il disait, ouais, mais je suis embêté parce que lui, il habitait un appartement. Et en dessous ou au-dessus, je ne sais plus, il y avait ses parents, au vu de la chaussée d'Antin. Et il dit, ouais, il dit, mais je ne sais pas comment il a dit ça, mais il dit, ça m'embête de laisser ma mère, tu vois. Donc, la pauvre, elle va être toute seule. Et ma mère m'a raconté, elle lui a dit, mais tu te rends compte si ton père avait dit ça à ta mère, à dire, je ne peux pas m'installer avec toi, je vais rester chez moi. pas.
- Speaker #0
Alors qu'il avait un enfant.
- Speaker #1
Ma mère m'a raconté ça. Et donc, mon père, convaincu par l'argument, est venu s'installer dans la maison. Et donc,
- Speaker #0
tu as grandi toujours avec tes deux parents.
- Speaker #1
Voilà. Et il faisait son bras part, tu vois. Déjà, même quand j'étais tout petit, parce que mon père fume beaucoup dans la chambre et puis il regarde la télé toute la nuit. Ouais,
- Speaker #0
c'est sympa à vivre,
- Speaker #1
quoi. C'était particulier. Donc, il y a toujours eu un côté un peu cohabitation. Mais en même temps, je les ai vus tellement. tellement rigoler ensemble, tellement être heureux aussi. J'ai ressenti des soubresauts, des tempêtes, des colères, des manques, des situations, des soucis. Mais j'ai ressenti aussi une joie de vivre, beaucoup d'enthousiasme, beaucoup de rigolade. Ils riaient tout le temps, ma mère riait tout le temps aussi.
- Speaker #0
Ça, c'est chouette à entendre parce qu'honnêtement, je ne suis pas sûre que ce soit une image.
- Speaker #1
Ça, tu vois, c'est une image qu'on n'entend peut-être pas assez. Il y avait des dîners assez souvent, enfin pas tous les soirs, mais une fois ou deux par semaine. Il y avait des dîners que ma mère... Et moi, j'étais avec eux dans les dîners. Je me couchais à 22h30 ou je ne sais pas quelle heure, tu vois. Je m'endormais sur les genoux de ma mère comme ça. Puis je lui demandais, tu peux me faire un petit massou ? Elle me faisait des massous. Puis quand elle s'arrêtait, je... Oui, donc en fait,
- Speaker #0
bosserait léger. Et il rigolait, ma mère,
- Speaker #1
il y a tout le temps. Il buvait du vin et il rigolait. Beaucoup d'amis, beaucoup de rigolades. Et mon père, c'était tout le... Enfin, j'étais très heureux, moi, tu vois.
- Speaker #0
Il bossait beaucoup, les deux ?
- Speaker #1
Alors, je voyais... Quand j'étais petit, je voyais ma mère travailler beaucoup. Elle était devant son ordinateur ou... Quand j'étais petit, sa machine à écrire, après c'était l'ordinateur, elle travaillait beaucoup pour la radio, elle faisait des émissions de radio, elle faisait le thème astrologique des gens. Elle était passionnée de la astrologie. Elle était très branchée dans tous ces trucs, ces médecines parallèles et tout. Alors moi, le contraire.
- Speaker #0
Elle t'avait fait ton thème astral à toi ?
- Speaker #1
J'ai passé mon enfance, je suis un enfant... Quand j'avais un rhume ou la fièvre ou je sais pas quoi, j'ai jamais eu droit à un doliprane de ma vie. Donc j'avais mal au crâne et 39 de fièvre pendant une semaine.
- Speaker #0
Ouais, parce que... Vraiment.
- Speaker #1
Pendant une semaine, parce qu'homéopathie. Donc, elle était... Bon, alors, la médecine chinoise disait que il faut se soigner quand t'es pas malade, ce qui est vachement bien. C'est-à-dire, il faut prévenir, il vaut mieux prévenir que guérir. Donc, chez moi, il faisait 24 degrés, parce que ma mère était frileuse, 24. Donc, il faisait 24 tout le temps. Et donc, elle m'amenait chez l'acupuncteur. J'avais, je ne sais pas, 8 ans, 10 ans. J'étais chez un mec, allongé en slip. J'attendais 20 minutes qu'il arrive. Le mec me foutait des aiguilles. Il faisait, je ne sais pas, 20 degrés chez le mec, ou 19. Donc, je sortais de chez le médecin. J'étais tout le temps malade, tout le temps malade. Mais ce qui est bien, c'est qu'elle était branchée bio, par exemple. Je le suis aussi, c'est bien. Je ne mangeais pas de bonbons, je ne mangeais pas de pâté. J'étais puni, mais chez mon grand-père, ça allait. Là, je te parle de 1978. Elle achetait tout chez les bio. Elle était déjà branchée pour la planète et tout ça à fond.
- Speaker #0
Justement, ce côté un peu fils d'eux, qui est quand même le thème. Souvent, tu dis que c'était un package. Il n'y a pas que des avantages, il n'y a pas que des inconvénients et qu'il faut prendre le package. À quel moment ça t'a aidé ? À quel moment ça t'a compliqué la vie ?
- Speaker #1
C'est toujours un peu les deux. mais c'est de toute... quand même plutôt une chance que l'inverse, parce que ça crée un réseau, il y a un nom, il y a des amis. On a des amis proches de la famille qui sont des gens vraiment passionnants. Je pense à Jean-Marie Perrier, je pense à Gabriel Yaret, je pense au Modiano. Voilà, des gens fabuleux, très passionnants que j'ai eu la chance de connaître. J'ai eu la chance de connaître Serge Gainsbourg grâce à ça aussi, grâce à cette amitié.
- Speaker #0
Surtout d'avoir une chéniche.
- Speaker #1
Après, ils avaient des amis aussi, plein d'amis pas forcément connus. On allait souvent chez notre femme de ménage dont le mari était maçon. Ils étaient concierges aussi en face. On passait souvent la soirée chez eux. On se marrait bien. Mon père a toujours fréquenté des gens de toutes les couches sociales. Plein de gens.
- Speaker #0
Plein de gens.
- Speaker #1
Plein de gens. Il se marrait. Il traînait beaucoup au bistrot. Moi, quand j'étais jeune, je n'ai pas vu énormément mon père travailler. Parce que c'était une période où il faisait des films. Donc, je ne le voyais pas. On a été le voir sur les tournages, mais on passait deux jours et on partait. Donc, je ne l'ai pas vu vraiment. Mais il a fait beaucoup de films quand j'étais jeune. Donc, je le voyais dans les périodes entre les films. Là, plutôt, il partait vers 10h30, 11h, les copains arrivaient chez lui et on le voyait revenir vers 19h, un peu chaud. Ils avaient passé la journée dans des bons restos.
