- Speaker #0
Le podcast Advitam existe grâce à vos contributions. C'est une association, Advitam Prévention. Votre participation nous aide à promouvoir la médecine préventive et à produire des épisodes de qualité. N'hésitez pas à faire un don pour soutenir l'aventure. Rendez-vous sur la cagnotte des proches en tapant Advitam. Merci.
- Speaker #1
Advitam, le podcast de médecine préventive.
- Speaker #0
Environ 70% des maladies sont évitables. La médecine préventive, c'est une approche globale de la santé. Elle permet de cibler les facteurs de risque et ainsi de pouvoir limiter ou retarder l'apparition de pathologies. Dans ce podcast, avec l'expertise d'intervenants de qualité, nous décryptons sans tabou les données de la science auxquelles nous confrontons différents points de vue. Nous expliquons, avec bienveillance et empathie, quels sont les éléments pour devenir acteur de votre santé, de manière positive, quel que soit votre âge. Je suis le docteur Sarah Langeais. médecin généraliste et gériatre depuis plus de 15 ans. Bienvenue dans Advitam, le podcast de médecine préventive. Bonjour à tous, je suis ravie et très enchantée de retrouver Brigitte Godard, le docteur Godard qui est le médecin des astronautes et le médecin de Thomas Pesquet pendant sa mission en 2016. Brigitte, bonjour. Oui,
- Speaker #1
bonjour Sarah, merci.
- Speaker #0
Alors Brigitte, toi... Tu as une vocation de l'espace depuis l'enfance. Tu étais absorbée par le système solaire, même pendant tes études de médecine. Tu étais fan de Claudie Aignoré, qui était astronaute et médecin. Et tu es rentrée dans ta médecine, dans la médecine des astronautes. Tu as travaillé à Toulouse, à l'Agence spatiale européenne, au Centre européen des astronautes. Et tu as travaillé avec Thomas Pesquet, forcément, et donc tu as été à ses côtés. de manière très proche, on va en parler avant la mission, pendant la mission, et après, lors de son retour sur Terre. Donc j'aimerais bien qu'on s'attache un petit peu déjà à ton parcours, parce que ce n'est pas tout le monde qui est médecin des astronautes, tu es quand même un médecin hors normes, et moi j'adore parce que j'ai fait médecine comme toi, et comment est-ce que tu as pu arriver à rentrer dans cet univers des médecins, des astronautes, parce que j'imagine qu'il n'y en a pas tant que ça, est-ce que tu peux nous expliquer ?
- Speaker #1
Oui, alors merci Sarah pour cette invitation, ça me fait vraiment plaisir de partager ce moment avec toi. Alors en effet, je pense qu'il faut être au bon moment au bon endroit. J'ai eu de la chance en fait, tout simplement. Après quand on est motivé, les choses se font aussi comme elles doivent se faire. Et c'est vrai que ce n'est pas toujours facile de se dire comment on va faire, mais en fait mon objectif depuis toute petite c'était de travailler dans le spatial. Et de fil en aiguille je me suis trouvé médecin. Et quand j'ai découvert en effet que Claudie Aigneret était médecin et astronaute, alors j'ai dit, ça doit être faisable, qu'est-ce qu'il faut exactement faire ?
- Speaker #0
Toi, tu voulais être astronaute ?
- Speaker #1
Avec les soucis de vue que j'avais, je savais que ce serait très difficile. Mais bon, voilà, c'était une motivation. Et en fait, à ce moment-là, il n'y a pas beaucoup de sélection pour les astronautes. Il y en avait, quand Thomas a été sélectionné, c'était en 2009, et il n'y avait pas eu de sélection depuis, je ne me souviens plus, mais plus de dix ans. Je n'ai jamais eu une opportunité de postuler, même si je savais que médicalement parlant, ce serait difficile. Mais bon, des fois, les motivations sont telles qu'on fait des choses toujours réalistes pour nous-mêmes.
- Speaker #0
Et alors, finalement, pas de possibilité pour toi d'être astronaute comme Claudie Aigneret. Mais comment tu es arrivée dans cet environnement des médecins, des astronautes ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai qu'après ma médecine générale, parce que je suis médecin généraliste de formation, je me suis dit... pas suffisant d'être généraliste pour aller travailler dans le spatial. Donc j'ai commencé à me dire, ça serait bien de faire de la recherche. Moi, en fait, le but, c'était vraiment d'avoir une spécialité. L'ophtalmo m'aurait plus, mais c'était un poste de chirurgien. Donc c'est beaucoup plus difficile. Je ne sais pas si tu te souviens. Oui, mais de toute façon,
- Speaker #0
il n'y a pas de spécialité médecin des astronautes. Ça n'existe pas.
- Speaker #1
Alors, il existait la capacité de médecine aéronautique et spatiale que j'ai passée, que j'ai obtenue. Ma spécialité, c'est la biologie médicale.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et donc, de fil en aiguille... Comment t'arrives à l'agence ?
- Speaker #1
Alors en fait, j'ai travaillé juste après à la clinique spatiale du MEDES à Toulouse, qui est le seul centre qui existe en France où tu peux faire un petit peu de choses qui ressemblent au spatial. Parce qu'en fait, ils vivaient d'expériences de recherche clinique focalisées sur les baies de reste, les alitements prolongés. On met des sujets dans des lits, ce qui va simuler l'impesanteur. et coûter moins cher que d'envoyer des astronautes. Oui, c'est ça,
- Speaker #0
et les gens restent allongés pendant des jours et des jours, et voient ce qui se passe sur le plan osseux et musculaire.
- Speaker #1
C'est comme ça que je suis arrivée. C'est-à-dire que je travaillais au Centre national de glule rouge, puis il y a eu cette sélection pour un bedrest. En fait, tu peux imaginer que c'est exactement comme avoir des patients qui sont malades, enfin on les remplace, on les attend. Comme s'ils étaient hospitalisés. Et hospitalisés. Ils font des expériences exactement comme les astronautes à bord de la station. Des expériences d'ailleurs équivalentes. Et alors là, c'était très intéressant parce que nous testions des contre-mesures physiques. Il y a des exercices tout en étant allongé, donc il y avait 24 femmes sélectionnées, 3 groupes de 8, 8 faisant des exercices, 8 ayant une nourriture un petit peu particulière. Là, on leur avait donné un mélange d'acide aminé parce qu'on pensait que... Donc des protéines. Des protéines, parce que justement, on a découvert qu'il y a une baisse des protéines pendant le vol. Et la troisième, c'était le groupe contrôle.
