Speaker #0Merci par avance de vous abonner à ce podcast si vous l'aimez, ça m'aide beaucoup pour sa création. Psst, permettez-moi de glisser celle-là presque en passant. L'homme a souvent fait de l'animal un outil pour ne pas avoir à affronter sa propre vulnérabilité, et il a appelé cela civilisation. Bienvenue dans Animatérae. Murmure du vivant, chaque jour la terre nous raconte une histoire. Je suis Flore, j'aime contempler la nature, chercher à la comprendre et partager ce bonheur immense. Bonjour, aujourd'hui j'aimerais vous parler des animaux dans l'histoire. Lorsque l'on observe la place accordée aux vivants, on comprend rarement quelque chose sur les animaux eux-mêmes, mais beaucoup plus sur ceux qui les utilisent. les déplacent ou les mettent en scène. Pour cela, je vous propose de suivre Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais, non pour raconter leur histoire une fois de plus, mais pour regarder ce que les animaux qui les entourent révèlent de leur rapport au monde. Chez Napoléon, tout est affaire de mouvement. Il avance, il traverse, il ne s'installe jamais vraiment. Pour exister, il lui faut un corps qui tienne, un corps capable d'occuper l'espace. Le cheval devient l'ordre central. non comme simple moyen de transport, mais comme prolongement du pouvoir. Depuis longtemps déjà, monter à cheval, c'est se hausser au-dessus, imposer une verticalité. Alexandre le Grand l'avait compris bien avant lui, lorsqu'il parvint à apaiser Bucéphale, en comprenant que ce qui l'effrayait n'était pas l'homme, mais sa propre ombre. Le pouvoir commence parfois par une lecture fine du vivant. Napoléon s'inscrit dans cette filiation. C'est ainsi qu'il ne fait qu'un avec Marengo. sur le champ de bataille. Celui-ci porte son corps dans la poussée de l'esmaga. Il soutient un homme que l'on imagine invincible alors même que son corps souffre. Car Napoléon est souvent malade. Ses médecins évoquent des crises hémorroïdaires sévères, parfois incapacitantes, rendant la position assise douloureuse presque impossible. La douleur est là, mais elle ne doit pas se voir. Le cheval devient alors plus qu'un appui, il maintient la posture et il permet au pouvoir de rester debout. Mais tous les animaux ne servent pas la légende avec la même docilité. Lorsqu'il franchit les Alpes, Napoléon n'avance pas sur un cheval héroïque au bord de l'abîme, mais sur une mule. Un animal sûr, sobre et obstiné. Cette réalité-là ne sera pas montrée, elle sera repeinte. La mule disparaît du récit parce que le pouvoir retient moins ce qui tient. que ceux qui élèvent. Il existe pourtant un animal qui n'a même plus besoin d'avancer pour servir le pouvoir, l'aigle. Napoléon ne le monte pas, ne le touche pas, il s'en entoure. L'aigle plane, voit sans être vu, frappe de haut. Contrairement au cheval fatigué ou à la mule hésitante, il ne souffre jamais. Il est l'animal idéal précisément parce qu'il n'a plus vraiment de corps. En Égypte, à partir de 1798, Napoléon découvre aussi les dromadaires, des animaux parfaitement adaptés à la chaleur, au manque d'eau, aux longues distances. Ils sont enrôlés pour servir une conquête qui n'est pas la leur. À son retour en France, certains sont importés dans les Landes pour tenter de fixer les sols sablonneux et assainir les marécages. Le même animal sert alors à deux entreprises humaines distinctes. Le vivant devient une solution technique. Avec Joséphine, le rapport au vivant change de rythme. À la Malmaison, on observe, on collectionne, on cultive. Des plantes rares vivent de loin, les jardins s'organisent, le vivant est moins mobilisé que présenté. Aimé, sans doute, mais encore tenu à distance, contenu dans un décor. Les récits évoquent aussi la présence d'un orang-outan, sa proximité avec l'humain intrigue, son regard trouble. Mais il faut le dire, la météo de Roy et Malmaison n'a jamais vraiment rivalisées avec celles de Borneo. L'animal ne s'acclimate pas, non par caprice, mais parce que ses besoins fondamentaux ne sont pas entendus. Ce n'est pas tant la cruauté qui apparaît ici que l'angle mort d'une époque. Le vivant est regardé, déplacé, exposé, rarement écouté. Cette attitude n'est au fond pas si surprenante. Quelques décennies plus tard, à la fin du XIXe siècle, il deviendra naturel d'exhiber des êtres humains eux-mêmes. notamment en Europe dans des expositions dites « ethnographiques » . À Paris, au Jardin d'acclimatation, à partir de 1877, des hommes, des femmes et des enfants se remontraient comme des curiosités venues d'ailleurs. Les zoos humains ne sont pas contemporains de Joséphine, mais le regard qui les rend possible est déjà là, observé, sans préderver, montré sans se demander ce que cela coûte à celui qui est regardé. Et puis il y a Fortuné, le petit carin de Joséphine, jaloux, attaché, exclusif. La nuit de leur mariage, alors que Napoléon s'approche du lit conjugal, Fortuné surgit et lui mord le mollet. Le geste est bref, presque burlesque, mais chargé de sens. Le pouvoir peut conquérir des territoires, il ne pénètre pas l'intime sans rencontrer de résistance. Et comment ne pas citer La Fontaine pour vous présenter le prochain épisode, lorsqu'il parle de la grenouille qui veut se transformer en bœuf et qui finit par exploser car elle ne connaît pas ses propres limites. L'analogie avec des personnages puissants et leurs morgues qui mènent à la domination semble alors assez évidente. Ainsi l'animal dans l'histoire est souvent utilisé, maltraité. Les médailles fustelles honorifiques ont certainement un sens très limité pour lui, mais nous, nous rendons hommage à la grenouille pour ce qu'elle est, un être vivant et singulier. Merci d'avoir écouté Anima Terrae, Murmure du vivant. Et souvenez-vous, gardez les yeux grands ouverts sur la beauté simple du monde qui nous entoure.