- Speaker #0
« Secret Astoria » « Histoire secrète »
- Speaker #1
Bienvenue dans Ajaccio, Histoire secrète, le podcast de l'Office de tourisme du pays d'Ajaccio. Je suis Christophe, et dans cette saison, on se plonge dans une seule histoire, mais immense, celle de Napoléon, l'Ajaccien devenu l'un des personnages les plus puissants et les plus commentés de l'histoire. A chaque épisode, on part d'un détail, une œuvre, un objet, une plaque, un lieu parfois discret ici à Ajaccio et dans le pays d'Ajaccio, un indice qui ouvre la porte de la grande histoire napoléonienne. Pour m'accompagner cette saison, je suis avec Philippe Perfettini, chef de projet Service Patrimoine de la ville d'Ajaccio, guide conférencier et auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'empereur ajaccien. Alors Philippe, on attaque fort la politique ! Plus forte que l'amour ?
- Speaker #0
Oui, effectivement, on attaque très fort, parce que pour comprendre Napoléon et Marie-Louise, il faut revenir à un moment où l'Empire commence à se fissurer, et où Napoléon, plus que jamais, pense en stratège jusque dans sa vie intime. Dès 1808, donc, l'Empire vacille. Les zones de conflit se multiplient en Europe, et Napoléon doit se débarrasser des Bourbons d'Espagne d'abord. Et pour pas venir à ses fins, il envoie Murat à la tête de 90 000 hommes. L'invasion de... de l'Espagne semble une formalité, mais, contre toute attente, Napoléon offre le trône à son frère Joseph. Et là, les soldats français sont furieux. De plus, le peuple espagnol est ce roi qu'il considère comme un usurpateur. Et le Bourbier ne fait que commencer. La guérilla éclate dès le mois de mai. Malgré la victoire de Bessières à Medina del Rios secco, l'armée française est en débâcle et capitule à Bélen le 22 juillet. C'est l'humiliation. D'autant plus que le général Wellington Moncton débarque au Portugal avec ses troupes, forçant Junot à quitter le pays. Là, c'est la catastrophe parce qu'on comprend que l'armée impériale n'est plus invincible. Les murmures d'une nouvelle coalition s'élèvent et Napoléon, comme il le fait parfois, entre dans une colère noire. « Je vois bien qu'il faut que j'aille moi-même remonter la machine » , dit-il. Mais il doit d'abord s'assurer de son alliance avec le Tsar. L'entrevue se déroule en septembre à l'autre bout de l'Europe, à Erfurt. Le tsar est alors conciliant. Mais il sent que Napoléon n'est plus tout à fait en position de force. Et tout vacille, l'histoire, l'Empire et Napoléon. Il doit consolider autant qu'affirmer son pouvoir, continuer de frapper fort et surtout de trouver un héritier.
- Speaker #1
Là, on se rend compte que l'enjeu, ce n'est pas seulement l'Europe, c'est aussi la survie de l'Empire après lui.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est cette obsession qui va finir par emporter la malheureuse Joséphine et amener Marie-Louise. L'empereur est accompagné de 250 000 hommes. Il arrive en Espagne au mois de novembre 1808. Le succès reprend les victoires Victoria, Burgos, Somosierra. Mais il faut plus de 30 jours pour rejoindre Madrid qui ne capitule qu'en fin d'année le 4 décembre. L'armée impériale continue ses combats vers le Portugal, mais Napoléon doit précipitamment rentrer en France car il reçoit de mauvaises nouvelles de Paris. Le tsar revient sur ses positions. L'Autriche prépare la guerre, Talleyrand et Fouché complotent. Depuis le début de 1809, Napoléon est donc rentré précipitamment à Paris. Il a limogé Talleyrand et il est reparti pour une guerre contre l'Autriche. Encore une. 200 000 jeunes soldats inexpérimentés menés par Lannes, Davout et Masséna sont réquisitionnés pour affronter 300 000 Autrichiens.
- Speaker #1
L'Autriche, toujours l'Autriche, encore l'Autriche, véritable souffre-douleur de Napoléon.