- Speaker #0
Ça, c'est la première approche que tu as eue. Avec l'ambiance aérospatiale, astronaute, sans apesanteur et tous les tests scientifiques. On va y revenir.
- Speaker #1
Oui et non, parce que j'ai fait entre-temps un vol parabolique.
- Speaker #0
Donc le vol parabolique explique déjà ce que c'est ?
- Speaker #1
Alors le vol parabolique, en fait, c'est vraiment ce qui va simuler l'apesanteur. Sauf que l'avion va faire des paraboles. Il va faire durant la 3 heures, on va faire 30 paraboles. Alors ça veut dire qu'en fait, l'avion va prendre une grande accélération où tu vas peser à peu près 2-3 fois ton poids, 2 fois le poids. Puis au sommet de la parabole, nous avons 20 secondes d'impesanteur. Donc là, c'est vraiment là qu'il va simuler l'impesanteur. Et l'avion va redescendre. Voilà, et donc toutes ces paraboles sont très fatigantes et prenantes pour le corps. Moi qui n'étais pas du tout sportive à l'époque quand j'ai fait ça, j'étais malade le premier jour parce que c'est vraiment...
- Speaker #0
Ça t'a fait quoi précisément ?
- Speaker #1
Oh ben nausée, vomissement, comme si... Ah oui, le... je ne sais plus dire en français, le mal de l'espace en fait.
- Speaker #0
Donc en fait, toi, tu as expérimenté l'espace, mais sans être préparée du tout.
- Speaker #1
Finalement, tu as raison, parce qu'en fait, j'avais à faire moi-même une expérience de saisir un objet au sol et de le remonter juste pendant les 20 secondes, le faire le plus de fois possible. Donc, non seulement tu découvres quelque chose qui est délicat pour le corps, et en plus, le fait de stimuler le corps pendant les 20 secondes, je pense que ça a été très, comment dire ? Éprouvant. Éprouvant, et voilà. Mais le lendemain, je devais revoler. Et j'ai dit, si je veux continuer dans le spatial, il faut que je vole. Et là, ça ira bien. Et effectivement, ça s'est bien passé le lendemain.
- Speaker #0
D'accord. Donc là, toi, tu as fait ça comme expérimentation, le vol parabolique. Tu as été médecin pour l'expérience du bed rest, donc des gens qui étaient allés pendant deux mois. Ils allaient manger,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Et après, à quel moment tu rentres au Centre européen des astronautes ? En 2010. Alors, comment ça se passe pour ton entrée dans ce centre ?
- Speaker #1
On me propose le poste en 2010. Et on me dit, si tu veux vraiment voir ce que c'est... une semaine là-bas. Donc, j'ai passé une semaine pour visiter, voir les équipes d'ingénieurs aussi, de médecins, d'ingénieurs biomédicaux en console. Et j'ai dit, ben oui.
- Speaker #0
Ça devait être dingue de rencontrer tout le monde pendant cette semaine.
- Speaker #1
Alors, je les avais déjà rencontrés avant, dans un autre contexte, au moment de la sélection, justement de
- Speaker #0
2009. Sélection de Thomas Pesquet en 2009. Voilà,
- Speaker #1
la sélection des astronautes. J'ai beaucoup travaillé sur le projet et notamment sur les préparations. Préparation avec les psychologues, préparation parce que ça s'est fait en plusieurs temps cette sélection.
- Speaker #0
Dis-moi Brigitte, comment est-ce qu'on sélectionne des astronautes ? Explique-moi comment se fait la sélection, j'imagine, psychologique, physique, médicale ? Pourquoi on va choisir l'un plutôt qu'un autre ? Est-ce qu'il faut que ça soit des sujets parfaits ou pas ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est compliqué. Parfait. Un sujet parfait, ça n'existe pas. On avait 8000 candidats sur cette année-là, donc sélectionnés sur papier, j'ai envie de dire. C'est-à-dire chacun postulé par Internet.
- Speaker #0
Mais ils avaient un dossier qui devait être... Alors, je peux t'en parler ?
- Speaker #1
Parce que j'ai candidaté pour ça, même si je savais qu'à la fin, ça...
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y avait dans les éléments remplis ?
- Speaker #1
Il y avait beaucoup de choses. D'abord, la carrière professionnelle.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Ensuite, la... partie physique, est-ce que tu aimes faire du sport qu'est-ce que tu fais, la partie aviation donc c'est vrai qu'être un aviateur si on peut dire ça c'est un plus forcément
- Speaker #0
Tout ce qui peut t'aider. Et la partie langue. Qu'est-ce que tu parles ? Et puis les références.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un test psychologique à remplir ou pas ?
- Speaker #0
Pas à ce moment-là. À ce moment-là, on avait à fournir un certificat d'aptitude pour le pilotage privé qui va déjà permettre de sélectionner des gens avec des problèmes de vue notamment.
- Speaker #1
Mais ça veut dire donc que tous ces potentiels astronautes, ils envoient juste un formulaire papier ? à la sélection européenne et ensuite, ils choisissent parmi ces gens-là ?
- Speaker #0
C'est ça. Mais en fait, si tu veux, tu as des critères. Je ne me souviens plus, mais il y a beaucoup de critères, notamment poids, taille, un certain nombre de critères qu'on va te demander à remplir, plus un questionnaire médical sur des pathologies pour éliminer vraiment des grosses pathologies qui pourraient être rédhibitoires. Donc voilà, un très gros questionnaire. Et suite à cela, il y a effectivement une première sélection qui se fait à Hambourg Sur les tests psychomoteurs, c'était plutôt des tests pour voir la capacité de réaction. Ces tests-là étaient des tests de rapidité, de mémorisation, de mathématiques. Tu avais une poulie, il fallait dire comment allait se comporter le matériel. Des tests avec des flèches, elles vont à tel sens. Souvent, je terminais le test, je me disais « ah bah oui, j'ai compris » . Donc c'est pour dire un petit peu que c'était vraiment des tests mathématiques, physiques. Mathématiques,
- Speaker #1
réactivité, psychomotricité.
