A Parte

Tchika, le magazine d'empouvoirement pour les filles, avec Elisabeth Roman

Tchika, le magazine d'empouvoirement pour les filles, avec Elisabeth Roman

27min |30/01/2020
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Tchika, le magazine d'empouvoirement pour les filles, avec Elisabeth Roman

Tchika, le magazine d'empouvoirement pour les filles, avec Elisabeth Roman

27min |30/01/2020
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Description

Tchika est un magazine papier pour les filles de 7 à 12 ans. Pour sa fondatrice, Elisabeth Roman, c’est avant tout un journal engagé. Sa mission : informer ces petites filles mais aussi les aider à développer leur estime de soi grâce à des portraits de modèles positifs de femmes d’hier et d’aujourd’hui, des articles sur la science, le sport, l’écologie, l’art… En bon français, on appelle ça faire de l’empouvoirement.

Après avoir fait exploser les compteurs lors de sa campagne de financement participatif, Elisabeth Roman a déjà sorti trois numéros de ce trimestriel et fédéré 3000 abonnés. Pour l’instant, l’ancienne rédactrice en chef de Sciences et Vie Découvertes rédige à peu près tous les articles et envoie elle-même les exemplaires par la Poste. Pour aller plus loin - recruter une équipe de journalistes, lancer un Tchikita pour les moins de 7 ans -, l’entrepreneuse cherche maintenant une personne qui voudra investir dans son projet. Et donner ainsi de la sécurité à sa liberté.

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Pour aller plus loin : 

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L'essentiel de l'épisode : 

Un magazine d’empouvoirement pour les filles

[00:03:01] Je veux lancer un magazine de sciences pour les filles et donc je vais voir en kiosque parce que je sais que le magazine que je faisais était quand même plus pour les garçons que pour les filles. Donc, je me disais il n'y a pas de raison, il faut qu'il y ait quelque chose pour les filles autour de la science. 

Et je vais en kiosque, je découvre la presse magazine, dit pour petites filles, les bras m'en tombent et je me dis je ne peux pas faire que de la science. Je suis obligée de faire autre chose et je suis obligée de faire un magazine d'empouvoirement pour les filles, c'est-à-dire un magazine qui va les rendre plus fortes et les faire sortir de ces injonctions qu'on donne aux enfants dès la naissance.

[00:04:41] C'est en fait des rôles modèles, ça c'est clair, des femmes qui sont sorties de ces injonctions et qui ont fait des trucs incroyables. On montre aussi des petites filles qui ont fait ça. Donc, c'est ma rubrique Tchika d’or. Ensuite, on sort des phrases inspirantes, ça aussi c'est classique. Ensuite, on prend des injonctions, on les barre et on les déconstruit, en expliquant pourquoi par exemple le rose c’est pas pour les filles, pourquoi les filles sont pas nulles en maths. En fait, ce n'est pas différent. La seule chose, effectivement, c'est que ça ne va pas être mis en scène de la même façon dans un magazine pour enfants que dans un magazine pour adultes.

[00:05:51] En fait, le message est le même que tous les sites féministes, en fait, c'est pareil.

[00:06:16] Moi, je travaille beaucoup sur la photo, c'est à dire j'estime que les magazines pour enfants. Il faut éviter de mettre des illustrations. Pourquoi? A partir du moment où on parle d'actualité. Si tout est dessiné, en fait, on a l'impression de ne pas être dans le réel, c’est Disney.

[00:06:38]  Ce qui est dessiné, par exemple les mascottes qui existent toujours dans la presse enfants - ce qui est normal car c'est un peu un lien entre la rédaction et l'enfant qui lit, ce sont elles les rédactrices en chef, les mascottes. J'ai demandé à mon illustratrice qu'elle soit toucouleurs, qu'elle ait différents hobbies. Et puis, il y en a une qui a fond pour sauver la planète. L'autre qui est plus scientifique. Et puis, il y en a une qui a un peu joufflue aussi. Voilà, c'est à dire que pour que chacune puisse se sentir, moi l'idée, c'est que les petites mascottes, elles, représentent les gamines qu'on voit dans la rue, les gamines qui sont dans les classes. Il ne fallait pas que si on regarde quand on a regardé pendant très longtemps les magazines pour filles, on voyait toujours un peu le même stéréotype de petite fille, jolie, blonde, etc.

[00:08:16] En fait, je suis un magazine engagé. C'est-à-dire que d'autres magazines pour filles, dont notamment un s'est orienté un peu sur cette voie-là, mais en gardant des choses que moi, je ne mets pas dedans, c'est à dire la mode, la beauté, le côté coeur, paillettes, etc. Moi, je mets ça totalement de côté. Il n'y a pas de mode dans Tchika.

La naissance d’un modèle original

[00:10:02] Il est venu dans ma tête en juillet 2018. J'ai un peu travaillé dessus. Le premier numéro a été un an plus tard, en juin 2019. 

[00:10:25] Moi, j'ai touché un peu à tous les médias le long ma longue carrière notamment, j'ai été une des premières à faire des magazines sur iPad pour enfants où on a eu pas mal de prix d'ailleurs. 

[00:11:43] Pour moi, c'est important que quand on travaille, quand on fait quelque chose, que ça rapporte de l'argent. Et moi, je sais faire des magazines papier, ça, c'est clair, ça se vend, ça, c'est clair.

[00:12:00] Alors moi, je le vends d'une façon assez étonnante parce que pour l'instant je ne suis pas en kiosque, je ne suis pas en librairie. Je vends de la main à la main. C'est-à-dire que les gens vont sur mon site qui est horriblement moche, que j'ai fait en 5 minutes pour avoir un endroit. C'est un site vitrine, un site de commerce. Pour l'instant, il n'y a pas grand chose, ça va évoluer. 

[00:12:24]  J'ai créé très vite un rapport extrêmement proche avec les mères, pères, oncles, tantes, marraines, grands mères, etc. qui ont découvert Tchika, qui ont eu envie bien avant qu'il existe d'abonner leur fille ou même des garçons... même si ce n'était pas la cible de départ.

[00:14:01.320]  J'avais besoin que ça se touche. J'avais besoin que ça existe. J'avais besoin qu'on le prenne en bibliothèque, parce que c'est important pour moi. En fait, aujourd'hui, sans vous mentir, je pense que je m'adresse à des CSP+. Par contre, beaucoup de bibliothèques commencent à s'abonner et je sais que, du coup, je vais rencontrer d'autres types de lecteurs. Et ça, c'est important pour moi. 

