- Speaker #0
Bonjour à tous, vous écoutez Les Echos du Plateau, le podcast de VanEcoJazz. Jusque samedi, ce festival vous propose à Van, dans les rues, dans les clubs, dans les quartiers, plein de concerts, plein de jazz. Et pour cette troisième soirée sur la grande scène des remparts, ce vendredi 10 juillet, ça va swinguer avec une affiche Jazz Manouche. L'invité de ce nouvel épisode est guitariste, 40 ans de carrière, des tournées sur tous les continents. C'est un héritier de Django Reinhardt, il a même joué au... Carnegie Hall, à New York, en compagnie de Stéphane Grappelli, c'est dire. Lui, c'est Stokelo Rosenberg, qui juste après ses balances, nous a accordé une interview. Les échos du plateau, le podcast de VanEco Jazz, épisode 4, saison 5, c'est parti. Bonjour Stokelo Rosenberg.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Vous allez jouer à 20h30, ce soir ils annoncent 30 degrés. Est-ce que ça a une incidence, la chaleur, sur les guitares ?
- Speaker #1
Ah oui, les chaleurs pour les guitares acoustiques, c'est pas bien. Le manche qui bouge, le bois qui bouge, pour s'accorder souvent la guitare, parce que c'est une guitare acoustique, ça bouge quoi, surtout avec la chaleur, l'hiver aussi.
- Speaker #0
Tokele Rosenberg, vous êtes donc à la tête du Rosenberg Trio, ça fait plus de 30 ans, presque 40 ans maintenant que vous multipliez les concerts, les tournées aux quatre coins du monde, vous avez joué partout. Comment vous expliquez cette longévité ?
- Speaker #1
Depuis que je joue, bon ça fait presque 40 ans avec le Trio Rosenberg. C'est un truc de famille aussi. En fait,
- Speaker #0
Nouch et Noni,
- Speaker #1
ils sont deux frères et moi, je suis le cousin. À l'âge de 10 ans, j'ai joué déjà avec Nouch. Moi, je crois que grâce à cette trio familiale, que ça a resté presque 40 ans parce que nous sommes comme deux frères ensemble en fait.
- Speaker #0
Stockello Rosenberg, on va donc parler de musique, on va parler de guitare, on va parler de vos cousins, de votre famille, on va parler de votre culture. Est-ce que vous pouvez définir votre genre musical ? C'est du swing, du jazz manouche ?
- Speaker #1
Django, il n'était pas content avec le nom de Jazz Manouche, parce que Django, il était très connu dans les années 30-40, dans son époque à lui, il était un guitariste de rock. Dans l'époque, c'était un star de guitare, tout le monde dansait sur sa musique. Je crois qu'il a trouvé un style qui n'existait pas dans le jazz, et c'est pour ça que les Américains, comme Duke Ellington, dès qu'ils sont venus visiter l'Europe... Ils sont venus directement à Paris pour écouter Django Reinhardt jouer, parce qu'il n'a pas coupé les Américains. Il a fait son propre style dans le jazz américain. Bon, maintenant, ils ont dit, bon, ça s'appelle du jazz manouche, ou du gypsy swing. En fait, c'est un style par Django Reinhardt.
- Speaker #0
J'aimerais que vous nous parliez de votre culture, de votre communauté.
- Speaker #1
Sinti. Le gypsy, c'est un mot général, mais en dessous, il y a des Sinti, il y a des Roms, il y a des Ritanos, des manouches du pays de l'Est, tout ça. C'est différent quand même aussi avec les traditions, la langue, c'est pas pareil. Ça change un peu le mot, tout ça. À la maison, je parle avec mes enfants la langue Sinti. C'est pour ça que nous sommes fiers de ce style de Django Reinhardt, parce que lui, il était un Sinti, pareil que nous. L'héritage de nous, c'est la musique. Je cherchais un peu dans la date familiale, je cherchais jusqu'en 1860, Et là, j'ai vu que c'était... Tous des musiciens, déjà. Même avant, je crois. Alors, mon grand-grand-grand-père, il jouait de la violon, aussi de la trompette dans la famille, du cello, guitare, bien sûr. Mon grand-père, il était guitariste, mais aussi celliste. Qu'est-ce que j'ai appris de mon grand-père ? Il a dit que c'était un peu la musique folklore, dans l'époque. Avant Django, c'était le folklore, les pays de l'Est, les Tchardas, des trucs folklore, quoi.
- Speaker #0
Vous êtes né donc aux Pays-Bas. Oui. Vous étiez sédentaire ?
