Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Psst, comme le disait l'auteur argentin Jorge Luis Borges, la zoologie fantastique est un chapitre de l'histoire de la littérature, et pourquoi pas de notre propre existence. Bienvenue dans Anima Terrae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Les épisodes spéciaux justes pour Noël ! Nous qui avons choisi le thème des épisodes ! Bonjour vous ! Certains êtres n'habitent ni tout à fait le réel, ni tout à fait le rêve. Ils avancent dans cet entre-deux où l'humanité développe ses questions les plus anciennes. Aujourd'hui, deux d'entre eux traversent les millénaires pour nous rejoindre, la licorne et le dragon. Le dragon apparaît d'abord dans le silence d'une tombe. Au Hénan, sur le site de Puyang, une sépulture du quatrième millénaire avant notre ère révèle une mise en scène saisissante. Un dragon formé de coquillages d'un côté, un tigre de l'autre. Leurs silhouettes se répondent, presque comme deux forces en équilibre. Le dragon suit la forme de la grande ours, preuve que les vivants cherchaient déjà à relier la terre au ciel. Rien n'est encore défini, mais une idée se dessine. Certaines figures dépassent leur apparent. Des siècles plus tard, en Mongolie intérieure, un vase vieux de plus de 4000 ans montre un animal composite, groin de porc, corps ondulant, queue de serpent. Le mot dragon n'existe pas encore, mais la volonté d'inventer une créature capable d'accueillir l'invisible est déjà là. Plus au sud-ouest, à Sanxingdui, surgissent de grands masques rituels, museaux crocodiliens, yeux agrandis, crinières et kines. Plusieurs règnes du vivant semblent fusionner dans un même visage. Le dragon demeure fluide, il circule d'une forme à l'autre, très saisissable. Lorsque les premières écritures gravées apparaissent, La créature entre dans le geste humain. A l'époque Shang, des caractères sont tracés sur des homoplates et des carapaces, les Jiaguyen. Plus de 200 graphies différentes évoquent le dragon. Silhouettes serpentines, formes courbes, tracées sans cornes, d'autres avec de petites pattes. Une douzaine de signes servent même de clés au caractère. Certaines de ces variantes rappellent des motifs sculptés dans le jade ou les contours d'insectes, preuve d'un imaginaire en mouvement. Bien plus tard, Suleymi... La calligraphie réinterprète la créature. Le maître Lu Liu s'inspire de styles anciens. L'écriture des oiseaux et des insectes écrit le Longzhuanzhu, l'écriture des griffes du dragon. Ses tracés serpentiformes ne cherchent pas seulement la beauté, ils rendent hommage au dragon et invitent sa protection. À partir du 1er siècle, le Shu Wenjiezu, qui est le premier grand dictionnaire étymologique chinois, décrit un être fastueux. porteur de chance puis sous les songes il devient emblème de l'empereur la famille impériale porte le nom de zhao associé à une note de la gamme chinoise placée sous la protection du dragon les sceaux les bannières et les objets officiels sortent alors de sa silhouette la créature veille unit la terre et le pouvoir au quinzième siècle même les grandes porcelaines nées d'échange avec l'asie de l'ouest conservent son image lors des expéditions de Le dragon voyage sur les navires diplomatiques. Il apparaît aussi dans les ateliers populaires. Gardien, protecteur, bienveillant ou redouté, toujours respecté. À travers toutes ses formes, une constance demeure. Le dragon n'est pas un animal, mais une force. En Chine, il naît de l'eau et des nuages. En Europe médiévale, il garde les grottes et maîtrise le feu. Dans les sagas nordiques, il veille sous les tertres funéraires. Et partout, la même image revient. Le dragon crache une flamme, arme destructrice en Occident, souffle créateur en Asie. Le cinéma poursuit cette exploration. Dans The Lord of the Rings, en 2025, animé par Kenji Kamiyama, le dragon n'est plus seulement une menace, il devient mémoire, trace d'un monde ancien qui continue de vibrer en nous. La licorne, elle, apparaît au IVe siècle avant notre ère. Le médecin grec Stesias Merci. raconte avoir vu en Inde un animal blanc, rapide, orné d'une seule grande corne. Les historiens pensent à un rhinocéros indien ou à un ourix aperçu de profil dont la seconde corne disparaît dans la lumière. Une illusion devenue symbole. Et dans ses premiers récits, la licorne n'a rien de douce. Elle est farouche, imbontable, impossible à capturer vivant. Puis, une traduction ancienne de la Bible déforme un mot qui désignait probablement un auroch, et l'Occident s'empare de l'erreur, le mythe s'ouvre d'un coup. En Europe centrale, on dit qu'elle ne buvait qu'aux sources intactes. Les bestiaires médiévaux ajoutent qu'elle choisit un seul partenaire et met au monde un unique petit. Une naissance si rare qu'elle semblait modifier le paysage. Depuis les mers du Nord, les navigateurs apportent de longues défenses torsadées. Ce sont des dents de narval, longues de deux mètres, parcouru une million de capteurs sensoriels. Leur spirale parfaite convainc l'Europe médiévale qu'elle tient enfin la preuve de la licorne. Elle entre alors dans l'art. Dans les tapisseries de la Dame à la licorne au musée de Cluny, elle apparaît dans un jardin-clou. Les cinq premières tentures représentent l'essence. La sixième porte un titre mystérieux et officiel. À mon désir. Renoncement ? Liberté intérieure ? Choix intime ? Personne ne sait. C'est un secret confié au regard. Et si vous entrez aujourd'hui chez Desrolles, cette maison fondée en 1831, célèbre pour ses planches d'histoire naturelle et son atmosphère de cabinet de curiosité vivant, vous éveillez une corne immobile, presque vivante, sculptée avec un soin qui brouille les frontières entre science, art et merveilleux. Le rêve y trouve matière. Pourquoi ces deux êtres, nés dans des traditions différentes, semblent-ils pourtant se répondre ? Peut-être parce qu'ils dessinent deux forces du vivant, la puissance qui déborde et la lumière qui se recueille. Le dragon, c'est l'élan, l'orage, le souffle. La licorne, c'est l'intime, la clarté fragile, ce que l'on protège, de façon de lire le mystère humain. Et si nous continuons de suivre leurs traces dans un jade ancien, une tombe ouverte vers le ciel, ce n'est pas pour prouver leur existence, c'est pour retrouver ce que les mots seuls ne retiennent pas. La part du réel touche au rêve et la part du rêve qui éclaire le réel. Nous inventons des créatures pour comprendre ce qui nous dépasse. Mais parfois le réel dépasse nos propres légendes. La prochaine fois, nous lèverons les yeux vers une magie qui, elle, existe vraiment. Un rideau de lumière qui danse vers le ciel d'hiver, les auras brûlées. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du Vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.