Ecrire et diffuser soi-même

[00:14:18]  Sur les 3 magazines, j'ai quasiment tout écrit, c'est moi qui fais les maquettes, je fais mon propre SR. Donc voilà, il y a quelques rubriques que je fais écrire, plus l’icono. Bon, je ne fais pas les illustrations. Mais sur les 3 magazines, ça a été ça. Le quatrième, ça va être quasi ça aussi. À partir du cinquième, je vais ouvrir à des rédactrices ou à des rédacteurs, etc. Pourquoi? Parce que c'est très cher un magazine papier. L'impression est chère. La distribution est chère. Enfin, le routage, c'est cher. Donc, le truc sur lequel je pouvais un peu rogner, c'était le savoir faire éditorial. Donc, oui, ce qu'on sait faire, on le fait.

[00:15:48] En fait, mon modèle économique, ce n'est pas aujourd'hui évidemment Tchika. C'est mon moteur. Je suis en train de travailler à m'ouvrir sur d'autres choses pour permettre à la galaxie Tchika de vivre. Par exemple, cette année, je vais lancer Tchikita, qui va être pour les plus petits de 4 à 7 ans. Je suis en train de travailler sur d'éventuelles formations pour les instituteurs et institutrices, puisque l'égalité filles-garçons est quelque chose qui est dans leur obligation, ils doivent se former à ça. 

[00:16:53] Moi, j'ai été été en kiosque très longtemps avec Sciences et Vie découverte. Je voyais le nombre d'invendus, ça fait peur, surtout sur la presse enfants. Alors en plus, c'est compliqué parce que moins tu en mets en kiosque... Si tu en mets 10 000 en kiosque, les kiosques vont avoir 1 ou 2, donc le 1 ou 2 va être caché derrière celui qui en a 10 ou 20. Donc finalement, tu vois encore moins que si on mettait 20 ou 40 000 en proportion. Généralement, tu peux avoir 40% de vendus, donc 60% d'invendus. Donc il y a deux raisons: une raison économique et une raison écologique. Qu'est ce qu'on fait? Ben oui, on les jette. 

[00:17:52] Je me suis dit au départ : je vais les envoyer par la Poste et parfois, il y a eu des moments où je fais 300 enveloppes. Moi, j'ai un routeur qui m'envoie les magazines. A chaque fois que j’imprime, c'est un routeur qui les envoie. Mais comme je suis trimestriel, donc pendant ces trois mois, il y a tous les jours des gens qui s'abonnent. Donc, toutes les semaines, je fais mon petit tableaux Excel et mes petites étiquettes, mes petites enveloppes et puis je vais à la Poste. Donc oui c'est un boulot de fou. Mais voilà, je l'aime tellement ce magazine que je fais beaucoup de choses et beaucoup de sacrifices de temps pour lui. 

Une communauté de 3000 abonnés 

[00:18:37] Alors aujourd'hui je suis à 3000 abonnés, ce qui est quand même pas mal en moins d'un an et en ayant très peu finalement d'actions marketing pour l'instant. Elles se situent surtout sur Facebook quand je fais des promos, etc. 

[00:19:48]  Là, il a fallu que je monte une communauté avant que ça existe. Et moi, je ne savais pas comment professionnellement on le faisait. Moi, je suis capable d'en faire une pour moi. J'ai été sur Twitter très longtemps. Tout ça, je sais faire, mais je savais pas comment on mettait en avant un magazine, en plus qui n'existait pas. Qu'est ce qu'on mettait comme message, etc ? C'est un peu complexe.

Et puis, je me suis mise en novembre 2018. Tous les jours, j'ai commencé à poster un petit truc. Finalement, comme quand soi même on s'ouvre sur Facebook. Et puis oui, ça a marché, ça a monté. Et c'est effectivement ces personnes qui me suivaient sur ces réseaux sociaux qui ont été, je pense, parmi ceux qui se sont abonnés.

[00:21:02] Il fallait avoir des objectifs assez élevés et se battre pour ça. Et puis oui, j'ai fini à 60 000. À l'époque, c'était le troisième meilleur crowfunding pour enfants. Donc, c'est vrai que je me suis extrêmement battue. Pour ceux qui n'ont jamais fait de crowfunding, c'est un marathon qui on est content d'en sortir. Ça m'a permis de réaliser ce beau magazine et de le faire vivre.

Liberté éditoriale totale

[00:22:03] Je me suis retrouvé dans la situation de ces femmes de plus de 45 ans, à qui on explique que parce qu'on va revendre sa boîte - mais on ne dit pas qu'on va vendre sa boîte  - que ça serait bien qu'elle aille voir ailleurs. Voilà, c'est un peu ça qui m'est arrivé. 

Moi, j'étais bien dans mon lieu, j'avais envie de faire d'autres choses parce que j'avais fait le tour de mon magazine et j'ai compris en voyant ce qui se passait autour de moi, qu'effectivement, les femmes de mon âge, les rédac chef, c'est à dire des gros salaires, commençaient à prendre la porte de sortie avec plein de méthodes différentes. Voilà donc moi, j'ai senti que mon tour allait venir, que je devais être sur une blacklist. Donc, j'ai fait en sorte d'organiser ma sortie d'une façon correcte. 

[00:23:16] Je n'avais pas envie d'envoyer des CV, de taper à des portes, de ne pas avoir de réponse. J'ai eu envie de bouger tout de suite et travailler tout de suite. Je me suis dit : c'est le moment ou jamais, essaie ça. Tu n'as jamais été chef d'entreprise….

[00:23:36] Je ne vais pas te dire que c'est simple. Tu as des choses que tu gagnes. Moi, je suis totalement libre éditorialement. Si je me dis tiens, je vais lancer Tchikita, je n'ai pas à aller faire le tour de 250 personnes qui vont me mettre peut-être six mois à me répondre oui ou non, etc. Mes trucs instinctifs aujourd'hui, je peux les tester, je peux les lancer. Je n'ai pas des personnes qui me disent oui ou non pour d'autres raisons que l'éditorial. Qui peuvent me dire non, simplement parce qu'elles peuvent pas me blairer : ça peut aussi arriver dans les entreprises. Donc je peux faire ce que je veux. Maintenant, c'est clair que je n'ai pas le confort d’une entreprise où je serais salariée.

[00:25:31]  La première chose aujourd'hui, c'est de trouver une ou un investisseur qui m'accompagnera justement dans le fait que je puisse avoir des gens qui fassent certaines choses. Maintenant que j'ai fait trois magazines, c'est assez simple. On voit quel est le style que j'ai envie qu'on adopte, quel est le type de sujets… C'est un projet qui est déjà écrit. Il faut juste mettre ses pieds dans les chaussures. Et donc, moi j'aimerais que quelqu'un vienne m'aider financièrement. Pas que pour Tchikha, bien sûr, pour tous les projets que j'ai derrière et qui sont aussi très intéressants.

[00:26:23] Quand vous veut plus de vous, parce qu'il y a effectivement beaucoup de médias qui restreignent les salariés, sachez que vous pouvez y arriver seul. Il faut juste beaucoup travailler. C'est vrai que c'est compliqué parce que quand on est journaliste, on considère les personnes qui nous lisent uniquement comme des lecteurs. Il faut réussir à les considérer aussi comme des clients, donc changer de casquette toute la journée.

