- Speaker #0
Musique Musique Musique
- Speaker #1
Bonjour à tous, vous écoutez Les Echos du Plateau, le podcast de VanEchoJazz. 8 au 11 juillet à Vannes, dans les rues, dans les clubs, dans les quartiers, plein de musiciens, plein de concerts, plein de jazz. Et pour cette première soirée du mercredi sur la grande scène des remparts, une artiste atypique, elle est normande, inclassable, flûtiste. Elle a joué avec les plus grands, elle mélange les genres jazz, funk, électro, improvisation. Elle, c'est Ludivine Issembourg. Et juste avant ces balances, elle nous a donné rendez-vous sur la terrasse ombrage. J'ai d'un café Place Gambetta sur le port de Vannes, les échos du plateau, le podcast de Vannes Éco Jazz, épisode 2, saison 5, c'est parti. Bonjour Ludivine Isambour. Bonjour,
- Speaker #0
je suis très heureuse d'être en Bretagne et encore plus à Vannes. Je suis très fan du Morbihan, je suis déjà venue jouer au festival en 2016 avec mon projet Antelope. On m'avait dit qu'un jour je ferais la grosse scène et j'attendais ça depuis des années et je suis très très très heureuse.
- Speaker #1
Comment vous pourriez définir votre musique ?
- Speaker #0
Anti-loop, c'est clairement de l'électro-jazz, hip-hop, électro-jazz, ce sont nos influences. Et puis, le projet Buff The Lose, c'est clairement de la funk, inspiré des années 70. Puis bon, là, on ouvre un peu ce qui est des musiques cousines, mais on reste dans la musique afro-américaine, en fait, clairement. Et donc, le jazz fait partie de la musique afro-américaine, donc tout ça est lié, en fait.
- Speaker #1
Pour en venir au concert de Vanneco Jazz sur la Grande Seine, il y aura vos parents ce soir ? Est-ce qu'ils viennent vous voir à chaque concert ?
- Speaker #0
Pas du tout. Ils viennent me voir une fois par an, l'année dernière c'était à Ajaccio, alors ils essaient de choisir les belles dates, les dates sympas, mais on vanne. Non mais la Normandie n'est pas très loin, ils adorent vanne aussi, et puis je les ai pas vues depuis quelques mois. C'est l'occasion de se voir parce que normalement on se voit beaucoup, et là je vais pas pouvoir les voir avant la fin de la tournée. Donc voilà, ils ont des amis qui habitent vanne, et puis ils ont vu que j'étais à la programmation, qu'ils nous ont invités. Donc voilà, je suis très heureuse que mes parents soient là ce soir.
- Speaker #1
La première discipline que vous avez exercée quand vous étiez petite, c'était la danse classique. Il paraît que cette carrière de danseuse a été interrompue à cause d'une célèbre pâte à tartiner.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est incroyable. J'ai commencé la danse à 3 ans, j'ai arrêté à 13. J'adorais ça, on faisait 2 ou 3 fois par semaine. La prof m'a décidé de faire une sorte de 5 majeurs dans le cours de danse. Un petit groupe de 5 filles pour nous présenter à l'opéra. Un jour, elle a convoqué ma mère et lui a demandé ce que je mangeais au petit déjeuner. Il fallait que je fasse un régime alors que j'avais 9 ans. Quelques années plus tard, ça nous a convaincu qu'il y avait un problème. Et donc ma mère, on a répondu Qu'est-ce que moi je vous dis, mon petit déjeuner Bah brioche Nutella Hors de question de changer mon petit déjeuner
- Speaker #1
Si on vous dit que vous êtes une artiste Une musicienne précoce, est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
- Speaker #0