- Speaker #0
Exactement, mémoire. Par exemple, une série de chiffres. Alors moi, je me rappelais des chiffres, mais en fait, on te demande du dernier que tu viens d'entendre dans l'autre sens. C'est très compliqué dans ce sens-là. Qu'est-ce qu'il y avait ? Ah oui, test avec un manche à retour d'effort, comme si tu pilotes un avion. Qu'est-ce que tu dois faire sur ce test ? Être capable de maintenir la vitesse, l'altitude, tout en faisant des calculs mathématiques. Donc c'était vraiment plutôt des tests orientés, vraiment capacités. de pilote. Moi, j'ai trouvé que ces tests étaient très visibles. Je suis sortie de là en me disant, de toute façon, c'est fini, tout le monde va être content parce que je vais pouvoir réintégrer ma position et puis m'occuper vraiment de la sélection. C'est génial d'avoir testé, peut-être que tu sais du coup... C'est pour ça qu'il y avait eu le candidaté, parce que je trouvais que c'était important de connaître toutes les phases, et d'ailleurs j'ai eu la chance d'accéder à cette phase-là, parce que sur les 8000, on était quand même 900, et après ils en ont pris 150. Donc il y a eu quand même un sacré... Et crémage...
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on passe comme test sur les 150 ?
- Speaker #0
Sur les 150, on les fait venir cette fois à Cologne pour faire les tests psychologiques.
- Speaker #1
Alors comment ça se passe sur les tests psychos ? Parce que moi je crois comprendre quand même que pour pouvoir être dans une station enfermée, il faut quand même prendre des personnalités qui concordent bien, pour pas que ça devienne une problématique d'entente les uns avec les autres. Il faut pas qu'il y ait quelqu'un qui ait bien sûr une pathologie psychologique ou psychiatrique. Est-ce qu'il y a des tests de personnalité précis qui disent, ok, lui il va très bien s'accorder avec elle, ça va être fiable dans la communication et on sait qu'il va y avoir un bon partenariat ?
- Speaker #0
On va tester à la fois leur psychologie individuelle, mais aussi justement le travail en équipe. En fait, il y avait une énigme, on les laissait 10 minutes ou 20 minutes à réfléchir comment débrouiller le test et on voyait comment ils se comportaient, puis après on leur demandait de nous apporter la solution. là c'est là où tu vois vraiment Comment chacun réagit ? Il y en a un qui est en retrait, l'autre qui est en direct. Il faut déterminer qui est-ce qui va être le leader,
- Speaker #1
qui est-ce qui va être le suiveur, qui est-ce qui initie quelque chose, qui est-ce qui va fédérer tout le groupe. Donc ça c'est très intéressant.
- Speaker #0
C'est très important. Et puis ensuite, ils avaient un test, comment la dernière une heure. Là, ils allaient être vraiment cuisinés, si je puis m'exprimer ainsi. C'est-à-dire qu'on allait leur poser des questions dans tous les sens, voir aussi leur connaissance du spatial, de l'agence européenne, des projets. Leur connaissance, si un astronaute a tel problème que tu es avec ton coéquipier en sortie extravéhiculaire, que le cordon part et que tu sais qu'il va mourir, qu'est-ce que tu fais ?
- Speaker #1
Alors qu'en fait, ils ne sont même pas déjà dans le programme. Absolument. Qu'est-ce que tu ferais si tu étais astronaute dans ce genre de cas ?
- Speaker #0
C'est vraiment tout un tas de tests.
- Speaker #1
Suite aux tests psychologiques, on en sort combien à peu près ?
- Speaker #0
43.
- Speaker #1
43. Et donc après, qu'est-ce qui se passe entre 43 et quelques ans ?
- Speaker #0
Il nous reste la dernière étape médicale qui est fondamentale.
- Speaker #1
Pourquoi elle n'était pas faite avant l'étape médicale ? Pour les déterminer s'il y avait des grosses pathologies.
- Speaker #0
En fait, le problème, c'est que cette étape médicale, ça coûte cher. C'était une semaine avec une batterie de tests complète. Donc, ça avait été vraiment longuement réfléchi.
- Speaker #1
IRM, scanner, ils me sont très poussés.
- Speaker #0
Parcologie, ophtalmo, l'épreuve d'effort. Enfin, il y avait beaucoup de check-up complets. en une semaine, bon en fait ça faisait pas tafé une semaine, mais on avait la chance s'il y avait des problèmes, de pouvoir les revoir au bout, enfin de faire...
- Speaker #1
Et donc là c'était de la prévention poussée, justement, pour voir s'il y avait une pathologie sous-jacente ou quelque chose à venir pour éliminer ces candidats qui justement ne pourraient pas être bons pour la mission.
- Speaker #0
Sur les 43, il nous en est resté 23. Et de là, 6 parce que c'était pas fini.
- Speaker #1
Comment tu passes de 23 à 6 ? C'est quoi le 15 d'après ?
- Speaker #0
C'était l'interview. Les interviews finaux décidés par l'agence spatiale.
- Speaker #1
Les interviews seulement ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est-à-dire ? Juste savoir comment ils communiquent ? Quel est leur degré d'éloquence ?
- Speaker #0
Communication. Et puis là, c'est avec l'agence. Donc, voir un petit peu comment ils s'expriment, qu'est-ce qu'on veut vraiment savoir. Là, je ne peux pas savoir, je n'ai pas participé.
- Speaker #1
On rentre dans le vif du sujet. On a donc les six qui sont sélectionnés. Sur ces six-là, ça va être deux ans de formation.
- Speaker #0
C'est ça. Alors,
- Speaker #1
sur les deux ans de formation, finalement, on prend un sujet A ou B ou C. Il va y avoir un entraînement de quel type ? Parce que là, on va en faire des hommes et des femmes bien formés, avec une bonne masse musculaire, avec un bon état psychologique. C'est quoi la formation pour en faire des astronautes prêts à partir ?
- Speaker #0
Alors, c'est là où il y a un petit bémol qu'on n'a pas besoin de sportif. Parce que plus on va être entraîné, plus on va... perdent de l'os et du muscle dans l'espace. On veut des gens en bonne condition physique, mais on ne veut pas des surhommes. Oui,
- Speaker #1
mais il vaut mieux en avoir plus quand même. Si j'ai plus de masse musculaire et que j'en perds dans tous les cas parce que je vais dans l'espace, il vaut mieux que j'en ai plus que pas assez. Moi, je vois ça du point de vue du vieillissement. On sait qu'on perd de la masse musculaire quand on vieillit. Il vaut mieux qu'à 50-60 ans, on ait une grande masse musculaire. Comme ça, il en restera toujours plus que quelqu'un qui n'en avait pas trop.