Et c'est très difficile pour les journalistes de faire ça parce que pour eux, l'argent est un peu sale. Mais quand on arrive à le faire, c'est hyper satisfaisant, finalement, d'avoir la liberté d'écrire et de choisir les sujets qu'on veut.

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Crédits 

Description

Tchika est un magazine papier pour les filles de 7 à 12 ans. Pour sa fondatrice, Elisabeth Roman, c’est avant tout un journal engagé. Sa mission : informer ces petites filles mais aussi les aider à développer leur estime de soi grâce à des portraits de modèles positifs de femmes d’hier et d’aujourd’hui, des articles sur la science, le sport, l’écologie, l’art… En bon français, on appelle ça faire de l’empouvoirement.

Après avoir fait exploser les compteurs lors de sa campagne de financement participatif, Elisabeth Roman a déjà sorti trois numéros de ce trimestriel et fédéré 3000 abonnés. Pour l’instant, l’ancienne rédactrice en chef de Sciences et Vie Découvertes rédige à peu près tous les articles et envoie elle-même les exemplaires par la Poste. Pour aller plus loin - recruter une équipe de journalistes, lancer un Tchikita pour les moins de 7 ans -, l’entrepreneuse cherche maintenant une personne qui voudra investir dans son projet. Et donner ainsi de la sécurité à sa liberté.

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Pour aller plus loin : 

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L'essentiel de l'épisode : 

Un magazine d’empouvoirement pour les filles

[00:03:01] Je veux lancer un magazine de sciences pour les filles et donc je vais voir en kiosque parce que je sais que le magazine que je faisais était quand même plus pour les garçons que pour les filles. Donc, je me disais il n'y a pas de raison, il faut qu'il y ait quelque chose pour les filles autour de la science. 

Et je vais en kiosque, je découvre la presse magazine, dit pour petites filles, les bras m'en tombent et je me dis je ne peux pas faire que de la science. Je suis obligée de faire autre chose et je suis obligée de faire un magazine d'empouvoirement pour les filles, c'est-à-dire un magazine qui va les rendre plus fortes et les faire sortir de ces injonctions qu'on donne aux enfants dès la naissance.

[00:04:41] C'est en fait des rôles modèles, ça c'est clair, des femmes qui sont sorties de ces injonctions et qui ont fait des trucs incroyables. On montre aussi des petites filles qui ont fait ça. Donc, c'est ma rubrique Tchika d’or. Ensuite, on sort des phrases inspirantes, ça aussi c'est classique. Ensuite, on prend des injonctions, on les barre et on les déconstruit, en expliquant pourquoi par exemple le rose c’est pas pour les filles, pourquoi les filles sont pas nulles en maths. En fait, ce n'est pas différent. La seule chose, effectivement, c'est que ça ne va pas être mis en scène de la même façon dans un magazine pour enfants que dans un magazine pour adultes.

[00:05:51] En fait, le message est le même que tous les sites féministes, en fait, c'est pareil.

[00:06:16] Moi, je travaille beaucoup sur la photo, c'est à dire j'estime que les magazines pour enfants. Il faut éviter de mettre des illustrations. Pourquoi? A partir du moment où on parle d'actualité. Si tout est dessiné, en fait, on a l'impression de ne pas être dans le réel, c’est Disney.

[00:06:38]  Ce qui est dessiné, par exemple les mascottes qui existent toujours dans la presse enfants - ce qui est normal car c'est un peu un lien entre la rédaction et l'enfant qui lit, ce sont elles les rédactrices en chef, les mascottes. J'ai demandé à mon illustratrice qu'elle soit toucouleurs, qu'elle ait différents hobbies. Et puis, il y en a une qui a fond pour sauver la planète. L'autre qui est plus scientifique. Et puis, il y en a une qui a un peu joufflue aussi. Voilà, c'est à dire que pour que chacune puisse se sentir, moi l'idée, c'est que les petites mascottes, elles, représentent les gamines qu'on voit dans la rue, les gamines qui sont dans les classes. Il ne fallait pas que si on regarde quand on a regardé pendant très longtemps les magazines pour filles, on voyait toujours un peu le même stéréotype de petite fille, jolie, blonde, etc.

[00:08:16] En fait, je suis un magazine engagé. C'est-à-dire que d'autres magazines pour filles, dont notamment un s'est orienté un peu sur cette voie-là, mais en gardant des choses que moi, je ne mets pas dedans, c'est à dire la mode, la beauté, le côté coeur, paillettes, etc. Moi, je mets ça totalement de côté. Il n'y a pas de mode dans Tchika.

La naissance d’un modèle original

[00:10:02] Il est venu dans ma tête en juillet 2018. J'ai un peu travaillé dessus. Le premier numéro a été un an plus tard, en juin 2019. 

[00:10:25] Moi, j'ai touché un peu à tous les médias le long ma longue carrière notamment, j'ai été une des premières à faire des magazines sur iPad pour enfants où on a eu pas mal de prix d'ailleurs. 

[00:11:43] Pour moi, c'est important que quand on travaille, quand on fait quelque chose, que ça rapporte de l'argent. Et moi, je sais faire des magazines papier, ça, c'est clair, ça se vend, ça, c'est clair.

[00:12:00] Alors moi, je le vends d'une façon assez étonnante parce que pour l'instant je ne suis pas en kiosque, je ne suis pas en librairie. Je vends de la main à la main. C'est-à-dire que les gens vont sur mon site qui est horriblement moche, que j'ai fait en 5 minutes pour avoir un endroit. C'est un site vitrine, un site de commerce. Pour l'instant, il n'y a pas grand chose, ça va évoluer. 

[00:12:24]  J'ai créé très vite un rapport extrêmement proche avec les mères, pères, oncles, tantes, marraines, grands mères, etc. qui ont découvert Tchika, qui ont eu envie bien avant qu'il existe d'abonner leur fille ou même des garçons... même si ce n'était pas la cible de départ.

[00:14:01.320]  J'avais besoin que ça se touche. J'avais besoin que ça existe. J'avais besoin qu'on le prenne en bibliothèque, parce que c'est important pour moi. En fait, aujourd'hui, sans vous mentir, je pense que je m'adresse à des CSP+. Par contre, beaucoup de bibliothèques commencent à s'abonner et je sais que, du coup, je vais rencontrer d'autres types de lecteurs. Et ça, c'est important pour moi. 

Ecrire et diffuser soi-même

[00:14:18]  Sur les 3 magazines, j'ai quasiment tout écrit, c'est moi qui fais les maquettes, je fais mon propre SR. Donc voilà, il y a quelques rubriques que je fais écrire, plus l’icono. Bon, je ne fais pas les illustrations. Mais sur les 3 magazines, ça a été ça. Le quatrième, ça va être quasi ça aussi. À partir du cinquième, je vais ouvrir à des rédactrices ou à des rédacteurs, etc. Pourquoi? Parce que c'est très cher un magazine papier. L'impression est chère. La distribution est chère. Enfin, le routage, c'est cher. Donc, le truc sur lequel je pouvais un peu rogner, c'était le savoir faire éditorial. Donc, oui, ce qu'on sait faire, on le fait.

