- Speaker #0
Elle est née en 1999, au moment où son père est en sommet. Une figure incontournable du rap français, entourée d'artistes, de studios, de projets qui marquent toute une génération. Elle grandit là-dedans, au milieu de la création, des nuits d'enregistrement, des allers-retours incessants entre une vie ordinaire et un monde artistique. Et aujourd'hui encore, Johanna vit entre ces deux réalités. D'un côté, le droit, la finance, une trajectoire solide, structurée, presque à l'opposé de cet univers dans lequel elle a grandi. De l'autre, une sensibilité artistique, une culture, Un héritage qui ne disparaisse jamais vraiment. Elle n'a pas fui un monde pour un autre. Elle apprend à circuler entre les deux. Bienvenue Johanna dans le podcast A Contre Jour.
- Speaker #1
Merci beaucoup Vanessa.
- Speaker #0
Je suis très heureuse de te recevoir et je voudrais que tu me parles un petit peu de toi. Quand tu rencontres quelqu'un pour la première fois, comment tu te présentes ? Je me présente par mon prénom.
- Speaker #1
Je commence par là en général, c'est plutôt pas mal. Je m'appelle Johanna, enchantée. Et puis en ce moment, ma casquette c'est... je fais de l'événementiel. Je viens de lancer une boîte d'organisation d'événements. Donc on est dans le mariage, les anniversaires, les baptêmes, en tout cas tout ce qui est fait. En dehors de ça, je suis évidemment juriste, comme tu l'as précisé, en droit et finances. Je fais du contrôle financier et légal, à proprement parler. Et voilà, ça se passe très très bien, je travaille pour une belle boîte qui a beaucoup beaucoup de clients, donc c'est très actif.
- Speaker #0
Beaucoup beaucoup de temps, je me souviens quand on a préparé cet entretien, tu étais bloquée au bureau. Oui. Donc ouais, beaucoup de temps. Et deux univers, là déjà, en commençant, en rentrant dans le bûcher. deux univers complètement différents.
- Speaker #1
Complètement différents. Donc c'est une belle intro, puis ça résume bien la situation. Moi je trouve,
- Speaker #0
et puis c'était très prévenant, je trouve, quand on a préparé ensemble le fait que tu navigues entre ces deux horizons-là. Si tu devais me dire ton talent à toi, tu penses que c'est quoi ?
- Speaker #1
Les gens. J'aime les gens. Donc du coup, c'est assez facile pour moi. Je pense que j'aime bien papoter, discuter, mettre les gens à l'aise en face de moi, que ce soit pour faire la fête ou pour qu'ils me rendent leur rapport financier. Donc je pense que c'est pas mal.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton enfance ? Comment tu as grandi ?
- Speaker #1
De où tu as grandi ? J'ai grandi en région parisienne à Paris. Donc entre une maison de campagne qui était celle de mon papa, dont on va parler je pense encore aujourd'hui, et notre appartement parisien plutôt du côté de ma maman.
- Speaker #0
Donc tes parents se sont séparés quand tu étais petite ? Oui,
- Speaker #1
très petite.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous parler, on va rentrer un peu dans le vif du sujet, est-ce que tu peux nous parler un petit peu de quand tu t'es rendu compte qu'il y avait un truc un peu particulier dans ta vie ? C'est-à-dire que tu n'étais pas forcément exactement la même petite fille que les autres.
- Speaker #1
Je pense que c'est le premier mot dans mon carnet de correspondance qui n'était pas un mot pour moi, mais pour mon père.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
C'est-à-dire que la première fois qu'une prof a écrit dans mon carnet de correspondance, c'était pour demander un autographe à mon père.
- Speaker #0
C'est pas banal. Et du coup, tes parents, ils ont réagi comment ?
- Speaker #1
Je crois qu'ils l'ont pris en rigolant.
- Speaker #0
Ok. Et ils ont donné l'autographe quand même ?
- Speaker #1
Et ils ont donné l'autographe. Et le pire, c'est qu'il en a fait plusieurs pour qu'il y en ait pour tout le monde. Parce qu'il y en a été plusieurs à lui demander. Et il a été généreux.
- Speaker #0
Ok, donc on verra après, c'est un peu un trait de son caractère ça justement.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais donc là tu t'es dit, tiens,
- Speaker #1
tiens, c'est original,
- Speaker #0
c'est pas banal. Est-ce que ça t'a suivi ? Est-ce que c'est quelque chose qui a été très marquant dans ta vie d'enfant ? Ce côté un petit peu, il y a des choses qui m'arrivent qui ne sont pas tout à fait pareilles que les autres enfants ou pas ?
- Speaker #1
On ne se rend pas forcément compte au début parce qu'on n'a pas de référentiel autre que celui qu'on a. Et donc c'était tout ce que je connaissais. Du coup au départ, tu ne t'en rends pas compte. Mais au bout d'un moment, tu grandis un petit peu. Je pense que de 3 à 5 ans, tu ne fais pas trop la différence, mais à partir de l'âge de raison, 6-7 ans, on commence à distinguer un petit peu en allant au supermarché, en se baladant dehors, les gens qui l'arrêtent, qui lui posent des questions, qui prennent des photos. Il y a eu des photos très très tôt dans ma vie. Ça,
- Speaker #0
c'était un petit peu compliqué ?
- Speaker #1
Oui, ça a été pas évident, mais on s'y fait. On sort dehors, on est arrêtés tous les 10 mètres.
- Speaker #0
Et toi, tu étais sur les photos ou pas ?
- Speaker #1
Oui, souvent, il essayait de ne pas me mettre sur les photos de ma boucle. beaucoup protégée.
- Speaker #0
Il essaie que tu ne sois pas, d'accord. Il se faisait directement avec les gens.
- Speaker #1
Oui, il tenait vraiment à nous protéger. Je dis nous parce que j'étais frère aussi, mais il tenait à me protéger parce que j'étais chez Unique longtemps.
- Speaker #0
Tu es restée combien de temps fille d'Unique ?
- Speaker #1
12 ans à peu près.
- Speaker #0
Donc tu as eu 12 ans, ton papa pour toi toute seule. Pour moi toute seule. Et donc tu as pu effectivement être au premier loge de toute cette montée en notoriété. Parce que quand tu es née, il était déjà bien connu. Oui. Après, ça a bien accentué aussi. plus tu grandissais, je pense que c'est plus... C'était fort.
