Speaker #0Cette semaine, la fiction de Mila s'est terminée. Et à la fin, Mila retrouve la trace d'une femme. Une nounou là-bas, qui a veillé des centaines de bébés. Et qui pour chacun, la nuit, après son travail, brodait un tissu. Des oiseaux. Rien que pour eux. Pour plus tard. Et cette femme finit par expliquer le secret des trois oiseaux. Trois oiseaux ! Comme les trois personnes qui ont porté Mila. Celle qui lui a donné la vie. Celle qui l'a veillée. Et celle qui l'élève. Et l'oiseau qui vole à l'envers, c'est l'enfant. celui qui un jour revient vers son histoire. Et à la toute fin, Mila écrit une phrase dans son carnet. Sept mots. Je m'appelle Mila. Je m'appelle Asha aussi. Et je n'ai jamais été seule. C'est un de ces sept mots que je veux te parler. On croit souvent qu'un enfant adopté part de zéro. Qu'avant sa famille, il n'y avait rien. Le vide. Une page blanche. Et c'est faux. Écoute-moi bien. Parce que c'est la chose la plus importante que je te dirai aujourd'hui. Aucun enfant n'arrive de nulle part. Avant les bras, d'ici, il y a d'autres bras. Quelqu'un l'a nourri, quelqu'un l'a bercé, quelqu'un a connu son soupir d'avant le sommeil, sa colère du soir, son rire quand il pleuvait. Quelqu'un là-bas a eu de la peine quand il est parti. Dans la fiction, il y a un détail que je n'oublie pas. Sur le registre de la pouponnière, à côté du nom du bébé, quelqu'un avait écrit deux mots, deux mots minuscules, glissés dans la marge. manque déjà. Voilà la vérité que je veux te transmettre. Là-bas, d'où que tu viennes, on ne t'a pas oublié, on ne t'a pas jeté, on t'a confié. Et souvent on t'a aimé dans le silence, longtemps après ton départ, sans que tu le saches. Et là il faut que je te parle d'une peur, une peur que j'entends souvent chez les enfants et chez les parents. L'enfant se dit si j'aime là-bas, est-ce que je travaille ici ? Et le parent se dit tout bas, sans oser le formuler. Si mon enfant aime celle qu'il a mise au monde, est-ce qu'il m'aimera moins ? Écoutez-moi tous les deux. Dans la fiction, Mila trouve la réponse toute seule, devant son miroir. Elle découvre qu'elle a deux prénoms. Et elle comprend une chose, ce n'est pas deux fois moins, c'est deux fois plus. Un cœur, ce n'est pas un gâteau. Aimer quelqu'un de plus, ça n'enlève pas une part à quelqu'un d'autre. Un enfant qui aime celle qu'il a portée, n'aime pas moins celle qu'il élève. Il aime les deux, à la fois. Et un parent qui laisse de la place à cette autre histoire ne perd rien. Au contraire. Parce qu'il lui offre la chose la plus rare. Le droit d'être entier. Sans avoir à choisir. Alors si tu es une personne adoptée. Et que tu as parfois eu ce sentiment d'être seule au monde. Sans racines. Sans avant. Je veux te dire ceci. Tu n'as jamais été seule. Il y a une chaîne de mains avant toi. Certaines, tu ne les connaîtras peut-être jamais. Mais elles ont existé. Et si ça se trouve, quelque part, comme Kamala, dans l'histoire, quelqu'un garde encore ta voix et attend. Si tu es parent, n'aie pas peur de l'autre. L'autre maman, l'autre pays, l'autre histoire. Ce ne sont pas des rivaux, ce sont les oiseaux qui, avec toi, portent ton enfant. Nomme-les. Parle d'eux avec respect. Dis à ton enfant, tu as le droit de les aimer, et ça n'enlève rien. C'est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire. Et si tu n'es pas concerné par l'adoption, parce que cette histoire est pour tout le monde. Pose-toi la question, qui t'a porté toi avant que tu puisses en souvenir ? Une grand-mère, une voisine, une infirmière, un inconnu, un jour de galère ? On croit toujours qu'on construit seul. C'est faux, on est tous l'oiseau au bout d'une longue chaîne de gens qui vont veiller sur nous. La plupart, on ne les répartira jamais, mais on peut au moins s'en souvenir. Alors je reviens à ma question, il faut combien de personnes pour porter un seul enfant ? Ma réponse, bien plus qu'on ne le croit. Et c'est une bonne nouvelle. Parce que ça veut dire qu'aucun de nous, vraiment aucun, n'a jamais été seul. La première saison de Mila est complète. Six épisodes. Une petite fille qui part d'une boîte cachée et qui arrive à sept mois. Je n'ai jamais été seule. Et toi, dis-moi, adoptée ou pas, enfant ou adulte, qui est l'un des oiseaux invisibles qui t'a porté toi ? Cette personne dont tu ne parles jamais, mais sans qui tu ne serais pas là. Écris-moi, et si tu peux, dis-lui à... elle aussi. Si cette histoire t'a accompagné, abonne-toi, partage-la. Et rendez-vous très bientôt, parce qu'à 10 000 km d'Arras, dans une ruelle de Bogota, un garçon vient de trouver une enveloppe sous sa porte. Mais ça, c'est une autre histoire. Merci d'avoir tiré le fil avec moi. Et à très vite.