J'ai eu de la chance C'est-à-dire qu'à peine sorti de mes études A 22 ans, Wax Taylor Un célèbre producteur de hip-hop Avec qui j'ai joué au festival du bout du monde J'ai fait les vieilles charrues On est venu en Bretagne plein de fois Et en fait il m'a appelé, j'avais 22 ans Merci. Donc en fait je suis partie en tournée internationale pendant 5-6 ans. J'ai fait deux albums avec lui, on est disques d'or, je fais l'Olympia, etc. Donc je sors de ce projet-là, j'avais 27 ans je crois. Entre les deux je tourne avec d'autres groupes, A State of Mind, un groupe de hip-hop anglais, UHT, un groupe des drum and bass avec lesquels on a joué en Bretagne. J'ai 27 ans, je sors de tout ça, et bien j'ai joué pour les autres, et là j'avais besoin de faire ma musique. Comme je dis, tout ça a bouilli en moi, on va dire, et donc voilà, ça a sorti Antiloops. Au début, Antiloup, je voulais juste faire une maquette pour trouver du boulot pour moi parce que je jouais plus pour les autres, j'étais plus highman. Et puis en fait, j'ai eu la chance d'être distribuée par Musicast et tout de suite, l'album est sorti, ça s'est vendu en quelques mois. On a gagné les trophées du Sunset à Paris et ça, ça nous a propulsés un peu avec Antiloup. Après, on a tourné. C'est vrai que j'ai beaucoup de chance, mais j'ai beaucoup travaillé, vous savez.
- Speaker #1
Et donc, j'ai dit que vous êtes précoce parce que vous avez découvert votre vocation assez rapidement aussi, parce que vous avez donc découvert votre...
- Speaker #0
J'ai toujours adoré la musique. Donc une fois, ma mère ou mon père m'ont dit de travailler ma fute, de dire que je rentrais de l'école tous les soirs parce que je prenais ma fute pour jouer, etc. Et en fait, à présent, le prof du collège m'a un peu testé et il m'a dit que je pouvais peut-être devenir professionnelle et là... C'est comme si il avait décapsulé une canette et c'était parti. Et depuis ce jour-là, c'est tout droit et c'est évident, il n'y a jamais eu de doute.
- Speaker #1
Parmi toutes les personnes que vous avez pu rencontrer dans quasiment 40 ans de carrière, est-ce que Jean-François Millet a une place à Paris ?
- Speaker #0
Ah bah oui, c'est sans lui.
- Speaker #1
Qui est-il ?
- Speaker #0
C'est mon père spirituel, c'est mon deuxième père, désolé papa, ils le savent. C'est mon tout premier prof de musique, j'ai commencé avec lui quand j'avais 6 ans. Et on est encore en contact. Vous savez que quand j'ai commencé, je suis rentrée au conservatoire de Caen, il fallait que je me cache. Il ne fallait pas dire qu'on venait de ce prof là, parce que c'était un prof de jazz et qu'il était un peu atypique. Et bien maintenant, je suis très fière de dire que je suis une élève de Jean-François et je ne connais pas un seul élève de Jean-François qui ne continue pas la musique aujourd'hui, même en amateur. Alors que je connais beaucoup, beaucoup de musiciens qui sont passés au conservatoire, qui sont dégoûtés de la musique et qui ne continuent pas. Moi, Jean-François, il m'a donné l'amour de la musique. Et ça, ça n'a pas de prix.
- Speaker #1
Alors, vous étiez donc jeune enfant, une fillette de 6 ans, vous faisiez de la flûte. Vous avez dit ça dans des interviews. Vous éclatiez lors des différents stages de flûte qu'il pouvait y avoir à droite ou à gauche.
- Speaker #0
Oui, parce que mon professeur Jean-François organisait des week-ends deux fois par an. On allait dans un gîte, on était 40 gamins. Alors je lui dis, on n'a pas du tout la même vision de la flûte avec. pas la vision du truc que vous avez quand vous allez au collège. Nous, on était 40 gamins, un jour du Claude Bouline, un jour du Bach, à quatre voix, c'était avec alto, ténor, basse. Jean-François écrivait de la musique, même on était inspiré de la musique de films, etc. Et puis après, il nous initiait à l'improvisation, c'était vraiment génial, quoi.