- Speaker #0
Moins en clair. Et ça, c'est le côté plus ? Le côté moins, c'est quoi ?
- Speaker #1
Côté moins, c'est que oui, évidemment, je n'ai pas eu une enfance comme tout le monde. Ce n'est peut-être pas les parents les plus équilibrés du monde, mais au moins, ça fait de moi quelqu'un de différent. Je ne sais pas, c'était un peu original, donc je ne vais pas me plaindre là-dessus. mais c'est sûr qu'un tout petit peu plus de normalité m'aurait peut-être... Pas fait de mal, mais enfin bon. Là aujourd'hui, oui, c'est le blues du chauffeur de taxi qui sait plus qui sont Jacques Dutronc et François Zardy. Ce blues-là. De voir ce monde-là, finalement, qui a toujours été assez important, pour moi, les années 60, ça a toujours compté beaucoup. Je vois que ce monde a vraiment disparu. Déjà avec la mort de Johnny Hallyday, ça a été énorme, mais ce monde-là est en train de disparaître complètement. Donc c'est sûr que ça, ça me fait de la peine. Mais j'ai toujours été assez adepte et... de la nostalgie et tout ça, puisque déjà de parler beaucoup avec mes grands-parents et le fait qu'ils s'en aillent, ça m'a filé un tel blues. Et j'étais très intéressé d'écouter, de découvrir les musiques qu'ils aimaient à leurs époques. Et c'est vrai que moi j'ai découvert Brassens à 18-19 ans tout seul et j'ai adoré ça. Vraiment ça reste aujourd'hui mon chanteur et mon auteur de chansons préférées de tous. Mais grâce à lui, j'ai écouté Charles Trenet et Mireille, parce que lui-même en était fan. Donc c'est grâce à lui, en lisant un peu son histoire et en voyant qu'il était fan de ces deux chanteurs-là. Mais aussi grâce à mes grands-parents qui, de chaque côté, n'avaient rien à voir. Ils avaient vraiment des caractères aux antipodes. Mais de chaque côté de mes parents, ils étaient fous de Charles Trenet. Donc je suis Trenet, il y a quand même quelque chose. C'est un signe. Et c'est vrai que j'ai cette nostalgie aussi que l'époque... Cette musique-là, cette France-là est disparue.
- Speaker #0
C'est pas que la musique, c'est ce que tu viens de dire.
- Speaker #1
Il y a une nostalgie de cette époque.
- Speaker #0
C'était sa conscience aussi, quand même. Et pourtant, tu vois, dans la période d'entre deux guerres, ils avaient vécu l'enfer, quoi. Je veux dire, les guerres, c'est l'enfer. Il y avait une espèce de joie de vivre, quand même, de courtoisie, de culture et puis de progrès. On allait vers le progrès. On a l'impression que tout se délite. Ouais, on a l'impression que tout part en... Bon, après, il y avait sûrement des impressions similaires à l'époque, mais on n'en retient que ce qu'il y a de bien, mais... Mais moi, ça me fait rêver par rapport à la musique, par rapport à mon domaine, mon domaine, la musique de cette époque-là, quand tu vois qu'à l'époque, un artiste, il passait six mois à l'Olympia parce que tu n'avais pas de radio, pas de télé. Donc les mecs, ils sortaient tous,
- Speaker #1
tu avais un million de théâtres.
- Speaker #0
Déjà, c'est pareil, quand ils ont inventé le disque, à chaque fois, la technologie bouffe la musique. Avant l'invention du disque, pour écouter de la musique, il fallait voir un musicien jouer. Tu n'avais pas d'autre manière. Il fallait voir quelqu'un jouer de la musique. Tout le monde jouait de la musique à la maison, avait un piano, avait un truc. Tout le monde faisait un peu de musique. Et ça existait dans tous les boulevards, dans un café sur deux, tu avais des gens qui jouaient de la musique en vrai, du classique, de la musette, un peu de jazz, tout ce que tu veux. Et puis petit à petit, ça, ça a disparu. Donc ça me fait rêver, les époques anciennes me font rêver.
- Speaker #1
Et tu penses que du coup, il y a une forme de devoir de mémoire. Dans ce que j'entends, il y a une forme de devoir de mémoire un peu, tu sais. Parce qu'au début, tu ne chantais pas forcément le répertoire de tes parents. Tu as souhaité aussi aller dans des styles musicaux qui ne leur correspondaient pas, etc. Et tu disais tout à l'heure, on disait, je ne vais pas chanter ça parce que je ne vais pas faire comme mes parents. c'était un choix, c'était un vrai choix de te distinguer là aujourd'hui t'as pas mal de projets déjà t'as fait cette tournée avec ton père tu portes comme, depuis que ta maman est partie tu portes aussi cette espèce de devoir de mémoire tu vas faire des choses est-ce que c'est ta façon à toi de garder leur mémoire de garder cette époque c'est quoi ce sens d'être avec eux aussi je sais pas de
- Speaker #0
partager des émotions, de partager une vie c'est mon Oui, c'est mes racines, c'est mon héritage culturel et sensible de cœur. C'est vrai que depuis que ma mère est partie, je nourris l'ambition de faire un projet que je veux un petit peu grandiose, un petit peu développé, avec beaucoup de musiciens, avec des chœurs, des cordes, des cuivres, beaucoup de moyens vidéo aussi, pour voir des images, des films en grand. En temps de ma mère aussi, dans ce spectacle, elle chante avec nous. Je suis en train de mettre au point un spectacle autour de ma maman. Pour 2027-2028, avec Jeremy Lipman, qui a fait beaucoup de choses, qui est très connu aujourd'hui. Je l'ai connu, on avait bossé ensemble, mais il était moins connu en 2015, quand on avait fait un spectacle ensemble, déjà. Donc c'est super, parce que maintenant, c'est une superstar, et je l'ai connu, ça ne l'était pas, donc c'est parfait. Il est génial, il est bourré de talent et tout, et on est en train de commencer à réfléchir sur un beau spectacle comme ça. Moi, je veux que ce soit justement l'envie de transmettre ces belles chansons, ces belles vibrations, à la fois de cette époque. Et aussi de ma mère. Donc tout ça, ça va être des dosages, des prises de décision. Est-ce qu'on favorise un tout petit peu ? Est-ce qu'on va dans le dur du fanatisme François Zardy ? Ou est-ce qu'on ouvre un peu plus grand public pour être aussi un petit peu dans les années 60 ? Là, on n'a pas encore réfléchi complètement à ça. Mais là, en disant tout ça à voix haute, je me dis qu'il faut faire un peu des deux. Il faut faire un petit peu de François Zardy hardcore, entre guillemets. Faire deux, trois chansons de derrière les fagots pas trop connues. mais apprécier des grands fans.