- Speaker #1
Et puis ce qui était marrant, c'est qu'il est passé d'un monde plutôt niche à une ouverture commerciale qui était un peu plus large. C'était un choix artistique à l'époque et puis de carrière. Mais c'est vrai qu'il est passé d'être très connu dans le monde du rap à une exposition plus large avec des fins. Il a été juré de la Star Academy. Il a eu face à la mer qui est sortie, qui était beaucoup plus commerciale, grand public. Et donc en plus, la notoriété a grandi beaucoup avec ça également. L'AWA Avant, c'était beaucoup plus un public qui écoutait du rap, quoi, avec Ministère Amère, son premier album. Donc, c'était plutôt des gens qui le connaissaient de ce point-là. Beaucoup d'hommes aussi, donc beaucoup de jeunes. Et puis ensuite, il y a eu des familles, donc on le retrouvait dans des endroits en famille. C'est des interactions qui passent de « Ah, c'est pas si, j'adorais votre album » , à « Ah, mais vous êtes connus,
- Speaker #0
vous ! » « Je vous ai déjà vus à la télé ! »
- Speaker #1
« Je sais pas trop qui vous êtes, mais je vous ai déjà vus ! » C'était assez drôle.
- Speaker #0
Tes parents se sont séparés quand tu étais assez jeune. Je crois que ça s'est plutôt bien passé. Donc, vous avez plutôt bien navigué l'un avec l'autre. Et du coup, tu peux me raconter les week-ends que tu passais, puisque tu étais en région parisienne.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Dans une maison, avec un studio d'enregistrement. Et donc, c'est là où il travaillait, en fait ?
- Speaker #1
Exactement. En fait, il avait plusieurs studios d'enregistrement. Il en avait un dans Paris, avec ses bureaux, avec toute sa société qui travaillait sur place au quotidien. Et puis, il avait décidé de construire un studio à la maison. Ce qui fait que sur plusieurs étages, il y en avait un qui était... était aussi dédié à sa musique. Et il recevait parfois des personnes dans son studio.
- Speaker #0
Il enregistrait vraiment ?
- Speaker #1
Oui, il enregistrait, il faisait des featuring. Mais c'est quand même un grand bosseur et c'est vrai qu'il y a passé pas mal d'heures.
- Speaker #0
Quand il y était, tu le voyais ?
- Speaker #1
Il pouvait rester des nuits entières à écrire, à enregistrer. Il aime vraiment la perfection dans la musique, donc il y passe beaucoup de temps. Et du coup, je pense que c'était un gain de temps de l'avoir à la maison.
- Speaker #0
Mais du coup, tu partageais déjà tes week-ends, tu le partageais avec la musique ?
- Speaker #1
Ah oui, tout le temps. Dès le vendredi soir en fait. Souvent les primes ou les concerts ont lieu le vendredi soir, c'est le monde de la musique. Donc ils ne sont pas sur des soirées de semaine ou de bureau. Ce qui fait que parfois, après l'école, il y avait studio.
- Speaker #0
Et alors toi, ça faisait quoi dans ton regard de petite fille, d'être dans les coulisses d'un concert ou de la Starhack ? Comment tu le vivais ? Tu le vivais comme une chance ? Où tu disais, mais qu'est-ce que je fais là ? En mode le petit enfant qui est au restaurant et qui se dit, mais ennuyant.
- Speaker #1
Il y a eu deux phases. Il y a eu la phase où c'était ma norme. Donc vraiment, je pensais que c'était comme ça pour presque tout le monde. Peut-être jusqu'à six ans. Et puis ensuite, il y a eu cette phase où je me suis dit, ah tiens, c'est assez original. Je vais regarder un petit peu ce qu'il fait. Je vais m'intéresser un peu à ce qu'il fait. Donc j'allais avec lui derrière la console. Je lui disais, ah non, là, j'aime pas cette partie du morceau. Il faut changer.
- Speaker #0
Directrice artistique de Passy, en fait.
- Speaker #1
C'est ça. Et puis il m'écoutait. C'est ça qui est marrant. C'est qu'il prenait mon avis en considération. Il l'a beaucoup fait dans ses chansons. Et puis après, il y a eu une autre phase où je devais faire mes devoirs. Donc, je profitais du temps où mon papa travaillait pour travailler en même temps.
- Speaker #0
Moins fun quand même que la console et tout. Du coup, tu disais, il y avait beaucoup de va-et-vient dans cette maison, dans ce studio. Est-ce qu'il y a des visages qui t'ont marqué plus que d'autres ? Pas forcément. Enfin, il y a des gens certainement connus qui sont venus et qui peut-être t'ont marqué. Mais il y a peut-être des gens aussi moins connus qui sont importants dans la création d'indices, là Dans la création, quels sont les visages qui te marquaient ?
- Speaker #1
Il y a eu des personnes très sympathiques qui se sont intéressées plus ou moins à moi en tant qu'enfant, donc avec qui j'ai pu passer de beaux moments. Je sais qu'après être partie voir Bigard, on est rentré à la maison, puis j'ai pu prendre des cours de théâtre directement avec Bosson Diagne. C'était très sympa d'apprendre d'une comédienne à faire mes premiers pas sur scène, mais juste parce qu'ils sont partis par un verre. La post-pièce, c'était le Bourgeois Gentil, c'était une belle pièce à l'époque.
- Speaker #0
Mais est-ce que tu fais aussi du théâtre ?
- Speaker #1
Oui, maintenant je fais du théâtre. Donc voilà, mes tout premiers cours, c'était avec des personnes qui ont l'habitude de la scène.
- Speaker #0
Donc c'est vrai que ça te donne envie, des gens passionnés, brillants. T'en donnais aussi, peut-être, cette petite dose d'artistique qui est vraiment très forte en toi, parce qu'on n'en a pas beaucoup parlé là en intro, mais c'est vrai que tu fais aussi un peu de musique.
- Speaker #1
J'ai mon côté artistique, j'ai fait de la musique pendant pas mal d'années, j'étais au conservatoire. beaucoup de piano. Depuis petite, j'ai commencé à 4 ans et ça m'a suivie. Et puis maintenant, ça me plaît toujours et je suis toujours très contente de pouvoir avoir cet œil artistique. J'ai fait du solfège, j'ai passé des diplômes de solfège aussi.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Ah oui, donc il y a un côté musical qui est quand même assez poussé, assez instinctif chez moi aussi.
- Speaker #0
Et donc, la musique ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Le théâtre ?
- Speaker #1
Le théâtre.
- Speaker #0
Donc c'est quand même des passions très poussées dans ce domaine-là. Est-ce que tu comprends, quand tu me dis qu'il écrivait pendant des heures, qu'il bossait énormément, est-ce qu'aujourd'hui, avec le recul que tu peux avoir, puis cette sensibilité artistique, tu comprends ce qu'il recherchait ? Tu comprends ce qu'était son travail ? Est-ce que tu le comprends mieux ? Je le comprends beaucoup mieux, mais surtout après avoir fait des études de musique. Ce qui est assez fou,
- Speaker #1
c'est que c'est un talent qui est inné chez lui, parce que mon père n'a pas fait le conservatoire, pour le coup. Contrairement à moi, qui ai dû apprendre de façon vraiment théorique l'art. en lui-même, alors que mon père, pour lui, c'était instinctif. Et il est encore plus impressionnant maintenant que je sais ce que c'est. Il a la justesse du son, du mot, et je trouve ça très beau.
