- Speaker #0
Pour revenir sur cet esprit de frugalité, puisqu'on parle un peu aussi de tes enfants, qu'est-ce que tu leur conseillerais s'ils montent une boîte ? Tu leur conseillerais d'être bootstrap ? Tu leur conseillerais de lever des fonds ?
- Speaker #1
Écoute, moi, lever des fonds, c'est assez nouveau et c'est assez caractéristique de la tech. Ça dépend totalement de la typologie de business que tu fais. Quand tu veux lancer un business dans l'industrie, par exemple, tu vas devoir lever des fonds. Alors, c'est peut-être de l'emprunt bancaire. C'est souvent de l'emprunt bancaire. Ce n'est pas souvent de l'equity chez des VCs. Mais il y a plein de business dans lesquels tu ne vas pas pouvoir le faire grandir, je dirais, de manière progressive. Toi, tu as besoin d'acheter un actif. Et c'est le cas, par exemple, bêtement dans l'hôtellerie ou dans la restauration. Soit dans lequel tu as besoin de construire un actif. C'est le cas dans le software. Et ça, parfois, ça demande de s'endetter ou de lever de l'argent. Donc, je ne leur recommanderai rien du tout. J'essaie de voir ce qu'ils ont envie de faire. Déjà, je ne les encouragerai pas à être entrepreneur. Je n'ai pas d'injonction à ce qu'ils soient entrepreneurs. Pour moi, ce n'est pas le seul et le meilleur métier du monde. Il y a plein d'autres choses à faire et ils feront ce qu'ils ont envie de faire. Et s'il s'avère qu'ils doivent monter un business... j'écouterai ce qu'ils ont à faire et je leur donnerai le bon conseil par rapport au type de business. Il y a des business pour lesquels il vaut mieux grandir progressivement.
- Speaker #0
C'est quoi les types de business qui sont particuliers ? Parce que moi, comme j'ai fait le club Bootstrap, j'ai quand même vu des business Bootstrap absolument absurdes, genre une boîte d'électronique de pointe qui aurait dû lever peut-être des dizaines de millions et qui a fonctionné parce qu'il y a tout un système de subvention en France qui a réussi à faire quasiment 7-8 ans. Comme ça, avec du CIR, avec des crédits recherche, etc. Avec une toute petite équipe d'ingénieurs qui a été vendue 65 millions récemment. Donc c'est un énorme exit en France, pas très connu. Tu vois, ça s'appelle Brightloop, vendu à BB Group. Oui, c'est ça, BB Group.
- Speaker #1
Peut-être que si elle avait levé de l'argent, elle aurait été vendue 65 milliards et ça aurait été la première grosse décacorne européenne.
- Speaker #0
À quel point de vue est-ce intéressant ?
- Speaker #1
La réalité, c'est que ce n'est pas un point de vue. C'est que les boîtes dans la tech, les boîtes qui ont levé de l'argent, ont des meilleurs outputs. que les boîtes qui sont bootstrappées. Je veux dire, c'est même... On ne peut pas le négocier.
- Speaker #0
En termes de taille de dîner ?
- Speaker #1
Exactement, en termes de taille de boîte. Ça ne donne pas plus de chances de réussir. Clairement, lever de l'argent, ça ne donne pas plus de chances de réussir. Et moi, je trouve qu'il y a plein de business qui lèvent de l'argent qui n'auraient pas dû le faire parce que ce n'est pas des business tech, à proprement parler, pas des business qui pourraient en profiter et que ça les a même desservis. Honnêtement, plein. Mais il s'avère... que créer une énorme boîte sans lever d'argent dans les 20 dernières années, il y avait plus de probabilités pour créer des énormes boîtes de lever de l'argent que de le bootstrapper. Ce qui est normal quand tu vas aller plus vite, plus loin, et que tu es capable de garder cette frugalité nécessaire à être efficace, tu puisses créer des grosses boîtes, des boîtes bootstrapées. La plupart des grosses boîtes sont quand même des boîtes qui ont levé de l'argent avec des Vici, non ?
