- Sandrine
Peut-on aider à soigner sans être médecin ? Dans cet épisode, deux femmes répondent oui. L'une aide à redonner le sens du toucher à des personnes amputées et l'autre aide, avec l'IA et l'imagerie, à mieux diagnostiquer les maladies avant la naissance. Et derrière tout ça, il y a des métiers cachés que tu n'imagines pas, santé et tech, qui vont pourtant produire plus de 130 000 emplois supplémentaires d'ici 2030. Bienvenue chez Adélia, rêve et deviens, le podcast dédié aux filles et aux parents pour rêver et s'orienter vers le numérique, avec toujours des lunettes jaunes pour ouvrir le regard avec style. Ravie de vous accueillir, Anna Mergui, Manon Frajman, et je suis Sandrine Delage, passionnée de tech depuis toujours. Manon, tu es cofondatrice de la startup Advanced Care Technologies, et Anna, tu es doctorante, thèse, coportée avec un laboratoire, Lip6, et une startup Sonio.
- Hanna
Exact.
- Sandrine
Alors on va commencer par la première rubrique, Flashback ado, pour mieux vous connaître. Dans cette première rubrique, on s'intéresse à qui t'étais ado. Je vais commencer par toi Anna, quelle était ton héroïne quand tu étais ado, qui t'a inspirée, qui a un lien bien sûr avec ce que tu fais aujourd'hui ?
- Hanna
Alors moi c'est pas une héroïne, c'était un héros. Pas très original mais c'était mon père. Donc mon père, il est chef de projet informatique. Et moi, ce qui me fascinait, c'était qu'il travaillait toujours sur ses 15 ordinateurs. J'avais l'impression qu'il était en train de faire démarrer une fusée. Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il faisait. Mais il essayait toujours de m'expliquer avec des petits mots, des mots d'enfant, ce qu'il faisait. Et ça me donnait trop envie. Et je l'ai suivi. Je suis rentrée dans l'informatique. Pour moi, c'était, on ne va pas dire une évidence, mais voilà.
- Sandrine
Le pouvoir du père. C'est ça. Et toi, Manon ?
- Manon
Ça va être très original, c'était ma mère, on est ici d'une famille d'immigrés. Elle a fait ses études de médecine, elle est devenue urgentiste, et ensuite elle est partie en communication santé, tout le monde lui a dit mais t'es complètement folle, fais pas ça. Elle n'a jamais écouté les gens. Donc elle est passée de secrétaire à directrice générale. Ensuite on a grandi, donc pareil, elle s'est réinstallée en médecine générale, tout le monde lui a dit pareil, t'es complètement folle. Elle l'a fait, c'est exactement ma mère, c'est quelqu'un qui n'a jamais dit oui aux conventions, qui n'a jamais écouté les gens, et qui a toujours réussi à faire ce qu'elle voulait. Et moi, je l'appelle le pitbull. C'est mon inspiration. Elle s'est battue pour moi, pour tous mes conseils de classe. Moi, j'étais une élève catastrophique. Et donc, je l'ai vue se battre pour moi, réussir tout ce qu'elle faisait. Franchement, elle est incroyable.
- Sandrine
Mais qu'est-ce qu'elle dit de toi ou qu'est-ce que cette héroïne dit de toi ? Quelles sont les compétences ou les valeurs que tu as intégrées dans ton métier d'aujourd'hui ?
- Manon
C'est déjà l'honnêteté. C'est ça qu'elle m'a inculqué. Je veux un franc parler. Ce n'est pas facile tout le temps. Ma première boîte, je travaillais avec des devs. Et ça a été très compliqué parce que j'ai dû apprendre aussi à parler correctement à des gens qui ne me connaissent pas. Je parle pas mal, mais c'est vrai que je vais dire les choses de manière très crue parce qu'elle, elle fonctionnait comme ça. Mais en tout cas, elle m'a appris l'honnêteté, la rigueur et cette façon de parler qui peut paraître crue, mais qui est juste réelle. Je suis quelqu'un de vrai, voilà. C'est vraiment ce qu'elle m'a appris, c'est être quelqu'un de vrai. Avec ses qualités et ses défauts.
- Sandrine
Et toi ?
