Speaker #0Il y a des centaines de podcasts qui vous expliquent comment utiliser l'IA pour produire plus. Celui d'aujourd'hui parle d'autre chose. Vous connaissez la Reine Rouge ? C'est un personnage d'Alice au Pays des Merveilles. Elle court comme une folle, Alice s'épuise à la suivre. Et elles ne font pas un mètre. La Reine nous explique, ici, il faut courir de toute sa force pour simplement rester à la même place. C'est exactement ce qu'on vit avec l'IA en ce moment. Un nouvel outil, tous les lundis matins, un modèle qui dépasse le précédent tous les trois mois. Notre cerveau, vous savez, il n'est pas câblé pour s'adapter à cette vitesse. Biologiquement, c'est impossible. Alors vouloir tout maîtriser, tout tester, tout suivre, c'est déjà une forme de défaite. La vraie question n'est pas « comment je reste à la page ? » c'est « qu'est-ce que j'ai le luxe d'ignorer ? » Moi, j'ai créé Hermine pour ralentir et j'utilise l'IA pour tenir ce choix. Soyons clairs sur une chose, l'IA ne fait pas ralentir par magie. Elle sous-traite des tâches, elle rédige, elle conçoit, elle génère de visuels, des postes, des plans. Elle fait gagner du temps. Un temps réel, concret, mesurable. Et c'est moi qui choisis dès le départ de ne pas remplir ce temps avec autre chose, mais de travailler autrement, surtout pas davantage. Et il y a un deuxième piège, tout lui déléguer sans regarder ce qu'elle produit. L'IA, sans esprit critique, c'est une machine qui vous ressemble de moins en moins à chaque contenu, à chaque décision évitée, à chaque compétence qu'on arrête d'exercer. Aujourd'hui, je vais vous partager 5 choses que j'ai apprises en utilisant l'IA chez Hermine. Pas des certitudes, mais des observations de terrain avec les tâtonnements qui vont avec. Je suis Loïc Milin. et vous écouter ancrer. La première chose que j'ai apprise, c'est que le temps gagné ne ralentit pas tout seul. Dès le début, j'ai compris que le temps gagné grâce à l'IA ne devait pas aller dans un dossier de plus. C'est pour ça que je l'ai adopté. Pas pour produire davantage, mais pour travailler autrement. Pour libérer du temps aux vivants, à mes enfants, à du sport, à du dessin ou à d'autres activités qui me ressourcent. Des choses qui ne produisent rien de mesurable. C'est pour ça qu'elles comptent. Mais cette décision, elle se bat contre quelque chose de tenace. Cette voie intérieure que l'on a souvent qui dit « tant que tu es lancé, profite-en pour avancer sur tel ou tel dossier, telle ou telle chose » . Vous la connaissez bien cette petite voie. Elle est encore là. Je ne vais pas vous dire qu'elle a disparu. Mais j'ai compris que l'IA peut faire deux choses opposées. Nourrir cette accélération que l'on voit au quotidien dans notre monde, professionnel et personnel, ou alors la court-circuiter. C'est vous qui choisissez, l'IA ne choisit pas votre place. Ce que vous pouvez faire d'ailleurs dès cette semaine, c'est identifier une heure gagnée, grâce à un outil numérique, et décider avant, pas après, à quoi elle ira. Pas ce qui s'impose, ce que vous choisissez. La deuxième chose que j'ai apprise, déléguer, sans regarder, c'est vider lentement. Vous savez, l'IA se plante, alors elle se plante de moins en moins, mais elle se plante encore. Et quand elle se plante, quand je travaille avec, c'est presque toujours pour la même chose. Elle ne sait pas exactement comment l'objet va vraiment vivre si je l'utilise, par exemple, pour m'aider à co-créer une pièce. Par exemple, je lui demande de travailler sur la conception d'un sac à dos. Elle va me sortir quelque chose de souvent techniquement cohérent, compartiment, proportion, tout y est. Mais souvent, par exemple, les ouvertures n'ont aucun sens. La couture n'est pas forcément mise exactement au bon endroit. Le compartiment. principal s'ouvre dans un mauvais sens quand le sac est posé au sol, l'accès rapide est placé là où la personne ne met jamais la main, etc. Elle a conçu un sac, mais elle n'a jamais porté un sac. Alors je reformule, je lui explique, cette ouverture doit fonctionner comme ça parce que l'utilisateur est debout, une main occupée, et en lui expliquant, je me retrouve à verbaliser des choses que je n'avais jamais formulées explicitement. C'est là que l'expérience change tout, pour l'instant. Moi j'ai 