- Speaker #1
Mon grand-père, il changeait d'endroit. Depuis 1968, en Hollande, Pays-Bas, ils ont arrêté le voyage. Ils ont installé les manouches, les cintilles dans un campement. Chacun son place. Le voyage, c'était fini. Dans le campement de manouches que j'ai grandi à Gervin, près de Eindhoven, je me rappelle que tout le monde jouait un instrument. Ça jouait toujours du gospel, mais à la style de Django Reinhardt, au Club de France, avec la pompe, tout.
- Speaker #0
Quel est votre premier souvenir musical dans votre famille ?
- Speaker #1
Comme j'ai commencé tout jeune, à l'âge de 10 ans, le truc qui m'a impressionné toujours, c'était le cousin germain de ma mère, qui s'appelle Fapi Lafertin. C'est un grand musicien du jazz manouche aussi. Lui, dans l'époque, c'était le seul dans notre famille qui produisait déjà des disques. des concerts en Angleterre, en Norvège, en Belgique, Hollande. C'est grâce à lui que je me dis, bon, plus tard, je veux aussi faire pareil que Fapi Lavartin. L'histoire, c'est ça. Moi, je commandais une guitare aux Pays-Bas. par un luthier, et ça a duré deux mois, deux mois, deux mois, un an, non, j'ai pas commencé encore, blablabla, et un jour, nous installons en Belgique, vers la famille, avec la caravane, mon père, il a connu quelqu'un qui vendait des guitares, quoi. Le monsieur, il a acheté une Favino de 79. Mon père, il a eu la chance d'acheter cette guitare pour moi, ça veut dire que mon grand-père et mon père, ils ont mis de l'argent ensemble pour acheter cette guitare. Mon père m'a demandé dans l'époque, mon fils tu veux attendre le luthier, tu veux avoir un modèle Selmer tout neuf ou tu veux cette Favino ? Et dans l'époque, la Favino c'était comme une Selmer pour moi. Alors j'ai dit non, je veux cette Favino.
- Speaker #0
Et vous l'avez encore ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui, toujours. Ça je ne vendrai jamais parce que c'était un cadeau de mon père et mon grand-père ensemble.
- Speaker #0
Est-ce que vous savez combien de guitares vous avez chez vous ?
- Speaker #1
Écoute, j'ai vendu beaucoup aussi, parce que j'ai eu, dans toute ma carrière, si je gardais tous, peut-être que je gardais 80 guitares, un truc comme ça, mais j'ai eu beaucoup de guitares aussi, cadeaux, comme sponsors, tout ça. En ce moment, j'ai 3-4 guitares, pas plus, à la maison. J'ai une Selmer de 1947 que je ne voyage pas avec. Ce soir, je joue sur une copie Selmer, une Wittkach. J'ai une guitare Hall, c'est allemand. J'ai le Favino. J'ai aussi une guitare de mon enfance que je garde.
- Speaker #0
Vous avez donc une Selmer numérotée 504 et c'est la même guitare que...
- Speaker #1
Django Reinhardt. J'ai joué dans une fête en Hollande, une fête de gens un peu riches comme ça et je vois une vieille dame qui danse, il me regarde ma guitare, et quand j'ai fini le concert, elle est venue vers moi et elle a dit, j'ai aussi une guitare comme vous, j'ai une guitare, c'est marqué Selmer, c'est marqué Django Reinhardt dedans. Et là, je transpirais déjà, je me dis, bon, peut-être que c'est vrai. J'ai fait un rendez-vous avec cette vieille dame, dans l'époque, je crois, presque 80 ans. C'était le vrai Selmer 504, avec le nom Django Reinhardt. Ça c'était en 95 je crois.
- Speaker #0
Et donc vous l'avez acheté ?
- Speaker #1
Ah oui, toute ma famille était fière que j'aie acheté cette guitare bien sûr. Cette guitare elle sonnait extraordinaire.
- Speaker #0
Et est-ce que c'est vrai qu'Eric Clapton vous a proposé de la racheter cette guitare ?
- Speaker #1
Oui, il a visité un luthier français, monsieur Dupont, et il cherchait une salemère spéciale. Dupont il connaissait mon Selmer il a dit écoute il y a une je ne sais pas s'il est à vendre mais c'est Stockholo Rosenberg qui donne un Selmer 504 avec le nom Django Reinhardt c'est un original ça veut dire que son agent il m'a cherché il a trouvé mon numéro et il m'a appelé il a dit écoute nous sommes intéressés dans des Selmers comme ça comme ça et Eric Clapton vient acheter cette Selmer il n'a même pas parlé d'un prix rien Il joue dans une grande salle en Hollande. Si tu veux, tu viens. C'est dans une semaine. Tu viens avec la guitare. Si la guitare est OK pour lui, il jette ta guitare. Il n'a même pas parlé d'un prix. Et moi, dans l'époque, je dis un prix fou. Je me dis, comme ça, il ne jette pas. Il a dit, bon, pas de problème. Ah, Eric Clapton, bon. Et là, je me dis, j'ai regretté, en fait. Je me dis, ah, c'est dommage. Pourtant, je demandais beaucoup de l'argent. Il a dit oui quand même. Alors, le jour avant, j'ai appelé le monsieur et j'ai dit écoute, j'arrête tout, je ne vends plus ma scène. J'écoutais dire qu'il était en colère quand même parce que j'ai annulé le dernier jour. Bon, c'était mon choix.