- Hanna
Alors moi, mon père, il a toujours tout fait pour nous. C'est-à-dire que toutes les décisions qu'il a prises, l'endroit où on a habité, son travail... toutes les décisions qu'il prenait, c'était toujours pour nous, pour notre bien-être de la famille. Et il nous a toujours appris, même si on travaille, même si on a des projets, etc., il ne faut pas s'oublier. Dans le sens où il faut un petit peu rester égoïste et rester au centre de ses préoccupations et se demander qu'est-ce qui est le meilleur pour nous. Et c'est vrai que moi, j'ai gardé ça. Et dans toutes mes décisions, dans mon travail, etc., j'essaye de faire ce qui est le mieux pour moi, maintenant pour ma fille, pour mon mari, mes parents. Et c'est quelque chose que je veux garder tout au long de ma carrière. on a tendance des fois à... à avoir des personnages qui ont tendance un peu à s'oublier dans la carrière. Et on se réveille à 50 ans et on se rend compte qu'en fait, on a cravaché pendant 40 ans, qu'on n'a pas profité de la vie, qu'on n'a pas profité avec ses enfants, qu'on a oublié de faire Noël. Et ça, c'est quelque chose que vraiment, je ne veux pas faire. Et j'essaie de prendre le temps au quotidien, toujours là, pour me recentrer autour de ça.
- Sandrine
Et pour continuer à découvrir qui vous étiez ado, alors quel est le lien entre ce que vous aimiez quand vous étiez ado et votre métier ? Ce n'est pas forcément une passion en particulier, ça peut être une compétence puisque... Finalement, les ados ont des compétences. Organiser des anniversaires, c'est une compétence pour devenir chef de projet.
- Hanna
C'est un peu compliqué, mais je pense que ça va peut-être parler à des personnes. Moi, j'aimais tout. J'adorais lire. Quand on me demandait « qu'est-ce que tu voulais faire plus tard ? » , je disais « le matin, je ferais docteur, à midi, je serais écrivain, à 14h, je serais avocate » . J'étais un peu une personnalité comme ça, très curieuse. J'aimais beaucoup m'instruire par le livre, par les documentaires. Moi, mes potes, ils se foutaient de ma tronche parce que j'adorais les documentaires sur l'espace.
- Manon
Ados un peu à 10 pixels.
- Hanna
Non, clairement, mais ce n'est pas grave, j'assume. J'avais aussi une passion que je suis toujours, qui est l'équitation. Je pense que dans tout ça, je garderais un peu la curiosité et l'envie d'apprendre. D'ailleurs, je suis en thèse et généralement, les gens qui sont en thèse, on leur dit stop, ça y est, il faut arrêter les études. Et il y a un peu cette envie de toujours apprendre, de vouloir savoir tout sur tout. Et au niveau, par exemple, de mes passions, sur l'équitation, il y a un peu un côté dépassement de soi. L'équitation, c'est un sport où tu dois t'occuper et maîtriser, entre guillemets, un animal de 700 kilos et faire que un avec cet animal. Et ça demande de la force de caractère, ça demande de mettre sa peur de côté, de la maîtrise de soi. Et c'est quelque chose que je retrouve un peu dans mon travail, un peu l'envie de toujours faire mieux. C'est jamais assez, il faut se dépasser, il faut faire mieux que ce que tu as fait hier. en moins de temps que ce que tu as fait l'année dernière, etc.
- Sandrine
Et toi Manon ?
- Manon
Alors moi j'étais une très mauvaise élève, c'est complètement l'inverse. Mon père était désespéré, je faisais des Disney alors que lui voulait que je lise Asimov et que je lise Le Point, enfin il n'en pouvait plus. Mais par contre, mes parents sont médecins, mon père est chirurgien orthopédique, ma mère était urgentiste. Et j'ai toujours voulu faire médecine, j'allais au bloc regarder mon père opérer, mon oncle est cardiologue. J'adore l'hôpital. Même j'ai été patiente une fois à l'hôpital et j'ai adoré y être.
- Hanna
Ah bon ?
- Manon
Mais juste pour ce côté-là, je ne sais pas, j'aime trop.
- Hanna
Et pourquoi tu n'as pas fait le parcours médecine ?
- Manon
Mais j'ai essayé, j'ai raté le concours, j'ai été classée au premier semestre, j'ai été classée au second. Mais c'est rigolo parce que j'ai quand même réussi à rester dans le monde médical, grâce à ma mère d'ailleurs en partie, puisque c'est un énorme hasard, donc j'ai raté mon concours de médecine la deuxième année. Je ne savais pas quoi faire, elle m'a trouvé une école d'ingénieur spécialisée en biotech. Il fallait trouver un stage et là, c'est vraiment... Merci. Comme quoi, je pense, enfin, je sais pas, moi je crois au karma, mais c'est un gros coup de bol, j'ai trouvé mon premier stage dans le monde des dispositifs médicaux. Des dispositifs médicaux, enfin, personne ne connaît ça. On ne fait pas de communication au grand public. Et je suis tombée chez Medtronic en cardiologie et j'ai découvert le métier dans lequel j'évolue jusqu'à aujourd'hui, donc ça fait maintenant 7-8 ans.
