- Emmy
Bonjour et bienvenue sur Antichambre, ton nouveau podcast sans tabou dédié à la sexualité pour toutes et tous. Je m'appelle Emy, j'ai 22 ans et je t'invite à débuter cette aventure ensemble pour explorer et vivre pleinement ta sexualité. Alors mets-toi à l'aise et viens écouter les voix d'Antichambre. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Antichambre. Aujourd'hui je suis accompagnée de Sacha. Merci beaucoup d'être venu. Bonjour. Et dans cet épisode, nous allons parler du travail du sexe. Avant de commencer, Sacha, est-ce que tu peux rapidement te présenter, s'il te plaît ?
- Sacha
Mon pseudonyme c'est Sacha Bellamini. J'utilise un pseudonyme parce que même si les mœurs s'évoluent et la société aussi, il y a quand même encore un stigmate assez fort sur ces métiers. Et puis je suis par ailleurs un papa, donc je n'ai pas spécialement envie que mes enfants payent les conséquences par leur nom, donc je me présenterai sous mon pseudo. Et voilà, je suis effectivement travailleur du sexe. Je me définis plutôt plus précisément comme accompagnateur sexuel. La petite particularité que j'ai, c'est que je m'adresse principalement à des femmes clientes, alors que l'immense majorité de ce métier s'adresse à des hommes clients.
- Emmy
Ok. Comment t'en es venu à être travailleur du sexe ?
- Sacha
En envoyant tout. par terre ma précédente vie. Parce que j'étais technicien supérieur en écologie. Donc j'ai fait plus de 20 ans en écologie. Puis un beau jour, on va dire le petit mélange entre crise de la quarantaine, divorce, burn out. On envoie tout par terre et on se dit tiens qu'est ce que je veux faire d'autre au fait ? J'avais que ça comme diplôme. Et puis je me suis dit pourquoi pas. Pour l'instant, c'est la suive. Ça peut paraître un peu, comment dire, extrêmement pédant de se dire, tiens, peut-être qu'on pourrait me payer pour ça. On pourrait se dire que c'est très vaniteux. Mais je ne sais pas, j'ai vu quelques signaux comme ça dans ma vie que peut-être c'était quelque chose sur lequel j'avais une compétence. Donc voilà, j'ai osé me lancer. Puis après, il n'y a pas du tout d'establishment en la matière. Sur ces métiers-là, on se débrouille.
- Emmy
Et c'est compliqué en France d'être un travailleur du sexe ?
- Sacha
Alors par rapport à quoi ? Par rapport à la loi ? Par rapport à la police ? Par rapport au regard des gens ?
- Emmy
Je pensais plutôt par rapport à la loi.
- Sacha
Par rapport à la loi, la dernière loi qui a été mise à jour, on va dire, c'est 2016, qu'on surnomme la loi de pénalisation des clients. Donc ce n'est pas un contexte super favorable. Mais en même temps que pénaliser le client, cette loi a légalisé une partie des activités des travailleurs et travailleuses du sexe. Donc il y a aussi un aspect un peu plus positif. Cela dit, quand on pénalise les clients, et en particulier dans mon cas les clientes, c'est aussi très dissuasif, donc ça ne joue pas en faveur du business. En même temps, si j'avais fait un choix de vie pour devenir russe, ça n'aurait pas été celui-là, c'est clairement pas l'option.
- Emmy
Et donc, en tant qu'accompagnateur, tes clientes, elles te trouvent, puis ensuite tu discutes avec elles avant de les choisir ?
- Sacha
Je les choisis en moi.
- Emmy
Ben oui,
- Sacha
enfin... Je ne me donne pas ce choix, ce serait malvenu. Non, non, effectivement, les clientes qui vont me trouver, alors parfois j'ai employé le mot cliente, parfois le mot patiente, il faut me pardonner. C'est que certaines viennent vers moi avec un esprit un peu ludique, avec l'envie de s'amuser, de découvrir une pratique, ou quelqu'un, je la vois comme une cliente. D'autres viennent vers moi avec une sexualité qu'elles définissent comme abîmée, handicapée ou je ne sais quoi. Là, je vais être dans un accompagnement vraiment au long cours pour les aider à se sortir d'une situation. Donc, des fois, je dirais cliente, des fois, patiente. En tout cas, il faut qu'elle me trouve. Et comment elle me trouve ? Eh bien, c'est une bonne question. Toutes les plateformes pour trouver des travailleurs du sexe aujourd'hui sont orientées sur, soit, des femmes. escortes ou soit des hommes escortes beaucoup d'entre eux d'ailleurs étant destiné à des hommes gays qui cherchent un escort homme donc c'est pas sur ces plateformes là que je veux exister c'est pour ça que j'accepte les podcasts et autres médias parce que ça me donne une visibilité qui me permet de sortir justement de ce lot où j'ai aucune chance d'apparaître en fait il n'existe pas de plateforme qui propose des services des hommes à des femmes ça n'existe pas Il n'existe pas non plus de structure. Enfin, il en a existé, mais il n'en existe plus. Donc, il faut exister autrement, médiatiquement. J'ajouterais que dans les sphères qui parlent de sexualité positive ou de libération sexuelle, etc., je vais croiser ou rencontrer des personnes qui sont très intéressées par ce que je fais, mais qui n'ont pas besoin de mes services. Alors qu'en passant, je ne sais pas, sur RTL, je vais atteindre probablement des personnes qui ne savent pas que j'existe et qui ont peut-être besoin de mon aide. Et c'est ça qui m'intéresse. C'est là qu'il peut y avoir une démarche d'initié. Ensuite, quand elle me contacte, il va y avoir beaucoup de conversations. Il va d'abord falloir briser la glace, établir la confiance, que la personne sente qu'elle n'est pas jugée, avant de pouvoir commencer à confier ce qui ne va pas à ses yeux ou ce qui n'est pas satisfaisant. Ça peut prendre beaucoup de temps. Il y a des personnes qui me contactent et qui parlent épisodiquement avec moi pendant deux ans, par exemple, avant de prendre un rendez-vous.
- Emmy
Ah oui, d'accord.
- Sacha
Ce n'est pas forcément tous les jours. En tout cas, je n'ai pratiquement jamais eu de rendez-vous avec une nouvelle cliente sans qu'il y ait plusieurs heures, au moins 5-6 heures, parfois 20, d'échange par écrit en amont. Ok.
