- Speaker #0
Je fais partie des gens qui pensent que l'habit est dur. Tout le monde le comprend. rencontre certaines difficultés. Et je ne peux pas nier qu'aujourd'hui, mon énergie, elle est due au fait que je sache combien la vie est belle parce que d'abord, j'ai décidé qu'elle était dure. Mais je sais que du coup, il n'y a rien qui est insurmontable. Voilà, la vie est belle en fait pour moi. Par contre, je fatigue évidemment. Je ne peux pas dire que j'ai tout fait avec aisance. Mais en tout cas, l'installation, rien qu'à l'administratif, à ce moment-là, j'étais une machine de guerre. Je m'imaginais dans ma petite ferme avec cette nature, ma chérie, mon truc. Je pouvais y aller. et je... j'ai tout défoncé.
- Speaker #1
T'as su que c'était ta place.
- Speaker #0
Ouais. Par contre, effectivement, en termes de défi, c'est aujourd'hui. Parce que je suis dans une brèche expérimentale, majoritairement. Et l'expérimentale, ça veut dire que tu peux te reposer sur personne d'autre que toi-même, surtout dans le cadre de la missiculture. Bah maintenant, je sors de ce sur quoi je me suis installé en tant que modèle. Et j'aurais bien voulu penser à ça avant de m'installer parce que j'aurais pu avoir les sous à l'époque de l'installation aussi, dans le cadre de FEDER et tout ça, en agroforesterie par exemple. En fait, la missiculture française, elle est née dans l'agro-industrie. Si on se tourne vers l'Asie, évidemment, on est sur plus d'un millénaire de cultures de champignons, et ce, à titre vivrier. Nous, on a découvert tout de suite la missiculture dans le cadre professionnel. C'est tout de suite parti sur de l'intensif et de la monoculture. Donc aujourd'hui, les modèles reconnus, encore aujourd'hui, et j'entends reconnus par la Chambre d'agriculture et donc par les banques, etc., en tant que modèles économiques, ce sont des modèles aberrants. Il faut que l'outil de production fasse 4000 m², ce qui est énorme. Aujourd'hui, la production mycicole, c'est énormément d'énergie, parce qu'on parle de pasteurisation, de stérilisation, de hangars. Il n'y a rien de nature là-dedans, à part le champignon, mais qui n'est même pas considéré comme tel, clairement. La plupart des gens ne voient pas que c'est du vivant, le champignon. Ça manque d'empathie. Oui, de respect du vivant.
- Speaker #1
Que se passe-t-il lorsqu'un homme, tombé tout petit dans un besoin viscéral d'observer et comprendre la nature, décide de produire des champignons dans les côtes d'Armor ? Et bien ce paysan de nature ne pourra pas faire autrement que de créer une ferme où chaque champignon se niche dans l'écosystème et la saison qui lui correspond. Pourrait-on dire qu'à la ferme Kébel-Toussègue, Vivien et sa famille tâchent de se faire les plus petits possibles ? Pour laisser le sauvage prospérer, dire cela ne serait pas tout à fait vrai, car depuis que ces êtres vivants sont arrivés sur cette terre, la vie sauvage prospère encore plus. Oiseaux, amphibiens, insectes, orchidées. Car au cas où vous ne l'auriez pas encore compris, l'humain, en tant que jardinier du vivant, peut enrichir le milieu par l'action de produire de quoi se nourrir. Et les champignons, qu'ils soient cultivés ou non, joue un rôle énorme en tant que décomposeur dans la régénération, car il ne peut y avoir de recomposition de vie sans décomposition après la mort. Si je fais ce podcast, c'est pour que l'idée d'une vie passée à régénérer le vivant ne puisse plus vous résister. Dans ce reportage en trois parties, réalisé en avril 2026, vous allez vous plonger dans l'univers de Vivien. Dans sa tête, son cœur s'afferme. Vous allez comprendre comment produire des champignons de manière agroécologique, ce qui demande de prendre une posture d'expérimentateur, et donc de faire preuve d'humilité. Ça tombe bien car la racine de l'humilité, c'est l'humus, l'endroit où se déploie dans l'ombre la plus grosse partie du champignon, les filaments mycéliens. Et comme l'humour prend aussi sa racine dans l'humus, on va bien rigoler dans cet épisode. J'espère que ce reportage transformera votre regard sur les champignons qui garnissent votre pizza. Dans cette première partie, on découvre comment sont produits la grande majorité des champignons en France et dans le monde, et en quoi le modèle novateur de la myciculture paysanne que Vivien développe doit être suivi de très près. Notre paysan nous raconte le chemin qui l'a amené à devenir paysan, les moments de vie qui ont transformé son lien au vivant, il explique comment il y a presque dix ans, Il a trouvé la terre où il a ancré son projet et parle aussi des défis et des frustrations dans son cheminement. Je m'appelle Opaline et j'anime le podcast Agroécologie Voyageuse pour mettre en lumière celles et ceux qui régénèrent la terre. Mon objectif est que mon travail soit financé à 50% par vous et 50% par des organisations pour qui je réalise ces reportages. Aujourd'hui, avec 27 donateurs et donatrices, J'en suis à 25%. Si ce reportage vous plaît, demandez-vous si un don ponctuel, même 10 euros, ou régulier, un engagement sur 6 mois par exemple, serait envisageable pour vous. Toutes les infos sont dans la description de l'épisode. Je vous remercie, et maintenant, place à l'épisode. Bienvenue dans le podcast Agroécologie Voyageuse, salut Vivien,
- Speaker #0
salut Opaline.