- Speaker #0
Des grosses grosses boîtes je parle hein ! En tout cas la statistique 2025 selon Avolta c'est 75% des boîtes vendues en 2025 étaient bootstrap Ouais ça me surprend pas Avec une durée de boîte qui est un peu plus longue parce que c'est 13 ou 14 ans à la moyenne d'âge Versus je crois que c'est 9 pour les boîtes VC-Founded comme on dit Néanmoins la tête de l'exit est je pense la plus importante avec des boîtes qui ont levé beaucoup d'argent c'est sûr Mais tu vois il y a aussi beaucoup de différences sur le fait que toi tu l'as connu parce que tu as été dans une époque où tu as levé des fonds, où les pratiques étaient très différentes donc tu as eu beaucoup de dilutions, quand tu avais Photolia notamment, mais moi les fondateurs de boîtes qui ont vraiment gagné de l'argent, c'est mes potes qui ont vendu peut-être 6, 7, 8 millions mais qui avaient 90% de la boîte, 95% de la boîte, alors qu'il y a parfois des exits, et ça j'en ai recueilli pas mal les témoignages avec le bootstrap, de boîtes qui ont levé peut-être, qui ont vendu 20 patates 30 millions, tu vois, et qui sont sorties avec quasiment rien, avec une tape dans le dos, tu vois. Donc c'est quoi le... Le bon modèle.
- Speaker #1
Non, mais parce que quand tu lèves de l'argent, tu dois jouer le jeu des VCs, qui n'est pas toujours un jeu amusant pour tout le monde, mais de faire en sorte d'utiliser cet argent rapidement, de manière très efficace, pour aller à la prochaine étape et pour créer une énorme boîte. Aujourd'hui, un VC normalement constitué, il n'investit pas dans la tech, encore une fois, il n'investit pas dans ta boîte si ton exit, ce n'est pas un milliard ou même plusieurs milliards. Donc, tes potes qui ont levé avec des VCs et qui ont vendu une boîte à 30 millions et qui n'ont pas touché d'argent, c'est juste parce que ça n'a pas fonctionné et ça fonctionne très rarement. Et que ce n'est pas une boîte... Ça ne veut pas dire qu'ils auraient touché plus d'argent par ailleurs, mais ça veut dire qu'ils n'ont pas... La promesse n'a pas fonctionné. La promesse a été, quand ils ont signé avec un VC, vous mettez de l'argent chez nous et on va amener cette boîte à plusieurs centaines de millions, voire un milliard. Et dans ce cas-là, dans cette hypothèse-là, ils auraient touché beaucoup d'argent. Et ça ne s'est pas passé comme prévu. Tant pis, quoi, tu vois. Mais la promesse d'un VC, c'est de pouvoir créer des grosses boîtes. Et ce qui manque aujourd'hui, encore une fois, je répète, dans la tech, ce qui nous manque aujourd'hui, en Europe particulièrement, ce ne sont pas des boîtes tech qui valent 10 ou 20 millions. ça, c'est... assez facile à construire finalement. Nous, on a construit plein de manières un peu automatiques et ce n'est pas ça qui va changer la donne. C'est de créer des grosses boîtes qui ne soient pas vendues d'ailleurs, qui fassent des IPO et qui en rachètent d'autres. Et ces boîtes-là, c'est celles qui nous intéressent. Cette boîte-là, aujourd'hui, la meilleure manière de les construire, c'est en levant de l'argent avec des visibles. Point barre, tu vois. En tout cas, c'est jusqu'à aujourd'hui. Changement de paradigme avec les haïs. On ne sait pas trop ce qui va devenir. Et il y a peut-être... moyen, en tout cas ce que les gens racontent, de pouvoir lancer des grosses boîtes en étant bootstrappé. C'est ce qu'on disait il y a six mois. On voit très bien que les grosses boîtes comme les lovable, les anthropiques, etc., elles sont tout sauf bootstrappé. C'est intéressant.
