Speaker #0Bienvenue à vous, je suis Caroline du blog Apprendre la Philosophie et dans ce podcast, je vais vous présenter la notion d'État, qui est une des 17 notions du programme de philosophie en terminale. Je vais d'abord faire un point sur la définition que l'on peut donner de l'État, puis je reviendrai sur les grands problèmes classiques qui se posent sur la notion en mentionnant quelques auteurs intéressants à connaître. Aujourd'hui, on peut définir l'État comme l'ensemble des institutions politiques, juridiques, militaires, administratives et économiques. qui organise une société sur un territoire donné. C'est une autorité souveraine qui s'exerce sur un peuple particulier. Cette autorité est dite souveraine car l'État exerce un pouvoir sur le peuple et n'est lui-même soumis à aucune autorité supérieure. Il n'y a rien au-dessus de l'État. Même quand un État rejoint l'Union européenne, par exemple, il peut décider ensuite de ne pas appliquer ses décisions ou même de quitter cette Union. C'est ce qu'a choisi de faire l'État anglais avec le Brexit. Enfin, l'État est un pouvoir dit institutionnalisé. Cela signifie que le pouvoir de l'État est détaché de ceux qui exercent concrètement le pouvoir. L'État existe et existera même si le roi ou le président changent. C'est donc un pouvoir permanent. C'est cette permanence du pouvoir de l'État qu'exprime la formule « le roi est mort, vive le roi » . Voilà pour la définition. À présent... voici quelques grandes questions philosophiques sur la notion d'État. Premier sujet, l'État restreint-il la liberté individuelle ? L'État, en tant qu'il exerce une autorité sur le peuple par l'intermédiaire de loi, est-il une limite à la liberté individuelle ? Ou au contraire, est-il une condition de cette liberté individuelle ? En d'autres termes, serions-nous davantage libres s'il n'y avait pas de loi ? À cette question, le philosophe libéral Locke répond sans ambiguïté. Je cite « Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté, mais de la préserver et de l'augmenter. Car la liberté consiste à n'être pas exposée à la contrainte et à la violence des autres, ce qui ne peut se trouver là où il n'y a pas de loi. » En effet, pour Locke, l'État est créé pour faire en sorte que la vie, la liberté et la propriété de chaque individu soient protégés. En l'absence d'État et de loi, chaque individu risquerait d'être soumis par un autre, dès lors que celui-ci est plus fort que lui. Ce serait le règne de la loi du plus fort. Et dans cette condition, s'il nous arrive d'être libre, nous ne le restons pas très longtemps. Mais si l'État apparaît comme une condition de la liberté individuelle, ne peut-il pas aussi être un danger pour cette liberté ? Que dire d'un État qui aurait à sa tête un despote, gouvernant seul et exerçant un pouvoir absolu ? Ne représenterait-il pas alors plutôt un danger pour la liberté individuelle ? Sur cette question, vous pouvez vous intéresser notamment à Montesquieu, qui est un philosophe français du XVIIIe siècle. Il est notamment connu pour avoir écrit « De l'esprit des lois » , œuvre dans laquelle il réfléchit notamment aux raisons qui expliquent la corruption des régimes politiques, c'est-à-dire par exemple comment une démocratie peut dégénérer en despotisme. Pour Montesquieu, il n'est pas réaliste d'attendre que le souverain, quel qu'il soit, soit toujours moral et toujours honnête. Les êtres humains sont ainsi faits que lorsqu'ils ont le pouvoir, il leur est difficile de rester intègres. Montesquieu développe ainsi cette idée, aujourd'hui bien connue, selon laquelle le pouvoir corrompt. Il dit ainsi, je cite, « C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir ait porté à en abuser. » Alors, pour s'assurer que le souverain ne soit pas tenté d'abuser de son pouvoir, il faut mettre en place des règles qui vont limiter ce pouvoir. Montesquieu dit ainsi, Montesquieu, en effet, en observant le fonctionnement de l'État, remarque qu'il y a dans chaque État trois sortes de pouvoirs. Le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Pour que le souverain ne puisse pas abuser de son pouvoir, il faut que chaque pouvoir soit au moins de personnes différentes, de telle manière à ce que les pouvoirs s'équilibrent. et se contrebalancent. Deuxième sujet, peut-il y avoir une société sans état ? Ou en d'autres termes, les êtres humains peuvent-ils vivre ensemble pacifiquement sans