Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Eh pssst ! Caspar David Friedrich disait « Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu'il voit devant lui, mais aussi ce qu'il voit en lui. » Alors, venons inscrire des voiles qui nous baint dans notre esprit. Bienvenue dans Animaterae, Murmure du vivant. Chaque jour, la Terre nous raconte une histoire. Je suis Flore. J'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Les épisodes spéciaux juste pour Noël ! Nous qui avons choisi le thème des Heptades ! Bonjour vous. Aujourd'hui nous allons admirer et comprendre les aurores boréales. Vous voyez cet homme en mitouflet qui avance lentement dans la neige ? C'est un pinque. Il marche au nord de la Norvège, près de Tromsø, un lieu posé juste sous l'ovale Oranval, là où le ciel s'embrasse presque chaque nuit d'hiver. Il n'a pas sorti ses pinceaux. Entre moins 5 et moins 12 degrés, tout gèlerait. Il vient simplement s'imprégner. Nous le suivons. L'air est vif, les pas crissent et la nuit polaire s'ouvre jusqu'à la mer. Autour de nous, quelques silhouettes des lents peuvent traverser les lisières, les renards arctiques, rôdent parfois en silence et les eiders se rassemblent au large. Ici, les aurores apparaissent souvent entre 2h et 1h du matin, de septembre à mars, quand l'obscurité déploie tout son espace. Notre peintre cherche un promontoire, nous aussi. Le froid pince un peu. peu mais se dilatine le regard. Pour comprendre ce qui va surgir, il faut remonter loin, très loin, jusqu'au soleil. Dans les couches externes de son atmosphère, la couronne solaire, une région brûlante et ténue où règnent plusieurs millions de degrés, d'immenses champs magnétiques se tordent, se ferment, s'ouvrent. Lorsqu'ils s'ouvrent, ils libèrent un souffle continu, le vent solaire, un flux de particules, de protons et d'électrons. qui file à plusieurs centaines de kilomètres par seconde. Et parfois, la couronne se déchire. Une arche magnétique gonfle, se tend, puis cède. Une éjection de masse coronale. Une bulle gigantesque de plasma contenant des milliards de tonnes de matière est propulsée dans l'espace à plusieurs millions de kilomètres. Si cette bulle croise notre orbite, alors les aurores s'étendent, s'intensifient, descendent plus au sud. C'est lors d'événements extrêmes comme en 1859, lors de l'événement de Carrington, qu'on en a même observé jusqu'à Cuba. Deux sondes nous aident à comprendre cela. Parker Solar Probe, un vaisseau spatial qui s'approche à moins de 10 rayons solaires pour écouter les ondes du vent solaire, et Solar Orbiter qui observe les structures magnétiques en haute résolution. Toutes deux montrent que les aurores commencent bien là, au cœur des turbulences du Soleil. Lorsque les... particules atteignent la Terre, elles rencontrent la magnétosphère, notre bouclier invisible. Du côté éclairé, il est comprimé par la pression du vent solaire. Du côté nuit, il s'étire à plusieurs centaines de milliers de kilomètres, comme une longue queue. La plupart des particules sont repoussées. Mais près des pôles, les lignes de champs magnétiques s'enroulent vers l'atmosphère, formant deux entonnoirs, les ovales auroraux. L'un 2. Dans l'hémisphère nord, l'autre dans l'hémisphère sud, identique comme deux anneaux de lumière. C'est là que tout commence. Le peintre lève les yeux. Un arc pâle apparaît presque timide. Un voile auroral, parfois si discret qu'on le confondrait avec un nuage fin. Ce n'est qu'en photographie qu'on en devine la teinte verdâtre. Et puis, soudain, cette pâleur s'épaissit. À environ 80 à 200 km d'altitude, l'oxygène, excité par les particules, libère un ver caractéristique. Imaginez une cloche de ver qu'on frappe. Elle résonne à une fréquence précise. Les atomes aussi. L'oxygène résonne en ver. Plus haut encore, au-delà de 200 km, ce même oxygène prend un rouge profond. Et vers 500 km, la zone produit des bleus, des mauves, des violets, que seuls certains yeux perçoivent. Les appareils, eux, enregistrent tout. Lorsque le phénomène est très intense, Un rose fluo apparaît parfois à la base des draperies, environ 80 km, mais il ne dure jamais longtemps. L'arc devient rideau. Le rideau ondule, se plisse, s'ouvre. Des filaments tombent comme des mèches verticales. Et lorsque des particules arrivent juste au-dessus de nous, l'aurore se referme en couronne, un puits de lumière qui semble descendre vers la terre. Le peintre est immobile, sa palette est intérieure, mais ce qu'il voit... dépasse toute œuvre. Et si une musique devait accompagner ce moment, ce serait peut-être celle du compositeur Arvo Part, un Estonien dont les notes semblent suspendues dans l'air, comme une aurore lente. On racontait autrefois que le renard arctique en courant sur les crêtes faisait jaillir des étincelles avec sa queue. Les aurores naissaient ainsi, et en Chine ancienne, on croyait qu'une lumière céleste avait traversé le ventre de Fubao, la mère de l'empereur jaune. Mais la Chine n'est pas une terre d'aurores. La légende venait seulement dire combien cette lumière pouvait toucher le monde. Derrière nous, quelques photographes ajustent leur matériel. Trommelt, au 19e siècle, posait 7 secondes pour un simple fantôme lumineux. Stromer, plus tard, découvrit qu'une seule seconde suffisait pour révéler les draperies. Aujourd'hui encore, il faut une ouverture large, une haute sensibilité et un temps de pause court, une demi-seconde, parfois une ou deux, pour suivre la vitesse du phénomène. Le froid fatigue les batteries, le souffle givre le verre, et la lumière change sans prévenir. Photographier une aurore, c'est accepter de s'accorder à son rythme. L'aurore s'étire maintenant jusqu'à l'horizon. Elle aime certains endroits, la Norvège, la Suède, la Finlande, l'Islande, le Kronland ou encore le Canada et l'Alaska. Et lorsque le soleil approche de son maximum d'activité, environ tous les 11 ans, l'anneau s'élargit. Alors parfois, La lumière descend, jusque chez nous, en France. Le spectacle faiblit, le ver se délit, la voûte s'assombrit. Nous restons encore un peu, le temps que la nuit reprenne sa place. Et puisque les aurores éclairent les terres du Nord, la semaine prochaine, il nous semblera bien naturel de croiser un autre voyageur silencieux, le renne. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.