- Speaker #1
Il vous faisait écouter, en tant qu'enfant, des références musicales, peut-être très pointues.
- Speaker #0
Ben oui, c'est Jean-François qui m'a fait... Donc voilà, c'est le professeur de jazz, c'est lui qui m'a initié au jazz, c'est ce que je dis. Il m'a donné l'amour de la musique mais c'est lui qui m'a donné l'amour du jazz. Il m'a fait écouter les premiers flûtistes de jazz, donc en fait le premier ça a été Roland Kerr. Pour moi la flûte jazz débute avec cet album là, c'est le premier album où il n'y a que de la flûte jazz qui s'appelle I Talk With The Spirits. Je pense que vous savez sûrement que dans beaucoup de cultures, la flûte, enfin pas la flûte traditionnelle mais la flûte, il y en a dans chaque culture, dans chaque pays, et souvent est rattachée avec le fait que cet instrument communique avec les dieux. Et donc je pense que cet album I Talk With The Spirits, ça a été pour moi le début de l'histoire de la flûte jazz. Roland Coeur, après évidemment Youssaf Latif, Eric Dolphy et Hubert Loos.
- Speaker #1
Donc c'était les musiciens que vous écoutiez quand vous étiez bétonne ?
- Speaker #0
Oui, avec d'autres choses dont je ne vous dirai pas aujourd'hui. J'étais adolescente, donc évidemment j'adorais les World's Apart. J'adorais Maria Carey. Mon but c'était de devenir chanteuse, mais en passant par la flûte. Depuis, vous pouvez entendre ma voix. J'écoutais aussi de la musique d'une adolescente, mais à côté j'écoutais déjà du jazz. J'écoutais Sipin Floyd, j'adorais ça.
- Speaker #1
On parle de musique. A l'époque, rassurez-moi, vous n'aviez pas accès à Internet, vous n'aviez pas Spotify. Comment vous faisiez pour trouver ces petites pépites ?
- Speaker #0
On saignait les bibliothèques et les médiathèques, mais surtout c'est entre nous musiciens. Aller chez un copain qui te fait écouter un disque et qui te le prête, ou aller chez un copain ou une copine et puis « Ah ben je viens d'acheter le dernier des volants, le dernier... » « Ah ouais, d'accord ! » Et puis on gravait les disques ! J'ai des tonnes de disques gravés chez moi. Elle me manque ma discothèque. Depuis que c'est des plateformes, de toute façon on a une perte de culture. On ne sait plus le line-up, on ne sait plus l'année. C'est un bordel pas possible. D'ailleurs on va perdre la culture. L'autre jour j'étais avec une élève, je lui parle de Miles Davis, je lui demande de chercher un morceau. Je pars aux toilettes, j'entends de la clarinette. Elle était sur iTunes et là, c'était écrit Miles Davis, on entendait de la clarinette. Ça ne va pas du tout. Donc dans 10 ans, les gens penseront que Miles Davis est un clarinettiste. ça va Pas du tout ! Vive les bibliothèques, vive les médiathèques et vive la culture !
- Speaker #1
Parmi un des albums que vous avez, je cite, « saigné » , il y a Gambit.
- Speaker #0
Oui ! Gambit, ça a été vraiment… J'ai 15-16 ans et là, je découvre l'électro-jazz avec Gambit. Et notamment le fameux Magic Malik qui est mon maître. C'est vraiment… Sans lui, je n'aurais pas fait Antilope. J'aurais jamais essayé de jouer comme ça, de jouer avec des effets, etc. C'est vraiment... Pour moi, c'est le patron, quoi. Ça,
- Speaker #1
c'était un de vos rêves, de rencontrer un jour Magic Malik ?