- Emmy
Et donc ? Pour celles qui ont une sexualité abîmée, tu les aides à justement se réaccepter, à accepter leur corps ? Est-ce que tu as des exemples d'exercices que vous pouvez faire ?
- Sacha
Alors se réaccepter, à accepter son corps, ce n'est pas forcément lié à un parcours sexuel. On peut être une personne complexée avec ou sans vie sexuelle satisfaisante. Donc le regard et le rapport à l'image qu'on a de soi, c'est... pas le cœur de ce que je peux faire. Moi, mon regard n'est pas du tout jugeant, ni grossophobe, ou des choses comme ça, ou encore moins raciste d'ailleurs. Donc, il y a des choses que ça libère sur le corps. Si une personne a des problèmes avec ses rondeurs et qu'elle voit que j'ai un regard bienveillant sur ses rondeurs, ça va aider. Mais ce n'est pas en général le sujet. C'est-à-dire que si une personne a des difficultés là-dessus, souvent elle va soit les avoir déjà traitées avec un psy, soit sait qu'elle doit les traiter un jour avec un psy. Mais ce n'est pas là que j'ai une fonction thérapeutique. Alors c'est sur quoi ? Quand je parle de sexualité abîmée, ça peut aller du plus simple, c'est-à-dire une espèce d'insatisfaction parce que c'était pas assez bon, pas assez en quantité, ou peut-être pas avec le bon mec, j'en sais rien, jusqu'à un passé traumatique de post-viol, post-traumatisme de violence sexuelle liée à l'enfance, etc. Là, on parle de sexualité abîmée, où effectivement, c'est pas forcément le rapport à son corps qui pose un problème, mais plutôt le parcours. qui abîme ses désirs, son droit de désirer, son droit d'être désirable ou des choses comme ça. Donc il n'y a pas d'exercice facile à répondre à cette question sans connaître le... C'est un peu comme si on demandait à un médecin ce qu'il faut faire sans lui dire quelle maladie on a.
- Emmy
Ok. Est-ce que tu as des exemples de cas justement en fonction des clientes que tu as eues, sans rentrer peut-être trop dans les détails pour garder leur intimité, mais des...
- Sacha
Ça peut être, je vais enfoncer des portes ouvertes un petit peu, je vais prendre des clichés, mais ça peut être une femme par exemple qui a eu des enfants, une vie maritale, etc. Et puis qui divorce, qui se sépare, les enfants grandissent et puis finissent par partir de la maison. Et puis une fois que la poussière retombe au sol, elle se dit mais au fait, je viens de perdre 30 ans de ma vie sexuelle et charnelle quoi, avec le mauvais. Et est-ce que c'était ou pas bon, satisfaisant, c'est encore une autre question, mais c'est souvent l'occasion de se remettre en question. Et de se dire, je vais continuer ma vie sexuelle en repartant sur d'autres bases, différentes de ce qui était avant. Donc ça, c'est un peu le B.A.B. pour moi. C'est-à-dire que c'est souvent des personnes qui ont eu... Dans la mesure où moi, j'ai la cinquantaine, les clients qui se penchent vers mes prestations n'ont pas 20 ans. C'est très rare. Donc c'est souvent des femmes qui ont eu un parcours. Parfois un parcours de virginité frustrante, ou parfois un parcours de sexualité insatisfaisante avec leur conjoint. Ou leur conjoint au pluriel d'ailleurs. D'autant qu'avec les années 2010, on a vu vraiment émerger de façon très prononcée la question de la sexualité positive, de l'épanouissement sexuel. MeToo est venu aussi réveiller, secouer la prise de conscience de certaines femmes. qui se sont dit, en fait, fichtre, je n'avais pas vu, mais je suis mal baisé depuis 10 ans. Et puis voilà, qui s'emparent de ça. Donc là, on n'est pas forcément dans un truc de sexualité abîmée, mais une sexualité qui décide que dorénavant, ça se passera autrement. Et à partir de là, c'est l'écoute. C'est-à-dire que je ne peux pas tricoter de réponse sans avoir sérieusement écouté ce qu'elle énonce comme déception, frustration ou souffrance.
- Emmy
Et du coup, tu leur donnes des conseils ou tu les aides à avoir une sexualité satisfaisante avec. elle-même déjà ? Ou pour avoir avec d'autres conjoints ?
- Sacha
Alors, ce que tu dis me fait penser un peu à ce que ferait un coach. Aujourd'hui, on voit apparaître la profession de love coach. Pour caricaturer un petit peu, le love coach, il va épauler notre sexualité, il nous l'a conseillé, mais il ne met pas, il ne touche pas le corps et il ne rentre pas dans l'intimité à la place du partenaire. Ça va être vraiment du coaching. Moi, j'ai cette place. Je suis dans la relation charnelle avec cette personne. Elle n'a pas forcément de conjoint, souvent. Donc, je ne suis pas en position vraiment de lui donner des conseils avec son conjoint. Par contre, je suis en position de débloquer des tabous, des fantasmes inavouables qui vont devenir avouables, puis avoués, puis assouvis. Et ça, ça permet à des choses bloquées de se débloquer. Une bonne partie de mon travail, ça va être de créer les conditions d'avouer des fantasmes difficiles à avouer, ou bien de les identifier quand on pense ne pas en avoir, les personnes qui arrivent en disant « moi, je n'en ai pas » . Pour moi, c'est la pire demande qu'on puisse me faire. C'est-à-dire, bonjour, je ne suis pas satisfaite de ma sexualité, j'en ai pas et j'ai pas de désir.
- Emmy
C'est la feuille blanche. Sur ces trucs-là, je suis démuni. Mais sinon, si on veut parler toujours des conseils, très souvent, ça va être du sur-mesure. J'ai du mal à répondre de façon générique parce que d'abord, je n'ai pas un volume de demandes qui me permettrait de faire des statistiques qui auraient un sens. Des femmes qui se décident à faire ça, c'est rare. Donc, je ne peux pas me massifier. Et en plus, dans le panel qui m'a été donné d'accompagner, il n'y en a pas deux dossiers qui se ressemblent. Donc, ça m'est très difficile de... de sortir des règles génériques de cette expérience. Ce que je peux dire, en tout cas, c'est qu'il va falloir aller toucher des endroits blessés, vexés, humiliés ou que sais-je, avec douceur, là où ils ont été par le passé, touchés peut-être avec violence ou avec indifférence.
- Sacha
Et donc, tu as des patientes régulières, je suppose ?
