- Speaker #0
Bonjour à tous, vous écoutez Les Echos du Plateau, le podcast de VanEco Jazz. Deuxième journée de festivité ce jeudi 9 juillet avec des concerts des musiciens du jazz partout à Vannes, dans les rues, dans les clubs, dans les quartiers et sur la grande scène des remparts. Pour cette deuxième soirée, un beau voyage quelque part du côté de la Méditerranée avec un jeune musicien, multiprimé, tromboniste, compositeur, chanteur, bidouilleur. Lui, c'est Robinson Coury. Nous lui avons donné rendez-vous dans la tour du Connétable, à Vannes, la tour qui surplombe la Grande Seine. Les échos du plateau, épisode 3, saison 5, c'est parti. Bonjour Robinson Coury. Bonjour. Est-ce que vous pouvez nous décrire cette pièce dans laquelle on fait cette interview, dans la tour du Connétable, bâtiment tout en pierre construit au XVe siècle ?
- Speaker #1
Là on est dans une salle, je dirais presque ronde, mais pas vraiment. Il y a une espèce de forme, un petit peu, comment on pourrait dire, polygone, un truc comme ça, avec une grande cheminée qui est fermée en pierre, tout en pierre, avec des poutres au plafond, c'est magnifique. Je verrais bien un concert ici d'ailleurs.
- Speaker #0
J'allais vous poser cette question, est-ce que c'est le genre de lieu atypique qui serait un bon endroit pour créer de la musique ?
- Speaker #1
Ouais, je vois bien un truc avec soit un musicien ou un duo au centre de la pièce et des gens tout autour, ou alors devant la cheminée là, au coin du feu, avec des tapis un peu où les gens s'assoient. C'est propice en tout cas pour des instruments et des voix, des instruments avant et des voix, des instruments qui puissent sonner dans des belles acoustiques comme ça.
- Speaker #0
Ce n'est pas la première fois que vous venez à Havane, puisque vous avez joué plusieurs fois il y a quelques années avec le groupe Sarab. Quels souvenirs vous avez de vos passages ici à Havane ?
- Speaker #1
J'ai joué plusieurs fois, même avec mon premier quartet Top Take à l'époque. On avait fait le tremplin et puis on avait fait la première partie Snarky Puppy, donc ça c'était un grand beau souvenir. Et puis ensuite avec Sarab, pareil, on avait fait le tremplin, on avait fait plusieurs scènes un peu de partout dans la ville. Et ensuite on avait fait la grande scène. c'est un super souvenir avec euh les copains et les copines de Sarab et maintenant je reviens cette année plusieurs fois, plusieurs rendez-vous à Vannes, il y en a eu déjà un le 29 mai avec un spectacle qui s'appelle Tiens avec la danseuse et chorégraphe Claire Lamotte où on a pu faire une performance de rue pour le Golfstream devant les scènes du golf Comment ça s'appelle ? Palais des Arts. Palais des Arts, voilà. On a fait une résidence aussi, mais c'était la première vague de chaleur. On a eu un peu chaud. Nous voici dans la troisième vague de chaleur et me voici de retour à Vannes. Il n'y a plus désagréable quand même comme lieu en termes de vague de chaleur. Ce matin, on était sur l'île d'Arc, donc c'était quand même plutôt agréable, malgré la chaleur.
- Speaker #0
Est-ce que vous pensez que vous êtes né sous une bonne étoile musicale ? Parce que vous êtes né dans une ville qui a une forte identité musicale et vous êtes né dans une famille de musiciens amoureux du jazz. Est-ce que cette bonne étoile musicale existe selon vous ?
- Speaker #1
Ouais, alors je pense pas que ce soit forcément attribué aux fils d'eux et aux filles d'eux, musiciens, musiciennes, puisqu'il y a des exemples comme Anissa, par exemple, la percussionniste avec qui je joue dans mon trio, qui est complètement autodidacte, qui vient d'une famille de non-musiciens, et qui, elle, fait un parcours incroyable, voilà, tout le monde est amoureux du jeu de percussions. La percussion d'Anissa à chaque concert, c'est vraiment une musicienne incroyable. Et moi, c'est un peu l'exact opposé. Je suis né dans une famille de musiciens. Mon père est pianiste, ma mère est chanteuse. J'ai appris la musique depuis ma petite enfance. J'ai commencé par le chant, avec la maîtrise de l'Opéra de Lyon. Donc j'ai fait un parcours très académique. Après j'ai fait les conservatoires, j'ai commencé le trombone. J'ai fait les conservatoires, le conservatoire supérieur à Lyon. Puis grâce à Vienne aussi, j'ai pu... Grandir dans le festival Jazz à Vienne.