[00:15:48] En fait, mon modèle économique, ce n'est pas aujourd'hui évidemment Tchika. C'est mon moteur. Je suis en train de travailler à m'ouvrir sur d'autres choses pour permettre à la galaxie Tchika de vivre. Par exemple, cette année, je vais lancer Tchikita, qui va être pour les plus petits de 4 à 7 ans. Je suis en train de travailler sur d'éventuelles formations pour les instituteurs et institutrices, puisque l'égalité filles-garçons est quelque chose qui est dans leur obligation, ils doivent se former à ça. 

[00:16:53] Moi, j'ai été été en kiosque très longtemps avec Sciences et Vie découverte. Je voyais le nombre d'invendus, ça fait peur, surtout sur la presse enfants. Alors en plus, c'est compliqué parce que moins tu en mets en kiosque... Si tu en mets 10 000 en kiosque, les kiosques vont avoir 1 ou 2, donc le 1 ou 2 va être caché derrière celui qui en a 10 ou 20. Donc finalement, tu vois encore moins que si on mettait 20 ou 40 000 en proportion. Généralement, tu peux avoir 40% de vendus, donc 60% d'invendus. Donc il y a deux raisons: une raison économique et une raison écologique. Qu'est ce qu'on fait? Ben oui, on les jette. 

[00:17:52] Je me suis dit au départ : je vais les envoyer par la Poste et parfois, il y a eu des moments où je fais 300 enveloppes. Moi, j'ai un routeur qui m'envoie les magazines. A chaque fois que j’imprime, c'est un routeur qui les envoie. Mais comme je suis trimestriel, donc pendant ces trois mois, il y a tous les jours des gens qui s'abonnent. Donc, toutes les semaines, je fais mon petit tableaux Excel et mes petites étiquettes, mes petites enveloppes et puis je vais à la Poste. Donc oui c'est un boulot de fou. Mais voilà, je l'aime tellement ce magazine que je fais beaucoup de choses et beaucoup de sacrifices de temps pour lui. 

Une communauté de 3000 abonnés 

[00:18:37] Alors aujourd'hui je suis à 3000 abonnés, ce qui est quand même pas mal en moins d'un an et en ayant très peu finalement d'actions marketing pour l'instant. Elles se situent surtout sur Facebook quand je fais des promos, etc. 

[00:19:48]  Là, il a fallu que je monte une communauté avant que ça existe. Et moi, je ne savais pas comment professionnellement on le faisait. Moi, je suis capable d'en faire une pour moi. J'ai été sur Twitter très longtemps. Tout ça, je sais faire, mais je savais pas comment on mettait en avant un magazine, en plus qui n'existait pas. Qu'est ce qu'on mettait comme message, etc ? C'est un peu complexe.

Et puis, je me suis mise en novembre 2018. Tous les jours, j'ai commencé à poster un petit truc. Finalement, comme quand soi même on s'ouvre sur Facebook. Et puis oui, ça a marché, ça a monté. Et c'est effectivement ces personnes qui me suivaient sur ces réseaux sociaux qui ont été, je pense, parmi ceux qui se sont abonnés.

[00:21:02] Il fallait avoir des objectifs assez élevés et se battre pour ça. Et puis oui, j'ai fini à 60 000. À l'époque, c'était le troisième meilleur crowfunding pour enfants. Donc, c'est vrai que je me suis extrêmement battue. Pour ceux qui n'ont jamais fait de crowfunding, c'est un marathon qui on est content d'en sortir. Ça m'a permis de réaliser ce beau magazine et de le faire vivre.

Liberté éditoriale totale

[00:22:03] Je me suis retrouvé dans la situation de ces femmes de plus de 45 ans, à qui on explique que parce qu'on va revendre sa boîte - mais on ne dit pas qu'on va vendre sa boîte  - que ça serait bien qu'elle aille voir ailleurs. Voilà, c'est un peu ça qui m'est arrivé. 

Moi, j'étais bien dans mon lieu, j'avais envie de faire d'autres choses parce que j'avais fait le tour de mon magazine et j'ai compris en voyant ce qui se passait autour de moi, qu'effectivement, les femmes de mon âge, les rédac chef, c'est à dire des gros salaires, commençaient à prendre la porte de sortie avec plein de méthodes différentes. Voilà donc moi, j'ai senti que mon tour allait venir, que je devais être sur une blacklist. Donc, j'ai fait en sorte d'organiser ma sortie d'une façon correcte. 

[00:23:16] Je n'avais pas envie d'envoyer des CV, de taper à des portes, de ne pas avoir de réponse. J'ai eu envie de bouger tout de suite et travailler tout de suite. Je me suis dit : c'est le moment ou jamais, essaie ça. Tu n'as jamais été chef d'entreprise….

[00:23:36] Je ne vais pas te dire que c'est simple. Tu as des choses que tu gagnes. Moi, je suis totalement libre éditorialement. Si je me dis tiens, je vais lancer Tchikita, je n'ai pas à aller faire le tour de 250 personnes qui vont me mettre peut-être six mois à me répondre oui ou non, etc. Mes trucs instinctifs aujourd'hui, je peux les tester, je peux les lancer. Je n'ai pas des personnes qui me disent oui ou non pour d'autres raisons que l'éditorial. Qui peuvent me dire non, simplement parce qu'elles peuvent pas me blairer : ça peut aussi arriver dans les entreprises. Donc je peux faire ce que je veux. Maintenant, c'est clair que je n'ai pas le confort d’une entreprise où je serais salariée.

[00:25:31]  La première chose aujourd'hui, c'est de trouver une ou un investisseur qui m'accompagnera justement dans le fait que je puisse avoir des gens qui fassent certaines choses. Maintenant que j'ai fait trois magazines, c'est assez simple. On voit quel est le style que j'ai envie qu'on adopte, quel est le type de sujets… C'est un projet qui est déjà écrit. Il faut juste mettre ses pieds dans les chaussures. Et donc, moi j'aimerais que quelqu'un vienne m'aider financièrement. Pas que pour Tchikha, bien sûr, pour tous les projets que j'ai derrière et qui sont aussi très intéressants.

[00:26:23] Quand vous veut plus de vous, parce qu'il y a effectivement beaucoup de médias qui restreignent les salariés, sachez que vous pouvez y arriver seul. Il faut juste beaucoup travailler. C'est vrai que c'est compliqué parce que quand on est journaliste, on considère les personnes qui nous lisent uniquement comme des lecteurs. Il faut réussir à les considérer aussi comme des clients, donc changer de casquette toute la journée.