- Speaker #0
Je l'ai rencontré très rapidement. Il a donné une masterclass à Rouen. J'avais pas le droit d'y assister parce que je faisais partie du conservatoire de Caen. Je peux vous dire que j'ai trouvé un moyen d'y participer quand même. Et puis à cette époque-là, j'avais mon groupe à Caen qui s'appelait H-Node. Et on faisait des reprises. Et donc, je me retrouve à cette masterclass avec Malik. Puis je lui ai fait écouter mon groupe, on reprenait des morceaux de Malik. Et de l'album Gambit, et là il a commencé à me prendre au sérieux. Et après on est resté amis, je suis allé à Paris, il m'a emmené à des concerts, il m'a emmené à des enregistrements, et puis même il m'a emmené sur scène avec lui. Donc c'est le meilleur apprentissage que j'ai pu avoir.
- Speaker #1
Et vous vous souvenez du concert que vous avez fait à Lanson, peut-être à la Luciole, vous l'avez vu ?
- Speaker #0
Ouais, c'était au club à la Luciole, je crois que j'avais 16 ans. Il y avait très peu de gens dans cette salle. J'étais devant lui comme ça, je le revois encore, j'hallucinais de voir ses doigts et toute cette musicalité. Et puis il y avait Maxime Zampieri à la batterie, puis j'ai fini par jouer avec Maxime Zampieri dans Antiloupes, c'est incroyable. En attendant, je suis pote avec mes idoles, donc c'est assez fou. Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Musique Tout se passait bien toute l'année, puis à la fin on a préparé l'examen et je me suis fait avoir. Il m'a fait travailler d'une certaine manière avec la question, je n'étais pas forcément d'accord, mais j'ai fini par abdiquer au moment de l'examen, tout ce que le jury m'a reproché. C'est ce qu'il m'avait fait faire et là on m'a dit qu'on me remerciait seulement. Ce qu'il ne savait pas, c'est que j'allais voir une autre prof à côté, Jocelyne Rio, qui elle m'a soutenue. Et sans elle, j'aurais sûrement baissé les bras. Bon, je n'ai plus de lien avec elle, mais si elle m'entend, je ne la remercierais jamais assez. De m'avoir dit, ben non, on n'arrête pas. Au début, je voulais aller à l'école nationale de Lisieux parce qu'ils décernaient le même diplôme. Et en fait, j'ai vu que ce fameux prof, François Ducasse, qui m'a accepté, lui, comme j'étais, était prof aussi à Sergi Pontoise. Évidemment, je rêvais d'aller à Paris, donc c'était une excuse. Et donc, quitte à retourner dans le conservatoire, à reprendre mes études, j'ai tenté d'entrer à Sergi Pontoise, qui est un plus gros et un meilleur conservatoire que moi. Donc, je ne regrette rien. J'y suis rentrée. De là, je suis rentrée dans l'orchestre de foot français. Je suis rentrée en classe de jazz. Tous les soirs, j'allais en jam au Café des Ouliettes. J'avais eu des super profs à Sergi. Jean-Luc Fillon qui me suit encore, Fountaine Lucas à la pute, Laurent Colombani, Georges Fazinski, enfin, merci Sergi Pontoise.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a de la place pour de l'improvisation dans les concerts que vous allez faire cet été ?
- Speaker #0
Ah bah c'est évident, c'est même inévitable, bien sûr. Dans la funk, etc. Non, non, il y aura des solos, il y a même des morceaux, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer. Mais je suis tellement avec une équipe, c'est ça la force qu'on a, c'est que, comme on se dit, je n'ai jamais eu une équipe où on se sent autant en confiance. Même s'il y en a un qui part ailleurs, ce n'est pas une erreur parce qu'on part tous avec lui. Et donc il se passe des choses extraordinaires. Mais pour ça, il faut avoir des copains, des très bons musiciens et des belles âmes humaines. Et je crois que je les ai trouvés. Vous allez pouvoir voir ce soir.
- Speaker #1
Vous l'avez dit, vous avez tourné pendant cinq ans avec Wax Taylor. Et vous avez pris l'habitude de monter sur scène pieds nus. Et que ça vous a apporté quelque chose.