- Speaker #0
C'est joli. Est-ce que tu lui en as à un moment donné voulu de ne pas être peut-être aussi présent que tu voudrais qu'il le soit, de ne pas t'accompagner forcément à des choses où tu aurais aimé qu'il soit plus présent ? Est-ce qu'il y a un moment donné où tu lui en as voulu de certaines choses par rapport à son métier ?
- Speaker #1
Jamais vraiment. Moi, avec mes yeux d'enfant, pas trop. C'était très normal, en fait. Encore une fois, comme je n'ai pas d'autres référentiels, pour moi, c'était comme ça. Sa carrière faisait partie de notre vie. Avec le recul, maintenant que je suis adulte également, je me dis, bon, c'est vrai qu'elle prenait beaucoup de place. Mais j'ai compris que c'était sa passion et je ne le verrais pas faire autre chose. C'est ce qui le rend heureux tous les jours jusqu'à maintenant.
- Speaker #0
En fait, finalement, est-ce que tu n'en as pas voulu parce que finalement, il trouvait, il arrivait. A trouver sa place avec toi et votre relation finalement, est-ce qu'elle était équilibrée malgré cette passion qui lui prenait beaucoup de temps ?
- Speaker #1
Oui, je ne l'ai pas sentie. Après, j'avais une maman qui était extraordinaire, un petit chouetteur de ma maman.
- Speaker #0
On va en parler un peu après de ta maman.
- Speaker #1
Oui, elle était super et donc du coup, je n'ai jamais eu de manque parce que je pense qu'elle faisait super bien le job aussi.
- Speaker #0
Ça compenserait aussi peut-être les moins de temps de présence. On va passer maintenant à la question des préjugés, parce que j'imagine qu'il y en a pas mal, quand même. Quelle est la question la plus malsaine, la plus bizarre, qu'on te pose régulièrement, et à chaque fois tu tombes un peu des nuits ?
- Speaker #1
On me pose des questions sur les relations amoureuses de mon père, je trouve ça fou. C'est bizarre ça. Bah ouais, j'ai pas envie de t'avoir.
- Speaker #0
Alors ton père, il est avec qui ? Tu vois, il paraît que ton père est avec ma chérie.
- Speaker #1
Là, ça fait une petite décennie, voire un peu plus qu'il est avec quelqu'un, sa compagne que je connais très bien et que j'adore absolument. Mais c'est vrai que j'ai eu des questions un peu indiscrètes. C'est vrai que dans son passé, il était avec un tel. Ça ne me regarde pas.
- Speaker #0
Et tu réponds quoi du coup ?
- Speaker #1
Je réponds ça. En général, je dis je ne sais pas. Ah oui, tu as vu ça ? Moi, je ne savais pas. J'aime bien.
- Speaker #0
Bah, t'en touches. Voilà. Et le truc le plus à côté de la plaque ? Le préjugé où on t'a dit « Ah mais ton père il serait pas un peu... » Il y avait beaucoup de préjugés aussi sur les rappeurs. Est-ce qu'il y en a un où tu t'es dit « Mais rien à voir, c'est pas du tout mon père ça. »
- Speaker #1
Pas tant sur les rappeurs, mais plus sur moi. On m'a vue comme quelqu'un de très hautain. On a pensé que j'avais eu des facilités dans ma carrière ou dans ma vie grâce à lui. Il n'y avait pas de rapport ou de sujet.
- Speaker #0
Par rapport à l'enfant de, on pense que comme tu es enfant de quelqu'un de connu, T'as eu beaucoup plus de facilité que d'autres, quand t'as ouvert des portes que tu n'aurais pas pu ouvrir. Et est-ce qu'en soi, j'ai posé la petite question en équilage, mais est-ce que c'est vrai ?
- Speaker #1
C'est tout le cliché des Népos Baby. Pour le coup, non, j'ai choisi une carrière qui est tellement indépendante et tellement différente de ce que lui fait ou du monde qu'il fréquente. Il n'y a pas eu de facilité pour moi de ce côté-là. Mais j'aurais bien voulu. Mais non, j'ai passé mes concours comme tout le monde. J'ai appris.
- Speaker #0
T'as bossé ?
- Speaker #1
J'ai bossé, très dur. Ça, c'est peut-être quelque chose que j'ai eu de lui, oui.
- Speaker #0
Et alors, peut-être à contrario, est-ce que tu t'es empêchée d'aller dans une carrière plus artistique parce que tu ne voulais pas justement être la fille d'eux ?
- Speaker #1
Il y a peut-être eu un peu de ça. Déjà, la stabilité, moi, je l'ai vue beaucoup, beaucoup, beaucoup travailler. Je sais aussi, c'est un monde qui fluctue énormément entre les moments où on est très exposé et les moments où on est plus en retrait. que c'est un monde qui ne s'arrête pas, qui ne dort pas. Donc c'est peut-être un petit peu rééclairant dans mon choix de carrière.
- Speaker #0
Et tu te dis, bon, est-ce que je veux vraiment de ça dans ma vie au quotidien ? Est-ce que c'est le mode de vie dont j'ai envie ?
- Speaker #1
Et c'était non.
- Speaker #0
Et c'était non. Donc tu le gardes en fait, tu gardes cet âme-là, mais tu le fais en passion.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Et tu montes ton petit chemin d'entrepreneur du coup maintenant.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu m'as raconté aussi quand on a préparé ce podcast que parfois, Il y avait même des... policier qui a arrêté ton père pour lui demander des autographes. Ça fait quoi, ça ?
- Speaker #1
Ça nous est arrivé plusieurs fois, ça. Et puis même encore récemment, il me semble. Je crois que l'été dernier encore, ça nous est arrivé. En vacances. C'est quelque chose qui arrive souvent. C'est toujours, est-ce qu'on est mal garé ? Est-ce qu'on a grillé un feu rouge ? Et au final, ah, mais je vous connais ! Oh, bah si, comment ça va ?
- Speaker #0
Et ils font des photos.
- Speaker #1
Et ils prennent des photos. C'est drôle de voir des gens qui sont complètement dans leur rôle. sortir et redevenir le temps d'un instant un fan. Puis même des fois, c'est pas forcément pour eux, c'est « Ah mais il y a ma sœur qui est fan de vous, est-ce que je peux prendre une vidéo pour elle ? » Vous pouvez lui faire une petite dédicace. J'aime bien.
- Speaker #0
C'est hyper chouette.
- Speaker #1
Ouais, c'est mignon.
- Speaker #0
La réaction des gens en général, elle est positive.
- Speaker #1
Elle est positive.
- Speaker #0
Ça vous amène beaucoup d'amour, plus que d'incompréhension, ou de « Pourquoi vous avez dit ça ? Pourquoi vous avez fait ça ? » Parce que c'est un artiste qui est engagé.