- Speaker #0
Tout à fait, depuis le début de l'histoire, c'est ça. C'est l'Autriche qui absorbe les chocs et le premier pour cette année, c'est le 22 avril à Ekmul, lorsque Davout, surnommé le Maréchal de Fer, détruit l'armée autrichienne de l'archiduc Charles. Le lendemain, à Ratisbonne, Napoléon est blessé d'une balle au talon, mais la victoire est remportée grâce aux prouesses du Maréchal Lannes. Le 13 mai enfin, la Grande Armée rentre encore dans Vienne. Les combats reprennent et le 22... Un combat sans pitié se tient à Essling, où les français sont mis en difficulté. Napoléon recule, mais Masséna tient bon et permet la victoire. Une victoire amère cependant, puisque l'âne perd la vie emportée par un boulet de canon. Et avant de mourir, il dit à Napoléon, ton ambition est insatiable, elle te perdra. Quelques paroles prophétiques. Le sort de l'Autriche est néanmoins scellé le 5 juillet à Wagram, pour ce qui est présenté comme le plus grand choc militaire de toute l'histoire. Plus de 320 000 soldats face à face. La Grande Armée l'emporte encore. La paix de Vienne enterrine le temps. démembrement et la ruine de l'Empire autrichien. Au printemps, à Schönbrunn, Napoléon a forte affaire avec le pape qui est à Rome et qui refuse d'adhérer à la Confédération italienne. Il passe de l'Autriche à l'Italie. Napoléon ordonne l'annexion des états pontificaux. L'expédition est menée par le général Mionis et Christophe Salicette, qui s'adressent au peuple romain en ces termes. La société se divise en enclume et en marteau. Si vous refusez d'être les marteaux, craignait de devenir les enclumes. Le pape Pisset excommunia alors ses persécuteurs. La réponse de Napoléon est fulgurante. Il fait enlever le pape pour le séquestrer en France.
- Speaker #1
Ça me rappelle quelque chose de très contemporain, Philippe, cette histoire. Un antagonisme entre un puissant autoritaire et un pape. Là, on voit que Napoléon recule devant rien. Il veut contrôler jusqu'au symbole en contrôlant le pape.
- Speaker #0
Oui, absolument. Et à la fin de 1809, ce contrôle va s'étendre. jusqu'à sa propre vie conjugale, puisque au mois d'octobre, l'empereur est de retour à Paris, bien décidé cette fois-ci à divorcer de Joséphine. Il passe trois semaines à Fontainebleau avec elle, il aime toujours, mais il annonce sa décision à la fin du mois de novembre, aux Tuileries, et Joséphine s'incline en lui disant « Lorsque vous m'ordonnerez, j'obéirai » . C'est malgré tout un crève-cœur pour Napoléon, mais la politique l'emporte sur les sentiments. « Ne cherchez pas à m'émouvoir, je vous aime toujours, mais la politique n'a pas de cœur, elle n'a que de la tête. » Joséphine s'évanouit, Napoléon pleure, le divorce est prononcé le 15 décembre, et Napoléon dit alors « Elle a embelli 15 années de ma vie, qu'elle me tienne toujours pour son meilleur et plus cher ami. » Malgré cet épisode tragique, ils dînent ensemble « Le soir de Noël » et continueront de se voir. Napoléon est cependant obsédé par sa succession. D'autant plus que Marie-Valèska, sa maîtresse, est enceinte depuis août 1809. Elle accouche du petit Alexandre en mai 1810. Napoléon a un second fils naturel et il veut désormais, dit-il très élégamment, trouver un ventre, une descendance officielle. Son choix se porte vers la sœur du tsar, la princesse Anne. Mais elle n'a que 14 ans et l'idée est rejetée. Napoléon se précipite donc sur l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche qui a elle 18 ans, la fille donc de l'empereur François Ier. Pour l'Autriche, l'occasion est trop belle, donner la jeune femme à celui qu'elle considère comme l'antéchrist. C'est le prix à payer pour la paix avec la