- Speaker #0
Oui, mais en fait, ça s'est lié avec la danse classique. Parce qu'en fait, quand je suis arrivée chez Wax Taylor, je sors du jazz, je sors du conservatoire. Donc déjà... Jouer par cœur, c'était quelque chose d'un peu nouveau, donc pas de pupitres sur scène. Et puis il y a des moments où je ne dois pas jouer et Wax me dit « mais tu ne sors pas de la scène » . Ah bon ? Ah mince ! Et là, on est sur des grosses scènes de... Comment je vais faire pour être à l'aise ? Et en fait, j'ai enlevé mes chaussures. Et en fait, ce rapport au sol, je pense que j'ai eu quand je faisais la danse classique, m'a beaucoup rassurée. Mais après, à un moment donné, je ne sais plus à quel festival on était, c'était en Belgique, un gros festival, bon bref, peu importe. Et la veille, il y a une chanteuse qui est morte électrocutée. Mais je me demande si ce n'était pas au Vieille Charrue. Non. Et elle jouait pieds nus, elle avait mon âge. Et en fait, là, ça m'a fait un titre. Et puis mon équipe, ils m'ont dit, tu vas rater tes conneries, tu vas mettre des chaussures. Donc depuis, je remets des chaussures.
- Speaker #1
Et quand vous avez monté Antiloups, quelques années plus tard, vous avez vraiment voulu travailler votre posture sur scène.
- Speaker #0
Je ne me suis jamais trop pris la tête. Après, la musique classique m'avait bridé le rapport relation au corps. Mais bon, ça, c'est la musique occidentale. Je veux dire, c'est le... La musique a toujours été liée à la danse, même dans le passé. Puis nous, les Occidents, à partir du moment où il y a eu la musique romantique, la révolution industrielle, etc., tout ça a été lié. On a coupé la musique avec le corps, ce qui était une grosse erreur. Et en classique, on dit qu'il ne faut pas bouger, mais tous les classicaux ont des problèmes de rythme. Il faut se poser les bonnes questions. C'est bien, ils sont en train de se les poser, enfin, c'est bien. Et puis moi, arrivé en classe de jazz, j'avais des problèmes de rythme. Je ne comprenais pas. Mon professeur, par A plus B, par... Enfin, bref. Et puis j'avais oublié cette histoire de rapport au corps et un jour j'ai une masterclass, je sais plus avec qui, c'était Dave Lippman, et il dit tout simplement n'oubliez pas que la musique passe par le corps. Oh putain sans déconner c'est pas vrai. Et bah ouais c'est évident et de là en fait ça a débloqué quelque chose que j'avais mis en veille en fait, qui était un rapport avec la danse, et là j'ai laissé aller mon corps et depuis j'ai plus de problème de rythme.
- Speaker #1
C'est quelque chose que vous avez envie de partager avec le public, c'est que vous avez envie, en tout cas pour ce projet, que le public se dandine, que le public danse.
- Speaker #0
Le public, il fait ce qu'il veut, mais effectivement, c'est de la funk, donc c'est une musique qui se prête à danser, c'est évident. En tout cas, si les gens ont envie, autorisez-vous-le. Après, le public du jazz, il ne s'autorise pas souvent, malheureusement. Mais bon, moi, j'aime danser, surtout quand les musiciens jouent monstrueusement bien. Est-ce qu'il y a le cas avec mes musiciens ? Vous allez me voir danser ce soir, j'en suis sûre.
- Speaker #1
En tant que sidewoman, est-ce que vous sentez un peu l'esprit d'une chef d'entreprise ? À savoir, vous devez gérer les ressources humaines, etc.