- Speaker #0
C'est votre ville de naissance.
- Speaker #1
Voilà, j'ai grandi entre Lyon et Vienne. J'ai grandi au festival de Jazz à Vienne puisque mon père est toujours professeur au conservatoire de Vienne. Le festival m'a vu grandir. Moi aussi, je l'ai vu évoluer d'un certain point de vue. Beaucoup de plaisir aussi à y retourner. J'y étais le week-end dernier. Beaucoup de plaisir à venir dans les villes qui deviennent aussi des villes de cœur, comme c'est le cas avec Van, comme c'est le cas... avec Coutance, des villes qui m'accueillent et qui me font confiance au fur et à mesure de mes projets.
- Speaker #0
Un petit mot sur votre papa qui est d'origine libanaise, j'imagine que c'est important dans votre vie. Est-ce que vous avez eu l'occasion d'aller quelques fois à Kana, le village familial au Liban ?
- Speaker #1
La situation est un peu tragique maintenant à Kana, on ne va pas se mentir. Je ne sais pas à quoi le village ressemble à l'heure actuelle. C'est un village qui est sur les hauteurs mais dans le sud Liban, donc pas loin de la frontière israélienne. Une zone qui n'a pas été épargnée, bien sûr, avec les bombardements. Après, les Libanais ont beaucoup de force. J'y suis allé pour répondre à votre question plusieurs fois, mais depuis longtemps, je ne suis pas retourné. J'aimerais bien y retourner. On a quelques contacts, mais la situation est en perpétuel changement. Donc, c'est un peu compliqué de prévoir des choses. L'essentiel, c'est que le Liban se reconstruise. C'est une éternelle reconstruction. Ils ont cette force-là de toujours penser au jour le jour et de rebondir, en fait. Après chaque événement tragique, il perd. Pas le courage et l'espoir que les lendemains seront meilleurs. Et donc on joue beaucoup de notre répertoire et inspiré de liberté, de liberté d'expression, bien sûr, la musique. Mais on parle aussi beaucoup des âmes qui partent trop tôt, notamment dans les guerres en ce moment dans le monde, comme s'il n'y avait pas assez d'horreur comme ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous pensez avoir de vous, de Libanais ? Vous avez dit dans une interview qu'un de vos regrets, c'était de ne pas avoir appris l'arabe.
- Speaker #1
Ça arrivera peut-être, j'ai encore comme projet d'apprendre l'arabe J'ai pas eu le temps ces dernières années Mais je pense qu'à un moment où j'aurai un peu plus de temps Je m'y mettrai vraiment Mais oui c'est un des regrets en tout cas Que mon grand-père n'ait pas appris l'arabe à ses enfants Il nous a transmis la cuisine Ce qui est déjà pas mal quand même La cuisine libanaise, tout le monde adore ça en général Ça c'est resté Et puis la musique c'était pas vraiment quelque chose qui a été très transmis Même si j'ai appris il n'y a pas si longtemps qu'il jouait du hood Je n'en avais pas du tout conscience quand j'étais petit. Il est décédé quand j'avais 10 ans. Peut-être que sans le savoir, il y a dans les gènes, je ne sais pas, dans des choses qu'on a peut-être écoutées quand même. Peut-être des musiques qu'il a mises quand on était enfant, qui sont restées, qui se sont transmises. Et la musique arabe, quand je m'y suis intéressé vraiment à mes 18 ans, ça a paru un peu comme une évidence de jouer au trombone.
- Speaker #0
Robinson Coury, vous êtes tromboniste, entre autres. Et quand vous étiez adolescent, vous étiez chanteur au conservatoire, à l'opéra, et puis il y a la voix qu'a muée, les hormones vous ont joué des tours.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Je dis souvent que j'ai cherché un instrument derrière lequel me cacher pour chanter, puisque ce n'était plus possible avec ma voix à ce moment-là. Et voilà, j'ai trouvé le trombone.
