Speaker #1Om Swasti Astu, bienvenue sur le podcast de la Manasca Bali. Vous le savez, nous vous racontons Bali, nous vous racontons les îles indonésiennes, nous vous racontons ce que nous aimons, les traditions, la culture, à travers les différents épisodes que nous écrivons au fur et à mesure. Vous entendrez certainement aujourd'hui derrière moi les coques. Voilà, c'est pas un enregistrement, les coques sont très présents et pourtant il est 4h de l'après-midi, donc ils sont bien présents les coques. Et aujourd'hui on a envie de partager avec vous quelque chose de particulier, de très particulier, il s'agit d'un livre tout simplement, et d'un livre qui s'appelle le sang. « Évolupté à Bali » de Vicky Brown. Alors pourquoi vous parlez de ce livre ? Eh bien parce qu'il parle de Bali et que nous l'avons particulièrement apprécié. « Sans évolupté à Bali » , c'est à partir d'une catégorie particulière de livres. Ce n'est pas un guide de voyage, ce n'est pas un livre touristique et ce n'est pas non plus un ouvrage d'anthropologie au sens strict. du terme. Il est particulier. J'ai envie de dire que c'est un ovni, mais un ovni que j'ai personnellement beaucoup, beaucoup, beaucoup apprécié. Et c'est peut-être même la raison pour laquelle je suis venu. Nous sommes d'ailleurs venus tous nous installer à Bali parce que nous avons tous lu ce roman et que ça nous a plu. Oui, parce que c'est un petit côté roman. C'est un grand roman historique. C'est écrit dans les années 30, 1930, et ça vous plonge dans le Bali du début du XXe siècle, avant que l'île ne devienne l'une des destinations les plus connues du monde. C'est un Bali de royaume, de caste, de rizières, de rituels, de danse, de dette, de palais, de paysans, de princes, de désirs, de contraintes sociales et de domination coloniale. C'est un Bali où la beauté n'est jamais vraiment séparée de la violence. C'est un Bali fascinant. fascinant mais aussi tragique et c'est ce qui rend ce livre très très fort. Ça ne raconte pas seulement une histoire d'amour, parce que ça raconte un peu une histoire d'amour quand même, ou une histoire exotique située à Bali, ça raconte aussi la fin d'un monde. Pour présenter quand même l'écrivaine, l'autrice de ce livre, c'est Vicky Braun. Vicky Braun est née à Vienne en 1888 dans une famille juive autrichienne et son vrai prénom est Edwige. Mais elle deviendra mondialement connue sous le nom de Vicky Braun. Et avant d'être romancière, elle était musicienne. Elle étudie la harpe au conservatoire de Vienne, puis un jour dans les orchestres, puis se retourne progressivement vers l'écriture et le journalisme. Dans les années 20 et 30, elle devient l'une des plus grandes figures du roman populaire européen. Vicky Lebron n'est donc pas une autrice confidentielle, c'est une romancière internationale, une femme moderne, une écrivaine de métier habituée à construire des intrigues puissantes, à observer les milieux sociaux, les étudier, les explorer, à faire vivre des personnages. pris dans les grands mouvements de l'histoire et ce que propose justement ce livre Sans évoluté à Bali. Donc en 1935, Vicky Brown séjourne sur l'île de Bali. Donc elle y a vécu. Elle y rencontre notamment le docteur Fabius qui est déjà installé à Bali et dont les notes, observations et manuscrits personnels vont permettre à l'autrice, à Vicky Brown, c'est Vicky Bonne, pas Vicky Brown, j'ai fait l'absurde, je viens de m'excuser, à Vicky Bonne... d'écrire, de se nourrir pour écrire son évoluté à Bali. Et elle fréquente aussi à Bali le milieu artistique européen, avec notamment Walter Spey, dont nous avons parlé sur notre blog, sur le site internet, peintre et musicien allemand installé à Auboud, et qui a profondément marqué l'image occidentale de Bali dans l'entre-guerre. C'est important à comprendre, parce que Vicky Bowen n'invente pas son Bali depuis son salon européen, comme l'ont pu faire d'autres personnes. D'ailleurs, on le voit aussi de nos jours quand on lit des livres sur Bali où les personnes ont passé 15 jours. Non, Vicky Bonne a connu et a compris et a vécu à Bali. Elle s'appuie sur son voyage, sur ses notes et sur