- Sandrine
Alors, on parlait de l'entourage. Justement, pour les parents qui nous regardent, ce n'est pas facile d'accompagner ces ados dans l'orientation. Comment ça s'est passé pour vous ? Comment l'entourage vous a accompagné, soutenu, aidé sur des sujets qu'on ne connaît pas forcément ou qu'on connaît ? Manon, tu veux commencer ? Alors moi,
- Manon
c'est ce que je disais, j'ai un parcours catastrophique. Mes parents, ils n'en pouvaient plus. Donc à partir de 3e, je me suis fait virer de mon lycée. Alors là, c'était l'escalade, je me tapais des conseils de classe. J'allais pas en cours, je me faisais virer de classe.
- Hanna
Un petit canard.
- Manon
C'est très dur d'être vue comme la personne de la famille qui a échoué. Mais je la remercie parce que sinon je serais pas là aujourd'hui. Et je me rends compte à quel point, franchement, si j'ai un conseil à donner, c'est effectivement faire des superbes écoles comme Polytechnique, Lémine, Centrale, HEC. Parce que ça vous ouvre un nombre de portes incalculable et ça évite des barrières à l'entrée que moi j'ai aujourd'hui. Parce que j'ai pas fait une école d'ingé qui est reconnue.
- Sandrine
Et toi, Anna ?
- Hanna
Alors moi, c'était complètement normal. Moi, j'étais vraiment Léonie Gratin dans du cobu. C'est moi qui m'asseyais devant. J'étais insupportable. Mais moi, j'adorais ça. J'ai toujours été première de la classe. Mais vraiment, j'aimais l'école dans le sens où je rentrais chez moi, j'étais pressée de faire mes devoirs. Les ados, ils vont se dire, mais c'est qui cette folle ?
- Manon
On a les deux exemples complètement opposés.
- Hanna
Non, mais parce que vraiment, j'ai adoré ça. Et pour l'accompagnement de mes parents, j'ai laissé faire ma vie parce que je faisais mes devoirs tout seul. J'étais très autonome. Mes parents, ils étaient hyper supportifs, mais c'est vrai qu'ils étaient là en mode, tu fais ce que tu veux. C'est-à-dire que je sois musicienne ou alors que je vende des légumes ou que je fasse polytechnique, ils auraient été derrière moi. Et ça aussi, c'est quelque chose que je veux garder pour mes enfants. Je trouve que c'est très important. Je suis d'accord avec toi, les grandes écoles, ça ouvre des portes. Mais j'ai tellement vu de contre-exemples où il y a eu des gens qui ont réussi avec des diplômes, pas forcément... Extraordinaire ou alors l'inverse, des gens qui ont fait des grandes écoles et qui ont eu des parcours pas forcément extraordinaires. Je pense que l'important, c'est d'essayer, dans ce que tu fais, de donner le meilleur de toi-même. Moi, mon père, il m'a toujours dit, tu veux être violoniste, il n'y a pas de souci, mais tu seras le premier violon de là où tu seras. Ou alors, tu veux être vendeuse de légumes, super, mais je veux que tu aies les plus grosses ventes du marché. Et donc ça, ça m'a toujours poussé. Forcément, quand je suis rentrée à Polytechnique, c'était la fête, c'était un peu la fierté de la famille.
- Manon
Et t'as été dans quel état quand t'as défilé ?
- Hanna
Moi j'ai pas été militaire, donc je le raconterai après, mais j'ai pas fait militaire, je suis rentrée après Dauphine. Moi quand je suis arrivée à Polytechnique, j'étais pas la meilleure. Ça aussi ça m'a fait un peu une chute d'ego, mais je pense que c'était pas mal d'avoir ça. Au lycée j'étais un peu la meilleure, j'arrive à Polytechnique, je suis la plus nulle. Parce que devant toi, t'en as qui sortent de lycées hyper prestigieux, qui ont fait des... cours de maths à côté à la maison, des cours d'échecs, ils parlent chinois. J'ai eu besoin de cravacher vraiment pour y arriver, honnêtement.