- Speaker #1
Alors lorsque je suis venue à Plougrescan en février dernier, on avait été observé dans la nuit avec Bastien de la Ferme des Hautes Terres, que vous pouvez écouter dans les épisodes 140 et 141, une dizaine de crapauds je crois qui commençaient... je crois, qui commençait à chanter dans une mare au fond d'une prairie de la ferme de Bastien, Samuel et Gaspard. Et au loin, dans le bois attenant, on a aperçu la lueur d'une frontale, on a entendu les branches craquer au sol, et un homme des bois est apparu. Toi. Est-ce que tu es autant accro aux soirées amphibiennes qu'aux balades champignons ? Je ne sais pas, mais on aura peut-être la réponse. En regardant le logo de la ferme, c'est quand même un crapaud qui porte un champignon sur son épaule. Tu nous expliqueras ce que ça veut dire « kebel touzek » d'ailleurs. Pleurote jaune, pleurote corne d'imbondance, oreille de Judas, shiitake. Dans un article du journal Le Trégor en date d'octobre 2021, tu dis que tu souhaites récolter 4 tonnes de champignons par an en rythme de croisière. Et d'ailleurs, tu commences à transmettre aussi ta manière de faire, ta... Ta vision des choses qui n'est pas aboutie et que tu continues de fertiliser tous les jours. Tu vas nous raconter comment tu as rendu cette ferme encore plus hospitalière pour le vivant que ce qu'elle n'était quand tu es arrivé. Et aujourd'hui, ce que j'observe, c'est sur un petit territoire de 1,5 hectare, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, 1,8 hectare, de SAU en tout cas.
- Speaker #1
Une multitude de petits écosystèmes, bois, prairies, haies, mares ou... peut vivre et prospérer une grande diversité d'êtres vivants. Rats des moissons, argiopes, faciés, bouscarles de sétis, lucanes, cerfs volants, couleuvres helvétiques, c'est tout ce qui est écrit sur ta fiche paysans de nature, et tant d'autres.
- Speaker #0
Ça c'était les premières, il y en a eu tant d'autres effectivement. C'est ça,
- Speaker #1
tu pourras nous donner d'autres noms.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Donc cet écosystème accueille aussi ta production de champignons, qui est ton gagne-pain, si je puis dire, et tes élevages. ton petit élevage de chèvres familiales, de poules vorverques, des arbres et une famille. On pourrait dire que c'est le paradis. Tu nous diras ce que tu en penses aussi. Pourquoi j'ai voulu t'interviewer ? Parce que tu es une mine d'or d'informations concernant la culture de champignons, avec une pensée arborescente qu'il faudra que je canalise un petit peu pendant cet épisode, et je m'excuse d'avance, parce que tu as un amour pour la vie. Parce que ta petite famille est trop chouette et parce que c'est tellement précieux de passer un moment avec toi.
- Speaker #0
C'est gentil ça.
- Speaker #1
C'est vrai. Et que j'ai mangé des champignons tout à l'heure et qu'ils sont trop bons. Alors, Vivien, déjà, la première question que j'ai envie de te poser. Déjà, merci de me consacrer ton temps à l'essai MAJ de ta vision des choses, à l'essai MAJ de l'agroécologie. Est-ce que tu peux me raconter un moment dans ta vie qui a transformé la manière dont tu relationnes avec les autres vivants, humains ou non-humains, un moment qui t'a transformé ? Juste un. Tu choisis le premier auquel tu penses.
- Speaker #0
Ok, j'en ai un. Alors, j'étais pas si jeune. J'avais déjà un attrait énorme pour le reste du vivant, tout le vivant. Je passais déjà énormément de temps dans les buissons, à observer. C'est quelque chose qui est né très tôt chez moi. Mais il y a eu un truc où vraiment, c'est un des premiers souvenirs, et c'est dans le cadre de l'entomologie, puisque c'était une observation spontanée et personnelle. d'une petite scène entomologique. Je devais avoir 10-12 ans, je crois. Il me semble, je ne suis pas sûr. J'observais un ichnemon, c'est un hyménoptère solitaire, je ne sais pas si tu connais, c'est des guêpes qui paralysent d'autres types d'invertébrés, il y en a qui paralysent des araignées, certains des chenilles. Et tout simplement pour aller les mettre quelque part et pondre dessus. Alors c'est assez trash, mais ça j'y étais déjà habitué à cette époque-là. La bestiole reste vivante, elle est juste paralysée, puis les oeufs vont éclore et puis se nourrir, les larves vont se nourrir de cette... Voilà, c'est une espèce de garde-manger vivant. Le concept est intéressant. Toujours est-il que là c'était une observation. Je tombe sur cet ischnemont avec sa petite chenille, je regarde au sol, puis là je prends 5 minutes pour l'observer. vraiment même plus que 5 minutes, ça a duré une bonne demi-heure je