des témoignages de gens qui ont vécu beaucoup plus longtemps qu'elle. Et puis, il y a une documentation également précise. Mais elle reste une autrice européenne des années 1930. Donc, ce regard est à la fois précieux. Peut-être aussi un peu limité, je parle de la place de la femme dans notre monde actuel, mais c'est son regard et donc il lui appartient. Ce regard est précieux et il nous donne un roman d'une richesse descriptive, limité parce que ça porte les traces de son époque, c'est-à-dire la fascination occidentale pour Bali, le regard colonial, il ne faut pas le cacher, la hiérarchie implicite, vision parfois romancée de la culture balinaise, c'est vrai, mais il faut donc lire ce livre avec... deux regards différents, un œil sensible pour se laisser prendre par le roman, et puis un œil critique pour ne pas confondre la littérature avec une vérité absolue sur Bali. Je vous rentre un petit peu dans les détails, je vous parle un petit peu du livre. Donc le contexte historique, c'est Bali avant la domination coloniale complète. Donc le roman se déroule au début du XXe siècle, dans le sud de Bali. plus précisément à Sanur, me semble-t-il, si je ne me trompe pas. Et à cette époque, Bali n'est pas encore intégralement contrôlé par les Hollandais. L'Indonésie actuelle n'existe pas comme l'État indépendant. L'archipel fait partie des Indes néerlandaises, mais la domination coloniale ne s'est pas encore imposée partout. sur Bali, en tout cas partout au même rythme. Et à Bali, plusieurs royaumes locaux conservent encore une forme d'autonomie. Il y a le royaume de Bandung, autour de Denbassa, près de Sanur, qui fait partie de ces territoires encore puissants, avec ses princes, ses palais, ses hiérarchies et son organisation sociale. Oui, il y avait des princes, des rajas, des palais, des autres choses, une autre vie. Mais les Hollandais cherchent aussi à étendre leur contrôle. Et le prétexte historique viendra... d'un navire échoué et pillé sur une plage de Bali. Ça, ça doit vous dire quelque chose. Si vous avez écouté les premiers épisodes d'Amanaska Bali, le podcast, vous avez peut-être vu Histoire de Bali, le Poupoutane 1906. Je ne vous en dis pas plus, mais vous comprendrez en lisant le livre l'intérêt et le sujet de ce livre. Oui, 1906, c'est l'intervention militaire néerlandaise qui a abouti à l'un des épisodes les plus tragiques de l'histoire balinaise, ce qu'on appelle le Puputan de Bandung. Puputan, je le rappelle, c'est un suicide collectif. Et le Puputan vient de l'idée de fin, d'achèvement. Et donc dans ce contexte, ça désigne une marche vers la mort, un refus de se rendre une forme de sacrifice collectif face à une puissance. étrangères jugées humiliantes et on peut le comprendre et donc le bali le bali de sang et volupté bien c'est la beauté l'ordre social la violence puisqu'à la fin ça se termine sur ce poupoutin de 1906 le grand intérêt du livre et qu'il ne commence pas à l'arrivée des hollandais sinon ce serait dommage mais ça commence par la vie la vie des paysans la vie des princes la vie des danseurs des femmes des serviteurs des familles des temples La vie dans les rizières et Wikibon permet le temps de montrer un monde organisé selon des règles très précises qui pour certaines existent encore. La société baïonnaise telle qu'elle est décrite dans le livre est hiérarchisée. Il y a les princes, les prêtres, les danseurs, les paysans, les serviteurs, les femmes données en mariage, et oui, les hommes pris dans leurs obligations, les corps soumis aux règles du rang, du désir, de l'honneur et de la région et de la religion. Le livre montre un Bali magnifique, mais ce n'est pas un Bali idéalisé. C'est l'un de ses points forts. La beauté est partout. On le sent dans la description, dans les mots. On le voit dans les cérémonies, les offrandes, les danses, les paysages, les rizières, les corps, les gestes, la musique. Mais cette beauté n'efface pas la dureté du monde social, tout simplement. Les rapports de pouvoir qui existent, les inégalités qui existent aussi. Les femmes qui ne sont pas toujours libres de leur destin. les paysans qui dépendent du