- Emmy
Oui, c'est ça. Il y a des patientes... qui vont me contacter presque de façon ludique, exploratoire. Elles ont envie de s'envoyer en l'air et de ne pas se prendre la tête sur Tinder, mettons. Et voilà, après, on a rendez-vous, deux, et puis on n'en parle plus ou je la revois un an après. Mais il y en a d'autres qui vont devenir des suivis hebdomadaires pendant des mois et des mois, voire des années.
- Sacha
Et donc, vous n'êtes pas beaucoup à pratiquer ce métier en France ?
- Emmy
Alors, en plus, on n'a pas d'organes qui nous rassemblent. Je ne sais pas combien on est, mais s'ils existent, ils ne savent pas comment me contacter, ni moi comment les contacter. On n'est pas une communauté, on n'est pas un milieu, on n'est pas une organisation associative. À ma connaissance, juste par les bruits qui courent, etc., j'en identifie trois autres en France, pas forcément affirmant qu'ils sont travailleurs du sexe, mais faisant plus ou moins ce genre de choses, peut-être parfois par la porte du tantra. Il y a aussi de l'accompagnement sexuel par rapport aux personnes handicapées ou aux personnes en difficulté physique ou mentale qui pourraient avoir... des difficultés à accéder à la sexualité dans d'autres milieux. Moi, je pense qu'on est moins d'une demi-douzaine en France, en tout cas, à le faire vraiment. Après, des hommes qui en rêvent, ou qui le fantasment, ou qui font autre chose, et puis qui, à côté, prétendent quand même être travailleurs du sexe, ça, c'est en train, peut-être, de se généraliser petit à petit.
- Sacha
Je suppose que tu n'as pas une journée type, mais combien, par exemple, de clientes, patientes, Merci. peux voir maximum dans une journée ou ce que si tu appliques un acte sexuel je pense qu'il ya un état physique et mental c'est vrai il faut vraiment pas du tout imaginer des volumes de rendez vous qui permettrait de faire plusieurs rendez vous par jour ok je suis pas du tout là dedans moi j'ai à
- Emmy
les huit à dix rendez vous par mois Donc une femme qui serait travailleuse du sexe en ce qu'on appelle en street, qui travaille sur le trottoir, qui travaille dans l'espace public, là c'est une question pertinente de lui demander si elle supporte tant ou tant de rendez-vous par jour. Mais dans le cas de l'accompagnement, ce n'est pas du tout comme ça que ça se goupille. Ou bien si j'ai deux demandes la même semaine, rien ne m'oblige à les mettre toutes les deux le mardi. Oui,
- Sacha
c'est ça, c'est qu'en général, il faut avoir moins de range pour ne pas qu'elles tombent.
- Emmy
Si je vois une personne en rendez-vous dans la journée, c'est le seul rendez-vous que j'aurai, même à titre privé. C'est-à-dire que moi, ma propre énergie sexuelle n'est pas démultipliable avec ma vie affective personnelle. Donc si j'ai un rendez-vous pro dans ma journée, ça veut dire que soit ce matin, je n'ai pas pu avec mon amoureuse, soit ce soir, ce ne sera pas le cas. Parce que voilà, peut-être que j'aurai 25 ans, ce ne serait pas la même chose. J'avoue.
- Sacha
Et tu arrives à dissocier justement l'acte des émotions. Parce que s'il y a des clientes que tu vois depuis longtemps réussir à ne pas créer un attachement.
- Emmy
On ne peut pas dire que je cloisonne ça à 100% non plus. Il y a des émotions, voire des sentiments qui peuvent naître en moi. Et puis en plus, une rencontre dans ce cadre professionnel peut déboucher sur une histoire plus intime, plus personnelle, ça arrive. En revanche, c'est vrai que si je ne veux pas faire souffrir ces personnes, même si c'est en soi déjà une source de souffrance, il faut que je les tienne à distance. Et notamment par rapport à des personnes qui n'auraient pas connu de sexualité ou qu'aurait... On était plutôt avec un sale con, mettons, parce que d'un seul coup, on se retrouve face à découvrir la jouissance, voire l'orgasme, avec un type qui a l'air plutôt féministe et à l'écoute. Et bien, des fois, ça suffit à ce que le cœur s'emballe pour certaines personnes, parce que ça change, parce que c'est tout le contraire de ce qu'elle a eu. Donc, moi, je suis obligé de mettre en place des contre-mesures pour éviter que ça se produise, parce que derrière, ça veut dire que je vais la décevoir ou la faire souffrir. Je suis tout le temps amoureuse d'un professionnel.
- Sacha
et avec justement bah Tu nous parlais des enfants ou d'une partenaire dans ta vie privée ?
- Emmy
Je suis divorcé de la mère de mes enfants, mais j'ai une partenaire dans ma vie.
- Sacha
Et ça, c'est quelque chose qui a un peu posé problème au début ? Ou justement, tu le gardes secret ?
- Emmy
Je pense que je ne vais pas rentrer trop dans les détails là-dessus, mais c'est problématique avec mes enfants. D'autant que ma fille est maintenant majeure et qu'elle a toutes les cartes en main pour comprendre ce que fait son papa. Je ne suis pas sûr qu'elle soit OK à 100% avec ce que fait son papa. Donc, ce n'est pas simple. Et là-dessus, la société rajoute un stigmate, histoire d'être sûr que ce soit vraiment complexe. Alors que de mon point de vue, je me pense animé par une intention qui est plus féministe que pornocrate. C'est-à-dire que mon délire, c'est plutôt d'aider que de baiser. Soyons clairs. Quand j'en parle à d'autres hommes, il y en a plein qui flashent sur le truc avec des étoiles dans les yeux parce qu'ils pensent comme s'ils étaient une star du cul. Comme si mon métier, c'était baiser 2000 fois par seconde. Ce qui n'est absolument pas du tout le cas. Si on se met à devenir homme, travailleur du sexe pour ces raisons-là, on se viande. Ou alors on est très très beau, très très jeune et déjà riche. Et alors là, on pourra faire escorte de luxe, mais ce n'est pas mon cas. Ni très très beau, ni très très jeune, ni très très riche. Zut, qu'est-ce que j'ai loué.
- Sacha
Tu m'arrêtes si vraiment ça va trop loin en termes de questions privées. Mais vu que c'est ton métier d'avoir des actes ou des rapports sexuels, est-ce que dans un couple, dans ta vie privée, Ça fait comme un couple libre parce qu'en même temps c'est ton métier, c'est pas au sein du couple ?