qu'un état exerce sur eux une autorité ? Sur cette question, Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, répondra catégoriquement non. A ses yeux, en l'absence d'état, il n'y a pas de vie en société possible. Mais seulement, je cite, une guerre de chacun contre chacun. Dans l'hypothétique état de nature, même si la majorité des hommes sont rationnels, il y a une minorité irrationnelle qui attaque les autres. et va ce faisant conduire chaque individu à craindre pour sa vie, et à attaquer les autres. La constitution d'un État qui assure la sécurité apparaît alors comme absolument nécessaire, pour que les hommes puissent vivre ensemble. Et ce, même si une fois édifié, cet État peut représenter un danger pour l'individu. Mais cette idée que l'État serait finalement un mal nécessaire, n'est-elle pas une idée défendue par la classe dominante, afin de garder le contrôle sur le reste de la société ? L'anarchiste russe du XIXe siècle Bakounine défend ainsi que l'État est toujours contrôlé par la classe dominante de la société, qui s'en sert pour servir ses intérêts et exploiter les classes inférieures. À ses yeux, tant que l'État subsiste, ceux qui sont à sa tête abuseront du pouvoir. Or, pour lui, l'idée qu'il doit toujours y avoir un État n'est pas vraie. Il doit y avoir un ordre et une organisation, à n'en pas douter. Et c'est en ce sens que l'anarchie... contrairement à ce que l'on pense souvent, n'est pas le chaos. Mais pour Bakounine, cet ordre doit être assuré à une échelle plus petite que l'État. Il propose ainsi d'organiser la société en fédération. Pour lui, chaque individu doit appartenir à une commune ou à une association et ces groupes doivent interagir entre eux et s'organiser au maximum de manière horizontale. Troisième sujet, l'obéissance à l'État est-elle toujours une obligation ? Ou en d'autres termes, faut-il toujours obéir à l'État ? et aux lois si celui-ci édicte des lois injustes, par exemple. Ne peut-on pas, et même ne doit-on pas désobéir si la loi nous paraît contraire au bien ? A cela, Spinoza répond qu'il faut toujours obéir à l'État, car même si parfois certaines lois sont injustes, cela fait courir beaucoup trop de risques à la société, et donc aux individus, si chacun commence à juger du juste et de l'injuste par lui-même. Pour justifier cette thèse, Spinoza avance entre autres deux arguments. D'abord, l'État garantit la paix et la sécurité aux individus. Ils doivent donc éviter de remettre en question les lois de l'État, car c'est parce que les lois sont respectées par la majorité qu'ils sont en sécurité. Ils risquent de perdre cette sécurité en fragilisant l'État. Deuxième argument, pour Spinoza, les hommes doivent admettre qu'ils sont aussi des êtres de sentiments, et qu'il y a donc très souvent des décisions qu'ils prennent poussées par des sentiments plutôt que par leurs raisons. Ils doivent donc s'abstenir de décider tout seuls. Spinoza dit ainsi, je cite, A cette thèse de Spinoza, on peut opposer celle de Soro, philosophe américain du XIXe siècle, qui, dans De la désobéissance civile, écrit, je cite, selon ce qui me paraît juste. Selon Sow, il est légitime de commettre des actions illégales, non violentes, afin de protester contre une loi injuste. Il affirme la primauté de la conscience morale sur la loi de l'État, c'est-à-dire que si la loi est injuste et si le citoyen juge en conscience qu'elle l'est, alors il a le devoir d'y désobéir. Il est l'inventeur du concept de désobéissance civile. La désobéissance devient selon lui un devoir moral lorsque la loi est injuste ou immorale, car obéir serait une manière de cautionner cette loi. C'est ce qu'il fait notamment avec l'esclavage. Il accueille des esclaves en fuite chez lui et en aide quelques-uns, alors que les autorités de son pays pourchassent les esclaves en fuite et demandent aux citoyens de les dénoncer. Voilà pour ce podcast. J'espère qu'il vous aidera à mieux comprendre la notion d'État et les différents problèmes que l'on peut poser à partir de la notion. Si vous voulez découvrir davantage la philosophie, n'hésitez pas à vous rendre sur mon site, apprendre la philosophie, et à vous inscrire pour recevoir mes petites et grandes histoires de la philosophie. J'y partage également des conseils pour aider les terminales à bien réussir leur bac de philo, et des fiches de révision sur les grandes notions du programme. Très bonne journée à vous !