- Speaker #0
Alors, on est d'accord. Cela dit, on ne veut pas prendre des athlètes. Donc, on veut vraiment prendre des gens. sportifs qui aiment faire du sport. Je crois que c'est ça qui est important. Et en fait, c'est ce qui s'est exactement passé dans la dernière sélection par rapport à des astronautes plus anciens que moi j'ai pu voir quand je me suis formée. C'est qu'on se rend compte qu'ils étaient tous motivés. Moi, sur les six. Donc, on n'a pas eu besoin de leur dire, fais ton sport. Alors, évidemment, la partie sportive est très importante, va s'inclure dans leur entraînement, mais ça va être un petit peu, je ne veux pas dire laissé à leur propre initiative, mais c'est vrai que sur ces deux ans, ils ont tellement de choses à se former. Se former sur la station, se former sur les expériences scientifiques, se former sur le médical. Il faut qu'ils apprennent aussi, ils vont être leurs propres expériences. Donc, il y a beaucoup de choses. Ils ont, je vais appeler ça un coach sportif, qui va permettre finalement de s'adapter à chacun des astronautes sélectionnés pour voir ce qui lui correspond, ce que je lui fais faire. Ça va être un entraînement individuel et régulièrement, nos coachs sportifs vont les revoir. Mais le gros inconvénient peut-être qu'il y a en Europe, c'est qu'en fait, nous n'avons pas nos propres vols. Donc en fait, ils vont aller s'entraîner régulièrement, à l'époque de Thomas notamment, en Russie, puis aussi aux Etats-Unis. Donc le coach sportif ne va pas pouvoir s'occuper d'eux aussi fréquemment que s'ils étaient sur place.
- Speaker #1
Mais ils ont quand même des entraînements sportifs avec un coach de manière régulière. parce qu'en fait, en prévention santé, pour les rendre le plus... plus efficace sur le plan physique, ça va être sur tout ça. C'est sur le plan musculaire. Et sur la santé osseuse, essayer de renforcer tout ça pour qu'il puisse pallier à l'apesanteur. On est d'accord ? Ou est-ce que tu vois d'autres choses ?
- Speaker #0
En fait, c'est vrai que toute cette partie-là va aussi développer la capacité cardiologique. Donc, c'est effectivement très important. Cardio, pulmonaire. Alors, ce qu'il ne faut pas oublier quand même, c'est que quand un astronaute est sélectionné, lui, son but, heureusement, ils aiment le sport. mais c'est pas vraiment faire du sport. Leur but, c'est de faire de la science dans l'espace.
- Speaker #1
Je suis toujours avec Brigitte Godard, médecin des astronautes, médecin de Thomas Pesquet en 2016, qui nous amène tellement d'informations sur la santé, la prévention, et surtout, qu'est-ce que toutes ces missions dans l'espace nous apportent sur le plan d'une anticipation d'un bon vieillissement, un vieillissement qui est réussi. Nos astronautes. Ils partent en mission. Ça y est, on y est. Ils sont dans la fusée. Ils décollent. Ils vont être en apesanteur pendant combien de temps durant la mission ?
- Speaker #0
En fait, c'est tout le temps. Quand tu es là-haut, tu es tout le temps en apesanteur. C'est vraiment ça notre problème. Donc, six mois.
- Speaker #1
Six mois. Pendant six mois, ils sont en apesanteur. Alors, juste sur le plan physiologique, sur le plan scientifique et médical, qu'est-ce qui se passe quand on est en apesanteur ? Parce que j'entends qu'on vieillit plus vite. On vieillit plus vite. À cause de l'apesanteur, à cause des radiations, à cause de quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Explique-moi médicalement.
- Speaker #0
Alors effectivement, c'est vraiment un très bon modèle du vieillissement. Alors peut-être la chose la plus frappante, c'est au niveau osseux. Parce qu'en fait, ce que j'ai coutume de dire, ça vraiment éclaire assez rapidement, c'est qu'un astronaute en vol va perdre 1% de densité osseuse par mois, alors qu'une femme à la ménopause va perdre 1% d'os par an. Alors ça c'est relatif. Vieillissement accéléré. Vieillissement accéléré. Alors pourquoi ? Parce que finalement sur Terre, nous sommes habitués à vivre avec la gravité. Si on n'avait pas nos muscles et os qui travaillent en permanence, qui sont entraînés depuis notre naissance, depuis tout le temps, si on n'avait pas ça, on serait cloué au sol. Ben eux, tu leur retires cette gravité, le corps est très bien fait, il n'en a plus besoin, et ben il va flotter. C'est très agréable, très très agréable de pouvoir flotter, mais au détriment de cette capacité hôteuse. Voilà.
- Speaker #1
Perdre des muscles ?
- Speaker #0
Alors oui, le cœur, ne l'oublions pas, est un muscle aussi. Donc on va perdre aussi au niveau cardiaque, on va avoir des modifications. Alors ce qui va se passer du fait de cette absence de gravité, c'est qu'au lieu d'avoir une homogénéité de la répartition... des fluides de la tête aux pieds avec un système veineux qui est bien fait, donc qui va permettre de faire remonter le sang. Et bien là, nous n'avons plus cette force. Et bien, c'est ce que l'on voit quand on regarde à la télé les astronautes, quand on les voit, ils ont un aspect bouffi du visage. Nous allons avoir une remontée, ce qu'on appelle le fluide chiffre, la remontée des fluides vers la partie supérieure du thorax.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Tout ce qui est lymphatique, veineux, artériel, tout ça, ça remonte. Exactement.
- Speaker #0
Tout va remonter. Il va y avoir une adaptation. Donc c'est vrai que sur six mois, au bout d'un mois, le corps s'adapte, mais pas quand même autant que sur Terre, c'est-à-dire que nous n'avons toujours pas cette gravité. Donc en fait, ça va s'homogénéiser, mais il va quand même rester une partie plus importante, et ce qui occasionne peut-être une partie des problèmes oculaires que l'on a découvert récemment.
- Speaker #1
Ça peut participer du coup à ce qu'on appelle en médecine une hypertension intracérébrale, à peut-être plus d'accidents vasculaires cérébraux ? Ou un cœur qui fonctionne moins bien ? Est-ce qu'il y a ces risques-là ?
