- Speaker #0
J'aime pas le terme sauvette de 4 jours, mais c'est...
- Speaker #1
Tu peux l'appuyer comme ça.
- Speaker #0
Ouais, parce que c'est le plus simple. Mais en gros, j'ai eu un peu un déclic quand je suis devenu père. Voir ce que c'est d'élever des enfants. T'en as combien ? J'ai deux enfants, 5 et 8 ans. J'ai pensé à des gens dans mon entreprise, tu vois, femmes célibataires qui travaillent aux 35 heures tous les jours. Et le soir, quand elles quittent le boulot, elles vont chercher les enfants, elles font les courses. Et en fait, c'est le deuxième travail qui commence quand tu rentres le soir. Et en fait, c'est des gens qui n'ont jamais la chance de débrancher. Moi, je suis un privilégié. Si je veux, je peux dire à ma femme, tiens, on prend une nounou et on va au resto. Ou j'ai ma sœur qui habite à côté, qui peut nous garder les enfants. Et une personne qui est au SMIC, un peu plus du SMIC que dans mon entreprise. elle n'a pas ce privilège. Et est-ce que je peux me dire que c'est légitime que toutes les personnes de la boîte aient la même passion pour ce qu'ils font que moi, ce que j'ai ? Je ne crois pas. Et donc, je me suis dit, comment est-ce qu'on peut faire pour redonner la liberté aux équipes ? Le truc, c'est que je me suis dit, la liberté, c'est du temps, entre autres. Par exemple, les gens sont aussi aux horaires libres chez nous, ils viennent et ils repartent quand ils veulent, mais ce n'est pas que le nom de jour. Merci. Mais ce que je ne veux pas, c'est que ça se fasse au détriment de l'entreprise. Et on n'est pas un club de hippies. Et donc, la condition pour que ça se passe bien dans l'entreprise, qu'on puisse faire des trucs cools, c'est que l'entreprise soit toujours là demain. Et donc, j'ai proposé aux équipes. Tous les ans, on présente les comptes de l'entreprise à tous les salariés. Et dans cette réunion, j'aurais dit, je vous propose un truc, ça s'appelle le 400-100. C'est vous bossez 4 jours, 32 heures. Vous faites 100% du taf, 100% des objectifs, et vous êtes payé 100% du salaire. Donc c'est 4 jours, 100% du salaire, 100% des objectifs. Et je leur ai dit, le 100% des objectifs, il est non négociable. Et en fait, ça a été un truc qui a été un vrai accélérateur de transformation, parce que la première question, on s'est donné 6 mois pour se préparer avant de basculer. Ça a été de se dire, c'est quoi 100% du résultat ? Alors quand tu es cellier, c'est très simple. C'est de fabriquer tant de selles. donc c'est super simple quand t'es au market quand t'es au service client, quand t'es à la compta quand t'es développeur informatique c'est plus compliqué donc on a pris le temps d'essayer de se dire et après tu connais la maxime qui est que dès que tu mesures t'améliores donc un on a vachement amélioré notre productivité deux on a fait des transformations que avant dans le confort dans lequel on était on n'aurait jamais pu faire Parce qu'on s'est retrouvé au service client. Typiquement, avant, chaque personne du service client avait un certain nombre de commerciaux dédiés. Il y avait un attachement affectif entre le commercial et la personne du service client. Et là, on s'est dit, si une personne est absente un jour par semaine, ce n'est pas possible de continuer comme ça. Le commercial, il ne peut pas appeler. On lui dit, il n'y a personne qui est là. Donc, on a mis en place un système d'entrée unique qui nous a permis de mesurer le temps qu'on mettait pour répondre. Avant, ça arrivait que des gens oubliaient de répondre aux trucs. Là, maintenant, il y a une traçabilité de tout. on a On sait qu'on doit répondre à tout le monde dans les deux heures. On a un vrai truc. Donc, ça nous a fait énormément accélérer notre transformation, réorganiser. Et puis, ça offre à ceux qui le souhaitent. Ce n'est pas obligatoire, mais quasiment tout le monde y est. Je crois que ça fait six semaines de présence en moins en entreprise par an.
- Speaker #1
Et donc, le témoignage, c'est ? La responsabilité individuelle les pousse à être plus engagés, à bosser de façon plus efficace, pour justement avoir ce temps libre, tu le ressens comme ça en gros.
- Speaker #0
Oui, et qu'aussi, une fois il y avait un consultant qui était venu chez nous, il m'avait dit, chez vous il y a un truc de dingue, c'est qu'il n'y a pas de tabou de la performance. Et en fait, ce deal du 400-100, c'est aussi un deal où on parle de performance. On se dit ok, on se mesure, et si on sait que si on n'est pas au 100% de résultat, on n'est plus au 400-100. Donc, il y a aussi un deal d'aborder vraiment de façon hyper décomplexée le truc de se dire, on doit faire des efforts, on doit faire des efforts de productivité, mais il y a un truc ultra concret au bout. Si on a un jour par semaine de gagné et c'est pas, ouais, on va faire de la productivité parce qu'un jour, on pourra mieux payer parce que l'entreprise va plus gagner sa vie. Tu vois, c'est ultra concret.
- Speaker #1
Mais les gens, ils finissent pas beaucoup plus tard du coup dans la semaine, les jours où ils bossent ?
- Speaker #0
C'est OK. Ils travaillent une heure de plus par semaine. La vérité, c'est qu'ils finissent à 17h30. Avant, c'était 16h30. Donc, c'est 32h au lieu de 35. Donc déjà, tu vois, c'est pour des profils qui étaient vraiment aux 35 heures, c'est que 9% de gain de productivité, ce n'est pas énorme à gagner. C'est une demi-journée. Ce n'est même pas une journée entière. Et pour les cadres qui faisaient déjà des grosses journées, c'est plus de 20% à gagner. C'est une journée entière. mais tu viens chez moi et je t'invite à venir quand tu veux la prochaine fois que tu viens au Pays Basque tu verras que à 18h il y a très peu de monde ça n'a pas changé le nombre d'horaires toi t'es au 4-5ème ? non, pourquoi je me priverais de faire un des trucs que j'aime le plus au monde j'adore bosser et donc voilà c'est vraiment intéressant et t'as personne qui a abusé sur ce modèle là ? Alors, abuser, ce n'est pas le mot, mais cette année, j'ai un petit peu resserré le truc. En fait, quand je leur ai présenté, je leur ai dit, pour gagner ce qu'on appelle le jour Voltaire, c'est le jour où on travaille, il faut travailler quatre jours. Et finalement, dans les conditions d'application, à la fin, j'ai donné un truc encore plus cool qui était, tu as un jour Voltaire un peu quoi qu'il arrive. Donc, même si tu poses un jour un RTT, un machin, et donc il y avait des gens qui avaient un jour Voltaire le vendredi et le lundi, ils posaient le jeudi, avec une journée, ils avaient du jeudi au mardi d'après, tu vois. Et donc ça, j'ai dit, non, maintenant, pour gagner ton Jean-Walter, il faut que tu aies quand même bossé 4 jours en la semaine. Donc, je n'ai pas envie de dire que les gens ont abusé, mais le système a permis ça, certains en ont profité. Et l'année dernière, on s'est pris les droits de douane de Trump, on est vachement exposés au marché américain. Donc forcément, ça a été plus dur. Donc ça fait partie des trucs. On a eu une conversation avec tout le monde, un peu aussi à poil et sans filet, et dire, voilà, ça fait partie des trucs, on réajuste. Globalement, les équipes ont compris et c'est bien passé.