- Speaker #1
Qui est très engagé, qui l'a surtout été quand il était jeune. Il a ses positions, il a ses opinions, ses points de vue. Je sais que ça ne plaît pas tout le temps.
- Speaker #0
Mais vous n'avez jamais été embêtée sur ce qu'il a ? Non, jamais. Il y a vraiment ces gens positifs qui viennent vous...
- Speaker #1
Puis c'est lui, quoi. En tout cas, moi, ça ne m'est jamais revenu.
- Speaker #0
Alors lui, comment il réagit par rapport à l'Sévenne ? Parce que toi, tu me disais, il a fait des mots à tous les parents. Il en a profité pour en faire à plein de parents d'élèves. Comment il réagit, lui ? Et qu'est-ce que ça te fait, toi, quand tu vois tout ça ?
- Speaker #1
En fait, il m'a toujours dit, c'est mon métier. Et il le prend de façon très professionnelle. Et c'est inspirant d'ailleurs par ailleurs parce que ça t'apprend le professionnalisme dans toute sa splendeur, même dans ta vie privée. Il me dit mais les gens ils me voient dans leur télé donc ils se disent que je suis à eux et je suis obligée de leur rendre. C'est mon public, c'est les gens qui me font vivre de ma passion, de mon art. Je suis obligée d'accorder un sourire, un instant, un moment, une photo, une dédicace parce qu'eux me le rendent en remplissant mes salles, en achetant mes albums, en écoutant ma musique, en partageant sur les réseaux ce que je fais. il le prend de façon extrêmement positive. Et puis il adore ces moments-là, ce sont des moments d'échange, comme il est artiste. Ce qu'il véhicule en général, c'est des souvenirs. C'est vrai que c'est rare d'avoir des gens qui viennent le voir pour lui dire « j'aime pas ton art » , ça n'arrive pas. Ça va être sur les réseaux à la rigueur, mais c'est derrière un écran. On ne sait jamais du réel. Les gens qui viennent le voir ou l'aborder, ce n'est que des échanges positifs. Donc lui, il le prend bien, encore heureux. Et nous aussi.
- Speaker #0
Et toi aussi ? Toi, ce n'est pas difficile ? Par exemple, tu es en famille, tu es avec ton père, tu n'as pas beaucoup de moments avec lui. Tu dois pouvoir le partager en fait. Quelque part, tu partages ton papa.
- Speaker #1
On a l'habitude, mais oui, on le partage. Dès qu'on est dehors, il n'est plus qu'à nous. Il est à tout le monde. Au restaurant, c'est marrant. Parce qu'on peut être assis, lui et moi, ou en famille, et avoir la table d'à côté qui va nous regarder pendant tout le repas, silencieux. Et vraiment pendant tout le repas, ils disent « c'est lui, c'est pas lui, c'est lui, c'est pas lui, non mais si c'est lui, je te dis » . Des fois on les entend et on dit « oui, oui, c'est lui,
- Speaker #0
allez-y, c'est bien lui » .
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'ils sont la gêne !
- Speaker #0
Ils regardent sur internet pour voir les photos en mode « non mais si, c'est vraiment, ils lui ressemblent beaucoup quand même » .
- Speaker #1
On a beaucoup ça, ouais. Il y a des gens qui le confondent, c'est drôle ça aussi. Ah ouais, qui peuvent le prendre pour quelqu'un d'autre en disant « mais si, vous êtes dans tel film » , mais pas du tout.
- Speaker #0
Tes frères et sœurs, parce que tu as des frères d'ailleurs.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ils sont... comme toi ? Est-ce que vous partagez beaucoup là-dessus ensemble sur ce que ça vous fait, l'impact que ça a dans votre vie ? Est-ce que vous en parlez ?
- Speaker #1
On n'a pas la même approche par rapport à ça, c'est assez marrant. Moi je suis plutôt discrète, je pense que si on ne le sait pas, on ne le sait pas. Il y a pas mal de gens dans ma vie quotidienne qui n'ont aucune idée de qui est mon papa et ça me va très bien. Alors que mon frère, je pense qu'il le dit dès son introduction. Il est trop bien. C'est surtout parce qu'il est jeune, il a 18 ans, il rentre en soirée, en boîte sur le nom de papa. C'est très drôle. Mais non, moi, je suis plus discrète par rapport à ça.
- Speaker #0
T'es même tellement discrète que souvent, et voilà, on l'a vu dans ton introduction, tu ne dis pas qui est ton père, tu ne donnes pas ton nom. Je ne pense pas que ce soit par honte, vu ce que tu nous dis depuis tout à l'heure. Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que ce n'est pas ma vie, c'est la sienne. Effectivement, c'est mon papa, mais pour moi, c'est mon papa avant d'être l'artiste. Je pense que j'ai plus ce rapport-là à la famille, à la paternité. que de le voir en tant qu'artiste en premier lieu. C'est une question de comment je le perçois. Et donc, du coup, pour moi, c'est mon papa.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'on présente rarement son papa quand on se présente.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
en temps normal. D'ailleurs, tu m'as raconté une petite anecdote.
- Speaker #1
Oui, je crois que c'est la plus drôle que j'ai. Oui,
- Speaker #0
c'est hyper drôle, vas-y.
- Speaker #1
C'est quand j'étais avec un ancien partenaire à moi, au bout de quelques années. On avait parlé de nos familles respectives, de nos parents. C'est vrai que je ne lui avais pas forcément fait part de souvenirs qui pouvaient lui mettre la puce à l'oreille. J'avais plus parlé de ma vie familiale.
- Speaker #0
classique, si j'entends. Donc, oui, je vais dîner chez mon père. Donc, rien qui sorte de l'ordinaire, finalement. Et une fois, j'étais à Sciences Po.
- Speaker #1
Et j'avais une représentation à laquelle j'ai convié mon père. Pour qu'il puisse me voir sur scène, voilà, et avoir un peu un inversement de situation. Et qu'il puisse, une fois, être dans le public, et moi sur scène. Et ça m'a rendue très fière de me représenter devant lui. Et donc, je vais venir, et puis je propose à ce fameux partenaire d'insister aussi à la représentation. Il se garde devant. Et puis, il me dit, je suis dehors, est-ce que tu peux me guider vers la salle ? Viens me chercher. Je vais le chercher à l'extérieur. Je rentre dans la salle avec Passy, du coup. Alors que moi, je suis avec mon père. Mais aux yeux des autres, je suis avec Passy. J'avance vers son siège, puisque j'avais réservé une petite place. Et le fameux partenaire, qui était quelques sièges plus loin avec des copains, vient me voir et me dit « Mais pourquoi tu fais rentrer Passy ? Est-ce qu'il assiste ? Est-ce qu'il est là dans le jury ? Je suis hyper fan. Comment tu le connais ? » Et le moment gênant, parce que ça fait deux ans qu'on est en couple et je lui ai jamais dit « Bah, c'est mon père. » Oui,
- Speaker #0
c'est quand même ça le truc important. Ça fait deux ans. Que vous êtes ensemble. Et qu'en fait, ça n'a tellement, à aucun moment, il y a eu le soupçon. Non, et puis je pense honnêtement que je n'ai pas pensé à lui dire.