- Speaker #0
Mais avant d'avoir trouvé le trombone, il y a des amis de vos parents qui, super sympa, vous ont offert une guitare. Parce qu'à l'époque, vous adoriez les guitares saturées. Déjà, vous avez toujours les cheveux longs. Peut-être que vous étiez Robert Plante ou Jimmy Page, Led Zeppelin, Van Halen et j'en passe. Et la guitare, ça n'a pas vraiment fonctionné.
- Speaker #1
La guitare, ça reste un instrument que j'adore. J'ai joué beaucoup avec des guitaristes, Manu Kudja, Pierre Thérégeol, des guitaristes très talentueux avec des techniques assez impressionnantes. Je trouve que c'est un instrument fascinant, puisqu'il est comme beaucoup d'autres instruments à cordes, qui sont des dérivés plus ou moins de la guitare, mais il y a un rapport, je trouve, à la musique et à la manière d'articuler les accords qui est très spécifique. Ça m'a toujours fasciné, et malheureusement, ça n'a pas été... Ou heureusement, je ne sais pas, peut-être parce que du coup, je me suis dirigé vers le trombone, mais... Ça n'a pas été physiquement un instrument qui m'allait bien, avec les cordes, les doigts, ce n'était pas quelque chose avec lequel je me suis senti vraiment en confiance.
- Speaker #0
Est-ce que c'est grâce à Philippe, votre papa, que vous avez eu envie de faire du trombone lors d'un concert de son big band ?
- Speaker #1
En partie, mais pas exactement. Je pense qu'il y a tout un pan de ma famille qui... Le jazz est arrivé grâce déjà à l'oncle de mon père, qui s'appelait Philippe aussi, qui lui était pianiste de jazz à Paris, amateur. Mais il jouait super. D'ailleurs, on est retombé sur des vieux enregistrements. C'était un mec qui jouait vraiment incroyablement bien. Et puis, il avait tout un tas d'instruments chez lui. Bon, moi, je ne l'ai pas connu. Il est décédé assez jeune. J'ai rencontré ma tante qui avait une maison en banlieue parisienne. Et il y avait cet instrument qui était une espèce de phonium ou de pichotte sur lequel je me suis commencé à m'user à souffler alors qu'il était vraiment à réviser. Mais c'est arrivé comme ça, en fait. C'est un peu comme un coup de chance. Il y a eu cet instrument-là. Et puis voilà, les big... bandes, les orchestres, je me suis dit que le trombone c'était un instrument qui se retrouvait dans beaucoup de styles différents et en même temps qui avait tout à faire parce que c'était un instrument qui était assez peu commun finalement en France et c'est ça qui m'a plu, je pense que j'ai toujours aimé l'originalité
- Speaker #0
Et un de vos professeurs quand vous étiez joueur de trombone adolescent vous a fait découvrir un certain Gigi
- Speaker #1
Johnson Ouais c'est... influence majeure pour beaucoup de trombonistes de jazz, mais au-delà de son jeu de trombone, c'était quelqu'un qui avait, je pense, une philosophie complexe et intéressante, et qui avait cette manière de jouer, toujours chercher à jouer la bonne note au bon moment, et c'était un arrangeur aussi incroyable, donc c'était quelqu'un qui avait une vision de la musique très complexe et très complète, et ouais, j'aurais aimé le connaître, je pense.
- Speaker #0
Vous avez écouté et réécouté Gigi Johnson, et à un moment donné, vous vous êtes même dit Merci. qu'il y avait une espèce de philosophie dans la musique et que dans le trombone, en écoutant Didier Johnson, vous trouviez dans le trombone un aspect métaphysique. C'est vous qui avez dit ça.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est un instrument qui est assez proche de la voix. Avec l'utilisation, et pas que de J.J. Johnson, mais à cette époque-là, il y avait aussi beaucoup de trombonistes qui aimaient les effets et jouer avec les sourdines et jouer avec uniquement la coulisse. Alors moi, je le fais aussi maintenant. Et en fait, c'est un instrument avec lequel on peut chercher plein de sonorités différentes et on peut arriver à s'exprimer de manière très diverse. Et donc, des fois, on a l'impression d'entendre un animal. Des fois, on a l'impression d'entendre un enfant qui pleure. Il y a vraiment plein de moyens d'expression et de sonorité.
- Speaker #0
J'aimerais revenir un peu sur vos influences, et notamment des artistes, on va dire, orientaux. Parmi ceux-là, il y aurait un certain Nusrat Fateh Ali Khan.