bon vouloir des puissants, l'ordre social qui protège une cohérence mais qui peut aussi enfermer. C'est là que le roman devient intéressant pour un voyageur d'aujourd'hui et pour vous, pourquoi pas, si vous avez envie de le lire. Il nous empêche de réduire Bali à une carte postale. Il rappelle que derrière la beauté visible, il y a toujours une organisation sociale, des tensions, des obligations et des contradictions. Bali n'est pas seulement belle, elle est, je vous le rassure, toujours aussi belle, mais elle n'est pas seulement belle. Bali est complexe, c'est peut-être pour ça d'ailleurs que la plupart des Instagrammeurs et des influenceurs ne comprennent pas du tout ce qu'est Bali et passent complètement à côté. Bon, là je viens de faire une sortie de route, je reviens sur le synopsis. Le synopsis de ce livre, c'est trois destins dans un monde qui va disparaître. C'est joli, non ? Le roman suit plusieurs personnages, avec trois figures qui dominent particulièrement. Il y a d'abord PAC. Un paysan baliné, pas qu'il est attaché à sa terre, sa famille, à ses rizières, à ses obligations, il représente une forme de Bali quotidien, enraciné, une forme de paysanne, pris dans des cycles agricoles, les rites, les dettes sociales et le rapport de l'indépendance avec le pouvoir. A travers lui, Vicky Brown fait entrer le lecteur dans la vie ordinaire de Bali en ce temps-là, comme on dit. Pas seulement le Bali des princes et les cérémonies spectaculaires, mais le Bali des champs, des repas, des femmes et des enfants, des sacrifices aussi, du travail, des inquiétudes et des petits désirs humains. Et puis ensuite, après Pâques, le paysan baliné, il y a aussi Raka, le danseur. Raka, c'est une figure de beauté, de grâce et de trouble. Il appartient à un monde plus raffiné, plus proche de la cour, de l'art, du corps mis en scène, du prestige et du désir. Ça incarne une autre dimension de Bali, celui de la danse, qui est très importante à Bali, de l'esthétique, de la séduction, de la relation complexe entre le corps, le statut et le sacré. Et puis pour terminer, il y a Ali, qui est le jeune prince. Ali représente le pouvoir baliné au moment où ce pouvoir est encore debout. Mais il est déjà menacé. Je vous ai déjà un petit volet à la fin du livre, donc vous pensez bien que ce pouvoir est un peu menacé. C'est un prince, un jeune prince. Il appartient à un ordre ancien, avec ses privilèges, ses responsabilités, ses caprices, ses faiblesses et son sens de l'honneur. Donc vous avez Pac, paysan baliné, Raka, le danseur, et Alit, le jeune prince. Et autour de ces personnages gravitent des femmes essentielles, notamment Lambone, prise dans un amour impossible et dans des rapports sociaux qui la dépassent. Vous voyez que la télé-réalité, ça existait bien avant la télé. Le roman mêle aussi beaucoup de lignes narratives, parce qu'on parle de la vie du paysan, le monde de la cour, le monde du palais, dans le palais, une histoire d'amour contrarié, la presse, la pression coloniale, l'ordre des castes, beaucoup, les cérémonies, puis on en vient tout doucement à cette menace hollandaise. Et on voit que le royaume est soumis, est sommé de se soumettre. Face à l'humiliation de la capitulation, on voit un monde baliné écrit par Vicky Bonne qui choisit tout simplement la fin. Et la beauté devient tragique, la marche vers la mort, le Puputan. Le titre français, « Sang et volupté à Bali » résume bien cette tension, le sang, avec la violence, la conquête, le sacrifice, le Puputan, la volupté, c'est-à-dire la sensualité, la beauté, les corps, les danses, les paysages, la force esthétique de Bali. Et puis le titre, attention, peut être piégeur. pour le lecteur, parce qu'il pouvait se croire que c'était un roman exotique et sensuel. Attention, en réalité, le livre est beaucoup plus profond que ça et surtout, nous qui vivons là où ils ont envie de partir en voyage, c'est-à-dire à Bali, eh bien, nous comprenons que c'est quelque part la disparition d'un ordre aussi. Pour mieux comprendre, après, en déballant, en voyant les choses qui existent encore, les cultures, les traditions qui existent encore et