- Sandrine
Eh bien très bien, on va passer à la deuxième rubrique, ça va être le métier en action. Une petite règle pas simple, c'est de pouvoir parler de votre métier comme si c'était à votre famille, voire à votre grand-mère. Et on va essayer d'illustrer vos métiers pour les faire comprendre aux ados et aux parents. Alors je vais commencer par donner les trois grandes familles métiers santé et tech. Tu vas parler de biotech. Biotech, c'est le lien entre biologie et technologie pour trouver de nouveaux traitements, par exemple. Et on a reçu Malek Baroudi, bioinformaticienne, dans un épisode précédent où elle expliquait qu'elle analysait l'ADN, donc la partie biologie, dans la Seine pour comprendre notre résistance aux antibiotiques tout en utilisant des outils d'intelligence artificielle. Puis après, il y a la Medtech, donc c'est les objets dédiés à la santé. On va trouver une prothèse, par exemple, améliorer l'imagerie médicale. Ça peut être un robot pour aider les médecins. aussi au moment des opérations. Et puis il y a la e-santé. La e-santé, ce sont des produits et services qui aident à l'amélioration du diagnostic, mais aussi à l'accueil ou suivi des patients. Un exemple, le dossier médical numérisé qui permet de centraliser un parcours. Je donne ces trois familles parce que dans les libellés de métier, on va parfois retrouver cette terminologie. Vous illustrez votre métier. On va commencer avec trois émojis. Donc Manon, est-ce qu'en trois émojis, tu pourrais expliquer ton métier, ce que tu fais aujourd'hui ?
- Manon
Alors si on prend les émojis que j'ai sur l'iPhone, moi le premier truc qui me vient en idée c'est la prothèse. Il y a une prothèse sur l'iPhone, qui a un bras comme ça. Puisque je travaille justement sur l'amélioration des prothèses, pour les patients qui ont été amputés. Le deuxième émoji, c'est une fille. Je suis une femme entrepreneuse, donc j'ai réussi à faire ce que ma mère a fait. Ce qui au final n'est pas si simple, parce qu'il faut se battre. En raison d'une société patriarcale. avec des préjugés. Il n'y a que 2% de femmes fondatrices en France. Les stats sont là, c'est une réalité. Je suis contente de pouvoir dire que je suis là et que je l'ai fait. Et le troisième émoji, celui avec la femme avec la tête. Le médecin, c'est le médecin. Je suis en medtech. Je développe des dispositifs médicaux pour les patients et pour améliorer le parcours de soins. C'est ce qu'on disait, je mets des capteurs sur les prothèses pour permettre aux patients de sentir à travers leurs prothèses. Aujourd'hui, les dernières prothèses bioniques les plus évoluées permettent uniquement une fonction de mouvement. mais pas de retrouvés en sensibilité. Aujourd'hui, on est sur des amputations de bras. C'est majoritairement des amputations dites traumatiques, c'est-à-dire accidents de la route ou accidents du travail. Ce sont des patients qui sont jeunes et qui ont une volonté à retourner dans la vie active. On a transposé aussi la technologie sur ce qu'on appelle le pied diabétique où ces patients-là finissent par perdre en sensibilité également. On l'a transféré dans une semelle pour permettre aux patients d'avoir une notification comme ils ne le sentent pas quand il y a un point de pression excessif pour justement les inciter à regarder leurs pieds. Puisqu'on dit aux patients diabétiques de regarder leurs pieds, leurs voûtes plantaires, personne ne la regarde. Et c'est vrai, sincèrement, est-ce que vous avez déjà regardé votre voûte plantaire ?
- Sandrine
Ton libellé officiel, entre guillemets, de métier, quand tu te présentes ?
- Manon
Je suis fondatrice et directrice générale de la société. Voilà, directrice générale. Je pense que le métier de directrice générale, c'est ce que tu disais, j'ai eu cette appétence-là quand j'ai commencé à bosser, c'est j'adore toucher à tout. Et je trouve que le plus important là-dedans, c'est l'empathie. Et être capable de s'adapter à son interlocuteur, vouloir l'écouter, vouloir le comprendre.
- Sandrine
Merci à toi. Et toi, Anna ?