Et c'est très difficile pour les journalistes de faire ça parce que pour eux, l'argent est un peu sale. Mais quand on arrive à le faire, c'est hyper satisfaisant, finalement, d'avoir la liberté d'écrire et de choisir les sujets qu'on veut.

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Tchika est un magazine papier pour les filles de 7 à 12 ans. Pour sa fondatrice, Elisabeth Roman, c’est avant tout un journal engagé. Sa mission : informer ces petites filles mais aussi les aider à développer leur estime de soi grâce à des portraits de modèles positifs de femmes d’hier et d’aujourd’hui, des articles sur la science, le sport, l’écologie, l’art… En bon français, on appelle ça faire de l’empouvoirement.

Après avoir fait exploser les compteurs lors de sa campagne de financement participatif, Elisabeth Roman a déjà sorti trois numéros de ce trimestriel et fédéré 3000 abonnés. Pour l’instant, l’ancienne rédactrice en chef de Sciences et Vie Découvertes rédige à peu près tous les articles et envoie elle-même les exemplaires par la Poste. Pour aller plus loin - recruter une équipe de journalistes, lancer un Tchikita pour les moins de 7 ans -, l’entrepreneuse cherche maintenant une personne qui voudra investir dans son projet. Et donner ainsi de la sécurité à sa liberté.

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Pour aller plus loin : 

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L'essentiel de l'épisode : 

Un magazine d’empouvoirement pour les filles

[00:03:01] Je veux lancer un magazine de sciences pour les filles et donc je vais voir en kiosque parce que je sais que le magazine que je faisais était quand même plus pour les garçons que pour les filles. Donc, je me disais il n'y a pas de raison, il faut qu'il y ait quelque chose pour les filles autour de la science. 

Et je vais en kiosque, je découvre la presse magazine, dit pour petites filles, les bras m'en tombent et je me dis je ne peux pas faire que de la science. Je suis obligée de faire autre chose et je suis obligée de faire un magazine d'empouvoirement pour les filles, c'est-à-dire un magazine qui va les rendre plus fortes et les faire sortir de ces injonctions qu'on donne aux enfants dès la naissance.

[00:04:41] C'est en fait des rôles modèles, ça c'est clair, des femmes qui sont sorties de ces injonctions et qui ont fait des trucs incroyables. On montre aussi des petites filles qui ont fait ça. Donc, c'est ma rubrique Tchika d’or. Ensuite, on sort des phrases inspirantes, ça aussi c'est classique. Ensuite, on prend des injonctions, on les barre et on les déconstruit, en expliquant pourquoi par exemple le rose c’est pas pour les filles, pourquoi les filles sont pas nulles en maths. En fait, ce n'est pas différent. La seule chose, effectivement, c'est que ça ne va pas être mis en scène de la même façon dans un magazine pour enfants que dans un magazine pour adultes.

[00:05:51] En fait, le message est le même que tous les sites féministes, en fait, c'est pareil.

[00:06:16] Moi, je travaille beaucoup sur la photo, c'est à dire j'estime que les magazines pour enfants. Il faut éviter de mettre des illustrations. Pourquoi? A partir du moment où on parle d'actualité. Si tout est dessiné, en fait, on a l'impression de ne pas être dans le réel, c’est Disney.

[00:06:38]  Ce qui est dessiné, par exemple les mascottes qui existent toujours dans la presse enfants - ce qui est normal car c'est un peu un lien entre la rédaction et l'enfant qui lit, ce sont elles les rédactrices en chef, les mascottes. J'ai demandé à mon illustratrice qu'elle soit toucouleurs, qu'elle ait différents hobbies. Et puis, il y en a une qui a fond pour sauver la planète. L'autre qui est plus scientifique. Et puis, il y en a une qui a un peu joufflue aussi. Voilà, c'est à dire que pour que chacune puisse se sentir, moi l'idée, c'est que les petites mascottes, elles, représentent les gamines qu'on voit dans la rue, les gamines qui sont dans les classes. Il ne fallait pas que si on regarde quand on a regardé pendant très longtemps les magazines pour filles, on voyait toujours un peu le même stéréotype de petite fille, jolie, blonde, etc.

[00:08:16] En fait, je suis un magazine engagé. C'est-à-dire que d'autres magazines pour filles, dont notamment un s'est orienté un peu sur cette voie-là, mais en gardant des choses que moi, je ne mets pas dedans, c'est à dire la mode, la beauté, le côté coeur, paillettes, etc. Moi, je mets ça totalement de côté. Il n'y a pas de mode dans Tchika.

La naissance d’un modèle original

[00:10:02] Il est venu dans ma tête en juillet 2018. J'ai un peu travaillé dessus. Le premier numéro a été un an plus tard, en juin 2019. 

[00:10:25] Moi, j'ai touché un peu à tous les médias le long ma longue carrière notamment, j'ai été une des premières à faire des magazines sur iPad pour enfants où on a eu pas mal de prix d'ailleurs. 

[00:11:43] Pour moi, c'est important que quand on travaille, quand on fait quelque chose, que ça rapporte de l'argent. Et moi, je sais faire des magazines papier, ça, c'est clair, ça se vend, ça, c'est clair.

[00:12:00] Alors moi, je le vends d'une façon assez étonnante parce que pour l'instant je ne suis pas en kiosque, je ne suis pas en librairie. Je vends de la main à la main. C'est-à-dire que les gens vont sur mon site qui est horriblement moche, que j'ai fait en 5 minutes pour avoir un endroit. C'est un site vitrine, un site de commerce. Pour l'instant, il n'y a pas grand chose, ça va évoluer. 

[00:12:24]  J'ai créé très vite un rapport extrêmement proche avec les mères, pères, oncles, tantes, marraines, grands mères, etc. qui ont découvert Tchika, qui ont eu envie bien avant qu'il existe d'abonner leur fille ou même des garçons... même si ce n'était pas la cible de départ.

[00:14:01.320]  J'avais besoin que ça se touche. J'avais besoin que ça existe. J'avais besoin qu'on le prenne en bibliothèque, parce que c'est important pour moi. En fait, aujourd'hui, sans vous mentir, je pense que je m'adresse à des CSP+. Par contre, beaucoup de bibliothèques commencent à s'abonner et je sais que, du coup, je vais rencontrer d'autres types de lecteurs. Et ça, c'est important pour moi. 

Ecrire et diffuser soi-même

[00:14:18]  Sur les 3 magazines, j'ai quasiment tout écrit, c'est moi qui fais les maquettes, je fais mon propre SR. Donc voilà, il y a quelques rubriques que je fais écrire, plus l’icono. Bon, je ne fais pas les illustrations. Mais sur les 3 magazines, ça a été ça. Le quatrième, ça va être quasi ça aussi. À partir du cinquième, je vais ouvrir à des rédactrices ou à des rédacteurs, etc. Pourquoi? Parce que c'est très cher un magazine papier. L'impression est chère. La distribution est chère. Enfin, le routage, c'est cher. Donc, le truc sur lequel je pouvais un peu rogner, c'était le savoir faire éditorial. Donc, oui, ce qu'on sait faire, on le fait.