- Speaker #0
Absolument. Au niveau cardiaque, le problème majeur qu'on va avoir au retour, c'est l'hypotension orthostatique. Parce que les capteurs qu'on va avoir au niveau carotidien, ils vont avoir une information complètement différente pendant le vol. Comme je l'ai dit, on s'adapte. Donc tout se passe bien. Mais c'est le retour qui va être difficile parce que du coup, nous n'avons plus de muscles quand on rentre. Et c'est en ça que va compter la période post-vol de réhabilitation. De remettre en fonction le plus rapidement possible. C'est pour ça qu'en fait, ça serait complètement inhumain, comme peut résumer quand j'ai appris vraiment le spatial auprès des Russes, d'envoyer quelqu'un sans faire de sport. Donc vraiment, c'est le minimum deux heures par jour. Alors quand je dis deux heures, ça va être une heure et demie, le temps de se changer, etc. Une heure et demie tous les jours, six ou sept jours sur sept.
- Speaker #1
Du vélo, qu'est-ce qu'il y a ? Alors il y a des machines de sport.
- Speaker #0
Il y a le vélo. Il y a le tapis pour courir avec un harnais. Oui, qui le tient. Et puis aussi l'entraînement de musculation. Depuis que nous avons un nouvel appareil à bord, il y a eu plusieurs générations, il faut vraiment bien savoir s'en servir. En général, au début, nous sommes obligés de faire des conférences avec eux pour ne pas s'abîmer le dos. Mais il est beaucoup plus puissant. Depuis qu'on a cet appareil-là, plus une bonne nourriture,
- Speaker #1
il perd un peu moins de masse musculaire.
- Speaker #0
On perd moins, mais on perd quand même, il n'y a rien à faire.
- Speaker #1
D'accord, donc ça c'est tous les jours, il n'y a pas de jour de repos là-dessus quand on est dans l'espace ?
- Speaker #0
Alors, ça dépend de chaque astronaute. Pour le niveau physique, on peut tolérer une journée sans sport. C'est toujours le problème pour le corps humain de savoir le juste milieu. Et puis certes, on est tous différents, les sujets sont différents. Donc celui qui veut le faire tous les jours, pour lequel il n'y a pas de problème, nous on n'a pas de souci. Mais quelqu'un qui souhaite se reposer une journée, on tolère une journée. de repos.
- Speaker #1
Et j'avais une question dans l'espace, j'en discutais avec une amie qui est ORL, elle me disait, mais à ce qui paraît dans l'espace, comme logiquement tu vois, pour la sensation de vertige, le vertige il vient parce qu'on a une certaine proprioception, ça veut dire qu'on est debout, ça veut dire qu'on a une information qui passe par la voie oculaire, on a une information qui passe par les oreilles, et bien en fait, ce trépied fait que tu n'as pas de vertige et que tu peux marcher normalement. Dans l'espace, On enlève le côté perception posturale d'être debout et de la gravité. Est-ce que ça peut arriver qu'un astronaute se retrouve avec des vertiges dans l'espace ?
- Speaker #0
C'est exactement le premier problème. C'est ce qui m'a toujours intéressée dans le spatial. Quand j'étais chez Berthod, je travaillais sur les troubles de l'équilibre. Parce qu'effectivement, c'est ce qu'on appelle le mal de transport, Space Motion Sickness, le mal de l'air, et vraiment les affects les premiers jours. Ils l'ont tous ? Ah ! Alors... 70% ça dépend alors normalement il y a des entraînements et on se rend compte qu'on n'arrive pas à les entraîner les russes font beaucoup de choses avant le départ notamment les fauteuils rotatoires le fauteuil rotatoire donc on va faire tourner le sujet, il est assis et on va le faire tourner de plus en plus vite parce que ça ça va... en kinésithérapie vestibulaire en général quand il y a des soucis de vertige alors tout le monde n'est pas égal avec ça c'est à dire que quand on les entraîne tu peux dire t'es entraîné et puis finalement t'es malade quand même Claudie Aignuret on en a parlé Merci. Moi, je l'ai découverte dans le magazine Ciel et Espace. Elle était appelée la femme sans vestibule parce qu'à tous ces tests russes, elle n'avait aucun souci.
- Speaker #1
D'accord. Mais néanmoins, la majorité se retrouve avec quoi ? Des nausées, des vomissements ? Oui,
- Speaker #0
exactement. C'est ce que j'ai expérimenté dans le vol parabolique.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est vraiment cette manifestation. Les symptômes, ça peut être différent au niveau de l'explication fine. Nous n'avons pas encore l'explication complètement rationnelle de ça. Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent encore là-dessus. C'est-à-dire qu'on sait qu'il y a ce conflit neurosensoriel, mais il y a aussi un mécanisme cardiaque qui va intervenir. Tout le monde n'est pas malade de la même façon. Tout ça, c'est encore en cours d'études et c'est passionnant parce que quand tu regardes chacun des scientifiques, ils commencent à travailler ensemble les uns. Chacun dans leur domaine différent, ils se rendent compte qu'il faut qu'ils... On arrive à travailler ensemble parce que le corps est un tout et non pas des bourribes d'organes. Ce qui fait qu'on se rend compte que c'est peut-être pour ça que des fois, celui-là n'a pas été malade là, mais il est malade à ce moment-là, aussi par la question du stress, la fatigue.
- Speaker #1
Quid de la formation en premier secours de nos astronautes ? Parce qu'en fait, c'est comme en navigation. On les envoie loin, ils sont isolés, il n'y a pas de médecin pour les gérer. S'il y a une urgence, s'il y a une blessure, c'est quoi leur formation là-dessus ?
- Speaker #0
Alors c'est exactement... Une partie du training, le training médical. Alors, pour deux raisons. Pendant deux ans ? Parce qu'ils vont être tout seuls, pendant les deux ans, ils vont se former. Ils vont être tout seuls à bord. Alors, on a toujours un crew medical officer, c'est-à-dire un des... Il y en a au moins deux sur six. Il peut y avoir deux voire trois. Quelqu'un qui va être particulièrement, encore un petit peu plus formé que les autres pour vraiment s'occuper de ses petits collègues. Des urgences ? Voilà. Alors, des urgences, ils sont formés là-dessus avec le matériel qu'ils ont à bord. Et il y a une formation dans l'hôpital aussi, pour voir comment ça se passe. Mais pareil, on ne va pas résumer huit ans de médecine. Ils ne vont pas faire chirurgien, pas en deux ans. Mais c'était très intéressant parce que ça leur permet de voir comment ça se passe, d'être confronté par exemple à des gens anesthésiés qui sont comme des morts. Parce que quand tu n'en as jamais vu, ça peut être un peu surprenant.