- Hanna
Tes trois émojis ? Déjà, on va mettre un ordinateur, parce que mon ordinateur, c'est mon meilleur ami. Je suis obligée de le laver tous les soirs, parce qu'en fait, il y a les traces de tout ce que je mange et de tout ce que je fais dessus. C'est catastrophique. Donc, mon petit ordinateur que j'adore. La petite image avec un thorax d'imagerie médicale. Et un petit cœur, un vrai cœur, on va dire. parce que... En gros, moi, ce que je fais, je vais essayer de le dire avec des mots très simples, comme si je parlais à ma nièce. Il y a des femmes enceintes. Quand on est enceinte, on va chez le gynéco pour faire des imageries, des échographies. Et le médecin, il doit voir certaines choses. Il doit voir le cœur, le cerveau, les poumons, etc. L'entreprise dans laquelle je travaille, qui s'appelle Sonio, va prendre une sorte d'application qui se branche à la machine du médecin. Et qui va vérifier, ok, est-ce que le médecin a bien pris la photo, l'image du cœur, des poumons, des reins, etc. Est-ce que tout est là ? Super, check, ok. Une fois que c'est fait, le logiciel va aller regarder plus en profondeur. Il va dire, super, j'ai un cœur, mais est-ce que le cœur est bien formé ? Est-ce qu'il n'est pas trop gros, trop petit ? Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose qui cloche ? Moi, là-dedans, ce que je fais, c'est que je suis en thèse. Pour ceux qui ne connaissent pas, une thèse, c'est au minimum trois ans de ta vie où tu te concentres sur une question de recherche, donc une question qui n'a pas encore de solution, et tu as trois ans pour trouver la solution. Pour ceux qui aiment bien tous les casse-têtes, les Rubik's Cube et compagnie, là, c'est pas mal. Et le problème, c'est de se dire, actuellement, on est capable de diagnostiquer certaines maladies. Maintenant, et heureusement, il y a des malformations qui sont très rares, qui arrivent une, deux, trois fois par an. On sait qu'aujourd'hui, pour entraîner des intelligences artificielles à reconnaître des choses sur les images, il faut leur donner à manger plein d'exemples. Des milliers, des centaines de milliers, etc. Comment on fait avec des cas où on n'a que trois images par an ? C'est impossible, on n'y arrivera jamais. L'IA ne sera jamais au point avec une dizaine d'images pour reconnaître cette malformation en temps réel. Et donc l'idée c'est de se dire, on n'a pas ces données, on ne les aura jamais. Est-ce qu'on ne peut pas créer de la fausse donnée ? Par exemple, quand vous allez sur ChatGPT, vous demandez un chat qui court avec une sucette dans la bouche. C'est pareil, sauf qu'on veut générer des images d'échographie spécifiques avec des pathologies. Il faut des modèles spécifiques qui soient capables de déformer le réel ou des images synthétiques vers une pathologie. C'est ma question de recherche. Est-ce qu'on peut utiliser des fausses images pour entraîner d'autres IA à détecter les pathologies dans les échographies ?
- Sandrine
Réponse dans trois ans. Une question, puisque le podcast c'est Adélia rêve et devient. Est-ce que pour vous, votre métier, c'est un métier de rêve ou pas ? Ou qu'est-ce qui caractériserait un métier de rêve, votre métier de rêve ?
- Manon
Je pense qu'un métier de rêve, c'est quand on est content de se lever le matin. Quand j'ai créé la société avec mon associé, je me suis découverte enfin mon métier. Et ce qui a été vraiment une révélation parce que j'ai quand même 34 ans. Donc il a fallu que j'attende, on a créé la botte il y a trois ans, il a fallu que j'attende d'avoir 31 ans pour enfin trouver le métier de mes rêves, entre guillemets. Ce qui a été une révélation pour moi et un soulagement pour mes parents.
- Sandrine
Merci. Et toi, Anna ?
- Hanna
Alors moi, je pense honnêtement qu'il y a beaucoup de métiers où j'aurais autant kiffé que celui-ci. Mais ça va avec ma personnalité parce qu'il y a plein de choses que j'aime. Et quand je me mets à fond dans le projet, je surkiffe. Et donc, comme toi, je suis hyper pressée de continuer, de voir ce que ça va donner. Mais je pense que ce qui m'anime le plus dans ce que je fais, c'est la finalité. En gros, de se dire que ce que je fais, ça pourra peut-être sauver des vies. Juste, je précise quelque chose parce qu'on peut se dire, non, tu ne vas pas sauver des vies. Parce que si on découvre une malformation, les gens vont sûrement arrêter leur grossesse, etc. Pour préciser que ce n'est pas forcément le cas, aujourd'hui, on peut faire des opérations intra-utéro. Ça veut dire qu'on va opérer le bébé à l'intérieur du ventre de sa mère et rétablir le problème. Donc, c'est plutôt sur ça que je m'accroche. Après, pour être hyper transparente, si demain, je gagne au loto 50 millions, je... pense que j'arrête de travailler, que je me prends en ranch avec plein de chevaux et que je monte un rat. Voilà, c'est pour être hyper honnête.
- Sandrine
Tu rejoins ton autre passion. Voilà, si tu restes dans la lignée de tes passions. Voilà, c'est ça.
- Hanna
Je pense que je suis hyper épanouie dans ce que je fais, mais voilà.
- Sandrine
Non, pas déconner. Si quelqu'un me prend un cheval, je peux abandonner ma thèse, mais je dis ça comme ça. Bon, très bien. Alors, on passe à la troisième rubrique. Donc là, c'est Actes en avenir et c'est là où on met... Les lunettes jaunes. Alors, comment vous vous sentez avec les lunettes jaunes ? J'adore. On dirait ceux qui conduisent les motos rétro.