pense. Parce que je voulais savoir ce qui allait se passer, je voulais la voir dans l'acte, je savais, j'avais lu du Fabre, etc., je savais que Lich-le-Mont allait creuser une galerie, j'avais déjà vu des Lich-le-Mont dans la galerie, mais je n'avais pas vu faire, donc je la regarde faire. Donc de manière très mécanique, comme ça en visuel, elle commence à chercher les zones sableuses parmi les touffes d'herbe. Elle tapote avec ses petites antennes qui bougent tout le temps, comme ça, avec sa petite chenille. Quelquefois, elle dépose sa chenille, elle part un peu plus loin, elle fait des cercles autour de la chenille, comme ça, de plus en plus loin, pour chercher. J'en déduis que c'est pour chercher une zone qui convient. Puis ça ne va pas, elle revient, elle prend sa chenille, elle s'envole. Un micro-seconde pour faire 20 cm et hop, elle recommence. Et j'observe ça, j'attends, j'attends, j'attends, il ne se passe rien, elle ne trouve pas l'endroit, ça dure, ça dure, ça commence à être un peu trop long pour moi, je suis encore un enfant quand même aussi, je me dis, j'ai pas la... Et en fait, au niveau de mes yeux, à ce moment-là, il y a une espèce de travelling, et je me rends compte qu'il y a, si tu veux, cet échenement, il est au sol, et t'as, t'as une pelouse, c'est dans une pelouse, donc il y a de l'herbe à hauteur de 15 cm. Et en travelling avec mes yeux, je me rends compte qu'il y a une petite mouche qui est en haut d'une herbe comme ça. Et au moment où je la capte à l'œil, je me rends compte qu'il y a une espèce de synchronisation. Au moment où l'ichnement en dessous prend sa chenille et s'envole sur 20 cm, la mouche, mais comme un balai, décolle exactement en même temps que l'ichnement et se repose au moment où l'ichnement s'arrête. Et là, je me rends compte d'un coup que la mouche, elle est clairement en train d'observer l'ichnement. Donc hop, je bifurque. Je bifurque. Alors attends, j'étais sur l'ichnement, mais en fait, la mouche... Et donc, je vérifie ma thèse de gamin. J'attends un petit peu, et effectivement, l'ichnemon se déplace, et la mouche en haut de l'herbe tourne au fur et à mesure que l'ichnemon se déplace pour que les yeux soient toujours en direction de l'ichnemon. Donc je vois bien qu'elle l'observe. Et puis dès qu'il y a un petit déplacement, on appelle la suite. Et donc je me dis, ah c'est hyper intéressant, parce que j'étais gamin, et je pensais déjà aux endoparasitismes, etc. Au parasite du parasite du parasite. Je me dis... Ah, génial ! Et donc, j'attends à nouveau comme ça. Et cette mouche reste, suit, tac, nan, nan, nan, nan, nan, j'attends. Et à un moment donné, la mouche arrête de regarder l'ichnemont, elle se tourne et elle s'envole. Et là, je suis resté comme ça. Et en fait, pourquoi ça m'a marqué ce moment-là ? Parce qu'à ce moment-là, je me suis dit, mais est-ce que la mouche, elle n'était pas juste comme moi en train de regarder l'ichnemont ? Elle n'était pas du tout... en train de préparer une technique, etc. Et en fait, je crois que c'est un moment important dans ma vie. Pardon. Je crois que c'est ce moment-là où j'ai saisi, si tu veux, qu'on était des frères et sœurs, tout ça. Excuse-moi, c'est juste une émotion à l'intérieur. Mais ce que je veux dire, c'est que ce que j'ai ressenti, c'est qu'à un moment donné, avant, j'aimais la nature déjà, mais j'étais encore au centre de la nature. J'étais l'homme encore au centre de la nature, l'humain. Et à ce moment-là, je suis rentré dedans. C'est-à-dire que je me suis dit... Ça se trouve, la bestiole, elle fait comme toi. Elle a le même schéma que toi. Le métro boule au dodo, etc. Donc, on va dire que j'ai appréhendé l'anthropomorphisme à ce moment-là d'une autre manière. Je ne sais pas si je suis assez clair dans ce que je dis. Et je pense que le lien avec le vivant, il s'est fait surtout là parce que je me suis senti rentré dans une espèce de communauté du vivant à ce moment-là. J'avais l'impression de comprendre. J'avais eu un truc en plus. Il peut faire ce que... les scientifiques ont déjà prouvé qu'il le faisait, mais il peut aussi faire ce qu'il veut, juste philosophiquement cet animal, ça se trouve. Ou alors peut-être qu'elle avait vraiment envie de machin et puis que ça a foiré, parce que tout ça, ça peut être des maths aussi en fait. Tout est beau dans la nature à ce niveau-là. Tout est possible, autant que pour les humains d'ailleurs, je crois. C'est ça qui me plaît.
- Speaker #1
Donc à cette période, t'avais déjà un amour pour la nature, un attrait en tout cas. Et du coup, quel est le chemin ? qui t'a amené à devenir paysan ?