- Speaker #1
Mais ça veut dire qu'ils ont quand même un matériel assez conséquent, je suppose.
- Speaker #0
Alors, il peut arriver, n'oublions pas qu'il peut arriver des médecins qui partent à bord. Nous en avons eu. Pas dans notre sélection-là, il n'y en a pas, mais il y en a eu André Cooper, c'était un médecin par exemple, et Claudie. Mais effectivement, eux vont être plus à l'aise, donc c'est pour ça qu'on a toujours du matériel. Alors la chance que nous avions jusqu'à maintenant à bord de la Station Spatiale Internationale, c'est qu'il y a toujours possibilité d'avoir une connexion avec le médecin. Donc c'est vrai que c'est pour ça aussi que ça peut être bien d'avoir du matériel sophistiqué quand même, parce que si on les guide, on peut quand même réussir à faire des choses. Et puis, en fait, on fait ce qu'on peut. Et l'autre chose, c'est qu'on sait qu'on peut les rapatrier rapidement.
- Speaker #1
Et alors, une appendicite dans l'espace, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Une appendicite dans l'espace, heureusement, on n'en a pas eu. Mais pour l'instant, je pense qu'il faut qu'on la stabilise et qu'on la ramène.
- Speaker #1
Combien de temps pour revenir en urgence ?
- Speaker #0
Alors, on sait qu'en quelques heures, on peut être là. Ah, quand même, quelques heures ! Mais ça, c'est ce qu'on dit. En fait, si on veut vraiment les bonnes conditions pour... quelques heures, effectivement, quelques minutes, la station, elle monte en 8 minutes là-haut. D'accord ? C'est très rapide. Mais pour qu'on ait les bonnes configurations, qu'on soit sûr que l'astronaute se retrouve dans une bonne condition, qu'on sache où aller le récupérer, ça va dépendre de certaines conditions, de la rotation de la Terre, où on en est. Et donc, ça peut, ça pourrait prendre potentiellement jusqu'à 3 jours au maximum.
- Speaker #1
3 jours max.
- Speaker #0
C'est pour ça que je dis qu'il faut les stabiliser. Donc, on a des antibiotiques, on peut les perfuser, voilà. On a des moyens à bord.
- Speaker #1
Ça reste quand même une perte de chance. Mais quand on est dans un désert médical, en plein centre de la France, dans la campagne, finalement, parfois, on met beaucoup de temps pour arriver à l'hôpital.
- Speaker #0
On est complètement d'accord. Et c'est pour ça que la télémédecine s'est aussi beaucoup développée.
- Speaker #1
Exactement. Sur le plan de la nutrition, parce que là-haut, six mois, c'est long. Légumes, fruits... Des bons petits plats pour faire du bien au moral. Comment ça se passe ? Parce que bien sûr, il faut leur apporter des vitamines, des minéraux, des fibres, des protéines. Tout ce qu'il faut, c'est que du lyophilisé. C'est que des compléments. Comment c'est organisé sur ce plan-là, nutritionnel ?
- Speaker #0
Oui, ça, c'est très intéressant, effectivement. Alors, tout va être préparé, empaqueté, soit en canette, soit lyophilisé. Sous vide. Sous vide, voilà. Il y a plusieurs façons de faire. Ils ont quand même un petit peu de produits naturels quand ils montent en cargo. Toujours pareil, c'est vraiment là où il faudra préparer nos missions sur Mars, parce que pour l'instant, à bord de la station, il y a quand même des cargos qui montent régulièrement du matériel. On peut leur envoyer des fruits et des légumes. Sauf qu'on s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas les conserver très longtemps. Donc dès que ça arrive, on se jette sur les fruits et les légumes. Alors ça, c'est vraiment, on a besoin, si on veut vraiment les protéger, notamment en antioxydant, de leur apporter des compléments alimentaires. aussi voilà alors en fait ce qui est dans les quand on discute avec nos nutritionnistes de la NASA ou de l'Europe ce qui est vraiment fondamental c'est la vitamine D ça on va leur en donner en obligatoire et après j'ai envie de dire que ça dépend de la discussion de chaque médecin avec son astronaute moi je sais que je suis très tu me connais concernée par la nutrition l'alimentation pour moi est quelque chose de fondamental ce qu'on met dans notre corps c'est vraiment le B à bas c'est comme ça qu'on devrait commencer à soigner Merci. Et c'est vrai qu'en arrivant à l'Agence spatiale européenne, je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de choses que nous avions à découvrir parce que nous n'avions pas la main sur l'alimentation, sauf le petit package que nous envoyons, mais qui est consommé rapidement par nos astronautes européens, parce qu'en fait, on va partager la nourriture avec la Russie et puis avec la NASA, et on emmène ce qu'on appelle le bonus food, qui va être consommé relativement rapidement. Les habitudes européennes ou françaises d'avoir de la bonne nourriture. Dès qu'ils vont avoir cette nourriture-là, ils vont la partager avec les petits copains.
- Speaker #1
Et tu leur fais des dosages, en fait, par exemple, pour vérifier s'il n'y a pas de carence en vitamines, avant, après, au retour, parce que six mois, c'est quand même long.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Il y a le scorbut, quand on prenait des navires et puis qu'on traversait l'Atlantique, il n'y avait pas de fruits, il n'y avait pas de légumes, pas de vitamine C. Les gens développaient du scorbut, ils perdaient leurs dents. Est-ce qu'on vérifie tout ça ?
- Speaker #0
C'est exactement tout ça. Il va y avoir beaucoup de prélèvements biologiques avant. Un moment plus grand désespoir. Pour le côté médical, plus pendant, parce qu'on s'est rendu compte que ça allait bien. Et donc, tous les prélèvements qui sont faits vont être pour la science à ce moment-là. Il ne faut pas oublier que plus on va faire de prélèvements, plus on va leur diminuer leur hémoglobine, qui va pourtant se modifier à bord, diminuer parce qu'il y a des changements qui vont s'opérer. Donc, on essaye d'être le plus... moins agressif possible. Mais depuis le temps qu'on envoie des astronautes, on sait que quand ils rentrent, il va y avoir des changements qu'on va récupérer. Mais au moins, on sait qu'il n'y a pas de déficit phénoméno. Pas d'impact majeur. Ce qu'on va avoir de plus important, ça va être cette perte osseuse, malgré tout cet entraînement.