- Manon
Moi, je dirais un chercheur fou. Ça ne veut très bien.
- Sandrine
C'est génial. C'est parfait. Il y a une idée aussi, laboratoire. Alors, pourquoi j'adore les lunettes jaunes ? Parce que moi, c'est les lunettes connectées qui me viennent en premier. Ça revient d'ailleurs.
- Hanna
Elles sont dans mon sac.
- Sandrine
Tu en as. Voilà. Donc, les lunettes connectées. J'adore.
- Hanna
J'aime beaucoup.
- Sandrine
Ça, c'est chouette. Et puis, les lunettes. jaune. Alors c'est dur à trouver parce que moi j'ai dû les commander sur un site qui s'appelait le musée des lunettes vintage. Donc chaque paire vos deux paires sont connectants, elles sont uniques. Et puis c'est quand même la transformation l'occasion de parler de votre parcours.
- Manon
Je l'ai déjà parlé mais je vais faire très synthétique. J'ai commencé dans un collège privé, j'étais à Stanislas, je me suis virée. Ensuite je suis passée dans d'autres collèges privés, je me suis virée. Donc j'ai fini en boîte à bacs. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est vraiment quand ton père est désespéré, mais qu'il a quand même envie que tu passes un bac général. Donc j'ai eu mon bac en rattrapage. Ensuite, j'ai fait cinq premières années. Ensuite, je suis enfin arrivée en école d'ingé. J'ai failli refaire virer. Donc j'ai commencé à regarder les écoles de dentaire en Espagne. Et finalement, j'ai réussi à rester grâce à ma mère. Et donc j'ai fini ce parcours-là. J'ai intégré une multinationale en cardiologie. Et ensuite, je suis passée en start-up. Et j'ai fini par cofondre la société il y a trois ans.
- Sandrine
Oh, c'est bien. Donc les métiers santé et tech sont pour tous les profils.
- Manon
Exactement. La seule limite, c'est toi.
- Sandrine
C'est ça.
- Hanna
Tes parents, ils devraient avoir une médaille quand même. Ils sont pas flûts. Parce qu'il y a un truc que je rajouterais aussi, c'est que maintenant que je suis maman, je trouve qu'on a des idéaux de fous. Là, tu vois, elle a un an, la petite, je suis persuadée qu'elle va faire je sais pas quoi. Tout est tracé, tout est fait. Et la dernière fois, ma mère m'a dit « Mais qu'est-ce que tu fais si elle est nulle à l'école ? » Et pour moi, ça n'existe pas. Ce n'est pas dans les plans. C'est là que je trouve ça génial. Peu importe comment est l'enfant, son rapport avec le scolaire, etc. Trouver une manière de l'amener meilleur de lui-même, je trouve ça trop bien.
- Sandrine
Alors toi, ton parcours, qui est un projet de celui de ton père et de ma mère. C'est ça qui est rigolo.
- Hanna
Oui, c'est marrant. Moi, j'étais collège-lycée privé. Tout s'est bien passé. Un truc qui est sympa à raconter, c'est que je ne voulais pas faire de prépa. Généralement, quand on veut faire polytechnique, on fait la prépa. Mais il s'avère que je suis une stressée de la vie. Et je pense que je n'aurais pas survécu à la pression du concours. Je fais plein de stress. Je fais de l'urticaire chronique, etc.
- Sandrine
De stress à ce point ?
- Hanna
Oui, je suis très stressée dans la vie. Je me connais. Donc, je me suis dit, si je fais ça, soit je vais faire une dépression, soit je vais me barrer au bout d'un an, soit ça va m'écœurer des maths. Et je ne vais pas y arriver à cause de ça. Donc c'est pas grave, je vais prendre la sortie de ce cours. Je vais passer par la fac. Donc c'est très difficile. Il faut s'accrocher, mais c'est faisable. Donc hyper honnêtement, pour ceux qui nous écoutent, c'est vachement compliqué. Il faut être majeur de promo pendant trois années consécutives. J'ai fait un stage dans une start-up qui fait de l'imagerie, qui s'appelle Milvue. Un stage de fin d'études chez Sonio. Et j'ai tellement adoré la thématique que j'ai décidé de rester en thèse. Pourquoi la thèse ? Parce que je me suis dit que c'est le moment de devenir ultra méga experte dans mon sujet. Je peux aller par exemple à Necker, je regarde les consultations. Je travaille avec des médecins qui m'apprennent tout sur l'échographie, donc c'est hyper sympa. Je fais prof aussi pendant mes heures perdues dans une école d'ingé. J'ai aussi du temps pour m'occuper de ma fille.