[00:15:48] En fait, mon modèle économique, ce n'est pas aujourd'hui évidemment Tchika. C'est mon moteur. Je suis en train de travailler à m'ouvrir sur d'autres choses pour permettre à la galaxie Tchika de vivre. Par exemple, cette année, je vais lancer Tchikita, qui va être pour les plus petits de 4 à 7 ans. Je suis en train de travailler sur d'éventuelles formations pour les instituteurs et institutrices, puisque l'égalité filles-garçons est quelque chose qui est dans leur obligation, ils doivent se former à ça. 

[00:16:53] Moi, j'ai été été en kiosque très longtemps avec Sciences et Vie découverte. Je voyais le nombre d'invendus, ça fait peur, surtout sur la presse enfants. Alors en plus, c'est compliqué parce que moins tu en mets en kiosque... Si tu en mets 10 000 en kiosque, les kiosques vont avoir 1 ou 2, donc le 1 ou 2 va être caché derrière celui qui en a 10 ou 20. Donc finalement, tu vois encore moins que si on mettait 20 ou 40 000 en proportion. Généralement, tu peux avoir 40% de vendus, donc 60% d'invendus. Donc il y a deux raisons: une raison économique et une raison écologique. Qu'est ce qu'on fait? Ben oui, on les jette. 

[00:17:52] Je me suis dit au départ : je vais les envoyer par la Poste et parfois, il y a eu des moments où je fais 300 enveloppes. Moi, j'ai un routeur qui m'envoie les magazines. A chaque fois que j’imprime, c'est un routeur qui les envoie. Mais comme je suis trimestriel, donc pendant ces trois mois, il y a tous les jours des gens qui s'abonnent. Donc, toutes les semaines, je fais mon petit tableaux Excel et mes petites étiquettes, mes petites enveloppes et puis je vais à la Poste. Donc oui c'est un boulot de fou. Mais voilà, je l'aime tellement ce magazine que je fais beaucoup de choses et beaucoup de sacrifices de temps pour lui. 

Une communauté de 3000 abonnés 

[00:18:37] Alors aujourd'hui je suis à 3000 abonnés, ce qui est quand même pas mal en moins d'un an et en ayant très peu finalement d'actions marketing pour l'instant. Elles se situent surtout sur Facebook quand je fais des promos, etc. 

[00:19:48]  Là, il a fallu que je monte une communauté avant que ça existe. Et moi, je ne savais pas comment professionnellement on le faisait. Moi, je suis capable d'en faire une pour moi. J'ai été sur Twitter très longtemps. Tout ça, je sais faire, mais je savais pas comment on mettait en avant un magazine, en plus qui n'existait pas. Qu'est ce qu'on mettait comme message, etc ? C'est un peu complexe.

Et puis, je me suis mise en novembre 2018. Tous les jours, j'ai commencé à poster un petit truc. Finalement, comme quand soi même on s'ouvre sur Facebook. Et puis oui, ça a marché, ça a monté. Et c'est effectivement ces personnes qui me suivaient sur ces réseaux sociaux qui ont été, je pense, parmi ceux qui se sont abonnés.

[00:21:02] Il fallait avoir des objectifs assez élevés et se battre pour ça. Et puis oui, j'ai fini à 60 000. À l'époque, c'était le troisième meilleur crowfunding pour enfants. Donc, c'est vrai que je me suis extrêmement battue. Pour ceux qui n'ont jamais fait de crowfunding, c'est un marathon qui on est content d'en sortir. Ça m'a permis de réaliser ce beau magazine et de le faire vivre.

Liberté éditoriale totale

[00:22:03] Je me suis retrouvé dans la situation de ces femmes de plus de 45 ans, à qui on explique que parce qu'on va revendre sa boîte - mais on ne dit pas qu'on va vendre sa boîte  - que ça serait bien qu'elle aille voir ailleurs. Voilà, c'est un peu ça qui m'est arrivé. 

Moi, j'étais bien dans mon lieu, j'avais envie de faire d'autres choses parce que j'avais fait le tour de mon magazine et j'ai compris en voyant ce qui se passait autour de moi, qu'effectivement, les femmes de mon âge, les rédac chef, c'est à dire des gros salaires, commençaient à prendre la porte de sortie avec plein de méthodes différentes. Voilà donc moi, j'ai senti que mon tour allait venir, que je devais être sur une blacklist. Donc, j'ai fait en sorte d'organiser ma sortie d'une façon correcte. 

[00:23:16] Je n'avais pas envie d'envoyer des CV, de taper à des portes, de ne pas avoir de réponse. J'ai eu envie de bouger tout de suite et travailler tout de suite. Je me suis dit : c'est le moment ou jamais, essaie ça. Tu n'as jamais été chef d'entreprise….

[00:23:36] Je ne vais pas te dire que c'est simple. Tu as des choses que tu gagnes. Moi, je suis totalement libre éditorialement. Si je me dis tiens, je vais lancer Tchikita, je n'ai pas à aller faire le tour de 250 personnes qui vont me mettre peut-être six mois à me répondre oui ou non, etc. Mes trucs instinctifs aujourd'hui, je peux les tester, je peux les lancer. Je n'ai pas des personnes qui me disent oui ou non pour d'autres raisons que l'éditorial. Qui peuvent me dire non, simplement parce qu'elles peuvent pas me blairer : ça peut aussi arriver dans les entreprises. Donc je peux faire ce que je veux. Maintenant, c'est clair que je n'ai pas le confort d’une entreprise où je serais salariée.

[00:25:31]  La première chose aujourd'hui, c'est de trouver une ou un investisseur qui m'accompagnera justement dans le fait que je puisse avoir des gens qui fassent certaines choses. Maintenant que j'ai fait trois magazines, c'est assez simple. On voit quel est le style que j'ai envie qu'on adopte, quel est le type de sujets… C'est un projet qui est déjà écrit. Il faut juste mettre ses pieds dans les chaussures. Et donc, moi j'aimerais que quelqu'un vienne m'aider financièrement. Pas que pour Tchikha, bien sûr, pour tous les projets que j'ai derrière et qui sont aussi très intéressants.

[00:26:23] Quand vous veut plus de vous, parce qu'il y a effectivement beaucoup de médias qui restreignent les salariés, sachez que vous pouvez y arriver seul. Il faut juste beaucoup travailler. C'est vrai que c'est compliqué parce que quand on est journaliste, on considère les personnes qui nous lisent uniquement comme des lecteurs. Il faut réussir à les considérer aussi comme des clients, donc changer de casquette toute la journée.

Et c'est très difficile pour les journalistes de faire ça parce que pour eux, l'argent est un peu sale. Mais quand on arrive à le faire, c'est hyper satisfaisant, finalement, d'avoir la liberté d'écrire et de choisir les sujets qu'on veut.