- Speaker #1
Qui sont très fans. Voilà,
- Speaker #0
très particulières ou à faire connaître aussi. Mais il faut aussi aller dans le sens des années 60. C'est-à-dire qu'on peut aussi, à un moment, faire une chanson, peut-être pas de ma mère, peut-être de mon père ou de quelqu'un d'autre de cette époque, pour montrer, je ne sais pas, un Beatles, un truc de mon père, je ne sais pas. Ou quelque chose qu'aimait ma mère avant d'être connue, j'en sais rien. Enfin, on n'a pas encore réfléchi à tout ça, mais l'idée, c'est de plonger les gens, de les faire voyager avec ça. Et vraiment, je voulais aussi quelque chose de beau. Peu importe l'économie, parce que du coup, je pense qu'on gagnera pas beaucoup de sous s'il y a tellement de musiciens sur scène, mais j'ai envie que ce soit beau et qu'il y ait plein de moyens. Et exigeant. Voilà, j'ai envie que ce soit beau, que ce soit un bel hommage, que ce soit... Et je veux qu'elle soit avec nous aussi, donc ça grâce à l'intelligence artificielle, parce qu'il y a... Et puis des moyens techniques, on peut sortir la voix d'un playback, même sans retrouver forcément la bande originale de l'époque, aujourd'hui on peut faire ça. Donc on pourra la faire chanter avec nous.
- Speaker #1
Ça va être assez fou.
- Speaker #0
Tu vois, l'accompagner. en vrai, en direct, pendant qu'elle chante, elle. Je l'ai fait une fois avec Django Reinhardt, on a réussi à extraire une mélodie de Django et on l'a campagnée en vrai, et ça a été très émouvant. Pour nous,
- Speaker #1
c'était fou.
- Speaker #0
Et là, pour les gens, ça va être beau aussi, je pense, qu'elle chante avec nous, qu'on participe, je ne sais pas comment. J'avoue que j'ai très envie, même si on fera des choses plus récentes, j'ai très envie de focaliser sur la période fin 60 et début 70. Je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas envie de la voir. Même quand elle a coupé les cheveux et tout, je ne sais pas, ça me... Ah ok, à part ça, donc... Moi, je suis un peu radical. Alors évidemment, je pense qu'on sera obligé de mettre des chansons d'après, mais il y en aura très peu, je pense. Et dans l'imagerie, je ne vais pas faire quelque chose d'exhaustif. Je ferai quelque chose pour moi où elle aurait été la plus belle, la plus rayonnante. Cette idée m'est venue parce qu'on était très fans, ma mère et moi, d'Elvis Presley. Elle m'a montré, dès que j'étais tout petit, ce comeback en 68 qu'il a fait Elvis Presley, qui est magnifique. Il y a un documentaire sur Netflix qui est sorti d'ailleurs Qui raconte cette histoire Et il est au sommet de sa beauté, au sommet de son champ Au sommet de tout à ce moment là Et moi je veux juste qu'on voit ça Je dis pas que je veux pas cacher Quand elle était vieille ou malade Ou juste plus vieille ou plus souffrante Voilà j'ai envie de la voir Rayonnante le plus possible
- Speaker #1
Tu nous parles un peu de ton rapport à elle Parce que déjà ça en dit beaucoup ce que tu viens de nous dire On a l'impression là encore Je te dis de l'extérieur L'impression que vous avez un lien très très très très fort aujourd'hui donc elle a disparu il y a deux ans enfin comment enfin voilà je sais plus où j'en étais le rapport que t'avais avec elle et cette même si je faisais pas mes devoirs comme je t'ai raconté parce qu'elle était vraiment pas diplomate donc elle
- Speaker #0
balançait des trucs un peu vexants même si je faisais plus jamais mes devoirs avec elle et que c'était compliqué d'aborder certains sujets parfois on avait quand même cet amour et cette tendresse infinie quoi l'un pour l'autre euh... Vraiment infinie. Et puis, elle suivait beaucoup tout ce que je faisais.
- Speaker #1
Elle était très présente dans ta vie.
- Speaker #0
Elle venait vraiment voir tous mes concerts. Elle était parfois un peu critique, mais pas trop quand même. Elle relevait ce qu'elle aimait bien. Puis parfois, elle changeait d'avis. On savait aussi que des fois, elle changeait d'avis. Mais ses avis étaient importants pour moi.
- Speaker #1
Elle était très présente physiquement aussi. Vous voyiez souvent. Oui.
- Speaker #0
Il y a eu deux périodes. Il y a avant qu'elle soit malade et après. Et puis, il y a l'enfance et après l'enfance. On se voyait régulièrement. On va dire après l'enfance et avant qu'elle soit malade. Dans ma vie d'adulte où elle n'était pas malade, on se voyait souvent. On faisait des dîners avec des amis. On faisait des dîners où justement, un peu comme dans mon enfance, où elle buvait du vin, elle s'amusait beaucoup. On s'amusait tous. C'était sympa. Il y avait toujours ce lien. On se voyait régulièrement.
- Speaker #1
Ça a impacté, toi, ta façon de faire de la musique ? Ou est-ce qu'aujourd'hui, tu penses plus à ce qu'elle te disait avant ? Parce qu'avant, tu disais... Elle me donne son regard, c'est important, mais quand même, je trace ma route. Mais maintenant qu'elle est partie, peut-être que... Est-ce que tu te dis plus, en fait, j'ai envie de prendre ce qu'elle m'a donné à ce moment-là ? Ça a eu un impact ?
- Speaker #0
J'y pense parfois, mais après coup. J'y pense pas tout de suite. Après, j'ai des choses qui me viennent d'elle dans mon ADN auxquelles je réfléchis même pas. Là, je te parle de ce projet. Moi, après, j'ai un projet de composition personnelle qui est vraiment à l'état de spermatozoïdes ou d'ovules, enfin, je sais pas. Même pas de fœtus, quoi, en tout cas. Mais c'est une idée de... Peut-être que ma mère aurait adoré, mais c'est pas du tout une idée... Justement, j'ai l'impression que j'ai fait assez de chansons comme ça, un petit peu variétées, avec des textes, des trucs. J'ai envie de revenir à quelque chose de plus instrumental, tout en liant quand même avec du texte dedans. Donc je suis en train de réfléchir à une espèce de forme, comme ça, avec quelques paroles dans des musiques. Des mini-poésies ou des catchphrases, tu vois, un truc. C'est le nouveau projet que j'ai envie de faire.