- Speaker #0
C'est un peu ça, hein ? C'est un peu ça. Je suis à la limite de passer à droite. Non, je rigole. Je fais souvent cette blague. Mais non, mais quand je suis chef d'entreprise... Non, mais je dirais... En fait, ça devient plutôt... Un collectif en fait, mais effectivement, dans les Boeufs de Lose, ils sont trois par poste. Si j'ai toujours la même équipe, je ne peux pas accepter tous les concerts. Donc j'ai un tableau à la maison avec leur nom et toutes les dates. Et puis quand je décasse, qui c'est qui n'est pas là, je monte les équipes. Mais c'est assez génial parce que je monte des équipes de copains. C'est comme si je préparais des fêtes avec mes copains. À chaque fois, c'est une équipe un peu différente. Effectivement, quelquefois, on dit que je suis DRH. Et Nico, il me dit souvent, t'es madame Pôle emploi, parce que je donne du boulot aussi à pas mal de copains. J'en suis très fière.
- Speaker #1
Et quand vous sélectionnez vos camarades... Pour vous accompagner, quels sont les défauts qu'il ne faut pas avoir pour travailler avec vous ? Un défaut ?
- Speaker #0
L'hypocrisie ? Non, j'aime que les gens jouent bien, qu'ils soient à l'écoute, qu'ils aient plutôt géré leur égo pour que la musique se passe le mieux possible.
- Speaker #1
Il y a beaucoup d'égo dans ce milieu ?
- Speaker #0
Je vous dis, c'est comme le chasseur, il y a le bon égo, le mauvais égo. Vous êtes obligés de voir, il faut arrêter de dire, les musiciens qui vous disent « Non, moi j'ai pas d'égo » . Si on n'a pas d'égo, on monte pas sur scène, il faut arrêter, c'est complètement faux. Il faut avoir de l'ego pour monter sur scène, par contre, il faut gérer son ego. Et il y a le mauvais ego, il y a le bon ego. Le mauvais ego, c'est celui qui vous donne envie d'écraser votre partenaire. C'est complètement stupide et complètement antiproductif, mais bon, c'est un peu l'état d'esprit de notre société, malheureusement. Malheureusement, dans la musique, on va essayer de garder un bon état d'esprit. Donc vous allez voir, quand le bon ego est géré, vous allez voir ce soir.
- Speaker #1
Parmi vos musiciens, je ne pense pas qu'il sera là, à Vannes, il y a Brian Jackson, un grand musicien. Oui,
- Speaker #0
j'étais avec lui hier.
- Speaker #1
En studio, vous avez partagé ça avec Eric Lénini. Oui,
- Speaker #0
Eric Lénini est le DA de ce projet. Il a été le DA de Outlaws, le DA de Above the Laws. Et là, carrément, je lui donne les manettes pour écrire de la musique avec Brian Jackson. Donc, on écrit tous les trois de la musique pour le prochain album.
- Speaker #1
Donc, ce Brian Jackson a collaboré, a été le bras droit de Gilles Scott-Heron, grand nom de la musique jazz afro-américaine. Et aujourd'hui, il joue avec vous, il vous accompagne en tournée. il vous a en quelque sorte adoubé.
- Speaker #0
Mais ouais, c'est surtout que je ne savais pas quand on l'a branché pour jouer, c'est qu'il allait habiter en France, il s'est marié à une Française et je ne le savais pas. Je l'ai appris quand je suis allée jouer au festival Jazz Nîmes communs à Saint-Gaudens, c'est à la fin de ma balance qu'on avait fait la reprise de Gene Scott et Roll, Angel Dust dont le chanteur est juste à côté de moi. Salut Volf ! Salut ma petite gueule ! Et Brian Jackson accepte, et puis Volf chante en lead, et tout l'album s'est passé à one-two-passive, sauf ce morceau-là, il s'est fait un peu à distance. Et on l'a fait un peu plus tard, personne n'était au courant à part Wolf. Et là, à la fin de ma balance, il y a une dame d'un certain âge qui s'approche de moi, qui me dit « Oh, bravo pour Angel Dust ! » Je suis « Waouh, comment vous êtes au courant ? » Elle me fait « Bah Brian Jackson, il va devenir mon genre ! » Je dis « C'est pas vrai ! » Et là, je me suis dit « Waouh, il va être là avec nous pour le New Morning, le set d'album, et puis en fait, dès qu'il peut, il est avec nous. »
- Speaker #1
Il sera avec vous à Montreux.