- Speaker #1
Oui, c'est un chanteur incroyable. L'inspiration, c'est un des solistes chanteurs... Quelque part entre la musique pakistanaise et des mélismes, entre la musique arabe, la musique indienne, il y a quelque chose de divin à l'entendre. Quelque part, hors sol, ça nous fait rêver sa manière d'articuler, sa manière de chanter. C'est un chanteur, oui, bien sûr, auquel je me suis beaucoup inspiré pendant Jeu de trombone, mais aussi, il y a aussi Oukoum Kalsoum, il y a aussi des chanteuses plus actuelles, avec Natacha Atlas, bien sûr.
- Speaker #0
Petite parenthèse sur Nusrat Fatah Ali Khan, c'est un des maîtres du kawali, qui est un style musical soufi, et vous parlez de quelque chose de divin.
- Speaker #1
Bien sûr, ça touche au spirituel, et je pense que c'est quelque chose qui m'a manqué moi dans mon éducation peut-être. Moi j'ai été élevé dans un contexte où on avait des raisons aussi de vouloir se détacher des religions et de vouloir avoir une éducation athéiste. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de l'ordre spirituel qui m'a manqué un peu et que je retrouve dans la musique. Et je pense que les religions, de toute façon, il n'y a pas que des mauvaises choses. Il y a aussi cette notion spirituelle qui est très importante. Et je le vois, on revient d'une tournée aussi au Canada avec Mia. Dans tout peuple, dans toute civilisation, il y a ce besoin de connexion à la spiritualité. On a été très touchés par des choses qu'on a apprises du peuple autochtone, des natifs américains qui ont un rapport très fort à la spiritualité. Et grâce à ça, je trouve une sensibilité. et une connexion au vivant qui est aussi différente de nous. Je pense qu'il y a une normalisation avec la culture occidentale qui ne fait pas forcément du bien, qui lisse les choses. Je pense qu'il y a des choses qu'on ne peut pas expliquer. Je pense que c'est aussi pour ça qu'on a besoin de musique dans nos cultures. La musique va traduire un peu l'intraduisible et nous place à un endroit où nous, en tant que musiciens, on est aussi traversés par une énergie et on est comme des vecteurs aussi. d'une sorte d'énergie qu'on partage on est chanceux aussi de pouvoir le faire c'est pas dans tous les pays que c'est possible d'être musicien et de pouvoir en vivre là je m'égare un petit peu mais voilà, c'est compris
- Speaker #0
Nous sommes toujours dans les échos du plateau en compagnie de Robinson Coury. Robinson Coury, il paraît que dans la vie pour réussir, il faut un savant mélange entre chance, travail, talent. Ça a été assez vite pour vous puisque dès le début de votre carrière, vous avez pu rencontrer Natacha Atlas, Michel Portal, Ibrahim Malouf et à même pas 25 ans, vous étiez dans dans le Quincy Jones Orchestra.
- Speaker #1
Oui, je suis très reconnaissant de toutes les rencontres que j'ai pu faire, tous les gens qui m'ont fait confiance. C'est ça aussi la musique que j'essaye de partager maintenant, faire confiance à des gens, à des musiciens, des musiciennes, comme on m'a fait confiance moi. Il y a comme ça une transmission qui s'opère et moi je suis très reconnaissant des gens qui m'ont appelé et qui m'ont amené sur ces scènes-là et qui m'ont fait confiance et avec qui je me suis développé et je me suis inspiré énormément, bien sûr. Ibrahim Malouf, évidemment, Michel Portal, j'ai eu la chance de jouer avec lui plusieurs fois. Et puis au Métropole Orchestre, j'ai un orchestre aux Pays-Bas dans lequel j'ai officié pendant quelques années. J'ai eu la chance de collaborer avec beaucoup d'artistes, notamment Snarky Puppy assez récemment, ça a été un des derniers projets que j'ai fait avec eux. Il y a eu dans le Métropole Orchestre un chef incroyable qui s'appelle Jules Buckley. anglais et qui est un chef d'orchestre comme il n'y en a pas souvent et qui a dirigé l'orchestre de Quincy Jones lors de sa dernière tournée en Europe et il m'a appelé pour le concert à Bercy à Paris où j'ai pu jouer dans l'orchestre de Quincy Jones rencontrer Quincy Jones et rencontrer aussi tous les musiciens incroyables la musicienne qui ont joué avec nous ce soir là
- Speaker #0
Robinson Coury alors sur votre site internet il y a écrit musicien tromboniste champ Conteur-compositeur, comment ça se passe ? Au départ, on a une page blanche. Comment vous arrivez à composer ? C'est l'émotion qui vous mène.