- Speaker #0
Alors, plus concrètement derrière, donc moi, je suis quand même né en banlieue parisienne, enfin à Paris, mais j'ai vécu en banlieue parisienne et je suis issu d'une famille du monde rural. Alors mes parents, classiquement, étaient des gens qui étaient allés chercher du travail à la ville, à l'époque qu'on connaît. Et le monde agricole n'est pas loin, puisqu'il est à la génération d'avant. Enfin, il est chez mes grands-parents, quoi. Donc on va dire que j'ai eu cette chance déjà de vivre en ville, mais d'avoir cet attrait et ce bien-être à la campagne, puisque j'allais tout le temps, tous les étés à la campagne. Donc en fait, à partir de la seconde, je me suis rendu compte vraiment qu'il fallait que je quitte le carcan scolaire général. Bon, je te passe les détails parce que c'est une belle aventure. et je suis retourné vivre dans le Berry, d'où mes parents sont originaires, pour un lycée agricole. J'ai fait, ça c'était dans les années 90, un lycée agricole et j'ai fait un bac STE, agronomie et environnement, avec une option aménagement. Ça en est suivi un loupé dans le monde de l'aquaculture, un début de BTS Aquacol en Lauser, parce que j'aimais bien la pêche à ce moment-là, et j'aimais la nature à la pêche, je voulais réintroduire des truites sauvages dans les endroits où il n'y en avait plus, donc j'avais déjà une petite vocation. J'ai commencé l'aquaculture, et là on te calculait des nombres d'œufs, un pourcentage de perte de nombre d'œufs de truites triploïdes dans les bassins. J'ai arrêté au bout de 4 mois, c'était l'enfer. J'ai dû rebosser un an dans le prêt-à-porter en banlieue, je suis retourné, un petit rappel alors, une petite dernière, voilà, et je suis reparti sur un BTS, donc évidemment, GPN, Gestion Protection de la Nature, donc dans les années 2000, 2000 d'ailleurs, enfin 99-2001, ça faisait que 3 ans ou 4 ans que ça existait, c'était extraordinaire. Là, ça a été la révélation, le BTS GPN, des profs extraordinaires, et je suis sorti de ce BTS... On était tous, d'ailleurs, toute cette classe, on est sortis, on était prêts. Donc après, ça a été dix ans d'éducation à l'environnement, d'éducation populaire, aussi beaucoup, parce qu'à l'époque, c'était naissant, quelque part, ça peut durer longtemps. Et puis, un peu à la fin, un peu plus de crédibilité pour aller dans la gestion d'espaces naturels. Voilà, j'ai travaillé aussi avec les oiseaux, beaucoup. avec la Société d'études ornithologiques d'Île-de-la-Réunion, avec l'ALPO, le Centre ornithologique d'Île-de-France. Ma dernière expérience professionnelle hors agricole, c'était au Centre ornithologique d'Île-de-France dans le 93, avec une super équipe de travail. J'en profite, peut-être qu'il nous écoutera, Jean-François Magne, qui doit être directeur de l'ALPO, maintenant là-bas, un super chef, une belle personne. Et surtout, j'ai vécu dix ans avant dans les Hautes-Alpes et j'ai flirté en fait avec le monde agricole par le biais d'un poste par rapport au loup à l'époque. Donc j'ai été aide-bergé. C'était financé par l'État. C'était sur le parc naturel des Écrins. Donc là, il y a eu un appel à la terre à ce niveau-là, des questions qui arrivaient. Et puis il y a eu aussi quand même la tisannerie à l'île de Lariant. où on a été tisaneur avec un copain. Voilà, donc je dirais que là, concrètement, en termes professionnels, je me suis rendu compte qu'à ce moment-là, que l'agricole, la gestion des espaces naturels, qui d'autre mieux qu'être agriculteur pour protéger la nature, gestion d'espace, quoi. Voilà, j'ai avorté un projet de chevrier caprin dans les Hautes-Alpes avec une amie, pour des raisons... des raisons classiques de vie, de séparation, de choses comme ça. Et du coup, j'ai dû retrouver un nouveau projet. Et puis, le champignon est arrivé dans ma vie. Il l'était déjà, dans le monde de la biodiversité. Mais à cette époque-là, je commençais à avoir des... d'envisager la recherche comme... Voilà, le marché de niche me convenait déjà dans ce qui pouvait se faire dans l'installation. Et du coup, je cherchais des marchés de niche qui pouvaient... Me permettre d'être aussi dans l'environnement, dans la nature, d'être agriculteur, d'être paysan. Je le savais déjà que je voulais être paysan. Mais de pouvoir aussi avoir le nez dans les buissons encore. Je suis arrivé en Bretagne parce que j'aime beaucoup l'eau, je suis pêcheur. J'aime le... enfin dans le Berry avec la rivière, mais on commence par la rivière et les écrevisses, puis on finit par la mer et les homards, j'ai un peu envie de dire.
- Speaker #1
Je précise qu'on est dans ton hangar agricole pour les champignons, mais tu m'avais dit que tu avais un fumoir à poissons, que tu allais en installer un parce que tu... T'adores pêcher du poisson et puis le fumer quoi.
- Speaker #0
Alors oui, j'ai commencé à penser à un fumoir dehors parce que d'abord j'ai dans mon atelier de production de champignons une pasteurisation, donc je brûle du bois, donc c'était l'occasion de recréer une entité de production sur quelque chose de déjà existant. Ça avait du sens en termes d'énergie déjà. Ah si, tu m'envoies vers un autre truc qui est hyper passionnant, c'est le monde de la pêche. qui est hyper fermé, autant le monde agricole est encore fermé, autant le monde de la pêche, c'est terrible. J'ai un ami pêcheur professionnel que je t'invite, Manu, je sais pas si tu as eu l'occasion de le rencontrer, aussi, un super gars. Je veux dire, les pêcheurs n'ont pas d'autres opportunités que d'avoir un gros bateau, avec une grosse licence de pêche pour pêcher ça. Ils peuvent pas transformer. Il y a tout à faire dans le monde de la pêche aussi. C'est-à-dire que... L'autonomie, les concepts d'autonomie, les concepts de diversification,
- Speaker #1
de forêt-jardin sous-marine.
- Speaker #0
Ah oui, t'étais allée voir quelqu'un d'ailleurs pour ça, non ?