- Sandrine
Et avec le recul, est-ce que tu ferais des choses différemment par rapport à ce parcours ?
- Hanna
Des fois, je me dis que c'est dommage que je ne me suis pas fait violence et que je n'ai pas essayé le concours. Mais d'un autre côté, ça aurait pu mal tourner. Je trouve que c'est très dur et qu'il faut être conscient. Mais à la fin, in fine, je suis très fière de moi. Et je pense que je n'aurais pas pu faire mieux. Voilà, honnêtement.
- Sandrine
C'est bien. Déjà, tu te connaissais, donc tu savais finalement ce qui... Au-delà du diplôme, ce qui te contenait ou pas. Et toi, maintenant, qu'est-ce que tu ferais de différent ? Avec ce parcours, finalement, difficile, quelque part.
- Manon
C'est rigolo, mais faire un type de maturité, je pense qu'il y a des gens, effectivement, c'est une certaine maturité de faire ce genre de décision, de dire que tu n'es pas capable de faire un concours parce que c'est stressé. Tout le monde ne te dit pas ça. En général, tu écoutes tes parents, tu y vas, tu fermes ta gueule et tu continues. Mais honnêtement, évidemment, je ne vais pas dire que je ne regrette rien, parce que ça a été un parcours qui a été super difficile, parce que l'échec, c'est très dur. Et on n'en parle pas assez.
- Hanna
Oui, même d'être virée à chaque fois, ça a dû te... Non ?
- Manon
Non mais c'est surtout que le regard des gens...
- Hanna
Un peu déçus quoi.
- Manon
Oui, et tu sais qu'on n'attend pas ça de toi, parce que moi j'avais une pression de dingue, et mon frère à côté il était parfait en plus. Ah ça c'est vrai. Et donc voilà, l'échec c'était très dur, mais c'est formateur, parce que ça t'apprend justement dans des situations de panique à te calmer. Et donc là par exemple, les situations de panique pendant la création de la société, je les ai vécues. C'est créer une société en medtech, dans les entreprises des dispositifs médicaux en France en 2026, c'est super dur. surtout dans un métier de niche comme les amputations et franchement j'en ai bavé et si je n'avais pas eu tous ces échecs je pense que je n'aurais pas été capable de tenir la route parce que je suis comme toi, je suis une énorme stressée moi ça m'est arrivé de vomir, de stress je suis très anxieuse et c'est super dur à maîtriser quand tu es stressée, quand tu es anxieuse et donc voilà, je pense que l'échec moi ça m'a appris ça c'est à me dire, tu peux toujours rebondir il y a toujours une porte de sortie et effectivement le soutien c'est tellement important, moi si je n'avais pas mon... Mon père, ma mère, par exemple, mon père, il m'héberge. Parce que j'ai plus de chômage, j'ai réduit mon salaire. Donc voilà, c'est effectivement des sacrifices. Mais après,
- Hanna
c'est pas grave, parce que tu vois, moi, je disais, j'ai toujours dit, tes vrais amis, ils veulent ton bien et ils vont t'attendre. Et effectivement, mes meilleurs amis, ils étaient hyper derrière moi. Ils m'amenaient les goûter et tout, après mes exus. Et overall, le plus important, c'est que quand t'es hyper motivée et que tu veux vraiment la chose, tu te donnes les moyens d'y arriver. C'est pour ça que... Faites quelque chose que vous aimez.
- Sandrine
Exactement. C'est bien. Alors, quatrième rubrique, c'est Allô Adélia. On va répondre à une question de filles ou de parents. D'ailleurs, j'invite les auditrices et auditeurs à laisser des commentaires pour des questions pour les prochains podcasts. Et là, c'est la phrase qui revient, c'est « Ma fille ne sait pas quoi faire » ou « Je ne sais pas quoi faire » . Voilà, on a 14, 15, 16 ans et souvent, on a l'impression qu'il faut déjà décider pour toute sa vie et que si je n'ai pas de passion ou d'envie, eh bien, on ne voit pas du tout... Ce qu'on pourrait faire ? Quelle serait votre réponse ?