des pans de l'histoire qui ont été effacés, encore une fois, Vicky Bond s'est appuyée sur des vrais... des vrais auteurs, des vrais acteurs de Bali en ce temps-là, qui ont parlé de Bali, qui ont décrit Bali tel qu'il existait à l'époque. Lire sans évoluté à Bali, aujourd'hui, ce n'est pas chercher le Bali actuel, pas du tout. C'est le Bali du roman, ça n'existe plus. Ça n'existe plus tel quel, je veux dire. L'île a changé par la force des choses. D'abord parce que la Nolensie est devenue indépendante, que le tourisme a participé à une partie de la transformation de Bali, sur certaines parties de Bali, comme dans le sud, par exemple, sur Sémignac, Cangou, on a du mal à s'y retrouver. Et puis les structures sociales ont tout simplement évolué, comme en France, en Belgique ou dans votre pays d'origine. Les routes, les villes, les hôtels, les écoles, les téléphones, les réseaux sociaux, les migrations et l'économie mondiale ont modifié forcément le paysage humain. Mais certains éléments résonnent encore, si vous lisez ce livre. Le rapport au rituel, la force des cérémonies, la relation entre beauté et ordre social, la place des ancêtres toujours présente. Rappelez-vous, on vous fait participer sur le... Sur le site internet, sur Instagram, sur Facebook et sur notre chaîne YouTube, on vous parle. On fait participer à des cérémonies comme par exemple Kanungan ou Kuningan, qui fait la place aux ancêtres, la puissance des jets collectifs aussi, ça en parle. Le rôle des temples, des offrandes, de la danse, du rang et de la communauté, ça existe toujours. Le livre permet aussi de comprendre une chose essentielle. Bali n'est pas devenu célèbre par hasard. Et dès le début du XXe siècle, il le fascine les artistes, les photographes, les écrivains, les anthropologues et les voyageurs occidentaux. Ça a aussi fasciné David Bowie. Il y a un article qui va bientôt paraître ou qui a déjà paru dans le blog pour parler de David Bowie ou Charlie Chaplin qui est venu et qui a été envoûté par Bali. Mais cette fascination est toujours ambiguë parce qu'on admire Bali, on le met en scène, on simplifie parfois et on transforme parfois ça en paradis perdu alors qu'on oublie que les... Les balinés ne sont pas des personnages d'écorce mais des habitants d'une société vivante. Et Vicky Bone est intéressante précisément parce qu'elle se situe à cet endroit ambigu. Elle aime Bali, elle documente Bali, elle raconte Bali avec puissance et puis elle participe aussi à la construction de l'imaginaire occidental sur Bali. Et c'est pourquoi ce roman doit être lu avec intelligence pour passer à l'épreuve. Imaginez que quand vous allez arriver à Bali, vous allez découvrir des rajas sur leur lit à Baldacca, des esclaves avec des chaînes ou des hollandais en armure et en mousquet. Vous imaginez bien, évidemment pas, que vous allez rencontrer ça. Voilà, j'espère que cet épisode vous a plu, vous a intéressé. C'était encore une fois un coup de cœur de la part d'Amanaska sur ce livre. Sans évoluter à Bali, il faudrait des heures pour en parler. Mais vraiment, si vous avez l'occasion de le trouver, peut-être sur Amazon, je ne sais pas où le trouver. Mais si vous avez l'occasion de le trouver, regardez, c'est un petit peu l'ancien Bali. Et dans le nouveau Bali, vous allez retrouver de nombreuses références et traces de ces expériences et de cette culture balinaise. Merci d'avoir écouté cet épisode particulier. N'hésitez pas bien sûr à laisser des étoiles sur Apple Podcasts, n'hésitez pas à donner un avis, c'est très important pour nous, pour savoir comment vous avez ressenti cet épisode et l'ensemble du podcast. N'hésitez pas à laisser des étoiles aussi sur Spotify, d'aller nous voir sur Instagram, abonnez-vous sur Instagram, abonnez-vous sur Facebook, et puis rejoignez-nous également sur la chaîne YouTube. La chaîne YouTube où il y a plein de vidéos, il y a plus de 250 vidéos je crois, qui peuvent vous faire vivre ou revivre Bali si vous êtes déjà venu. En tout cas, ça a été un vrai plaisir de partager ça avec vous. Merci et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode d'Amanaska Bali, le podcast.