- Speaker #0
On va réserver la dernière partie à ton point de vue sur l'écosystème. Est-ce qu'il va y avoir une saspocalypse, comme on dit ? Est-ce que l'IA va tout remplacer ? Je serais très intéressé d'avoir ton point de vue et les auditeurs aussi. Mais tu vois, Carlos Iez me disait une boîte comme Mistral, c'est un champion français de l'IA. Elle est invendable en Europe. Ils ont levé tellement d'argent, qui va la racheter ? Tu es d'accord avec ça ?
- Speaker #1
Écoute, moi je pense que je suis sorti au dernier tour. D'ailleurs, je n'ai pas eu le choix. Tu es investisseur dans Mistral. Oui, j'ai été investisseur dans Mistral au premier tour, etc. Parce que je trouvais que le projet était exceptionnel. Et honnêtement, je trouve qu'on a de la chance. On n'a pas beaucoup de belles boîtes. On a de la chance d'avoir une belle boîte comme Mistral en Europe, qui est devenue un symbole de la possibilité pour l'Europe d'avoir une forme de souveraineté. Qu'elle soit invendable, moi ce que je trouve c'est qu'elle est invendable parce que la France ne laissera jamais la boîte se faire acheter par qui que ce soit. Mais je ne serais pas surpris que Microsoft ou Apple aient déjà fait à la valorisation d'aujourd'hui des offres sur Mistral. Le problème c'est que vu que c'est un atout majeur et un atout stratégique voire militaire pour l'Europe, personne ne laissera la boîte se faire racheter. Donc la vérité, c'est que ça cape du coup sa valeur finale parce qu'elle ne sera jamais, je dirais, sur le marché, aux enchères, en face de boîtes comme Apple ou Microsoft qui sont eux potentiellement les gros acheteurs. C'est pour ça que je pense qu'il y a un problème sur Mistral. La réalité, c'est que pour moi, l'idée, c'est que Mistral ne soit jamais vendue et qu'elle continue à grossir et qu'elle fasse un IPO en Europe et que... elle rachète des boîtes et qu'elle crée enfin ces gros tech companies dont on a besoin pour acheter les autres.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui peut faire que ça marche ?
- Speaker #1
Honnêtement, Mistral, aujourd'hui, il y a une aide de l'État à travers, je crois, des contrats de vente étatiques gouvernementaux qu'on reproche à chaque fois, mais qui sont un fonctionnement qui existe aux États-Unis et qui a montré son fonction. SpaceX. Par exemple, elle a reçu pas mal de contrats d'État. Et je crois qu'il y a une injonction du gouvernement français aux boîtes du CAC 40 à utiliser Mistral. Ils ont raison de le faire fonctionner. Il y a eu des subsides, des subventions et de l'investissement privé et public. Maintenant, il faut que la boîte attire les meilleurs profils et grandisse. Elle a les bonnes personnes à sa tête. Honnêtement, ça pourrait devenir un gros succès. On verra ce que ça donne. moi je trouve que ils ont beaucoup de mérite et qu'on doit les encourager.
- Speaker #0
Donc en fait, toi, ton parti pris, c'est de dire qu'il faut créer des champions français. Européens. Les levées de Mistral, c'est essentiellement des fonds américains et anglo-saxons plutôt, non ?
- Speaker #1
Non, il n'y a pas eu aussi un gros investissement de vie. La boîte qui fait les imprimantes pour NVIDIA, qui est une boîte justement hollandaise. qui a investi énormément d'argent. La réalité, c'est que je m'en mode d'où vient l'argent, honnêtement. Ce qu'il faut, c'est qu'on crée des gros projets en Europe.
- Speaker #0
Elles n'appartiennent plus à la France, parce qu'elles appartenaient à des fonds étrangers.