- Speaker #0
Stokello Rosenberg est avec nous pour ses échos du plateau, le podcast de Van Eco Jazz. Quand vous étiez petit, vous avez donc appris la guitare presque tout seul. Vous ne saviez pas lire ni écrire la musique.
- Speaker #1
Non. Jusqu'à maintenant, en fait. Comme j'ai commencé très jeune, mon père, il a essayé de me ramener sur un prof local. J'ai joué un peu pour lui. Il a dit, bon, écoute, moi, je ne peux pas apprendre plus parce que moi, j'ai joué déjà trop bien pour lui. Alors, j'ai retourné à la maison et j'ai continué tout seul. Donc, toute notre famille, je parle pour toutes les communautés manouches en France, en Allemagne. Cette musique, ça se prend... L'oreille est entre famille, quoi. C'est comme ça que j'ai pris... Ah, mon cousin, c'est quoi comme accord ? Ah, mais c'est un joli accord, c'est quoi comme accord ? Ça marchait comme ça, quoi. J'ai pris un disque de Django Reinhardt, c'est mon père qui a dit, bon, écoute, si tu veux jouer bien, comme un grand guétariste, essaye de copier du cor... Je reste Django pour voir qu'est-ce qu'il pense, tout ça, et c'est ça que je fais presque toute ma vie.
- Speaker #0
En 2017, vous avez participé à la bande originale du film Django, et à ce titre-là, vous avez repris beaucoup de titres de Django, et vous avez là tout noté, tous ses solos, pour chaque note.
- Speaker #1
Oui, en fait, tous les solos que j'ai enregistrés pour ce film, quand j'étais jeune, je connaissais tous les solos. Après, j'ai tout perdu un peu. Quelques-unes, je connaissais quand même. Mais après, j'étais obligé de... Je m'installe vraiment bien et écouter tous les solos, ça m'a pris quand même du temps pour chercher tous les solos. Pour ce film, je suis très fier aussi qu'ils aient choisi le trio Rosenberg pour ce film, de faire ça. Parce qu'il y a plein de bons musiciens en France aussi. Parce que le film, c'est un film français. Mais ils ont choisi quand même le trio Rosenberg de Pays-Bas. Et c'est pour ça que je suis fier.
- Speaker #0
Avec votre cousin, Nouch, en 1980, vous participez à une émission télévisée, Children TV, je ne sais plus trop le nom, un peu comme la Star Academy. Et là, vous avez 12 ans.
- Speaker #1
12 ans, oui. C'était un ami de famille, c'était un gajo. Grand ami de famille, c'était lui aussi le premier manager, Hans Miln. Clarinettiste. Il a cherché le programmeur de cette émission. programme, le producteur, il a dit bon j'ai deux petits jeunes manouches qui jouent un peu le style Django, tout ça, pour nous c'était grand ça, parce que dans la famille c'était nous les premiers qui passaient aux télés, alors toute la famille était là, tout le monde pour nous c'était grand ça, déjà imaginez-vous, nous passons aux télés nous avions gagné le concours des jeunes artistes mon père il a dit euh... Écoute, il y a des producteurs qui sont venus pour faire des disques il y a 12, 13, 14 ans. Mon père, écoute, mon fils, il est trop jeune de se plonger dans ce monde. De toute façon, il a dit, si la gloire c'est pour lui, ça se passera plus tard aussi. Il a eu raison, quoi. Parce qu'après, moi, je jouais juste dans les communautés manouches, ça veut dire évangélistes. Je voyageais partout, en Angleterre. Allemagne, l'Autriche, Belgique, France. Je jouais dans les missions de réunion d'évangéliques.
- Speaker #0
Donc vous avez 20 ans et avec votre cousin vous débarquez à Samoa-sur-Seine.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
En quoi cette ville est particulière ? Il y a un festival. Racontez-nous cette histoire, ça a été important pour vous.