- Speaker #1
Et qui en fait n'a rien de particulier à voir avec elle. Donc ça a un impact. Rien,
- Speaker #0
justement. Mais je pense au contraire qu'elle aurait aimé me voir faire quelque chose de plus personnel. Parce que dans mon dernier disque, j'ai fait des chansons un peu plus variétées, mais qui sont très belles. Mais l'arrangement n'est pas forcément... Des fois, on passe à ça d'avoir un impact un peu plus fort. L'impact a été peut-être, je pense, sur l'arrangement. On a manqué de temps. Je ne sais pas. A chaque fois, on manque de temps. On se fourre le doigt dans l'oeil. Moi, j'ai toujours eu beaucoup de mal avec les arrangements. C'est très compliqué parce que je répète tous mes trucs guitare-voix. Et quand j'arrive pour leur donner vie, trop souvent, je perds leur...
- Speaker #1
Ça ne correspond pas à ce que tu avais. Oui, finalement,
- Speaker #0
je devrais faire guitare-voix, des fois, avec rien de plus. Ou une petite percure, un rien, quoi. Des fois, ça passe dans une espèce de moulinette un peu trop... C'est toujours ce problème de se dire, on a envie de passer à la radio.
- Speaker #1
Et là, ce projet-là, tu n'as pas envie de te dire, en fait, c'est mon objectif. Je m'en fous. Maintenant, c'est terminé. Je m'en fous.
- Speaker #0
maintenant c'est terminé et je fais un truc pour moi c'est terminé depuis le dernier album j'ai compris parce qu'on a fait tout pour essayer d'aller dans le sens de tout le monde j'ai fait toutes les promos tous les machins de tout le monde et le disque s'est vendu très mal et voilà donc si tu veux ça n'a servi à rien donc il faut que je fasse à 100% ce qui moi me plaît avec évidemment bon je vais pas faire du Django hardcore pendant deux heures tu vois mais je fais des choses quand même pour essayer de séduire les gens évidemment mais vraiment proche de ce qui me plaît moi. Je préfère que les gens n'aiment pas plutôt que ça les laisse indifférents. Si tu as force de vouloir faire quelque chose que tout le monde aime, tu fais des choses qui n'ont pas assez de caractère. Ça m'est un peu arrivé, d'une certaine mesure. Je suis un peu dur avec moi-même, parce que j'ai été élevé comme ça. J'ai entendu ma mère défoncer mon père sur ses nouveaux disques, lui balancer des trucs. Et ce n'est pas facile, parce que je veux dire, elle n'avait peut-être pas tort, mais ce n'est pas une manière de faire progresser les choses. Ce n'est pas très agréable à entendre déjà, puis ça... le seul résultat que tu as c'est que la personne en face se braque plutôt que d'écouter c'était pas des critiques constructives elle avait pas de filtre,
- Speaker #1
ça c'était quand même vraiment pénible et il réagissait comme ennui il s'énervait aussi,
- Speaker #0
il était vexé, il claquait la porte aussi, tout le monde faisait ça en fait heureusement il y avait le vieux manager qui disait, quand elle aime pas un truc c'est bon signe, c'est que ça va marcher sur le vieux producteur qui a fait tous ses succès d'ailleurs des années 60 enfin heureusement qu'elle ait eu ce caractère et cette personnalité originale et tout ça pour justement, elle a toujours défendu ses arguments, elle a été très forte parce qu'à l'époque en étant femme et tout ça c'est un peu dans l'air du temps mais elle a été très féministe là-dessus, elle a monté sa boîte d'édition elle s'est battue pour faire ce qu'elle aimait uniquement, même si elle a cédé un peu aux critères yéyés mais pendant pas si longtemps que ça en fait elle a très vite fait ce qui lui plaisait et là-dessus elle a été très forte. Mais elle était un petit peu extrême. Moi je lui disais par exemple, je lui disais tu vois aux Etats-Unis, quand les gens aiment une chanteuse ou un chanteur, ce chanteur ou cette chanteuse ils vont faire des nouveaux albums mais ils peuvent aussi très bien faire un album de reprise. Ce n'est pas difficile à faire et c'est du plaisir. Et ça fait plaisir à tout le monde d'écouter des chansons. Bon, peut-être pas de Noël pour ma mère, mais enfin. Et non, ma mère, ce n'était pas son truc. Il fallait absolument qu'elle fasse des nouveautés. Pour elle, ça n'avait aucun intérêt de faire des vieilles choses, de faire des reprises. Alors que moi, j'aurais rêvé de lui faire faire... Elle adorait des chansons, justement, des années 30, un peu de Trenet, par exemple, mais aussi des trucs... de Mireille, elle aimait des trucs un petit peu humoristiques, elle en a enregistré quelques-uns, mais pas tant que ça, personne ne la connait là-dessus elle adorait par exemple, tout va très bien madame Lamarckis, ça la faisait rire, je pense qu'elle aurait dit, oh je lui en avais parlé un peu elle disait qu'elle avait plus de voix qu'avec sa maladie elle pouvait plus chanter, ce qui était faux mais j'ai pas insisté, parce que ça sert à rien de forcer la main je sais pas si ça lui aurait plu dans le concept d'arriver sur quelque chose sur laquelle on l'attend pas mais c'était des chansons qu'elle adorait, elle chantait des trucs de Mireille hyper marrant, j'ai un souvenir où elle était malade dans sa chambre d'hôpital, où elle chante une chanson sur les hommes le sujet. qui s'appelle Voilà les hommes, je ne sais pas quoi, qui est hyper marrante, avec plein d'espiègleries, des rimes trop drôles.
- Speaker #1
Toi, t'aurais aimé que les gens la voient comme ça, parce que c'est vrai que dans les derniers albums, ils sont très nostalgiques quand même. C'est très beau.
- Speaker #0
C'est vrai que ça devenait un peu une espèce de à force de faire ça toujours. Et puis je pense aussi qu'elle aurait pu faire des albums... Oui, de reprises, ce qu'on appelle des reprises. Alors, je ne sais pas, moi, des chansons qu'elle aime, de Michel Berger ou Véronique Sanson ou Alain Souchon ou je ne sais qui, ou Trenet.