- Speaker #1
Alors, il faudrait voir, je ne sais pas quel pourcentage de fonds étrangers il y a chez Mistral, mais la détention, c'est une chose. La réalité, c'est l'ombre de personnes que ça emploie. Et honnêtement, aujourd'hui, le bureau principal reste... Encore ici, à Paris, j'ai l'impression. Et l'aura que ça donne. Moi, ce qui manque le plus en Europe, c'est de croire que depuis ici, depuis l'Europe, c'est possible. Et pour moi, ça renvoie cette image-là. Et c'est ça le plus important, finalement. Que ce soit... Accueillir des fonds européens ou asiatiques ou américains dans le capital, ça ne change pas. Ça renvoie une bonne image, c'est un rôle modèle et on se dit que si eux y sont arrivés, nous aussi on peut y arriver. Et pour moi, c'est ça qu'on doit toujours dire et redire.
- Speaker #0
Yann Lequin qui a levé 1 milliard d'euros en arrivant pour lancer sa startup sur son nom, et sur son CV, toi tu penses que c'est une bonne chose ?
- Speaker #1
Il a un bon nom, il a un bon CV. Moi, je n'ai pas mis parce que j'ai trouvé que c'était une levée retail. C'est-à-dire que j'ai reçu 12 SPV de gens qui voulaient que je rentre. J'ai l'impression que ma grand-mère a voulu rentrer. Et quand tu es business angel, moi, je ne suis pas un investisseur professionnel. Je rentre en business angel. J'aime bien me sentir un peu particulier et avoir eu l'opportunité de rentrer dans le deal. Là, l'opportunité était ouverte à tout le monde. D'ailleurs, je me demande dans quelle mesure c'est légal de faire appel à tant de personnes pour pouvoir… Ouvrir le capital, ça s'appelle l'appel à l'épargne publique. Ça s'est fait via des 15 SPV qui ont eux-mêmes fait appel à 150 personnes. Bref, ça m'a l'air totalement flou cette levée, mais c'est très bien. Et le fait qu'il y ait Yann Lequin, qui a un nom, c'est pas un nom, c'est surtout une histoire, une expérience de fou, qui vienne en France et qui veut créer sa boîte depuis ici et qui s'entoure des bonnes personnes. Du coup, Alex Lebrun, qui a quitté Nabla pour rejoindre la boîte. Honnêtement, c'est une équipe du tonnerre de Dieu. Ils vont certainement recruter des gens excellents et ça nous donne une chance peut-être de créer un leader de demain. Donc oui, il faut encourager et tant mieux. Alors moi, je n'ai pas investi dans la chose, mais j'aurais pu.
- Speaker #0
Pourquoi tu ne fais pas comme Xavier Niel avec Jean de la Ausha et Kima ? Pourquoi tu ne crées pas une équipe professionnelle d'investissement ? pour pouvoir avoir un impact plus grand, une professionnalisation plus importante ?
- Speaker #1
Parce que je n'ai pas les liquidités pour, pour le moment. Je n'ai pas l'argent pour pouvoir mettre autant. Alors j'ai investi beaucoup, mais c'est depuis 2009. Et pour l'instant, moi, ce que j'ai adoré, c'est rencontrer les entrepreneurs. J'adore rencontrer les entrepreneurs. Un entrepreneur, et c'est ça qui me nourrit à plein de niveaux. Donc je n'ai pas voulu intermédier la chose. il s'avère que Xavier Niel, il est très occupé et qu'en plus, ce n'est pas quelqu'un qui vient de la tech à proprement parler, il vient des telcos. Donc les gens de Sheikima, c'est un monde qui est connexe, mais ce n'est pas son monde à lui. Moi, c'était mon monde, j'avais besoin de parler avec ces gens. Peut-être que si un jour, je gagne un peu d'argent et que j'ai trop d'argent et que je ferai quelque chose de similaire, ou en tout cas, j'irai plus loin dans ce que je fais aujourd'hui.