Speaker #0Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de faire n'importe quoi par amour ? D'aller trop loin jusqu'à vous ramasser une belle gamelle ? Ouais, je sais, ça fait mal. Et pourtant, on vous avait prévenu. Attention, tu vas te brûler les ailes. Quoi ? Mais de quelles ailes on parle là ? Ben, celles d'Icare. Car c'est de ce mythe que provient cette expression que l'on va découvrir ensemble. Alors bienvenue dans ce premier épisode de... Allons voir chez les Grecs le podcast qui vous dit tout sur les expressions ou mots français qui tirent leur origine de la mythologie grecque. L'expression « se brûler les ailes » signifie dépasser ses limites et perdre un avantage que l'on avait ou encore prendre trop de risques sans vraiment réfléchir. Comme par exemple lorsque l'on gagne au casino et que l'on pousse la chance trop longtemps et qu'au final on perd tout ce que l'on avait gagné et même la mise initiale. Et là c'est la déprime. Ouais, et parfois la banqueroute, pour certains. Cette expression, en fait, nous vient du mythe d'Icare, qui, dans la mythologie grecque, s'était approchée en volant trop près du soleil et a fini par en mourir. Alors bon, c'est un petit peu rapide comme explication, je vous le concède, alors reprenons depuis le début. Nous sommes en Crète, oui la jolie petite île en Méditerranée, et c'est le roi Minos qui règne sur cette île avec à ses côtés sa femme Pasiphaë. A leur service, un inventeur très talentueux, Dédale, qui vivait avec sa femme et son fils Icare. Voilà, on y vient. Tout se passait bien jusqu'à ce qu'un dieu de l'Olympe vienne, comme d'habitude, mettre son grain de sel. Le roi Minos, pour honorer le dieu de la mer Poséidon, avait prévu de sacrifier un magnifique taureau blanc. Mais le moment venu, Minos change d'avis et épargne la belle bête. Alors évidemment, Poséidon est très colère de ne pas avoir eu son offrande. Alors, il décide de se venger. Bah oui, la vengeance est une des activités préférées des dieux de l'impe. Et pas que d'eux, d'ailleurs. Pour faire simple, Poséidon fait naître des sentiments amoureux chez Pasiphae, la femme du roi Minos, envers le taureau épargné. Ouais, je sais, on tombe dans du vraiment très bizarre et glauque. Et ce n'est que le début. Complètement sous l'emprise du taureau, Pasiphae demande à Dédale de trouver un moyen pour s'accoupler au taureau. Très très étrange comme demande, mais ça devient encore plus cabreux quand Dédale y répond positivement et crée une vache en bois dans laquelle Pasiphae se glisse et s'accouple avec le taureau. Voilà, alors ça c'est fait. Bon, je vous passe les détails parce que le résultat, c'est que Pasiphae tombe enceinte et accouche du fameux Minotaure. Le monstre au corps d'homme et à la tête de taureau. Complètement déboussolé par cette naissance, Pasiphae se retourne à nouveau vers Dédale pour trouver une solution. Il décide donc de construire un labyrinthe géant dont personne ne peut sortir pour enfermer à l'intérieur le Minotaure. Vous noterez d'ailleurs que le mot Dédale, qui signifie en français un labyrinthe dont on n'arrive pas à sortir ou un chemin tortueux extrêmement difficile à suivre, tire aussi son origine. du personnage Dédale de la mythologie. Bon, revenons au labyrinthe et au Minotaur. Suite à diverses péripéties que je vous raconterai d'ailleurs dans le prochain épisode, le Minotaure est tué et Minos apprend toutes les trahisons de Dédale et décide de l'enfermer dans le labyrinthe avec son fils Icare. Comme c'est lui qui l'avait construit, il savait qu'il ne pourrait pas en sortir. En tous les cas, pas par le chemin traditionnel. Mais comme il est malin et très ingénieux, il se dit... Eh ben, on va s'enfuir par le ciel, en volant. Je vous l'avais dit qu'il était très malin le dédale. A l'aide de plumes et de cire, il fabrique deux ailes pour son fils et deux pour lui. Mais il avertit son fils de ne pas s'approcher de la mer au risque de voir les plumes s'affaisser et de ne pas s'approcher non plus du soleil pour ne pas voir la cire fondre. Voilà nos deux compères en fuite par la voie déserte. Mais Icar, grisé par cette liberté, cette possibilité de voler et de s'approcher du soleil, ne résiste pas et monte, et monte de plus en plus haut vers le soleil jusqu'à ce que la cire fonde et qu'Icare chute et meurt dans la mer. Alors certes, son père l'avait prévenu. Mais qu'auriez-vous fait, vous, si vous aviez eu la possibilité de voler comme Icare ? D'ailleurs, aujourd'hui, on retrouve une trace de ce mythe en Grèce, car à l'est d'Athènes se trouve dans la Méditerranée la mer Icarienne, là où Icare aurait péri. Voilà, vous savez tout sur l'origine de l'expression « se brûler les ailes » . Alors, faites bien attention, n'essayez pas d'aller trop loin et trop vite. Vous pouvez d'ailleurs retrouver plein d'illustrations du mythe d'Icare à travers des œuvres et des peintures, comme celle d'Alfonso Patanazzi, intitulée « La chute d'Icare » . Pour les cinéphiles, je vous conseille le film avec Yves Montand, « I comme Icare » , réalisé par Henri Verneuil en 1979 et qui illustre parfaitement notre expression « se brûler les ailes » . Bon, on est passé rapidement pendant cet épisode sur la mort du Minotaur, mais celui-ci a été tué par un homme. Alors vous me direz, ok, mais comment il est ressorti du labyrinthe lui ? Tout simplement en ne perdant pas le fil. Ce que nous découvrirons dans le prochain épisode d'Allons voir chez les Grecs.