- Speaker #1
Je pense vraiment, j'étais jeune, mais ça ne m'est même pas venu à l'esprit. Et donc, il était sur les fesses, j'ai envie de dire, je n'ai pas envie de dire de bêtises.
- Speaker #0
Mais du coup, tu lui dis, tu lui dis, c'est mon père. Et oui, sur le moment, je lui dis, c'est mon père. Mais avec un naturel déconcertant,
- Speaker #1
et d'ailleurs il a été déconcerté puisqu'il me dit mais non, mais non, mais si, et il m'a fait un peu la tête. Ah oui, t'avais la tête ? Ouais, parce qu'il n'a pas compris pourquoi je n'y avais jamais mentionné, et moi non plus.
- Speaker #0
Il a pensé que tu ne lui faisais pas confiance ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il y a eu ça, il a dû se dire que je lui avais caché alors que ce n'était pas du tout le cas. Je n'y avais juste pas pensé à lui préciser, au fait, mon père, c'est pas si, mais parce que ce n'était pas notre sujet de conversation. On ne s'était pas présenté les parents ou la famille, moi je ne savais pas non plus ce que faisaient ses parents. Et puis, ils avaient une photo ensemble. C'est ça qui est drôle. Il l'avait vue petite à l'Astarac. Il était parti le voir et il avait pris une photo. Donc, c'était très drôle de savoir que mon copain actuel avait déjà rencontré mon père. Moi, je me mets à sa place, je me dis que ça devait être terrible ce moment. Non, ils ne se sont pas parlé sur le moment. Ils n'étaient pas assis dans la même section de l'amphithéâtre. Donc, avec le recul, je me dis que j'aurais pu le faire différemment.
- Speaker #0
J'imagine que ça t'a appris.
- Speaker #1
Oui. Maintenant, je ne le fais plus.
- Speaker #0
Tu ne le dis pas tout de suite non plus, mais il y a un moment donné où tu te dis, bon là, il faut que je lui dise. Ou tu glisses peut-être des indices.
- Speaker #1
Non, je le dis franchement. Je ne dis pas, voilà, moi, mon papa, c'était un artiste. On pose toujours la question, connu ou pas ? Je réponds, ça dépend de ce qu'on aime.
- Speaker #0
On revient sur le nom, donc affiché le nom. En fait, tu portes le nom de ta maman. C'était un choix de ta part ?
- Speaker #1
Oui, ça a été un choix. Parce que j'ai grandi avec elle. moi j'ai eu des parents séparés mais c'est vrai que je passais plus de temps chez ma mère que chez mon père. Ce qui s'explique par la carrière. Forcément, par question de logistique, etc. C'est plus simple comme ça. Mais aussi parce que c'est une femme extraordinaire. C'est une icône pour moi. C'est un modèle. J'aspire à être le plus possible comme elle en termes de valeur, en termes de choix. C'est quelqu'un d'extrêmement intelligent, de talentueux aussi. Alors, pas du tout exposée, car pas artiste.
- Speaker #0
Mais aussi avec beaucoup de talent. Justement, je voulais en dire à ta maman. parce qu'elle est aussi très importante pour toi, elle était très structurante. Et c'est vrai que quand tu grandis avec un papa artiste, ou un papa qui est très pris, et il vit vers ça d'ailleurs, l'autre personne doit parfois un peu compenser.
- Speaker #1
Absolument, oui.
- Speaker #0
Donc c'est elle qui t'a élevée, elle a aussi eu une belle carrière. Enfin, c'est pas du tout, loin des clichés, elle n'est pas du tout une maman au foyer, qui t'a regardée grandir. Et pendant des années, quand même, elle a aussi été la femme d'eux, mais aussi la maman de l'enfant d'eux. Elle, comment elle l'a vécue ?
- Speaker #1
Elle m'a beaucoup protégée. Je pense qu'elle l'a vécue à travers moi et qu'elle m'a mise avant de se mettre elle-même. Donc je ne pense pas que... Elle n'a pas eu le choix déjà, il a fallu faire avec. Mais je pense surtout qu'elle l'a fait pour moi et qu'elle l'a fait à travers les yeux de maman.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des moments particuliers où elle a dû te protéger ?
- Speaker #1
Oui, ben...
- Speaker #0
J'ai été dans une école où ce n'était pas forcément la norme d'être liée à quelqu'un d'exposé. Elle a dû gérer ses fameux mots dans le carnet de correspondance, elle a dû gérer ses fameuses questions indiscrètes de parents. Mais du coup, votre fille, donc vous êtes toujours avec le papa. Ce qui n'est pas forcément évident, surtout qu'ils n'étaient plus ensemble. Puis elle a dû faire preuve d'une force et d'énormément de sacrifices. Quand il y avait des annulations ou des concerts qui tombaient en dernière minute, elle a dû gérer, mettre même sa vie personnelle parfois. Deux côtés et rien que pour ça, voilà. Elle mérite une très très belle dédicace. Alors on en profite,
- Speaker #1
c'est effectivement une maman, c'est important dans ce genre de situation. Une vraie maman, ouais. Tu me racontais aussi que t'as dû effectivement même changer d'école.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Parce qu'elle a un peu eu peur de la pression des autres parents. Vous étiez suivie, on allait voir votre adresse. Ouais,
- Speaker #0
ça nous est arrivé une fois. Ça fait partie des expériences pas très fun à vivre, mais ouais. C'est une anecdote... Peut-être négative, je ne sais pas, mais on nous a suivis jusqu'à chez moi. Sauf que mes parents se sont séparés, donc c'était au domicile de ma mère. Ce n'est pas forcément agréable, ni pour elle, ni pour moi. C'est vrai qu'à partir de là, on s'est dit qu'il fallait peut-être un environnement plus cadré, plus sécurisant. Et on a changé d'école. Je dis « on » parce que c'était un choix familial, mais oui. Elle a toujours fait des choix très intelligents, que ce soit en termes d'éducation, que ce soit... par rapport à l'école qu'elle choisissait, le quartier dans lequel on s'est installé.
- Speaker #1
Donc des choix de vie qui étaient quand même, même malgré la séparation, beaucoup dictés par la notoriété de ton papa.
- Speaker #0
Ça lui convenait aussi, elle ne se laisse pas dicter des choses. Normalement, c'est quelqu'un de très indépendant d'esprit et d'assez impressionnant. Mais ça a aussi été un facteur.