- Speaker #1
C'est toujours la prio.
- Speaker #0
Et aussi sur le plan, on parlait de la nutrition tout à l'heure, comme c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup et qu'on commence à beaucoup étudier le microbiote, je me suis amusée à regarder à l'aide de la littérature, je ne parle pas du tout des astronautes européens nécessairement, mais est-ce qu'on peut comparer finalement le microbiote intestinal du sujet âgé avec nos astronautes ? Oui, tout à fait. alors on sait que On vieillit sur le plan osseux, ça simule, ça va plus rapidement, comme je disais tout à l'heure, qu'une femme en post-ménopause. Mais alors là, sur le plan du microbiote, j'étais extrêmement surprise. Alors, il y a plusieurs phénomènes à cela. Il y a le fait qu'ils vont vivre en atmosphère confinée. Donc finalement, on va retrouver au sein de tous nos astronautes un microbiote qui va s'homogénéiser.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
C'est très intéressant. En plus, on va trouver, quand on fait des analyses sur le bord de la station, sur les parois, c'est ce qu'on va retrouver aussi au niveau de leur peau. Donc il y a vraiment une espèce de symbiose entre le véhicule et l'astronaute. Et alors, encore plus intéressant, j'ai eu la chance de tomber sur un article qui parlait des centenaires et des sujets âgés. Qu'est-ce qui fait la différence finalement entre les centenaires et leurs microbiotes ? Finalement, le centenaire va avoir un microbiote qui va être plus apte à se défendre que le sujet âgé. Moi, je me suis dit, mais ils sont comment les astronautes ? Et en regardant de près, ils sont plus proches du sujet âgé que du centenaire.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Alors ça, il y a vraiment des raisons en fait. C'est vrai que s'il y a l'alimentation, on parlait d'alimentation naturelle, il faut vraiment le centenaire, il va rester actif, une vie sociale, avoir une alimentation qui va cuisiner à la maison, naturelle, etc. Avec des produits bruts,
- Speaker #1
récoltés en général, qui sont bio, parce qu'il n'y a pas de pesticides. Et c'est vrai qu'ils ont un microbiote, c'est centenaire, dans les zones bleues, qu'on connaît bien, il y en a cinq dans le monde. Et ils ont ce microbiote qui est très varié et diversifié, et effectivement qui est différent des personnes âgées en France ou dans d'autres pays. C'est intéressant. Alors c'est vrai que l'alimentation, du coup, elle ne va pas être très riche, fibreuse, avec tout le microbiote qu'il faut pour les astronautes. Donc ce n'est pas étonnant qu'ils aient un microbiote qui ressemble au microbiote de la personne âgée,
- Speaker #0
finalement. Tout est cohérent. C'est ce que je m'attendais à trouver. tout à fait effectivement avec ce qu'on a dit que finalement c'est une simulation du vieillissement.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Sur les tests scientifiques qui sont réalisés à bord, qu'est-ce qu'on a appris, si tu pouvais nous donner deux, trois points dans les tests scientifiques qui sont faits,
- Speaker #1
qui nous apprennent des choses sur la prévention en santé, sur le vieillissement ? Qu'est-ce qui est ressorti dans toutes leurs expériences ? Est-ce qu'on a fait avancer la médecine ou pas ?
- Speaker #0
Alors c'est intéressant parce que finalement on se rend compte qu'on apprend toujours, on est toujours obligé d'apprendre. On sait que l'alimentation et l'activité physique sont vraiment capitales. Ce que l'on a découvert aussi, c'est que les astronautes vieillissent et l'obésité pourrait les gagner. C'est-à-dire qu'on a une augmentation de la résistance à l'insuline.
- Speaker #1
C'est ce qu'on voit chez les pré-diabétiques. Exactement,
- Speaker #0
et ça on va le voir chez l'astronaute. Donc ce que moi je peux dire que ça nous apporte, c'est que vraiment le jeune à l'école, il faut le faire du sport.
- Speaker #1
Il ne faut pas rester avec un surpoids, ni bien sûr une obésité.
- Speaker #0
L'alimentation trop industrielle, sucrée, etc. L'alimentation reste fondamentale.
- Speaker #1
On en revient aux mêmes conclusions. En santé, il faut favoriser une activité physique. Et l'activité physique, c'est primordial pour une bonne santé.
- Speaker #0
Absolument. Et dès le plus jeune âge.
- Speaker #1
Et dès le plus jeune âge. Parce que de toute façon, on sait qu'un enfant qui est obèse dans son jeune âge...
- Speaker #0
En général, il a tendance à rester obèse par la suite. A contrario de tout ça, c'est vrai que quelqu'un qui fait beaucoup trop de sport, alors soit il faut qu'il continue à faire à ce rythme-là, parce qu'on sait très bien que dès qu'il va arrêter ou diminuer fortement, on va se retrouver avec des problématiques d'insuline.
- Speaker #1
Parce que le sportif de haut niveau, typiquement, grosse charge de sport, il a une adaptation de son alimentation, il arrête, et en fait l'insuline ne sait plus trop comment s'y retrouver dans son travail avec le pancréas. Prise de poids, parce qu'en fait, il ne change pas son alimentation et donc ça, typique.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Donc finalement, c'est vrai qu'on se rend compte que c'est toujours la même chose. Une bonne alimentation naturelle. Alors chez nous, les astronautes, on est obligé de favoriser les antioxydants, etc. parce que finalement, ils ne vont pas aller s'aérer dehors comme on peut faire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et puis, l'alimentation, il faut qu'on réfléchisse beaucoup sur Mars, et ça, on y travaille, pour être capable de cultiver ses propres plantes.
- Speaker #1
Et si on se fait une minute science-fiction ? Ok, quid de si jamais la Terre venait à mourir, qu'on avait une hypothèse catastrophique qui faille vraiment aller sur Mars ? Est-ce que pour toi,
- Speaker #0
d'un point de vue médical, de santé, ça serait envisageable ?
- Speaker #1
Ou non, parce qu'on perdrait trop en masse musculaire osseuse et qu'on mourrait trop vite ?