- Emmy
Alors c'est pas comme un couple libre parce qu'il n'y a pas de pied d'égalité entre la partenaire. Elle peut se sentir parfois malotée par ce que je fais mais il n'y a pas de comparaison comme ça. Mais il est évident que pour m'approcher sur le plan affectif, en sachant ce que je suis, il faut déjà être armé de quelque chose de non possessif dans sa conception du couple. Il est évident que si une femme a envie d'une vie affective monogame et fidèle, pas aller voir un mec dont c'est le métier d'aller toutes les semaines faire ça. Donc il y a une espèce de tri qui se passe. naturellement des personnes qui m'abordent. D'autant que, comme je le disais tout à l'heure, j'accepte les médias, donc je ne suis pas en train de le faire en cachette. Donc ouais, les personnes qui viennent vers moi sont, je pense, ne sont pas possessives de nature, voire même ignorent complètement la jalousie. Il y a des gens qui... Enfin moi, personnellement, je n'ai pas eu besoin de déconstruire la jalousie. Je crois que je suis tombé dans une potion quand j'étais petit. Je ne sais pas ce que c'est vraiment la jalousie. Je peux être jaloux des... possession de quelqu'un parce que je ne les ai pas, ça peut m'arriver mais je ne suis pas du tout jaloux d'un point de vue affectif ou charnel alors ça fait beaucoup de raisons donc les personnes avec lesquelles je partage ma vie intime privée c'est totalement des personnes qui ne sont pas possessives sur le plan amoureux
- Sacha
Là si je pouvais un peu résumer ton métier et ce que tu fais en fait il y a autant de communication que de rapports sexuels même voire plus de communication En temps oui Merci.
- Emmy
Clairement, en temps consacré, oui. En même temps, un rapport sexuel, masculin, je précise, moyen en France, c'est 7 minutes. Je ne suis pas cantonné aux 7 minutes, mais on ne peut pas vendre un rendez-vous de 5 heures à moins d'être dopé. Je veux dire, il faut être un cycliste belge après. Non, mais je veux dire que le temps... Passer consacré à cette personne, c'est beaucoup de la conversation, mais aussi moi, par-devers moi, de la réflexion, c'est-à-dire concevoir ce que je vais amener dans le prochain rendez-vous comme pratique, comme décorum, comme idée, comme suggestion qui pourrait peut-être aider ou faire avancer. ça c'est beaucoup de temps c'est vraiment un accompagnement on en plaisantait avant de commencer tout à l'heure c'est pour ça que tu m'as déjà entendu dire de me qualifier de sexothérapeute c'est à dire que cette partie d'écoute d'analyse, d'insuition de compréhension de la situation de la personne c'est ce que fait un sexothérapeute là où je dis que je suis sexo thérapeute c'est qu'après cette écoute bas je passe à l'acte je rentre avec mon corps dans cette histoire ce qui pourrait pour un sexothérapeute ou un sexologue être une infraction ou pire la ligne rouge elle est nette pour un sexologue il doit parler faire de l'analytique du psy avec ses patientes patients mais pas les toucher sinon c'est une occasion de porter plainte et c'est normal moi je suis dans la position inverse Je suis l'accompagnateur sexuel et aucune ligne rouge ne m'interdit de faire un petit peu de psychologie dans ce que je fais. Donc c'est comme ça que je l'aborde en fait. Après quand je dis psychologie, je ne suis pas formé, j'ai fait de la socio dans mes études, ce qui ne fait pas de moi un psy. C'est plutôt une question d'intuition, d'écoute et puis aussi de connaître un peu un vaste panel de pratiques et d'approches sexuelles en espérant avoir un arsenal de réponses plus vastes. selon ce qu'on détecte. Il y a des personnes... qui peuvent avoir une idée très précise de ce qu'elles veulent. Et ça rejoint un peu ce que tu disais tout à l'heure, le rendez-vous pour un plan cul et je me barre, où là, la demande est en général très structurée. Souvent très cliché, mais très structurée. Alors qu'avec une personne qui est en difficulté, elle arrive souvent en disant, mais je ne sais même pas comment on structure une sexualité. Donc il faut faire pas à pas, prendre par la main, suggérer, vaincre aussi les peurs. Parce que très souvent, chez les personnes frustrées de leur vie sexuelle, il y a une énorme difficulté à avouer. à parler de ces fantasmes, ou même parfois les identifier. Beaucoup de personnes qui s'estiment à tort ou à raison à fantasmatique, je crois qu'on dit à fantasique maintenant.
- Sacha
Et est-ce que justement, si tu les aides à réaliser leurs fantasmes, toi tu as une limite ? Tu te dis certains fantasmes...
- Emmy
Oui, alors il y a...
- Sacha
Moi je ne sais pas.
- Emmy
Déjà il y a tous les fantasmes qui sont réprouvés par la loi. Enfin, toutes les pratiques, pardon, parce qu'on a le droit de les fantasmer, les choses. Mais toutes les pratiques qui sont éprouvées par la loi, où il est hors de question que j'aille faire mémuse avec qui que ce soit, c'est pas jouable du tout. Il y a aussi quelque chose qui peut être... Alors, pour le coup, je le refuse pas a priori, mais en tout cas, je vais devoir border énormément. C'est les femmes qui ont éventuellement des fantasmes de viol. où là évidemment on va jouer avec les frontières du consenti et du non consenti on va jouer avec des possibles traumas du passé qui peuvent ressurgir enfin c'est très touchy donc c'est possible, il ne s'agit pas de dire non d'emblée mais il faut hyperborder les choses avec des gardes fous, un système de sécurité et de complicité qui fait que si ça déconne pour un oui ou pour un non, tac, tout de suite on arrête au lieu de conduire à un problème mais ça m'est arrivé de refuser des rendez-vous comme ça parce que trop creepy, trop horrible je me souviens d'une sollicitation d'une jeune femme qui voulait reconstituer son viol d'enfant Donc il fallait que je me déguise en son beau-père. Donc il fallait que je regarde Question pour un champion en buvant du pastis, en ayant un Marcel sale, enfin des détails sordides, et elle, elle s'habillerait comme ci, comme ça, avec telle jupe, des couettes, etc. Et là, je sens que tous mes triggers sont allumés, que mon maxi-red flag est en train de faire ça derrière. Et je réponds non, parce que je le sens pas du tout. D'autres personnes m'auraient posé peut-être la même demande, ça se trouve j'aurais pu répondre oui, mais là c'était pas sécuritaire, je le sentais pas du tout.