- Speaker #1
Je pense que personne n'en aurait voulu en plus, de faire un album. Ça aurait plutôt été un honneur d'être reprise. Mais c'est ça,
- Speaker #0
parce qu'elle avait une très belle voix, mais elle n'était pas sûre d'elle. Elle trouvait qu'elle ne chantait pas bien. Elle trouvait qu'elle n'avait pas le sens. Ah, mais donc, c'est héréditaire. Elle disait qu'elle n'avait pas le sens du rythme, tu vois. Et en fait, ce n'était pas vrai. Non, non, elle chantait. Tellement bien, c'était fou la personnalité vocale qu'elle avait, le timbre et même le souffle. C'était vraiment une super chanteuse.
- Speaker #1
C'est beau. On vient de le regarder ton papa cette fois-ci. Il te dit un peu ce qu'il pense de ce que tu fais ? Peut-être un peu moins cash ?
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
Est-ce qu'il te donne un avis ? Est-ce qu'il écoute ce que tu fais déjà ? Est-ce qu'il suit ?
- Speaker #0
La famille Dutronc est un peu particulière. On parle rarement des choses qui comptent. c'est un peu... C'est comme ça, c'est du tronc, malheureusement c'est un peu ça. On va parler de la météo, de ce qui se passe, ou de je sais pas quoi, des phénomènes, mais on parle très peu. Donc heureusement comme il y a ma mère, moi des fois je mets les sujets sur la table, mais mon père vient pas facilement, mais de temps en temps, ça lui vient. Alors maintenant il boit plus, donc c'est plus difficile, parce que quand il buvait, il avait des choses qu'il avait plus de facilité à dire. Il y a un côté très pudique, mon grand-père paternel n'a pas appris à mon père à exprimer ses sentiments, c'était d'autres époques.
- Speaker #1
L'homme n'était pas censé...
- Speaker #0
Exactement. Donc, il est un petit peu hérité de ce côté-là, mon père. Mais voilà, on peut quand même se parler. De temps en temps, on s'est parlé. On arrive à se parler, mais ce n'est pas quelque chose qui se fait forcément tout de suite, tout le temps. Mais on arrive quand même à parler de choses qui comptent, évidemment.
- Speaker #1
Mais ça reste des moments un petit peu suspendus. Tu as gardé ça, toi ? Tu as pris ça ?
- Speaker #0
J'espère pas. Mais forcément un peu, je pense. Forcément, je ne sais pas poser d'emblée les questions pour m'intéresser et savoir faire parler ce que je pense. pour demander aux gens ce qui, eux, va leur faire du bien et plaisir. Je n'ai pas cette grande facilité-là. Alors, des fois, j'y pense et je le fais, mais je n'y pense pas tout le temps.
- Speaker #1
Mais oui, en fait, tu n'es pas sur ce type de... Tu es sur ce qu'on appelle maintenant du small talk, de l'actu, des machins. Tiens, tu as vu ça. Moi,
- Speaker #0
c'est pire. Moi, ce que j'aime faire uniquement, c'est écouter de la bonne musique avec mes copains en buvant du bon vin. Ok, tu ne parles pas. Et là, on parle de tout. Alors là, on peut parler de tout. Là, ça peut être... Bon, des fois, j'aimerais bien faire une psychanalyse, ça m'intéresse. Mais je sais que jusque-là, j'ai vécu ma vie en me faisant des lâchages psychanalytiques. Maintenant, j'ai passé l'âge de faire ça. Mais quand j'avais 20 ans, 30 ans, je pouvais très bien, d'un seul coup, raconter des choses très personnelles de vie qui m'étaient arrivées récemment ou profondément dans l'enfance, grâce aux vertus du vin, de l'alcool.
- Speaker #1
Et là, ça te libérait du truc.
- Speaker #0
Et là, ça me libérait. Maintenant, on a passé l'âge. Je ne vais pas commencer à raconter des traumas. En tout cas, l'alcool... Quand c'est pas dans une dépendance, quand c'est pas dans un côté maladif. C'est ça le souci aussi, c'est que très souvent, une personne, un être humain peut tomber là-dedans. Et à ce rapport où tu peux être un peu borderline, à tomber dans un excès, à tomber dans un mécanisme de dépendance qui fait que c'est mauvais pour la santé, tout ça. Mais tout de même, tout est une histoire d'équilibre. Tout est une histoire d'équilibre.
- Speaker #1
Ça veut dire que t'as eu des périodes où t'étais vraiment très limite pour toi ? Enfin, tu t'es fait peur parfois ?
- Speaker #0
Non, des fois j'étais un peu malade, ça m'est arrivé en faisant des mélanges.
- Speaker #1
Justement, t'as fait toujours attention à pas tomber dans une extrême dépendance. C'est plutôt la clope,
- Speaker #0
la dépendance.
- Speaker #1
Tu m'es encore là ?
- Speaker #0
Non, j'ai arrêté il y a un moment, mais de temps en temps, ça peut m'arriver. Il faut pas, tu vois. Mais bon, ce qui est dur, c'est quand on est en pleine tournée, qu'on est dans le tourbus.
- Speaker #1
Et que tout le monde...
- Speaker #0
Le tourbus, pour raconter aux gens, j'imagine que tu vois ce que c'est un peu, mais c'est un bus deux étages. On sort de concert, on boit des coups avec les invités, les gens. Et à une heure du matin ou minuit et demi, le bus part. Et là enfin c'est comme si on arrive chez soi Donc on va pas se coucher tout de suite Quand tu arrives chez toi du travail tu vas pas te coucher Tu manges tu regardes un peu Bon là on est entre copains dans le bus on a l'adrénaline là de fond Mais il est déjà très tard à 1h du matin Tu me dis de me coucher à 1h en ce moment que je suis pas en tournée Pour moi c'est ultra tard 1h du mat Mais en tournée c'est très tôt Et donc à 1h du mat qu'est-ce qu'on fait ? On boit, on discute, on tchatche, on écoute de la musique toute la nuit Et ça quand c'est tous les jours Même 3 fois par semaine Quand c'est 4, c'est mort Et là tu finis par être un peu addict et même après ! t'as le blues parce que c'est une vie, tu vois on est tellement bien ça manque un peu après.
- Speaker #1
C'est vivant quoi. Est-ce qu'il y a une chanson, une de tes parents dans laquelle que tu aimes plus particulièrement ou qui te parle plus particulièrement un truc dans lequel tu te retrouves ?