- Speaker #1
La composition, elle arrive sous plusieurs formes, mais comme toute forme créative, il y a des moments propices, il y a des moments stimulants qui font arriver la création. Et donc, ça peut arriver à tout moment. Il faut être assez alerte à ces moments-là et arriver à pouvoir avoir du temps aussi seul. C'est très important, la solitude. dans la création et dans ces vies-là qu'on a surchargées de tournées, de rencontres, de workshops, de tout ce qu'on veut. C'est vrai que c'est parfois difficile de prendre ce temps-là, mais il est plus que nécessaire quand on veut continuer à créer.
- Speaker #0
C'est une philosophie de vie de prendre son temps, d'être seul et de se laisser happer par le vide, entre guillemets.
- Speaker #1
De toute façon, je pense que... Finalement, la création, les formes créatives, elles sont là partout, chez tout le monde, dans les vies de tous les jours. Et elles sont bénéfiques pour tout le monde. Et je pense qu'on est tous créateurs quelque part, dans un quelconque domaine. Des fois, ça se traduit de manière différente. Ça peut se traduire dans la cuisine. Il y a plein de manières de créer. Et je pense que oui, on a tous besoin. Deux moments de ressourcement, de connexion, de méditation, de faire le vide en soi et à la fois on est des êtres sociaux donc on a besoin d'un équilibre entre ces moments de partage et ces moments de solitude.
- Speaker #0
Ce jeudi sur la grande scène des remparts pour Vanneco Jazz, vous allez présenter votre projet MIA, M-Y-A.
- Speaker #1
J'aime bien ce mot parce qu'il a fait un peu sa route tout seul. La langue, c'est là qu'on voit que c'est vivant. Quand on crée un mot, des fois il prend de la place sans qu'on y ait anticipé la chose. Mia à la base c'était une composition, un morceau que j'ai écrit, qu'on a enregistré sur notre premier album et qui a donné le nom au projet. On présente Transara qui est notre deuxième album qu'on vient de sortir sur le label ACT et qu'on est très heureux de partager aussi avec un orchestre invité de loco, un orchestre qu'on appelle l'orchestre éphémère. Et ils ont travaillé... comme des pros, sur trois morceaux de notre répertoire.
- Speaker #0
En quoi c'est important pour vous, justement, de participer à ce genre d'atelier avec une quarantaine de musiciens amateurs, jeunes, plus âgés ? Pour vous, c'est chouette de transmettre ?
- Speaker #1
Ah bah oui, c'est toujours un grand plaisir de pouvoir avoir des échanges justement et du partage avec des gens locaux quand on vient jouer quelque part. Il y a une connexion, il y a un attachement qui se crée et qui est unique. À chaque fois qu'on a l'occasion de pouvoir faire ça, ça peut être sur plusieurs formes. Là, ça prend la forme d'un concert grâce aux arrangements de Mickaël Audreno qui a fait un gros travail là-dessus. Ça peut prendre aussi la forme des fois de rencontres, de temps d'échange, des fois de masterclass, des fois de petits concerts en aparté, voilà.
- Speaker #0
Vous allez présenter ce soir, entre autres, une partie de votre dernier album, qui est tout frais, qui est tout chaud, qui est sorti au mois de mai, qui s'appelle Transara. C'est un mot que vous avez inventé. Qu'est-ce qu'il veut dire ?
- Speaker #1
C'est un peu un deux mots en un. Bien sûr, vous entendez bien dans Transara qu'il y a la trans. Donc, c'est une recherche dans notre musique à trois de rentrer dans une trans ensemble. Et puis, sar, c'est en arabe, je me suis renseigné, voilà, c'est le chemin. le chemin de la trance ou la trance qui nous emmène vers un autre chemin. Voilà, on a plusieurs aussi interprétations possibles, mais voilà.
- Speaker #0
MIA, c'est quoi ? C'est du jazz moderne, c'est une ouverture sur le monde et notamment la Méditerranée. Est-ce que c'est de la musique expérimentale et électro ? Vous utilisez un synthé modulaire ?