- Speaker #1
Non, mais dans l'épisode avec Akira que j'ai fait, un des épisodes précédents, on parle de pêche-écologie et du paysan marin qui essaye de promouvoir ces techniques-là. Et si les gens sont intéressés par développer ça, ils pourront venir te voir. Et t'as acheté des champignons au marché à la ferme. Bref, moi aussi je m'éparpille. Comment tu as trouvé cette ferme ? Et puis après on...
- Speaker #0
Alors effectivement, j'ai eu l'occasion de rencontrer donc Bastien et Sam, mais prioritairement Bastien, par le biais d'un ami de longue date avec qui j'étais tisaneur justement à La Réunion, qui vivait ici maintenant. Et au moment où j'ai rencontré Bastien, il était en plein dans la construction de son projet. Enfin, ça allait se finaliser. Je ne sais plus s'il était... À ce moment-là, son PPP, ou en tout cas, il venait de... Voilà, le projet allait se faire, son projet de paysan boulanger et de vache à Ylande.
- Speaker #1
Donc ça devait être en 2016 ou 2017, quelque chose comme ça ?
- Speaker #0
Voilà, c'est ça, ouais. Et bon, un feeling qui est passé, évidemment, un homme, Bastien, un super gars, avec des belles pattes d'oie, un homme qui sourit beaucoup. C'est important pour moi, les gens qui sourient. Toi aussi,
- Speaker #1
t'as des pattes d'oie, d'ailleurs.
- Speaker #0
Ouais. Et bien, je me brosse dans le sens, bah oui, on se reconnaît entre, voilà, et son projet était super. Et donc voilà, ça c'était pour le choix de la région, parce que j'aurais pu m'installer un peu partout en Bretagne. Et puis derrière, quand je suis arrivé, alors j'ai avorté deux installations en trois ans, en termes de foncier j'entends. C'était pas aussi galère que maintenant le foncier, mais ça l'était déjà, ça l'a toujours été je crois. Je devais m'installer à Plouézec. Après j'ai loupé la vente, j'avais trouvé quelque chose à Quimpergesnèck, donc un peu plus dans les terres. Et puis là, Bastien m'appelle un jour et me dit « je crois qu'il y a quelque chose d'intéressant qui va être à vendre juste à côté de notre ferme » . Et donc on est venu avec ma compagne, avec Claire, et là on a trouvé un petit paradis, effectivement, c'est-à-dire quasi 2 hectares à tenant avec une maison, tout ça, bon, 5 minutes de la mer, j'ai envie de te dire aussi, parce que moi, je pêchais, quoi, et donc, voilà, là, ça a eu du sens tout de suite, quoi, et l'aventure a commencé ici, quoi, donc après, en termes de foncier, voilà, c'est ici que ça s'est passé, bon, après, le parcours, c'est le parcours de, moi, j'avais déjà fait, j'ai fait 2 PPP, finalement, même peut-être 3, dans 2, Plan de professionnalisation personnalisée. Pardon, ouais, terme agricole. Deux parcours à l'installation. Voilà, donc j'ai essayé quand même de torcher celui-ci. Pourquoi ? Parce que j'étais à l'aube de mes 40 ans et que devenir agriculteur, c'était pas qu'une vocation. Il y avait aussi quand même... Bon, bah, travailler dans l'environnement pendant 20 ans, c'est bien, mais j'ai jamais gagné plus de 1400 mètres par mois, moi. Donc j'ai jamais pu mettre d'argent, j'ai toujours privilégié un autre bonheur que celui d'avoir des sous.
- Speaker #1
Alors que maintenant tu es super riche !
- Speaker #0
Maintenant je suis, putain, c'est la vie de milliardaire quoi, c'est clair. Bah si, regarde les millions de buissons par exemple, je suis content en termes de...
- Speaker #1
Ça a une énorme valeur.
- Speaker #0
Ah ouais ouais, ça commence dans le cadre de la PAC, c'est mignon mais bon... En tout cas voilà donc à l'aube de mes 40 ans il fallait que je fasse un choix et je voulais moi j'avais envie d'être propriétaire foncier ça c'est important aussi quand même très important il y en a aujourd'hui qui montrent des super projets en appréhendant pas le foncier comme quelque chose qui leur appartient et c'est tout à fait défendable j'entends ce voilà Malheureusement, alors malheureusement, heureusement, je ne sais pas. Moi, je suis des années 80, je n'ai jamais eu de gens propriétaires dans ma famille. On est issu d'une famille très modeste. Il n'y a jamais eu de maison, de propriété. Et puis, la nature quand même, j'avais encore trop en tête le fait que si je voulais vraiment préserver la nature à cette époque-là, il fallait que je puisse être propriétaire d'une zone où au moins je serais le seul à décider. Ce qui est un peu faux.
- Speaker #1
C'est ta manière de voir les choses.
- Speaker #0
C'est ma manière de voir les choses et je peux la remettre en question demain d'ailleurs. Rien n'est fixé.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous dire... Après, on ira visiter... différents espaces de la ferme, et on pourra parler de comment tu as construit le projet. Alors, soit tu le racontes là, soit...
- Speaker #0
devant les champignons notamment, mais j'avais envie de te poser cette question là, quel a été le plus gros défi pour cette ferme là ? Ou les plus gros défis, peut-être que tu es en train de les vivre en ce moment.