- Speaker #0
Alors c'est dur de en choisir une comme ça parce qu'il y en a tellement alors je connais toutes les chansons de mon père parce qu'il en a fait beaucoup moins, je connais pas du tout toutes celles de ma mère parce qu'il y en a fait énormément en fait et déjà quand j'étais petit elle cachait toutes ses premières chansons parce qu'elle aimait pas toutes ses années alors qu'il y a des super trucs il y a vraiment des trucs fabuleux, très beaux Merci. Mais tu vois, par exemple, je pense à ce spectacle, tous les garçons et les filles, qui est sa chanson, sa première chanson très connue, les gens pensent à celle-là tout de suite et tout ça. Elle n'aimait pas l'arrangement de l'époque, que moi je trouve super. C'était son goût. Moi, j'aime bien l'arrangement. Elle le trouve un peu désuet, un peu naïf. Et depuis, j'ai vu en archive une version où elle joue cette chanson guitare-voix, et c'est trop beau. Et c'est vrai, c'est encore plus beau. Et là, par exemple, dans cet hommage que je lui rendrai, j'ai envie de mettre ça, guitare-voix. pendant une minute et demie ou deux minutes, je sais pas, et ensuite, paf, nous on reprend avec tout l'orchestre, on fait chanter les gens, ou on la laisse chanter elle, je sais pas, on verra, ou on chante tous ensemble, je sais pas, mais voilà. Mais après, il y en a plein, moi je passais, mais quand j'étais jeune et qu'on faisait la fête avec mes potes, et qu'ils écoutaient, je sais pas quelle musique, j'en sais rien, moi souvent, en fin de soirée, je leur faisais écouter un truc de ma mère, parce que j'adore, ou mon père, mon père aussi, mais des fois les potes ils connaissaient plus mon père quand même, mais ma mère, ils connaissaient pas du tout. Et souvent c'était des chansons, si il y en a deux comme ça, parce qu'elles sont beaucoup moins connues et ça correspond moins peut-être à un truc, elles sont plus élaborées musicalement, c'est La Question et Que Tu M'Enterres. C'est deux chansons comme ça que j'ai beaucoup fait écouter.
- Speaker #1
Et de ton père ?
- Speaker #0
Alors mon père je faisais, tout le monde connaît, c'est tellement génial, tu vois les Cactus, les Playboys, on connaît tous.
- Speaker #1
Justement je suis une petite jeune, Raj je ne naissons pas, ça m'ira très bien, je suis une petite jeune de 18 ans et je suis dans le taxi, je ne suis pas du vieux taxi mais je te dis que je ne connais pas ton père, tu me parles de quoi ?
- Speaker #0
Je mettrais les Playboys. Et moi, et moi, pour commencer. Paris s'éveille pour le côté poétique chansons françaises super belles mais il y a quand même de l'humour là-dedans plein les Playboy parce que c'est ultra marrant j'aime les filles parce que ça déconne aussi tous les tubes je t'en demande une tu m'en donnes trois t'es obligé tu peux pas résumer comme Django il en faut 18 mais par contre mon père si je vais faire écouter des trucs ça va être des trucs genre des chansons très mauvaises qu'il a faites qui sont pas très connues genre Xit Xit il y en a un qui s'appelle Xit Xit KSSST KSSST c'est très mauvais enfin C'est pas incroyable, on va dire. Et c'est drôle parce que c'est toute une époque où de le voir... Une chanson qui s'appelle « Mes idées sales » aussi. Qui fait « J'ai pas de parole » . Je sais plus ce qu'il raconte. Gainsbourg s'est fait la malle. Faut se le faire quand il a bu. Je sais pas ce qu'il raconte, mais là, tu sens vraiment l'époque où ils étaient à 10 litres de Chablis par jour. Et ça, du coup, c'est marrant à faire écouter. Mais sinon, tout. Il y a tellement de chansons belles. Et de ma mère, il y a plein de pépites.
- Speaker #1
Ils sont méconnus.
- Speaker #0
Il y en a plein. Il y en a plein de pépites.
- Speaker #1
Je vais me replonger dedans. Justement, et j'arrive vers mes questions de la fin, qu'est-ce que tu aimerais pouvoir dire à ton père que tu n'arrives pas à lui dire ?
- Speaker #0
Souvent, je me dis qu'il faut absolument qu'on déjeune en tête à tête ou qu'on se voit en tête à tête à un moment, ou que j'aille passer trois jours pour qu'on ait des petits moments intimes comme ça.
- Speaker #1
Tu l'as trouvé, ton père ? La façon d'avoir trouvé ou tu le cherches encore ?
- Speaker #0
Tu sais, par exemple, la tournée ensemble, on a quand même partagé plein de trucs. Mais c'est vrai qu'il y a des questions. Parfois, je me pose des questions sur sa vie. Je n'ai pas les réponses. Et après, la question, je l'oublie. Et s'il part avant moi, ce que j'espère quand même, peut-être je ne le saurais jamais.
- Speaker #1
Allez, tu te les notes.
- Speaker #0
Je crois qu'il sait que je l'aime par-dessus tout. Je crois qu'il le sait. Et vice-versa, je pense.
- Speaker #1
C'est toujours bien de le dire.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Et si tu pouvais, et je pense que tu peux, qu'est-ce que tu voudrais dire à ta mère ?
- Speaker #0
Ne t'inquiète pas, parce qu'elle s'inquiétait beaucoup.
- Speaker #1
Pour toi ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Elle s'est toujours inquiétée de tout, quoi.
- Speaker #1
Dans sa nature, c'est une maman anxieuse.
- Speaker #0
Ouais. Mes deux parents étaient très inquiets, en fait.
- Speaker #1
Mais t'étais un petit garçon sensible. Sûrement, ouais. Tu penses que t'étais... Sûrement,
- Speaker #0
ouais. Un peu trop, peut-être même.
- Speaker #1
T'es pour ça qu'il s'inquiétait.
- Speaker #0
J'adorais Allô Maman Bobo quand j'étais petit. Mais ouais, j'étais peut-être un peu trop sensible. Et donc, ouais, c'est comme ça. J'ai passé, contrairement à ce qu'on peut imaginer, peut-être une enfance très heureuse. Parce que j'étais très bon à l'école, j'avais vraiment des facilités, je faisais mes devoirs assez vite et tout de suite. Comme ça, après, je pouvais jouer à mes jeux vidéo et mes trucs. Et moi, je savais lire et compter à 4 ans, j'étais un peu doué. J'avais une grand-mère qui me faisait bosser, mais j'ai appris à lire comme ça. Parce que ma mère me lisait Picsou Magazine et je sais pas quoi. Quand je mangeais, elle me donnait à manger, elle lisait les bulles. Et je suivais, j'ai su lire tout seul à 4 ans, tu vois. Et donc, à l'école, ça a roulé tout de suite. Et l'école me passionnait. Et en plus, comme j'étais fils d'eux, je me sentais obligé. J'avais un devoir de représentation face aux professeurs. Je me sentais obligé d'être respectueux, de bien présenter, d'écouter les profs. Même si, évidemment, je chahutais de temps en temps. Je parlais avec mes copains. Mais quand même, il fallait que... Ah,
- Speaker #1
t'avais quand même cette conscience ?