- Speaker #1
Donc on parle de ces gens qui sont très présents et qui parfois prennent beaucoup de place. Est-ce que tu, moins petite mais peut-être plus maintenant, est-ce que tu as ressenti, est-ce que tu as un radar, un filtre ? qui te permet de savoir quand les gens s'intéressent à toi parce que tu es Johanna et que tu as toute la valeur que tu as, ou parce que tu es la fille d'eux.
- Speaker #0
Comme je ne me présente pas comme fille d'eux et que ça vient en général après, je n'ai pas forcément besoin, en tout cas avec les personnes que je côtoie, de ce radar. Ils me connaissent d'abord pour ma personnalité et ils m'apprécient ou non en fonction de ça. Et puis ensuite, ça vient parce que l'attitude ne change pas forcément. J'ai créé des amitiés très solides, pareil, des amis qui ont appris sur le tard qui était mon père. Et j'ai trouvé ça très bien. parce que ça n'a rien changé à notre rapport. Tu le sens aussi. Je pense qu'il faut être un peu intuitif dans le rapport. Les gens qui viennent te parler que pour ça.
- Speaker #1
Ça arrive très vite sur ton tel. Oui,
- Speaker #0
ça reste du small talk en général.
- Speaker #1
Ok. Donc, tu as quand même un petit filtre naturel.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On t'a appris en mode, bon, là, j'ai l'impression que c'est pas... qu'il y a un petit service à aller demander. Parce que c'est vrai que c'est difficile, je trouve, de bien définir. Tu ne sais pas forcément si les gens savent ou pas. Donc, c'est toujours ça de... C'est toujours, je trouve, compliqué. De se dire, OK, cette personne, elle ne sait pas qui est mon père et elle va m'apprécier, moi, tel que je suis. Ou peut-être qu'elle savait avant et en fait, c'est un peu faux.
- Speaker #0
Ça arrive. On ne sait pas forcément à l'approche. Je pense que c'est plus une question d'intonation et de feeling aussi. Comment la personne s'adresse à toi ? C'est vrai que je ressemble aussi physiquement à mon papa. Donc voilà, c'est parfois assez évident quand on marche à côté que je suis sa fille. Il nous a aussi beaucoup protégé de ces relations-là, beaucoup mis en garde. On dit, fais attention. voir un petit peu comment la personne est avec toi et puis tu verras. Je ne donne pas beaucoup d'informations sur lui.
- Speaker #1
Dans les autres choses qui sont compliquées peut-être à vivre en tant que jeune femme par rapport à cette parentalité, cette notoriété, est-ce que parfois tu te dis dans certains moments de vie, je dois jouer un rôle parce que j'ai une place de fille 2 à tenir ? Par exemple dans le milieu artistique ou par rapport... Est-ce qu'il y a un impact comme ça sur... Je dois un peu me transformer ou mettre un masque à un moment donné ?
- Speaker #0
Je ne pense pas. Si j'avais choisi une carrière de comédienne Ou poursuivi plutôt Une carrière dans la musique Oui je pense que j'aurais eu une posture à adapter Pour l'instant c'est pas le cas J'en ai pas besoin dans mon quotidien Donc j'ai pas forcément besoin de m'adapter A son image, je peux être moi-même C'est une chance Je connais des personnes qui ont pas eu ce choix là Et pour qui c'est pas le cas Qui sont en permanence en représentation Moi j'ai pas été exposée Et comme je le dis pas de prime abord J'ai pas besoin de faire ça Non mais c'est hyper important je pense effectivement De se dire ok je suis moi-même
- Speaker #1
Et même ton père ne t'a jamais quelque part dit « Attention, ne fais pas ça, ne fais pas ça, comme ça. » Il t'a laissé pleinement.
- Speaker #0
Il nous a laissé être qui on était. Pour lui, c'est très important. Il le dit beaucoup quand il parle de nous, mais c'est très important pour lui de nous laisser le choix et de nous encourager à être comme on avait envie d'être, finalement. Être nous-mêmes, tout le temps, en permanence, faire nos propres choix. Il accorde beaucoup d'importance à ça, parce qu'il a fait les siens. Il est lui-même, dans sa musique, dans son rapport aux autres artistes, dans ce qu'il propose. plaise ou que ça ne plaise pas. Il est très indépendant d'esprit, donc il nous a un petit peu encouragé à suivre le même chemin.
- Speaker #1
Donc un papa qui vous permet d'être vous-même, mais aussi qui vous... Il nous a protégés, parce que tu me racontais aussi qu'il ne voulait pas que tu écoutes ses premiers albums.
- Speaker #0
Ah oui !
- Speaker #1
Le rap est quand même un secteur qui n'est pas forcément toujours très tendre, avec des mots un peu durs aussi. Donc il ne voulait pas que tu les écoutes.
- Speaker #0
Exactement, et puis ça lui a valu quelques soucis aussi, donc je pense qu'il ne voulait pas que je vois cette facette de lui. Non, Mister Hammer, Secteur A, l'ensemble des compilations qu'il a pu créer aussi avec d'autres artistes, rap ou pas, c'est vrai que parfois il a été, comme on a dit, très engagé. Ça lui a valu quelques soucis avec la justice, surtout quand il était jeune et qu'il n'y avait pas encore la liberté d'expression qu'on accorde aux artistes maintenant. Dans les années 90, ils étaient les premiers à revendiquer quoi que ce soit. Donc c'est très clivant. Il y avait cette partie de gens qui adoraient ce qu'il faisait et qui les encourageaient. Et puis tout un autre monde qui n'aimait pas du tout et qui ont voulu les censurer. Il a été victime de censure sur ses premiers titres. Il a eu une amende. plainte du ministre de l'Intérieur à l'époque, il me semble. Oui,
- Speaker #1
tout à fait.
- Speaker #0
Donc, ça fait partie de son histoire. Et c'est vrai que ses propos étaient très fleuris. Je pense qu'il ne voulait pas que je... Il ne voulait pas que je prenne de son vocabulaire. On va dire ça comme ça.
- Speaker #1
Et toi, quand tu as été assez grande pour les écouter, les comprendre aussi ?
- Speaker #0
Je me moque de lui. Du coup, moi, j'ai eu tout cet aspect éducatif, parental. Non, non, non. Il ne dit pas de gros mots, ne fume pas, évite les tatouages, alors que j'ai un parfumeur tatoué qui ne dit pas de gros mots dans sa musique, donc c'est assez marrant. Des fois, je lui sors des punchlines à lui, ça le surprend encore, et j'essaie de les adapter aux situations, mais c'est assez marrant. Dans mon discours de remise de diplôme, j'ai eu l'occasion de parler pour ma promotion, quand j'ai fait mon Master 2 en droit pénal fille, et j'ai mis une petite punchline à lui dans mon discours. Je trouvais que c'était un bel hommage.
- Speaker #1
En plus que tu dis pas ?