20 ans de carrière, dont plus de 5 ans dans le métier des conceptions, et je sais exactement du coup où elle peut se tromper sur la conception de produits. Si j'avais eu 25 ans et 3 mois de métier, j'aurais peut-être validé certaines choses, et je n'aurais pas su que c'était faux. Soyons réalistes, ça ne durera pas, l'IA progresse. Dans quelques mois, quelques années, elle aura peut-être intégré ce qu'on sait, ce que nos expériences nous ont appris, ce que nos... nos compétences sont. Et la question que je me pose alors, c'est qu'est-ce que je construis d'ici là que la machine ne pourra pas reproduire ? La réponse, ce n'est pas une technique, c'est un regard, une manière d'être au travail et aux gens. Et pour développer ce regard, il faut se former. Personnellement, je me suis formé seul pour l'instant, en testant, en me plantant, en recommençant. Ça a marché parce que j'avais l'expérience pour évaluer ce que l'IA produisait. Mais avec le recul, je pense que j'aurais aimé être accompagné, ce qui n'est pas trop tard. Je pense qu'il faudra se faire accompagner par des professionnels de l'IA au fur et à mesure de l'évolution de la... la technologie. L'objectif, c'est surtout pas d'aller plus vite, mais c'est pour éviter des angles morts. Se former seul à l'IA, c'est un peu comme apprendre à nager seul dans l'océan. On finit par flotter, mais on perd du temps et de l'énergie à des endroits inutiles. Donc si vous démarrez, formez-vous, oui, mais faites-vous accompagné par un pro de l'IA. Il y a une chose concrète que peu de gens font et qui change tout. Demandez à l'IA de construire vos promptes à votre place. Vous avez du mal à formuler votre demande ? Décrivez-lui en langage courant ce que vous voulez obtenir. Et elle vous construit le prompt. Vous avez essayé un prompt qui n'a pas fonctionné ? Montrez-le lui. Elle vous dit comment l'améliorer. C'est l'IA qui vous apprend à parler à l'IA. C'est un peu vertigineux et c'est redoutablement efficace. Petit conseil pour cette semaine. Prenez une tâche que vous déléguez à l'IA. Demandez-vous honnêtement « est-ce que je saurais corriger ce qu'elle produit ? » Si la réponse est non, reprenez d'abord les fondamentaux. Et si votre prompt ne fonctionne pas, demandez-lui de l'améliorer lui-même. La troisième chose que j'ai apprise, l'IA produit vite, mais elle produit de façon très froide. L'IA écrit bien, certes, c'est même le problème. Quand je demande un beau texte pour Hermine, ou pour une publication LinkedIn, une newsletter, elle me sort quelque chose de très fluide, structuré, sans faute, et faux parfois dans le ton. Elle enjolive les choses, elle surjoue. Elle place des accroches qui sonnent immédiatement creux, qui sonnent immédiatement IA, et ça vous pouvez le voir à longueur de journée sur différents postes LinkedIn qui sont faits souvent de matière automatique. Ce que je fais maintenant, je garde la structure de l'IA. L'ossature est souvent utile, mais je retravaille le ton, phrase par phrase. Je supprime des adjectifs gonflants, des hooks qui sentent le templates. Je réécris dans ma voix, plus direct, plus sobre. La confiance ne se construit pas avec des formules parfaites, elle se construit avec du vrai. Une phrase bancale, mais sincère. Ce petit grain d'aspérité, c'est ce qui dit à votre lecteur, il y a un humain derrière. La machine pose les murs, vous choisissez la matière. Si vous ne repassez pas derrière, ce n'est plus votre maison. Ce que vous pouvez faire, par exemple, cette semaine, c'est prenez votre dernier texte généré par l'IA, supprimez tous les adjectifs, lisez ce qui reste. C'est votre base. Maintenant, réécrivez à partir de là, dans votre voix. Vous verrez la différence immédiatement. La quatrième chose apprise, elle peut vous bousculer si vous lui demandez. Pendant longtemps, j'utilisais l'IA pour me rassurer. Je lui soumettais une idée et elle me confirmait que c'était bien. Je repartais content. Vous savez, souvent, l'IA vous dit « Oh, super bonne idée ! » « Oh, réflexion tout à fait parfaite ! » C'est humain, mais c'est une occasion manquée pour aller plus loin. J'ai changé d'approche. Maintenant, quand j'ai une décision stratégique, je lui dis « démoli-moi ça, trouve ce que je n'ai pas vu » . Il y a quelques mois, je lui ai soumis mon