- Speaker #0
J'avais cette conscience. T'avais un nom quand même ? Très vite. Je l'ai eu tout de suite. Enfin, à 6-7 ans, je l'ai eu. J'ai attrapé ça en étant fils d'eux. J'étais obligé. J'étais un peu en mode représentation. Et à la fois, j'étais bon élève. En même temps, je ne voulais pas non plus être trop anion dans le petit Nicolas, le bon élève trop geek et trop machin, qui est nul en tout, qui n'est pas rock'n'roll. Je n'étais pas très doué avec les filles parce que je ne savais pas du tout comment faire. Je n'avais aucun conseil de personne. Mais au moins, je faisais le con et je faisais rire tout le monde en classe. Les profs aussi des fois, mais mes potes. Et j'étais copain qu'avec des cancres. Moi, j'étais pote avec tous les cancres. D'ailleurs, tous mes potes se faisaient virer parce que c'est dans une école quand même plutôt bien. Le collège Sévigné qui était déjà et qui est devenu maintenant. maintenant, qui est même passé au-dessus de l'Alsacienne. Bref, une super école, privée, sous contrat. Les profs sont de l'éducation nationale, laïque. Pas très cher, mais super école. Et aujourd'hui, c'est top. Et donc, j'avais des profs vraiment intéressants, la plupart, qui m'ont beaucoup marqué. J'ai eu de la chance. Et en terminale, j'étais passionné par ce que je faisais. Donc, si tu veux, tu travailles bien à l'école. J'avais le contrat de confiance. J'appelais ça comme Darty. C'est moi qui parlais au maire de mes potes. C'est moi qui parlais au maire de mes copains. Enfin, j'exagère un peu, mais à moitié. Tous les copains un peu fous, ils venaient à 14 ans chez moi parce que j'avais un rétroprojecteur. À l'époque, personne n'avait ça. On regardait des films, on avait du Yop, des Chocolatis, tout ce qu'on voulait. On était du coup gâtés, mais parce que j'étais premier de la classe, donc je pouvais faire le con. Mais c'est vrai que mes copains, ils n'étaient pas dans la même école que moi.
- Speaker #1
C'était parti en tout cas. Oui,
- Speaker #0
c'était plus. Moralité, il faut travailler.
- Speaker #1
Les enfants, si vous voulez pouvoir faire n'importe quoi à côté, il faut bosser à l'école.
- Speaker #0
La fameuse interview de... parce qu'on a beaucoup parlé de mes parents, je continue. Les fameuses interviews filmées où on me voit naître, ou dans la clinique, il y a mon père qui fume le cigare carrément. Enfin bon, il l'éteint un peu, mais enfin il fume le cigare. Et le journaliste lui dit, alors votre vie va changer maintenant que vous êtes père. Et tout, il dit, bah non, c'est plutôt l'inverse. Je vois pas pourquoi nous, on aura changé notre vie. C'est lui qui va s'adapter à rien d'autre. Et je trouve ça très mignon. Il fait plein de simagrées, ma mère. béate d'admiration et d'amour devant lui, elle rit un peu bêtement à tout ce qu'il dit. Il faut dire qu'il est très beau, et ma mère aussi, donc ils sont très mignons, et je suis très heureux de voir ces images à chaque fois. Et donc, c'est à moi de m'adapter. Donc, je crois que j'ai fait des efforts, et j'en ai fait à l'école, et j'en ai fait avec mes parents, j'en ai fait dans ma famille, j'en ai fait, et même si j'ai eu une belle vie, plein de facilités aussi, j'ai toujours eu cette conscience de devoir faire des efforts. J'hallucine un peu quand je vois les gens qui, aujourd'hui, ça fait évidemment vieux con, mais sauf que j'étais vieux con à 15 ans et à 20 ans déjà. je trouve qu'il faut travailler sans travailler à fond on arrive à rien et par contre je voyais un des grands inventeurs de la bombe atomique son nom m'échappe d'un seul coup et ce type là disait finalement on peut pas on peut pas se tromper de chemin parce que n'importe quel chemin si on bosse à fond qu'on le pousse à fond ça peut être passionnant et moi c'est ça que j'ai appris parce que j'ai eu des parents qui ont eu un succès énorme d'accord et donc je me suis tout le monde n'a pas la chance peut-être d'être aussi doué, d'être aussi talentueux, d'être aussi beau, et aussi la chance de tomber au bon moment, que les oracles tombent pile au bon moment, parce que mon grand-père, c'était un mec aussi génial, talentueux, un amour d'homme, il n'a pas eu le succès comme ça, mais ça ne veut pas dire que ce n'était pas quelqu'un d'extraordinaire et de fantastique aussi. Donc tout ça, ça m'a permis de dire ce qui compte, et ça ma mère me l'a enseigné aussi, ce qui compte ce n'est pas d'arriver quelque part, c'est l'effort que tu fais, ce qui compte c'est de... Savoir que tu fais ton maximum. Un vieux copain de mon père, Jean-Louis Ziz, un acteur corse, disait tout le temps « Attache ta charrue à une étoile » . Je trouve ça génial aussi. Travailler, faire cet effort. Moi, je continue à travailler la guitare et je fais des progrès. J'en suis vraiment content. D'ailleurs, je rejoue beaucoup de guitare parce que j'en ai marre de ne pas jouer. Je veux jouer parce que c'est mon truc. Donc, je reviens aux fondamentaux.
- Speaker #1
On n'a pas parlé de la Corse, mais tu veux dire un petit truc sur la Corse ? J'avais une question sur la Corse, mais je n'avais pas eu le temps de la faire.