- Speaker #1
Oui, exactement. Moi je me suis installé aussi suite à un gros AVC de mon papa qui est devenu handicapé, et du coup j'ai dû déménager, je vivais à l'île de La Réunion, je travaillais à Madagascar à l'époque sur les Lémuriens. Enfin, c'était bien parti, ça faisait deux campagnes, voilà, donc mon retour en métropole a été aussi dû au fait que mon papa est devenu handicapé et qu'on a pris avec ma sœur l'initiative de s'occuper de lui. Donc, je dirais que j'avais déjà vécu plein de traumatismes juste avant, là il y avait ça en plus, et à ce moment-là j'étais une boule d'énergie, c'est-à-dire que j'étais ultra positif parce qu'il y avait des... Je ne sais pas comment dire, c'était...
- Speaker #0
C'était fluide.
- Speaker #1
C'était fluide, quoi. C'était canalisé. Ouais, ouais, ouais. Donc à ce moment-là, en fait, c'est le mot défi que je ne sais pas bien définir. Défi, ça porte quelque chose d'un peu négatif, ça porte un poids assez conséquent.
- Speaker #0
Quelque chose que tu as traversé ou que tu traverses qui est lourd et il faut tenir, tu vois. Quelque chose que d'autres personnes pourront traverser et peut-être que ce que tu vis va leur servir aussi.
- Speaker #1
Alors je ne sais pas si c'est dans le cadre de l'installation agricole les choses lourdes que je vis.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Philosophiquement, je crois que personnellement, je fais partie des gens qui pensent que l'habit est dur. Et je l'ai pensé à un moment de ma vie, évidemment. Tout le monde rencontre certaines difficultés. Et je ne peux pas nier qu'aujourd'hui, mon énergie... Elle est due au fait que je sache combien la vie est belle parce que d'abord j'ai décidé qu'elle était dure. Encore une fois c'est un point de vue. Mais je sais que du coup il n'y a rien qui est insurmontable. Voilà, la vie est belle en fait pour moi. Par contre je fatigue évidemment, je ne peux pas dire que j'ai tout fait avec aisance. Mais en tout cas l'installation, rien qu'à l'administratif, j'étais à ce moment-là une machine de guerre. Je voulais que mon projet aboutisse. Je m'imaginais avec mes champignons déjà, et puis... Non mais voilà, je m'imaginais dans ma petite ferme avec cette nature, ma chérie, mon truc, et je pouvais y aller quoi, j'ai tout défoncé.
- Speaker #0
T'as su que c'était ta place.
- Speaker #1
Ouais, Ouais, et puis j'ai quand même... Voilà, bon bah là j'ai 45 ans, je sais pas. Par contre, effectivement, en termes de défi, c'est aujourd'hui. Alors un défi économique, parce que je suis dans une brèche expérimentale majoritairement, on en reparlera tout à l'heure. Et l'expérimental, ça veut dire que tu peux te reposer sur personne d'autre, enfin pas mal sur personne d'autre que toi-même, surtout dans le cadre de la missiculture, parce qu'il y a eu beaucoup de choses de faites à titre de loisir, mais le loisir c'est loin d'être la profession, en termes de technique économique, etc. Donc ça c'est... voilà. Mais c'est vrai qu'en ce moment c'est le plus dur, peut-être parce que maintenant je sors de ce sur quoi je me suis installé en tant que modèle, et j'aurais bien voulu penser à ça. Avant de m'installer, parce que j'aurais pu avoir les sous à l'époque de l'installation aussi, dans le cadre de FDR et tout ça, pour tout ce pourquoi j'ai les sous aujourd'hui, pour expérimenter en agroforesterie par exemple.
- Speaker #0
Tu aurais pu faire appel à des soutiens que...
- Speaker #1
En fait, je vais beaucoup moins vite qu'avant. Alors parallèlement, ce qui est marrant, c'est que philosophiquement, j'ai absolument envie d'être quelqu'un qui sait prendre le temps, parce que je ne sais pas du tout, le monde m'a contraint à courir. Je cours, je cours, je cours. Et j'ai besoin de savoir arrêter de courir. Mais de toute façon, je n'ai pas le choix puisque je vieillis. Et quand on vieillit, il va falloir prendre le temps. De toute façon, la boucle commence. Ça va bien se boucler tout ça. Mais là, en termes de production de champignons, dans ce à quoi je m'engage, c'est vrai que là, en ce moment, ça avance moins vite. Je vois les choses qui traînent. Je ne peux pas dire que je prenne le temps parce que ce n'est pas le cas. Là, je n'ai pas le choix. Donc ça, c'est un défi pour moi, que ça n'aille pas assez vite maintenant. Parce que je vois déjà ce que ça peut être au bout, c'est ça qui est terrible.
- Speaker #0
On va aller voir les différentes étapes de la production de champignons très bientôt et les choses qui sont plus de l'ordre de l'expérimental et qui ne sont pas encore ton gain de pain et qui peut-être ne le seront jamais d'ailleurs.
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #0
Aussi. Voilà. « Oh que si » . Bon. On va voir tout ça. Mais est-ce que tu peux nous donner 2-3 bases de ton modèle économique ? Parce que dans le Trégor, j'ai lu que tu visais... tonnes.
- Speaker #1
Oh, c'est passé les 4 tonnes.
- Speaker #0
Donc c'est passé les 4 tonnes. Est-ce que tu peux nous donner quelques clés pour qu'on puisse comprendre comment vit un producteur de champignons, tu vois ?