prévisionnel par exemple. J'étais dans une dynamique positive, j'envisageais un emprunt pour accélérer. Elle m'a répondu que mon prévisionnel était trop optimiste et que contracter un emprunt avant ma prochaine précommande était une prise de risque que les chiffres ne justifiaient pas. A telle raison ou tort, je ne sais pas, mais elle m'a fait réfléchir. Et ce n'est pas ce que j'avais envie d'entendre, j'ai quand même suivi. Je n'ai pas emprunté. Ce que l'IA ne ressent pas, c'est l'élan du fondateur, son ambition, son adrénaline. Parfois, c'est exactement ce dont on a besoin. Quelque chose de froid, qui regarde les chiffres sans l'envie d'y croire. Ça donne un esprit critique actif. Pas lui demander si votre idée est bonne, mais lui demander pourquoi elle pourrait être mauvaise. C'est vous qui posez la bonne question, et elle, elle répond. Ce que vous pouvez faire cette semaine, prenez votre prochaine décision importante, soumettez-la à l'IA avec cette phrase exacte, démolis-moi ça. trouve les failles que je ne vois pas, puis lisez les réponses sans vous défendre, juste lire. La cinquième et dernière chose que je peux vous partager, vous savez l'IA accélère chaque jour. Dans six mois, les outils que j'utilise aujourd'hui seront probablement dépassés, obsolètes pour certains. Et vous savez quoi, ça ne change rien à ce que je vais vous dire. L'IA est arrivée chez Armin avec pré-décision que j'avais prise. Ce n'est pas elle qui a défini ma direction, c'est ma direction. qui définit comment je l'utilise. Et dans cette direction, il y a une chose que je ne lui déléguerai jamais, c'est incarner la marque. Elle peut écrire mes textes, structurer mes prévisionnels, questionner mes décisions, mais elle ne peut pas choisir de refuser une opportunité parce qu'elle ne correspond pas à ce qu'Hermine peut être. Elle ne peut pas ressentir quand quelque chose sonne faux par rapport aux valeurs de la marque. Elle ne peut pas regarder un client dans les yeux et lui dire pourquoi cette pièce a été conçue de telle ou telle façon. On nous dit que l'IA va remplacer l'expérience. Moi, je crois l'inverse, enfin pour l'instant. Mais l'IA progresse. Ce qui me différencie aujourd'hui ne me différenciera peut-être plus dans cinq ans. Alors je ne mise pas sur ma technique, je mise sur ce que je construis d'humain. Un regard. des valeurs, une présence que personne ne peut générer à ma place. L'IA est un outil puissant, mais un outil sans boussole. Suis la direction qu'on lui donne. Si vous n'avez pas de direction, elle l'inventera pour vous. Ce que vous pouvez faire cette semaine, écrivez en deux lignes ce que seul vous pouvez incarner dans votre activité. Pas ce que vous faites. Ce que vous êtes dans ce que vous faites. Gardez-le visible, c'est votre ligne rouge. Avant de conclure... Je souhaiterais quand même rappeler que l'IA consomme énormément. Une requête GPT consomme dix fois plus d'énergie qu'une requête Google. Donc, faisons ensemble attention à notre utilisation de l'intelligence artificielle. Voilà ce que j'ai compris chez Hermine. L'IA me fait gagner du temps sur le mécanique, la rédaction, la conception préliminaire, les rendus, les postes. Ce temps est réel, mais il ne ralentit pas tout seul. C'est moi qui décide de ne pas le remplir. Elle révèle mes lacunes quand je lui délègue mal et me force à mieux connaître mon métier pour mieux la diriger. Elle construit mes promptes quand je ne sais pas comment lui parler et m'apprend ainsi à mieux lui parler. Elle structure sans âme et c'est à moi de réinjecter la mienne, phrase par phrase, décision par décision. Elle me contredit quand je lui demande et parfois elle me sauve de moi-même. Mais elle s'arrête là où commence ce que je suis le seul à pouvoir faire pour l'instant. L'IA peut vous aider à ralentir, mais elle ne fera pas à votre place. C'est le paradoxe au cœur de cet épisode et peut-être de notre époque. Voilà les 5 choses à prise, 5 gestes concrets. Choisissez-en un seul pour cette semaine, celui qui vous a mis le plus mal à l'aise. C'est probablement celui dont vous avez le plus besoin. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Ancré et à très bientôt. N'oubliez pas de mettre 5 étoiles et je vous rappelle que le t-shirt sera en précommande ce vendredi. A très vite !