- Speaker #1
Pour moi c'était très important parce que chaque année Hans Meylen partait à Samoa-sur-Seine sur le festival de Django Reinhardt. A chaque fois qu'il revient du festival, il faisait voir des photos. des histoires, des guitaristes. Et moi, j'étais comme un petit enfant. Un jour, je veux jouer aussi à Samoa sur scène. Un jour, mais quand aussi. Alors, à un certain moment, je me marie avec une Française, à l'âge de 21 ans. La famille de ma femme, elle restait toujours dans le coin, Fontainebleau, Samoa, toujours là-bas. Et je me trouvais au festival, une journée. C'est un rêve. Juste, même si je ne jouais pas, juste... Visiter le petit village, Django est mort, sa tombe, tout ça, c'était un grand moment. Après Hans Mählen, il a demandé aux directions du festival, dans l'intervalle, j'ai eu le droit de jouer trois morceaux avec Nouch et moi, un bassiste, je ne me rappelle plus le nom. C'était une standing ovation. Tout le monde debout, encore, encore. Moi je ne savais plus ce qui se passe là, je me disais, qu'est-ce qui se passe ? Bon, ça passait. Quelques mois plus tard, Hans Midden a eu un coup de fil de John Larsen, c'est un producteur de disques de Norvège. Et c'est là que j'ai enregistré le premier disque Cérestin.
- Speaker #0
Dans les années 90, vous faites un concert et dans le public, il y a un monsieur qui a plus de 80 ans qui s'appelle Stéphane Grappelli.
- Speaker #1
Grappelli, la première fois que j'ai vu Grappelli, j'ai joué au Festival de Montréal à Canada. J'ai fait mon concert le jour avant, en plein air, je crois que 10 000 personnes. Mais lendemain, je passe première partie pour Stéphane Grappelli. Et pour moi, c'était comme si je jouais la première partie de Django Reinhardt, parce que pour moi, c'était presque pareil.
- Speaker #0
C'était le cofondateur du Haute Club de France, Stéphane Grappelli, juste pour rappel.
- Speaker #1
J'ai fini le concert, le manager de Stéphane, il vient, il a dit Stéphane... Il voudrait bien parler avec vous parce qu'il a écouté votre concert et il adore votre style. Ce n'est pas comme les autres manouches, il a dit. Parce que moi je mélangeais déjà dans l'époque un peu avec des bossa, des rumba, des tout. Je mélangeais quoi. Il m'a proposé, bon moi je suis venu dans sa loge et c'était un grand moment pour moi. Il m'a proposé, bon j'adore votre style et je vous invite dans un mois, je joue à Amsterdam. Un grand festival de jazz, et moi je voudrais bien que vous jouiez avec moi à la fin ensemble. Et ça c'était un rêve d'enfant qui se réalise. Alors moi j'étais ravi, Bon, j'ai fait 7 concerts, et après j'ai tourné beaucoup avec Grappelli. Il m'a beaucoup invité en fait. Italie, Allemagne, Spagne, en France aussi, partout un peu. Et après il m'a invité pour le 85e anniversaire de... Stéphane, à Carnegie Hall, en New York. Et là, c'était un rêve accompli, quoi.
- Speaker #0
Une salle où a joué, par exemple, Billy Holiday, ou...
- Speaker #1
Même Django, avec Ellington, en 47. Bon, il a raté un peu, il est venu trop tard, Django, mais quand même. Il y a des enregistrements de ça aussi. Moi, j'étais fier, déjà. Je savais que Django jouait aussi, en 47, dans cette salle. Je peux dire que c'est un des plus grands souvenirs de ma carrière.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a des pays où on est plus sensible à la musique swing ?
- Speaker #1
Moi j'adore la France pour le swing, surtout pour le manouche, le jazz manouche. Moi je joue un peu partout au monde entier. Pour moi le meilleur pays pour cette musique c'est la France.
- Speaker #0
Quelle est votre recette quand vous montez sur scène pour réussir un concert ? Qu'est-ce que vous voulez partager avec le public ?
- Speaker #1
Le truc que je veux partager c'est toujours un mix pour ne pas oublier le style de Django. Ça va être un mélange entre le standard du jazz, mais surtout des compositions.
- Speaker #0
Vous allez jouer valse pour Sephora ?
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr, pour Sephora, oui. C'est ma soeur, c'est plus jeune.
- Speaker #0
Comment on dit en Sinti ? Au revoir ?
- Speaker #1
Merci,
- Speaker #0
merci beaucoup à Stokelo Rosenberg. Vous venez d'écouter Les Échos du Plateau, le podcast de VanEco Jazz, un podcast produit par... par la ville de Vannes. Ce festival dure jusque ce samedi 11 juillet. Vous retrouverez tous les détails et les horaires de la programmation en allant faire un tour sur www.vannecojazz.bzh. Profitez bien des derniers concerts qui, je vous le rappelle, sont offerts et surtout, prenez soin de vous.