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Crédits 

Description

Tchika est un magazine papier pour les filles de 7 à 12 ans. Pour sa fondatrice, Elisabeth Roman, c’est avant tout un journal engagé. Sa mission : informer ces petites filles mais aussi les aider à développer leur estime de soi grâce à des portraits de modèles positifs de femmes d’hier et d’aujourd’hui, des articles sur la science, le sport, l’écologie, l’art… En bon français, on appelle ça faire de l’empouvoirement.

Après avoir fait exploser les compteurs lors de sa campagne de financement participatif, Elisabeth Roman a déjà sorti trois numéros de ce trimestriel et fédéré 3000 abonnés. Pour l’instant, l’ancienne rédactrice en chef de Sciences et Vie Découvertes rédige à peu près tous les articles et envoie elle-même les exemplaires par la Poste. Pour aller plus loin - recruter une équipe de journalistes, lancer un Tchikita pour les moins de 7 ans -, l’entrepreneuse cherche maintenant une personne qui voudra investir dans son projet. Et donner ainsi de la sécurité à sa liberté.

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Pour aller plus loin : 

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L'essentiel de l'épisode : 

Un magazine d’empouvoirement pour les filles

[00:03:01] Je veux lancer un magazine de sciences pour les filles et donc je vais voir en kiosque parce que je sais que le magazine que je faisais était quand même plus pour les garçons que pour les filles. Donc, je me disais il n'y a pas de raison, il faut qu'il y ait quelque chose pour les filles autour de la science. 

Et je vais en kiosque, je découvre la presse magazine, dit pour petites filles, les bras m'en tombent et je me dis je ne peux pas faire que de la science. Je suis obligée de faire autre chose et je suis obligée de faire un magazine d'empouvoirement pour les filles, c'est-à-dire un magazine qui va les rendre plus fortes et les faire sortir de ces injonctions qu'on donne aux enfants dès la naissance.

[00:04:41] C'est en fait des rôles modèles, ça c'est clair, des femmes qui sont sorties de ces injonctions et qui ont fait des trucs incroyables. On montre aussi des petites filles qui ont fait ça. Donc, c'est ma rubrique Tchika d’or. Ensuite, on sort des phrases inspirantes, ça aussi c'est classique. Ensuite, on prend des injonctions, on les barre et on les déconstruit, en expliquant pourquoi par exemple le rose c’est pas pour les filles, pourquoi les filles sont pas nulles en maths. En fait, ce n'est pas différent. La seule chose, effectivement, c'est que ça ne va pas être mis en scène de la même façon dans un magazine pour enfants que dans un magazine pour adultes.

[00:05:51] En fait, le message est le même que tous les sites féministes, en fait, c'est pareil.

[00:06:16] Moi, je travaille beaucoup sur la photo, c'est à dire j'estime que les magazines pour enfants. Il faut éviter de mettre des illustrations. Pourquoi? A partir du moment où on parle d'actualité. Si tout est dessiné, en fait, on a l'impression de ne pas être dans le réel, c’est Disney.

[00:06:38]  Ce qui est dessiné, par exemple les mascottes qui existent toujours dans la presse enfants - ce qui est normal car c'est un peu un lien entre la rédaction et l'enfant qui lit, ce sont elles les rédactrices en chef, les mascottes. J'ai demandé à mon illustratrice qu'elle soit toucouleurs, qu'elle ait différents hobbies. Et puis, il y en a une qui a fond pour sauver la planète. L'autre qui est plus scientifique. Et puis, il y en a une qui a un peu joufflue aussi. Voilà, c'est à dire que pour que chacune puisse se sentir, moi l'idée, c'est que les petites mascottes, elles, représentent les gamines qu'on voit dans la rue, les gamines qui sont dans les classes. Il ne fallait pas que si on regarde quand on a regardé pendant très longtemps les magazines pour filles, on voyait toujours un peu le même stéréotype de petite fille, jolie, blonde, etc.

[00:08:16] En fait, je suis un magazine engagé. C'est-à-dire que d'autres magazines pour filles, dont notamment un s'est orienté un peu sur cette voie-là, mais en gardant des choses que moi, je ne mets pas dedans, c'est à dire la mode, la beauté, le côté coeur, paillettes, etc. Moi, je mets ça totalement de côté. Il n'y a pas de mode dans Tchika.

La naissance d’un modèle original

[00:10:02] Il est venu dans ma tête en juillet 2018. J'ai un peu travaillé dessus. Le premier numéro a été un an plus tard, en juin 2019. 

[00:10:25] Moi, j'ai touché un peu à tous les médias le long ma longue carrière notamment, j'ai été une des premières à faire des magazines sur iPad pour enfants où on a eu pas mal de prix d'ailleurs. 

[00:11:43] Pour moi, c'est important que quand on travaille, quand on fait quelque chose, que ça rapporte de l'argent. Et moi, je sais faire des magazines papier, ça, c'est clair, ça se vend, ça, c'est clair.

[00:12:00] Alors moi, je le vends d'une façon assez étonnante parce que pour l'instant je ne suis pas en kiosque, je ne suis pas en librairie. Je vends de la main à la main. C'est-à-dire que les gens vont sur mon site qui est horriblement moche, que j'ai fait en 5 minutes pour avoir un endroit. C'est un site vitrine, un site de commerce. Pour l'instant, il n'y a pas grand chose, ça va évoluer. 

[00:12:24]  J'ai créé très vite un rapport extrêmement proche avec les mères, pères, oncles, tantes, marraines, grands mères, etc. qui ont découvert Tchika, qui ont eu envie bien avant qu'il existe d'abonner leur fille ou même des garçons... même si ce n'était pas la cible de départ.

[00:14:01.320]  J'avais besoin que ça se touche. J'avais besoin que ça existe. J'avais besoin qu'on le prenne en bibliothèque, parce que c'est important pour moi. En fait, aujourd'hui, sans vous mentir, je pense que je m'adresse à des CSP+. Par contre, beaucoup de bibliothèques commencent à s'abonner et je sais que, du coup, je vais rencontrer d'autres types de lecteurs. Et ça, c'est important pour moi. 

Ecrire et diffuser soi-même

[00:14:18]  Sur les 3 magazines, j'ai quasiment tout écrit, c'est moi qui fais les maquettes, je fais mon propre SR. Donc voilà, il y a quelques rubriques que je fais écrire, plus l’icono. Bon, je ne fais pas les illustrations. Mais sur les 3 magazines, ça a été ça. Le quatrième, ça va être quasi ça aussi. À partir du cinquième, je vais ouvrir à des rédactrices ou à des rédacteurs, etc. Pourquoi? Parce que c'est très cher un magazine papier. L'impression est chère. La distribution est chère. Enfin, le routage, c'est cher. Donc, le truc sur lequel je pouvais un peu rogner, c'était le savoir faire éditorial. Donc, oui, ce qu'on sait faire, on le fait.