- Speaker #0
Il sera avec nous à Montreux, il sera avec nous à Martiac. Je crois qu'il y en a d'autres encore. Et puis des fois, on a Wolf, et on est très heureux aussi d'avoir Wolf. Quelquefois on a eu les deux quand on était en Angleterre, on remit Scott.
- Speaker #1
C'est quoi une journée lambda d'une musicienne, de son groupe, lors d'une escale dans une ville ?
- Speaker #0
Chacun fait ce qu'il veut. Là vous voyez, on a eu Cartier Livre, là il y a Wolf, que les autres je ne sais pas où ils sont. Quelquefois on est tous ensemble, on aime bien passer du bon temps, faire des bonnes bouffes, parler musique, rigoler.
- Speaker #1
Et donc vous avez réalisé pas mal de vos rêves, devenir musicienne pro, produire des albums, faire des concerts dans des endroits incroyables. Est-ce qu'aujourd'hui, maintenant que vous avez réalisé certains de vos rêves, vous avez de nouveaux rêves auxquels vous n'avez jamais pensé ?
- Speaker #0
Déjà je vois Montreux, je n'y avais jamais pensé, donc je ne suis pas pareil. J'y ai joué à Montreux avec Moix Taylor, mais bon, ce n'était pas pareil. Là je voudrais revoyager, j'ai beaucoup voyagé quand j'étais avec Moix, ça me manque un peu le voyage. Ça enrichit tellement, ça rend moins con aussi je trouve. Ça donne beaucoup d'inspiration. Et je sens que notre musique peut marcher à l'étranger. En Angleterre, on a été reçus super. Je sais que notre musique est beaucoup écoutée en Allemagne, etc. Bon, évidemment, on a un Américain avec nous. Bon, après, avec ce qui se passe aux Etats-Unis, moi ça ne me fait plus trop rêver d'y aller. Mais bon, après, il sort de la trace carbone, je ne sais pas trop. On ira à pied ou en vélo, j'irai bien en Amérique du Sud. Non mais l'idée c'est North Sea Jazz Festival Montréal. Je rigole. Non, mais voilà. Allez jouer à l'international maintenant. Même si on y va un peu ponctuellement, mais... Voilà, maintenant, aller voir du pays avec mes copains.
- Speaker #1
Tiens, j'en profite, on a donc Wolf qui est avec nous. Je pose juste une petite question à Wolf. Comment vous pouvez définir votre chef ?
- Speaker #2
Il y a plein d'adjectifs que je peux utiliser. Je ne vais pas te faire peur, non. Elle est incroyablement talentueuse. Une niaque, quand même, franchement, qui donne envie. Généreuse. Ça, c'est un bon mot qui te va bien, ça. Généreuse. C'est pas adorable, ça va l'arrêter un peu. Elle peut être un peu... Cazburn aussi, hein ? Non mais franchement, c'est... Au-delà de... En fait, c'est ça qui est génial, c'est... Elle déchire. En tant que personne, elle déchire. C'est une super musicienne. Y'a rien à dire.
- Speaker #0
Oh là là, la déclaration.
- Speaker #2
Merci, Ludmille.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #2
Et bon concert.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
C'était Ludivine Isambour, qui jouait ce mercredi 8 juillet 2026 sur la grande scène des Remparts. Vous venez d'écouter Les Échos du Plateau, le podcast de VanEcoJazz, produit par la ville de Vannes. Vous retrouverez toute la programmation du festival sur www.vannecojazz.pzh, ainsi que sur ses réseaux sociaux. Et demain, pour le troisième épisode, je vous donne rendez-vous avec un jeune tromboniste voyageur qui va nous emmener quelque part en mer Méditerranée. J'ai nommé Robinson Coury. En attendant, prenez soin de vous.