- Speaker #0
c'est que tu as réussi des concours d'éloquence donc en plus t'es très bonne à ça donc ça permet de la titiller un petit peu il était très fier quand j'ai eu mon prix d'éloquence il était très content et il a une phrase qui dit maman pardonne-moi c'est pourquoi je suis ici car tous les diplômes que je n'ai pas conquis félicite ton fils je suis droit dans mes choix on apprécie ma voix et mon nom prend du poids et du coup j'ai pris exactement cette phrase là que j'ai remis dans mon discours sauf qu'au lieu de dire que j'ai pas conquis des diplômes j'ai changé, j'ai mis tous ces diplômes que j'ai déjà conquis Merci. Il était très content du petit clin d'œil. Et pareil, on apprécie ma voix par rapport à l'éloquence. Il y avait un joli parallèle à faire et il a été touché.
- Speaker #1
Oui, ça c'est vraiment une chance aussi d'avoir, je pense, de voir ces enfants qui ont pris quelque chose de toi parce que, quelque part, ce don des mots, de comment les articuler, de trouver le mot juste, l'intonation, etc. Je pense que tu l'as un petit peu hérité aussi de lui.
- Speaker #0
Belle transmission.
- Speaker #1
Quand même, c'est une jolie transmission pour toi. C'est un joli cadeau qu'il t'a fait. effectivement il y a eu des moments aussi pas faciles pour lui que t'as découvert, des trucs un petit peu costauds, toi t'as grandi dans un milieu un peu plus privilégié, est-ce que parfois ce côté rap a pu être quelque chose sur lequel t'étais hyper fière ses gros mots,
- Speaker #0
ses textes non, franchement j'ai toujours été très fière de lui, j'assume à 100% qui je suis, qui il est et aussi je ne suis pas lui, c'est à dire que effectivement il a eu sa jeunesse il a eu sa vie mais moi j'ai la mienne Et voilà, je ne veux pas être jugée pour ni ses choix ni son passé. Déjà un dont je n'ai pas honte et que j'assume totalement et deux, ce ne sont pas mes choix. Moi, j'ai fait ma vie. Je préfère qu'on parle de moi comme on est en train de faire là. Et bien ouais,
- Speaker #1
c'est chouette parce que justement, revenons un peu plus aussi sur toi, sur ta trajectoire. Tu me disais aujourd'hui, donc là, tu as plein de nouveaux projets. Tu as ta boîte. Le nom de ta boîte d'événementiel, c'est ?
- Speaker #0
Amoria.
- Speaker #1
Amoria, où tu vas faire effectivement... Tu vas faire des beaux moments de vie pour les gens qui s'apprêtent à se marier, notamment, mais pas que, j'imagine. Donc, tu vas utiliser un peu ton expertise de t'être organisée, logistique, etc. Mais aussi le côté un peu artistique. C'est ça. Tu as réussi à trouver ce chemin entre les deux mondes dans lesquels...
- Speaker #0
C'est une belle façon de tout combiner, en fait. Ça combine à la fois le côté très rigoureux, l'organisation méthodique que j'ai pu acquérir en droit à finances et tout ce côté... événementiel, multitâche, naviguer entre les mondes, humain, on parlait au début, qu'on a plutôt du côté artistique.
- Speaker #1
Tu apportes du bonheur aux gens, tu leur fais un des moments qui est le plus important dans leur vie. Donc effectivement, tu as ce côté très fort de j'apporte quelque chose qui va les rendre heureux. C'est important pour vous. Dans cette famille, j'ai l'impression qu'il y a eu beaucoup de... Transmission du bonheur. C'est beau ! C'est une grosse pression, mais un bel objectif de vie. Est-ce que tu as l'impression d'avoir une volonté de forme de revanche pour montrer à la société, aux gens, que toi aussi tu as une valeur, que tu existes ?
- Speaker #0
C'est une façon de se créer son identité propre. Je reviens sur Amoria, mais je récupère tout ce que j'ai vu dans ses concerts, dans l'organisation de ses événements à lui, dans ce que j'ai fait petite, la façon dont il organisait les choses, les prestataires avec lesquels il a aussi travaillé. Ça, c'est quelque chose que j'ai pu voir directement et que je sais faire maintenant presque instinctivement. Donc, c'est une belle façon de reprendre la vie en main, de canaliser un petit peu toutes ces énergies que j'ai pu recevoir et de les ressortir à bon escient.
- Speaker #1
Donc, tu as réussi à te construire ton identité.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
En prenant, effectivement, tout ce qu'on t'a transmis, tout ce que tu as pu vivre, voir, et tu l'as mis à ta propre identité. Donc, tu as réussi à te trouver. C'est ça. Même ça, ça a été un chemin.
- Speaker #0
Oui, ben oui. Il a fallu faire des essais, il a fallu rencontrer des gens, comprendre un petit peu comment tout fonctionnait. Ça a été un beau chemin. Et puis, j'ai des parents qui m'ont accompagnée, j'ai des frères et sœurs, des amis formidables qui ont été avec moi tout du long. Des beaux essais. Il y a eu quelques ratés.
- Speaker #1
Tu te dis, ça c'est pas trop pour moi.
- Speaker #0
Je me suis lancée dans tellement de petites choses avant. Mais quand j'étais ado, entre 15 et 18 ans, j'ai fait de l'associatif. Je me suis cherchée, j'ai fait un peu de presse. Finalement, je pense qu'on est au bon endroit maintenant.
- Speaker #1
Si tu devais choisir une seule chose parmi toutes les choses dont on vient de parler, de la transmission de ton père, mais aussi de ta mère ? Une valeur, quelque chose de concret, sinon, ça serait quoi ? C'est quoi la plus belle chose que ton père t'a transmise et que ta mère t'a transmise ?
- Speaker #0
Déjà, leur amour. J'ai été extrêmement aimée par mes parents. J'ai eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance. Déjà, j'ai été fille unique longtemps. Ce qui fait que toute leur attention était sur moi pendant...
- Speaker #1
Pendant 12 ans ?
- Speaker #0
Quelques années, oui, pendant 12 ans.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est important.
- Speaker #0
Maintenant, j'ai encore beaucoup d'attention, même si je dois la partager. Mais j'ai des parents qui sont très aimants, donc ça, c'est une chance. C'est une belle question. Leur point commun, je pense, c'est leur détermination, leur force de travail. C'est quelque chose qui se retrouve chez mes deux parents, pour le coup. Et je pense qu'ils se sont aussi trouvés comme ça. Et c'est ce que j'aimerais... Enfin, c'est ce que je garde d'eux et ce qu'ils m'ont transmis qui est le plus fort. Au-delà de, évidemment, tout l'affect que j'ai eu.
- Speaker #1
Si on pouvait corriger une seule idée reçue sur toi, tu voudrais que ce soit laquelle ?
- Speaker #0
Je ne suis pas coincée ou hautaine ou népo-baby ou tous les clichés qui sont un peu... C'est surtout l'image qu'on colle aux enfants d'eux.