- Hanna
Déjà, je pense qu'il faut se détendre. Moi, à 14 ans, j'étais encore persuadée qu'Harry Potter existait. J'allais recevoir ma lettre en star. De nos jours, il y a une pression monumentale. On se détend à 14 ans, profiter avec les copains, aller jouer au tennis après l'école. On verra plus tard. Je pense que la question se pose plus vers 17 ans. La première, la terminale même, tranquille. Déjà, ça... Je pense que ça dépend de ce que l'enfant aime faire, même s'il n'est pas forcément fort là-dedans. Mais qu'est-ce qu'il aime ? C'est quoi tes matières préférées déjà ? Première question. Ensuite, il y a un truc que moi, je n'ai pas fait, mais que je trouve hyper sympa, c'est tous les nouveaux salons de métiers. Tu peux voir les métiers que je ne sais même pas qu'ils existent. Donc ça, c'est hyper bien. Encore une fois, mon métier actuel, quand j'avais 17 ans, je ne savais pas que ça existait. Peut-être que ça aurait été cool de le savoir, ou même d'autres choses. Ça, c'est une bonne idée. Et après, ça dépend des ados. Je vais parler pour mon cas, pour mon domaine, mais ceux qui sont intéressés par l'IA, l'informatique, il y a des trucs d'été en forme de jeu, sur Internet il y a plein de choses comme ça, où on peut apprendre à coder, on peut apprendre à faire des IA, etc. Et pour les parents qui ont du temps, qui ont les moyens et qui peuvent se le permettre, je trouve que c'est intéressant de mettre ces enfants là-dedans pour qu'ils voient s'ils aiment ou pas. Parce que aussi des fois on pense aimer les choses et on se rend compte qu'on ne les aime pas, qu'il faut tester. C'est pas grave aussi si l'enfant est persuadé qu'il veut faire médecin, qu'il fait la première année, qu'il se rend compte qu'il n'aime pas. Je pense que c'est hyper important aussi de dire à ses enfants que tu testes, on n'est pas un an près, deux ans, trois ans, c'est pas grave. À la finale, il faut faire un truc que t'aimes et où t'es bien. J'ai vu trop d'amis à moi s'enfermer dans des parcours et au bout de la quatrième année dire « Putain, moi j'aime pas ce que je fais, c'est nul. Et pourquoi tu changes pas ? Un an, mais il me reste que un an. Mais t'as 23 ans, on s'en fout. » Donc voilà, un peu cet état d'esprit de tu testes, tu vois si t'aimes, t'aimes pas, tu changes. Bon, évidemment, on ne va pas faire 10 ans de test. Mais en tout cas, pour répondre à la personne à 14-15 ans, moi, si c'était ma fille, je mettrais zéro pression. Juste, voilà, tu peux l'amener dans les salons, tu peux regarder des films sur les métiers, des documentaires. Pourquoi pas parler avec des adultes, l'emmener parler avec des gens. Mais sans pression.
- Sandrine
Voir les métiers à l'hôpital, même quand on est patient.
- Manon
Moi, je suis d'accord. C'est vrai qu'on nous demande à 16 ans de choisir ce qu'on va faire de notre vie. À l'époque, j'ai fait US parce que je suivais mes copines. J'avais 16 ans. Mes parents m'ont tué. Ils m'ont tué. Pour eux, c'était... Mon père était là, mais tu vas devenir secrétaire. C'était une telle déception. Donc, oui, je suis d'accord. On se calme. On est jeune. Et en attendant, la société va nous mettre une pression de dingue très tôt en disant que tout ce que tu vas faire va décider de toute ta vie future, ce qui n'est pas forcément vrai. tu as toujours un moyen de... te rattraper, toujours un moyen de changer d'avis, de changer de parcours. Il y a tellement de gens qui ont fait des reconversions post-Covid. Et ça nous montre un exemple, cet exemple qui est parfait. Tu peux faire ce que tu veux, il faut juste effectivement t'en donner les moyens. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas grave.
- Sandrine
Et moi qui fais beaucoup de mentoring, donc intervention aussi auprès de jeunes filles, dans des associations, il y a souvent cette question qui revient. Et je me suis rendue compte aussi à quel point les ressources qui existaient, qui sont gratuites en France, parce qu'il y a des possibilités de faire des programmes l'été, le mercredi, qui sont gratuits. Il y a des sites comme Talent du numérique aussi, spécialisés dans le numérique. Donc, je me suis pris tous mes post-it et j'en ai fait un guide, qui s'appelle le guide Adélia et qui recense les podcasts, les sites, les héroïnes, mais aussi tous les programmes pour tester. Donc, je donnerai le lien dans la description. Et donc, on arrive à la fin de ce podcast. Ça s'est passé une vie. vitesse, c'est incroyable. Je ne sais pas comment vous avez vécu. Plein de choses à dire. On peut dire merci d'avoir rêvé avec nous. Et puis, on peut rejoindre les filles en lunettes jaunes. Sur les plateformes, évidemment, audio, mais aussi sur TikTok, Instagram et YouTube. Et moi, je vais vous dire à bientôt en lunettes jaunes. Merci beaucoup. Ça va ?