- Speaker #0
Alors moi, je suis une aventurière. Donc je vais te dire, il faut y aller. Parce que de toute façon, si on n'a pas le choix, c'est ce que je ferai. Et puis, le corps humain est très bien fait. Donc on a cette courbe, en fait. Je pense qu'à un moment donné, on se dit toujours, finalement, sur le plan osseux, nous ne sommes pas prêts. Les radiations non plus, parce qu'on n'a pas abordé... Il y a trop de choses à dire. Il y a trop de radiations, ça fait pire. Voilà, les radiations aussi. Puisque justement, on a parlé d'antioxydants, elles vont... diminuer notre capacité à se défendre en détruisant au niveau génétique. On sait qu'on peut se réparer, mais... Elles détruisent au niveau de l'ADN ? Elles vont détruire au niveau de l'ADN. On a beaucoup de cas sûrs de transformation. Quand ils reviennent, on voit ces cas-là.
- Speaker #1
Ils ont plus de cancer après ou pas ?
- Speaker #0
Non, pas nécessairement. Mais n'oublions pas que ce sont des sujets qui vont être hyper suivis.
- Speaker #1
Ok, il y a ça aussi.
- Speaker #0
Et pour aller sur Mars, oui. Je pense qu'à un moment donné, on ne va pas perdre plus d'os. Le corps va s'adapter. Et donc, tu me soumets qu'à ça, et ben voilà, je m'adapte. Mais c'est bien ce que tu dis,
- Speaker #1
parce que c'est vrai qu'en fait, le corps s'adapte tout le temps. Mais comme le disait une des collègues dans un autre podcast, une émission qu'on avait enregistrée, on est tous différents. Ça veut dire que soit on a un corps, c'est une deux-chevaux, soit on a une Porsche. Et en fait, on est tous inégaux, on ne s'adapte pas de la même manière, mais on s'adapte en général. Mais il y en a qui vont subir des préjudices, et d'autres jamais.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Donc pour toi, ça paraîtrait envisageable finalement d'aller sur Mars, d'être pendant très longtemps déjà, parce que le voyage dure longtemps pour aller sur Mars.
- Speaker #0
En fait, on est sur 18 mois, 2 ans, avec nos caractéristiques techniques actuelles. Et puis ensuite,
- Speaker #1
vivre sur un environnement qui est aride, qui est très beau.
- Speaker #0
Honnêtement, nous ne sommes pas prêts, mais je pense que c'est tout à fait jouable.
- Speaker #1
Alors si on pense au retour des astronautes, sur Terre. J'avais entendu Thomas Pesquet qui disait que finalement, il donnait son corps à la science, parce que visiblement, ça fait vieillir de partir dans l'espace.
- Speaker #0
Quand on rentre, est-ce qu'ils sont vraiment vieillis ? Alors, au niveau structure, on les reconnaît, donc physiquement, tout va bien, mais effectivement, si on va dans l'infiniment petit, ils ont quand même une dégradation. Nous en avons parlé, perte de muscles, perte d'os, c'est-à-dire les premiers jours, nous sommes vraiment obligés. d'être à leur côté.
- Speaker #1
Parce qu'ils ne peuvent pas marcher,
- Speaker #0
c'est ça ? Oui, ils marchent quand même relativement rapidement. C'est-à-dire qu'en fait, ils vont avoir les vertiges. On va surtout avoir ce dont nous avons parlé au départ de l'intolérance orthostatique. Et alors ça, c'est-à-dire qu'ils sont déséquilibrés. Voilà, ça c'est les premières heures. Et plus nous allons les entraîner à marcher, plus ils vont regagner rapidement. Donc finalement, ils gagnent assez rapidement.
- Speaker #1
C'est que le personnage est corréchuté, il faut la réadapter. On lui réapprend à marcher, elle récupère de la masse musculaire, une santé osseuse et elle récupère. Donc nos astronautes, ils récupèrent après.
- Speaker #0
Ils récupèrent vite et puis ils sont motivés, donc ils vont récupérer vite.
- Speaker #1
Ils sont examinés sur le plan médical à tous les niveaux quand ils rentrent.
- Speaker #0
Donc il y a vraiment une première semaine où nous les surveillons de très près et le coach sportif va vraiment être là pour eux à l'échelon individuel. C'est-à-dire qu'on va de jour en jour modifier leur entraînement. pour s'adapter à eux. Et c'est surtout la proprioception qui va compter. C'est ça le plus important. Et puis, effectivement, au niveau de l'équilibre, ils vont se remettre rapidement.
- Speaker #1
Est-ce qu'ils récupèrent leur santé d'avant ou jamais ?
- Speaker #0
Ça, je ne suis pas sûre. Autant les examens que nous avons, par exemple, je vais parler du densitomètre osseux.
- Speaker #1
Oui, pour vérifier la santé osseuse.
- Speaker #0
Voilà, la santé osseuse va nous permettre de montrer que oui, ils ont récupéré. Mais si nous utilisons d'autres instruments qui sont beaucoup plus fins, que nous n'avons pas encore pour le commun des mortels, un scanner 3D, parce qu'on ne peut pas le faire au niveau de la colonne vertébrale, mais au niveau, par exemple, du radius et au niveau du tibia, on se rend compte qu'ils n'ont pas complètement récupéré au bout de deux ans.
- Speaker #1
D'accord. Donc quand même, il y a un don du corps à la science.
- Speaker #0
Il n'a pas complètement tort.
- Speaker #1
Donc si on doit résumer, Brigitte, toi, dans tout ce que tu as fait dans cette carrière en tant que médecin des astronautes, j'ai bien compris. et on est d'accord sur le plan de l'activité physique. Finalement, si on avait un message à délivrer et de tout ce que nous apporte la médecine des astronautes, l'activité physique, c'est essentiel. Est-ce qu'il y a un autre message à délivrer qui est encore plus pertinent de tout ce qu'on a appris sur le plan scientifique et médical là-dessus ?
- Speaker #0
Oui, alors c'est vrai, nous n'avons pas parlé de tout ce qui est, on a parlé de microbiome, mais tout ce qui est biomix, toutes ces analyses génétiques, combinaisons de la génétique, de la biologie moléculaire, nous permettent de connaître l'individu vraiment de façon... poussées. Et ça, ce sont des études qui sont actuellement faites en biologie, qu'on fait aussi chez l'astronaute. Et je pense que ça pourrait nous permettre justement de connaître dans le détail comment pallier sur le plan nutritif, mais aussi sur le plan génétique, il y a peut-être des choses que tel astronaute ne va pas pouvoir supporter aussi bien qu'un autre. Brigitte Godard, médecin des astronautes, merci infiniment pour cette rencontre, Brigitte. C'était un plaisir, merci de m'avoir invitée, Sarah.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté Advitam,
- Speaker #0
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