France. Napoléon est si pressé que le mariage a lieu par procuration à Vienne, en présence du maréchal Berthier. La première rencontre entre les deux époux va se tenir près de Compiègne le 28 mars. Mais avant cela, le 13 mars... Marie-Louise quitte Vienne avec son train de 83 voitures. Elle s'arrête à Enns, puis à Rides, et vient le grand Rides d'échange près du village de Saint-Pierre. Marie-Louise est remise comme un cadeau au maréchal Berthier. Dans une lettre envoyée le soir même à son père, elle décrit l'événement. Elle arrive au camp français, dans la baraque de Branau, s'assoit sur un trône dans la pièce de neutralité. On lit les actes, ses compatriotes lui baisent la main. Elle a des frissons, perd contenance. Et le prince de Neuchâtel commence à pleurer. Le même jour, on procède à la grande toilette et Marie-Louise écrit « Une toilette qui durera deux heures. Je vous assure que je suis déjà aussi parfumée que les autres Françaises. » Le convoi traverse ensuite la Bavière, puis Ulm, Stuttgart, Karlsruhe, Rastatt. Marie-Louise traverse le Rhin sur un pont de bateau, puis à pied au bras de Madame Lannes, pour enfin arriver à Compiègne. Le 31 mars, le couple impérial est à Saint-Cloud. Le 1er avril, ça ne s'invente pas, le mariage civil est célébré au palais. Un dîner suit, puis un spectacle, Iphigénie en olide de racines avec Thalma dans le rôle d'Achille. Le 2 avril, le mariage religieux est célébré par le cardinal Fech au Louvre. Et grâce à cette union, Napoléon devient le petit-neveu de Louis XVI. Et Marie-Louise tombe enceinte dès l'été, l'Empire aura enfin un héritier.
- Speaker #1
Donc là, Philippe, sur le papier, c'est gagné. Alliance, prestige et héritier en route.
- Speaker #0
Sur le papier, oui, mais l'histoire, elle, n'en a pas fini avec Napoléon. Puisque le 20 mars 1811, la grossesse arrive à terme, Marie-Louise est prête à accoucher, mais l'opération se passe très mal. Les médecins Corvizar et Dubois doivent sortir l'enfant au forceps. La vie de la mère est en danger et les deux risquent de mourir. Napoléon décide de préserver sa femme et l'enfant est, croit-on, mort-né. Mais le nourrisson, placé dans les bras de Madame Montesquieu, se met soudain à pleurer et l'empereur s'écrit « Mais il vit, fondant à nouveau en larmes » . C'est assez rare pour le souligner. Napoléon François-Joseph Charles, roi de Rome, héritier de l'Empire français, est né et sera baptisé à Notre-Dame de Paris le 9 juin 1811. Napoléon a enfin une descendance officielle. Mais très vite, tout s'effondre. 1812, la Grande Armée est décimée en Russie. 1813, c'est la défaite de Leipzig. 1814, abdication et exil à l'île d'Elbe. Et Joséphine qui meurt. 1815, enfin Waterloo, puis... Sainte Hélène, la naissance de son fils devait annoncer un empire héréditaire, une dynastie durable, elle n'a été qu'un funeste présage.
- Speaker #1
Merci Philippe, on referme cet épisode avec une question qui reste en suspens, ou non en fait, on a un petit peu les clés dans cet épisode. Chez Napoléon, l'amour a-t-il jamais eu une chance face à la raison d'Etat ? Merci d'avoir écouté cet épisode d'Ajaccio, Histoire secrète. Si vous avez aimé, abonnez-vous au podcast, laissez un avis. Partagez cet épisode, c'est ce qui nous aide le plus à faire vivre ces histoires. Et si vous voulez passer de l'écoute au réel, venez découvrir Ajaccio sur place. L'Office de tourisme du pays d'Ajaccio et la ville proposent des visites guidées pour explorer ces lieux, ces objets et ces traces napoléoniennes au plus près du patrimoine. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode et un nouveau détail qui nous ramènera encore à Napoléon.
- Speaker #0
Histoire secrète