- Sacha
Donc à côté de ça, tu aussi travailles dans l'école des arts sadiens.
- Emmy
Oui, alors il faut faire attention en rapprochant les deux activités dans le même podcast, parce que c'est pas au titre de l'un que je suis dans l'autre, sinon il pourrait y avoir une confusion pour l'organisation, l'école en elle-même. J'interviens dans l'école des Arts Sadiens pour enseigner des pratiques. en l'occurrence des pratiques BDSM ou fétichistes spécifiques, parce que je suis seul à les faire en fait, mais ça n'a rien à voir avec ce que je fais en tant qu'accompagnateur sexuel. En l'occurrence, la pratique dont je parle, c'est la fornifilie, c'est les jeux de métamorphose en objet. Vous avez peut-être déjà entendu parler du pet play, où on va conduire son soumis ou sa soumise à devenir un chien, un chat, un cheval, que sais-je. Et bien la fornifilie c'est la même chose mais avec des objets, devenir une chaise, devenir une table basse, devenir... Et donc, c'est ça que j'enseigne, entre autres, à l'école des Arts Adiens. Alors que dans mon quotidien professionnel, on me demande ça une fois par an. C'est hyper rare qu'on me le demande. Ce n'est pas du tout un fantasme fréquent chez les gens. Donc,
- Sacha
c'est vrai combien de temps en fait ? Ça fait 8 ans. 8 ans. Et donc, c'est depuis 8 ans où vraiment tu t'es ouvert à toutes les pratiques ? Non, c'est vraiment...
- Emmy
C'est comme n'importe quel métier, en fait. On s'y met parce qu'on a déjà des affinités avec le truc. Disons qu'à partir de 2012-2013, je mets le turbo en termes de curiosité sur les animations, les ateliers qui pourraient me former à ça, c'est vrai. Mais mon attitude d'exploration sexuelle, l'alternance. date de ma toute première rapport sexuel. J'ai toujours eu cette dynamique d'explorer et de ne pas radoter la même sexualité tous les jours.
- Sacha
Pourquoi avoir choisi justement d'avoir ce passage à l'acte, d'avoir des rapports avec tes clientes patientes et pas juste l'aspect psychologique ? Qu'est-ce que ça t'apporte, toi, pourquoi ce choix ?
- Emmy
Alors, je ne sais pas si c'est ce que ça m'apporte, c'est ce que je me sens tête faire, en fait. Moi, je me sens, aujourd'hui, en France, sauf erreur de ma part, il n'y a pas besoin de diplôme d'État pour s'afficher sexothérapeute. Mais en même temps, ça peut poser des questions. Bon, en revanche, pour être sexologue, c'est la même filière que médecine. Donc, si on veut faire ça, soit on part sur, tiens, je remplis les études à 40 ans, soit je le fais en tant que sexothérapeute, c'est-à-dire je m'auto-proclame thérapeute et j'ouvre un cabinet. La réponse que je me suis posée, c'est ce que je sais faire dans tout ça. Et ce que je sais faire, c'est l'amour. J'ai de l'intuition, je suis intelligent, je suis capable d'écouter les problématiques d'une personne et de suggérer des réponses, mais je ne me prétends absolument pas thérapeute. C'est pour ça que je dis sexothérapeute. parce que c'est beaucoup moins sérieux comme appellation. Et puis je pense, pour le coup, c'est pas seulement moi qui le suppose maintenant avec les années d'expense que j'ai, il y a des femmes qui sortent de mon accompagnement en disant qu'une heure de rendez-vous avec... moi ça les a fait avancer comme dix ans de psy avant. Puis d'autres pas du tout. Ceux d'autres peuvent me dire bon bah c'est pas du tout pour moi ça marche pas, je suis crispé, c'est pas naturel, j'arrête. Mais parfois il y a certaines personnes pour qui le faire avec son corps, être prise par la main c'est beaucoup plus efficace qu'en parler des heures et décortiquer le pourquoi du comment à 4 ans, à 7 ans, à 11 ans. C'est précieux de le faire mais ça ne nous solutionne pas forcément notre situation sexuelle. Donc je trouve ça très opérationnel, très effectif, très efficace.
- Sacha
Et est-ce que tu penses qu'il faudrait plus de personnes comme toi ?
- Emmy
Alors je pense oui. A plus d'un titre, déjà si on regarde les enquêtes sur la satisfaction des femmes hétérosexuelles dans leur sexualité, c'est catastrophique. Donc il y a un véritable problème social. En fait, on n'arrive plus à se parler entre partenaires dans l'hétérosexualité, quoi. Ou pas correctement, ou alors on n'a jamais réussi, puis on croyait avant, mais non, c'était faux, je ne sais pas comment le dire, mais là, il y a une crise. Donc, je pense qu'il y a beaucoup de femmes qui sont soit en train de s'avouer elles-mêmes qu'elles étaient insatisfaites, ou d'explorer dans leur tête des choses qui se sont interdites parce que ce n'est pas bien, puis maintenant, elles s'autorisent à le fantasmer. Ces personnes-là, vers qui elles se retournent aujourd'hui ? Donc on va soit se tourner vers la séduction en application, donc on va installer une appli sur son téléphone et chercher les rencontres. Mais voilà, imagine que tu sois une femme, je l'invente, une femme de 55 ans qui se dit ça. Qu'est-ce que tu vas trouver comme mec de 55 à 60 ans, déconstruit, un peu sexo-positif sur les sites de rencontres de ta classe d'âge ? Ça va être très, très délicat. Sans vouloir me jeter des fleurs, mais parmi ma classe d'âge, je suis parti des hommes qui se sont posés des questions féministes un peu plus tôt que les autres. Donc, ça m'a amené aussi à me rendre compte de cette impossibilité. Par ailleurs, il y a des femmes qui vont faire Tinder pendant des années, enfin des mois, on va dire, et puis me dire, mais en fait, entre les restos qui avortent, parce que finalement, je ne donnerai pas suite au rendez-vous, les coûts payés, les déplacements, etc. Si je réfléchis bien, dans le mois, je dépensais plus dans Tinder que dans un rendez-vous avec toi.
- Sacha
Ah oui, c'est fou. Donc,
- Emmy
au bout d'un moment, elle peut se dire aussi, c'est peut-être pas mal de reprendre rendez-vous le mois prochain.
- Sacha
Ok. Et est-ce que tu aurais des conseils peut-être à des gens qui vont se lancer dans ce métier ou qui justement sont intéressés par le faire ou des clients ?