- Speaker #1
C'est toujours compliqué de définir la musique de MIA. Je dirais que c'est une musique hybride, multiculturelle, qui est bien sûr inspirée d'électro. de musique de tradition orale du monde. Et c'est très large, ce que je dis. Mais justement, c'est une musique hybride actuelle et qui est accueillie par le monde du jazz. Je ne dirais pas que c'est du jazz, personnellement. Mais le jazz est une grande famille qui accueille un peu tous ses cousins et tous les dérivés, toutes les musiques justement très ouvertes et qui n'ont pas forcément d'appellation, de labellisation, et qu'on peut difficilement catégoriser. donc je suis Très reconnaissant justement de ce monde du jazz qui accueille mes créations toujours plus diverses.
- Speaker #0
Mia, c'est une musique hybride, c'est aussi, vous allez peut-être me dire le contraire, une musique planante, onirique. C'est une musique effectivement qu'on peut se poser à l'ombre, forcément, on ferme les yeux, ou s'il fait nuit on regarde les étoiles et puis là vous nous emmenez quelque part.
- Speaker #1
Oui, je pense que ça a une invitation au voyage et à la trance et à la connexion avec un ailleurs.
- Speaker #0
Libération dans une chronique sur Mia, votre dernier album, dit que c'est un album cosmogonique. La cosmogonie étant l'ensemble des récits mythiques qui décrivent la formation de l'univers.
- Speaker #1
C'est ça, c'est une musique qui fait voyager, donc on voyage carrément dans les étoiles. Pourquoi se priver de pouvoir partir dans des imaginaires ? Presque impossible. La musique est en tout cas le pouvoir de pouvoir permettre ça. Et donc on imagine des choses, on s'imagine dans l'espace, on s'imagine à la création du vivant, on s'imagine à plein de moments. En tout cas, on se pose des questions et la musique n'a pas forcément de réponse, mais nous emmène dans ces chemins et dans ces questionnements.
- Speaker #0
Robin Sancoury, dans une interview pour Radio France récemment, vous avez dit que face au monde qui nous entoure, on ne peut être que pensif et mélancolique. Mais que votre musique permettait de donner un peu d'espoir et d'avoir un peu de réconfort.
- Speaker #1
Oui, en tout cas pour nous, avec Anissa et Léo, c'est une bulle de réconfort. On a beaucoup de chance, encore une fois, de pouvoir jouer dans des lieux comme ceux-là, de pouvoir partager la musique avec autant de gens, avec autant de publics, dans un contexte, dans le monde où tout le monde n'a pas cette chance-là, cette liberté-là. On s'estime très chanceux de pouvoir partager ça avec le public. public et de pouvoir jouer notre musique et donc ouais c'est une bulle de chance et dont on profite mais on parle justement de la situation du monde c'est pas quelque chose de tabou c'est pas quelque chose on n'a pas envie de d'enjoliver le tableau comme si rien ne se passait à l'heure actuelle voilà Donc je pense qu'il y a un besoin aussi de révolte à travers la musique.
- Speaker #0
Quelques mots pour présenter vos camarades que sont Anissa Nehari et Léo Jacef.
- Speaker #1
C'est des êtres de lumière. Un pianiste est très inspiré, quelqu'un qui touche la grâce avec son toucher, ses phrases, que ce soit au piano ou au synthétiseur. Et puis Anissa, qui est très ancrée, et c'est un peu le feu sur scène, qui enflamme souvent l'ambiance, qui fait monter la température.
- Speaker #0
Merci, Robinson Coury.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Et bon concert.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci beaucoup à Robinson Coury pour cette interview réalisée dans le cadre des Échos du Plateau, le podcast de VanEchoJazz. C'est un podcast produit par la ville de Vannes. Je vous donne rendez-vous sur www.vannechojazz.bzh ainsi que sur les réseaux sociaux du festival pour vous tenir au courant des nombreux concerts qui, je vous le rappelle, sont offerts. Demain dans l'épisode 4 des Échos du Plateau, vous avez rendez-vous avec un guitariste roi du jazz manouche. Il sera vendredi sur la grande scène des remparts, j'ai nommé Stoke-le-Rosenberg. Mais en attendant, profitez bien du festival Van Eco Jazz, ça dure jusqu'au samedi. Et surtout, prenez soin de vous.