- Speaker #0
Écoute, on peut... L'importance de la Corse. C'est difficile d'en parler rapidement. C'est ma mère qui a découvert la Corse grâce à la famille Perrier en 1964. Elle a construit une maison qui a été finie en 1966. Elle avait 22 ans quand la maison était finie. Et puis mon père a d'ailleurs, je crois, concrétisé son amour pour elle et vice versa en Corse. Ça s'est passé là-bas la première fois. Il était venu en vacances chez elle. Et c'est là que tout s'est passé. Et mon père a aimé la Corse et de plus en plus, un peu, beaucoup, passionnément à la folie. Et donc, il vit là-bas depuis 30 ans maintenant. Et lui-même a rencontré à l'époque, dans les années 70-80, pas mal de gens dans les bars, dans les restos, un peu partout. Des autonomistes corses, des gens du FLNC, des gens... Il a beaucoup discuté avec les Corses, quoi. Il a beaucoup été à la rencontre. C'était pas le mec à sa villa. Ses meilleurs amis, ça a été François-Paoli le Boucher, qui est mort il y a peu. François Vendigny le pompier, qui est mort il y a un peu plus longtemps. Enfin. Il y avait Lucien, le chauffeur de taxi, qui était un phénomène aussi. Il avait des amis très proches là-bas, qui étaient vraiment ses meilleurs amis, qui étaient des gens du coin. C'était quelqu'un qui aimait ce peuple corse. Et moi, c'est toute une autre histoire aussi, mais j'ai ma compagne qui est d'origine corse, qui a des cousins là-bas, qui a une maison de famille là-bas. Donc j'ai connu la Corse des cousins, et là, des vrais corses aussi, dans les villages, les familles, les machins, les coutumes un peu plus, on va dire. J'ai connu plein de choses, et donc je suis très attaché à la Corse, à la mentalité. Maintenant, j'ai des... J'ai des grands amis, je crois, qui sont d'origine corse et c'est un pays qui me touche. Et c'est vrai que quand je vois le caractère des Corses et le caractère des Manouches aussi, qui sont deux peuples, on va dire, que je côtoie et que j'apprécie dans leur qualité et leurs défauts, je me sens proche d'eux. Ils ont beaucoup de caractère. C'est des Italiens, en fait, les Corses. C'est des Corses, c'est des Corses. Mais je veux dire, attention, attention, je reprends ce que je dis, je reprends ce que j'ai dit. Je veux dire, ils sont plus proches des Italiens que des Français, quoi. Voilà. Comme caractère, comme culture, comme coutume, comme mentalité, comme physique, comme tout, en fait. Comme architecture, comme langue, comme tout. Mais j'adore. Et puis, ils ont des paysages qui sont... Oui,
- Speaker #1
ça, je pense que tu ne veux pas les renverrer. Qui sont fabuleux.
- Speaker #0
Après, il y a de plus en plus de monde. Ils vivent des mutations comme partout. Ça devient... Ça change. Les choses changent partout là-bas. Il y a des programmes et il y a des choses qui... Et c'est vrai que j'avais cette naïveté, puisqu'on va boucler la boucle, j'ai été longtemps un fils de bon élève, tout allait bien avec mes parents célèbres et beau, et je pensais que le monde allait vers le progrès, que la seconde guerre mondiale c'était il y a longtemps, qu'il y avait eu Imagine de John Lennon et qu'on ferait que des progrès maintenant dans la science et ailleurs. Et malheureusement, j'ai compris depuis avec l'âge que les choses ne font pas que progresser, les choses changent et deviennent de plus en plus compliquées. Il y a des choses qui s'améliorent, mais il y a des choses qu'on perd vraiment, il y a des choses qui se détériorent gravement. Et ça, de tout temps, c'est-à-dire dans toutes les époques. Donc malheureusement, la réalité est là. Si vous êtes jeune et que vous écoutez, si vous êtes plein d'espoir, mais je ne crois pas les jeunes aujourd'hui, malheureusement, ils ont zéro espoir. Ok,
- Speaker #1
et bien c'est ça, on ne va pas venir là-dessus. Ça c'est fait, ça c'est dit. On ne va pas venir sur ce mot-là.
- Speaker #0
Courage, courage. Moi, le plus dur est fait, je suis de l'autre côté de la pente. Je suis sur la pente descendante.
- Speaker #1
Non, mais le message, il peut être... J'aime beaucoup le message sur le travail qui dit que à force de travail, quelle que soit ta voie, tu peux arriver à un truc chouette et à avoir de la chance. Oui. Qu'est-ce que t'aimerais qu'on retienne de toi dans 30 ans ? Toi, Thomas, pas le fils de... T'as laissé quoi à ce monde ?
- Speaker #0
On verra. J'ai encore tellement envie de faire deux choses. Après, je me rappelle, je voulais partir en retraite assez vite, mais le tourbillon du succès à 35 ans, mon premier 10, c'est assez crevant. Donc finalement, je suis mieux maintenant dans un truc un peu plus paisible, de faire vraiment ce qui me plaît, tout ça. Donc on verra. On verra.
- Speaker #1
Et j'ai ma dernière question qui est toujours la même. Si tu avais un espèce de bouton magique, tu appuies dessus et tu gardes ta guitare, Django, la Corse, mais tu as des panneaux anonymes. Est-ce que tu appuies dessus ?
- Speaker #0
Oh bah non, non.
- Speaker #1
Tu gardes cette vie, cet enfant, tu gardes tout.
- Speaker #0
Ah oui, oui, bah oui. C'est la mienne quoi, c'est mon destin. C'est mon histoire,
- Speaker #1
c'est mon destin.
- Speaker #0
Alors prends-toi en main, là c'était les inconnus.
- Speaker #1
Ouais, je me rappelle, j'ai cette culture, je ne suis pas si jeune que ça malheureusement.
- Speaker #0
Non mais écoute, oui, je... C'est comme ça, par contre, j'aurais adoré vivre à d'autres époques. J'en parlais tout à l'heure pour les années 30, voir la musique, voir Django en vrai. Mais j'aurais rêvé aussi d'être en Corse il y a 150 ans, voir quand toutes les montagnes étaient cultivées, quand tous les murs qu'on voit dans les montagnes, c'était des terrassements, tout était cultivé. C'est incroyable. Je rêve de... J'aurais rêvé de voir ça avant les grands incendies, voir les plaines en balagne remplies d'arbres et tout ça.
- Speaker #1
Même si la balagne reste belle.
- Speaker #0
Ça reste évidemment très beau.
- Speaker #1
Quand même, il faut le dire.
- Speaker #0
Ah bah oui. Il ne faut pas trop le dire, il y a tellement de monde déjà.
- Speaker #1
Continuez à aller à Portevec. C'est très bien. Voilà,
- Speaker #0
c'est ça. Exactement.
- Speaker #1
C'est magnifique. Très beau. Merci. Merci beaucoup, Thomas, pour tes mots. Merci pour tes souvenirs. Merci surtout pour ta confiance. La confiance que tu nous as accordée dans cet échange. Merci à vous d'avoir pris le temps de nous écouter. Si cet échange vous a touché, partagez-le. Et surtout, abonnez-vous. Et vous pouvez retrouver tous les épisodes sur toutes les plateformes de podcast. Et même sur YouTube, désormais. Merci à vous d'être là et à très bientôt pour une nouvelle rencontre.