- Emmy
Un dont je parlais tout à l'heure qui me semble vraiment le premier, si je parle des hommes qui voudraient faire croire. Vraiment, le premier truc, c'est de ne pas commencer à aborder ce métier en fantasmant comme si on était à la porte d'un film porno, en se disant « Mon Dieu, je pourrais faire du cul mon quotidien » . Ce n'est pas du tout une bonne motivation de le faire et ça ne marche pas. C'est souvent un fantasme qu'on se fait et puis en fait, au bout d'une semaine de rendez-vous, on fait quoi ? Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Donc vraiment, le premier truc, c'est pour moi, si un homme doit se lancer dans cette démarche, c'est vraiment une démarche d'accompagnement et pas une démarche de baises, en premier. Et puis d'autant que les clientes qui nous contactent ne sont pas castées par une agence élite. Il faut que les hommes se mettent bien en tête que ce n'est pas au travers du sexe de dicter les critères corporels qu'ils attendent de ses clientes. Elles sont comme elles sont, elles ont l'âge qu'elles ont, le corps qu'elles ont, et c'est à nous de faire avec. Donc il faut l'aborder avec beaucoup d'humilité et beaucoup de féminisme. Et puis avec l'espoir qu'une sexualité douce et positive puisse avoir des vertus thérapeutiques. C'est un peu simple.
- Sacha
Et pour les clientes patientes, est-ce qu'il n'y a pas un peu aussi cette peur du regard de la société, que c'est honteux de passer par un travailleur du sexe ?
- Emmy
Clairement, c'est un problème de regard de la société, un problème de regard sur elle-même. C'est-à-dire que très souvent, j'ai des clientes qui me contactent en me disant qu'elles s'étaient dit « Mais ma pauvre fille, si t'en es rendue là, c'est hyper violent, quoi. » Alors que les mecs sont des millions à le faire tous les jours sans se poser la moindre question et t'as des femmes qui vont se faire des nœuds au cerveau pendant 3 mois, 6 mois, 1 an avant d'oser le truc. Donc il y a vraiment un problème de regard. Et en plus, j'en parlais au début, avec la loi de 2016, elle tombe sous le coup de la loi. Donc je veux dire, non seulement elle n'est pas fière de le faire, elle a peut-être un peu honte, mais si jamais en plus il y avait un flic qui se mêlait de l'affaire et qui la verbalisait, elle serait humiliée en famille, il y a toute une problématique autour de ça. Une des raisons pour lesquelles cette loi me semble pas bonne, mais en tout cas c'est le cas à l'heure actuelle. Donc ça fait un frein de plus. Alors après, très honnêtement, je crois que cette loi a été faite par des patriarches paternalistes, donc elles visent à protéger des jeunes femmes... soumise à de la prostitution mafieuse en réseau. Je pense que c'est ça l'idée de la loi et qu'effectivement, ils ne cherchent pas le quinquagénaire qui a rendez-vous avec une femme de son âge. Effectivement, je ne suis pas la cible de la loi, mais quand même, c'est une loi qui ne favorise pas la prise de contact.
- Sacha
Oui. Et je nous disais aussi tout à l'heure, tu n'as pas forcément beaucoup de femmes très jeunes.
- Emmy
Oui, très jeunes, tout est relatif. Je pense que la cliente la plus jeune que j'ai eue, ça devait être 30 ans.
- Sacha
Est-ce que tu penses qu'il y a aussi un peu ce... Alors, comme tu disais, on est insatisfait sexuellement, on va peut-être aller sur les applis de rencontre, histoire de voir des gens. Et donc, quand on est jeune, on va se dire, ok, je vais chercher mes matchs, on va dire Tinder, et je continue dans ce schéma-là. Et c'est en grandissant que là, on se rend compte que ce n'est pas la solution. Et c'est peut-être pour ça qu'il y a moins de femmes jeunes qui ont ces problèmes-là.
- Emmy
Je ne voudrais pas passer pour le vieux con de service, mais je pense que globalement, quand on a une sexualité débutante, quand on est à l'aube de notre vie d'adulte, le simple contact peau à peau... la simple bretelle d'un soutien-gorge qui tombe et hop, ça démarre. Mais ça, ça marche pas toute la vie. Au fur et à mesure qu'on expérimente la sexualité, et de façon forte et de façon régulière, il y a des choses qui nous aident les feux au début qui n'en font plus. Un peu comme les drogués qui doivent augmenter la dose. Et donc si on reste à la sexualité spontanée, de nos 18 ans, à 40 ans, elle nous fait chier comme la pluie, cette satanée sexualité de nos 18 ans. Donc, il faut qu'elle avance, il faut qu'elle bouge, il faut qu'elle se remette en question. Et bien, c'est parfois dans la condition de femme mariée que ça s'incriste dans ce qui a été d'accord au début, mais qui n'a plus bougé, plus évolué. Donc, c'est peut-être plus sous cet angle-là qu'un beau jour, on se réveille en se disant « Mais en fait, est-ce que c'est encore ce que je veux comme sexualité ? » Je dirais que... Dans la jeunesse, on a l'impression que la sexualité, elle roule toute seule et qu'elle est spontanée. Et que ça, cette certitude, elle s'érode au fur et à mesure qu'on mûrit puis vieillit. Et donc on est obligé d'aller chercher des pratiques plus bizarres, des fantasmes plus profonds, plus inavouables, parce qu'ils nous font encore fonctionner, alors que ce qui pouvait être un émoi dans notre jeunesse ne marche plus.
- Sacha
Une question assez personnelle aussi, c'est, étant un homme, dans les rapports, il peut avoir des rapports pénétrants, parce que pas forcément, je suppose qu'avec des passions de client, ce n'est pas toujours ça. Mais du coup, il faut que tu arrives à les désirer. Ou est-ce que tu as besoin, par exemple, de Viagra pour justement être excité ? Ou tu arrives à dissocier avec ton cerveau pour... Alors ? Être en érection,
- Emmy
enfin... C'est un petit point pharmacopée, on va dire. Le viagra favorise l'érection, mais il n'est en aucun cas capable de stimuler, de créer ou d'animer ton imagination et ton désir à lui tout seul. Oui, oui. Il ne t'excite pas, le viagra. Il rend ton pénis plus sensible à ton excitation.
- Sacha
Ok.