- Speaker #1
Ok. Alors, déjà, il faut savoir que la missiculture française, elle n'existe que depuis 300 ans. C'est un petit point historique qui est important de faire par rapport au reste. En fait, la missiculture française, elle est née dans l'agro-industrie. Si on se tourne vers l'Asie, évidemment, on est sur plus d'un millénaire de cultures de champignons, et ce, à titre vivrier, à titre paysan. C'est-à-dire que c'était vraiment une culture vivrière par laquelle ils ont attaqué. Nous, on a découvert tout de suite la missiculture dans le cadre professionnel, et je te le donne en mille, c'est tout de suite parti sur de l'intensif et de la monoculture. On est très vite parti dans la monoculture. Aujourd'hui, les modèles reconnus, encore aujourd'hui, ce sont des modèles, et j'entends reconnus par la Chambre d'agriculture et donc par les banques, etc., en tant que modèles économiques, ce sont des modèles aberrants. Pardon pour ceux qui travaillent là-dedans, pour moi, c'est aberrant. C'est-à-dire qu'on est sur un modèle agro-industriel en termes de superficie. Par exemple, quand on s'installe la demi-SMA, etc.
- Speaker #0
SMA ?
- Speaker #1
surface minimum d'assujettissement qui a fait suite à la surface minimum d'installation qui était plus d'un point de vue parcellaire. Mais c'est plutôt SMI dont je vais parler d'ailleurs parce que je crois que le code APE sur le champignon, le code APE c'est une référence quand on crée son entreprise, c'est 4000 m². Donc ça révèle quoi ? Ça révèle qu'il faut que l'outil de production fasse 4000 m², ce qui est énorme. Et en fait, il fait référence tout simplement à de la fructification. En fait, le missiculteur français, aujourd'hui, il est majoritairement fructificateur, c'est-à-dire qu'il n'est pas du tout autonome. Enfin, il est en mono-espèce, monoculture, et il a des charges colossales. puisque aujourd'hui la production Missy Cole c'est énormément d'énergie parce qu'on parle de pasteurisation, de stérilisation de hangars on est dans un monde d'aseptisation pour m'installer j'ai dû je n'ai pas eu le choix que de mettre mes rêves un petit peu de côté au démarrage de faire entre guillemets semblant et de m'installer sur un modèle agro-industriel c'est à dire un modèle de flux tendu c'est à dire une production substrat je suis allé un peu trop vite On va visiter ? Comme ça, ça va me permettre de peut-être de plus...
- Speaker #0
Alors oui, donc suite au prochain épisode, mais j'ai quand même deux, trois questions à te poser avant qu'on fasse la visite. En fait, la question est peut-être complexe et il faut peut-être faire la visite pour y répondre, mais en gros, aujourd'hui, on peut avoir un modèle économique de champignons, de misiculteurs fructificateurs agro-industriels et on peut avoir un modèle économique agro-écologique. Mais du coup, comment on gagne sa vie là-dedans ?
- Speaker #1
Alors, on gagne sa vie. Ta vie, tu l'as déjà, mais comment tu gènes ? D'agriculture, en tout cas, en paysan, mais d'agriculture. Il faut savoir déjà qu'on peut être missiculteur, pas qu'en étant agriculteur. C'est important, parce qu'aujourd'hui, il y a des gens qui... Alors, je ne sais pas si c'est par le biais de l'artisanat ou si c'est microbique, micro-BNC, etc. Mais on peut ne pas avoir un diplôme agricole et faire du champignon. Pourquoi ? Parce qu'on est dans des hangars et qu'on arrose des trucs. Il n'y a rien de nature là-dedans, à part le champignon, mais qui n'est même pas considéré comme tel, clairement. La plupart des gens ne voient pas que c'est du vivant le champignon. C'est ça le constat aussi de la missiculture d'aujourd'hui. C'est assez dur à... Voilà, mais c'est une réalité. En plus, ça ne crie pas, tout ça. Donc ça ne parle pas à personne.
- Speaker #0
Ça ne crie pas ?
- Speaker #1
Je faisais le lien par rapport à un animal, mais une plante...
- Speaker #0
Je pensais que ça criait, les champignons.
- Speaker #1
Ça ne crie pas, ce n'est pas le même langage. Moi, je les vois crier chez certains. Je les vois crier, mais eux, ils ne voient pas. Excuse-moi, c'est pour dire que quelquefois, effectivement, ça manque d'empathie. De respect du vivant. Donc, aujourd'hui, soit tu t'installes sur ce modèle, Et franchement, gagner sa vie, c'est en train de se... En fait, on est à un moment charnière au niveau de la missiculture. Je ne sais pas si tu as vu, tu as vu, le champignon, ça se démocratise vachement. À part la culture, j'entends. Il y a eu de plus en plus de documentaires sur les champignons. Ah, ils font le lien avec les arts, tout ça. Les gens commencent à considérer ça. Il y a des séries. Les champignons adaptent aux génétiques. Ah, Stranger Things, des machins comme ça, où on parle du cordyceps, de ce champignon qui vient rentrer dans un... Moi, je ne regarde pas de séries, mais je sais. Je sais que c'est... Ça se popularise, le champignon, réellement. C'est très intéressant. Par contre, certains s'en servent pour continuer à renforcer des modèles déjà existants et qui ne sont pas bons. Ça, c'est un constat.
- Speaker #0
Par exemple, on peut acheter des champignons adaptogènes qui viennent d'une production ultra-industrielle.