- Speaker #1
Si tu devais donner un conseil à quelqu'un qui vit la même chose que toi, donc tu as un de ses parents qui est de la notoriété, qu'est-ce que tu leur donnerais ?
- Speaker #0
Il faut le vivre à fond. Il ne faut pas avoir honte ou peur ou être dans les clichés soi-même, de comment vont réagir les autres. Ne pas avoir d'a priori sur les a priori qu'on peut avoir sur nous.
- Speaker #1
C'est vrai, c'est un truc très juste qu'on nous a beaucoup dit dans le podcast. En particulier les femmes 2, pour le coup, qui me disaient, mais moi j'avais l'impression qu'en fait, on ne me voyait pas, je n'existais pas. Elles se sont rendues compte à post-tériorité. Mais même Margot Mullier, avec laquelle on a fait le premier épisode, me disait ça en me disant, j'avais beaucoup d'a priori sur ce que les gens pensaient de moi. Et ça m'a impacté énormément. Alors qu'en fait, quand j'ai commencé à les mettre de côté et à parler vraiment aux gens, ils ne m'aimaient pas du tout. Donc ça, c'est vrai, c'est un très bon conseil, je pense, que tu peux donner. Parce que là, tu es la fille 2, tu es la catégorie des enfants 2. En réalité, il n'y a pas que les enfants de gens très connus qui sont impactés par le poids potentiel du parent. Il y a aussi des enfants dont le père ou la mère sont chefs d'entreprise ou qui sont élus locaux et qui ont un impact assez fort dans leur vie et un poids assez fort de la société. Donc, c'est important aussi que tu puisses t'en dire part.
- Speaker #0
Les gens, parfois, ne nous veulent pas du mal.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu voudrais que les gens retiennent de cet épisode sur toi ?
- Speaker #0
Déjà que prendre un café avec Vanessa, c'est très sympa.
- Speaker #1
Ça c'est très très bien, notez tous. Voilà,
- Speaker #0
on est bien reçus. Sur moi particulièrement, que je suis une jeune entrepreneur qui aime les gens. Je pense que c'est comme ça que je me définirais.
- Speaker #1
Et qu'elle a essayé de trouver son chemin entre plein de mondes différents.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et que ça fait sa richesse aujourd'hui.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et si tu pouvais en profiter pour dire quelque chose à ton papa ? Quelque chose que tu n'as peut-être jamais dit, tu n'as peut-être pas le temps. C'est difficile de dire certaines choses aux gens quand ils sont en face de toi. Tu voudrais lui dire quoi ?
- Speaker #0
Il nous véhicule beaucoup d'amour dans ses interviews, dans ses chansons. Je sais qu'il met un peu de nous dans tout ce qu'il fait. C'est un papa qui est très aimant. Donc déjà, lui remercier pour son amour, d'avoir fait de son mieux à chaque fois, d'avoir été là pour nous quand on en avait vraiment envie, besoin à sa façon. Il a réussi à créer une jolie famille qui est très diverse, mais voilà, c'est un beau mélange. Et puis merci pour la transmission de la valeur travail aussi. Voilà, c'est un bel exemple. Il essaye d'être toujours au top de lui-même et de ses capacités, aussi pour nous. Et ça, c'est très beau. Donc voilà, plus que je l'aime, tout simplement.
- Speaker #1
Je ne vois pas comment je rebondis sur ça après. Pour faire d'autres questions, c'est dur. C'est très joli comme message. Et puis, je pense que c'est important pour... Je pense que les gens culpabilisent un peu. de l'impact de leur travail. Pas forcément des gens connus, mais des gens qui bossent beaucoup. L'absence de temps, ou de ce temps qu'ils n'arrivent pas à donner à leurs proches. Oui,
- Speaker #0
ça a été un sujet, mais je ne sais pas, je ne lui en veux pas pour ça.
- Speaker #1
Mais c'est beau, je pense que c'est important pour eux de se dire « Ah ben, en fait, ils ne m'en veulent pas, ils savent pourquoi je l'ai fait. » Et voilà, ils ont pu se construire et construire leur chemin tout à fait sainement, malgré tout.
- Speaker #0
On a une histoire qui est... aussi un peu compliquée, puisqu'on n'a pas toujours habité géographiquement au même endroit. Moi, je suis partie vivre en Guadeloupe, j'ai revécu à Paris. Donc, c'est une histoire qui n'est pas forcément évidente, mais je trouve que l'amour triomphe, et c'est le plus important.
- Speaker #1
Est-ce que tu as hésité avant d'accepter de faire ce podcast ?
- Speaker #0
Oui, j'en ai parlé.
- Speaker #1
Ah bah, ça faisait partie de mes questions aussi. Tu lui en as parlé, tu lui as demandé. Est-ce que tu lui en as parlé, ou est-ce que tu lui as demandé sa permission ?
- Speaker #0
Non, j'en ai parlé. Et il m'a dit... écoute, si tu le sens. Et j'ai dit oui, parce que je trouvais ça intéressant. Je trouve ça aussi sympa de lui rendre l'appareil. Il parle beaucoup de nous. Donc nous, à chaque fois, on se demande ce qu'il va dire. Je pense que là, il va se demander ce que je raconte aussi. Et oui, j'en ai parlé. Il m'a dit, mais est-ce que tu es juste prête à être exposée ? Puisque je ne le fais pas naturellement. Je suis assez discrète. Il m'a dit, là, du coup, c'est strictement l'inverse de ce que tu fais d'habitude. Pourquoi ? Je dis, pourquoi pas ? Voilà.
- Speaker #1
Ça n'appelle pas d'autres réponses.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
et on a toujours une question dans ce podcast qui est de te demander si tu avais un bouton magique à proximité de toi qui te fasse que ton papa n'ait jamais été connu que tu aies un papa qui soit dans la banque dans ton secteur Hitcher est-ce que tu appuierais dessus ?
- Speaker #0
absolument pas, je te rends le bouton avec grand plaisir je garderais ma vie telle qu'elle a été Dans les moments positifs, négatifs, avec les qualités, les défauts et tout ce qu'apporte le métier, les hauts, les bas, les crises, ça fait de moi ce que je suis et j'en suis très fière.
- Speaker #1
Ce qu'on retient, Johanna, c'est pas seulement d'où tu viens, c'est la façon dont tu avances avec tout ça. C'est grandir dans un monde qui a été si exposé et choisir toi cette forme de discrétion que tu as rompue aujourd'hui. Merci beaucoup pour ça, merci pour cette confiance que tu m'as accordée. C'est aussi avoir tout à portée de main et décider de se construire sans t'en servir en allant dans un secteur complètement différent. Tu vis toujours entre deux mondes, mais on sent que tu t'es pas perdu sur ce chemin. Merci, Johanna, d'avoir partagé tout ça avec nous. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager. Il est disponible sur toutes les plateformes de podcast. À très vite.