- Emmy
Donc ça veut dire que c'est quand même toi qui as la charge de ton désir pour lancer ton érection. Mais, bien souvent... Je constate massivement que, là pour le coup je vais parler d'hommes et de femmes, mais sous l'angle du constructe social. Les femmes sont construites actuellement, et je le déplore, comme étant désirables, point. Et les hommes comme étant désireux, point. Donc on va dire aux femmes, sois belle et attends qu'un homme t'approche, tu es désirable, point. Et aux hommes, toi, tu as l'intérêt d'être désirant et d'être entreprenant. ce qui fait que sous-entend aux femmes qu'elles n'ont pas le droit d'être celles qui désirent elles doivent être désirables mais pas être celles qui désirent ça c'est pas bien, c'est les salopes ça what the fuck et inversement un homme qui voudrait se faire beau et qui voudrait se faire désirable on va lui dire mais t'es un peu pédé toi ou il y a un truc, c'est pas normal donc ça, ce truc là, ces deux carcans là des deux côtés on gagnerait à les briser donc dans la question d'alimenter mon désir puis mon érection, qui est intéressante se cache aussi en creux Merci. La question que je peux leur renvoyer, de dire, et toi, ton désir ? Pas le fait d'être désiré, mais le fait d'être désirante. Quand est-ce qu'il apparaît ? C'est quoi tes désirs à toi ? Aussi de renvoyer cette question, enfin pas de la renvoyer, mais de la rendre partagée. Parce qu'on peut aussi, après tout, considérer qu'un clitoris qui durcit, chez une érection ? Pas moi. Pas moins, pas moins. On peut aussi considérer qu'une femme peut avoir des envies pénétratives inversées ou elle a envie de sodomiser un homme. Quel cas, ce n'est pas mon érection qui va être sollicitée.
- Sacha
C'est pour ça qu'il n'y a pas que des rapports où toi, tu es pénétrant.
- Emmy
Oui, notamment avec cette histoire de remettre en cause le partage du désir de façon plus équitable.
- Sacha
Tu n'as jamais eu ce problème ? il est jamais venu.
- Emmy
Si ça peut se produire mais en même temps j'espère avoir globalement quand on me rencontre et qu'on me fréquente un discours assez à la cool, assez déconstruit sur la sexualité qui fait que si à un moment je me retrouve avec une panne je suis capable d'en rire avec la personne et de dire ah aujourd'hui pas de bol désolé sans en faire tout un fromage mais ça peut se produire Ça peut se produire. Je sais pas, puis comme dans n'importe quel métier, on peut se lever patraque, à moitié la nausée, pas bien dans son assiette, et que ça marche pas, quoi.
- Sacha
Et puis ça prouve que, en fait, l'érection, c'est pas l'élément prioritaire d'une sexualité.
- Emmy
C'est pas l'élément prioritaire. Toutefois, il y a beaucoup de femmes qui viennent vers moi en ayant peur de pas être désirables, et qui espèrent très très fort que mon pénis viendra les rassurer là-dessus. Donc ça peut être quand même touchy. Mais c'est cette question de... Est-ce qu'on est désiré, est-ce qu'on est désirant, est-ce qu'on a le droit d'être les deux, comment on fait ?
- Sacha
Petite anecdote, je sais que plus jeune, même si je le suis encore, j'avais rencontré justement un garçon et il y a eu cette panne. Et c'est vrai que mon premier réflexe a été, je ne dois pas lui plaire. Même si je sais que c'est possible, c'est physique, on peut être fatigué, il peut avoir plein de raisons. C'est vrai que sur le coup, je me suis dit, ah mince, je l'ai rassuré, je me suis dit, c'est pas grave, etc. Et lui, pareil, sa crainte, c'était de se dire, elle va penser que j'ai pas envie d'elle.
- Emmy
On est bien en train de parler du monopole du désirable et du désirant. Donc toi, face à ton monopole du désirable, tu ne pouvais en déduire qu'une seule chose, c'était que tu n'étais pas assez désirable pour lui. Et lui... Une seule chose, c'est qu'il n'avait pas assez de désir pour toi. Donc vous êtes tombé finalement concrètement sur cet écueil social. Et puis avec le compartissement, on l'a tous soit conscientisé, soit pas encore, mais on le rencontre tous.
- Sacha
Mais le fait d'en avoir discuté, on était tous les deux en mode, en fait, il n'y a pas de problème et ce n'est pas du tout que l'un n'est pas attirant ou quoi que ce soit. Mais c'est vrai que le premier truc, ça a été de se dire ça. Alors qu'en fait, maintenant, ça arrive, ça ne me traverse même plus l'esprit.
- Emmy
Je dirais que Alors Je ne sais pas, peut-être que je me fais des illusions en répondant ça, mais je crois que beaucoup d'hommes sont en panique face à la panne, et que la panique aggrave la panne. Oui,
- Sacha
ça c'est vrai.
- Emmy
La culpabilité aggrave la panique. C'est ça. Et donc ça c'est un truc très délétère pour ces hommes-là, parce qu'il y en a certains pour lesquels ça crée une panne récurrente. C'est-à-dire qu'au bout d'un moment ils perdent simplement foi en eux, et puis ils se retrouvent à voler de panne en panne en panne en panne en panne. Au bout d'un moment ils se disent en fait c'est moi je suis nu lâché. Sûrement parce que justement ils ont tout crispé sur ce qu'on dit là C'est mon interprétation Je suis complètement d'accord Et j'espère que les hommes Qui sont actuellement En train de découvrir leur sexualité Sont un peu moins crispés Que leurs aînés sur ce sujet Je vous le souhaite fort
- Sacha
Est-ce que tu utilises des sextoys ?
- Emmy
Tous Non, non, c'est vrai, je plaisante pas. Bien sûr, je ne trimballe pas avec moi toute ma caisse de jouets. Ça va dépendre des thèmes désirés ou refoulés par la personne. Mais j'ai toujours un arsenal de sextoys, j'en crée même. C'est en mesure où je m'invente, de temps en temps. Ce n'est pas le propos du jour, mais ça m'est arrivé d'en inventer. Et oui, ils vont me servir. Souvent, ils vont rentrer dans un scénario, pas juste. juste pour se servir du jouet.
- Sacha
Je pose la question parce que pour mon master, j'avais créé un sex-toy, mais justement j'en avais parlé un peu autour de moi, et j'avais eu beaucoup de réactions chez des jeunes garçons, donc 18-25 ans, qui eux étaient là, moi c'est ma partenaire, elle en utilise, j'ai l'impression que c'est parce que je ne suffis pas. Et qu'ils voyaient vraiment pas comme un accompagnant dans leur sexualité, mais un remplaçant. Ou de se dire, ah bah là, elle a un orgasme plus vite avec le sextoy, du coup, ça veut dire qu'elle n'a plus besoin de moi, que je ne cherche plus à ça.