- Speaker #1
La majeure partie des champignons que tu achètes aujourd'hui naissent dans ces milieux-là. C'est ça. Aujourd'hui, il n'y a pas de... C'est pour ça que ça m'enthousiasme énormément, ce projet de missiculture paysanne. C'est comme ça qu'évidemment, j'ai fini par le trouver, parce qu'en tant que paysan de nature, il y a déjà le mot paysan, puis c'était facile. Il n'y a pas de modèle aujourd'hui de paysannerie, même agricole, parce que tout est en hors-sol. Alors, pour un champignon épiphyte, ça a un peu plus de sens que pour un champignon de couche comme l'agaric, qui pousse par terre, mais même. Tout est hors sol, tout est en... c'est du flux tendu, donc chaque semaine tu recrées et tu détruis, tu recrées et tu détruis, on est vraiment sur un truc, il n'y a pas de stabilisation, il n'y a pas de diversification.
- Speaker #0
On ne crée pas de vie quoi.
- Speaker #1
Non, pas vraiment non.
- Speaker #0
Et donc toi tu essayes d'imaginer un modèle économique, un modèle tout court de missiculture paysanne autonome.
- Speaker #1
Alors je dirais que maintenant surtout je sais que c'est possible. Parce qu'avant, je pouvais m'imaginer, ah bah ça n'existe pas, ça serait trop beau et tout, voilà, Ça restait de l'ordre du fantasme. Après mes cinq premières années d'expérience en tant que paysan, en tant que misciculteur, je me rends compte que oui, c'est possible en fait. Et en plus, d'une manière, je pense, plus simple que ce que j'imaginais au démarrage.
- Speaker #0
Donc ça, tu veux nous l'expliquer en cours de visite ?
- Speaker #1
On peut, puisqu'on peut déjà constater. le modèle sur lequel je me suis installé, que j'ai déjà un peu, comme je dis, « road-cisé » , évidemment, agro-industrie au plus bas possible, quand même. Et puis, après, effectivement, s'imaginer ce que puisse être la suite en termes d'ateliers de production et de diversification des espèces de champignons.
- Speaker #0
Et bien, allons-y, et je garde mes dernières questions au chaud pour tout à l'heure. Bon, au final, Vivien ne m'a pas expliqué concrètement le modèle économique de la ferme, alors je l'ai rappelé pour lui demander. On ne va pas rentrer dans les détails car expliquer un prévisionnel de ferme est complexe, d'autant plus en audio. Mais en résumé, dans son prévisionnel de base, qu'il avait bien rodé pour obtenir la DGA, la dotation jeune agriculteur, il devait, pendant les premières années d'installation, vendre des pleurotes produites en salle, les œufs de 50 poules, des produits transformés à base de champignons et un peu de champignons issus de la cueillette sauvage. Son installation a été compliquée, période Covid et grippe aviaire qui a retardé le lancement de l'atelier poule pondeuse et il n'a jamais eu d'un vendu en champignons pour faire de la transfo. En plus, du fait de problèmes de santé liés à un manque d'ergonomie sur ses installations, il a dû diminuer la charge de substrats pour porter moins. Moins de substrats, donc moins de champignons. Malgré tout, il a réussi à redresser la barre parce qu'il a au final plus de rendement par kilo de substrat qu'en missiculture industrielle. En début d'année, il a atteint les 80 kilos de champignons produits par semaine avec 260 kilos de substrat. Cela fait plusieurs années qu'il pourrait se verser un SMIC, mais cette somme n'apparaît pas dans la comptabilité car cet argent est redirigé vers les travaux de la maison. Vivien profite de notre échange pour m'expliquer que la canicule de juin-juillet 2026 a représenté une nouvelle galère. Seulement 1000 euros de chiffre d'affaires en juillet, sur un chiffre d'affaires à l'année de 35 000 euros en moyenne. Cette situation montre que la production de champignons en salle est peu robuste face au changement climatique et qu'il est nécessaire d'accélérer la transition des productions de viviens vers l'extérieur. Heureusement, le mois de février a été excellent et compense les pertes de cet été. Au bout de 5 ans, La Chambre d'agriculture a validé son modèle et lui a versé le reste de sa DGA. Si vous avez envie de vous installer en missiculture paysanne, le modèle de Vivien tient largement la route. Pour Vivien, la ferme est robuste. Robustesse d'autant plus importante à remarquer, alors qu'au moment où je fais le montage de cet épisode, Eurosubstrat, la société qui produit des substrats pour la production industrielle de champignons dans toute l'Europe, est en redressement judiciaire. Et voilà, la première partie est terminée. Dans la deuxième partie, on commence la visite de la ferme. Si vous êtes curieux de comprendre l'écosystème paysan de Plougrescan, je vous invite à écouter les épisodes 140 et 141 à la ferme des Hauts-de-Terre, qui est voisine de Vivien. Aujourd'hui, chaque épisode du podcast Agroécologie Voyageuse est écouté par 2000 personnes environ. Je crois que vous êtes d'accord pour dire que ces épisodes devraient être diffusés massivement. Alors voilà ce que vous pouvez faire. Partagez ce reportage à trois personnes de votre entourage, notez et laissez un avis sur la plateforme d'écoute que vous utilisez. Et je me donne comme objectif de quitter les réseaux sociaux d'ici fin 2027. Alors, pour diffuser encore plus le podcast et continuer à recevoir les épisodes et plein de ressources pour compléter cette écoute, vous pouvez vous abonner à ma lettre, le Misséliens. Tous les liens sont en description de l'épisode ou sur agroécologivoyageuse.com