Speaker #0Est-ce qu'on a le droit de savoir d'où l'on vient ? Ça paraît évident comme ça. Et pourtant pour des millions de gens sur cette terre. C'est la question la plus compliquée du monde. Garde là, on y va. Ces deux dernières semaines, dans la ville Mila, tout a basculé. Cette petite fille s'est mise à chercher. Elle a trouvé une amulette avec un gros gravé dans une langue qu'elle ne parle pas. Elle a appelé des archives à l'autre bout du monde. Et au bout du fil d'un soir, une phrase terrible est tombée. Ce dossier n'existe pas. Il n'y a aucun bébé à ce nom. Et là, dans le noir de sa chambre, Mila s'est posé la pire question de toutes. Pas où est mon dossier, mais et si je n'étais personne ? C'est de ça que je veux te parler aujourd'hui. Du droit de savoir. Et de cette peur, juste en dessous, pour beaucoup de personnes adoptées. Il y a un moment, un jour, où on veut savoir d'où je viens. Qui m'a mise au monde ? Pourquoi ? Et ce moment-là, ce n'est pas une trahison envers les parents qui nous ont élevés. Écoute-moi bien, parce que c'est important. Vouloir connaître ton histoire d'avant, ce n'est pas aimer moins ceux d'ici, c'est juste vouloir être entier. Mais voilà ce que personne ne dit. Quand on cherche, on se cogne souvent à un mur. Des dossiers incomplets, des noms mal orthographiés, des pouponnières qui ont fermé, des registres perdus dans une cave, des dates qui ne correspondent pas. Parfois, comme Mila. On nous répond, il n'y a rien, ce nom. Et dans ce vide administratif, trois lignes qui manquent sur un papier. Il y a un enfant ou un adulte qui entend tout autre chose. Il entend, tu n'as pas d'origine, tu n'es pas prévu, tu n'existes pas vraiment. Et ça, c'est faux. Profondément faux. Et c'est la chose la plus importante que je te dirai aujourd'hui. Un dossier qui manque ne veut pas dire qu'on n'existe pas. Ça veut dire qu'on a été rangé sous un autre nom. Toujours. Dans la fiction. Mais il a fini par comprendre ça toute seule. À 3h du matin. Le dossier existe. Il a toujours existé. Il est juste au nom qu'on m'a donné là-bas. Avant elle, il y avait quelqu'un. Avant le prénom d'ici, il y avait un prénom. On ne s'occupe pas d'un bébé pendant des mois sans jamais l'appeler. Et il y a... autre chose que ces deux épisodes m'ont rappelé. Quelque chose pour les parents cette fois. Dans la fiction, les parents de Mila finissent par tout raconter. Pas juste les faits, ils les connaissent les faits. Ils racontent les détails. La petite salle verte, le ventilateur qui grince, la pluie ce jour-là, les 40 minutes passées à la regarder dormir sans oser respirer. Et Mila dit une phrase que je trouve bouleversante. Les phrases, ça s'apprend. Les détails, ça se donne. Parce qu'un enfant adopté connaît souvent les faits. Tu es né là, tu es arrivé tel jour. Mais ce dont il a faim, ce n'est pas de l'affiche d'état civil. C'est des détails. L'odeur, la météo, le geste de celui, de celle qu'il a tenu, le « on t'attendait » . Ce sont ces détails-là qui transforment un dossier en histoire. Et une histoire, ça. Ça ne se perd jamais dans une cave. Alors, si tu es une personne adoptée, et que tu portes en toi cette envie de savoir, ou même cette peur de chercher, je veux te dire trois choses. 1. Tu as le droit. Chercher ses origines, c'est légitime, c'est sain. Et tu n'as à t'en justifier devant personne. 2. Un trou dans ton dossier, ce n'est pas un trou en toi. Tu existes. La preuve, tu m'écoutes, tu existes. 3. Tu n'es pas obligé de chercher seule. Mila ne trouve rien tant qu'elle est seule. Tout change le jour où sa famille cherche avec elle. Si tu es un parent, donne les détails. Même les plus petits. Même ce que tu crois insignifiant. Le temps qu'ils faisaient. La couleur des murs. Ce que tu as ressenti. Ce sont eux qui nourrissent ton enfant. Et si tu ne sais pas, parce que parfois on ne sait pas, alors dis simplement... Je ne sais pas, mais on cherchera ensemble. Et si tu n'es pas concerné par l'adoption ? Parce que cette série n'est pas que pour les personnes adoptées. Pose-toi même la question. Que sais-tu, toi, de là d'où tu viens ? De tes grands-parents, de leur village, de leur histoire ? On croit toujours qu'on aura le temps de demander. Demande maintenant. Les détails, ça se donne. Mais encore faut-il les réclamer pendant qu'on peut. Alors, je reviens à ma question. Est-ce qu'on a le droit de savoir d'où l'on vient ? Ma réponse ? Oui ! C'est même un besoin, pas un caprice. Savoir d'où l'on vient, ce n'est pas tourner le dos à là où on est. C'est se sentir debout, sur ses deux jambes, au lieu d'une seule. Si tu veux finir par savoir ce que Mila va trouver, et sous quel nom, les épisodes de la fiction sont en ligne, à nouveau, chaque mercredi. Et toi, dis-moi, et là encore, je parle à tout le monde, adopté ou pas, qu'est-ce que tu aimerais savoir sur d'où tu viens ? et que tu n'as jamais osé demander. Écris-moi, je l'ai tout. Si cet épisode t'a parlé, abonne-toi et partage-le à quelqu'un qui cherche, lui aussi, un morceau de son histoire. À mercredi pour Mila, à samedi dans 15 jours pour la suite du fil.