- Emmy
Ça fait au moins une quinzaine d'années que cette question se pose chez les jeunes hommes, parce que la technologie des sextoys pour femmes a explosé, et leur consommation aussi, ce qui prouve bien qu'il y a une demande. Ça m'arrive d'ailleurs à certaines clientes de leur dire, mais moi je suis juste un sextoy très sophistiqué, il ne faut pas me voir autrement. Mais bon, c'est pour rire, mais oui, il y a beaucoup d'hommes, et pas seulement jeunes, qui se sentent menacés par les sextoys, d'autant qu'il y a des sextoys aujourd'hui, 36 000 vitesses, ça aspire tout en vibrant, c'est faisable par distance, c'est programmable, etc. Le gars, il se sent dépassé. Surtout s'il se sent déjà un peu limite, s'il se sent limite satisfaisant pour sa partenaire. Là, effectivement, s'il tombe sur une trousse de jouets, il va être tenté de le prendre mal. Pour moi, si ta question c'est comment on pourrait faire pour aider ces gens-là, pour moi c'est qu'ils jouent ensemble avec les sextoys. À mon sens, le sextoy, il est entre les deux partenaires et on joue avec. Enfin, elle peut jouer avec toute seule si elle veut, mais ils ne sont pas cachés. pour qu'elle le fasse par deux vers lui quand il n'est pas là, pour moi. Donc, le fait que les sextoys soient révélés et partagés, c'est aussi l'occasion de jouer avec. Je ne sais pas, par exemple, si le partenaire sait que tu as des godemichés, il aura peut-être l'idée de te proposer une double pénétration à lui tout seul. Parce que ce n'est peut-être pas une mauvaise idée, et lui ne se sentira pas menacé. Je prends un exemple, c'est ce qui me vient là-haut des beautés, mais très souvent, il faut les considérer comme des jouets auxquels on va jouer ensemble. C'est un peu comme un jeu de société. C'est sympa un godemiché, mais c'est vachement plus sympa quand c'est ton partenaire qui le tient. entre autres je prends un exemple je radote sur le godemitié mais il y a plein d'autres trucs comme ça où c'est vraiment plus drôle s'il y a un jeu si on s'ambiance si on dit je vais arriver à telle heure je veux que tu te prépares comme ci comme ça tiens tu sortiras ce truc tu le mets en charge ça
- Sacha
procède d'une complicité je crois je suis assez d'accord mais je trouvais ça important aussi d'avoir un avis masculin parce que du coup moi j'ai l'avis féminin de quelqu'un qui en a, mais pas à l'autre côté.
- Emmy
Je pense qu'à trois reprises, on a frôlé le même sujet. C'est-à-dire, que font les jeunes hommes avec leur panne ? Que font les jeunes hommes avec l'existence des sextoys ? Et tout ça nous ramène au monopole d'être désirant. Donc, dans leur reflet, ils ne voient pas un mec ultra désirant qui bande sur commande. Tac ! Un problème d'ego, un problème d'amour propre qui peut se produire. Ou d'une tristesse en tout cas. Donc c'est là-dessus qu'il faut peut-être aider les jeunes hommes. Après, moi, je n'ai pas pris le terme de coach. Et je ne me mettrai jamais dans la famille des coachs en séduction. Pardonnez-moi, mais de mes deux. parce que je crois que c'est une mauvaise idée. Mais pourtant, ça m'est arrivé, et ça m'arrivera encore, d'apporter de l'aide à des jeunes hommes un peu en difficulté de séduction. Mais quand même avec une approche déconstruite, avec une approche de chasseur à la con. Ok.
- Sacha
On arrive à la fin de l'épisode. Alors, comme la coutume le veut, tu peux piocher une question dans le pot et y répondre, s'il te plaît.
- Emmy
Alors j'en ai pioché, c'est pas pour tricher, j'en ai pioché une que j'ai rejetée parce que la réponse va pas être très intéressante. On s'en a demandé si j'étais plus, si je préférais donner ou recevoir. Je vais vous répondre que c'est un parfait 50-50, donc ça vous fait une belle jambe. J'en ai pioché une autre du coup qui me dit, est-ce que le porno a influencé ma vie sexuelle ? Alors clairement oui, clairement oui. D'autant que moi ma jeunesse a connu l'avènement d'internet en même temps. Ça veut dire que j'ai connu à 14 ans la pornographie clandestine en cachette. Ah oui, d'accord. Et puis que 5 ans après, c'est des millions de pages juste en cliquant. Donc il y a eu cette espèce de révolution de l'accès au porno aussi dans ma vie. Et l'accès au porno par internet... ça peut paraître paradoxal, mais m'a permis de sortir du cliché justement de ce qu'il y avait à l'époque comme pornographie accessible. C'est-à-dire que soit on regardait sur Canal+, ou je sais pas quelle chaîne, ou soit on regardait les magazines, on nous racontait, pour ainsi dire, tous le même schéma sexuel que mes collègues appellent la Sainte Trinité pour déconner, c'est-à-dire fellation, pénétration, sodomie. C'est le trio gagnant du cliché paternaliste, vraiment classique, quoi. Et en découvrant le porno, qui était véhiculée par internet, on avait accès à tout un tas de pornos, je dirais underground, par rapport à ce que faisait Marc Dorcel à l'époque. On découvrait, moi c'est comme ça que j'ai découvert qu'on pouvait faire des momifications au cellophane, qu'on pouvait se déguiser en chat, qu'on pouvait faire l'amour dans une piscine de ballon, enfin des trucs que le porno n'explorait pas du tout. Donc oui, le porno a influencé ma vie, au sens où il m'a donné, il m'en a mis plein les yeux en termes de catalogue de pratiques qui existaient par rapport à la... toute petitesse du mien et ça m'a donné envie d'explorer et si je n'avais pas aujourd'hui ce vocabulaire dans mes explorations je me sentirais illégitime à faire ce que je fais parce qu'il y a un sacré complexe de l'imposteur quand on se lance à faire ce boulot il faut le surmonter ok
- Sacha
merci beaucoup c'était moi c'était super j'espère que je vous avais apprécié merci de m'avoir invité j'espère que cet épisode vous a plu n'hésitez pas à le partager et à bientôt sur Antichambre
- Emmy
Une production Studio Moya Studio Moya