[00:15:48] En fait, mon modèle économique, ce n'est pas aujourd'hui évidemment Tchika. C'est mon moteur. Je suis en train de travailler à m'ouvrir sur d'autres choses pour permettre à la galaxie Tchika de vivre. Par exemple, cette année, je vais lancer Tchikita, qui va être pour les plus petits de 4 à 7 ans. Je suis en train de travailler sur d'éventuelles formations pour les instituteurs et institutrices, puisque l'égalité filles-garçons est quelque chose qui est dans leur obligation, ils doivent se former à ça. 

[00:16:53] Moi, j'ai été été en kiosque très longtemps avec Sciences et Vie découverte. Je voyais le nombre d'invendus, ça fait peur, surtout sur la presse enfants. Alors en plus, c'est compliqué parce que moins tu en mets en kiosque... Si tu en mets 10 000 en kiosque, les kiosques vont avoir 1 ou 2, donc le 1 ou 2 va être caché derrière celui qui en a 10 ou 20. Donc finalement, tu vois encore moins que si on mettait 20 ou 40 000 en proportion. Généralement, tu peux avoir 40% de vendus, donc 60% d'invendus. Donc il y a deux raisons: une raison économique et une raison écologique. Qu'est ce qu'on fait? Ben oui, on les jette. 

[00:17:52] Je me suis dit au départ : je vais les envoyer par la Poste et parfois, il y a eu des moments où je fais 300 enveloppes. Moi, j'ai un routeur qui m'envoie les magazines. A chaque fois que j’imprime, c'est un routeur qui les envoie. Mais comme je suis trimestriel, donc pendant ces trois mois, il y a tous les jours des gens qui s'abonnent. Donc, toutes les semaines, je fais mon petit tableaux Excel et mes petites étiquettes, mes petites enveloppes et puis je vais à la Poste. Donc oui c'est un boulot de fou. Mais voilà, je l'aime tellement ce magazine que je fais beaucoup de choses et beaucoup de sacrifices de temps pour lui. 

Une communauté de 3000 abonnés 

[00:18:37] Alors aujourd'hui je suis à 3000 abonnés, ce qui est quand même pas mal en moins d'un an et en ayant très peu finalement d'actions marketing pour l'instant. Elles se situent surtout sur Facebook quand je fais des promos, etc. 

[00:19:48]  Là, il a fallu que je monte une communauté avant que ça existe. Et moi, je ne savais pas comment professionnellement on le faisait. Moi, je suis capable d'en faire une pour moi. J'ai été sur Twitter très longtemps. Tout ça, je sais faire, mais je savais pas comment on mettait en avant un magazine, en plus qui n'existait pas. Qu'est ce qu'on mettait comme message, etc ? C'est un peu complexe.

Et puis, je me suis mise en novembre 2018. Tous les jours, j'ai commencé à poster un petit truc. Finalement, comme quand soi même on s'ouvre sur Facebook. Et puis oui, ça a marché, ça a monté. Et c'est effectivement ces personnes qui me suivaient sur ces réseaux sociaux qui ont été, je pense, parmi ceux qui se sont abonnés.

[00:21:02] Il fallait avoir des objectifs assez élevés et se battre pour ça. Et puis oui, j'ai fini à 60 000. À l'époque, c'était le troisième meilleur crowfunding pour enfants. Donc, c'est vrai que je me suis extrêmement battue. Pour ceux qui n'ont jamais fait de crowfunding, c'est un marathon qui on est content d'en sortir. Ça m'a permis de réaliser ce beau magazine et de le faire vivre.

Liberté éditoriale totale

[00:22:03] Je me suis retrouvé dans la situation de ces femmes de plus de 45 ans, à qui on explique que parce qu'on va revendre sa boîte - mais on ne dit pas qu'on va vendre sa boîte  - que ça serait bien qu'elle aille voir ailleurs. Voilà, c'est un peu ça qui m'est arrivé. 

Moi, j'étais bien dans mon lieu, j'avais envie de faire d'autres choses parce que j'avais fait le tour de mon magazine et j'ai compris en voyant ce qui se passait autour de moi, qu'effectivement, les femmes de mon âge, les rédac chef, c'est à dire des gros salaires, commençaient à prendre la porte de sortie avec plein de méthodes différentes. Voilà donc moi, j'ai senti que mon tour allait venir, que je devais être sur une blacklist. Donc, j'ai fait en sorte d'organiser ma sortie d'une façon correcte. 

[00:23:16] Je n'avais pas envie d'envoyer des CV, de taper à des portes, de ne pas avoir de réponse. J'ai eu envie de bouger tout de suite et travailler tout de suite. Je me suis dit : c'est le moment ou jamais, essaie ça. Tu n'as jamais été chef d'entreprise….

[00:23:36] Je ne vais pas te dire que c'est simple. Tu as des choses que tu gagnes. Moi, je suis totalement libre éditorialement. Si je me dis tiens, je vais lancer Tchikita, je n'ai pas à aller faire le tour de 250 personnes qui vont me mettre peut-être six mois à me répondre oui ou non, etc. Mes trucs instinctifs aujourd'hui, je peux les tester, je peux les lancer. Je n'ai pas des personnes qui me disent oui ou non pour d'autres raisons que l'éditorial. Qui peuvent me dire non, simplement parce qu'elles peuvent pas me blairer : ça peut aussi arriver dans les entreprises. Donc je peux faire ce que je veux. Maintenant, c'est clair que je n'ai pas le confort d’une entreprise où je serais salariée.

[00:25:31]  La première chose aujourd'hui, c'est de trouver une ou un investisseur qui m'accompagnera justement dans le fait que je puisse avoir des gens qui fassent certaines choses. Maintenant que j'ai fait trois magazines, c'est assez simple. On voit quel est le style que j'ai envie qu'on adopte, quel est le type de sujets… C'est un projet qui est déjà écrit. Il faut juste mettre ses pieds dans les chaussures. Et donc, moi j'aimerais que quelqu'un vienne m'aider financièrement. Pas que pour Tchikha, bien sûr, pour tous les projets que j'ai derrière et qui sont aussi très intéressants.

[00:26:23] Quand vous veut plus de vous, parce qu'il y a effectivement beaucoup de médias qui restreignent les salariés, sachez que vous pouvez y arriver seul. Il faut juste beaucoup travailler. C'est vrai que c'est compliqué parce que quand on est journaliste, on considère les personnes qui nous lisent uniquement comme des lecteurs. Il faut réussir à les considérer aussi comme des clients, donc changer de casquette toute la journée.

Et c'est très difficile pour les journalistes de faire ça parce que pour eux, l'argent est un peu sale. Mais quand on arrive à le faire, c'est hyper satisfaisant, finalement, d'avoir la liberté d'écrire et de choisir les sujets qu'on veut.

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